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 A trop jouer avec le feu, on finit par se brûler les doigts- PV La Reynie


Dim 23 Nov - 17:41

Il y a peu de spectacles plus distrayants que la Cour… Lieu de toutes les intrigues, de toutes les rumeurs, mais aussi véritable galerie de portraits tous plus savoureux les uns que les autres, collection de ridicules, de caractères, exposition continuelle et changeante. Sous les tissus soyeux aux reflets de moire et les chapeaux à plumets démesurés, les visages laissaient transparaître toute cette envie, cette hypocrisie des courtisans, prêts à tout, et même au déshonneur, pour arriver à gravir un misérable échelon dans une hiérarchie dont, de toutes façons, le sommet leur était interdit, bloqué, barré.

La grande galerie du Château-Vieux était éclairée par les lustres majestueux, et déployait tout son faste, bel écrin doré, cage ouvragée. Sous les petites flammes tremblantes, dont la mort signifierait la fin de la soirée, les groupes se faisaient et se défaisaient, rapprochés un instant par une bribe de conversation, un compliment, puis à nouveau éloignés, attirés, petits papillons colorés et surdorés, vers la lumière d’une nouvelle connaissance qui venait d’entrer. On parlait de tout et de rien, du dernier scandale en date, tout en préparant le prochain, de la prochaine représentation théâtrale, de la soirée d’appartements qui aurait lieu bientôt, du bal qui ne manquerait pas d’arriver… Des mots volaient, se croisaient, des rires fusaient ça et là –rires perlés, discrets, contenus. On était loin de cette joviale et bruyante expression de joie qui égayait les établissements parisiens. Ici, tout était mesuré –ni trop ni trop peu, toujours.

Un peu à l’écart de tous ces groupes bruyants , Auguste, reculé près d’un mur, les observait. Et s’en délectait. De ses yeux perçants, il fouillait la masse ondulante des courtisans pour en tirer une figure, un rictus, et un sourire un rien méprisant flottait sur ses lèvres –là où il était, personne ne se soucierait de lui. Il se mêlerait aux groupes –plus tard. Pour l’instant, il se contentait d’observer.

Il s’amusa fort de la plaisante toilette de Madame la Présidente de Vieuzac, qui, ayant quelques difficultés financières à cacher, reprenait chaque jour l’étoffe de sa robe de la veille, mais en l’agrémentant chaque fois d’un nœud, d’un collier, d’une mante différente… Astucieuse, certes, mais elle ne possédait plus assez de tissus différentes pour faire illusion, et déjà on commençait à se gausser à la Cour. Elle restait pourtant grave et hautaine, son petit visage pointu aux joues saillantes, perché sur un cou digne d’un cygne, exprimant une suffisance rare. Le Vidame, qui n’aimait guère la vieille Présidente, laquelle avait le double tort d’être dévote et laide, ricana de ce paon défraîchi, aux couleurs si usées qu’elles n’avaient plus de leur éclat que le souvenir, et qui se croyait pourtant toujours autorisé à parader.

Son attention se trouva un instant retenue par une figure douce, jeune, inconnue –il ne fréquentait pas assez régulièrement la Cour pour en connaître toute la population, mais il était certain qu’un visage aussi frais et innocent ne lui serait pas de sitôt sorti de l’esprit. Sous les bandeaux blonds des cheveux bouclés au fer, les yeux verts d’eau, qui n’avaient aucune vivacité mais se posaient au contraire lascivement sur toutes choses, l’intéressèrent tout particulièrement –mais ce ne fut qu’une impression fugace, car lorsqu’elle se tourna à nouveau, son profil lui parut semblable à celui des sorcières des contes, tant son menton fin et pointu, qui de face ne choquait pas, se montrait alors exagérément long, presque caricatural. La nymphe avait cédé le pas à une figure grotesque.

A côté de cette curieuse personne, un prélat de cour, dont le col disparaissait sous un jabot de dentelles de Malines, fines et florissantes, zézayait un discours à un homme dont la perruque noire, bouclée si serrée qu’on n’aurait pu y glisser deux doigts, lequel approuvait d’un air fort entendu à chaque phrase. Le prélat parlait à grand renforts de gestes d’une douceur savamment calculée, tandis que les yeux de son interlocuteur faisaient de fréquents allers et retours,  allant d’un groupe de demoiselles à un autre, du lustre le plus proche au saint homme. Dans un coin, un grand seigneur couvert de rubans verts tendres et gris, qui s’appuyait d’un air las sur une canne de bois noir à pommeau ciselé, bien qu’il n’eut sans doute pas plus de trente-cinq ans, écoutait d’un air profondément ennuyé le discours rapide, saccadé d’un petit homme dont la figure molle suait et luisait tandis qu’il défendait avec un entrain qui le fit vite reconnaître pour ce qu’il était, c’est à dire un solliciteur, la race la plus vile et la plus aboutie du courtisan, sa cause à grand renfort d’expressions tour à tour tragiques et pathétiques, mais globalement comiques.

Oh oui, rien de plus plaisant que ce vaste tableau, cette scène de comédie, cet assemblage hétéroclite et grotesque. Quelques uns se distinguaient cependant. Telle cette demoiselle aux yeux humblement baissée, à la toilette fort simple, mais charmante, aux joues rosissantes malgré les poudres et les fards. Ou cet homme, au fond, qui lui aussi restait un peu à l’écart, à l’air sérieux, un sérieux qui contrastait avec la légèreté médisante de cette Cour où les coups les plus bas se donnaient un rire moqueur aux lèvres. L’air sérieux… Et les yeux très, trop perçants. Un regard qui mettait mal à l’aise… Oui, vraiment. Auguste fronça imperceptiblement les sourcils, et un tic agita la commissure gauche de ses lèvres. Il évita soigneusement de recroiser les yeux de l’homme – tout en ne pouvant s’empêcher d’y revenir, de temps à autres, du coin de l’œil. Avec l’impression que lui le regardait toujours. Mais ce n’était sans doute qu’une idée… Il n’allait pas devenir paranoïaque, tout de même !
Mais il était temps d’entrer en scène, à présent. A la faveur d’un mouvement général qu’occasionna l’ouverture de la porte qui menait vers le salon voisin,  et qui précéda de quelques instants seulement l’entrée de Madame, entourée de ses demoiselles d’honneur, il rejoignit la masse des courtisans. Ne restait plus qu’à se mêler à la première conversation venue –car maintenant, tous les facteurs étaient réunis. Derrière Madame une silhouette gracile et élégante se profilait en effet, celle qu’il avait attendue jusque là. Ne restait plus qu’à trouver un moyen de l’approcher… Avec un sourire fin, Auguste mit en œuvre, pour commencer, de se mêler à l’un des groupes. Il ne servirait à rien de trop se précipiter… et de risquer, ainsi de tout manquer. Ce qui serait vexant, très vexant. Surtout après tant de travail !

Il glissa une main dans la poche de son habit, et y caressa, du bout des doigts, le billet qu’il avait soigneusement plié puis cacheté. A côté, d’autres papiers, tout aussi précieux : les lettres de change qu’il avait fait faire, quelques jours plus tôt à peine, à un artisan fort habile en ce domaine, un petit truand du nom de Mi-Bottes –un homme qui aurait tiré plus d’une grimace à la plupart des courtisans fardés de cette belle et fastueuse soirée, qui ne savaient pas de quoi ils s’étaient privés, à savoir d’un moyen facile, et assez efficace (du moins à court terme : idéal pour gagner du temps) de régler ses dettes sans se ruiner. Cela en aurait intéressé beaucoup, sans doutes… En attendant, il faudrait penser à remettre ces fameux faux, qui l’encombraient quelque peu, et qui ne lui étaient d’aucune utilité non utilisés.

Il lui fallait maintenant trouver le meilleur moyen de glisser ce billet à la personne concernée. Avec un fin sourire, il mordilla sa lèvre. Un jeu bien plaisant, pour lequel il s’agissait de faire preuve d’inventivité… Faire tomber un objet et le ramasser en y glissant le petit papier lui paraissait un rien trop banal. Le procédé, trop bien connu, était à laisser aux débutants transis. Tout en réfléchissant à une manière de faire peu plus originale, il échangeait quelques mots avec un petit marquis de ses amis, jeune homme qui était à tout prendre d’une platitude effroyable, mais d’une utilité incontestable –le sot avait une charge et donc, quelques connaissances à la Cour, luxe suprême qu’Auguste était bien loin de posséder. De fait il était à ménager.

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Mar 2 Déc - 19:17

Des intrigues de palais, l’expression tournait et retournait dans la tête de Gabriel alors qu’il discutait avec Colbert. Pourtant la discussion n’avait rien à voir avec une quelconque intrigue, en théorie. Ils évoquaient, à grands renforts de chiffres, des problèmes de mendicités dans Paris. Phénomène encore renforcé par des épisodes d’inondation dans la Beauce, ayant conduit les plus miséreux des miséreux à aller tenter leur chance en exhibant leur misère sur le pavé parisien. Outre la pénibilité qu’il y avait à ne pas pouvoir faire un pas sans qu’un pauvre hère ne vous implore les mains levées, cette situation était dangereuse. Mendicité et criminalité étaient les deux mamelles de la Cour des miracles et on ne pouvait éradiquer l’un qu’en jugulant efficacement l’autre. Malheureusement, on ne pouvait pas se contenter de demander aux forces de l’ordre de tuer les mendiants, même les repousser en dehors de la ville serait trop brutale. On se retrouverait alors avec une révolte sur les bras et le remède serait pire que le mal. La situation devait être géré promptement du fait des exigences du roi et efficacement du fait des exigences de la populace. Et pourtant, Gabriel ne pouvait s’empêcher de noter que le lieutenant civil Dreux d’Aubray ne participait guère à la conversation. Colbert l’ignorait royalement et se concentrer sur son lieutenant criminelle. Ce malaise s’accentua lorsque à la fin de la conversation, alors que son collègue rentrait sur Paris on pria Gabriel de rester encore à la cour. Il devait être exhibé auprès de certains courtisans, il devait en convaincre d’autre et persuader les troisième. Il était le nouvel atout que Colbert désirait utiliser. La substitution à d’Ormesson que l’on n’osait plus espérer. 

Gabriel retint un sourire, les courtisans avec lesquels il conversaient croyaient naïvement avoir le monopole des intrigues. Certains se demandaient comment un magistrat allait évoluer loin des textes de lois et des avis tranchés. Ces suppositions faisaient sourire Gabriel. Tout les palais avaient leurs intrigues et en particulier des palais de justice. Quoi de plus normal avec des gens qui gagnent leur vie maniant alternativement les mots, les faits et la mauvaise foi. Il était amusant de constater que la forme évoluait quelque peu et que les formules pouvaient varier mais que le fond demeurait strictement identique et tout aussi navrant. Navrant mais finalement prévisible et si bassement utilisable, après fou Gabriel avait conscience de devoir son poste autant à ses capacités qu’à des jeux souterrains dont il ne pouvait pas totalement percevoir les enjeux. Quoiqu’il en soit, maintenant on le plonger dans un jeux où sa position oscillait sans cesse entre pion, fou ou parfois même joueur. Quand à savoir ce qu’il préférait dans cette histoire…

Monsieur occupait la galerie avec force de gloussement et de soieries vertes (sa couleur préférée de l’après-midi). Il ignora avec mépris les pauvres hommes contraint de travailler pour le bien de l’état tandis que Gabriel était soulagé de pouvoir rester loin de cette assemblage de dindons caquetant et gloussant qui servait de cours à Monsieur. Quoiqu’en matière de gloussement le prélat avec lequel il s’entretenait n’aurait pas dépareiller au milieux des mignons. Si on exceptait sa laideur, son embonpoint et ses 67 ans. Donc entre deux gloussements de son interlocuteur Gabriel laissait son regard dériver sur les nombreux courtisans. Il était amusant de voir un ou deux hommes détourner le regard face à lui, sans doute n’avaient ils pas la conscience aussi propres que leurs vêtements. Il arqua un sourcil en reconnaissant une certaine mine arrogante et eut envie d’aller vers lui… Mais au vu de la nervosité de l’homme, sans doute serait il plus amusant et plus fructueux de le laisser quelque peu mariner dans son angoisse. Il reprit donc la conservation avec indifférence en tentant de comprendre pourquoi cet homme le prenait pour le réceptacle de ses confidences. Non pas que sa vie l’indifférait, mais c’était d’un ennuie mortel. Il maintenait donc un sourire de circonstance et regardait de temps en temps sa proie pour augmenter son malaise.

Claquements de talons, tourbillons d’étoffes précieuses, parfums agressifs et éclats de rires aigus, Monsieur réussit à merveille son départ des plus théâtrales. Cet homme occupait plus d’espace en quittant une pièce qu’en se contentant d’y rester. Après l’augmentation du bruit des mignons, la galerie sembla presque retombé dans un calme bienfaisant une fois débarrassé du frère du roi. Gabriel en aurait volontiers suivit le mouvement mais politiquement le mouvement aurait été maladroit. Il passa donc du prélat à un comte dévotement influent. Et on continuait, on discutait, on discourait. On gagnait de l’influence centimètre par centimètre retenant les visages et les positions.

Madame fit son apparition, expliquant le départ de Monsieur, et avec elle ses nombreuses dames d’honneurs. Evidemment. Monsieur ne pouvait pas simplement partir pour laisser le monde en paix. Il se contentait d’éviter sa femme qui n’allait guère laisser plus de paix aux autres courtisans. C’était Pollux succédant à Castor et non pas l’arrivée d’une paix durable. Gabriel se plaça de façon à ne pas se trouver dans le champ de vision de cet assemblage de vipère sifflante et recommença sa conversation comme si de rien n’était. Peut être qu’avec un peu de chance, Monsieur allait choisir de faire demi-tour. On gagnerait cinq minutes de calme entre le départ de la duchesse et l’arrivée du duc. Encore mieux ! La reine pouvait faire son entrée. Madame fuirait le chocolat et l’espagnol. Hors Marie-Thérèse avait pour qualité le calme et la discrétion, choses assez gênante chez une reine mais caractéristiques qui avantageraient Gabriel. Bref constatant la fin de l’accalmie, il décida qu’il n’y avait pas de raison pour qu’il soit le seul indisposé. Et puis, une opportunité pouvait ne pas se présenter d’aussi tôt. Surtout au vu de l’homme avec qui s’entretenait sa proie.

Il prit donc congé et se dirigea lentement vers un autre point de la galerie faisant mine de vouloir s’entretenir avec la marquise de Thiange, une autre histoire qu’il allait devoir régler, et comme prévu le marquis l’arrêta.


« Monsieur de la Reynie. »



Gabriel plaqua un air impassible sur son visage et se tourna vers les deux hommes.

« Monsieur le marquis. »



L’homme eut l’air ravi, sans doute qu’il voulait s’entretenir avec le lieutenant de police à cause de ses problèmes de domesticité, sans parler de ses bijoux, mais les bonnes manières avant tout. Aussi le marquis prit le temps d’introduire.



« J’ignore si vous connaissez monsieur de Villiers. »

Gabriel eut un sourire poli et son regard le plus intimidant pour de Villier avant de noter d’un air totalement indifférent.



« Monsieur de Saint Chély souhaitait organiser une rencontre, il est fort dommage que nous lui coupions l’herbe sous le pieds, n’est ce pas? »



Il semblait ennuyé par le sujet mais son regard ne quittait pas Auguste, atténuant le caractère mondain et ennuyeux de la déclaration

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Dim 7 Déc - 22:01

Et Monsieur de Saint-Chély parlait, parlait, parlait, brassait du vent, faisait de petits gestes du poignet à laquelle sa canne à pommeau ouvragé semblait comme soudée. Et sur son son visage blanc de poudre, une espèce d’odieux sourire de convenance s’épanouissait comme une fleur hideuse, pendant qu’il exposait d’un air insupportablement sûr de lui une thèse boiteuse. Si au moins il avait eu un peu de talent ! Mais non, médiocre jusqu’au bout de ses ongles impeccablement manucurés, il se contentait d’une argumentation d’une banalité affligeante… S’efforçant de placer rapidement deux, trois mots dès que le petit marquis reprenait son souffle, Auguste approuvait avec le sentiment de se traîner dans la boue lui-même. Ce qui était rien moins qu’humiliant. Le Vidame n’éprouvait pas particulièrement de remords à mener les autres en bateau, à les humilier ou les moquer, mais il n’appréciait pas particulièrement la réciproque, et se trouver ainsi forcé d’opiner à tout ce qu’avançait ce petit coq infatué de lui-même blessait singulièrement son amour-propre. Il avait quelque peu l’impression de se placer au niveau du solliciteur entr’aperçu un peu plus tôt… Idée détestable !

Rapidement lassé de ce petit homme sans odeur et sans saveur, Auguste commença bientôt à préparer un départ délicat selon les règles de la Cour –règles jamais édictées mais presque aussi importantes que la sacro-sainte étiquette, et du reste tout aussi respectées, celles de la bienséance. La bienséance ! Voilà bien quelque chose de plaisant… en recherchant alentours un échappatoire.

Tout à cette occupation, il ne vit pas approcher l’homme qu’il avait remarqué un peu plus tôt –cet homme qui se distinguait tant de la figure du courtisan ordinaire. Et voilà que Saint-Chély déjà happait le nouveau venu, l’arraisonnait, l’arrêtait et l’englobait dans sa conversation vide et aussi plate que la Beauce, au cri de « Monsieur de La Reynie » ! Et bien sûr, le marquis, visiblement empli de bonne volonté, s’empressa de faire les présentations –des présentations dont se serait, pour une fois, bien passé le Vidame. Car s’il y avait une personne qu’il avait bien peu envie de rencontrer, c’était bien le Lieutenant Général de Police. Mais une fois lancé, le petit marquis semblait ne pouvoir être arrêté par rien au monde-le pauvre était si persuadé de rendre service, c’en était touchant –et d’ailleurs il était trop tard, la mal était fait.

Et ce sourire de Monsieur de La Reynie, et cet air de politesse lasse et exquise-oh ! une composition parfaite, depuis l’impassibilité parfaite des traits, jusqu’au pli un rien souriant des lèvres et l’inclinaison mesurée de la tête –ni trop, ni trop peu, comme toujours à la Cour- qui aurait été parfaitement à sa place sur n’importe quels tréteaux de théâtre. Mais après tout, la Cour n’était-elle pas un gigantesque théâtre d’improvisation ?  Malgré tout, il y avait une parcelle de vérité dans toute cette mise en scène. Les yeux, eux, ne mentaient pas plus qu’ils ne dissimulaient. Ce n’étaient pas ceux du courtisan mais ceux du représentant de l’ordre et de la loi. Une expression  qui n’était pas la préférée d’Auguste.

Mais une fois revenu de son malaise premier dans la galerie, il avait eu le temps de reprendre son empire sur lui-même. C’est avec un sourire à peu près aussi terne et mesuré au millimètre près, comme pour répondre le plus exactement possible à ce qu’on attendait de tout courtisan de base (oh, quelle humiliation ! Devoir se plier aux règles applicables au courtisan ordinaire !) et une impassibilité presque aussi parfaite que celle du Lieutenant Général qu’il répondit à Monsieur de La Reynie –après une rapide et raide inclination de la tête, que ne fallait-il faire !

« Monsieur de Saint Chély me fait trop d’honneur, assurément. Monsieur, votre réputation d’efficacité et le prestige de votre charge si bien remplie vous précèdent en tous lieux. J’ai entendu les propos les plus louangeurs sur votre ouvrage… »


Son compliment d’une platitude absolument effroyable (bien dans le goût du courtisan moyen, celui qui, loin de briller par ses bons mots et son intelligence, se contentait de reproduire, encore et encore, toujours les mêmes mots. A croire que chaque personnalité un tant soit peu importante était étiquetée d’un ou deux qualificatifs que l’on s’échangeait afin de n’être jamais pris au dépourvu !) insistait lourdement sur la charge de Lieutenant Général de Police, une charge à laquelle il ne trouvait aucune noblesse. Commander à la police de Paris, lutter contre le crime, et avec quels moyens ! Mouches, perquisitions, exécutions… Non, décidément, voilà qui sentait bien peu sa noblesse, et un peu trop les ennuis.

« …Et par conséquent je m’en voudrais de reculer un entretien que le marquis semble si impatient de vous voir lui accorder, et qui sans doute vous permettra de nous montrer une fois de plus l’étendue de votre talent. »  


C’était peu dire : le marquis trépignait véritablement d’impatience. Villiers lui jeta un regard empli d’ironie, tout en faisant un pas de côté, se plaçant très légèrement en retrait. Sans doute Monsieur de Saint-Chély n’attendait-il qu’une occasion de gémir, une fois de plus, sur le "vol honteux" dont il avait été la victime (en même temps qu’une bonne partie de la Cour, mais ses propriétés étaient bien sûr plus importantes que celles de tout autre courtisan –après tout, n’avait-il pas ses entrées au grand lever ? N’avait-il pas une charge ? N’avait-il pas un nom et des relations ?

« Mais, cela dit, si après cela vous n’étiez pas lassé de nous, c’est avec plaisir que je laisserai à Monsieur de Saint Chély la joie d'organiser toutes les rencontres qui lui plairont.»


Auguste esquissa un sourire, dévoilant ses dents. Oh, si après l’exposé que ne manquerait pas de lui présenter le marquis, La Reynie n’avait pas pour seule envie de partir loin, très loin d’eux, il voulait bien se prêter à tout ce que voudrait le Lieutenant Général. Insipide lorsqu’il évoquait des sujets ordinaires, Saint Chély devenait rapidement imbuvable dès qu’il se lançait dans le récit de ses malheurs. Villiers avait déjà subi le récit de ce vol trois ou quatre fois, et savait qu’il était humainement impossible pour tout homme intelligent de supporter pareille logorrhée plus de quelques minutes d’affilées… Et ce qui était déjà une longue conférence de dix à quinze minutes pour tout quidam risquait fort de se métamorphoser en litanie interminable devant un responsable de la justice et de la loi. Oui, si La Reynie surmontait cette épreuve… Alors, on verrait bien.
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Dim 25 Jan - 1:14

Platitude et hypocrisie, voilà comment Gabriel qualifiait les compliments, des plus convenus, que lui décernait le sieur de Villiers suite aux présentation. Nul doute qu’un libertin comme lui ayant une notion très approximative des lois et du respect qu’on leur devait n’était pas à même d’apprécier la qualité de son travail. Travail qu’il n’était pas encore à même d’accomplir comme il le souhaitait et dont il demeurait de manière générale très insatisfait. Il s’agissait là autant une constatation objective de la réalité et de la dangerosité de Paris  qu’une émanation de sa nature perfectionniste. Mais ce genre de considération n’avait pas lieu d’être dans ce genre d’endroits. Les nobles se souvenaient de son existence généralement pour se plaindre d’un vol ou quand il choisissait de pendre leurs domestiques. Le reste du temps, il demeurait une figure familière mais vouée à l’ombre de la cour. Sauf pour les gens comme De Villiers. Pour eux, il était voué à l’ombre mais plus à la manière du croque mitaine et des monstres cauchemardesques que les petits enfants voyaient dans leur chambre la nuit.

Aussi comme l’enfant qui tente d’échapper aux monstres nocturnes, le vidame s’empressa de  voir une lueur d’espoir dans l’entretien que le marquis comptait infliger à Gabriel. Ce dont le lieutenant criminel se serait fort bien passé. Les pertes du marquis il les connaissait par coeur, bien mieux que celle d’une partie de la cour.

Et pour cause ! Cet homme aimait se plaindre ou à tout le moins entendre le son de sa voix. Les plaintes qu’il récitait religieusement et sur le ton le plus geignard au monde n’avait pas pour but d’être suivit d’une quelconque mesure de police. Non, le travail des fonctionnaires était pour lui un bonus amusant. Mais ce qu’il voulait vraiment c’était entendre le son de sa voix. Il s’écoutait alors qu’il se lamentait sur son malheur. Comme une grenouille se gonflant d’air jusqu’à éclater, il se gorgeait de jérémiades et de rappels de sa propre importance. Seulement, et sur ce point il se différencier de la grenouille, il semblait n’en avoir jamais assez et ne pas pouvoir exploser. Ou tout du moins jamais assez vite au goût de ses interlocuteurs qui généralement implosait bien avant lui et se repliait aussi vite que le permettait la bienséance.

Depuis l’incident au palais, incident auquel il était extérieur mais dont il essuyait à son corps défendant les conséquences, Gabriel était une des victimes des palabres et lamentations de Saint-Chély. Une victime très régulière même, qui avait eut amplement le temps de mémoriser toutes les informations sur les babioles dérobés (tailles, formes, prix, histoires, provenances) et de constater que le marquis avait également emprunté les yeux globuleux de l’animal auquel on le comparait.

Mais ce que De Villiers ignorait c’est que ces longues entrevues à défaut d’avoir augmenté le talent de Gabriel y avait ajouté une nouvelle facette. Aussi loin d’être démonté par la tentative de fuite du libertin il eut un sourire affable en direction de chacun de ses deux interlocuteurs.



- Bien entendu, mais nous pourrions nous contentez de prolonger cette présente rencontre.



Puis il s’adressa au marquis.



- Vous vouliez vous entretenir des bijoux n’est ce pas?



- En effet, il se trouve que…



- Je me souviens, une broche d’émeraude… Un héritage n’est pas ?

-De ma tante.



- De votre tante, bien entendu. J’en parlais justement avec Alexandre Bontemps et voyait vous, il avait une théorie des plus intéressante sur le sujet. Tout en compatissant le plus sincèrement du monde à votre malheur…



- Je suis flatté de son intérêt.



Gabriel eut un sourire pour le marquis, en s’excusant mentalement auprès d’Alexandre qui n’avait rien fait pour mériter qu’un fléau pareil. Mais il trouverait bien un moyen de se faire pardonner et puis une entrevue avec Saint-Chély n’avait jamais tué personne. La patience des personnes en revanche, c’était une autre histoire. Quoiqu’il en soit, ayant provisoirement mit de côté la question des pertes du marquis, il pouvait se concentrer sur sa cible première. Car il ne s’était pas laissé interpeller juste pour le déplaisir de la conversation avec le marquis. Ce dernier n’était qu’un moyen d’atteindre la proie juteuse qui l’intéressait. Proie à laquelle il sourit avec le même ennui modéré et poli que toujours en disant :

- Figurez que Monsieur de Saint Chély n’était pas le seul à vouloir vous introduire auprès de moi. Monsieur de Camjac s’est longuement entretenu avec moi à votre sujet.

Il prononça le nom sans intonation particulière mais ne lâchait pas des yeux le vidame. Il guettait la moindre réaction, le moindre tic, le moindre mouvement attestant d’une réaction ou d’un sentiment. Le visage d’Auguste allait forcément lui révélait quelque chose en entendant ce nom qui devait sonner de façon familière et menaçante dans son esprit. Et dans un sens même l’absence de réaction serait révélatrice pour le lieutenant de police. Il ajouta avec naturel

- Il ne vous connaissez pas personnellement et semblait le regretter. Après tout de ce que j’ai comprit vous êtes apparentés par les femmes bien qu’il ne puisse se souvenir de l’union légitime ayant mené un tel lien.

St Chély manifesta alors sa surprise avant d’ajouter qu’effectivement, il lui semblait se souvenir d’une alliance survenu il y avait de ça une ou deux génération. Une histoire de soeur ou de cousine lui semblait il. Gabriel fut surpris et admiratif de la mémoire d’un homme capable de lui procurer des informations qui ne pouvaient pas exister. Mais il eut une expression poli à l’égard de celui qui, il ne le répèterait jamais assez, était admis au lever du roi.

- Certainement… Et cette si mystérieuse parenté l’incitait à organiser une rencontre, bien qu’il l’ait imaginé dans un cadre plus confidentiel.  
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Sam 14 Fév - 12:45

Si Auguste eût été bien incapable de citer les Sept Plaies d’Egypte, il n’aurait par contre eu aucun mal à mettre un nom sur la Huitième : Gabriel de la Reynie méritait amplement ce titre (quoique Saint-Chély eût pu le lui disputer). Car non seulement le Lieutenant Général cloua le bec en trois répliques à un Marquis de Saint-Chély qui, en plus, se trouva satisfait de ce qu’il considérait visiblement comme du travail bien fait, mais encore laissa-t-il tomber enfin le masque sur ses véritables intentions, qui, comme on pouvait s’en douter, n’étaient pas d’écouter l’interminable logorrhée de l’insipide courtisan.  L’air toujours aussi mortellement ennuyé, Monsieur de La Reynie laissa tomber, du bout des lèvres, le nom de Camjac.

Auguste, qui avait affecté jusque là de regarder ailleurs, se retourna vers La Reynie, un sourire ironique sur les lèvres. Ainsi Monsieur de Camjac s’était donc finalement décidé à parler ? Que de tergiversations ! Imaginant ce qui avait dû en coûter à l’amour propre disproportionné de cet homme qui, parce qu’il était à la fois d’une bonne et ancienne famille, suffisamment fortuné pour entretenir un confortable train de vie, doté d’assez d’esprit en société pour briller épisodiquement et de bravoure pour s’illustrer de temps à autres, s’était forgé une très bonne opinion de lui-même, (qu’il n’était du reste pas le seul à avoir, rendons lui cette justice, puisqu’il était souvent cité comme un modèle de ce que devait être « l’Honnête Homme »), le Vidame ne pouvait qu’être sincèrement amusé. Comme il aurait aimé voir la déconfiture de cet homme, qui en plus avait des principes, dont le moindre n’était pas son sacro-saint honneur ! Car il avait bien dû donner quelques détails au Lieutenant de Police, ne serait-ce que pour expliquer un tant soit peu sa délicate situation. Comme cela avait dû être difficile. Connaissant un tant soit peu le personnage –de vue, certes, mais aussi par les récits d’une personne qui ne pouvait qu’être bien assez informée sur le sujet, il n’avait pas grand peine à imaginer les manifestations de fureur et de honte alternées qui avaient dû ponctuer le discours du pauvre Camjac… Comme il aurait aimé y être ! Le spectacle devait valoir son pesant d’or.

« Monsieur de Camjac ? Vous aimez donc à aller dénicher les squelettes au fond des placards… »


Sa voix n’avait été qu’un filet, le son était à peine plus élevé qu’un souffle, et pourtant il ne doutait pas que le Lieutenant Général de Police ne l’ait entendu. Il ne doutait pas, en fait, que ce dernier ne soit suspendu au moindre de ses mots, à la moindre altération de ces traits. Sous l’ennui –oh ! le masque était absolument sans faille, et Saint-Chély à côté n’y voyait sans doute, lui, que du feu, Auguste devinait l’attention de chaque instant. C’était évident : il n’aurait jamais dirigé ses pas vers eux s’il n’avait pas espéré remplir la mission que lui avait sans doute confiée Monsieur de Camjac. Il était donc normal à présent qu’il remplisse sa tâche avec cette habileté qu’on lui reconnaissait d’ordinaire.

C’est avec un détachement toujours aussi impeccable que La Reynie enchaîna. A l’entendre, on aurait pu penser qu’il s’agissait de la chose la plus simple du monde, la plus naturelle, la plus innocente… Mais bien sûr, tous les deux savaient assez ce qu’il en était. Le Lieutenant Général se permit même une touche d’esprit –sur laquelle Saint-Chély, qui n’avait pas trouvé l’occasion de parler depuis plus de deux minutes et sentait de fait le besoin de se manifester, craignant sans doute qu’un silence trop prolongé ne le condamne à l’oubli, rebondit immédiatement, avec une vivacité surprenante.

Auguste pinça les lèvres et écouta Monsieur de Saint-Chély réécrire sa généalogie, lui inventant, en l’espace de trente secondes ou peu s’en faut un grand-oncle qui avait épousé –et il l’aurait soutenu mordicus à n’importe qui l’aurait contredit ! une demoiselle de Camjac, sœur de l’actuel Monsieur de Camjac –qui sans doute n’aurait pas été le dernier surpris de cette grande nouvelle, mais peu importait au courtisan heureux de briller en toutes circonstances. Pour risible qu’elle soit, son intervention allait cependant trouver son utilité.

« Voyez que Monsieur de Saint-Chély quant à lui sait parfaitement de quoi il retourne… »

Le Marquis, ravi de ce que sans doute il jugeait un coup d’intuition formidablement chanceux, à moins qu’il ne croie vraiment ce qu’il disait (et les imbéciles qui croient ce qu’ils avancent sont bien les pires de tous !) s’inclina –sans plus de fausse modestie que de vraie.

« Oui, je me flatte de connaître quelque peu… »


Auguste leva les yeux au ciel ; mais de quoi ne se flattait-il donc pas ? Le petit Marquis, visiblement très disposé à attaquer une nouvelle crise de diarrhée verbale aigüe, modulait sa voix, la faisant varier du doux-feutré au clair-éclatant, ravi d’entendre s’échelonner si harmonieusement toutes les nuances de son timbre –ce timbre qu’il se plaisait tant à entendre chanter ! Mais son discours se trouva prématurément stoppé par l’entrée d’une figure remarquable, et qui faisait tout pour l’être : Puyguilhem. Ce dernier étant connu pour avoir l’amitié du Roi, dont, de l’avis de beaucoup, il abusait peut-être un peu, était une relation extrêmement intéressante pour Saint-Chély dont la ligne de consuite, à laquelle il était de longue date on ne peut plus fidèle, était de toujours courtiser le Roi plus que les Princes. Puyguilhem et son arrogance, Puyguilhem et son assurance, qui attirait le papillon Saint-Chély aussi sûrement qu’une flamme, et qui les libéra de facto de l’inépuisable parleur –derrière lequel le Vidame aurait pourtant bien aimé s’abriter. Avec quelques phrases de circonstances et une très obséquieuse révérence pour l’utile La Reynie, et une pénultième recommandation de ses bijoux volés (cela va sans dire !) il les quitta prestement pour s’en aller tenir une cour tout aussi bénéficiable.

Laissant derrière lui un Monsieur de La Reynie toujours aussi désespérément impassible. Mais qui d’évidence savait très bien où en venir –et nul doute qu’ils n’avaient pas les mêmes idées sur le sujet, et pourtant il allait bien falloir en arriver là un jour… Villiers ne se penchait jamais, jamais sur son passé. Etait-ce par peur des remords, était-ce par goût du présent ou bien encore par mépris tant de la mélancolie que de la nostalgie ? Toujours est-il que cette obligation ne l’enchantait pas outre mesure.

Pourtant, il était un élément dans la donne, une carte dans le jeu, qui l’intéressait tout particulièrement : La Reynie et sa réputation. Il avait beau redouter un peu –non sans raison- le pouvoir judiciaire qu’incarnait cet homme, l’ennemi était de taille –au moins à sa mesure pour une fois. Voilà qui promettait un jeu plus amusant encore que d’ordinaire ; c’était un défi de plus, et il les collectionnait. Car après tout, qu’était-ce donc que son mode de vie tout entier sinon la perpétuelle recherche de nouveaux objectifs, demandant une stratégie toujours plus affinée, toujours plus recherchée ?

« Monsieur de La Reynie, fit-il dans un soupir désabusé, je ne doute pas un seul instant que vos informations ne soient extrêmement précises, et je pense que vous ne croyez, bien entendu, pas un seul mot de cette fantasque parenté inventée par Saint-Chély. Vous voyez que je me montre tout à fait honnêteil appuya bien sur le mot, le soulignant encore d’un hochement sec de la tête- avec vous. Cependant je suis bien certain que la version de Monsieur de Camjac –que du reste, je serais curieux d’entendre, car je ne doute pas y apprendre beaucoup sur mes propres actes…- est faussée par sa colère et un ressentiment tout à fait injustes. Il a parlé avec passion là où il aurait fallu de la raison, et sans savoir, ce qui est pire encore ; il a noirci une histoire qui n’aurait jamais dû tirer à conséquences, en un mot, il a médit en jouant sur ce qui se dit de moi. »

Il s’était posé en victime, avait pris un air ennuyé, comme si cette affaire le contrariait profondément, comme si sa réputation était encore à sauver. Il était temps à présent de passer au second volet, et de durcir un peu le ton.

« Et je ne comprends absolument pas son besoin d’une rencontre –dans laquelle je suppose que vous joueriez le rôle de tiers ? Et qui aurait tôt fait de tourner en accusation, n’est-ce pas ? Je trouve qu’il n’y a absolument rien de la noblesse et de l’honneur dont il se fait gloire dans de telles pratiques ! Il a manœuvré habilement, il vous a convaincu à sa cause, apparemment, et de telle manière que je doute fort que vous m’accordiez le moindre crédit à présent… Il ne me reste plus, n’est-ce pas, qu’à me jeter dans la gueule du loup, si vous me passez cette expression ! Eh bien, non, je refuse, je n’irai pas. C’est une machination infâme, et je m’étonne bien qu’avec cette clairvoyance formidable qu’on s’accorde à vous reconnaître, vous ne l’ayez pas reconnue pour telle dès l’abord ! Puisqu’il semble vous avoir choisi comme porte-parole, vous direz à Monsieur de Camjac qu’il vienne lui-même s’adresser à moi, s’il n’a pas, comme sa conduite tendrait à le prouver, trop peur pour cela. »
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Dim 12 Avr - 19:54

St Chély partit donc. Il avait une drôle de démarche nota l’air de rien Gabriel. Une petit quelque chose en lui qui faisait penser à des pigeons. Sans doute était ce la façon dont il bombait le torse et avançait la tête au rythme de ses enjambés. Cela lui donnait un air à la fois badaud et faraud parfaitement ridicule qui correspondait à ce personnage pompeux ayant fait de Puyguilhem sa nouvelle victime. Une victime qui semblait flattée. Nul doute que si St Chély assommait un petit fonctionnaire de ses plaintes, il ne devait être que compliments sirupeux et obséquieux à l’égard d’un courtisan aussi en vue dont on murmurait qu’il avait l’amitié du roi. Mais finalement ce n’était pas ce qui comptait pour les deux laissés pour compte. 

À la remarque de De Villiers, Gabriel sut qu’il avait fait mouche et qu’il n’aurait pas besoin d’aller plus loin dans ses insinuations. Ils savaient l’un comme l’autre de quoi il en retournait et ce qui allait en découler. Le jeu de dupe prenait fin et une partie plus serrée commençait. Sardoniquement Gabriel songea que le père outragé par la perte de vertue de sa fille qui avait tempêté dans son bureau des heures durant n’avait rien d’un squelette et qu’on pouvait difficilement faire rentrer ce géant massif dans un placard. Il le revoyait encore tempêtant face à lui. Ses immenses mains en forme de hachoir s’agitant au fur et à mesure de son récit, des fois dangereusement proche du visage de Gabriel. Oublié la faconde de doux et pieux courtisan qu’il se donnait à la cour. Le père outragé jurait comme un soudard, abreuvait son récit de crudité qui ne venaient non pas de ce que sa fille avait consentit à avouer à mi-mot mais de son imagination. Blessé dans un honneur qu’il plaçait au dessus de tout, il racontait une déchéance classique en ces temps de libertinages avec des emportements brusques de gascon et on aurait juré entendre le récit d’une des batailles dans lesquels il s’était illustré. La peau d’un écarlate, tirant sur le violacé, il avait demandé (exigé, ordonné, imposé) que Gabriel se charge du différent. Certes initialement, se charger du différent revêtait dans l’esprit de l’honnête homme une réalité infiniment plus sanglante et judiciaire que ce que le lieutenant de police se sentait prêt à faire pour une banale histoire de moeurs et de défloraison. Mais il était toujours dur de faire comprendre à un homme que la prise de l’hymen de sa fille ne devait pas nécessairement être punie par les pires sévices. Pendaison, roue, question, rien ne semblait assez atroce pour celui qui attaquait sa famille dans son sein et sa vertus. Comme souvent dans ce genre de cas, le travail de Gabriel consistait à écouter et à laisser les humeurs s’écoulaient librement avant de tenter de trouver un arrangement qui soit plus réaliste. Bien que dans ce cas on ne puisse pas vraiment espérer un accord amiable.

Le contraste entre la rage volcanique de Camjac et le calme doux de Villiers jouait plutôt en la faveur du libertin. Non pas que Gabriel ne se laisse avoir une seule seconde par la défense du jeune homme. Il eut même un rictus ouvertement goguenard en l’entendant opposer la raison à la passion. Ils savaient l’un comme l’autre que c’était bien la passion qui avait posé problème, la passion d’une naïve et la cruauté d’un homme qui n’avait pas le bon sens de s’en tenir aux femmes de petites vertus. Mais la raison de Gabriel lui enjoignait de traiter cette affaire avec plus de sang-froids et d’opportuniste que les deux principaux protagonistes. L’un frappait en aveugle pour atteindre violemment son adversaire. Et ce dernier se retranchait derrière une défense que l’on sentait flaibarde. Lui aussi montait sur les chevaux fort haut d’un honneur dont habituellement il se moquait royalement. 

Cet homme soudain se targuait d’être au dessus de tout cela ! Il se prétendait trop noble pour une rencontre. Il ne voulait pas d’une accusation ! Voilà qui fleurait la peur du cerfs aux abois. Sans doute voyait il dans cette discussion une chasse à la courre destinée à l’abattre. Lui même était un cerf que l’on décidait d’achever, Camjac était le chasseur (un chasseur des temps ancien brutal et cruel) et Gabriel tenait le rôle du chien qui traquait la bête. Sans doute s’attendait on à ce que le lieutenant criminel se repaisse de la curée qui aurait suivit la condamnation d’Auguste. À la fin tout le monde aurait été courant, Camjac aurait vu le sang être versé et Gabriel aurait eut le droit de se nourrir des restes. Mais il ne se sentait pas une âme très canine ce soir et n’en déplaise à De Villiers ça n’allait pas se dérouler ainsi.

Aussi dès lors qu’il eut fini, par principe, de montrer son indignation Gabriel répondit à sa victime sans élever la voix.

Monsieur, il ne s’agit point de vous envoyer tenir compagnie à De Vardes, je vous en prie, quittez vous aussi vos airs passionnés. Montrez moi donc ce calme que vous vous targuez de posséder contrairement à Camjac.



Il lui fit signe de le suivre alors qu’il s’éloignait en devisant des courtisans, qui de toute façon ne les écoutaient pas trop absorbés par les gloussements de volailles que généraient systématiquement la prince d’un membre du couple Orléans.

Cette rencontre que vous refusez, je n’y tiens guère plus que vous. C’est pour cela que l’initiative de Monsieur de St Chély m’a ouvert plus que des perspectives généalogiques affriolantes. Cette rencontre a donc pour but de nous dispensez de ce rendez vous que Camjac souhaite ordonner et dans laquelle je ne serais point tiers, ainsi que vous le présumez, mais maitre de la cérémonie visant à réparer un outrage. Cependant ce rôle ne me siens guère, pas plus que celui de messager auquel Monsieur de Camjac et vous même voulez m’assimilez. Aussi je vais me nommer porte parole de la raison qui vous fait actuellement défaut à tout les deux. Et cette raison je vous conseille de vous y fiez ou alors je deviendrais la voix de la justice et cela sera bien moins plaisant.

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Mer 22 Avr - 22:07

Sa réplique finie, Auguste s’était reculé, très légèrement, oh, rien qu’un pas. Une manière comme une autre de signifier à son interlocuteur qu’il n’avait rien à ajouter. Que la discussion était close. En théorie, c’est bien ce qu’il espérait : il n’avait absolument aucune envie de se confronter ni à Camjac, ni à La Reynie –surtout à La Reynie. Camjac, il aurait pu aisément le ridiculiser, malgré sa répugnance ; il aurait pu s’en tirer sans abandonner trop de plumes derrière lui. Avec La Reynie, c’est à dire avec l’ordre établi, il aurait plus de mal à se sortit complètement indemne d’une altercation. Cette histoire commençait à prendre une tournure pour le moins… fâcheuse.

Il fronça les sourcils et décerna à La Reynie un regard hautain. Il fallait appuyer son discours de grand seigneur, par des attitudes de grand seigneur ; et que l’orgueil de Monsieur de La Reynie compose avec.

Ledit La Reynie aurait pu, aurait du se sentir insulté (la moitié au moins des courtisans se serait enflammé et aurait demandé réparation sur-le-champ à de telles paroles, tant les susceptibilités étaient exacerbées à la Cour). Il n’en fut rien, ou alors n’en laissa-t-il rien paraître ; avec un calme toujours parfait, -cet homme avait donc des nerfs d’acier, pour ainsi se contrôler en toutes circonstances !- il se chargea de corriger le discours du Vidame, pour le ramener à de plus justes proportions, faisant miroiter la possibilité d’un règlement à l’amiable –ou en tous cas, pas trop lourd de conséquences.

Auguste eut cette fois un peu plus de mal à garder un air impassible. Pour le coup, il ne suivait pas le Lieutenant Général, il ne comprenait pas son dessein. Pourquoi venir lui parler de Camjac pour ensuite laisser entrevoir la possibilité d’un abandon de toute espèce de poursuite ou quoi que ce soit s’y rapportant ? Tout cela manquait clairement de la plus élémentaire des logiques… Ou alors, il n’en avait pas les clés. Ce qui était bien pire.

Auguste adorait tout contrôler, tirer ses ficelles, et empêtrer dedans les autres. La réciproque était un véritable cauchemar pour lui. Se sentir dirigé, obligé de suivre la volonté de qui que ce soit, était plus qu’un état qu’il n’aimait pas, c’était une crainte véritable. En l’occurrence, il n’avait aucune espèce de contrôle sur La Reynie. Rien, pas même la moindre faille dans son masque, sa cuirasse d’imperturbabilité parfaite, à laquelle se raccrocher. Le visage de La Reynie était toujours aussi lisse. Il eut d’un coup la très désagréable ambition d’avoir été un peu trop ambitieux : peut-être une retraite en bon ordre aurait-elle été plus prudente… A condition, bien sûr, que La Reynie l’ait laissé opérer. Ce qui, à la réflexion, était très peu probable et ce serait apparenté à reculer pour mieux sauter…

La Reynie lui fit signe de le suivre. On ne peut plus clair… Auguste hésita un instant, puis lui emboîta le pas. Pas vraiment le choix… Nul ne fit attention à eux, bien évidemment. On ne voyait le Lieutenant de Police que lorsque l’on avait besoin de lui, à la Cour, sans aucun doute : les courtisans préféraient porter leur attention vers les Grands de ce petit monde qu’était Saint-Germain-en-Laye, vers ceux qui pouvaient leur assurer l’espoir d’une faveur, d’une place, d’un titre, voire même d’une simple présentation.

Et il changea radicalement de ton. Enfin, il voyait où il voulait en venir : pas de confrontation directe avec Camjac. Ce ne qui fut un soulagement que très mitigé pour Auguste, qui à tout prendre se demandait si cela n’aurait pas mieux valu… Plus facile de clouer le bec à un homme que la colère et l’indignation étouffent à moitié qu’à un policier pragmatique comme l’était La Reynie. La Reynie qui du reste, n’ayant aucune part dans l’affaire, disposait d’un certain recul, donc, moins aisément influençable. Et surtout, La Reynie, qui, en tant que Lieutenant de Police, pouvait fort bien décider qu’il avait suffisamment discuté… Auquel cas, il n’aurait aucun mal à obtenir justice. Là où les hurlements de Camjac avaient seulement abouti à la situation présente, le Vidame n’était pas assez sot pour ignorer qu’un simple mot de La Reynie suffirait amplement à répondre aux attentes du père outragé. Il grimaça. Il n’avait aucune envie, en effet, de voir La Reynie durcir le ton.

A présent, il hésitait à parler. Pour quoi dire ? Il n’avait plus la haute main sur la conversation –et intérieurement, il en bouillait d’impatience et de rage, provoquées il faut bien le dire par une inquiétude croissante-, alors à quoi bon faire preuve de politesse ? Il attendait que La Reynie édicte ses conditions… Car c’était bien ce qui risquait de suivre. Et il pressentait qu’il n’aurait guère de choix quant à les accepter ou non. Dans sa position, s’offrir le luxe d’un refus éclatant aurait été quelque peu… dangereux, ou susceptible de le devenir très vite. Cependant c'est l'impatience qui l'emporta. Puisqu’ils s’étaient apparemment suffisamment éloignés du reste des occupants de la galerie au goût de La Reynie, Auguste s’arrêta et se retourna vers son interlocuteur, plantant son regard dans le sien sans ciller.

« Je n’ai pas l’impression, Monsieur, que ma raison me fasse défaut. A présent, mettons les choses au clair, voulez-vous ? »

Sur la défensive –encore une attitude qu’il n’appréciait pas particulièrement… Cet entretien lui donnait décidément l’impression désagréable que les rôles s’étaient inversés par rapport à ses habitudes- , il croisa les bras avec un mouvement sec de la tête.

« Je suppose que vous voudriez que je vous remercie de m’avoir évité la confrontation directe avec Monsieur de Camjac… »

Il eut un rire bref, sec, nerveux. La Reynie, du moins il le supposait, devait bien se douter que son intervention compliquait les choses plus qu’autre chose –de son point de vue propre s’entend. Les arguments de Camjac auraient sûrement été plus sanglants… Mais il aurait suffi d’éviter ledit Camjac pendant un petit moment, de prendre la tangente –de faire, en un mot, comme il en avait l’habitude, ce qui lui avait jusqu’à présent plutôt bien réussi.

« Je suppose, continua-t-il, que je n’ai pas particulièrement le choix de vous écouter ou non. Et que les conditions que vous allez édicter –car vous allez donner des conditions, n’est-ce-pas ? Pourront sans trop de difficultés être apparentées à des tentatives de chantage. Triste ironie de votre part, Monsieur le Lieutenant Général de Police, voilà que vous utilisez les méthodes mêmes de ceux que vous combattez habituellement… Mais passons, je vous écoute. Exposez. »

Il reconnaissait ainsi sa défaite. Mais au moins ne baissa-t-il pas les yeux.
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Lun 20 Juil - 15:43

Le vidame de Villiers était un homme ruiné, presque, et perdu pour les moeurs, définitivement. Face à Gabriel, il avait perdu sa maitrise de la conversation et de ses enjeux. Alors il se retranchait dans les lambeaux de sa dignité. Il portait son honneur, hérité d’ancêtre sans doute plus vertueux, comme une armure, se figurant que cela le protègerait du moins temporairement. Voir cet homme s’engonçait dans la morgue et la vanité du grand seigneur indûment importuné avait au fond quelque chose de risible. 

Une réminiscence fugace effleura l’esprit du lieutenant de police qui songea qu’Auguste de Villiers, aurait sans doute fait lui aussi une marionnette des plus comique.

Mais même cette défense finit par tomber, ce qui au demeurant prouver son utilité et souligner à quel point le cas de son interlocuteur était perdu d’avance. À mesure que Gabriel avançait dans son exposé, on sentait Auguste perplexe, décontenancé mais également quelque peu apeuré.Mais le vidame était de ces animaux qui blessé et acculé n’en feulaient qu’avec plus de rage espérant sans doute inquiéter leur assaillant. Il lui en apporta une nouvelle preuve en s’autorisant un mouvement d’impatience. Pire que l’impatience, il y avait également un désire inconscient de rétablir un rapport de fort plus équitable. La cause était cependant perdu d’avance. Pour la simple et bonne raison qu’il restait bien des cartes à jouer à Gabriel, qui savait comment les abattre, alors qu’Auguste était condamné à attendre de voir ce qui allait survenir et dans quel ordre. 

À la demande de clarté il ne répondit pas, pas plus qu’il ne cilla en affrontant le regard de sa victime. Tout au plus les remerciements, si brièvement évoqués, attirèrent un haussement de sourcil à Gabriel. S’il avait voulu des remerciements et de la reconnaissance il aurait choisit de faire carrière dans un domaine bien différent de la police. Sans doute les ordres aurait permit de trouver quelques pêcheurs reconnaissant lors de l’absolution des péchés. Alors que généralement les criminels le remerciait assez peu, pas plus que les suspects. Enfin Camjac l’avait déjà remercié. Enfin il avait marmonné des paroles que très libéralement le lieutenant avait choisit de traduire en une preuve de gratitude. 

À la dernière tirade, il reprit la parole, toujours calme et impassible énonçant les fait d’une voix ferme ne tolérant aucune contestation.



- Vous pouvez affubler des noms les plus déshonorant ma démarche, vidame, il n’en demeure pas moins que vous devez m’écouter jusqu’à la fin. Quand à l’idée qu’un homme de vos habitudes et de vos conviction se fait de mon office. Je suis navré de vous décevoir, mais je m’en moque. Pensez ce que vous voulez si cela vous aide à dormir le soir et conforte la ridicule idée que vous avez de vous même.



Plus de fausse amabilité maintenant que personne ne pouvait les entendre. Le tranchant se faisait clairement entendre alors que Gabriel poursuivait :

Mais justement ce sont vos habitudes qui m’intéressent, quand à vos convictions elles sont sans la moindre incidence.

Il se tut un moment mais pas suffisamment longtemps pour qu’Auguste puisse ajouter quelque chose :

Voyez vous, vous évoluez dans des cercles à la moralité douteuse, ce n’est un secret pour personne. Et ce faisant vous vous approchez de personne s’enfonçant encore plus profondément que vous dans les vices et la corruption. Des personnes que je ne peux, du fait de leur position, arrêter ou maitriser. À dire le vrai je n’ai même que des informations très médiocres sur leurs actions.



Cet aveux de faiblesse fut prononcé avec le clame indifférents du reste du discours, mais cela n’empêcha pas quelques aigreurs d’agiter Gabriel. Bien qu’il ne le montre pas cette impuissance le contrariait au plus haut point. Il reprit :

Je pense que vous voyez désormais où je veux en venir. Vous n’êtes pas stupide, en dépit des ennuis que vous vous attirez. Vous conserverez vos habitudes, certaines d’entre elles, et votre cercle de relation. Je vous encourage même à l’élargir. Mais pour chaque geste que vous faites, voyez ou entendez, vous me devrez un rapport, clair, net et précis. Tant que je serais satisfait de vos informations, vous n’aurez pas d’ennuie. Si ce n’est plus le cas, monsieur de Camjac ou un autre se chargera de corriger vos mauvaises manières sans que je n’intervienne.

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Sam 25 Juil - 16:56

Les bras croisés, le regard haut, Auguste contemplait La Reynie du haut de toute une appréhension qu’il avait de plus en plus de mal à convertir en morgue. Dire que l’affaire tournait mal équivalait à usiter un délicat mais non moins vertigineux euphémisme. Un simple effort d’imagination, et il pouvait entendre grincer les serrures de la Bastille… tout en sentant que ce n’était pas là le but poursuivi par son interlocuteur, dont il enviait, plus que jamais, le calme olympien, qui ne faisait qu’accroître proportionnellement son propre malaise. Et pire que tout, il se sentait comme le papillon qui a volé trop près de la flamme dont l’éclat l’attirait, et qui sent ses ailes devenir incandescentes. Il avait sous-estimé le magistrat, et n’avait pas pris la pleine mesure de ses moyens – et pour la première fois de sa vie il comprit réellement ce qu’était le péché d’orgueil et les ennuis qu’il pouvait attirer.

Le mépris de La Reynie était tel qu’il était presque palpable, son assurance écrasante pesait sur le vidame, et surtout, surtout son impassibilité –qui était telle qu’Auguste ne pouvait se défendre de penser qu’elle était réelle et non feinte- lui donnait l’impression que sa défense glissait sur lui comme l’huile sur l’eau, sans jamais le toucher ni l’atteindre. Et de fait le magistrat commença par le recadrer de manière plus que claire. Il aurait fallu être un imbécile –ce qui n’était pas le cas de Villiers-, pour ne pas comprendre que le surnom d’Incorruptible n’aurait pas été loin de s’ajuster à La Reynie comme un gant de tailleur à la main qui lui a été destinée. Humilié, rabaissé, Auguste blêmit mais se tut. Il avait fini par intégrer l’idée que son tour de parole était passé pour l’instant. Cependant il était loin d’imaginer l’audace dont devait encore faire preuve le Lieutenant de Police.

Incrédule, Auguste écouta La Reynie développer enfin son projet. Pour une fois, devant l’ampleur de ce qu’était en train d’exiger de lui le policier, il ne voyait rien à répondre, ou plutôt, tant de choses qu’il ne savait par où commencer. Partagé entre une indignation viscérale, un mépris quasi physique et un dégoût profond, il ne savait plus qu’exprimer ni comment –et ce d’autant plus que le calme magistrat n’avait visiblement pas prévu de lui laisser le moindre espace de réaction. Les phrases s’enchainaient, coulaient, limpides, claires, tandis que montait à cet énoncé sa nausée, incarnation physique de son rejet viscéral du rôle qu’on cherchait à lui faire endosser –tout cela bien sûr avait été prémédité, et lui, dans tout cela, ne se sentait guère plus que le jouet de toute cette machination… Penser qu’il n’avait rien vu venir portait à son orgueil un sacré coup, presque aussi difficile à encaisser que celui que recevait son honneur, car ce que l’on attendait de lui, n’était ni plus ni moins que d’endosser le rôle de mouchard.

Auguste n’accordait certes pas un grand prix à la parole donnée, lorsqu’elle l’était à une femme, et ce même devant Dieu. Il ne s’embarrassait certes pas de principes, ni de maximes, ni de morale, lorsque ses éléments allaient à l’encontre de sa volonté. Mais s’il ne respectait pas grand-chose, le jeune homme possédait tout de même bien ancrée en lui-même la valeur de son nom, celle de sa position, de son rang, et l’honneur pour lui n’était pas qu’un vain mot. Aussi l’ultimatum devant lequel il se trouvait placé déchaînait-il chez lui des passions d’une violence telle qu’il lui en vint les larmes aux yeux. De rage, de dépit, de révolte, parce que la situation était inéluctable, et il n’était pas sans le savoir, et qu’il sentait qu’il ne se tirerait pas de cet entretien sans un carcan liberticide et honteux. Avec l’impulsivité qui le caractérisait, en cet instant plus que jamais, tout déconcerté que le laissait La Reynie, il réagit au quart de tour et s’empara de la parole dès que se tut son interlocuteur.

« Comment pouvez-vous, comment osez-vous, condamner ma morale et mes valeurs, quand les vôtres sont la délation et la trahison, l’asservissement, le chantage ? Comment osez-vous vous prétendre un représentant de la loi quand vos méthodes ne dépareraient pas dans les Cours des Miracles ? Comment pouvez-vous vous arroger un quelconque droit à me priver de mon bien le plus sacré, ma liberté, au nom d’une… d’une regrettable circonstance dont vous n’aviez absolument pas à vous mêler ? Et comment osez-vous imaginer ne serait-ce qu’un instant que je me donnerais la honte ineffable de céder à un chantage aussi odieux, qui dépasse en ignominie tout ce qu’il y a d’imaginable ! Vous ne comprenez rien, décidément, Monsieur de La Reynie ! Croyez-vous donc qu’il soit d’un intérêt quelconque de mener le train que je mène si c’est au su et sous la protection des autorités judiciaires ? Ne voyez-vous donc pas l’absurdité absolue d’une telle situation ? Jamais, jamais, entendez-vous bien ? Jamais je ne m’abaisserais à vous servir de mouchard, et les Enfers à côté de cet état me paraîtraient encore un doux exil ! Vous… Vous n’êtes…»

De calme et maîtrisé qu’il avait été voulu, le ton du vidame était rapidement monté, porté par une colère sourde et d’une violence irrépréhensible. Auguste avait définitivement fait ses adieux à sa maîtrise de lui-même, cédant –trop facilement sans doute- à son indignation légitime. A ses yeux, s’il avait des torts, ils ne pouvaient mériter une punition aussi dure. S’étouffant à moitié dans son répertoire de jurons, glanés ça et là dans les rues de Paris, et parmi lesquelles il n’arrivait pas à trouver celle qui serait assez virulente pour synthétiser tout son ressentiment et la piètre estime qu’il se faisait du policier, il finit par ne pas achever sa tirade, et prit sur lui pour se calmer, réalisant bien trop tard le ridicule de sa situation et la puérilité de sa réaction. Au terme de quelques profondes respirations, il sentit enfin –outre le regard railleur du magistrat posé sur lui…- ses facultés d’analyse lui revenir. Comme le noyé agrippe à la première planche qui passe à portée de sa main tendue, il se raccrocha désespérément à son dernier et très maigre espoir –trouver une faille.

« D’ailleurs, reprit-il plus calmement, de votre propre aveu vous avez besoin de moi, et ce n’est pas mon cas. Souriez tant que vous voudrez, je ne crains pas Monsieur de Camjac, et ses semblables pas davantage, tous bien trop timorés pour prendre en main eux-mêmes cette affaire, et tous bien trop emplis de la crainte qu’un scandale n’éclate pour prendre le plus petit risque de voir une histoire somme toute de bien peu d’importance à l’échelle d’une vie, mais qui entacherait à jamais leur nom et leur blason, pour tenter quoi que ce soit. Tout cela vous ne pouvez pas le comprendre, parce que cette mentalité vous échappe, et vous échappera toujours. Vous n’êtes pas Monsieur de Camjac, vous n’êtes pas le représentant d’une de ces grandes familles, vous ne les comprenez pas et ne les comprendrez jamais, vous n’avez pas pris la mesure réelle de leur orgueil, vous ne pouvez même pas concevoir combien il guide chacun de leurs actes. Vous ne réalisez pas à quel point votre intervention ou votre non-intervention sont de peu d’importance, parce que vous ne vous fiez jamais qu’au respect de la Loi. La loi ! Mais croyez-vous donc que Camjac se croie sous le coup de la loi ? Bien sûr, vous êtes assez naïf pour le penser. Alors laissez-moi vous éclairer. Si Camjac –lui, ou un autre, veut se venger, il s’occupera peu de savoir ce que vous et votre Loi en pensez. S’il estime qu’engager des hommes de main ou même dépêcher ses valets n’est pas trop en dessous de son rang, eh bien, il le fera, que vous soyez d’accord, ou non, et que je travaille pour vous –il grimaça à ses mots comme s’ils lui brûlaient la langue, qu’ils avaient le goût amer de la bile- ou non.  Je ne sais si vous êtes un idéaliste ou tout simplement un imbécile qui ne veut pas voir les réalités qui l’entourent, mais c’est bien ainsi que sont les Camjac et consorts. Que vous le vouliez, ou non. »

Plus calme, à présent, le vidame regagnait rapidement son empire sur lui-même. A présent qu’il tenait une piste, il ne lui restait plus qu’une solution, le dernière échappatoire sans doute, dérouler jusqu’au bout son argumentaire. Il prit à peine le temps de reprendre son souffle après sa logorrhée et renquilla immédiatement. Il devait absolument garder la parole.

« Vos informations, ce n’est certainement pas de moi que vous les tirerez –excusez-moi de vous occasionner une si cruelle déception. Qu’avez-vous à opposer à cela, et à mes arguments précédents ? L’internement ? Certes voilà une bien pénible circonstance… Mais à tout prendre, je m’en moque (si sa voix sur ce point était plus qu’assurée lui-même l’était beaucoup moins, le laisser paraître cependant aurait été la pire des fautes.) On vous l’a peut-être déjà représenté, mais l’enfermement n’est jamais qu’un mauvais moment à passer, bien peu de chose dans une vie, et j’y serais toujours à l’abri des représailles dont vous me menaciez tout à l’heure. »

Auguste se sentit même suffisamment d’assurance pour décocher à La Reynie un sourire mordant et plein d’ironie. S’il tombait dans le panneau –l’espoir fait vivre-, il pouvait encore s’en tirer à moindre frais.

« En conclusion,  comme vous le voyez à présent, à votre marché j’ai trop à perdre et trop peu à gagner. Il est donc hors de question que je m’y plie. Sur ce, Monsieur, je vous souhaite le bonsoir. »


Ou de l’espoir de couper l’herbe sous le pied de son adversaire.
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Dim 27 Sep - 16:37

Actuellement Auguste de Villiers rappelait un sanglier à Gabriel. Non seulement il fonçait tête baissé avec une hargne inefficace mais en plus, il faisait preuve d’une telle pugnacité qu’il méritait qu’on l’abatte. Et comme la sale bête, plus il se trouvait en mauvaise position plus il s’acharnait à tout détruire sur son passage dans le vague espoir de sauver ce qui lui rester d’honneur ou à tout le moins de ne pas être le seul blessé. Et en plus, il plaquait sa tête contre son cou. Non, vraiment il ne manquait à cet animal frustre que les cornes.

Et il devrait rejoindre la troupe de Molière ce noble là ! Il partageait avec eux un talent pour le drame et les tirades assez épuisant. Et ça consisterait même une amélioration de sa situation financière. Sans compter qu’avec un peu de chance Madeleine Béjart finirait par l’étrangler. La comédienne finirait en prison, le vidame serait mort et Gabriel aurait la paix. Une victoire à moindre frais. Mais sans doute cet homme verrait le théâtre comme une déchéance. Il voyait la situation qu’il vivait comme une déchéance toute personnelle.

On ne pouvait pas vraiment lui donner tort. Après tout, il rejoignait le club très privé des mouches. Mais cet honorable amas d’informateur se composait majoritairement de mendiants, de vendeurs à la sauvette et de prostitués. Ça risquait de changer quelque peu le pauvre homme plus habitué aux nobles interlocuteurs. Mais au vu de ses finances et de ses relations avec son père, on pouvait estimer qu’il avait une certaine expérience en mendicité. Peut être pouvait il même échanger des conseils avec les vrais miséreux. Ces derniers le rosseraient sans doute exaspérés par ses manières, mais ce n’était qu’un point de détail.

En fait, Gabriel avait beaucoup de temps pour avoir des pensées sans rapports avec la situation parce qu’il n’écoutait pas du tout ce qu’Auguste lui racontait. Il percevait vaguement le discours endiablé de son interlocuteur mais avait choisit de ne pas en tenir compte. Principalement parce qu’il savait ce qu’on lui disait. Approximativement, il était un monstre horrible, un tyran ne respectant rien n’y personne et Auguste refusait de coopérer. C’était généralement le genre de chose qu’on lui reprochait lorsqu’il agissait dans l’exercice de ses fonctions. Généralement il écoutait. Mais Auguste était un cas particulier. Et il l’avait déjà écoutait lors de sa première protestation. Il ne pouvait pas le faire à chaque fois. Donc pendant qu’on lui expliquait à quel point il était un type horrible, il se contentait de se concentrer sur autre chose.

Il accueillit le début de départ d’Auguste par un haussement de sourcil et un ricanement sardonique.



- Je vous en prie. Nous savons tout les deux que vous finirez par le faire. Donc je prends note de vos protestations et ne manquerait jamais de préciser que vous n’accomplissez pas volontairement cette tâche.



Il reprit :



- Maintenant. Je peux vous faire une énumération des moyens que je peux employer contre vous. Ce serait long et fastidieux. Evidemment il y a les moyens légaux. Et je pense que contrairement à Monsieur de Vardes vous ne pourrai pas rendre la Bastille plaisante. Je peux aussi agiter la menace du lâcher de créancier. Et cela va sans mentionner votre père, quelques nonnes pas très heureuses de la façon dont vous les avez traités. Et je n’ai fait qu’effleurer l’eau saumâtre qu’est votre vie. Je vous laisse imaginer la façon dont je pourrais vous détruire si tout mes agents s’y mettaient.

Finalement un soupir moqueur souligna la fin de sa tirade :



- Je ne pense pas que ce soit nécessaire. Vous êtes un homme raisonnable qui n’aime pas s’attirer des haines inutiles.



Il était un froussard qui louvoyait entre les problèmes parce qu’il avait trop peur de faire face à la moindre difficulté. Mais le formuler ainsi n’était pas très diplomatique.



- Donc, je vous souhaites une bonne fin de journée, monsieur de Villiers. Et vous fait savoir que j’attends très prochainement de vos nouvelles. Lorsque vous vous serez résigné à l’inévitable.



Il eut un salut aimable avant de quitter Auguste. Il devait retourner à Paris au plus vite du travail l’attendait. Heureusement la masse des courtisans s’étaient dispersés. Certains suivaient monsieur et ses gloussements, d’autres madame et ses vilenies et les moins chanceux étaient coincée entre Marie Thérèse et ses lamentations.
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Dim 25 Oct - 18:12

La Reynie aurait pu avoir la politesse d'écouter. Au moins celle de faire semblant. Manifestement, c'était encore trop lui en demander. Soulignant encore un peu, si c'était nécessaire, le caractère inéluctable de sa situation, ce dont Auguste ce serait bien passe. Pendant que le vidame perdait son souffle en argumentaire et s'emportait graduellement, lui restait plus inexpressif que jamais, l'air distant et complètement imperturbable -finalement, peut-être avait-il raison en un point, le policier n'avait visiblement pas toutes les capacités requises pour bien entendre ce qu'il avait a lui faire comprendre. Eh bien, tant pis -ou tant mieux peut-être. Son monologue achevé, les salutations prononcées, Auguste fit claquer ses talons au sol et pivota résolument d'un quart de tour, emportant la vision de La Reynie toujours figé dans son attitude de marbre contemplatif.



Cependant le ricanement le fit s'arrêter tout net dans sa manœuvre, et la recommencer en sens inverse, bien plus lentement. Ce petit rire sardonique et le haussement de sourcils sarcastique qui avaient fait place au masque impassible ne lui disaient rien de bon, non, vraiment rien. Gabriel de La Reynie n'était pas exactement ce qu'il aurait appelé un homme doté de quelque humour que ce soit, et curieusement il avait le pressentiment que ce qui lui tirait ce sourire ne lui serait sans doute pas aussi plaisant. Dissimulant son air alarmé avec un art consommé (l'hypocrisie comme mode de vie peut avoir du bon) il offrit a son interlocuteur ce genre de petit sourire excédé, poli et courtois pour ne pas être tout a fait insultant, que l'on réserve ordinairement a qui l'on aimerait envoyer paître loin de soi et dont le rang ne justifierait pas qu'on fasse pour lui quelque effort que ce soit.

Une belle composition, et qui ne dura guère. Tant d'efforts réduits a néant en trois phrases, La Reynie n'avait décidément aucune sensibilité artistique. Sa moquerie attira une rougeur sur les joues du vidame, qui le fixa avec une intensité chargée de ressentiment -en espérant au fond que son interlocuteur sentirait tous ses bons sentiments a son égard. Il se moquait, et s'il se le permettait, c'est bien parce qu'il savait être le plus fort et avec en main bien plus d'atouts, et autrement plus pertinents, que ceux de son adversaire. Chose qu'Auguste savait pertinemment, mais, la encore, sa susceptibilité se serait fort bien accommodée d'un peu d'oubli. Il n'avait pas envie qu'on le lui rappelle.

-C’est encore bien trop aimable a vous
, grommela-t-il a la proposition dérisoire de La Reynie.

Ne prêtant absolument aucune attention a ce qui en méritait de toute façon bien peu au regard de l'efficacité que le fonctionnaire modèle avait apparemment a coeur de faire son mot d'ordre, sa marque de fabrique, ce dernier reprit, bien plus sérieusement cette fois. Auguste tourna la tête vers la galerie, et se plongea dans l'étude des courtisans qui déambulaient ou bien s'agglutinaient par groupuscules de trois ou quatre pour medire joyeusement ou bien pour parler de tout et de ces petits riens charmants qui font la conversation et fondent la réputation d'esprit de tel ou tel. Mais La Reynie n'avait pas a s'en faire, il était écouté et le savait du reste sans doute assez bien.

L'évocation successive de toutes les possibilités au recours desquelles Monsieur de La Reynie se proposait d'avoir recours lui tira une série de grimaces de plus en plus prononcées. Il aurait pu arguer que tous ces éléments n'étaient secrets pour personne et qu'en conséquent si on avait voulu l'inquiéter on l'aurait déjà fait, mais ç'aurait été tendre le bâton pour se faire battre et il n'avait pas particulièrement envie de se rendre plus ridicule encore a ses propres yeux. Mieux valait pour le moment essuyer la tempête, et aviser par la suite la meilleure manière de faire défaut a son engagement sans prendre de risque excessif, car ce qui était jusqu a présent toléré, ne lui serait désormais plus passe s'il continuait sur sa lancée de refus obstiné. Néanmoins, la remarque clôturant cette exhortation a un peu plus de raison, arrivant en marge de cette réflexion (dont La Reynie d'ailleurs aurait pu se montrer assez satisfait par ailleurs, puisqu’après tout Villiers se pliait sans trop de difficulté a son chantage ignoble), le fit tiquer. Il siffla entre ses dents, sans rien répliquer, prouvant ainsi si c'était encore nécessaire qu'il avait bien compris tout ce qu'on venait de lui dire.

Un sourire satisfait et un rien goguenard toujours aux lèvres, La Reynie prit congé, sans qu'il lui soit besoin, à lui, de revenir sur ses pas. Auguste n'avait rien répondu a son salut, pas plus qu'il n'avait répliqué quoi que ce soit a ses dernières injonctions -car il voyait assez mal comment appeler autrement ce ton on ne peut plus péremptoire. Plus tard il justifierait cela par cette raison qu'il ne sert de toutes façons a rien de discuter avec une personne aussi bornée, insensible voire psychorigide que La Reynie; sur le coup, il se trouva tout simplement dans l'incapacité aussi bien de trouver quoi que ce soit a dire, que de trouver une quelconque manière de l'amener. Il n'y avait rien a répondre, juste a obtempérer.

Il resta plante la comme un arbre qui aurait pris la foudre pendant quelques instants, puis reprit ses esprits juste a temps pour anticiper le retour du gluon St Chély. N'ayant aucune envie de retomber sous la main de ce bavard incorrigible et fade, dont il avait l'impression qu'il ne pourrait pas supporter sa compagnie plus de deux minutes sans en arriver au besoin irrépressible d'en arriver a user avec lui de violence, et peut être pas uniquement verbale -après tout, un besoin très légitime, étant donne qu'il  était la source de sa situation présente, mais qu'il valait peut être mieux réprimer dans l’œuf-, il s'empressa de prendre la tangente. Comme le petit marquis n'était pas encore arrivé a portée de vois, sa retraite ne passerait pas pour une fuite.

Il remonta la galerie d'un pas rapide,peu désireux de s'attarder, et s'engagea dans l'escalier, les sourcils ronces sous le coup de la colère. Arrive au milieu de sa descente, cependant, il se mit a réfléchir: partir était sans doute la solution la plus acceptable, mais la prudence exigeait l'inverse. Quitter les lieux, c'était attirer les soupçons de ceux qui avaient pu les voir -et on ne s'entretenait pas avec La Reynie pour le plaisir, lorsqu’on avait une réputation comme la sienne. Il fallait rester, et donner le change. Soupirant, il entama la remontée de l'escalier. Et si l’heure qui suivit lui parut d’une interminable longueur, il s’en dédommagea ensuite en passant sa rancœur sur le malheureux Mondor (mais après tout, Auguste n’était pas loin de considérer que tel était son rôle), convertissant en paroles aussi rapides qu'irritées tous les silences que la prudence lui avait fait observer face au représentant de l'ordre. Le tout en sachant bien finalement qu’il faudrait, et tôt plutôt que tard, obtempérer en présence d’une volonté tant soit peu plus influente que la sienne.
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