Partagez | 

 Ne me remerciez pas, c'est tout naturel ~ Gabriel de la Reynie


Mer 22 Oct - 14:29


La nuit était tombée sur l'Hôtel de Guise depuis un bon moment. Ce soir-là, Aurore était de garde. Cela lui arrivait deux fois dans la semaine - deux fois dans la semaine, elle passait la nuit à l'Hôtel de Guise, non pas pour dormir, mais bien pour répondre aux ordres des maîtres insomniaques ou fêtards qui étiraient leur journée jusque sous les étoiles. Au fond, même si après, Aurore passait sa journée à lutter contre le sommeil, ces nuits de garde lui permettaient de s'échapper de chez elle, et surtout, de la présence oppressante de sa belle-sœur. Présence de plus en plus difficile à supporter, surtout depuis que Alix lui avait clairement dit qu'il était temps qu'elle se marie pour débarrasser le plancher. Aurore ne savait pas trop si elle en parlait à son frère Albert et, si oui, combien de temps il mettrait avant d'en être à son tour convaincu. Si Albert l'obligeait à se marier, Aurore ne pourrait pas vraiment se défiler, et ce mariage ruinerait tous ses espoirs d'ascension sociale. Car qui épouserait-elle si ce n'est un autre domestique ? Elle espérait au moins qu'il fut bourgeois, à défaut d'être noble...

Les nuits de garde étaient aussi tranquilles. Nul besoin de s'affairer à droite et à gauche. Les cuisines lui étaient ouvertes, et elle pouvait dès qu'elle le souhaitait, se faire une tisane et grignoter un bout de pain. Une fois, elle avait osé se faire un chocolat chaud dans lequel elle avait ajouté un peu de sucre - et depuis, elle n'avait rien trouvé de meilleur.
Assise dans l'office, près d'un feu de cheminée qu'elle ravivait au besoin, elle s'occupait des souliers du Petit Marsan, qu'elle cirait et brossait, et des bottes d'équitation dont il fallait soigneusement enlever la boue séchée et les poils de chevaux, témoignage de la dernière virée à cheval.

Le Maître était de sortie. Aurore ne savait pas trop quand il rentrerait et, de toute façon, elle avait appris avec expérience que son heure de retour au bercail pouvait être très aléatoire. Minuit déjà avait sonné, et l'Hôtel de Guise était aussi calme qu'un désert.
Plus pour longtemps, cependant, car voilà qu'elle entendait des bruits de pas précipités dans le couloir de l'office. Aurore se leva, rangea son cirage et s'apprêta à accueillir l'arrivant, qui n'était autre que le portier.

- Le Maître est arrivé avec Charles de La Reynie en fâcheuse posture, l'informa-t-il, un peu essoufflé.

En fâcheuse posture ? Qu'est-ce que diable cela voulait dire ? S'était-il battu ? Aurore, les yeux écarquillés, s'élança après le portier qui la mena dans le vestibule de l'Hôtel de Guise. Des chandelles avaient été allumées, assez pour éclairer, mais pas assez pour chasser les ombres de la nuit.
Le cocher était là, soutenant un Charles de La Reynie complètement ivre et tenant à peine sur ses jambes. Le Petit Marsan ne valait guère mieux, mais au moins tenait-il debout tout seul, sans avoir besoin d'aide. Il était jovial et parlait fort. Quand il aperçut Aurore, il lui ordonna d'appeler son valet et de s'occuper de son ami. Puis, se saisissant d'une chandelle, il se dirigea vers ses appartements, en chantonnant.

Jean, le portier, avait pris l'initiative d'aller trouver le valet. Aussi ne restait-il plus que le cocher, Aurore et Charles de la Reynie, qui s'endormait sur l'épaule du cocher. Tous deux l'emmenèrent dans une des ailes de l'hôtel, réservée aux hôtes. Il pesait lourd, et Aurore donnait tout son possible pour ne pas le faire tomber. Elle avait rarement vu un homme aussi ivre et aussi mal en point. Ils l'allongèrent sur un lit, le calant sur les oreillers de manière à ce que sa tête soit légèrement plus haute que le reste de son corps.

C'était terriblement gênant. Aurore descendit aux cuisines pour lui préparer un grand verre d'eau et une infusion. Il n'y avait pas de recette miracle pour évacuer l'alcool, si ce n'était d'attendre. Mieux valait toutefois lui faire boire de l'eau.
Une fois fait, elle remonta et secouant doucement le jeune homme, elle le réveilla. Il grogna et ouvrit difficilement les yeux.

- Buvez, monsieur, l'invita Aurore avec respect en lui tendant le verre d'eau fraîche.

Le cocher s'en était allé, mais avait allumé plusieurs chandelles. Charles de la Reynie termina son verre et se mit à rire en marmonnant quelque chose qu'Aurore ne saisit pas. Puis, s'écroulant sur ses oreillers, il sombra dans un profond sommeil.
Au cours de la nuit, la domestique revint le voir pour savoir comment il allait, écoutant sa respiration, et vérifiant qu'il avait de l'eau.


...


Le lendemain matin, Aurore était toujours en cuisine, un plateau en main, chargée d'apporter le petit déjeuner au Petit Marsan, qui venait de se réveiller à une heure tardive. Charles de la Reynie, lui, dormait toujours.
Une domestique vint la trouver alors qu'elle revenait des appartement de son maître.

▬ Aurore, Monsieur de La Reynie te demande, il veut savoir qui s'est occupé de son fils.

Puis elle ajouta, à voix basse :

▬ Il est en colère.

Aurore lui confia le plateau, déglutit, et s'en alla trouver Gabriel de La Reynie, prête à subir ses foudres bien qu'elle ne soit responsable de rien. Elle entra dans une des antichambres de l'Hôtel. Il était devant la fenêtre et lui tournait le dos.
avatar
Invité
Invité


Mer 12 Nov - 22:36

Il y a des choses qui sont agréables dans la vie. Charles aurait put en citer nombres comme le vin, les femmes, le jeu, les chevaux… Il y a des choses moins agréables comme la pluie, le vent et les vêtements de mauvais goût. Il y a des choses très désagréables comme les dettes et les dévots. Aujourd’hui il vivait une fois de plus une de ces expériences très désagréable. 
Une serre s’abattait son épaule et l’arrachait avec de violentes secousses au sommeil lourd qui suivait ses nuits de débauches et précédaient ses gueules de bois. Il tentait vainement d’échapper à la douleur que causait les doigts longs et noueux qui s’enfonçait dans sa chair mais force était de constater qu’il ne pouvait le faire. Il souleva une paupière bien lourde et moite. Cet effort lui semblait déjà fort conséquent dans son état, aussi il aurait apprécié avoir une récompense autre que le visage émacié et ridé d’un domestique à la bouche dédaigneuse, au gros nez et à la mauvaise haleine. Mais visiblement, il devait être puni de ses excès de la veille, autrement que par une gueule de bois. Le domestique ouvrit la bouche. Charles leva deux doigts et le fit reculer. Il s’autorisa enfin un léger sourire


- C’est mieux. Vous avez une haleine à réveiller un mort et je ne suis qu’un ivrogne.

Ce bon mot il le regretta aussitôt. Pas qu’insulter un domestique n’appartenant pas à sa maison lui pose un problème. On s’en foutait, surtout chez les Lorraines. Mais ouvrir les yeux, parler et bouger en même temps ! Mon Dieu ! Sa migraine se réveilla plus terrible que jamais ! Reprochant tout cela au domestique, il était de trop mauvaise humeur pour l’autoflagellation, il se laissa tomber sur un oreiller en grognant. Sangdieu ! Pourquoi le réveiller alors qu’il était à l’agonie. Il ferma les paupières et demanda d’une voix lourde et pâteuse



- Donc ?

- Vous devez vous lever.



Charles tourna sa tête toujours enfoncée dans l’oreiller et regarda l’homme en plissant les yeux, une moue colérique aux lèvres.

- Votre père, monsieur. Il vous attends.



Charles aurait volontiers pâli, mais au vu de son teint déjà blanchâtre et moribond il ne pouvait guère se payer ce luxe.



- J’arrive.

Aussitôt il sortit de son lit. Ce fut effectué sans vigueur mais sans maladresse particulière. Sa tête vide et résonnant au moindre son le faisait souffrir et le ralentissait tandis qu’il remettait un peu d’ordre dans sa tenue. Il se sentait sale, encore un peu nauséeux et surtout incapable de penser convenablement. Ce qui n’était pas convenable non plus c’était l’état de ses cheveux. Il s’approcha d’un miroir et y remit un peu d’ordre mais sans grande conviction. Les boucles brunes finirent par tomber de manière a peu près convaincante sur l’habit bleu pâle et il s’estima satisfait. Il avait supprimé le plus gris des traces de débauches. Si on exceptait son teint moribond et son air hagard, mais ça il ne pourrait s’en occuper qu’après avoir affronté l’ire paternelle. Il nettoya ses chaussures avec les draps de son lit de fortune et sortit de la pièce pour rejoindre le domestique.

- Allons y. Débarrassons nous de ça.

Il se traina misérablement à travers l’hôtel avant d’arriver devant la pièce où on refourguait son père en l’attendant. Le plus loin possible des appartements du second fils, la domesticité était décidément d’une délicatesse redoutable au sein de la maison Lorraine. Il pénétra dans la pièce à la suite d’une servante blonde qui ne l’avait pas vu. Il s’attarda un moment sur sa chevelure pâle. Elle lui était familière… L’avait il sauté celle là? Non, il ne croyait pas. De plus Charles de Lorraine se montrait assez possessif avec ses domestiques ou ceux de ses frères. Mais pourtant elle lui était plus familière qu’une domestique de base. Ce sentiment le contrariait, mais la contrariété devait être mise en perspective. Après tout avec sa migraine et son envie de dormir un rien le contrariait. De toute façon, il devait faire face à un problème autrement plus contrariant. Son père lui tournait le dos, ainsi qu’à la servante familière. On ne voyait donc que ses larges épaules sur lesquels tombaient une chevelure que l’âge n’avait pas encore atteint. Ses mains croisées demeuraient ferme et son immobilisme avait quelque chose d’inquiétant. Charles grimaça, d’autres auraient put se tromper. Mais il savait son père fou de rage et cette rage était d’autant plus terrorisante qu’il demeurait totalement et parfaitement maitre de lui-même. Autre élément assez peu rassurant. Le molosse était là. Actuellement Sorbonne demeurait couché sur le sol, sa tête reposant sur ses pattes croisées. Charles choisit quand même de se tenir le plus loin possible de lui. IL regarda la servante.




- Je doute que l’on prenne quelque chose à boire, avança-t-il.



Son père tourna sur ses talons et dévoila une mine presque aussi parcheminée que la sienne. Sauf que l’air cadavérique de Gabriel de le Reynie venait juste d’une addiction maladive au travail ingrat, d’un besoin stupide de ne pas assez dormir la nuit pour accomplir des tâches abrutissante et d’un amour irrationnel pour l’ordre et la discipline. Charles grimaça et songea une fois de plus qu’il allait devoir lutter pour ne pas finir de façon aussi pitoyable passé l’âge dramatiquement canonique de trente ans. Mais son mépris fut remplacé par une saine terreur en voyant la colère dans les yeux de son père. Peut être avait il plus déplut à son géniteur que prévu. Ce qui serait fâcheux, parce qu’il devait avouer (outre une regrettable dépendance économique) redouter plus que tout les colères de son père. En toute honnêteté, mais il n’était jamais honnête même sans gueule de bois, il vivait pour l’approbation et la désapprobation de son père. Mais ce n’était pas le sujet.



- Ce n’est pas pour cela que je l’ai fait venir.



Son père observa la domestique sans rien laisser voir de ses sentiments.



- On dit que vous vous êtes occupé de Charles cette nuit.



Le concerné comprit alors pourquoi elle lui était familière. Elle l’avait forcé à boire cette nuit. Ce qui partait d’une intention louable mais l’avait contrarié quand même. Il se tourna vers elle pour observer sa réaction.


 


avatar
Dura Lex, Sed Lex
Dura Lex, Sed Lex
Billets envoyés : 184
Situation : célibataire par intermittence

Voir le profil de l'utilisateur

Sam 13 Déc - 21:54


Aurore allait manifester sa présence lorsqu'elle entendit la porte s'ouvrir derrière elle. Le teint pâle, les yeux cernés, et une chevelure qui avait perdu de sa superbe, Charles de La Reynie venait de franchir le pas de la porte à sa suite. Aurore fit une petite révérence pour le saluer et attendit. Maintenant que le fils était là, nul besoin de dire quoi que ce soit.

Le jeune homme lui lança un regard plein d'interrogations. A croire qu'il ne s'attendait pas ce qu'une servante soit là - mais, enfin, nous étions chez les de Guise ! Puis il regarda son paternel, Gabriel de La Reynie, qui ne semblait guère décidé à se tourner vers eux. Le fils, la domestique s'en rendait compte à présent, considérait son père avec une crainte non dissimulée. Nul doute qu'il allait se faire remonter les bretelles ; et pour Aurore, rien n'était plus délicat que les querelles familiales - surtout quand il ne s'agissait pas de la famille de Lorraine.


▬ Je doute que l’on prenne quelque chose à boire, finit par lui dire Charles, brisant le silence qui n'avait en fait duré que quelques secondes, mais qui avait paru s'étirer indéfiniment pour Aurore.

La domestique inclina la tête, mais ne s'en alla pas pour autant. Elle n'était pas là pour cela. Charles de la Reynie semblait ignorer que c'était elle qui s'était occupée de lui toute la nuit. Elle n'était pas ici pour assurer ses services habituels, au contraire, sa présence ici avait tout à fait à voir avec les événements de la nuit dernière. Au même moment, Monsieur de La Reynie se tourna vers eux, l'air grave et fatigué. Aurore, aussi loin qu'elle s'en souvienne, n'avait jamais vu cet homme. Bien-sûr, son nom ne lui était pas inconnu ni son titre ; c'était l'avantage de travailler pour une famille aussi incontournable que les Lorraine. Le père et le fils se ressemblaient assez fidèlement, même si la jeune femme sentait que derrière cette apparence, ils étaient l'un et l'autre bien différents. Tout, de l'attitude jusqu'au regard les distinguait. Le père, l’œil sec, jaugeait son fils dont le regard papillonnait tout autour du petit salon.


▬ Ce n’est pas pour cela que je l’ai faite venir, trancha Gabriel de La Reynie.

Ses yeux se fixèrent alors sur Aurore, sans qu'elle pusse y trouver un quelconque indice sur les sentiments de l'homme d'État.


▬ On dit que vous vous êtes occupé de Charles cette nuit.

Aurore opina, ne sachant pas du tout où il voulait en venir. Avait-elle fait quelque chose de mal ?

Oui Monsieur, articula-t-elle en adoptant le ton professionnel dont elle usait quand elle travaillait.

Ton qui, en ce genre de situation, lui était un appui pour dissimuler son trouble.


Monsieur Charles de Lorraine nous a expressément demandé de nous occuper de Monsieur Charles de La Reynie.

Elle glissa un regard vers ce dernier qui l'observait elle aussi. Elle comprenait que son père avait dû l'attendre toute la nuit, paniquer, peut-être, avant de venir le chercher ici. Ce qu'elle comprenait moins, c'était pourquoi Gabriel de La Reynie tenait tant à la voir. Peu importait qui s'était occupé de son fils, n'est-ce pas ? Du moins tant que l'on l'avait bien servi... A cette pensée, le cœur d'Aurore se mit à battre plus fort. Avait-elle fait quelque chose de mal ? C'était, de toute manière, une situation troublante que celle-ci pour elle qui avait l'habitude de faire son travail sans se retrouver ensuite devant les personnalités qu'elle avait servies. Les domestiques étaient des gens de l'ombre, après tout, et personne ne se souciait d'eux.
avatar
Invité
Invité


Mar 20 Jan - 22:34

La nuit avait été longue pour Gabriel. Longue et harassante, alors qu’il avait espéré pouvoir gagner quelques heures de sommeils avant le début de sa véritable journée il avait dût gérer une urgence familial. Autrefois ça aurait été une lettre expliquant en détail les troubles que son fils causait chez les jésuites. Dans ces cas là il écrivait en retours présentant ses excuses et rappelant aux pères qu’il payait une fortune pour qu’on l’éduque et qu’il cesse de poser ce genre de problème.

Maintenant c’était un petit peu compliqué étant donné que Charles n’était plus dans une école quelqu’elle soit. Il refusait également d’intégrer la faculté et semblait juste heureux de dilapider l’argent de son père. Et quel meilleur moyen de gâcher un pécule qu’on ne mérite pas que de passer ses soirées avec un dépravé comme Charles de Lorraine?

Quoiqu’il en soit alors qu’il s’apprêtait à retourner chez lui, Gabriel avait vu un de ses hommes. Ce dernier lui avait indiqué qu’après avoir été vu dans un établissement de jeu à la limite du légal son fils avait plus ou moins disparu de la circulation. Le premier réflexe de Gabriel avait été d’hausser les épaules. Son fils allait de soirées peu recommandables en établissements limites. De temps un temps un policier ou une mouche le croisait et se sentait obligé de tenir Gabriel au courant. Le lieutenant criminel répondait par une superbe indifférence, tant que son fils n’enfreignait pas la loi il ne pouvait pas faire grand chose. On ne mettait pas un adolescent en prison parce qu’il se révélait débauché, même si la tentation l’avait une ou deux fois effleurée. Bien entendu il aurait put tenter de raisonner cette bourrique. Mais toutes leurs discussion se soldaient par un silence buté qui ne prenait fin que lorsqu’une porte claquait avec une force terrible.

Malheureusement contrairement à son habitude Charles n’avait pas surgit à l’aube dans une ébriété frôlant le morbide. L’inquiétude de son père s’était changé en colère lorsqu’on lui avait révélé qu’il avait dormi, si on pouvait appeler cela comme ça, dans l’hôtel de Guise. Heureusement le chevalier de Lorraine se trouvait actuellement à St Cloud et au vu des rumeurs n’était pas prêt d’en revenir. Ce simple fait poussait Gabriel à remercier les cieux avec une ferveur qu’il ne savait pas posséder. Il devait avouer qu’affronter l’archimignon sur son terrain semblait actuellement au dessus de ses forces.

Quoiqu’il en soit sa chance semblait durer car il n’avait jusqu’à présent croiser aucun Lorraine, ce qui au vu de l’étendue de cette exécrable fratrie n’était pas peu de chose. Son fils et la domestique firent leur arrivée ensemble mais pas de la même manière.

Charles semblait naviguer entre crainte et incompréhension perdu dans le brouillard de sa gueule de bois. L’incompréhension semblait aussi grande du coté de la domestique bien qu’elle ne semble pas subir le contrecoup d’une quelconque consommation d’alcool. Sans doute sa convocation la perturbait et on ne pouvait pas vraiment l’en blâmer. Se faire convoquer ainsi par quelqu’un qui n’est pas de la famille est assurément inhabituel. Si on ajoutait à cela la position de Gabriel au sein des forces de police on comprenait aisément qu’elle s’inquiète à l’idée d’avoir commit une faute lui valant de graves ennuis.

Il aurait pût compatir mais si l’empathie était au nombre de ses qualités, et Dieu savait à quel point sentir les sentiments des gens était important pour son office, ce n’était pas vraiment le cas de la compassion. Donc bien qu’il sente son malaise, Gabriel devait avouer qu’au fond il s’en moquait totalement. Qui se souciait des sentiments des domestiques? Surtout des domestiques des Lorraines?

Quoiqu’il en soit Gabriel darda sur la fille un long regard en l’écoutant. Hésitante mais professionnelle. La mention de Charles de Lorraine manqua de le faire tiquer et le contraria toute prévisible qu’elle soit. Il observa ensuite son fils et nota que malgré une mise très approximative et défraîchie il semblait plutôt bien portant, pour quelqu’un qui sortait de la nuit qu’il avait passé.

Il se détourna et regarda de nouveau la pauvre fille qui leur faisait face. Il fit durer le silence plus longtemps que nécessaire. Une technique classique tenant à sa nature posée et taciturne mais aussi à la constatation empirique que le silence pouvait mettre les gens grandement mal à l’aise et faciliter les choses ultérieurement. Même si dans l’immédiat, il ne voyait pas trop ce qu’il pouvait faciliter. Enfin, il valait mieux se montrer prudent. La malignité des lorraines pouvait se révéler contagieuses et se répandre au sein de la domesticité comme une mauvaise gangrène.

Je vois. Vous remercierez le vicomte de Marsan pour moi finit il par articuler lentement.



Puis il se tourna vers Charles.



- Je suis également sûr que mon fils tient à vous exprimer personnellement sa gratitude.



La certitude prenait les accents impérieux d’un ordre dans la bouche du lieutenant criminel. En attendant cela, Charles blanchît. Personne ne remerciait les domestiques pour leur travail ! C’était ridicule ! Il observa son père qui lui rendit un regard sombre. Alors il comprit et rougit face à l’humiliation qu’on comptait lui imposer. Il leva le nez avec humeur et affirma brusquement



- Elle n’a que faire de mes remerciements n’est ce pas? Après tout ce n’est qu’une bonne.

Il se tourna vers elle dans l’attente de son approbation tandis que son père faisait de même en arquant un sourcil goguenard et en pinçant les lèvres pour qu’elles ne forment plus qu’une ligne colérique.
avatar
Dura Lex, Sed Lex
Dura Lex, Sed Lex
Billets envoyés : 184
Situation : célibataire par intermittence

Voir le profil de l'utilisateur

Mar 3 Mar - 22:40

Lorsqu'elle eût répondu à la question de Monsieur de La Reynie, le silence reprit de nouveau ses droits sur la pièce. Cette fois-ci, il était parfaitement maîtrisé par l'homme d'État qui semblait prendre plaisir à jouer sur l'attente. Aurore n'y tenait plus. C'était insoutenable. Elle ne savait plus où se mettre ni si ce qu'elle avait dit allait la tirer d'affaire ou, au contraire, lui attirer des ennuis.
Ou même attirer des ennuis à Charles de La Reynie, alors même qu'elle avait passé la nuit à veiller sur lui... Ironie, quand tu nous tiens... !

En tout cas, le regard de l'homme en face d'eux les tenait étroitement. Gabriel de La Reynie observait tour à tour son fils et la domestique et il était impossible de ne pas tressaillir sous son regard de glace. Aurore essayait de penser à autre chose. Dans son esprit, elle fit défiler les dernières tâches qu'il lui faudrait faire avant de pouvoir prendre un peu de repos. Mais elle était si tendue que ses pensées étaient incapables de se fixer sur des choses autres que la situation présente.


▬ Je vois, lâcha enfin le père. Vous remercierez le vicomte de Marsan pour moi.

La domestique prit une brusque inspiration, soulagée par cette conclusion. Elle n'avait donc rien fait de mal, et La Reynie n'allait donc rien lui reprocher. Doux Jésus.

Je n'y manquerai pas, Monsieur, assura-t-elle en s'inclinant.

Elle s'attendait à présent que l'homme austère lui demande de quitter les lieux et d'aller prévenir les valets d'équiper sa voiture pour son départ. Elle se voyait déjà hors de la salle, hors de la portée de ses regards pernicieux et surtout débarrassée de cette tension incroyable.

Mais il n'en fut rien.


▬ Je suis également sûr que mon fils tient à vous exprimer personnellement sa gratitude.



C'était une bonne chose qu'il regardât Charles. Sinon, il aurait vu les yeux d'Aurore s'agrandir de surprise. Exprimer personnellement sa gratitude ? Mais enfin... Aurore se plaignait souvent de l'attitude désinvolte des maîtres envers leurs serviteurs, mais là, de suite, elle préférait qu'on l'oublie. Il n'y avait que le Petit Marsan, et encore c'était très rare, qui la remerciait du bout des lèvres ou bien la gratifiait d'un regard lorsqu'elle faisait exactement ce qu'il attendait. Elle comprit vite, cependant, que c'était pour remettre son fils à sa place que l'homme d'État exigeait en son nom des remerciements. Parce que oui, Aurore le perçut très bien, en la remerciant, Charles de La Reynie s'abaisserait à son niveau - si ce n'était en dessous. A cette pensée, la jeune femme se redressa, pour mieux cacher sa honte.

▬ Elle n’a que faire de mes remerciements n’est ce pas, répliqua le fils, outré. Après tout ce n’est qu’une bonne.

La dite-bonne vit les deux visages se tourner vers elle. Celui du fils qui attendait qu'elle se range de son côté et celui du père qui devait jauger sa réaction. Aurore sentit une boule d'angoisse lui monter à la gorge, en même temps que sa honte lui causait une blessure d'orgueil. La voilà coincée entre deux notables et c'était à savoir qui l'humilierait le plus.

Vous avez raison, Monsieur Charles, je ne suis qu'une domestique. Je n'ai rien fait qui mérite une attention particulière. Après tout, je n'ai fait que nettoyer votre veste imbibée d'alcool et vérifier si vous n'étiez pas déshydraté en cours de nuit.

La teneur de ses propos était volontairement provocatrice, mais son ton gardait le respect et la politesse que l'étiquette exigeait. Elle espérait ainsi remettre Charles à sa place sans trop le brusquer et sans se rabaisser devant le paternel.
avatar
Invité
Invité


Jeu 26 Mar - 11:53

Comme en réponse à la tension qui régnait dans la pièce, chacun des trois occupants se tenait plus roide que jamais. Charles par exemple avait la nuque raide, un écho douloureux aux céphalées qui l’assaillaient depuis le réveil, les yeux plissés, de rage et pour se protéger de la lumière et même les muscles de ses jambes demeuraient durs et tendus malgré la crampe les guettants. Mais cela ne l’empêchait pas d’affronter son père, ou tout du moins de ne pas se liquéfier sur place face au mépris glacial et silencieux de son géniteur. Mais sans doute ne pourrait il pas tenir beaucoup plus longtemps, la fatigue et sa débauche de la nuit dernière pesait sérieusement sur ses épaules. Mais alors qu’il allait se rétracter, le commandement qu’il reçut eut l’effet d’une piqure et il foudroya du regard en lançant un refus plein de dédain et en fixant la domestique.

Nul doute qu’elle allait accéder à sa demande, elle connaissait sa place après tout. Une chose primordiale quand on travaillait pour des gens aussi caractérielles que les Lorraines - Armagnac et autres guisard. Il la fixait donc attendant le murmure polie et intimidé qui allait lui servir d’approbation et lui permettrait d’obtenir une certaine délivrance.

Cependant dans son plan, Charles oubliait une inconnue. Et il s’en souvint en voyant son père. Lorsqu’il avait une idée en tête Gabriel de la Reynie ne s’arrêtait pas aux considérations des autres. Surtout si les autres étaient juste son fils et une rien du tout. Si le lieutenant civil souhaitait donner une leçon à son fils, passant par une humiliation vis-à-vis d’une domestique, alors les protestations et les rappels des statuts sociaux n’y changerait rien. De plus en voyant le regard glacial que son père lui lançait, nul doute qu’il n’avait pas du tout apprécié son refus. Aussi bien qu’ils fixent tout les deux la bonniche Charles s’attendait presque à entendre un ordre claquer près de son oreille et voir l’instruction être répété de façon moins polie et nettement plus autocratique. Mais son père conserva le silence alors que la petite chose osait rétorquer.

Gabriel observa son fils pâlir un peu plus, le vert maladif de ses pommettes ne s’en trouvant que plus prononcé. La répartie bien que prononcé sur un ton servile avait touché Charles au coeur et nul doute qu’il allait réagir vertement avec une rage dont la seule limite était la conscience que la jeune femme n’était pas de sa maisonnée. Sans doute aurait il dût intervenir, d’une part parce que cette discussion était malséante et d’autre part parce que se disputer avec une domestique était d’un pathétisme ridicule, mais il choisit de laisser faire et se contenta de les fixer en silence. Il pourrait bien intervenir plus tard.

Ce fut d’une voix blanche de colère, si parfaitement maitrisée et semblable à celle de son père qu’elle en devenait inquiétante que Charles répondit. Il prenait comme un affront personnel qu’on lui rappelle son état de la veille et que l’on souligne sa dépendance. À force de fréquenter les grands, il avait laissé leur morgue déteindre sur lui pourrissant un peu plus un naturel qui n’avait jamais rien eut de glorieux.

En effet, vous ne méritez pas d’attention particulières et celle que vous m’avez apporter la nuit dernière et dont vous vous targuez ne correspondent qu’à votre emploi. Tout comme le fait de récurer les sols, espérez vous des ovations à chaque fois que vous nettoyer de la merde?

Il ajouta en plissant méchamment les yeux

- Et votre remarque ressemble à s’y méprendre à un jugement, ce qui contrairement au récurage des excrément n'est pas dans vos tâches. Je suppose que si vous attendez sans raison des remerciements moi je serais en droit d’exiger des excuses pour votre impolitesse.

Un froncement de sourcil échappa à Gabriel qui pourtant resta encore cantonner dans son rôle d’observateur silencieux et glacial. Il coula un regard méprisant vers son fils qui se drapait dans une dignité offensée aux relents désagréables. Mais il préférait laisser faire pour le moment avant de remettre son fils au pas.
avatar
Dura Lex, Sed Lex
Dura Lex, Sed Lex
Billets envoyés : 184
Situation : célibataire par intermittence

Voir le profil de l'utilisateur

Lun 6 Avr - 23:55

Aurore était quand même étonnée de son audace. Jamais, jamais, jamais elle n'aurait imaginé parler ainsi à quelqu'un de la haute. Même lorsque les autres domestiques discutaient entre eux des maîtres, la jeune femme était du genre à faire en sorte de tourner court à la conversation, ou de manifester son agacement. Aussi avait-elle presque l'impression que ses mots avaient dépassé sa pensée. Presque. Parce qu'elle considérait que Charles de la Reynie n'avait pas à lui parler sur ce ton. Elle était certes une domestique, une sous-femme de chambre, mais elle travaillait quand même dans la Maison de Guise. Cela témoignait de ses compétences et de son assiduité. Elle n'était pas la servante d'un simple couple de bourgeois.

De son côté, le fils la foudroyait du regard, ce qui enlaidissait son visage qui n'était pas des plus frais. Aurore se sentait si mal-à-l'aise qu'elle avait envie de partir en courant. Elle se sentait tiraillée entre le père et le fils. Nul doute que ce qui se passait dans le salon allait parvenir aux oreilles du Petit Marsan... Elle sentit le tranchant des paroles de Charles de La Reynie avant même qu'il n'ouvrât la bouche. Si jusqu'à présent elle était restée maîtresse de ses émotions et de son attitude, là, elle ne put s'empêcher d'ouvrir la bouche et de froncer les sourcils. Les mots lui faisaient l'effet d'être une cible.

▬ Et votre remarque ressemble à s’y méprendre à un jugement, termina-t-il. Ce qui contrairement au récurage des excrément n'est pas dans vos tâches. Je suppose que si vous attendez sans raison des remerciements moi je serais en droit d’exiger des excuses pour votre impolitesse.

Le cœur de la domestique battait à tout rompre contre sa poitrine. Le rouge lui montait aux joues sous l'effet de la honte, tandis que dans sa bouche, elle goûtait déjà à l'amertume de l'humiliation. Que dire ? Rien qui ne le ferait rester à sa place. Et pourtant, elle voyait très bien ce qu'elle pourrait lui dire pour lui rabattre le caquet. Mais elle n'était que Aurore Albray. Et même si le père ne semblait pas trop du côté de son fils, pour le moment, il n'admettrait peut-être pas qu'une domestique rabaisse sa progéniture. Aurore avait la désagréable impression d'être coincée.

Comme toutefois le père ne semblait pas décidé à dire quoi que ce soit, il revenait à la domestique de prendre la parole. Elle avait la bouche plus sèche qu'un désert.


Il ne s'agit pas d'un jugement, corrigea-t-elle d'une voix douce - dont le calme tranchait avec le bouillonnement de son esprit -, mais d'un constat, Monsieur.

Puis sa voix se brisa. Elle se sentait incapable de dire un mot de plus. Son corps tout entier était secouée de tremblements qui ne devaient pas échapper aux deux hommes.
avatar
Invité
Invité


Jeu 21 Mai - 15:24

Charles serrait et desserrait le poing dans un mouvement compulsif qui loin d’atténuer sa rage la renforçait à chaque mouvement. Tendu à l’extrême, il la fixait et lorsqu’elle eut une fois de plus l’affront de lui répondre la pâleur abandonna totalement ses joues pour virer à un rouge sombre. La tête baissé comme un taureau se préparant à charger on voyait très nettement les plaques rouges qui apparaissaient sous sa nuque jurant avec ses cheveux sombre et son col de veste chatoyant.

La contrariété lui seyait encore plus mal que l’alcoolisme à ce garçon qui avait l’âge d’être étudiant mais préféré se forcer à être courtisan. Un rôle pour lequel, il n’était guère fait mais dans lequel il s’entêtait. Au moins il en avait les mauvais côté, joueurs, coureurs, orgueilleux et même tricheurs mais aucun de ceux qui lui permettrait de s’élever. Cet enfant s’était fait des amis trop haut pour lui, qu’il ne pourra jamais égaler. Des amis qui l’utilisait il le savait fort bien, car ce n’était pas un idiot quoiqu’on en dise. La sincérité de Charles de Lorraine était aussi réaliste que la jeunesse de Marie d’Avaugour, mais il s’en contentait fort bien. Tant que l’on est pas dupe quel mal il y a t il à être utiliser par plus puissant que soit. Mais pour le fils de la Reynie essuyer les rebuffade d’un garçon d’un an son cadet, infiniment plus riche te noble était douloureux. Surtout quand on ajoutait les mots secs, déçus et vexant que son père ne manquait jamais de lui jeter à la figure pour lui faire sentir à quel point il était indigne. Ces rebuffade de l’un comme de l’autre il pouvait les accepter, les digérer et contenir la rage qui le prenait à chaque fois qu’on le regardait de haut. Mais que les mots viennent d’un autre cela ne serait pas toléré. Surtout quand l’autre était une souillon tout juste bonne à ramper et à obéir, que son ami avait sans doute engager pour mettre dans son lit rien de plus.

Et quand même, elle ne l’insultait pas directement. Dans sa position déférente on sentait toujours peser ce jugement qu’il lui avait reproché, un jugement qui n’avait rien de flatteur. Un jugement que quelqu’un de si bas, infiniment plus bas que lui ne pouvait se permettre. On ne jugeait que ses pairs, pas ses supérieurs.

Qu’elle se réfugie derrière ce jeu de mots. Pas un jugement mais une constatation ! De qui se moquait on précisément ici. Ses yeux s’étrécirent méchamment et il ouvrait la bouche pour l’agonir d’insulte, il s’excuserait auprès des Lorraines plus tard. Mais son élan fut coupé par son père qui prit la parole. 


Il suffit Charles.

La voix ne claqua pas, de fait elle ne contenait aucun accent particulièrement autoritaire. On ne pouvait même pas y percevoir un reproche. Il énonçait cette évidence avec le même calme que lorsqu’il récitait les comptes de son ancien maitre le duc d’Epernon, ou qu’il précisait un point de droit obscur à l’intention de Colbert.Mais ce calme et ce ton d’évidence rendait l’ordre d’autant plus fort, car cet homme n’imaginait même pas qu’on le contredise, une seconde fois. D’ailleurs Gabriel se tourna vers son fils et le fixa sans la moindre expression, silencieux et calme, jusqu’à ce que l’adolescent baisse le regard et s’intéresse à ses pieds.

Gabriel se tourna ensuite vers la domestique. Cette dispute ridicule n’amusait guère cet homme dont l’humour sardonique se révélait très réduit dans ce genre de cas. Il fit un pas vers elle et la fixa sans que son visage de ne reflète ni colère, ni agacement. Glaçant de par sa neutralité il se contenta d’énoncer

Je crois que nous pouvons nous arrêter là pour le rappel des faits. Vos constatations étant presque aussi déplacées que la façon dont mon fils vous a parlé.

Il se tourna alternativement vers l’un puis vers l’autre attendant une constatation qui il le savait avait fort peu de chance de venir.



- Bien entendu cela ne dispense pas mon fils de présenter ses remerciements, comme je l’ai demander. Il s’exécutera obligeamment et filialement dès lors que vous même aurez reconnu que le constat était involontairement offensant pour Charles.

_________________________
Le sage guérit de l'ambition par l'ambition même.
That door should be half its height so that people can only approach me in my office on their goddamn, motherfucking knees
avatar
Dura Lex, Sed Lex
Dura Lex, Sed Lex
Billets envoyés : 184
Situation : célibataire par intermittence

Voir le profil de l'utilisateur


Contenu sponsorisé

Ne me remerciez pas, c'est tout naturel ~ Gabriel de la Reynie

Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Ne me remerciez pas, c'est tout naturel ~ Gabriel de la Reynie
» Les aventuriers vont jamais tout droit...
» Le plus féroce de tout les chiens... Mouk!
» La Chasse, tout un art ... [ Braise ]
» Amis, envers et contre tout [ PV ]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vexilla Regis :: Le grand divertissement :: Anciens Rp-