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 Le Théâtre au XVIIe siècle


Dim 7 Déc - 22:55

Le théâtre au XVIIe siècle




Selon Georges Forestier, l’âge baroque connaît un essor considérable du théâtre, « qui n’est alors plus seulement réservé aux lettrés et qui transpose, en les exagérant, les déformant ou les idéalisant, les mille facettes de la vie ».
Généralités


Transcendant les autres arts, le théâtre permet de satisfaire vue, ouï, imaginaire et goût du spectaculaire. En effet, au XVIIe siècle on préfère des costumes et décors grandioses à la vérité historique et les machineries, qui se développent alors considérablement, viennent satisfaire les envies de merveilleux. En outre, le théâtre n’inclut pas que les pièces aujourd’hui encore jouées mais compte de nombreuses comédies-ballets. Les pièces plus longues étaient entrecoupées d'intermède, courtes scènes de farce ou chants.

Concernant le jeu des acteurs, il n’avait rien de naturel et la diction était emplie de lyrisme (« Tâchez […] de vous figurer que vous êtes ce que vous représentez » énonce alors Molière en opposition à ce jeu trop grandiloquent). Les Italiens ne sont pas en reste, et s'expriment en Italien, ce qui ne gêne personne car "pour ce qu'ils [les Italiens] sont fort gestueux, et qu'ils représentent beaucoup de choses par l'action, ceux même qui n'entendent pas leur langage comprennent un peu le sujet de la pièce : tellement que c'est la raison pourquoi il y en a beaucoup à Paris qui y prennent plaisir." (François Sorel La Maison des jeux tome 1)

Les conditions de jeu étaient souvent très difficiles pour les comédiens. En effet, les lieux (en supposant qu’ils avaient la chance de jouer ailleurs qu’au grand air) étaient non chauffés, mal éclairés, souvent de fortune en transformant une salle de jeu de paume en scène. Les spectateurs allaient, venaient, discutaient entre eux et se montraient ouvertement très critiques pendant le spectacle, voire très peu intéressé. En 1665, Fléchier dans ses Mémoires écrit que "beaucoup allaient au spectacle pour y trouver compagnie plutôt que pour entendre les comédies, et il s'y passait bien d'autres amours que ceux qu'on représentaient sur le théâtre." Des bagarres violentes pouvaient éclater au cœur même du parterre, voire même avant le spectacle à la porte.

Traditionnellement, le parterre était réservé aux hommes de classe populaire qui s’y tenaient debout quand le public « élégant » (notamment les femmes) se trouvait dans des loges. A partir de la moitié du siècle, les spectateurs de marque étaient assis à côté de la scène, près des comédiens.
Le spectacle avait habituellement lieu en après-midi, à 14h, une ordonnance de Police, datée de 1609, statuant que les spectateurs devaient pouvoir rentrer chez eux avant la nuit et que donc en hiver le spectacle devait se terminer au plus tard à 16h, en été à 18h. Dans la pratique, il était courant que les troupes attendent passé 14h afin d'avoir le plus de monde possible.

Le prix d'une place était de 15 sous pour le parterre et sans doute 25 pour les loges. Les prix doublaient lors d'une première, ce que l'on appelait "jouer au double."
Malgré ces prix, les revenus n'étaient pas toujours au rendez-vous, beaucoup pouvant entrer gratuitement, d'autres s'en donnant la permission. "La moitié du parterre était souvent remplie de gens incommodes; il en entrait aux loges ; on voyait beaucoup de monde et fort peu d'argent." (Chappuzeau, lettre du 9 janvier 1675). En effet tous ceux appartenant à la Maison du Roi entraient sans payer : mousquetaires par exemple, ou les valets avec leurs maîtres. C'était le rôle du portier que de rappeler aux spectateur qu'il fallait payer, position particulièrement dangereuse et risquée puisque les coups pouvaient partir rapidement, mort d'homme ayant déjà survenue. Position donc tenue par un membre de la troupe, ou par un commis engagé capable de faire face à la violence. Si par dessus le marché le portier était peu honnête, les revenus se faisaient rares, Scudéry rapportant que "le titre de voleur est une qualité annexe à celle de portier de comédie".


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N’oublions cependant pas que le théâtre était à l’époque encore majoritairement itinérant. Les troupes parcourant la province sont nombreuses et se donnent souvent en spectacle dans les Foires de Paris, ou sur les tréteaux du Pont-Neuf.

A moins d’être connu et reconnu -auquel on éprouvait pour lui plus d’admiration que de mépris- le comédien était par ailleurs généralement raillé de la population qui ne manquait pas de trouver le divertissement dans la moquerie aux acteurs. Mal vus de l’Église qui les accusaient de mœurs dissolues, ils étaient excommuniés et il n’était pas rare qu’on refuse aux familles baptême, communion, mariage et enterrement chrétien. Les opposants au théâtre sont nombreux et virulents, véhiculant des rumeurs et des clichés sur le mode de vie des Comédiens tout à fait licencieux. George de Scudéry les dépeint en disant "qu'ils (les fâcheux) pensent que la farce est l'image de notre (les comédiens) vie, et que nous faisons que représenter ce que nous pratiquons en effet." (Comédie des Comédiens, Acte I, sc 3) Cette méfiance venant sans doute du fonctionnement même de la troupe. "Si le séjour des républiques n'est pas le fait des comédiens, le gouvernement républicain leur plaît fort entre eux; ils n'admettent point de supérieur, le nom seul les blesse, ils veulent tous être égaux et se nomment camarades... Ceux d'entre eux qui ont le plus de mérite ont aussi dans l’État le plus de crédit." (Chappuzeau, Le Théâtre français)
La troupe ne comptait pas forcément parmi ses membres un poète attitré. Elle pouvait choisir donc de payer occasionnellement un poète, ou de s'approprier le répertoire des pièces publiées. Le droit d'auteur n'existant pas, la propriété d'une œuvre revenait à la troupe qui la jouait, jusqu'à ce qu'on publie la dite pièce. A partir de ce moment de publication toute personne pouvait s'approprier la pièce et la jouer dans son théâtre, et en percevoir les revenus qu'elle rapportait. Ceci explique pourquoi beaucoup d’œuvres n'ont pas été publiées la même année que la première sur scène.


Le théâtre parisien


On trouvait à Paris trois théâtres permanents.

L’Hôtel de bourgogne

L’Hôtel de Bourgogne fut la seule salle publique à caractère permanent de sa construction en 1548 à 1634. La singularité de ce théâtre, communément appelé « l’Hôtel » tenait beaucoup au prestige qui s’attache à son principal occupant : la Troupe Royale, créée en 1629. Jouant à l’origine principalement des farces, la troupe les abandonna peu à peu pour se concentrer sur la tragédie (principalement Corneille et Racine).  
On y retrouvait de très célèbres acteurs tels que Montfleury et Floridor.

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Le Palais-Royal

Ce théâtre avait la singularité de regrouper deux troupes, qui jouaient en alternance selon un calendrier bien défini.

* La troupe de Molière, troupe du roi depuis 1665, y déménagea en 1661, à la suite de la destruction de la salle du Petit-Bourbon. Jouant les lundis, mercredis, jeudis et samedis, il était de coutume de présenter en première partie une tragédie, puis une comédie du dramaturge. La troupe se déplaçait par ailleurs régulièrement à la demande du roi ou de son frère, pouvant ainsi jouer tant à Saint-Germain, Fontainebleau, Saint-Cloud ou encore Versailles. Recevant relativement peu de dons de la part de la famille royale, malgré son soutien officiel, la troupe tirait ses revenus principaux du public parisien.

* Les Comédiens Italiens, dirigés par Fiorilli, également arrivée à la suite de la destruction du Petit-Bourbon. Ils proposaient des spectacles de Commedia dell’arte, dont la particularité était d’être improvisée à partir d’un canevas consulté par les acteurs à chaque sortie de scène. Pour s’aider, les comédiens connaissaient cependant un répertoire de répliques et de manières d’exprimer les sentiments. On retrouvait sur scène des personnages types (les valets, les maîtres, les amoureux, les autres) et pour certains caractérisés par des masques peints en noir.

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Le Théâtre du Marais

Déjà utilisée au début du siècle par des troupes qui ne deviennent pas permanente, elle établi à ce statut en 1634  la troupe de Montdory et Le Noir au jeu de Paume du Marais. Après de longues périodes de fermeture durant les années 1650, la salle vit un certain renouveau dans les années 1660, notamment grâce à une belle machinerie, mais pour autant connaissait moins de succès que l’Hôtel ou le Palais-Royal. Notamment car la troupe, qui jouait principalement farces et pièces machines, était victime un certain déficit d’acteurs dans la mesure où les troupes rivales venaient y chercher leurs nouveaux talents, forçant ainsi le théâtre du Marais à aller trouver ses comédiens dans les troupes itinérantes.

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Conclusion


Le théâtre au XVIIe possède une place philosophique essentielle dans la réflexion et la pensée du temps. Pour George Forestier "le théâtre n’est pas seulement perçu comme une forme de langage artistique : il correspond exactement à la manière dont les contemporains appréhendent la vie humaine" et qui explique son succès et son apogée à cette période. Le théâtre exprime plus qu'un goût, il est l'incarnation de la "mentalité d’une époque qui vivait le monde comme on joue une comédie".

Sources :
- Le théâtre français du XVIIe siècle, sous la direction de Christian Biet
- Le théâtre dans le théâtre sur la scène française du XVIIe siècle, Georges Forestier.
- Les lieux du spectacle dans l’Europe du XVIIe siècle, publié par Charles Mazouer
-Le théâtre français avant la période classique, E.Rigal.
- Heredote.net

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