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 Uno sole minor [Pv Monsieur]


Lun 27 Oct - 22:08

Un éclat de rire souligna un mot d’esprit. Louis ne se donna pas la peine de rire ou même de sourire face au trait. Contrarié sans pouvoir dire pourquoi, il fixait ses cartes et sa malchance achevait d’envenimer l’humeur royale. Par égard pour son frère qui le recevait, le roi contenait son agacement alors que son argent promettait de filer entre d’autres mains. Il retint son pincement de lèvre à la perspective de cette déveine et posa son jeu sur la table d’un mouvement sans doute un peu trop sec. Toujours silencieux il tendit la main et s’empara de son vin. Il cessa de feindre un intérêt quelconque pour l’énoncé de platitudes qui polluait son environnement. Personne ne pourrait reprocher au roi un manque d’intérêt pour les autres convives et il était libre de s’enfermer dans ses pensées s’il le souhaitait. Et actuellement, il le désirait d’autant plus que l’absence de cause apparente à son mécontentement achevait de contrarier l’homme qui se voulait maitre de lui-même en toute occasion.
Il s’appuya un peu plus contre le dossier de son fauteuil et leva son verre alors que ses doigts se serraient un peu plus contre le cristal. D’un mouvement précis du poignet il commença à faire tourner le liquide pourpre. La robe se révéla pleinement à la lumière dorée des chandelles. Il contempla un long moment les profonds reflets qui s’offraient à lui. Aujourd’hui l’alcool ne se parait pas de rubis, mais d’une teinte plus sombre et mystérieuse. Un améthyste sombre qui s’accordait finalement assez bien avec les dentelles de sa manche. Il fit tourner un peu plus rapidement le vin pour mieux profiter de la couleur observant les touches d’un rouge plus franc qui se révélait à la lisière entre la boisson et le verre. Mais malgré sa franchise sanguine la couleur demeurait sombre, si sombre un peu à l’image du roi qui ne parvenait pas à savourer cette soirée. Mais malgré sa beauté la robe ne contint pas longtemps l’attention du roi qui ferma les yeux et tenta de se concentrer sur les effluves que ne devraient pas manquer de dégager un nectar à l’apparence si prometteuse. Peine perdue. Il ne parvenait pas à distinguer quoique ce soit. Les parfums entêtants de ses courtisans et des mignons de son frère formaient un nuage d’odeurs aussi entêtantes que parasites. S’il pouvait attester qu’une fois de plus ce fat d’Effiat avait abusé des eaux de senteurs, il était bien en peine de reconnaitre les bouquets délicats qui faisaient l’intérêt d’un vin. Peu- être une note de réglisse venait-elle ponctuer avec discrétion l’ensemble mais il n’aurait pût en jurer. Cette incertitude acheva de contrarier le roi qui but son verre rapidement et sans prêter plus d’attention que nécessaire à l’assemblage des saveurs contre son palais. Il nota juste l’arrière-goût trop fort et sucré pour son goût et retint son claquement de langue. La peste soit de Philippe et de son goût pour les boissons liquoreuses !
Le verre fut confié avec mépris à un domestique à qui il fut demandé de changer le vin. Le roi se recomposa et tâcha de se concentrer un peu plus sur la partie qui avait évidemment ralentit durant son appréciation du vin. Mais il n’avait décidément pas l’esprit aux cartes ce soir. Alors qu’il fixait un valet de trèfle avec mépris, valet qui n’était pas sans lui rappeler Effiat, le roi sentait les affaires de l’état l’appeler et lui revenir en tête. Au début ce ne fut que de menues contrariétés, quelques banalités qui ne méritaient pas vraiment l’intérêt royal, surtout pas durant son repos. Mais bientôt les problèmes les plus importants rentrèrent dans la danse et il devint encore plus compliqué de se consacrer pleinement à ce qui promettait d’être une défaite contrariante.
Il lui était aisé de passer outre les miséreux mourants de faim dans les Cévennes mais les prémices d’un conflit avec la si perfide et redoutable Albion. Voilà, un problème qu’un mouvement dédaigneux et ennuyé de la main ne pouvait pas faire disparaitre. Le valet fut remplacé par un roi de papier qui le narguait de ses couleurs chatoyantes. Le roi de chair pinça de nouveau ses lèvres et reposa son jeu pour la deuxième fois de la soirée. Le domestique chargé de changer son vin pressa l’allure craignant de ne pas être revenu à temps des cuisines, Louis l’ignora.
Silencieusement, il se leva et vit courtisans et mignons l’imiter dans un raclement de chaise. Le bruit, tout irritant qu’il soit, lui arracha un sourire de satisfaction. Qu’il était plaisant de voir ces orgueilleux se contraindre pour lui plaire. Il appréciait particulièrement l’humiliation d’un certain prince étranger qui peinait à courber sa nuque un peu roide. Même si ce dernier ne devait pas encore s’incliner le voir se soumettre à ses humeurs, lui plaisait fort. Le roi se dirigea vers son frère d’un pas qui dissimulait son humeur morose avec une discipline qu’on lui avait inculquée depuis l’enfance.
Il regarda à peine l’entourage de son frère et se concentra sur son cadet sans la légère tendresse fraternelle qui généralement influait sur le comportement du roi.

- Philippe, rentrons à St Germain.

Il réfléchit un instant puis ajouta après une pause.

- A cheval

Les mots lâchés dans un français froid mais pas sec ne souffraient pour autant pas la moindre discussion et chacun le sentait.

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Dim 2 Nov - 22:41

Philippe d'Orléans reporta son attention sur la tablée qui attendait son jeu. Il eut un sourire aimable.

-Je suis de bien piètre compagnie ce soir mes chéris, pardonnez-moi... Mon esprit rêvait. Je reviens à vous.


Dans un geste volatile il laissa se déposer ses cartes qui tirèrent une petite flopée d'applaudissements taquins et de "oh" admiratifs.

-Monseigneur, cessez d'être songeur.. Vous gagnez rien ne va plus !
-Vous allez nous dépouiller avant la fin de la soirée ! Grâce !


Monsieur le Duc se mit à glousser en mettant sa main bijoutée devant ses dents qu'il avait assez belles. Pour une fois qu'il gagnait ! Et pourtant le tableau de sa douce soirée était légèrement obscurci.
Si le frère du Roi était distrait, ce n'était pas à cause d'un mécontentement inconvenant. Du moins, pas un qui lui fut propre. Non. C'était l'irritation d'un autre qui l'inquiétait et le questionnait.
Il le voyait bouillonner... Oh oui... Il ne voyait même que cela. Du reste Philippe était encore surpris que la figure royale n'ait pas déjà exprimée d'une manière ou d'une autre son mécontentement.
Il n'y avait rien de pire que d'avoir son plus prestigieux invité insensible aux beautés et plaisirs d'une soirée.
Aussi sous couvert de gloussement, de murmures à ses mignons, de caresses dérobées sur une main ou une joue, Monsieur tentait d'oublier l'irritation qu'il ressentait chez son unique frère et souverain. C'était une façon puérile de penser que l'orage passerait alors qu'il savourait son verre de vin aux douces saveurs de sucre et de fruits qui lui était bien nécessaire dans ce mois qui ne pouvait prétendre lui fournir les satisfaction des sucres naturels si plaisants. Il se rattrapait donc dans ses vins et les friandises qu'il désirait avoir à sa disposition en tout temps du jour et de la nuit.
Du coin de l'oeil, son regard retombait de temps à autres sur son royal frère. Ah... cette moue, ce regard.
Il reconnut sans peine l'air insatisfait de son frère après qu'il ait admiré la robe de son breuvage. Certes... Philippe savait que ses boissons étaient par trop sirupeuses pour le palais plus frustre du Roi mais il était chez lui et trouverait bien moyen de se faire pardonner autrement si ce n'était par un vin au goût du Roi qui préférait les goûts plus fort et marqués de la venaison par exemple.
En réalité l'inquiétude de Philippe commençait à se muer en agacement. Qu'avait-il encore pour avoir une si triste mine ? N'était-il pas venu à Saint-Cloud pour se divertir et oublier ce qui pouvait le troubler ?
Il fallait bien faire l'effort parfois d'oublier sinon l'on était condamné à ruminer encore et encore et donc de transmettre sa mauvaise humeur, et donc de ruiner l'atmosphère joyeuse, et de faire sombrer l’hôte dans une humeur similaire. Ce qui n'était jamais bon pour ce que l'on appelait, sottement donc, des festivités.

Ce fut dans cet agacement qui initialement ne lui appartenait pas mais qui se frayait lentement un chemin dans son sentiment d'inquiétude, que Philippe put entendre un raclement de chaise qui ne l'aida pas à se sentir mieux.
En conséquence, il se leva à son tour, peut-être un peu plus lentement, cherchant du regard s'il y avait eu une origine visible de cette levée.
Son regard noir se posa sur Effiat, inquiet, puis sur le Chevalier, prit d'une angoisse sourde et brève. Mais ce fut un de ses échansons qui l'arrêta. Le garçon semblait particulièrement embarrassé et coupable. Ses yeux se plissèrent alors qu'il cherchait à comprendre, pas plus longtemps que nécessaire pourtant, il devait s'enquérir.
Sans avoir à s'incliner, Philippe s'avança vers son frère, une certaine inquiétude dans son regard.
Alors qu'il allait interroger son frère, celui-ci fut pour une fois plus rapide que lui.
Les yeux du Fils de France s'écarquillèrent en entendant son frère. Il voulait rentrer ? Là maintenant tout de suite ?
Pour dire vrai, Monsieur était pris de court comme il l'avait rarement été. Il lui fallut quelques instants pour se reprendre sous le regard de nuit du monarque qui n'attendait qu'une réponse.
Philippe avait bien peur d'avoir trop bien compris l'ordre de son frère. Pourtant lui n'éprouvait pas ce besoin urgent de s'exposer à tous vents.

-Sire mon frère,
commença le Prince dans un sourire construit comme un rempart d'amabilité, pourquoi vouloir quitter notre compagnie ? Le temps est froid, venteux, et ne mérite pas une promenade... La nuit tombera dans quelques heures à peine et nous nous réjouissons de vous avoir parmi nous en ce jour.

Il s'avança encore d'un pas, regardant lui aussi son frère dans les yeux, le suppliant de ne pas l'obliger à le suivre ou s'il insistait... De le laisser en paix dans son château bien-aimé si lui tenait tant à retourner à Saint-Germain.

-Laissons le temps à nos gens de préparer nos malles mon bien cher frère, de déplacer le mobilier de prévenir Bontemps à Saint-Germain. Partons demain à la première heure si c'est là votre souhait, ainsi nous serons rentrés pour le conseil de Votre Majesté et vous pourrez jouir en toute quiétude de votre épouse durant la messe,
ajouta-t-il d'un ton enjôleur.

Certes c'était là un coup bas, mais Philippe n'avait aucun scrupule à rappeler à Louis les parties désagréables de sa vie au Château-Neuf. Si cela pouvait lui épargner ce voyage, pire ! Cette cavalcade ! alors il n'aurait aucune retenue.


Dernière édition par Monsieur le Mer 13 Jan - 18:38, édité 1 fois
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Sam 15 Nov - 13:31

Son frère vint à sa rencontre et contrairement aux autre ne s’inclina pas. Peut être aurait il dût, cela aurait dissimulé la nervosité certaine que l’on lisait dans les yeux noirs. Les paroles du roi ne  le rassurèrent guère mais Louis n’était pas d’humeur à prendre en compte les sentiments d’autrui, même ceux d’un frère pour lequel il conservait un reliquat d’affection. De même la surprise qui se peignit un instant sur le visage de Monsieur aurait put l’amuser en temps normal, peut être même qu’un sourire involontaire aurait éclairé le visage royal. Mais pas aujourd’hui. Et en voyant son frère sourire et ouvrir la bouche Louis sentit sa peau se hérisser. Il avait donné un ordre, un ordre clair, de quel droit pouvait il le discuter ainsi? Tout fils de France qu’était Philippe, il ne pouvait pas se permettre d’argumenter contre lui, pas quand le roi ne se sentait pas capable d’indulgence.

Ce ne fut pas l’indulgence, pas plus qu’une quelconque fraternité qui poussa le roi à écouter les doléances de son frère. Louis se targuait de ses manières en toute circonstances et ces manières exigeaient que l’on prête une oreille attentive, si ce n’est indulgente, aux propos de son cadet. Pour autant ce n’était pas un cadeau à faire à Philippe. Car l’entendre tenter de le raisonner agacer prodigieusement le souverain qui retint à grand peine une remarquer acide. Son cadet le croyait il aveugle ou stupide pour ne pas avoir conscience du temps? Ou le croyait il faible au point de laisser de banales considérations météorologiques influaient sur ses désirs et ses souhaits. Ce n’était pas un léger vent qui l’empêcherait de monter s’il le souhaitait. Et on ne parlait pas de promenade ici mais de rentrer à St Germain. L’avait on seulement écouté? Certes, le temps ne convenait pas aux mises soignées et enrubannés de Monsieur mais il ne s’en souciait pas aujourd’hui. Il eut donc un pincement de lèvre dédaigneux qui se mua en une expression glacée à la suite du discours. Après les plaintes voilà que son frère lui faisait une suggestion. De qui se moquait on? Sans doute n’avait il été que trop indulgent avec Philippe ces derniers temps. Le collier de leur mère aurait dût être traité avec plus de fermeté, moins de complaisance ne serait ce que pour rappeler une fois de plus au duc d’Orléans quelle était sa place. Il était peut être le second de ses sujets après le Dauphin, mais il demeurait un sujet. Diantre, il ne le laissait même pas siéger à son conseil. Cela montrait bien l’intérêt qu’il portait à ses avis, surtout en public. Et surtout lorsqu’il était aussi irritable souffla une voix intérieure et pernicieuse à laquelle le roi ordonna le silence. De plus on n’avait pas besoin de lui rappeler ses obligations dans le palais des rois. Il les connaissait fort bien et les accomplissait comme il le souhaitait.

Quoiqu’il en soit après avoir écouté son frère, il tourna les talons lâchant sans accorder un regard à son frère.




« Choisissez une monture rapide. Je suis pressé Monsieur. »

Les paroles n’étaient déjà pas aimable mais le ton sur lesquels elles furent prononcés frôlait la goujaterie. Car dans les intonations royales, il y avait quelque chose d’extrêmement âpre et sec comme si le roi d’une parole voulait effacer le caractère doucereux du vin qu’il avalait avaler. Un observateur étranger à la Cour aurait put croire que le roi s’adressait à un domestique importun et nuisible et pas à son frère. Les courtisans sentirent cela et le passage qui se dégagea devant lui tenait autant au respect qu’à la crainte de subir l’ire royal.

Il traversa le château comme un orage. Il semblait marcher à une allure normal mais ses pas claquaient un à un tandis que rien ne semblait pouvoir le ralentir ou le faire dévier de sa trajectoire.  Ses mains seules exprimaient la contrariété à la façon dont elles demeuraient tendus en accompagnant le moindre de ses gestes. Sa sortit de la demeure princière fut accueilli par une bourrasque de vent confirmant les propos de son cadet et qui décoiffa passablement le souverain. Ce dernier s’en soucia d’ailleurs assez peu se contentant de dégager son visage alors qu’il continuait d’avancer vers les écuries. Visiblement ses ordres l’avaient précédés. Il devait bien reconnaitre que la domesticité de son frère était bien formé et répondait généralement avec une diligence appréciable à ses désirs.

Un garçon d’écurie dans les cheveux duquel se perdaient  des brindilles d’un doré blanchi apportait en courant à moitié son cheval. Louis ne porta que peu d’attention à la tenue presque débraillée du garçon. de toute évidence, on l’avait désigné pour la tâche parce qu’il était le premier que les domestiques du palais avait trouvé. Nul doute qu’en temps normal il se contentait de nettoyer le crottin. Louis pinça les lèvres mais ne fit pas de commentaire. Au vu de la brusquerie de sa sortie il devait s’estimer heureux que son cheval soit prêt. Mais soucieux de voir le superbe Thoroughbred mal il vérifia du regard la selle et le mors. Il en profita pour caresser du dos des doigts la longue tête du cheval alezan. Ce dernier souffla un peu apr les naseaux tandis que son sabot grattait avec agitation le sol de gravier. Louis eut un sourire, cette monture anglaise était un cadeau du roi du même pays et il devait avouer que se présent lui laissait une opinion très favorable pour Charles. La bête trop mince et nerveuse pour être employé dans une parade possédait un caractère presque belliqueux qui plaisait au roi. Sans parler de sa rapidité et son agilité. Seul ses chevilles trop fines entachées la perfection du cheval, mais il supporterait sans mal le trajet jusqu’à St Germain. Après avoir un moment flatter la tête et l’encolure du cheval, il se hissa en selle. Tout en ajustant ses rênes autour de ses mains que l’usage des armes avait finit par rendre calleuses, il observa son frère d’un oeil toujours orageux.

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Dim 21 Déc - 20:31

Le Roi connaissait parfaitement son frère. Poursuivre la conversation aurait donné matière au Prince pour argumenter, contrer, détourner, cajoler. En tournant les talons aussi brusquement, en faisant claquer le son de sa voix comme un fouet, Louis avait ôté tout espoir au Duc d'Orléans d'échapper à la volonté royale.
Mais plus encore que le mouvement, ce fut la voix qui avait frappé le prince de toute sa force. Eut-il parlé à un valet que la chose eut été similaire et le rouge qui était monté aux joues du frère du Roi montrait bien qu'il avait parfaitement saisi la nuance. Philippe avait tout du sang espagnol de sa mère, tout du sang italien transmis par son père. il s'enflammait d'un rien. Louis avait pris le côté français de ses géniteurs : la colère était plus tardive mais la rancune terriblement tenace. Philippe aurait donc pu exploser de colère, d'indignation. Il n'était pas un valet était-ce clair !?
Pourtant le Duc d'Orléans n'avait pas manqué les signes annonciateurs de ce revers cinglant.
Le Prince connaissait parfaitement son frère. Ou presque. Bien assez pour savoir que le regard qu'il lui portait n'était que le regard d'extrême politesse nécessaire. Combien de fois avait-il eu droit à ce regard ? Enfant déjà, Louis laissait son frère tergiverser et discourir avant de balayer tout cela d'un revers de la main, et de jouer une nouvelle fois à la cavalerie plutôt qu'à la marine. Ce haussement de sourcil, ce pli sur les lèvres, tout lui indiquait déjà que ses arguments n'étaient que des coups portés dans l'eau.
C'était surtout la froideur de son regard qui avait convaincu Philippe de ne pas réagir comme à son accoutumée, c'est-à-dire en levant haut un nez fort long, en toisant celui qui le contrariait et en répondant d'une voix acide. Rage et explosion ne ferait rien en ce jour, hormis le ridiculiser et il ne comptait pas se battre pour quelque chose d'aussi futile qu'un retour à Saint-Germain... Fut-il à cheval. Du moins pas cette fois. Il devait garder encore la possibilité d'éventuellement faire craindre son départ et ce n'était pas en fuyant à tout bout de champ qu'il y parviendrait.
Son regard se chargea néanmoins en direction du domestique qu'il considérait comme responsable du départ royal. Le pauvre garçon chercha à se dérober aux regards et se faire oublier. Monsieur comptait sur Lorraine ou Effiat pour se rappeler du petit imbécile. Il trouverait quelque chose pour lui faire payer sa promenade plus tard.

Desserrant ses doigts lourds de bijoux, il s'ébranla enfin pour suivre Louis qui bien entendu s'était détourné sans se préoccuper de savoir s'il serait suivi ou non, la réponse allant de soi. Ce n'était pas le moment. Non ce n'était pas le moment d'être désobéissant. En fuyant Paris pour Saint-Cloud à la mort de sa mère, le Duc d'Orléans avait sciemment passé outre une permission qui ne lui avait jamais été donnée. Une fois réfugié dans son antre, il avait aussi sciemment ignoré les ordres de rappel, bien qu'il eut fait envoyé Plessis-Praslin pour assurer le Roi de sa fidélité pour son souverain.
En somme, malgré cette infime précaution, Philippe avait brisé un de ces commandements qui régissaient sa vie depuis son plus jeune âge : obéir en tout à son aîné.
Il était encore trop tôt pour recommencer.

Philippe fit claquer ses doigts pour qu'on lui apporte immédiatement les gants qu'il avait abandonné à sa table.

-Monsieur de Clèves je compte sur vos hommes pour nous suivre immédiatement.


Le Capitaine des Gardes du Corps hocha la tête et s'inclina. Cela allait de soi. A vrai dire il n'avait pas même attendu l'ordre du Duc d'Orléans et avait déjà envoyé le jeune Beuvron dès le moment où le Roi avait exprimé son désir de quitter le château. Les hommes devaient être prêts et ils le seraient.
Monsieur le Comte de Clèves suivit donc Philippe d'Orléans qui avait emboîté le pas à son royal aîné d'une démarche, montrant bien son agacement, mais malgré tout prouvant sa docilité. Philippe d'Orléans avait eu un regard pour un certain Chevalier, comptant sur lui pour qu'il n'arrive pas trop longtemps après lui à Saint-Germain.
Diable ! Dire qu'il n'avait même pas compté retourner chez son frère avant plusieurs jours. Voilà qui était désormais un rêve fort doux, fort lointain.
Tout en marchant on lui apporta sa cape mais aussi ses bottes qu'il ne portait pas jusque là puisque lui n'avait pas été à la chasse en début de matinée. Si son frère voulait véritablement être suivi, il devrait patienter un instant qu'il soit dans une tenue appropriée. Monsieur ne retraverserai pas la campagne de Saint-Cloud simplement vêtu de son manteau et chaussé de ses belles et fragiles chaussures à talons enrubannées d'argent. Cette fuite, n'avait été que pour une seule personne et une seule raison. Il ne comptait pas la reproduire. c'était bien trop déraisonné... Bien trop éprouvant, bien que cette fois la neige eut disparue et que la nuit n'était pas tombée depuis plusieurs heures.

Enfin Philippe se releva, ses talons de cavalier claquèrent sur le dallage alors qu'il se dirigeait vers la cour. Pendant qu'il se chaussait il avait fait le choix de sa monture. Autrement dit il avait agité la main d'un geste agacé en disant qu'il fallait sortir son destrier le plus véloce. Qu'importe lequel, tant que sa robe était d'un gris perlé, ou à la limite crème.
Lorsque Philippe s'offrit aux vents qui flattaient les flancs de sa demeure bien-aimée, il ne put retenir un juron fort bien senti, hérité d'un vieil homme qui avait veillé sur son enfance. Le brave Guitaut, d'une fidélité infaillible pour son frère, protecteur zélé, sudiste habituellement peu loquace mais fort efficace, bref ce brave Guitaut poussait parfois lorsqu'il se croyait seul -et dans une situation qui méritait une tel écart, ce qui était rare- des jurons si splendides qu'ils n'avaient pu que séduire la jeune oreille qui s'était discrètement et curieusement trouvée là. D'Artagnan était sans doute le seul à pouvoir égaler la superbe du regretté Guitaut. Et Monsieur lorsqu'il pratiquait cet étrange hommage.
Le Frère du Roi s'avança donc dans la cour et s'approcha des Écuries où déjà était le souverain qu'il voyait au loin. La peste soit de Louis et de ses caprices. Ils étaient normalement son apanage tout le monde le savait !
Il eut un regard critique pour la monture qui lui fut apportée. Si elle ne lui convenait pas il la renverrait aussitôt sans se soucier de faire encore attendre Louis. Ce qui fort heureusement ne fut pas nécessaire. Philippe jugea que la robe était effectivement conforme à son désir, d'un gris pommelé obscur, les crins presque noirs. Le Limousin serait parfait pour cette promenade et son allure racée, la taille svelte et élégante, bien que sèche, les membres fins, solides et nerveux, en somme la silhouette proche des montures d'Orient, satisfaisait pleinement Philippe dans son soucis d'élégance et contenterai aussi son besoin d'efficacité.

Philippe releva les yeux de la monture qu'il jaugeait, croisa le regard du souverain. Bien qu'il garda le silence, ses yeux noirs parlaient pour lui.Il n'avait aucun désir de se trouver là et aurait bien largement préféré laisser Louis retourner seul à Saint-Germain sans qu'il n'ait le plaisir de sa compagnie. Il ignora aussi les bruits de sabot qui se faisaient de l'autre côté de la cour et qui signalaient que la Compagnie des Gardes du Corps était prête à faire son office.
D'un mouvement sûr et fluide, Monsieur fut rapidement en selle, se redressa superbement pour regarder son frère dans une attitude qui n'aurait pu être démentie par leur père. Ou leur mère.

-Je sais que ma compagnie vous est fort agréable à telle point qu'elle est nécessaire, et j'en éprouve beaucoup de plaisir, mais sachez mon frère bien-aimé que présentement je ne vous remercie point d'un tel sentiment.Je suis toutefois votre très humble et très dévoué serviteur et je me met à vos genoux autant que cette selle me le permet... dans l'attente de votre départ, fort peu attendu, ou d'un pied à terre, qui me comblerait au-delà de tout espoir.


Monsieur à vrai dire n'avait aucun espoir, ce qui expliquait ce ton mielleux et cynique. Aussi se permettait-il de railler le souverain, bien que ce fut un exercice actuellement dangereux et inconscient. Mais ils n'étaient plus au temps où la moindre pique du frère cadet signifiait une guerre civile. Philippe s'était fait retiré ce pouvoir sans qu'il ne s'y oppose, et en faisait aujourd'hui les frais.


Dernière édition par Monsieur le Jeu 25 Juin - 9:41, édité 1 fois
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Mer 21 Jan - 0:08

La patience avait toujours été au nombre des qualités de Louis. Sans doute, il y avait là une prédisposition naturelle qui allait de paire avec la lenteur de ses actions et le calme de ses réflexions. Mais cette tendance ne pouvait que s’amplifier suite à l’éducation que le dauphin avait reçu enfant. Contraint de demeurer assis et droit des heures durant jusqu’à ce que son dos ne passe de raide à douloureux, le petit garçon devait contenir ses humeurs et ses impatiences tandis que l’on traitait les affaires de l’État. Même alors qu’on avait apposé une couronne sur sa tête et qu’il s’était retrouvé libre de donner libre cours à ses impulsion le souverain ne les suivait que rarement. Il prenait son temps autant dans la prise de décision que dans la montée de son agacement. Mais son agacement se trouvait déjà remarquablement haut, en soit témoin sa décision apparemment brutale de  quitter St Cloud. Aussi faire preuve de patience, même vis à vis de son cadet, semblait actuellement au dessus de ses forces.

Bien entendu son visage ne montrait rien de la tempête qui faisait rage au plus profonds de lui et il se contentait de promener un regard hautain sur le fastueux château s’étendant devant lui et sur la domesticité s’agitant autour de lui. Bien que rien chez lui, ni le froncement de sourcils, ni le battement de paupière, ni la moue n’indique de façon certaine son humeur elle se faisait ressentir de façon manifeste. Le personnel courbait la nuque comme s’il entendait le fouet claquer au dessus de ses oreilles. Même son cheval s’agitait. Sans doute la bête sentait-elle la tension nerveuse qui lui durcissait les muscles et agissait en conséquences. On savait les étalons particulièrement sensibles aux humeurs de leur cavalier. Quoiqu’il en soit le pur-sang grattait nerveusement du sabot sur les pavés tandis que sa tête s’agitait de gauche et de droite comme s’il cherchait à voir quelque chose lui ayant échappé. À moins que, et c’était plus vraisemblable, à moins qu’il ne lutte contre le mors avec ardeur. Après tout cette bête, bien que parfaitement dressée, conservait un caractère ombrageux. Elle n’appréciait guère qu’on la prépare et tendait à lutter contre les rênes. Le défi que représentait sa monte plaisait au roi et l’impétuosité du cheval canalisa quelque peu la sienne. Machinalement il assouplit sa prise sur les rênes qui formaient une boucle autour de ses mains, puis il commença à tapoter l’encolure de la bête pour l’enjoindre à une certaine patience.

Finalement un juron aussi sudiste qu’original lui fit relever la tête et il vit son frère descendre vers sa propre monture, que des domestiques nerveux apportait. Visiblement Philippe avait prit le temps de se changer. Louis envisagea un court instant d’exiger qu’il retire les bottes lui étant si précieuse et ayant fait perdre son temps au souverain. Puis il se ravisa. Avec ce froids cela confinait à la cruauté. Philippe ne manquerait pas de lui reprocher ce mouvement d’humeur pour les siècles à venir voir même au delà.  Il se contenta de le regarder avec un reproche muet dans le regard. Après tout son frère se vantait régulièrement de pouvoir comprendre les humeurs du roi. La réprobation de ce dernier ne devrait donc échapper à une personne pérorant en permanence sur la prétendue finesse de son esprit et contant à qui voulait ou devait bien entendre les miracles de son intelligence.

Outre les soucis vestimentaire totalement inappropriés face à ce genre de demande Louis ajouta, avec une mauvaise foi dont il ne risquait pas de se repentir, à la liste de ses reproches vis à vis de son cadet son vocabulaire. En temps normal, un juron aussi coloré et provincial aurait amusé le roi. Il ne l’aurait pas montré. Ou peut être. Peut être qu’un sourire léger et entendu aurait retrouvé les lèvres royales et creusé une fossette dans ses joues. Mais dans son état actuel, le souverain n’éprouvait aucun amusement et juste de l’agacement. Un prince de sang qui jurait comme un charretier était une preuve de déchéance. Le reproche lui effleura les lèvre et déjà sa langue se déliait pour délivrer la critique quand il se retint.

Philippe finit par se hisser en selle. Un spectateur extérieur n’aurait pas manqué de noter les similitudes de maintient entre les deux frères mais les domestiques étaient trop occupés à regarder leurs bottes et à éviter de se trouver dans le champ de mire d’un des deux bourbons pour le faire. Pourtant le menton haut et le dos droit, ils se ressemblait plus que jamais. Chacun respirait la royauté alors qu’ils se toisaient.

Louis soutint les prunelles noires se plantant dans les siennes. Autrefois, il avait baissé les yeux devant des yeux aussi sombres. Mais autrefois ces yeux n’appartenaient pas à son turbulent cadet mais à son père. Un homme au regard enfiévré autant par une maladie tenace et douloureuse que par le pouvoir qui l’obsédait. Une obsession du pouvoir dont son fils avait hérité à défaut d’avoir l’allure de son géniteur. Oui autrefois les yeux sombres le fixant ainsi lui inspirer un mélange d’amour et de crainte et il baissait la tête face au regard noir alors qu’on lui reprochait quelque désobéissance. Mais maintenant… Maintenant les yeux noirs n’étaient plus associés à un père craint et aimé mais à un frère aimé lui aussi aimé mais certainement pas craint. Aussi au regard de nuit Louis rétorqua par un regard orage tout aussi terrible et chargé de reproche.

La pensée l’effleura que Philippe n’avait guère changé depuis l’enfance. La contrariété s’exprimait toujours de la même façon chez le duc d’Orléans. Certes il avait cessé de gonfler les joues et de devenir écarlate pour marquer sa colère mais c’était là le seul changement. Philippe conservait se pincement de lèvre et cette façon de relever le nez à mesure que la moutarde y montait. Et Louis savait de source sur qu’il lui arrivait encore de taper du pieds ou de croiser les bras pour marquer son désaccords. Bien sûr, cela il ne pouvait pas le faire face à son roi. Mais il se permettait les éclairs dans les yeux, la moue boudeuse d’enfant à qui on refuse une sucrerie, ainsi que le froncement de sourcil qui allait creuser une ride dont Monsieur ne cesserait de se plaindre.

Bien évidemment comme si son langage corporel n’était pas suffisant, son royal cadet crut bon d’y ajouter une nouvelle tirade. Que de palabres ! Il n’y avait que Philippe pour se permettre de soliloquer ainsi alors que de toute évidence l’ire royale ne cherchait qu’un prétexte, aussi futile soit il, pour s’abattre sur une personne à l’innocence discutable. La raillerie ne sembla pas atteindre les oreilles de Louis car il ne modifia en rien sa posture. Ce fut à peine, à la fin de la plainte du duc, s’il fit l’effort de bouger un sourcil. Le message derrière ce mouvement était clair. Une phrase hybride entre la question et la raillerie. « Enfin fini? » semblait questionner le sourcil alors qu’il s’élevait sur le front avant de se rabaisser.

Un claquement de langue agacé coupa le mutisme dans lequel Louis se réfugiait comme toujours alors que soumis aux plaintes de son cadet. Philippe jouait avec les mots de façon exaspérante et comme chaque réplique déclencherait une avalanche de remarques et de demandes le silence était une défense préventive appréciable.

Enfin le roi talonna sans préavis sa monture et quitta au grand galop St-Cloud. Il tourna légèrement pour lancer par dessus son épaule à Philippe.




-Espérons que votre compagnie me soit aussi agréable que vous le pensez Monsieur, ou ce voyage m’incommodera autant que vous.



Une mise en garde sur ses trop nombreuses plaintes ou une moquerie cruelle rajoutant du sel sur une blessure qu’il venait de créer? Louis n’aurait sut le dire. Mais nul doute que son frère ne tiendrait pas la longue chevauchée qui les attendait sans réagir à cette pique. Sans compter que Philippe n’avait jamais très bien supporté le silence.


HRP : Et paaaaaaf, trois rp en 24h ! Bon j'espère que cette réponse te plait darling dear

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Mer 11 Mar - 10:36

L'échange de regard avait été un jeu dans leur jeunesse. Si l'un était bavard, l'autre particulièrement silencieux, les deux Bourbons étaient connus pour être plus têtu l'un que l'autre. A une époque ou Philippe se rebellait beaucoup plus et avec un peu moins de conséquence, un moment où il était un plus innocent, ou plus inconscient.
Au moins avait-il toujours été lucide sur son rôle auprès de son frère. Il n'était jamais qu'un ornement, une belle décoration, voire un exutoire. Ce ne serait pas la première fois que la colère et la frustration de son aîné se répercutait sur lui.
Il était là pour divertir... Il était là aussi pour supporter.
Toutefois la fierté de Monsieur le Duc d'Orléans l'empêchait de plier aussi simplement l'échine lorsque son frère était injuste envers son bien-aimé et unique cadet. Certes cela arrivait souvent, mais il y avait une différence entre l'injustice du frère et l'injustice du roi. Le dernier était indiscutable, du moins si, il l'était mais alors la discussion n'était pas légitime. Le premier en revanche...
Si Louis trouvait sa faconde désagréable alors ce n'était qu'un juste retour à l'envoyeur. S'il avait souhaité le silence, le Roi savait parfaitement que ce n'était pas vers le Prince qu'il devait se tourner. Alors pourquoi l'avoir emmené avec lui ? Traîné de force serait plus approprié. Pourquoi ne pas avoir pris Liam de Saverne avec lui -par exemple à tout hasard pour l'en débarrasser. C'est que pour avoir du silence il aurait été pleinement satisfait. Ou encore d'Artagnan... Ou tout simplement n'importe qui d'autre que lui-même parbleu !
Et voilà que le Roi talonnait et s'éloignait après qu'il ait tenté une réponse sarcastique. Vraiment... Si l'étalon ne s'était pas éloigné soudainement, faisant bondir les valets de surprise, Philippe aurait envoyé à son suzerain une remarque bien sentie sur le fait que dans ce cas précis son bien cher frère ne pourrait s'en prendre qu'à lui-même car il était hors de question qu'il réprime sa nature pour satisfaire ce qui était -et il en était quelque part amusé loin très loin au fond de lui- un caprice.
C'était un caprice comme Louis n'en avait plus fait depuis des années, des caprices qui faisaient resurgir des images de joues rondes et de boucles encore dorées comme le blés. Aujourd'hui les boucles et le caractère s'était obscurcis et embrumés.
La mort de leur génitrice avait-elle libérée un poids, une chaîne que son frère gardait autour du cœur et du tempérament pour éviter l'ire maternelle ?
Philippe avait toujours craint celle-ci, bien plus que l'ire royale. Cette position depuis quelque mois changeait lentement de camp sans qu'il ne le réalise tout à fait. La crainte et le respect, l'amour qu'il avait eu tout dévoué à sa mère, partagée avec son frère sur sa demande se redirigeait donc de manière diffuse sur plusieurs figures de son entourage, Louis le premier.
Le limousin avait suivi la route de l'étalon qui s'était élancé devant lui. Il avait bondit dans un mouvement ample et emportait élégamment son cavalier qui tenait le dos droit aisément, souple toutefois car être roide l'aurait rendu ridicule ce qui était loin d'être son objectif en cet instant. Il regardait le monarque qui galopait devant lui... Qui fuyait même... Mais quoi ? Pourquoi fuir ?
Le Prince pinça les lèvres. Il serra les jambes et d'un claquement de langue incita sa monture à allonger sa foulée pour se trouver auprès de son frère. Pas tout à fait à son côté, pas tout à fait derrière lui. Il était frère du Roi et pas une simple estafette. Il l'avait obligé à sortir de la douceur de sa maison qu'il aimait au-delà du raisonnable aussi ne se laisserait-il pas traiter comme le dernier des courtisans.
Il en revînt au domestique qu'il avait cru surprendre avec son frère. Le besoin de se venger de lui devenait plus pressant à mesure que le vent s'engouffrait dans ses cheveux longs aux boucles lourdes et détruisait une longue construction capillaire qu'il avait pris soin d'ordonnancer. Oser toucher les cheveux de Son Altesse avait toujours été une entreprise fort dangereuse que même le Roi avait payé en des temps plus anciens. Certains s'amusaient à comparer Philippe d’Orléans a un Samson. La comparaison, selon les bouches et les tons était plus ou moins flatteuse, soufflant que le frère du Roi tirait toute sa morgue de ses cheveux.

Monsieur de Clèves, qui observait tout cela, était silencieux en bon soldat, attentif en bon garde du corps et inquiet pour sa grâce en bon courtisan. C'était qu'il se trouvait dans une situation particulièrement délicate, pris entre deux feux et cela le chatouillait peu plaisamment. Les deux Bourbons ruminaient leur colère et cela n'était jamais bon signe. L'un ou l'autre finirait par exploser... Ou alors chose qu'il n'osait espérer, feraient-ils long feux et Monsieur le frère du Roi trouverait peut-être une parade pour donner bonne mine à Sa Majesté. C'était ce qu'il y avait de mieux à espérer.
En attendant, ils se déplaçaient rapidement et déjà on ne voyait plus le château qui contrairement aux habitudes architecturales, ne se trouvait pas en haut de la colline de Saint-Cloud, mais à mi-pente ce qui avait participé aux charmes du lieux sur son maître. S'ils avançaient rapidement, le départ précipité du Roi n'avait pas permis de lancer en avant une estafette. Le capitaine des Gardes fit un signe sec en direction de deux de ses hommes.

-Coupez par les bois et ouvrez la route vers Saint-Germain.


On ne saurait prendre de risques, le Roi et Monsieur ne pouvaient tomber sur de mauvaises surprises... Ou plutôt on ne pouvait laisser les mauvaises surprises tomber sur la fratrie royale... Ce n'était pas juste pour elles.
Il vit du coin de l’œil les deux cavaliers se détacher de la compagnie et s'élancer à bride abattue. L'air pensif, Monsieur le Capitaine priait. Il fallait que la fantaisie des deux frères resta contenue et qu'ils ne changent pas soudainement d'avis, que Monsieur resta jusqu'au bout du voyage avec le Roi et ne décide pas pour une quelconque raison de tourner bride, ou que le roi ne décidât d'il ne savait quelle folie. Ce n'était pas dans les habitudes du monarque, Dieu merci, mais le Capitaine devait se préparer à toute éventualité. Il ne put aussi s'empêcher d'avoir un regard pour un cavalier qui ne faisait pas partie de sa compagnie mais qu'il devait tolérer. Liam de Saverne allait où allait Philippe d'Orléans depuis qu'il en avait reçu l'ordre du Roi. Monsieur de Clèves ne prétendait pas lire dans l'esprit souverain, mais avait trouvé la chose fort insultante et malgré lui avait pris cela personnellement. Liam de Saverne ne faisait ni vagues, ni désordre dans son service, il le reconnaissait, mais son orgueil supportait avec un certain agacement l'idée que Sa Majesté ait eu besoin de placer ce garçon auprès de son frère.
Un claquement le fit sortir de ses pensées, ce qu'il vit lui fit froncer les sourcils. Philippe avait encore poussé sa monture, profitant d'une légère descente pour prendre de l'élan et cette fois arriver au botte à botte de son frère. Monsieur de Clèves n'aimait pas cela, il craignait les sautes d'humeur de ce seigneur quoique limitées par la présence du Soleil, mais existante malgré tout. Il remarquait toutefois que le Prince avait attendu d'être éloigné du château, d'être aussi dans un espace vide de tout. Personne pour voir et le vent ne permettait pas d'entendre ce que pouvait échanger les deux frères.

-Eh bien Sire... La promenade vous est-elle plaisante ?


Philippe était toujours dans la même humeur que leur départ et ne faisait donc pas en sorte d'adoucir le ton caustique de ses mots, en particulier le dernier, en particulier parce que garder le silence aurait par trop satisfait son frère. Ils étaient comme au matin quand Louis discutait avec son jeune frère dans le privé de ses appartements après son Lever, avant son Conseil, quand Philippe pouvait se permettre d'agir comme son frère, et non pas comme son sujet. Si Louis avait voulu sa présence pensait le Prince, c'était parce qu'il souhaitait parler, il ne pouvait en aller autrement... Il fallait simplement que le monarque se décide à déserrer les dents, ce qui était loin d'être fait au vu de la différente conception de la notion de patience entre les deux Bourbons.
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Dim 12 Avr - 22:52

L’après-midi avait été étrangement clément mais les températures semblaient prendre un malin plaisir à tomber en même temps que le soleil. À mesure que le vent se levait et que l’astre prenait des reflets d’or, prémices d’un coucher teinté de rose et d’orange, le froids s’enhardissait et frappait sans la moindre pitié le petit groupe de cavalier. Le roi leva un moment la tête cessant de fixer l’encolure alezan de sa monture pour observer le ciel qui semblait lui reprocher sa conduite. Par contraste avec l’or pur et lumineux de ce début de soirée, les nuages noirs qui s’amoncelaient un peu partout dans le ciel semblait plus sinistre que la menace qu’ils renfermaient. Il ne s’agissait pas d’amoncellement cotonneux et inoffensif. De grands pans noirs et lisses striaient l’azur du ciel, le coupant avec la netteté d’une lame couteau. Plus tranchant que jamais, ils offraient par alternance un contraste belliqueux avec la beauté de cette soirée de printemps. La scène paisible prenait une teinte belliqueuse et menaçante. Elle ne pesait pas comme un poids sur la nuque de ses spectateur mais tournait autour d’eux avec l’avidité d’un charognard guettant l’ouverture lui permettant de frapper sa victime. C’était la beauté nette et glaçante d’une lame qui reposait dans le creux de votre cou attendant de le trancher.

Le souverain contemplait sans la voir la menace des cieux, assuré qu’elle ne le concernait pas. Sa simple volonté lui permettait de faire ployer la nuque raide des grands de son royaume. Sa détermination soumettait la noblesse. Même la terre et les marais ne résistaient pas à sa ténacité comme le montrait la construction, lente toujours trop lente de son Versailles. Alors jamais Louis Dieudonné ne s’abaisserait à s’inquiéter de la fureur des cieux. Que l’orage éclate, que le vent fasse se plier les arbres, que le temps s’oppose à lui si ça lui chante. Lui ne dévierait pas de la route qu’il s’était tracé, même dans un caprice, pour quelque chose d’aussi négligeable que le mauvais temps. En revanche si effectivement l’averse se décidait à arriver en même temps que la nuit et son frère serait fort déconfit. Déjà le vent et le galop avait mit à mal la chevelure soigneusement ordonné de Philippe. Pire cette dernière avait le ridicule d’une coiffure à moitié défaites. Quelques vestiges sophistiqués s’attardaient dans les boucles noirs comme les ruines romaines décrépissant dans les campagnes les plus recluses. Mais comme dans le cas des anciennes constructions de pierres blanches, les restes d’ordonnancement de son frère semblait plus synonyme d’abandon et de désolation que d’autre chose. Il en devenait pathétique et nul doute qu’en constatant l’étendu des dégâts il allait piquer une crise. Et que sa femme allait regretter de manquer ce spectacle.

La pensée d’Henriette, Henriette Stuart allégorie de la perfide Albion, ramena Louis à ses pensées politiques. Il cessa de voir le chemin qu’il empruntait machinalement et qui le ramenait dans ce qui était encore provisoirement le coeur du gouvernement.

Provisoirement car très bientôt il serait le coeur du gouvernement, le coeur, la tête, le corps. Il serait le gouvernement. Les autres ne seront jamais que ses commis cela il se l’ait promit. Une promesse faite à lui même dans le secret et le silence d’un conseil s’éternisant sous la garde de Mazarin où l’on a manqué de négliger une des questions qu’il a posé.

Mais le gouvernement étant encore personnifié à St Germain, il éprouvait le besoin irrationnel de s’y rendre pour réfléchir paisiblement à sa politique. Un besoin pas si irrationnel que cela décréta Louis. Le souverain considérait que tout bien pesé il lui aurait été impossible de réfléchir paisiblement chez son frère. Aucune possibilité d’isolement prolongé à St Cloud et puis la compagnie était d’une frivolité agaçante et déconcentrante. On ne pouvait pas ordonner deux pensées sans être coupé par un ragot, une pique ou une plaisanteries. Toujours conciliants et obséquieux les amis de son frère ne manquait pas d’esprit, quoique certains semblait compenser leur beauté par une absence totale d’esprit et d’intelligence, mais ils produisaient sans cesse les troubles les plus agaçants à commencer par les gloussements.

À propos de gloussements, son frère, qui avait cessé de les refréner depuis la mort de leur mère, le rejoignait. Certes il ne l’avait pas quitté depuis que Louis avait décrété qu’ils partaient ensemble. Mais jusqu’à présent il était resté à la place lui revenant de droit. Derrière lui, en dessous de lui, inférieur à lui. Car c’était ce qu’il proclamait depuis le carrousel, cette devise il la mettait habituellement en oeuvre à la perfection. Mais le voilà qui pressant un peu plus sa propre monture venait réclamer son attention et même l’égalité. Or, le duc d’Orléans ne pouvait être l’égal du roi que du fait de l’initiative du souverain pas de par sa propre volonté. L’égalité c’était pour Gaston et les moustaches qu’il frisait insolemment ! Philippe lui restait glabre et devait garder sa place.

Louis le jeta un regard sombre renfermant la même métallique menace que les cieux. Ils évoluaient bottes contre bottes. Même si au loin on entendait les chevaux de la compagnie de Monsieur de Clèves, les frères Bourbons pouvaient se considérer comme seuls dans ces bois. Sans doute cette intimité du royaume sylvestre donnait à Philippe l’illusion qu’il pouvait oublier les règles qui régissaient le royaume de France. La manoeuvre était audacieuse et bien moins enrobés des jeux de l’esprit dont raffolait son cadet. La mauvaise humeur de Louis fit qu’elle ne lui plut guère. Pas plus que la question.

On était bien loin du soucis sincère de plaire à son roi et frère ainé. Il s’agissait d’une question acerbe empreinte d’un ressentiment qu’on ne devait pas montrer. Des mots aimables couvert par une intonation provocatrice et insultante.

Louis considéra le petit homme qui chevauchait à ses côtés et le fixait directement. Le masque du roi dissimulait ses sentiments. On aurait pût croire ses expressions fondus à la cire tant elles étaient lisses et uniformes, à ceci près que la cire pouvait fondre. C’était de plus en plus rare en ce qui concernait le monarque. La royauté demeurait ancré en lui et pesait sur chacun de ses gestes leur donnant une lente majesté. 

La lenteur il la mettait aussi dans sa réponse alors qu’il contemplait silencieusement son compagnon de route. Le silence s’éternisait et même les sabots des chevaux ne produisaient qu’un bruit assourdi alors qu’ils s’enfonçaient dans l’humus de la forêt. La course vers St Germain se poursuivait donc dans le calme pesant précédant les tempêtes. La vitesse des étalons tranchaient avec la lenteur avec laquelle Louis répondait à Philippe.

Quoique, sans doute pouvait on considérer que le silence était une réponse en soi. Après tout, silence et emploi d’un futur évasifs étaient les armes de gouvernement favorite de celui qui avait été un enfant calme et secret.

Finalement il tourna, sans se presser, la tête pour ne plus voir son frère mais le paysage qui s’offrait à eux. Ce fut seulement à ce moment qu’il consentit à lâcher d’une voix froide mais toujours trop polie et aimable. Cette amabilité qui énervait bien des gens dont Philippe. Car au fond, l’attitude de Louis avait ceci de frustrant qu’elle ne donnait rien à quoi rattacher sa colère. Bref ce fut avec cette amabilité dont il ne se défaisait jamais, dont il ne pouvait pas plus se défaire que de sa couronne et des obligations allant avec, qu’il répondit.



- Très plaisante, je vous remercie. Monsieur.

Le titre, empreint du lourd cérémonial français, tranchait. Habituellement, il soulignait l’importance de son rang, rappelait à tous la place particulière du frère du roi. Il était supérieur à tous, se tenait juste sous le soleil. Mais justement, employé ce « monsieur » avec une telle sécheresse équivalait à un rapport à l’ordre. Pas de mon frère derrière, pas de qualificatif qui venait adoucir la sentence. Une appellation sèche. Ce n’était pas Louis qui s’adressait au duc d’Orléans mais le roi de France. Et si Monsieur pouvait se targuer d’être supérieur, même au traitre Condé, il ne pouvait s’élever ainsi en égal. La familiarité lui était permise dans le privé mais parce que son frère le tolérait. On ne pouvait élever cette équité en une règle qui s’appliquerait dès que par miracle les deux frères se trouvaient seuls.



Louis n’ajouta rien et relâcha sa prise sur les rênes. Lear ne s’y trompa et l’étalon allongea encore un peu la foulée reprenant de l’avance sur le limousin pâle de son cadet.

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Jeu 25 Juin - 23:11

Ne voir aucune solution pour se sortir de cette nasse mettait Monsieur de Clèves dans un embarras qu’il aurait souhaité abandonner au plus tôt. C’était une grenade qui roulait devant lui, bien pire deux. Il leva le nez pour constater que le temps ne s’améliorait pas et qu’aucun des deux Bourbons ne semblait s’en soucier contrairement au Capitaine. Par la malemort ! Voilà qui serait un comble. Il fallait qu’ils soient plus haut encore dans leur mauvaise humeur et plus rien ne retiendrait les deux frères. Fût un temps où plus jeunes ils en venaient aux mains. Un temps maintenant révolu, trouvant parfois ses réminiscences dans les occasionnels exercices d’escrime auquel pouvaient se livrer le Roi et son cadet lorsque l’envie les prenait.
Il ne fallut pas beaucoup de choses au Capitaine des Gardes du Corps de son Altesse Royale pour voir que la manœuvre escomptée par cette dernière avait été froidement balayée d’une auguste et aimable phrase, laconique, plus que brève et fort claire. Clèves n’avait pas besoin d’entendre pour savoir ce qu’il venait de se passer, c’était la méthode favorite de son suzerain et tous à la Cour en faisait les frais un jour ou l’autre. Philippe d’Orléans sûrement plus que tout autre. Par un léger tournant il put voir le visage du Frère du Roi s’empourprer alors que le monarque continuait sa route et reprenait les devants d’un air égal. Monsieur de Clèves se trouva fort pieux en cet instant, il priait la Vierge et tous les Saints, le Saint-Esprit, le Christ et le Tout-Puissant. Qu’il n’y ai pas d’action cadette inconsidérée.
Monsieur de Clèves possédait parfois cette naïveté qui le rendait attachant aux yeux de certaines dames. Des espoirs qu’il construisait le plus souvent de toute pièce lorsqu’il ne voulait pas voir. Car si pendant un court instant Monsieur ne sembla pas réagir. Clèves avait reconnu la moue lippue et boudeuse qui lui sembla être un mélange de colère mais surtout, SURTOUT –pourvu qu’il ait raison-, de résignation. Parfait. Qu’ils continuent ainsi le trajet jusqu’à Saint-Germain et l’honneur de tous serait sauf.
Monsieur de Clèves avait vu juste. Philippe d’Orléans c’était résigné. En revanche… il ne s’était pas résigné à la solution de raison qui semblait s’imposer comme une évidence pour son Capitaine des Gardes.
Louis avait donc décidé de l’ignorer ainsi ? Avait décidé de le laisser en arrière dans le vent et le froid, offert à une destructuration capillaire qui l’irritait toujours davantage et enflait avec le grondement des sabots du Limousin gris perle qui le portait avec élégance. L’ignorance hein ? Bien, fort bien !
Philippe lâcha ses rênes sur l’encolure, se redressa pour attraper un de ses rubans attaché à ses manches.  Monsieur de Clèves et d’autres avec lui écarquillèrent les yeux. Le Prince poursuivait sa route en dirigeant sa monture de ses genoux, droit sur sa selle, ce qui pour un cavalier émérite n’avait rien d’extraordinaire. Ce qui l’était davantage chez le Fils de France… fut ce mouvement sûr, puis ce deuxième qui ramenèrent ses lourdes boucles noires dans sa main. Cette anodine voltige fit se retirer les sangs du visage en tête de l’escorte. Le Capitaine se sentit blêmir. Voir Philippe d’Orléans prendre la résolution d’attacher ses précieux cheveux ne pouvait signifier qu’une chose.

-Altesse ! tenta-t-il de devancer dans un cri. Ne…
- AH !


Le claquement de la cravache sur la croupe pommelée d’Astrée le fit bondir de surprise dans un hennissement. Récupérant ses rênes, Philippe se pencha sur la crinière noire, et laissa le svelte animal dépasser celui qui le devançait dans un coup de vent.  François de Clèves dû retenir un juron puissant. Pourquoi ? Pourquoi grands dieux ??!
Philippe avait eu un regard pour son frère en le dépassant. Un regard et un sourire. Sourire indispensable au demeurant car si Monsieur affichait la mine de la bouderie il ne passerait que pour un enfant qui ne demandait qu’à se calmer. Pourtant ce qui devait lui assurer une poursuite… ce fut le geste qu’il avait laissé traîner, un large mouvement de bras qui fit s’élever le gant qu’il avait gardé dans sa main, qui devenait son étendard alors que Philippe prenait son avance et laissait son frère derrière lui.
Plus de duel depuis l'interdiction donnée par leur père certes, et surtout pas de duel avec son monarque de frère de surcroît. Mais si son aîné souhaitait tant que cela l'obliger à rejoindre Saint-Germain… Alors Philippe y serait, non pas en Étoile du Matin, mais bien en premier.
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Ven 6 Nov - 14:36

Le jour ne tomberait pas avant une heure ou deux, mais les nuages d’orage s’accumulant dans le ciel donnait déjà à la scène une atmosphère crépusculaire. Un artiste s’en serait ému, mais le roi la tête farcie de problème se sentait plus souverain que peintre. Il se contentait de pester contre la luminosité qui baissait. Et contre le vent qui désormais soufflait de face.



Au demeurant la chevauchée était facile sur cette portion du terrain. Tout au plus il fallait se baisser de temps en temps pour éviter une branche et prendre gare aux nombreux écarts que faisaient les chevaux pour se faciliter la route. Oh et éviter les branches d’arbre ! Pas comme ce pauvre suisse qui venait de s’en prendre une dans la figure. Le pauvre abruti s’était même briser le nez. 



La scène tira un ricanement fort peu charitable au souverain alors que le soldat cherchait quelque chose pour arrêter l’écoulement de sang. Et tentait tant bien que mal de retrouver sa dignité perdu. C’était pas gagné.



La scène pour divertissante qu’elle soit n’améliora pas de manière définitive l’humeur de Louis. Sa tête continuait de bourdonner avec des détails qu’il souhaitait oublier. La guerre se rapprochait. De quelles troupes bénéficiait il? Pourquoi diable Vivonnes se trouvait il à la cour et pas à Toulon?

Un soldat passa du petit au grand galop pour remplacer celui qui avait perdu face à la branche d’arbre.


Les frais engendrés pourraient ils raisonnablement être amorti? N’était ce pas contre nature de s’allier avec des protestants, même pour battre d’autre protestant? Charles n’était il pas au fond de sa famille?



Le vent continuait de s’engouffrait sous son col et ses doigts s’engourdissait sur les rênes. Mais au fond il était heureux. Il avait toujours été un homme de chasse et de plein air. Même lors de ses conseils il pouvait exiger que les fenêtre restent grande ouverte pour que le vent rentre, et tant pis pour les papiers de Colbert.



Qui devait il nommer à la tête des troupes? L’ordre de Malte sortirait il de sa Méditerranée? Condé, malgré son esprit traitre, serait un bon général mais maritime… Peut être devrait il au contraire préférer….



Tout absorbé par ses pensées, Louis ne voyait même plus la route devant lui et ne prêtait guère plus attention aux bruits et exclamations dans son entourage. De tout façon, à part un nouveau garde battu par mère nature (peut être une pomme de pin cette fois?), il ne voyait pas trop ce qui pouvait arriver d’intéressant durant la balade. Autant profiter du trajet pour réfléchir un peu sans les sollicitations permanentes des courtisans.

Aussi il ne comprit pas tout de suite ce qui se passait. Il était en train de comparer les mérites des militaires de son royaume et brusquement son frère se retrouvait devant lui. Oh et Clèves avait l’air désespéré, mais c’était un état assez habituel chez lui. Donc la question demeurait. Qu’est ce que son frère faisait devant?

Evidemment avec la distance, on avait un peu de mal à voir. Mais son frère semblait sourire et agiter son gant alors qu’il continuait de s’éloigner au galop.



La pensée, absolument pas souveraine, de Louis fut mot à mot « mais il fout quoi ce con? ». Rester derrière ! Même un crétin enrubanné devrait réussir à comprendre ce genre d’instruction. Oh et même quand on était totalement dépourvu d’empathie et de bon sens on comprenait quand le roi était de mauvaise humeur et avait pas envie de contempler les singeries de son cadet.



Mais non.



Typique de Philippe. Un besoin maladif et narcissique d’attention. Et quand il ne l’avait pas. Alors il tapait du pied et criait. Il faisait pareil quand on lui refusait des diamants ou quoique ce soit… Mais il était rare qu’il ajoute à ses caprices l’insubordination. Ça ressemblait plus à Gaston ou Condé ou Conti. Bref des princes de la génération d’avant qui avait un petit problème avec l’ordre des choses et la hiérarchie sociale. Philippe savait normalement gardé sa place. Derrière. Avec les autres.

Passé la consternation face à la stupidité de son cadet, qui aurait mieux fait de rester derrière et qui allait le payer, il fallait décidé de la marche à tenir. Le mépris était évidemment la meilleure possibilité. La plus digne, la plus royal.

Mais Louis aimait trop la vitesse pour laisser passer cette opportunité. Après tout c’était Philippe qui se montrait puéril.



Il lâcha les rênes, se pencha en avant. Cela suffit à sa monture qui pas plus que lui n’appréciait d’être doublé. Elle allongea aussitôt ses foulées. Un ordre fut crié pour qu’on ne se mettent pas sur son chemin. Très vite, le cheval rattrapa sa cible et il suffit de quelques coups de talons et de cravaches pour pousser la brave bête à dépasser l’autre.

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Dim 14 Fév - 23:37

Monsieur de Clèves aurait pu maudire le ciel, la terre, les saints, et l'orage qui menaçait les airs. Ce ne fut pas son choix. Diriger son impuissante frustration contre ce qu'il ne pouvait maîtriser puisqu'éthéré était une possibilité fort banale et de toute manière son humble avis lui soufflait qu'il aurait davantage de pouvoir sur ces éléments indistincts que sur ce qui provoquait véritablement son indignation. Que la malemort étouffe l'orgueil et l'inconstance des princes ! Comment voulez-vous accomplir votre devoir quand ceux qui se trouvaient sous votre protection mettaient un zèle tout particulier à ignorer les règles les plus élémentaires de sécurité.
C'était une catastrophe. L'on pouvait perdre d'un coup d'un seul la tête du royaume et son deuxième héritier, se retrouver dans une nouvelle régence et voir revenir plus virulente que jamais une guerre civile qui cette fois n'aurait plus ses ardents défenseurs d'hier.
Le capitaine des Gardes du corps talonna si furieusement que son destrier renâcla  avant de s'élancer mais le fit vite et bien, heureusement. En peu de temps les frères Bourbon avaient déjà pris une dangereuse avance qu'il fallait maintenant combler.
Assurément, il était de notoriété publique que le frère du Roi préférait de loin être tiré en carrosse plutôt que de monter son destrier. Il était par ailleurs convaincu que c’était la raison pour laquelle Louis avait fait le choix volontaire de partir à cheval en le forçant à le suivre, plutôt que de le laisser en paix dans son havre bien-aimé de Saint-Cloud. Monsieur essayait de ne pas trop s’interroger sur un tel besoin de cruauté, une telle envie de mettre son cadet dans une situation qui lui était inconfortable.
Philippe s’en accommodait souvent, trompant cette amertume en puissance par une admiration soumise et un divertissement intense. Plaisir du prince. Il était le frère de cette figure-là et cela ne pouvait lui être ôté. Pourtant le vent lui fouettait le visage comme autant de gifles reçues en ce jour. Louis avait quitté Saint-Cloud furieux, Louis l'avait forcé a le suivre, Louis l'avait ignoré, Louis se moquait bien de ce qu'il pouvait penser.
Bah foutre ! Cela ne changeait pas beaucoup à la coutume. Et avoir de la rancune pour Louis... Elle serait inutile et ne ferait que lui percer l'estomac dans un vain dérèglement d'humeur.
Il fallait tout de même encaisser.  
En lieu et place d'amertume, Monsieur ne put empêcher une pointe d'angoisse lui tordre l'estomac alors qu'il entendait se rapprocher un roulement de sabots effréné. Il aurait été si simple pour Louis d'envoyer n'importe lequel de ses gardes du corps pour lui ordonner de rejoindre les rangs et de cesser de faire l'enfant, d'éprouver son mécontentement encore une fois et de le lui signifier ensuite par un regard hautain et froid que Philippe connaissait bien, rappel de sa condition de pauvre hère capricieux toléré à son auguste côté.
Aussi ce fut un étrange soulagement que de voir passer près de lui l'alezan et le brocard or du Roi. Louis jouait donc. Bien. La dépense et l'ivresse de la vitesse lui rendrait peut-être un semblant de civilité et de douceur qui manquait cruellement au souverain ces derniers temps. Les lèvres du prince se plissèrent dans un sourire moqueur et ombrageux.

Astrée ne comptait pas laisser le pur-sang anglais le distancer, royal ou non. Les nasaux de l'animal cendré frémirent et se dilatèrent, la puissance de son galop répercutée au sol s'intensifia. Son cavalier ne fit que surveiller leur trajectoire, prendre garde a ne pas brûler toute la fougue de sa monture. Pour le reste, il la laissa libre.
Bientôt ils ne furent qu'une bourrasque sur les sentiers battus par leurs chevaux. Annonciateurs de l'orage qui les suivait, rien ne devait se trouver sur leur chemin, tout devait s'abriter et craindre. L'air épais s'alourdissait de perles de pluie prêtes a se répandre sur la carcasse forestière où ils se poursuivaient l'un l'autre, sans que Philippe n'eut la véritable envie de distancer définitivement son roi. C'était la peur d'être seul, non pas perdu, mais confronté au ventre des bois, là où se faisait toutes les initiations des contes, là où se terraient toutes les créatures, là où il avait tenté d'abandonner le cadavre tiède.
Lorsqu'ils s'étaient embrassés en pleurant près de leur mère agonisante, Monsieur avait cru l'espace d'un instant que l'amour ravivé de son frère lui serait éternel. Il ne lui avait pas fallu bien longtemps pour réaliser qu'il se trompait malgré ses espoirs. Perdre mère et frère voilà qui pesait beaucoup sur un cœur léger.

Sans doute, il en était même certain, Louis ne partageait pas ce sentiment qui lui comprimait la poitrine. Le prince n'avait pas retraversé ces bois à cheval depuis ce jour de colère divine. Pour Philippe... C'était revivre cette nuit froide de janvier, mais cette fois son frère à ses côtés. La rectification d'une juste douleur qu'il n'avait pas partagée avec lui créait la peur d'une transgression, d'être découvert au plus profond de son mal-être. Il fallait sortir de ces bois au plus vite.

Ne prenant d'attention que dans le vent, le froid, les muscles en mouvement de sa monture, le chemin sinueux, le cœur du Duc d'Orléans battait à un rythme inconstant, une pierre sombrant le long d'un flanc de montagne.  C'était la soudaine accélération de l'archet sur la viole qui s'effilait en une mouvance mélancolique pour s'achever en une longue note grave et austère mais vibrante jusqu'au fond de l'âme. Bien trop profondément.
Pressé de toute part, Philippe talonna une nouvelle fois sa monture, fouetta de son gant la croupe d'Astrée dans un cri. Il profita d'un remous de terrain pour prendre le large, affronter le ressac et filer sous le vent, s'engouffrant dans un sentier étroit.
Le tournant se fit brusque mais il fut maîtrisé. Il dévoila pourtant un problème de taille.  

Oh rage, ô dés-espoir:
 

Monsieur écarquilla les yeux en voyant arriver à grande vitesse une charrette renversée sur son chemin, barrant la route aussi certainement qu'une ligne de forteresses de Hollande. Le saut lui sembla le seul salut, encore qu'incertain. De toute manière il n'eut pas le temps d'y penser davantage.
Un coup de tonnerre violent, soudain, brisa les tympans du prince, de sa monture qui excitée par la course, surprise par l'obstacle, fut terrifiée par cette introduction tonitruante du monde céleste dans cet univers boisé. Astrée n'en voulut pas savoir davantage. Au lieu de bondir comme l'aurait souhaité son maître, il pila des 4 fers en baissant la tête stoppant net sa course effrénée.
Philippe d'Orléans s'envola presque gracieusement, si ce n'était ses yeux écarquillés, sa bouche ouverte dans un cri de surprise. Le père Jacquot et son fiston virent passer ce prince, tout comme le virent l'estafette François-André de Chars et le brigadier Amédée de Tercors, envoyés en avant par leur Capitaine et cherchant à faire bouger cette damnée charrette. La stupeur était toute faite devant cette comète colorée qui traversait l'air...
Avant de toucher le sol dans un bruit mat et sourd, de rouler plus loin et de rester inerte, sans bruit.
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À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
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