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 Du sang et de la boue... bienvenue à Paris.


Lun 29 Sep - 18:53

De la boue. Des flaques d'eau. Des flaques d'eau boueuse. Et les bruits humides qui allaient avec, ce bruit de succion un peu écœurant, comme si le sentier était vivant, organisme visqueux cherchant à aspirer les sabots de Vénus à chaque pas. La fière jument était toujours là cependant, le serpent boueux qu'elle piétinait depuis des heures n'avait pas réussi à l'engloutir. Ni elle, ni Socrate qui avançait dans son sillage, malgré le poids des sacs que transportait le brave mulet. Peut-être était-ce par dépit alors que le sentier, à défaut de parvenir à avaler les deux animaux et le cavalier qui les menait, s'était vengé en les aspergeant de gouttelettes terreuses au fil de leur avancée. La belle robe blanche et grise de la jument s'en trouvait souillée de traces brunes et ternes, de même que les bottes du cavalier qui la montait.

Au moins la pluie s'était-elle arrêtée. Elle avait eu le temps d’imprégner sa cape, la rendant plus lourde, froide et humide. Il avait hésité ce matin, entre revêtir cette cape ou son vieux manteau de cuir. "Le soleil brille", s'était-il dit, et c'était vrai à ce moment là. La température allait être agréable. La veille il avait porté le cuir, et avait cru se liquéfier tant il avait eu chaud. Aujourd'hui, il avait voulu parer à cette éventualité et avait préféré sa cape de lin, plus légère... et à peine deux heures après s'être mis en route, les nuages avaient caché le soleil et le paysage s'était voilé derrière un épais rideau de pluie. Il fallait évidemment que ça arrive alors qu'il était en plaine, sans un seul abris à l'horizon. Impossible donc de se changer sans ouvrir ses sacs et laisser tout leur contenu prendre l'eau. Il était resté stoïque, gardant par devers lui les insultes qu'il brûlait de hurler à la face des cieux pour cette mauvaise plaisanterie. La vérité lui était apparue, à force de ruminer : il avait tout simplement perdu l'habitude de voyager ainsi, aussi longtemps, et au milieu du printemps. Son corps aussi avait perdu l'habitude des longues chevauchées, et il redoutait les douleurs et les courbatures qui ne tarderaient pas à se manifester, probablement dès le lendemain. Il détestait ça... Ça le faisait se sentir... vieux.

Les choses avaient bien changé depuis son dernier voyage dans ces contrées. Il avait toujours des repères : un moulin, un hameau, une taverne... mais de nouvelles fermes étaient apparues, d'autres avaient disparu, brûlées ou juste abandonnées au cours des dernières décennies. Là un ruisseau s'était asséché, là un bosquet avait été passé à la hache pour faire place à une pâture, là un sentier avait été abandonné à la végétation au profit d'un tout nouveau chemin de pierre... Le paysage s'était considérablement transformé par endroit, et il lui arrivait fréquemment de douter de sa route, jusqu'à ce qu'un écriteau salvateur le rassure quant à sa direction.

Il se trouvait maintenant sur un chemin forestier, à environ deux heures, d'après ses estimations, au sud-est de Paris. Il était à cheval depuis deux jours à présent, et pourtant ces deux petites heures de trajet qu'il lui restait à faire lui semblaient une éternité en y songeant. Perché sur sa selle dans ses vêtements de voyage trempés, un tricorne usé vissé sur le crâne, il tentait de se consoler en songeant au confort qui l'attendrait au terme de son périple. Il avait envoyé un message à la demeure des Lorraine pour les prévenir de sa venue, aussi espérait-il qu'une chambre confortable, du bon vin épicé, un repas consistant et un grand bac d'eau chaude l'accueilleraient à l'arrivée. Mais il n'y était pas encore.

Les voyageurs étaient rares sur cette route. Depuis le matin, il n'avait croisé qu'un berger avec son troupeau, et un marchand ambulant qui traînait sa carriole dans le sens inverse. Il avait senti leur regard posé sur lui bien après les avoir dépassé. Il devait constituer un drôle d'équipage, à y penser. Un homme d'âge mur, d'allure altière – bien qu'un peu plus misérable après avoir subit l'averse – vêtu comme un mercenaire et pourtant arborant par dessus son doublet un crucifix d'argent, et à son doigt l'anneau épiscopal, chevauchant une belle jument blanche et tirant derrière lui un petit mulet chargé de sacs. Exceptionnellement, il arborait une rapière au côté, et sous la cape dans laquelle il s'était drapé, un pistolet d'arçon était glissé dans sa ceinture. Pour un voyage comme celui-ci, quand on était seul, mieux valait mettre de côté les préceptes de l'Eglise, et tabler sur la protection de l'acier plutôt que la protection divine.

Il repéra tout d'abord, à travers les branches, un filet de fumée blanche qui s'élevait vers le ciel, plus loin devant lui. Puis alors que le chemin le menait hors du bois, il vit la chaumière, installée à l'orée des arbres. Elle était plus que modeste, des murs de terre et de pierre, avec pour porte et volets rien de plus que des planches disjointes. Dans la cour se trouvait un vieux puits et un enclos à cochons, dont l'odeur nauséabonde parvenait jusqu'au sentier, et dont les trois occupants semblaient tous endormis dans leur crasse. Mais au vu de l'état de lassitude dans lequel se trouvait Aramis, la fumée qui s'élevait de la cheminée de pierre à moitié effondrée suffisait à faire passer cet endroit sordide pour un paradis. Il n'hésita qu'un bref instant avant de diriger Vénus dans sa direction, avec le projet de demander au maître des lieux la permission de se sécher et de se réchauffer quelques instants au coin du feu, et de pouvoir remplir sa gourde au puits en échange de quelques piécettes. Vu l'état dans lequel se trouvait la maison, le propriétaire ne tournerait certainement pas le dos à un petit coup de pouce financier...

Vénus avançait lentement, Socrate derrière elle. La porte de la maison s'ouvrit et un homme en sorti, en guenilles et l'air patibulaire. Aramis arbora un beau sourire et leva une main en salutation tout en avançant vers lui sans se presser. "Quelque chose ne va pas" pensa-t-il soudainement. Socrate s'arrêta alors, refusant de faire un pas de plus. Puis Vénus renâcla et s'agita. Et alors il comprit. Les cochons ne dormaient pas. Ils étaient tous les trois morts, éventrés, dans une flaque poisseuse de boue et de sang puant. Et étendu sur le sol tout contre la barrière de l'enclos se trouvait un autre cadavre, celui d'un homme cette fois-ci. Entre temps, le sombre personnage qui l'attendait sur le porche avait été rejoint par deux acolytes. Ils avançaient vers lui à présent, l'un armé d'un pistolet qu'il brandissait dans sa direction, les deux autres d'un sabre rouillé et d'un gourdin. Il les laissa approcher, levant les mains en signe de soumission. L'homme au pistolet vînt se planter juste devant sa monture, ses lèvres s'étirèrent en un sourire édenté, cruel et mesquin, alors qu'il pointait son arme sur lui.

Aramis enfonça ses talons dans les flancs de Vénus, qui bondit en avant, droit sur le bandit qui eu tout juste le temps de se jeter sur le côté. Le coup de feu parti, manquant sa cible. Avec ce pistolet, il était le plus dangereux des trois, Aramis ne lui laissa aucune chance. Sa main attrapa la crosse de son propre pistolet sous sa cape, il visa, tira, et une partie du crâne du bandit disparu dans une explosion vermeille. Effrayée par la déflagration, Vénus se cabra. Il sauta à terre, mais glissa dans la boue et manqua de s'étaler au sol. Il se ressaisit juste à temps pour tirer sa lame du fourreau et parer le sabre qui s'abattait furieusement vers sa tête. Les vieux réflexes ne tardèrent pas à animer son bras, et c'est sans même réfléchir qu'il dévia aisément le second coup de son adversaire avant de l'embrocher. L'homme au gourdin se jeta sur lui avant qu'il n'aie le temps de retirer sa lame du corps, et il n'eût d'autre choix que de bondir en arrière, sous peine de se faire fracasser le crâne. Il glissa de nouveau, se rattrapa avec une main sur le sol. Ses doigts rencontrèrent le pistolet du mort, il s'en saisit, et alors que son agresseur revenait à la charge, il le frappa au visage avec la crosse renforcée de plomb. L'homme s'effondra, sonné. Aramis bondit sur lui, lui arracha la dague qu'il portait à la ceinture, et l'acheva en plongeant l'acier dans l’œil.

Il se releva péniblement, reprit son souffle, et frotta ses mains boueuses sur le vêtement d'un des morts. Il remarqua alors seulement sa manche déchirée et sanglante, et une estafilade qui courrait le long de son épaule droite. Dans le feu de l'action, il n'avait même pas sentit la coupure.

Il examina le corps sans vie près de l'enclos, celui, selon toute vraisemblance, du véritable propriétaire des lieux. L'homme était grand, de carrure robuste et d'âge mûr. Les lâches n'avaient même pas eu le courage de l'affronter au corps à corps. Une balle lui avait purement et simplement traversé la gorge. Le malheureux avait dû agoniser un petit moment, couché dans la boue à se vider de son sang. Mais le pire, il le trouva à l'intérieur de la maison. Au milieu des meubles renversés et fracassés – les gredins avaient tout retourné en quête de butin – se trouvait le corps nu d'une jeune femme, couverte d'ecchymoses, et la gorge tranchée, ses vêtements déchirés éparpillés autour d'elle. Combien de temps avait pu durer son martyre, à cette malheureuse ? Aramis s'agenouilla près d'elle, se sentant terriblement impuissant et fatigué face à tant de cruauté et de lâcheté. Ses yeux étaient grand ouverts, figé dans une expression de souffrance à peine soutenable, fixés vers le ciel. Avait-elle vu venir la lame qui lui avait ôté la vie ? L'avait-elle accueillie comme une délivrance à ses tortures ? Délicatement, il lui ferma les paupières et se signa, puis tira la vieille couverture du lit pour la recouvrir.

Il se rapprocha du feu qui brûlait devant la cheminée, ôta sa cape et son tricorne qu'il déposa devant l'âtre pour les faire sécher, et regarda autour de lui à la recherche de quelque chose pour nettoyer sa plaie. Il avisa une carafe de vin sur une vieille table le long du mur, une des rares choses que les bandits n'avaient pas jugé utile de briser semblait-il. Le breuvage avait un goût horrible, surtout pour son palais habitué à des millésimes autrement plus raffinés, mais il conviendrait pour ce qu'il avait à faire. Il le versa dans un pot de fonte et le fit bouillir sur le feu, puis fit tremper des lambeaux de tissu propres avec lesquels il nettoya la coupure. Elle semblait assez légère, mais saignait beaucoup. Il avait de quoi se recoudre dans ses sacs, mais là où elle était placée, sur l'épaule droite, il était de toute façon incapable de le faire lui-même. Il allait devoir la bander comme il pouvait avant de reprendre la route pour Paris. Assis au coin du feu sur un vieux tabouret, il contemplait les flammes, laissant la chaleur se diffuser dans ses muscles fatigués. Il adressa des remerciements silencieux aux défunts propriétaires de la chaumière. Ses paupières étaient lourdes, et sa tête dodelinait doucement.

Ses yeux s'ouvrirent brusquement. Il y avait du bruit dehors, il entendait Vénus s'agiter. Il attrapa sa rapière et se leva.


Dernière édition par Henry d'Aramitz le Ven 3 Oct - 9:36, édité 1 fois
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Jeu 2 Oct - 0:22

La campagne. Pouah. Mel n’aimait pas la campagne. Elle exécrait la campagne. Elle la vomissait par tout les pores de sa peau. À la simple pensée de cette morne étendue verte et monocorde, la jeune fille sentait la bile envahir sa bouche. Bile qu’elle avait eut le temps d’analyser au cours de cette journée qui lui paraissait sans fin. Bile qu’elle aurait volontiers cracher à la figure d’une victime malheureuse si victime malheureuse elle avait eut. Mais aucun fou ne s’aventurait assez près d’elle pour que dans un des longs discours la caractérisant elle ne lui envoie au coin de la face ses quatre vérités. Non pas que Mel ne les fasse fuir. Il est assez dur de faire fuir les gens quand on ressemblait à un garçon malingre, sale et trempé. Mais parce que le putain de croisement auquel elle poireautait comme une conne depuis le début de l’après-midi était désert. Jurant entre ses dents et lançant des malédictions dans un italien très coloré à l’encontre de son patron, la jeune fille faisait les cents pas. Pour tuer le temps, elle ramassait des pierres et s’entrainait au tir soit contre des points imaginaires, soit contre des oiseaux assez con pour l’approcher. Le passe temps avait quelque chose de distrayant mais dût bien vite prendre fin quand un orage, assez courant à cette période de l’année éclata au dessus de sa tête. La campagne verte et monocorde se teignit d’un bleu sombre avec quelques teintes de gris, mais elle restait morne et soporifique.

A l’ennui, déjà mortel, s’ajoutèrent bientôt le froids et l’eau. Ses vêtements s’imprégnaient du liquide glacial et elle sentait des frissons gelés qui remontaient le long de son échine. Lentement, elle se ferma tandis que son corps de courbait et son échine se baissait dans le vain espoir de se protéger de la fureur des cieux. Elle sentit ses cheveux se plaquer sur sa nuque et son visage alors qu’ils gouttaient contre sa peau et ses vêtements. Tête basse, elle observa ses chaussures qui lentement s’imprégnait d’eau. Saloperie. Une malédiction italienne particulièrement soignée et impliquant le saint patron des eunuques fut lancé à l’encontre de son employeur le plus riche, le plus beau, le plus noble et le plus fantasque. Sincèrement, il y avait quelque chose qui tournait pas rond sous les boucles du lorrains. Si on passait outre son côté capricieux et sa tendance assez dérangeant à sourire, ce mec devait s’être prit un ou deux de coups de trop dans son enfance. Il avait eut l’idée, stupide, irréalisable, improbable, débile, inutile, spontanée de la nommer comité d’accueil pour prêtre. Enfin, le truc au dessus des prêtres. parce que oui quand Lorraine a un prêtre pour confesser ses pêchés (ciel la liste allait être longue) il ne prenait pas le bas-de-gamme. Même pour le salut de leur âme les membres de cette famille devait avoir le meilleur possible. Ils devaient même être surpris de ne pas avoir leur pape comme confesseur. Bref, donc un archidiacre ou cardinal ou truc du genre sortait du trou paumé de sa province et retournait à Paris pour s’occuper de cette famille de déchéant. Et dans son infinie sagesse que lui seul parvenait à percevoir, Philippe avait décidé d’envoyer Mel à la rencontre du sauveur de son âme immortelle. Bizarre. Jamais Mel ne se serait confié un truc aussi précieux que son âme. Mais bon, Lorraine ne semblait pas beaucoup en prendre soin. Et puis les tours et détours tortueux du raisonnement du prince donnaient le vertige à Mel qui finissait par se dire qu’il valait laisser tomber et obéir en silence sauf si le plan paraissait vraiment étrangement mortel. Mais au fond elle se sentait blessée dans son honneur professionnel. Parce qu’on commençait par l’envoyer garder un homme de dieu et on finissait par lui demander de laver le linge. Ce qui sonnerait le glas de la carrière du furet, et du linge du prince.

Après s’être assuré que la descendance de son employeur subirait les affres de sa vengeance pour quelques générations, le furet se mit à réfléchir à son problème. Elle pouvait choisir de rester sous la pluie en attendant l’hypothétique arrivé du sauveur de la conscience de son boss. Ou elle pouvait aller se mettre à l’abris quelque part au chaud. Le problème de la seconde option étant que les places au chaud au milieux du nul part agricole et moribond que l’on nommait pompeusement campagne n’étaient pas nombreuse. Et surtout que si pour le confort de ses miches, elle ratait l’apparition de l’autre. Un nouveau frisson, de peur cette fois, lui remonta l’échine alors qu’elle envisagea la punition potentiel de son maitre pour un échec. Il y avait des choses qu’il valait mieux ne pas imaginer. Mais elle finit par se dire que de toute façon rien ne pouvait être pire que rester un peu plus au milieu de cette débilité pittoresque et elle s’éloigna de la route pour trainer sa misérable carcasse vers une chaumière. Chaumière, trou à rat oui. La mauvaise foi de Mel et sa haine de tout ce qui se rapportait de près ou de loin à une quelconque ruralitée l’empêchait de reconnaitre que le trou à rat en question était nettement plus grand, propre et impressionnant que l’endroit où elle avait grandi. Elle se contenta d’un regard de mépris pour lui puits et l’enclos dans lequel gisait quelques cochons. Cet endroit était vraiment empreint d’une paysannerie désolante. Puis elle repéra quelque fausse note lui indiquant que le tableau sous ses yeux était peut être moribond mais certainement pas ennuyeux.

Tout d’abord une odeur montait en même temps que celle de l’eau et de la boue, l’odeur âcre du sang emplit sa bouche d’une saveur métallique. Nerveusement, elle se passa la langue sur ses lèvres fines. Une enfance à la cours des miracles lui permettait de comprendre que quelque chose de mortel s’était joué ici. Sa main alla trouver sa dague qui ne lui servirait sans doute pas à grand chose mais le contact de l’acier avait quelque chose de rassurant. Elle un repéra un près de l’enclôt puis quelques uns plus loin. Avec un peu de chance, ils s’étaient entretués. Mel eut un ricanement moqueur pour elle-même. Elle avait jamais eut de chance. Donc il fallait pas trop compter dessus. Il y avait plus de chance pour que ces cons aient envie de tester le cannibalisme sur ses cuisses maigrelettes.

Elle envisagea donc de contourner la chaumière et de retourner se lamenter sur son sort sous la pluie. Alors qu’elle avançait pour vérifier, idéaliste et pleine d’espoir, si la chaumière était abandonnée un cheval la surpris. Quelle conne ! Elle était tellement concentré sur les corps qu’elle avait pas fait attention au reste. A Paris, elle en serait morte. Elle fit volte-face et se retrouva donc face à une sale bête ayant une trop grande liberté de mouvement. Le canasson hennit encore un peu tandis que son sabot grattait le sol avec agressivité. D’instinct Mel lui donna une tape sur le museau



- Couché la noiraude !

Le cheval la regarda avec agressivité et Mel se rendit compte que la bestiole était suspicieusement grande, nerveuse agressive et tout un tas de truc pas cool. Le furet se lança donc dans un duel de regard avec le truc à quatre patte tout en tentant de s’éloigner. Malheureusement s’éloigner du cheval la rapprocher de la chaumière et elle entendait quelqu’un qui s’agitait derrière les murs. Elle avait donc le choix entre tourner le dos à la monture ou tourner le dos au cavalier. Estimant que le canasson ne pouvait pas lui tirer dans le dos avec ses sabots, elle fit volte face pour affronter son destin. Dignement et dague à la main, si on omettait le fait qu’elle était trempée jusqu’aux os et n’avait de toute façon rien eut d’intimidant ou d’utile en combat. Le bon côté des choses était qu’elle n’avait probablement plus à se soucier de la punition du lorrain.
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Ven 3 Oct - 10:49

Un éclat de voix, au timbre étrangement jeune et clair, se fit entendre sous le clapotement de la pluie. Tiens, effectivement, l'averse tombait de nouveau. Aramis se demanda combien de temps il s'était assoupi. Probablement moins d'un quart d'heure, mais plus en tout cas que les quelques secondes dont il avait conscience. La fatigue le rendait imprudent. Heureusement que, là dehors, sa belle et brave jument faisait office de fidèle chien de garde. Il vérifia  la présence de son pistolet à sa ceinture et, lame en main, s'approcha de la porte. Il jeta un œil entre les planches disjointes. Un jeune adolescent faisait face à Vénus. La jument avait l'air remontée et énervée, et lui barrait la route. Derrière elle, Socrate regardait la scène en mâchant tranquillement une touffe d'herbe. Aramis fronça les sourcils en remarquant l'éclat de l'acier dans la main de l'intrus. "Un complice de ces chiens" pensa-t-il, "sans doute un éclaireur qui était posté plus loin sur la route en quête de victimes, et qui rentre maintenant au bercail à cause de la pluie."

Il poussa la porte, qui s'ouvrit dans un grand grincement de bois mouillé. Le garçon se retourna, brandissant sa dague. Aramis se tenait droit sous le porche, tête nue, avec son doublet de cuir sur lequel reposait sa croix, et la manche droite de sa chemise déchirée au niveau de l'épaule, laissant entrevoir le bandage de fortune qu'il s'était composé tant bien que mal sur le bras. Son regard était noir et menaçant, tout comme ses intentions. D'une part, il n'aimait pas qu'on s'en prenne à son cheval. D'autre part, le dégoût que lui avait inspiré les bandits qui gisaient maintenant dans la boue le rendait imperméable à toute notion de pitié envers leur potentiel complice. Il regrettait, après avoir vu le corps de la jeune fille, de les avoir tué si rapidement, et comptait bien ne pas reproduire cette erreur sur le quatrième larron qui arrivait maintenant. Sa lame était pointée vers la poitrine du garçon. "Non... une fille" réalisa-t-il soudain en haussant les sourcils. Il douta alors. Il serait étonnant qu'une bande d'assassins et de violeurs comme celle-ci compte une fille dans ses rangs. Mais le monde était fou, et rien n'était impossible.


"Je te prierai de laisser mon cheval en paix, et de lâcher ça avant de blesser quelqu'un, Petite." annonça-t-il d'une voix ferme, à la fois empreinte de courtoisie et d'autorité. Il la jaugea du regard, comme il avait l'habitude de jauger un adversaire. Petite, elle l'était. Une allure et une attitude nerveuse, et un regard sauvage et vif. Elle lui donnait l'impression d'un jeune chat, ou d'un moineau, face à un prédateur, et guettant le moindre instant d'inattention de ce dernier pour prendre la fuite. "Si je tourne la tête une seconde, elle s'envolera" pensa-t-il.

Sa tenue était des plus modeste, et d'autant plus misérable avec la pluie qui l'imprégnait. Elle semblait toutefois plus citadine que celles des trois autres brigands. Ses cheveux bruns que l'eau plaquait sur son visage encadraient une figure de petite fille, pas vraiment jolie, pas laide non plus. Elle avait le corps d'une fille de onze ou douze ans, mais son regard était étrangement mûr et dissonant dans un visage si jeune.

La pluie tombait drue à présent, comme elle le faisait toujours en cette période de giboulées et d'incertitudes climatiques. Le voile liquide noyait littéralement la silhouette de la jeune fille. Aramis se tenait sous l'avancée du chaume, mais les gouttes tombaient sur la pointe de sa lame, réfléchissant la blancheur du ciel sous des larmes froides et argentées. Son entrée en scène avait calmé Vénus, qui ne grattait plus le sol de ses sabots comme si elle allait se ruer sur l'enfant, mais se tenait toutefois bien droite, les oreilles en arrière. Socrate avala sa touffe d'herbe et lança un "HiHAAN" tonitruant, qui tira Aramis de ses observations.


"Qui es-tu ?" demanda-t-il avec cette fois plus de curiosité que de menace dans la voix. "Es-tu avec ces hommes ? Les connais-tu ?" si c'était le cas elle mentirait sans doute, mais peut-être parviendrait-il à lire le mensonge sur son visage.

Il doutait de plus en plus que cette fille fasse partie de cette bande cependant. Toutefois, la façon dont elle tenait son arme montrait qu'elle savait s'en servir. Elle se montrait en alerte à cause de lui, mais ne trahissait pas d'émotion particulière quant aux cadavres à ses pieds, ni pour celui avec un poignard rouillé planté dans l’œil, ni même pour celui dont il manquait la moitié du crâne et dont la cervelle se mêlait à la boue. "Ce ne sont pas ses premiers cadavres, ni les plus hideux qu'elle ait vu dans sa courte vie" songea-t-il. Tout indiquait qu'elle n'était pas étrangère à la violence et au sang.

Aussi ne baissait-il pas sa garde, et tout en maintenant sa lame pointée dans sa direction, sa main libre reposait sur la crosse de son pistolet. Il avait déjà vu des individus d'apparence frêle et sans défense sortir soudain un couteau de leur manche et le lancer avec une précision chirurgicale. Il avait déjà commis trop d'imprudence aujourd'hui pour se permettre de sous-estimer un adversaire, quel qu'il soit.
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Dim 12 Oct - 16:36

Le bruit du bois grinçant et craquant alors que l’on poussait la porte était presque dissimulé par le bruit de la pluie, ce qui n’empêcha pas Mel de construire un nombre de certains comparaison entre ce bruit et le rire du diable qui se moquait de sa malchance. Elle leva les yeux vers le nouveau protagoniste de la farce grossière qu’était sa vie et tenta de distinguer le plus de détail possible sur lui. La tâche n’était guère aisé la pluie formant un épais rideau entre eux. Elle nota la stature plutôt imposante d’un homme d’arme qui ne versait pas dans les excès. Ce qui était mauvais pour elle. Elle aurait préféré un gros homme au regard bovin. Mais de ce côté là, on ne pouvait rien espérer. Les yeux qui la fixaient étaient clairs et vifs, de l’intelligence et de la méfiance à l’excès et aucune proportion à la pitié estima la jeune fille. Ses yeux à elle glissèrent de la rapière qui était fort agressivement pointée sur sa poitrine au pistolet sur laquelle une main reposait avec une nonchalance on ne peut plus nonchalante. Certes l’homme était blessé, mais pour l’heure cela ne renversait absolument pas la situation dans laquelle la truande se trouvait. Surtout que la sale bête la regardait toujours aussi méchamment.
En entendant l’ordre Mel jeta un regard agacé à ses vêtements. L’humidité qui lui glaçait les os depuis le début des avers avait collé le tissus sur sa peau et ne laissait pas le moindre doute transparaitre sur son sexe véritable. Elle aurait aimé croire que cela allait pousser l’homme à la pitié mais il ne semblait pas être taillé dans un matériaux qui s’émouvaient de tels choses. Sans compter qu’un homme ayant jouer un rôle dans le carnage qui servait de décors à ce qu’elle voyait pouvait l’assassiner ou la violer sans que cela ne trouble son sommeil.
Elle répondit donc à la sommation par un rictus dont l’insolence avait pour seul et unique but de dissimuler sa peur.



- Voyez vous monsieur, je préfères blesser quelqu’un avec cette dague plutôt que de me voir être blesser par quelqu’un. Surtout quelqu’un qui possède des arguments aussi coupants et contondants que les votre, voir potentiellement explosif pour mon crâne. Aussi bien que cela me contrarie grandement je ne compte pas poser cet acier qui convient si parfaitement à la forme de ma paume. Par contre j’agréé à une partie de votre requête et laisse volontiers votre cheval en paix, je le prierais juste de cesser de me regarder avec une telle agressivité, je suis de nature timide.

Le hihan la fit sursauter et amena un rire nerveux sur ses lèvres, mais l’éclat de jouer ne franchit pas sa bouche qu’elle gardait résolument close alors qu’elle observait son adversaire. Il semblait calme et analytique, bien trop élégant et sobre pour avoir quelque chose à voir avec les cadavres qu’elle avait enjambé pour se rapprocher de la chaumière. Elle n’aimait pas être analysé. Elle répondit à la question avec cette même expression insolente que précédemment. Elle ne pouvait pas s’en empêcher. Depuis son enfance on lui avait appris à relever le menton et répondre à chaque coup par une moquerie, à chaque assaut de la peur par une bravade stupide qui lui ferait gagner du temps.

Le problème principal monsieur est que nous savons tout deux ce que je vais vous répondre. Je vais affirmer haut et fort que je n’ai rien à voir avec cet amas de cadavre. Je l’affirmerais parce que c’est la vérité. Mais vous, en écoutant mon boniment, mes assurances sur mon innocence et ma bonne fois, vous ne me croirez pas. Parce que vous savez très bien que c’est la seule réponse qui m’assure une vie a peu près sauve si vous trouvez dans votre coeur la bonté et la patience nécessaire pour ne pas tirer immédiatement. Donc nous y voilà, j’affirme que je n’ai rien à voir avec cet amas de maccabé péquenots et puants proprement insupportables et minables qui visiblement ne sont pas capable de s’emparer d’une masure qui se trouve dans le trou du cul du monde. Que ces hommes sont la quintessence de l’idiotie et que je les méprises pour une telle stupidité et une telle incompétence. Seulement ce discours ne vous satisfait pas. Parce que je n’ai pas peur. J’aurais dût feindre l’effroi. Mais une gamine qui ne tremble pas face à des restes de cors, des amas de cervelles et de sang? Pouah. On ne peut pas la croire. Vous vous méfiez de moi, je me méfie de vous et aucun de nous deux ne prendra pour argent comptant les dires de l’autre. Et maintenant monseigneur je vous retourne la question. Qui êtes vous et étiez vous avec les corps que j’ai vu. Et pourriez vous baisser un peu votre épée, nous savons l’un comme l’autre que je n’ai pas la moindre chance et loucher me fatigue.

Une fois sa tirade achevé, Mel plongea ses yeux dans ceux de son agresseur gardant toujours la dague bien haute et le sourire insolent. Si elle s’en sortait, elle enverrait se faire foutre le prochain ayant l’idée tordue de l’envoyer à la campagne. Tout prince étranger qu’il soit. La campagne ne lui allait décidément pas du tout au teint.
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Mer 15 Oct - 16:03

Il inclina la tête et plissa les yeux pour observer avec acuité le visage de son interlocutrice, alors qu'elle ouvrait la bouche pour répondre. Les mots se mirent à franchir les lèvres de l'adolescente avec une célérité et un flux qui ne semblait pas prêt de s'interrompre, ses paroles pleuvant plus fluides encore que l'averse qui la détrempait. Très vite, il en perdit le fil et cilla, perdu dans ce torrent. C'était un discours très singulier, parlant beaucoup pour ne pas dire grand chose en somme, mêlant des tournures de phrase plutôt châtiées avec des expressions qui l'étaient beaucoup moins. Le genre de langage que l'on retrouvait au sein de la domesticité dans la bourgeoisie et la petite noblesse, mais déclamé ici avec une touche palpable d'insolence. Un peu trop pour être de la simple bravade, plutôt un masque provocateur que la fierté imposait, afin de cacher toute forme de crainte. C'était plutôt réussi, mais Aramis avait assez d'expérience sur la nature humaine pour voir au travers. Il devait toutefois reconnaître que son attitude ne manquait ni d'audace, ni de courage, et qu'être capable de débiter un tel discours dans une telle situation avec autant d'aplomb relevait du don. Sa réponse était alambiquée, mais juste, et témoignait d'une certaine clairvoyance et d'une étrange maturité pour son âge.

Une fois le flot de paroles enfin tari, il nota qu'elle n'avait, malgré tout, fourni qu'une demi réponse, n'ayant toujours pas dévoilé son identité. Mais le reste lui convenait assez, cependant, pour remettre son arme au fourreau, tout en gardant une main prudente sur la crosse en bois garnie de laiton de son pistolet.


"Tu parles beaucoup pour une innocente, mais tu sembles mériter toutefois le bénéfice du doute. Vénus ne te fera pas de mal, tant que tu ne fais pas de gestes brusques avec ton coupe-papier. Pas plus que moi d'ailleurs." lâcha-t-il d'une voix adoucie et ornée d'un petit sourire en coin. Comme pour honorer ses paroles, la jument se détourna et alla rejoindre le mulet sous les arbres pour s'abriter de la pluie.

Aramis étudia encore un instant la jeune fille avant de se décider à répondre d'avantage.
"En ce qui me concerne, je ne suis pas moins un intrus que toi ici, et n'ai donc aucune autorité ni raison pour t'empêcher de t'abriter. Tu peux entrer si ça te chante. Mais je t'averti que l'intérieur n'est pas beaucoup plus enchanteur que ce que tu as sous les yeux. Il est plus sec et plus chaud toutefois. Je crains que les seuls qui auraient pu légitimement émettre des objections quant à notre présence ici ne soient plus de ce monde, et ce n'est pas de mon fait. Pour les autres en revanche, je crains de devoir plaider coupable."

Il recula à l'intérieur, et retourna s'asseoir prêt du feu. Il attrapa une bûchette et l'ajouta aux flammes. Qu'elle le croie ou non l'indifférait assez, Aramis n'était pas homme à se justifier. Il se demandait toutefois si elle oserait le rejoindre. Il l'espérait, en vérité. Elle piquait sa curiosité, et après deux jours de voyage en solitaire avec Vénus et Socrate pour seule compagnie, il ne rechignait pas à quelques échanges avec un être doué de parole... même si, pour le coup, "doué de parole" semblait être un euphémisme. De plus, elle ne pouvait venir que de la direction opposée à la sienne, et donc de Paris. Se renseigner un peu sur l'état d'esprit des gens de la capitale ne pouvait que lui être bénéfique avant d'y faire son entrée. Qui sait, elle avait peut-être aussi entendu parler des Lorraine.

Lui-même n'avait guère envie de reprendre la route sous l'averse. La pluie se calmerait bien assez vite, comme elle le faisait toujours en cette saison, et en attendant il avait le temps de se réchauffer et de se reposer.

Son tricorne et sa cape étaient toujours en train de sécher devant le foyer. Tout en surveillant la jeune fille du coin de l’œil, il tisonna les braises, et de sa main libre se mit mécaniquement à jouer avec le crucifix qu'il portait autour du cou. Il baissa le regard sur l'objet, et sur ses doigts. S'il n'avait pas dévoilé son identité, lui non plus, il se demandait si elle reconnaîtrait l'anneau épiscopal des évêques. Il le fit pivoter de sorte que la petite améthyste qui l'ornait soit tournée vers l'intérieur de sa main. Il n'avait pas envie qu'une fille des rues - bien qu'il était difficile de dire avec certitude quel genre de milieux cette fille pouvait bien fréquenter - aille répandre sur les toits le récit de sa rencontre avec un évêque vêtu et armé comme un vieux soldat.


"Tu viens de la capitale ?" Lança-t-il d'un air avenant à l'adolescente dans l'espoir de détourner son attention de son geste. "Tu es seule ? Je n'ai pas vu de monture, tu es à pied?"

Il s'attendait bien sûr à un nouveau déluge de paroles, et en souriait d'avance. Plus elle monopolisait la conversation, moins il avait à révéler de lui-même. Il soupçonnait en revanche que si la jeune fille se montrait des plus bavarde, elle choisissait ses mots avec soin, et qu'en apprendre davantage sur son identité ou sur l'explication de sa présence sur cette route isolée ne serait pas aisé.
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Lun 3 Nov - 23:10

Mel observa l’homme alors qu’elle débitait son discours, cherchant à le convaincre de la justesse de ses arguments ainsi que de l’implacabilité de sa logique cartésienne et aristotélicienne. Même si en toute honnêteté elle ne savait absolument pas ce que signifiait ces deux adjectifs, ni comment elle les connaissait.

Bref à défaut d’être envouté par son éloquence, elle espérait au moins qu’il serait suffisamment ahurie pour baisser un peu sa garde. C’était une réaction survenant régulièrement lorsqu’elle parlait, les malheureux n’ayant pas le plaisir de la connaitre avaient toujours quelques instants de stupéfactions dont elle pouvait tirer des profits plus ou moins inespérés. Mais là c’était sans compter la sale bête qui continuait de la surveiller. Stupide cannasson incapable de comprendre le français. Il voulait pas qu’elle hennisse son raisonnement en plus ?

Mais l’homme ne semblait pas du genre à être vaincue par quelques phrases bien choisie et continuait de la fixer durement. Elle aurait volontiers tenter un sourire innocent mais avec ses cheveux trempées, et son aspect pitoyable elle n’allait pas aller très loin.

Heureusement, il devait y avoir une bonne étoile chargée de s’occuper spécifiquement des furets exploité par les puissants et martyrisés par l’univers. Un miracle se produisit et l’homme consentit à abaisser son arme et à lui accorder une confiance toute relative mais déjà appréciable. Ce qui était particulièrement agréable aussi fut de voir l’arme suivre une courbe descendante qui n’indiquait pas une agressivité particulière à son égard. Sans parler de la bestiole, Venus, qui se décidait enfin à s’éloigner. Au cas où Mel eut un geste très explicite pour faire comprendre au cheval qu’elle le gardait à l’oeil et qu’il valait mieux rester loin d’elle pour ne pas tester le coupant de sa dague. Qui au passage n’avait absolument rien d’un coupe papier. Mais elle garda sa remarque pour elle, surtout en entendant la suite de l’explication.

Derrière ses airs de méchant et dangereux tueur cet homme était en réalité en méchant et dangereux tueur honnête. Une nuance que Mel ne parvenait pas tout à fait à apprécier à sa juste valeur alors qu’elle pénétrait enfin à l’intérieure de la masure. Intérieure qui d’ailleurs lui arracha un reniflement de mépris quand à la pauvreté et au provincialisme évident des lieux. Enfin, on ne pouvait pas trop en demander aux campagnards. Et puis le feu qui se trouvait dans l’âtre possédait un attrait pouvant presque rivaliser avec les charmes de Paris. Aussi le furet des villes se rapprocha silencieusement du feu pour se réchauffer. Elle n’avait pas accorder le moindre regard au corps dont on ne pouvait ignorer la présence en ces lieux. D’une part elle avait été prévenu, d’autre part ce n’était certainement pas le premier cadavre qu’elle enjambait ni le dernier. Elle nota même que la couverture lui aurait été plus utile qu’à la morte, mais soucieuse de ne pas trop heurter la susceptibilité de son hôte de fortune, elle ne s’en empara pas. Au lieu de ça, elle s’ébroua comme un chien, un furet ou un autre animal à fourrure et des gouttes d’eau partirent de ses cheveux fourchus pour s’échouer un peu partout autour d’elle. Finalement, elle put relever un visage trempée et sur lequel tombait une chevelure plus désordonnée que jamais et enfin elle choisit quoi faire.

Elle alla s’appuyer sur un des montants de la cheminée qui lui permettait de se réchauffer tout en restant à une distance raisonnable de son hôte de fortune. D’ailleurs au lieu de regarder l’âtre, elle le dévisageait ouvertement, autant par curiosité que par peur. Il valait mieux ne pas le quitter des yeux des fois qu’il devienne soudainement fou et décide de la massacrer comme ses précédentes victimes. D’ailleurs même si elle avait cessé de brandir sa dague, elle la gardait dans son poing serré prête à s’en servir au moindre mouvement suspect. Elle mourrait ainsi avec les honneurs, parce qu’une dague contre un pistolet avait à peu près autant de chance de victoire qu’une adolescente malingre contre un homme fait. 

À la lumière mouvante des flammes, elle voyait mieux les signes de l’âge sur l’homme, bien plus vieux et fatigué que ce qu’elle avait cru alors qu’elle louchait sur son arme. Une fois de plus l’éclat de la croix d’argent et de très belle taille attira son regard. Elle observa le bijoux perplexe, à Paris seul les hommes de dieu et les dévots portaient des insignes pareils. Et aucune de ces deux catégories s’épanouissait pleinement à la cour des miracle, aussi elle peinait encore un peu à distinguait l’un de l’autre et se demandait à quel groupe l’homme pouvait bien appartenir. Un autre éclat attira son regard mais ce dernier fut trop bref pour qu’elle ne puisse le voir pleinement. Cela avait un rapport avec la bague de l’inconnu mais elle n’aurait put dire ce qu’il avait tenté de dissimuler. Une pierre un peu trop précieuse? L’hypothèse était peu probable, Mel n’était certes pas en état de le voler. Une armorie peut être ou un signe distinctif. L’hypothèse éveillait la curiosité de la jeune fille qui penchait la tête dans le vain espoir de distinguer un détail de plus dans l’ombre. Mais tout en l’observant, elle répondit à la question pour ne pas avoir l’air trop inquisitrice.

Allons monsieur. Il est absolument, totalement définitivement, abusivement et divinement évident que je viens de la campagne. Vraiment ! Comment avez vous fait pour ne pas sentir mon amour profonds pour ces endroits? Qui n’aime pas les mornes plaines avec un horizon suintant l’ennui, la déprime, la mort lente et par manque d’intérêt de toute vie humaine. On ne peut qu’être charmé par les être frustres, sans ambitions, sans connaissance et sans goûts qui peuplent ces lieux. Ces gens à moitié demeurer pour qui le monde se résume à un chemin boueux menant à une route tout aussi boueuse et puante. Et à l’autre bout du chemin on trouve des champs chiant et puants et soporifique. Voilà, comment ne pourrais pas venir d’un univers aussi merveilleux et épanouissant où le travail rends l’homme fort et fier capable de défendre sa famille et ses biens contre la vermine grouillante, rampante et tuante qui fourmillent sur les routes de France. Vraiment la seule chose plus agréable que vivre à la campagne c’est de s’embarrasser d’une stupide monture bénissante et renâclante

Elle eut un hausse d’épaule dédaigneux et un sifflement désagréable. À la chaleur du feu, elle regrettait de ne pas pouvoir retirer la couche humide et collante de sa veste. Mais le tissus avait toujours été une armure pour elle et elle ne connaissait pas encore suffisamment son mystérieux interlocuteur pour accepter de laisser tomber un seul de ses avantages, aussi minime soit il. Au temps pour l’inconfort.

Et vous même? Vous vous rendez également à Paris? J’espère que les babioles que vous vous trimballez ne vous encombre pas trop. Porter sa croix est une chose si dur avec les malheurs qui frappent l’existence des pauvres gens. Je connais peu de gens qui comme vous s’offre le luxe de donner une dimension matérielle à ce funeste destin qui est le notre. Une forme de masochisme sans doute.

Elle l’observa en plissant légèrement les yeux. Bien qu’une de ses épaules repose nonchalamment sur la pierre, elle n’était absolument pas au repos. Tendue, comme une corde, elle guettait le moindre geste, analysait chaque mouvement, décortiquait la situation et tentait de comprendre. Pourquoi un homme avec un croix indiquant une certaine piété tuait il avec l’aisance d’un vieux soldat des hommes. Certes les brigands avaient des têtes indiquant une idiotie navrante, lorsqu’ils leur restaient des têtes, mais quand même. Il y avait quelque chose d’étrange chez ce personnage qui lui faisait face et tant qu’elle n’aurait pas trouvé quoi, elle ne serait pas tranquille. Même s’il y avait assez peu de chance que la découverte de la vérité la tranquillise vraiment
HRP : Désolé pour ce post tout nul et en retard, je ferais mieux pour le prochain
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Jeu 6 Nov - 12:10

Il tisonnait les braises, écoutant distraitement, mais le discours assommant de la fille commençait à avoir raison de sa patience, et bien qu'il restât calme et immobile à fixer les flammes, sa mâchoire qui se crispait et ses sourcils qui se fronçaient trahissaient de plus en plus son agacement.

"Je viens du Béarn", lâcha-t-il d'un ton sec. "Là-bas ce ne sont que des champs, des vallées et des fermes. Seuls les Parisiens de souche ne voient là que de la misère, du dénuement et de la stupidité, leur préférant les rues sales et nauséabondes de la capitale, fourmillantes de rats, de mendiants, d'ivrognes, de tire-laine, de coupeurs de gorges et de catins moribondes. Dans certaines rues, chaque jour, on ne fait pas dix pas sans trébucher sur un cadavre. Certes, il y a des merveilles à y voir et à y entendre, et un tel concentré de richesses culturelles que ça vous fait tourner la tête. Mais la plupart du temps, les rues et les bas fonds ne sont que tristesse, misère, pauvreté, maladie et criminalité, tandis que les beaux hôtels et palais ne sont souvent que des temples à la gloire de l'ostentation, l'égoïsme, le cynisme, l'avarice et la décadence."

Il reposa un peu trop durement le tisonnier sur le sol. Il prit quelques minutes pour retrouver son calme et sa sérénité, les yeux dans le feu. Il se tourna vers la jeune fille, l'étudiant un instant.

"Tu parles décidément trop, prend garde que ça ne t'attire pas des ennuis un jour. J'imagine que c'est déjà souvent le cas, mais il suffit d'une fois de trop pour que tout bascule. Une langue se tranche facilement, et la gorge plus aisément encore."

Il se leva, sa haute silhouette projetant des ombres à travers la pièce. Il la sentit se raidir un instant, mais il se détourna pour attraper une sacoche qu'il avait posée sur la table. Il en sortit un morceau de pain qu'il déchira en deux et lui en tendit une part en se rasseyant.

"J'admet que cet endroit ne nous ai pas présenté sous son meilleur jour. Mais tout comme le fait de porter sa croix, tout n'est que question d'habitude. On se familiarise avec tout, même le pire, et bientôt les endroits les plus sordides ont des allures de foyer, et quand on a fait son nid quelque part, tout changement de cadre est déroutant. A ma première venue à Paris, j'étais aussi perdu qu'un nouveau né. J'y ai vécu de belles années, mais j'imagine, dans un cadre privilégié. Je n'y suis pas retourné depuis bien longtemps, et je dois dire que j'appréhende les changements que je vais y trouver. Cette ville semble se transformer d'une année à l'autre, pour le pire comme pour le meilleur."

Il mordit dans son quignon de pain et mâcha pensivement. "Vous vous rendez également à Paris ?" c'était ce qu'elle avait dit. Elle n'en partait pas donc, elle y retournait. Sentant qu'elle ne lâcherait rien sur la raison de sa présence, il consentit à faire le premier pas.

"C'est effectivement à Paris que je me rend, pour entrer au service d'une maison d'importance. Peut-être d'ailleurs connais-tu la famille de Lorraine? J'ai peur de ne pas bien savoir où se trouve leur demeure et je ne dirais pas non à une indication, si tu en as une."

Il la regarda et lui offrît un sourire bienveillant, laissant son énervement derrière lui. Il savait à peu près où aller bien sûr, mais il voulait savoir si ce nom la ferait réagir, et si une langue aussi bien pendue que la sienne aurait quelque chose à déblatérer sur Louis ou Philippe.

"Et toi ?" tenta-t-il à nouveau. "Si la campagne t'offusque tant, que fais-tu par ici ? Et par pitié, ne fais pas de phrases trop longues, je suis fatigué par ce voyage et cette pluie."

La pluie d'ailleurs, à en juger par les clapotements un peu moins assourdissants qui parvenaient de l'extérieur, commençait à perdre en intensité. L'heure de la remise en route approchait, avec un peu de chance il atteindrait Paris avant la prochaine averse. Il jeta un regard vers la silhouette étendue sous la couverture, dans l'ombre de la maisonnée. Une main féminine en dépassait. Il repensa au regard désespéré de la malheureuse. Il se demanda s'il aurait le temps de l'enterrer, elle et l'homme dans la cour, avant de repartir. Mais le temps désastreux de cette saison rendait cette option difficile, la terre s'étant transformée en une fange boueuse et marécageuse. Creuser un trou sous cette pluie ne reviendrait qu'à le voir se remplir aussitôt de boue. Et avec sa blessure au bras, c'était relativement exclu. Peut être pourrait-il se servir des meubles brisés pour leur faire un bûcher funéraire à l'intérieur de la maison, à l'abris de la pluie ? Ce n'était pas très orthodoxe comme funérailles, mais ça serait toujours plus décent que les laisser pourrir à la merci des charognards et autre profanateurs, sur deux ou quatre pattes.
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Dim 16 Nov - 11:10

De toute évidence elle l’énervait. Cela ne causait pas le moindre souci à Mel. Arrêter ses discours au moindre signe d’agacement de ses interlocuteurs aurait singulièrement perdu de son intérêt. Mais mine de rien elle observait chaque signe de mécontentement de l’homme dès fois qu’il sorte son arme et qu’un morceau de métal fatal vienne se figer dans sa poitrine. Mais si l’agacement se lisait de plus en plus sur le visage de l’homme il ne semblait pas vouloir lui imposer un silence mortel. Ce qui au final arrangeait pas mal Mel. Parce que parlait lui tenait chaud et lui permettait d’oublier qu’à ce rythme elle allait échouer à la mission confier par un certain étranger aux cheveux bouclés. Mais même son agitation rhétorique devait prendre fin à un moment ou à un autre, ne serait ce que pour permettre à son interlocuteur de lui répondre.

Visiblement son petit discours l’avait quelque peu vexée. Ce dont elle se moquait autant que de son agacement. Elle donnait son avis en toute franchise. Et il aurait dût savourer cette franchise au final plus rare encore que l’or à la cour des miracles. De plus, elle ne comprenait pas cette défense aussi stupide qu’irrationnelle de la campagne qui était assurément la preuve que l’enfer existait et que Dieu le réservait aussi bien aux vivants qu’aux morts. Mais bon s’il se plaisait dans ce genre de lieu, tant mieux pour lui, tant qu’il ne la forçait pas à s’y rendre. Sa description de Paris faillit lui arracher un sourire ému qu’elle retint à grand peine. Parce qu’à entendre cet homme cet endroit horrible, puant et mortel. Certes il l’était, jamais Mel ne le nierais. Mais pour elle, il possédait aussi le charme d’une aire de jeu d’enfant. Ce Paris, elle y grandissait depuis toujours. Alors oui là bas la vie était injuste et suivait des règles cruel, le danger rôdait et on enjambait cadavres et merdes à longueur de journée mais malgré tout… Paris demeurait la plus belle ville du monde et rien ne pouvait plus la ravir que de courir sur ses pavés défoncés. Aussi elle retint à grand peine son envie de répondre par une longue tirade indignée à cette attaque aussi injustifiée que cruelle et mensongère sur sa ville. A défaut de tirade elle se serait sans doute permit un « gnagnagna » démontrant au monde qu’elle n’était pas encore une personne totalement adulte et mure. Ce gnagnagna infantilisant aurait eut l’avantage de lui permettre d’augmenter son image de gamine pénible et sans danger, outre qu’il aurait montré sa désapprobation. Mais elle y renonça en plissant le nez, elle avait quand même un peu d’estime d’elle même.

De toute façon il était évident qu’il aurait très mal prit une nouvelle tirade. La preuve en fut de la remarque qu’il lui décocha après sur les ennuis qu’elle pouvait s’attirer à parler autant. Elle répondit par un haussement d’épaule dédaigneux. On le lui avait dit plus d’une fois et de son vivant Benvenuto Ducatore lui même avait essayé de corriger ce problème. Soyons clair, le vieux la laissait parler puis quand il en avait marre, il la rossait sans dire un mot. Une fois la correction achevée il lui assenait quelques vérités parmi lesquels on trouvait la valeur du silence. Mel retenait la leçon et cessait de l’asticoter un jour ou deux. Puis elle retombait dans ses vieux travers. De toute façon, elle vivait dans un milieux si cruel que sa gorge pouvait finir trancher pour bien moins grave qu’une tirade sans fin. Donc à ce rythme… autant s’amuser un peu avant d’être violée et éventrée.

N’empêche que la colère de son interlocuteur et compagnon d’infortune commençait à l’inquiéter et Mel se promit de se montrer plus mesurée dans sa prochaine réplique. Mais ce genre de promesse était toujours si dure à tenir qu’elle ne formula pas à haute voix. Elle le suivait des yeux et fut surprise de le voir lui tendre du pain. Hésitante, elle le saisit d’un geste leste mais ne le mangea pas avant de l’avoir vu avalée la moindre bouchée. De même elle refusa de s’asseoir car une table et une chaise compliqueraient sa fuite et la désavantageraient en cas de réaction dangereuse de l’homme. Mais elle fini par détacher un petit boue de mie en énonçant calmement



« Merci monsieur »

Sentiment étrange que la gratitude et auquel Melechia n’était absolument pas habitué. Convaincue que tout se payer et se monnayer, elle attendait avec inquiétude d’entendre le prix de cette gentillesse. Mais en attendant, son estomac tordu par la faim remerciait sincèrement l’inconnu. Cette gratitude s’exprima dans le silence que Mel se força à garder un peu plus longtemps pour laisser l’autre s’exprimer. Même si ce silence était intéressé. Car il semblait d’humeur à se confier et se révéler sous un angle que Mel trouvait des plus intéressants.
Elle écouta son discours avec attention et en retira quelques éléments surprenant qui faillirent la réjouir. Un homme avec une croix. Ayant été à Paris pendant un moment. Il y a longtemps. Dans un milieux favorisé de son propre aveux. Qui revient pour la première fois depuis longtemps. Et qui en plus doit se rendre chez les Lorraines. Cela faisait vraiment beaucoup de coïncidences positives. Mais elle demeurait mine de rien sur ses gardes, on sait jamais.

La question lui amena un sourire espiègle au coin des lèvres.




«  Je pourrais faire des phrases courtes. Je pourrais faire un amas de phrase courte. Et cet amas de phrase courte serait plus pénible pour vous que mes tirades précédentes. »

Elle avala un petit morceau de pain.


« Mais grand seigneur je ne vais pas prendre votre demande au pied de la lettre. »



Elle se rapprocha du feu pour en observer les flammes.



« Pour vous rendre chez les Lorraines, c’est assez simple. Suivez la voix de l’orgueil, de l’arrogance, de l’intelligence et de l’ambition démesurée. Et si ces instructions ne vous conviennent pas, considérez moi comme votre guide. »



Elle donna un coup de tisonnier dans l’antre et observa les buches se fendre.



« On m’a ordonné de me rendre ici pour servir de guide à un provincial, qui est passé d'une croix cousue sur un manteau à une croix porté autour du cou, ayant accepté de prendre en charge le salue de l’âme de... de son âme principalement, pas comme s'il se souciait des autres. À mon avis c’est une cause perdue. Mais on ne me demande pas mon avis, sinon je ne serais pas ici. »
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Ven 21 Nov - 16:15

La fille transpirait la méfiance, à un point qu'Aramis trouvait presque amusant, même s'il ne pouvait que saluer ce trait de caractère, dans un monde où l'abus de confiance se révélait si souvent funeste. Sa façon de le guetter tout en se tenant prête à bondir vers la porte n'était pas sans rappeler un chat errant à qui l'on tend un morceau de viande pour le faire approcher. Il savoura non sans soulagement la trêve verbale que lui octroyait cette bouchée de pain. Tout comme les nourrissons que le sein maternel fait cesser de pleurer, rien ne semblait plus garantir le silence de cette fille que de s'assurer que sa bouche soit plus occupée à mâcher de la nourriture plutôt qu'à déverser son torrent de parole. Toutefois le moment fatidique approchait où ses lèvres s'ouvrirent de nouveau. Aramis retînt son souffle. Un frisson d'angoisse lui secoua l'échine quand elle menaça de l'assommer à coup de phrases courtes, mais heureusement, elle se montra miséricordieuse et sembla enfin consentir à se rapprocher et entamer un véritable dialogue.

Il lui sembla entendre les rouages de son cerveau s'enclencher alors qu'elle regardait les flammes dévorer le bois dans l'âtre. Visiblement ce qu'il lui avait confié trouvait bel et bien un écho dans ses pensées tortueuses, et il comprît d'instinct qu'il avait fait mouche quelque part.

Il ne s'attendait pas pour autant à la réponse qu'elle lui donna. Orgueil, Arrogance, intelligence, ambition démesurée... "Oui, on parle bien des mêmes" songea-t-il, surpris qu'elle en sache autant, avant qu'elle ne poursuive en avouant le but de sa présence dans ce coin perdu.

Il la fixa un instant avec des yeux ronds, puis éclata d'un rire franc. La question de savoir lequel des deux frères était derrière tout ça ne se posait même pas.


"Philippe !" s'écria-t-il pour lui même. "Nom de Dieu, il n'y a que lui pour manigancer des farces pareilles."

N'importe qui d'autre aurait dépêché à sa rencontre un valet affichant des armoiries, bien vêtu et accompagné d'une escorte. Mais seul un être aussi déluré et excentrique que le cadet des Lorraines aurait eu l'idée de lui envoyer pour guide une enfant des rues aussi étrange et agaçante. "Seigneur mon garçon, dans quoi t'es tu encore fourré pour avoir si facilement recours à de telles fréquentations..." pensa-t-il, un sourire inquiet aux lèvres.

Sans prendre conscience du terrible et sacrilège juron qu'il venait d'énoncer, il se leva, fit face à la fille, et s'inclina dans un simulacre de révérence.


"Eh bien mon enfant, tu m'as démasqué semble-t-il. Je suis Monseigneur Henry d'Aramitz, Evêque de Vannes, Général des Jésuites et, Dieu me protège, confesseur et conseiller spirituel de Louis et Philippe de Lorraine. Par soucis de discrétion et de commodité, on m'appelle communément Monsieur Aramis, ou juste Aramis, ce qui me convient parfaitement. J'espère que tu consentiras enfin à me donner ton nom à présent que tu sais le mien."

Il regarda avec un œil neuf sa tenue misérable encore humide, les cheveux sales et ébouriffés qui lui tombaient sur le visage, les yeux d'un bleu saisissant et scrutateurs.

"J'imagine qu'il a dû bien rire en concoctant notre rencontre, un verre de vin à la main. C'est une bien mauvaise farce qu'il t'a tendue. J'espère au moins qu'il t'a payée décemment."

A l'extérieur, la pluie s'était réduite à une petite brise. Aramis lança un regard vers l'une des fenêtres et hocha pensivement la tête.

"Il va falloir se remettre en route. Notre ami commun va nous attendre. Ce n'est pas que je sois empressé de le satisfaire, si ça ne tenait qu'à moi je le laisserait bien mariner et s'angoisser de notre absence jusqu'à demain, mais je suis las et impatient de rejoindre un endroit civilisé et chaud, et de manger autre chose que du pain de voyage."

Il réfléchit un instant, regardant de nouveau la fille. Elle l'avait vu sous un jour qu'il préférait cacher, l'arme au côté et du sang sur les mains. Peut-être valait-il mieux, finalement, que ce soit une fille des rues plutôt qu'un valet guindé qui n'aurait pas manquer de s'offusquer et d'aller répandre des ragots sur l'évêque de Vannes errant sur les routes comme un brigand et un tueur chevronné. De plus, malgré son côté agaçante, la fille avait suffisamment acquis la confiance de Philippe pour qu'il la charge de cette mission. Il n'avait donc d'autre choix que de s'en remettre au jugement de son jeune protégé, en priant de ne pas se tromper.

"Avant que nous partions et que nous ne gagnions la capitale, j'aimerai que tu gardes pour toi ce que tu as vu. J'imagine que tu comprends de quoi je parle. Bien évidemment, je suis disposé à t'offrir un... encouragement pour que tu tiennes ta langue"

Tout en parlant, il se dirigea vers la table où il avait déposé son sac, et en sortit une petite bourse de cuir qu'il soupesa avant de la lui lancer avec un tintement métallique des plus sympathiques. Puis il défit la boucle de son baudrier. Il était temps de ranger sa rapière à l'abris des regards. Il l'enroula soigneusement dans une couverture et entreprît de soulever son sac.

Une grimace de douleur fugace déforma ses traits alors que sa coupure à l'épaule se rappelait à son bon souvenir. Le bandage de fortune qu'il s'était confectionné avait bougé et le sang coulait de nouveau. Se résignant, il se tourna vers la fille.

"As-tu une quelconque expérience dans l'art de panser une plaie ? J'ai ce petit incident mal placé... je suis droitier, vois-tu... Il s'agirait simplement de me bander l'épaule assez serré pour empêcher le sang de couler, et me laisser le temps d'imaginer une histoire plus... orthodoxe avant de la confier au soin d'un médecin pour qu'il la suture."

Il se mordilla un instant les lèvres, se demandant s'il faisait le bon choix. Son regard se posa sur une vieille lampe à huile posée sur le linteau de la cheminée. Cela l'aida à se décider.

"Et j'aimerais que nous amenions le corps du propriétaire des lieux ici, auprès de celui de cette malheureuse. Je comprendrais que la tâche te rebute, mais je ne partirais pas avant de leur avoir offert un semblant de funérailles, et ton aide nous ferait gagner du temps à tous les deux. Il y a largement assez de bois brisé dans ce chaos pour servir de combustible, et il doit rester suffisamment d'huile dans cette vieille lampe pour faciliter l'embrasement d'un bûcher funèbre de fortune."
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Jeu 27 Nov - 14:40

La surprise qui se peignit sur les traits de son interlocuteur fit naitre un sourire presque sincère sur les lèvres de Melechia. Un amusement enfantin se mélangeait à une certaine morgue plus adulte pour former l’expression malicieuse d’un lutin ayant réussi un bon tour et se régalait des conséquences de sa farce. Elle savourait d’autant plus la stupeur de son interlocuteur qu’elle estimait que ça compensait la trouille que lui avait foutu sa saleté de cannasson.
Visiblement il n’était pas rancunier et une fois remis de sa surprise, il éclata d’un rire sonore et sincère qui surprit Mel. En réponse à la présentation et la déclinaison des titres, Mel s’inclina dans une révérence bouffonne, un pastiche accentuant les grands mouvements de poignets et de tête qui étaient la spécialité des mignons. Lorsqu’elle releva la tête, elle laissa un de ses sourcils se arquer et un sourire en coin creuser une fossette sur son visage encore une humide.




- Il est vrai que dans les conversations ordinaires la citation de l’intégralité de vos titres risquerait de rendre la discussion longue et quelque peu décousu. Mais jamais je n’aurait accepté d’être juste Aramis. Parce que général… Ce titre a quand même plus d’élégance et de beauté, sincèrement ça claque pas mal. Du coup c’est celui que j’vais employer pour la fin du voyage, ça me convient plus. Oui décidément, général j’aime.

« J'espère au moins qu'il t'a payée décemment. » Mel eut une moue orageuse en entendant ce commentaire. Elle était exploitée, maltraitée et envoyée dans le trou du cul du monde pour presque rien étant donné que Lorraine n’avait pas à la payer. Une fois de plus, elle maudit le nain qui avait eut l’idée de faire don d’elle… Pffffff, pourquoi donc ses patrons la maltraitait ainsi. Donc vexé comme un poux elle bougonna

- Notons qu’il me martyrise pour jouer un tour qu’il ne peut même pas constater de lui-même. Sans doute compensera-t-il par une imagination avinée.

Elle soupira un peu trop ostensiblement en se passant la main dans les cheveux qu’elle avait toujours désagréablement trempés. Et lorsqu’il parla de se remettre en route, elle frissonna pas du tout pressé de quitter le feu pour aller enfoncer ses chaussures dans la gadoue et avoir une fois de plus sous les yeux le désespérant spectacle de la campagne. Mais en même temps… Faire attendre, ou pire mariner Philippe de Lorraine. La perspective avait quelque chose de profondément dérangeant. Elle ne connaissait pas très bien son nouvel exploiteur bouclé mais elle avait comprit une chose. Il était du genre à ne pas comprendre pourquoi on n’exécutait pas ses ordres avant qu’il les formules. Alors qu’on fasse volontairement trainer les choses pour lui déplaire. Brrrrrrr… fallait vraiment être un péquenot croyant en la vie éternelle pour avoir une idée à ce point pourrie. Mais en même temps, elle ne voyait pas trop comment elle pouvait forcer le général et sa ménagerie équestre à la suivre jusqu’à Paris. Vu leur taille respective elle pouvait pas vraiment le trainer par le col jusqu’à l’hôtel de Guise. Quoique cette scène aurait très certainement ravie Philippe. Il s’en serrait étouffé de rire même mais c’était pas avec ses cinquante kilos tout mouillé qu’elle allait pouvoir se prêter à une farce aussi grotesque.

Donc ce fut avec un soulagement manifeste qu’elle ne tenta pas de cacher qu’elle l’entendit admettre qu’il était pressé de partir pour Paris. On avait pas idée de faire des frayeurs pareilles aux gens. Ça il aurait plus de mal à se le faire pardonner que le comportement de sa saleté de cheval. Elle attrapa l’encouragement en vol et le glissa bien au chaud à l’intérieur de sa chemise humide puis elle se permit de relever le menton et d’exprimer sa fierté professionnel.



- Même sans ça j’aurais rien dit. Je suis pas une vulgaire commère et on m’a pas foutue dans ce bled de merde sans que je sache tenir ma langue. J’ai pas besoin d’or pour m’empêcher de jacasser à tort et à travers. Ce sont des manières de bonne femme ça et on en veut pas d’là d’où je viens. Mais votre générosité est très appréciée général.

Elle plissa les yeux et le sonda du regard avant d’ajouter d’une voix ferme.



- Cependant… Cependant, il va sans dire que le Chevalier sera mis au courant. Vous pourrez alors vous confesser mutuellement et réciter à l’unisson les sacrements.


Pour elle cette honnêteté était une façon de le remercier pour l’or que même par orgueil elle ne pouvait pas se permettre de refuser. Cupidité et réalisme ayant assez vite raison d’une fierté professionnelle somme toute mal placée. Mais quand on mélangeait la fierté au réalisme, Mel ne pouvait pas se permettre d’oublier un détail. Le Chevalier était son employeur, pas l’évêque et ils avaient conclu un accord. Accord dans lequel elle avait l’impression d’être le dindon de la farce mais accord qu’elle allait respecter. Elle ne cacherait pas au bouclé une histoire peut être sans conséquence mais assez révélatrice. Et puis au delà de sa fidélité qu’elle savait toujours testé par son employeur, Lorraine lui flanquait carrément plus la frousse qu’Aramis. Ce qui n’était pas peu dire au vu du spectacle qui avait précédé sa rencontre avec l’homme de dieu… mais… Oui, elle préférait l’animosité du jésuite à celle du prince.

La question qui suivit la fit grimacer. Ce n’était pas vraiment son domaine d’expertise et elle ne l’avait que très rarement pratiqué. Un bon lézard ne se blessait que rarement et même quand c’était le cas… Elle connaissait les barbiers et chirurgiens amateurs de Paris qui avait recousu son père ou elle même à l’occasion.



- Plus ou moins, je peux au moins regarder ce que je vais faire.



Pour compenser son ignorance, qui la vexait quelque peu elle devait l’avouer, elle ajouta d’une voix légère.



- Mais si vous voulez je peux inventer l’histoire à votre place. Qu’est ce que vous pensez d’une attaque de grizzlis? Ou d’une vache cannibale?



Encore une demande qui prit encore plus au dépourvu Mel, aussi elle ouvrit de grand yeux et demanda sans réfléchir, ce qui dans son cas n’était pas peu dire :

- Qu’est ce que ça change? Il est mort.



Non mais, elle s’en foutait de bouger un cadavre, sauf s’il était lourd mais ça servait à rien. Elle se voyait très mal se taper autant de longs et inutile effort pour un maccabé, surtout un paysan qui de son vivant lui aurait craché à la gueule. Mais dans la hiérarchie sociale du monde des exploités par les princes, elle était en dessous d’Aramis.
Aussi sa remarque fut ponctuée par un haussement d’épaule.



- Enfin, si ça vous fait plaisir et que c’est une manie de religieux on peut le faire… mais vous croyez que ça va cramer avec la pluie et tout? Et puis je sais pas lequel c’est moi le maitre des lieux.

Elle eut une moue…



- Enfin, je suppose que ça va attendre que j’ai fait une approximation de pansage sur votre épaule… ou bien on va la cramer aussi pour cicatriser? C’est peut être un peu radicale mais je connais une histoire sur un mec qui l’a fait… j’vous la raconterais quand on déplacera le corps.



Elle lui sourit



- Par contre ce serait vraiment généreux de votre part de vous asseoir parce que sinon je vais devoir sauter pour atteindre la plaie ce qui serait ridicule, humiliant et assez peu efficace.
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Mer 3 Déc - 20:41

"Général ?" releva-t-il en souriant. "Ce n'est qu'un titre honorifique, un brin pompeux et en rien martial. Je ne commande aucun bataillon de soldat, juste quelques têtes pensantes et austères plutôt férues de science et de théologie que de stratégie militaire. Je me demande d'ailleurs pourquoi on nomme leur chef "Général"... celui qui a inventé ce titre devait avoir un ego détestable si tu veux mon avis. Et en parlant d'ego, j'attends toujours que tu me donnes un nom."

En vérité il commençait à y renoncer, tant l'entêtement de son interlocutrice à taire cette information et à changer de sujet était forte.

En l'écoutant, il se mit à fouiller dans son sac à la recherche d'un nouveau bandage. Ayant trouvé le nécessaire, il s'empara de la casserole où demeurait un restant de vin pour le remettre à chauffer, et y fit tremper le tissu neuf. L'odeur du mauvais vin cuisant s'éleva un instant, et il eut une pensée nostalgique pour le doux hypocras qu'on lui avait servi deux jours plus tôt dans une auberge de qualité.

Puis ses sourcils se froncèrent alors qu'elle lui déclarait qu'elle raconterait tout à Philippe. Songeur, il l'étudia un instant, le regard grave. Son aplomb lui disait qu'elle ne changerait pas d'avis, peu importe à quel point il essaierait de l'amadouer. Pot-de-vin et menaces n'y changeraient rien. "Que dira-t-elle après tout ?" songea-t-il. "Elle a vu les cadavres, elle m'a vu tenir une arme... M'a-t-elle vu la manier ? Non..." Il haussa les épaules en détournant le regard.

"Très bien, dit-lui alors." répondit-il en sortant la casserole de vin du feu et en saisissant le tissu chaud et aviné qui y trempait. "Et si Philippe me demande des explications, je mentirai tout simplement", conclut-il en échafaudant mentalement sa défense :  "Je ne suis qu'un vieux prêtre qui a découvert une masure où un bain de sang s'était déroulé, des malfrats s'y sont entretués. Lorsque j'ai vu arriver cette inconnue, j'ai tout fait pour l'effrayer, croyant qu'elle faisait partie de la bande, en lui disant que je les avait tués, et m'arrangeant pour avoir l'air menaçant en brandissant cette rapière que j'arborais pour le voyage dans le simple but de décourager d'éventuels malfaiteurs. Et cette blessure..."

"Si quelqu'un te demande, tu diras que mon cheval a glissé dans la boue et que j'en suis tombé, tout simplement." Ainsi chacun irait de son petit mensonge.

Voyant son air peu assurée quant à la perspective de l'aider à panser sa plaie, il se mit lui-même à ressentir une certaine appréhension.

"Brûler mon épaule ? Grand Dieu, inutile d'en venir à cette extrémité, même si je te soupçonnerais d'y prendre plaisir."

Il ôta son gilet de cuir et déboutonna sa chemise suffisamment pour dégager l'épaule sans en révéler d'avantage. Elle en avait déjà vu assez, inutile en plus qu'elle remarque les vieilles cicatrices. Il ôta le premier bandage qui s'était défait et le jeta dans les flammes. Avant qu'elle ne fasse mine de s'approcher, il indiqua le vin chaud d'un signe de tête.

"Commence par te laver les mains avec ça s'il te plait, ça ne servirait à rien de me panser si c'est pour infecter la plaie davantage. Bien, je ne vais pas te demander de me recoudre, juste de me bander l'épaule et de serrer bien fort, ça sera suffisant pour le moment. Vas-y. Oui voilà comme ça. Passe le sous mon bras. Bien, fais un nœud et serres fort. Allons, plus fort, n'aie pas peur, il faut que ça serre... plus fo.. AÏE !!! Nom de Dieu, pas si fort, fichue brute ! Voilà, ça suffira comme ça... Merci..."

En grommelant un peu, il se releva et réajusta ses vêtements avant de rempaqueter ses affaires.
Puis, il se dirigea vers la cheminée où il récupéra sa cape. Chaude et pratiquement sèche, il éprouva un certain réconfort en se drapant les épaules avec. Il se tourna vers la jeune inconnue.


"Bien, à présent finissons-en. Suis-moi."

Dehors, la pluie avait cessé, et la lumière du jour commençait à décliner. L'après-midi était fort avancé.

"Hâtons-nous, c'est celui-là, près de l'enclos. Prend les pieds."

Il attrapa le cadavre sous les bras et le souleva en grognant. Le corps s'arracha à la boue avec un bruit écœurant, et ses yeux révulsés et vides se fixèrent sur Aramis alors qu'ils le transportaient à l'intérieur.

"Les autres peuvent bien pourrir dans la fange. En ce qui me concerne, je préférerais encore mieux offrir des funérailles aux cochons plutôt qu'à ces meurtriers violeurs.... Non, ne me regarde pas comme ça, nous n'en ferons rien, je te rassure. Les cochons resteront où ils sont."

Ils installèrent le corps près de celui de la jeune fille. Aramis récupéra ensuite tout ce qui, dans la cabane, était susceptible de brûler vite - tissus, draps, paille, petit bois - et les massa autour des défunts.

"Pour répondre à ta question, non, je ne suis pas sûr que ce sera un bûcher très efficace. C'est pour ça qu'on le fait à l'intérieur, et non dans la cour où ça aurait été plus... orthodoxe. L'important est que ça brûle suffisamment pour consumer les corps avant que les flammes ne dévorent le toit et que la pluie ne risque d'éteindre le tout."

Il attrapa la lampe à huile et déversa copieusement son contenu sur les deux corps. "A défaut d'ultime confession, ils auront un baptême" pensa-t-il.

"Sortons."

Il ramassa ses affaires, récupéra son tricorne, et avant de franchir la porte, saisit un brandon dans la cheminée et alluma le bûcher improvisé avant de rejoindre la fille à l'extérieur. Il jeta un coup d’œil vers les cieux pour s'assurer que la pluie ne menaçait pas dans l'immédiat, ce qui aurait ruiné leurs efforts à néant. Puis il sortit de son sac un petit livre de prière, et en choisit une courte qu'il lut à voix basse devant la cabane. Le feu prenait vite à l'intérieur, les flammes dansaient déjà, visibles à travers les fenêtres d'où s'échappaient une fumée grise.

La prière terminée, il marqua un court silence de circonstance, vissa son tricorne sur sa tête et se tourna vers la fille.

"C'est bon, partons, merci d'avoir autorisé cette... lubie d'homme d'église."

Puis, se dirigeant vers ses compagnons équidés qui attendaient sagement, il indiqua le mulet du doigt :

"Tu monteras Socrate, et soit polie avec lui. Pas de discussion, j'ai hâte d'arriver et ça ira plus vite ainsi que si tu me suis à pied."

Il grimpa sur le dos de Vénus, redoutant à l'avance ce que ce "pas de discussion" allait impliquer.
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Dim 18 Jan - 14:38

L’explication du titre se révéla fort décevante et Mel afficha un court instant une expression contrariée en pinçant les lèvres et en levant les yeux au ciel. Cependant elle ne pouvait pas empêcher ses prunelles bleus de pétiller et une fossette se creusa dans sa joue alors qu’elle rebondissait avec sa verve habituelle.

- Cette histoire est d’une tristesse affligeante et manque cruellement d’intérêt. Avec un titre comme le votre vous vous devez de construire une légende permettant l’établissement d’une aura autour de votre personne. Franchement votre version sur l’égo de votre prédécesseur manque de rocambolesque. Pourquoi ne pas ajouter une duchesse et des turcs? Toutes les histoires paraissent mieux quand on a des turcs ou des allemands, mais les turcs c’est exotiques. J’peux vous inventer l’histoire si vous voulez. [/size]

Tout en parlant elle suivit des yeux le manège de l’homme d’Eglise qui visiblement préparait le matériel pour les soins qu’il désirait recevoir. Quitte à gâcher du vin. À ses instructions sur la version de l’histoire elle ne répondit que par un haussement d’épaule dédaigneux. Un mouvement au fond bien plus inquiétant qu’une réplique enflammé car il signifiait qu’elle ferait comme cela lui chantait et pas comme l’évêque le désirait. Autant parce qu’elle ne comptait pas servir une mauvaise version à son véritable employeur que parce qu’elle n’appréciait guère qu’on lui donne des ordres sans légitimité.

Peut être était ce pour cela qu’elle ne s’appliqua pas plus que ça pour bander l’épaule, après avoir marmonner que « de toute façon la chair brulée ça puait grave » et qu’elle « devait le ramener en bon état ».  Quoiqu’il en soit elle suivit les ordres avec une mauvaise volonté évidente avant de franchement serré l’épaule avec un bandage qu’elle espérait quand même efficace. Evidemment elle avait fait mal à Aramitz mais eut une expression innocente avec un petit sourire contrit et un papillonnement de cils qui tenait plus de la farce que des véritables excuses.

De toute façon, il se vengea en la trainant dehors dans le froids pour lui faire porter le corps. Cette saloperie pesait incroyablement lourd, le poids de la médiocrité sans doute. Et elle jura dans un italien des plus colorés en sentant les bottes trempés qui lui glissaient entre les doigts alors qu’ils évoluaient dans la boue. À la remarque sur les porcs, elle faillit lâcher le cadavre. Non mais oh ! Il y avait des limites à la tyrannie que la pieuse sensiblerie de son interlocuteur pouvait lui imposer. S’occuper des porcs et puis quoi encore ! Déjà qu’elle trouvait que le péquenot ne méritait pas d’être incinéré mais alors les bestioles… Il dût percevoir le regard indiquant autant l’horreur que la réprobation sur son visage parce qu’il s’empressa de rectifier et elle l’en remercia, intérieurement.

Durant la parodie de funérailles elle garda le silence plus par ennui que par respect. Les bras croisés elle laissa l’évêque se démenait seul pour que sa conscience soit en paix. Il était hors de question qu’elle se fatigue pour des morts. Mais un restant de la crainte divine, typiquement italienne, dans laquelle elle avait été dressé lui revint et à la fin de la prière elle marmonna

Ouais, la même.


Puis elle roula des yeux

- Essayez de pas trop m’infliger vos lubies jusqu’à Paris, après faites ce que vous voulez.

Puis elle entendit son ordre et échangea un regard avec le mulet. Ce dernier lui rendit son regard en penchant la tête vers la droite. Elle fit de même en penchant le crâne vers la gauche.

- Vous avez écouter ce que je viens de dire, juste là maintenant tout de suite il y a très peu de temps, sur vos lubies? Cette sale bête a pas du tout l’air de m’aimer et le sentiment est réciproque. Vous avez vu la façon dont il me regarde. On dirait une pute qui voit un client fauché ou une chèvre face à une vache. Parce je crois que je sais que j’ai appris que ces deux bestioles peuvent pas se sacquer. (Tout en parlant, elle se rapprocha de la bestiole et tenta de se hisser dessus). Héééééé ! il bel culo della Beata Marie ! Cette saloperie vient de bouger. Vous avez vu ! Il a fait un pas de côté ! Il veut pas que je le monte et j’avais même pas commencer à l’insulter. le palline dello Spirito Santo. Et ça recommence, saleté !

Finalement elle se hissa sans élégance sur le dos de Socrate et croisa les bras en boudant

-C’est haut et ça bouge. Je suis a peu près sur que vous aviez pas le droit d’exiger ça de moi. Mais je suis une belle âme généreuse et docile, vous devriez me remercier.
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Mar 27 Jan - 14:58

Il mis le pied à l'étrier sans réellement écouter la pollution sonore qui s'échappait une fois de plus de la bouche de la marmoneuse. Cependant, il marqua une hésitation, craignant tout d'un coup que le mulet ne se mette à essayer d'arracher les yeux de l'adolescente où de lui envoyer une ruade dans les côtes. Une peste pareille pouvait sans doute être capable de faire sortir même le plus paisible des animaux de ses gonds. Cela ferait mauvais genre d'arriver à l'Hôtel de Guise en ramenant à Philippe un cadavre plutôt que l'envoyée qu'il avait dépêché à sa rencontre. Une attention d'ailleurs, il se le jura, qu'il revaudrait au jeune aristocrate d'une manière ou d'une autre.

Les péripéties de la jeune fille pour se hisser sur le dos du mulet s'éternisèrent, et comme à son habitude, à grand renfort d'insanités. Aramis serra les dents, roula des yeux, et d'une légère traction sur les rennes, fit faire volte face à Vénus pour se rapprocher du curieux équipage. Il attendit que la jeune fille prenne plus ou moins une assise stable... avant de tendre une main dans un geste aussi rapide qu'un serpent qui mord, et de lui asséner une tape de réprimande à l'arrière du crâne. Le coup n'était pas fort et avait des accents presque paternels. Même dans un état de profond énervement, Aramis répugnait à lever la main sur des enfants, à fortiori une fille, mais dans ce cas précis, cela lui fit un bien fou.

"Garde tes blasphèmes derrière tes lèvres si tu ne veux pas que je te bâillonne pour de bon, maledetta Zecca."

En l'entendant jurer plus tôt, il avait lui même retourné dans sa tête ses vieux restes d'italien avant de se souvenir du terme adéquat pour la baptiser, à défaut d'un nom. Ça lui allait comme un gant, elle qui était agréable comme une tique. Un sourire mesquin étira ses lèvres alors qu'il donna du talon pour avancer sur le sentier.

"De plus, la Sainte Vierge ou l'Esprit Saint ne t'enverront peut-être pas la foudre sur le crâne en châtiment de ta vulgarité à leur encontre, mais Socrate lui... la dernière personne à l'avoir poussé à bout de patience s'est vu arracher deux doigts d'un coup de dent. Maintenant si tu t'évertues à rendre ce voyage encore plus désagréable par tes remarques et ta mauvaise humeur, je me ferai un plaisir de t'exorciser en t'abreuvant de la lecture de mon livre de prière jusqu'à ce que l'on franchisse les grilles de l'Hôtel de Guise. Tu sauras alors ce que lubies de prêtre veut vraiment dire."

Il doutait de l'efficacité de la menace, mais espérait quand même que la perspective d'une ou deux heures de pieux discours catholique suffirait à faire reconsidérer à sa compagne de route l'envie d'ouvrir davantage la bouche à tors et à travers. Lui-même n'avait pas la tête aux pudibonderies religieuses, il l'avait rarement d'ailleurs. Il baissa son tricorne sur ses yeux et lança Vénus au petit trot. L'absence de sa rapière à son côté lui donnait un désagréable sentiment de nudité.

Alors qu'ils s'éloignaient, le toit de la chaumière s'effondra et les flammes s'élevèrent en rugissant vers les cieux, avides d'air. Aramis gratifia les lieux d'un dernier regard avant de se concentrer sur la route. Si cette "Zecca" n'avait pas été si insupportable, il l'aurait questionnée sur les mentalités dans la capitale, au sein de la populace et des sphères plus élevées. Il lui aurait demandé ce qu'elle savait de la situation des Lorraines, leurs affaires, leurs inimitiés. Tout ce qu'il savait finalement venait d'Henri de Lorraine, leur père résidant bien loin de la capitale. Et ce dernier ne recevait de nouvelles que de son aîné, qui était loin d'être un modèle d'éloquence littéraire pour décrire autre chose que ses propres avancées, et persistait à éluder la majeure partie de ce qui concernait ses frères, bien plus imprévisibles - ce qui rendait le manque d'information sur leurs situations encore plus inquiétant. C'était bien pour ça que de Lorraine Père avait fait appel à lui pour rejoindre ses fils comme confesseur.

Aramis était alors en plein dans des affaires financières et commerciales à travers le Royaume, pour son compte et celui de son nouvel évêché Breton. Un séjour à Paris coïncidait avec ses propres desseins, en plus de rendre service à son généreux protecteur, devenu aussi un ami avec le temps.

Les péripéties du voyage, le mauvais temps, les truands et maintenant cette petite peste avaient sérieusement douché son enthousiasme. Cependant, pour peu qu'elle parvienne à garder les lèvres serrées quelques minutes, Aramis se surprit à réaliser qu'il aimait bien cette gamine, même si l'envie le rongeait de lui coudre les lèvres et de lui botter les fesses. Il avait l'impression de sentir son regard noir lui vriller le dos aussi efficacement que des aiguilles chauffées à blanc.

Sa blessure le lançait, mais il se trouvait finalement soulagé d'être de nouveau en selle, de sentir le lent va-et-vient des pas de Vénus le bercer, et l'air frais enfin débarrassé de la pluie lui remplir les poumons. Alors qu'enfin le sentier sortait de la forêt, les arbres laissèrent place à un panorama dégagé de pâtures et d'espaces ouverts. Le soleil perçait enfin les nuages noirs, et sur l'horizon se découpait la masse sombre, édentée et enfumée de ce monstre qu'était Paris, que traversait le ruban sinueux de la Seine, reflétant les rayons d'avril. Il contempla pensivement la cité, avec dans les narines la sensation que l'air lui même s'alourdissait de l'atmosphère citadine, même à cette distance.

"Eh bien... toujours la même... et toujours différente à la fois..."
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