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 Quand le maître de maison s'en mèle /[Pv La Reynie]


Sam 13 Déc - 22:03

Une rue assez sombre, telle que Paris en compte tant, dans lesquelles des ombres rôdent en permanence, voilà pour le décor. La scène est emplie par des figurants, de simples passants vaquant d'un air pressé à leurs occupations sans prêter attention à l'action, et d'autres que la curiosité fait ralentir. Certains même s'arrêtent observer, et les plus hardis prennent parti pour l'un ou l'autre des protagonistes. Ceux-ci jouent des rôles malheureusement si souvent repris dans Paris; il s'agit d'un petit marchand de pommes, qui a installé de façon précaire ses fruits sur sa charrette à bras, qui s'oppose à une parisienne à l'aspect misérable, accompagnée de son fils rachitique. La femme est sale et négligée : des mèches s'échappent de son chignon, qui continue à retenir tant bien que mal son abondante chevelure blonde, son seul atour. On devine avec peine que le fichu qu'elle porte par-dessus  a dû être blanc, avant de virer à la couleur indéfinissable, sorte de gris-brun crasseux, qu'il a actuellement. Sa robe déchirée laisse voir ses chevilles, ce qui serait considéré comme le comble de l'indécence parmi la bonne société, mais qui semble tout à fait naturel ici. L'enfant est lui aussi d'une saleté repoussante, et vêtu de loques. Il ne porte pas de sabots, et le voir piétiner pieds nus dans la fange du caniveau fait pitié. Il se cache derrière sa mère, qui tend les mains vers le marchand, implorante. Celui-ci garde un visage fermé, peu décidé à se laisser fléchir par cette pauvresse qui, on le devine aisément, lui quémande un fruit pour son rejeton.
Elle s'y prend bien mal... Ah, si seulement c'était lui qui, comme il le fait si souvent, plaçait les mots dans la bouche de la femme... Ainsi, elle n'a aucune chance d'obtenir gain de cause. Que ne met-elle pas son fils en avant, plutôt que de le laisser se cacher dans ses jupes! Et puis, ce manque d'éloquence... dire "pitié, monsieur, j'ai cinq enfants et une vieille mère à nourrir" ne peut pas suffire, évidemment! Cette rengaine, le marchand doit l'entendre dix fois par journée! Non, il faudrait invoquer la charité chrétienne; tout le monde a besoin d'une bonne action de temps à autre en pénitence d'une quelconque faute. Et puis, l'attendrir! Se mettre à genoux devant lui, lui présenter l'enfant si maigre et pitoyable, il n'y là rien de bien difficile, et ce serait sans doute bien plus efficace! Elle aurait vraiment l'air suppliante, si elle libérait tout à fait ses belles boucles blondes, et si, joignant les mains, elle versait quelques larmes... Mais ses idées étaient bonnes pour le théâtre. Dans la rue, elles paraitraient certainement déplacées. N'empêche, il était presque sûr du résultat positif si on suivait sa trame.


L'affaire tournait mal. Le groupe de curieux, dans lequel il se trouvait, était devenu très conséquent. La plupart des femmes présentes prenaient parti pour la mère, et haranguaient les partisans du marchand, à majorité des hommes. Cette intervention des badauds risquait fort de dégénérer en émeute. Maintenant, si on voulait un beau dénouement théâtral à l'intrigue, il fallait une intervention de la force de l'ordre, le vilain petit canard qui viendrait calmer le jeu avant qu'une scène si banale à l'origine ne devienne tragique...
Visiblement, le lieutenant général de police connaissait également ces règles du théâtre. Car à peine Molière eut-il formulé ces pensées, qu'il vit un homme vêtu d'un strict habit noir, tourner au coin de la rue, suivi de près par une troupe de soldats. M. de La Reynie n'était pas en retard...
Le dramaturge s'éloigna prudemment de l'attroupement. Déjà, parce qu'il ne souhaitait pas avoir d'ennuis pour une affaire qui ne le concernait nullement. Et puis, il avait pour principe de se tenir toujours le plus éloigné possible de La Reynie. L'homme trouverait bien un reproche à lui faire, comme chaque fois qu'ils se croisaient...L'aversion qu'il portait au lieutenant général de police était d'ailleurs bien réciproque, il n'était pas sans l'ignorer. C'est alors que l'incident que lui avait conté Madeleine lui revint à l'esprit. L'hôtel de Bourdon sujet d'une perquisition durant son absence, ses habitants brusqués. Tant pis pour l'opinion qu'il avait du policier, il allait devoir lui parler. Il était hors de question qu'il laisse de pareilles choses se passer sans protester.
Il resta à l'écart le temps que La Reynie règle le problème du marchand et de la malheureuse. Puis, alors que les curieux se dispersaient, certains grommelant leur mécontentement face à la décision du policier, il héla celui-ci:

"Monsieur de La Reynie! M'accorderiez-vous un peu de votre temps? J'ai à vous parler"


Disant cela, il s'approcha de son interlocuteur. La discussion ne l'enchantait pas, mais elle était nécessaire.

"Je pense que vous n'ignorez pas le sujet que je souhaite aborder avec vous. J'ai idée de me plaindre d'une visite  très cavalière et fort peu courtoise que vous avez faite à certaine dame de mes amies."
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Mar 20 Jan - 16:37

Deux longs doigts aux ongles carrés saisirent une manche de tissus noir et lourd et tirèrent un peu dessus pour faire disparaitre un pli qui n’existait que dans l’esprit de son propriétaire. Ce dernier finit par relever les yeux pour observer la scène qui se passait autour de lui. L’officier à l’autorité encore juvénile qui tentait de régler la scène ne se déroulait pas trop mal.

La voix encore un peu hésitante et avec des accents enfantins peinait à s’imposer. Au fond, il devait s’estimer heureux que les hommes sous ses ordres ne soit pas des frondeurs. Car assurément un policier avec de l’expérience aurait put se rebiffer en entendant les instructions maladroites que donnait le débutant. Au lieu de ça, ils suivaient ses initiatives. Gabriel de La Reynie savait que sa présence n’y était pas étrangère. On pouvait contester les ordres d’un béjaune devant la populace mais pas devant le lieutenant. Quoiqu’il en soit, Gabriel n’était pas présent sur le théâtre d’un évènement aussi mineur pour jauger de l’obéissance de ses hommes ou du dénouement d’une scènette de la vie parisienne. Il venait évaluer le potentiel d’un de ses hommes. Le bilan était mitigé. Fallait il mieux louer les bonnes intentions et l’instincts pas trop mauvais ? Ou au contraire déplorer le manque d’assurance?

Par contre dans les choses qu’il déplorait de façon certaine Gabriel pouvait assurément nommer la présence d’un certain comédien. Comédien dont la troupe avait été au coeur de troubles des plus remarquables. Bien qu’il soit sensé être le chef de cet amas hétéroclite de comédiens, il ne s’était guère manifesté pendant et après l’opération de police. Au fond c’était compréhensible, on ne pouvait pas vivre en ermite en se saoulant et assumer les responsabilités d’une troupe de théâtre. Et jusqu’à il y a peu Molière avait préféré la première option.

Le dramaturge après l’avoir fixé un court moment sembla choisir de l’ignorer ce qui convenait très bien à Gabriel. Cependant alors que la troupe s’apprêtait à retourner au Châtelet, il se fit interpeller par Molière. Il pivota lentement sur lui même pour toiser le comédiens tandis que dans son dos ses hommes se figeaient dans l’attente d’un ordre. La demande ne provoqua pas la moindre émotion chez l’homme de loi. Il regarda brièvement l’officier en formation.



- Retournez au Châtelet avec vos hommes.



Seul Sorbonne resta à ses côtés. Le molosse leva vers lui un regard interrogatif avant de se placer à sa droite. Ni agressif, ni placide, il fixait le comédien aux aguets et semblait presque plus expressif que son maitre.

Un peu de temps, cela peut se faire, mais point trop. Je suis occupé.



Il aurait volontiers ajouté un « moi » pour souligner la tendance du comédien à perdre son temps et à gâcher ses journées. Mais le sous-entendu serait puéril et il n’avait pas envie de commencer l’affrontement de suite. Ce qui ne semblait pas être le cas du comédien à en juger par la façon dont il entra dans le vif du sujet.

Au fond Gabriel n’allait pas s’en plaindre. Régler ce problème vite et bien était préférable. La perquisition avait été suffisamment pénible pour qu’il ne s’embarrasse pas trop longtemps des plaintes de Molière.

Je pense que je vois de quel évènement vous souhaitez parler Monsieur. Il est vrai que votre « femme » (le terme fut prononcé avec ironie) et votre « belle soeur » n’ont guère apprécié de devoir faire face à une perquisition seules.

Il passa sa main gantée sur la tête de Sorbonne qui le regarda un moment avant de retourner à sa contemplation maussade de la rue, sans doute dans l’attente du retour au châtelet et des retrouvailles avec sa gamelle.

Voyez vous, j’étais obligé d’effectuer cette perquisition tout comme vous étiez sans doute obligé de vous isoler…




HRP : désolé pour le temps de réponse et cette réponse toute nulle. --" Je me rattraperais

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Mar 27 Jan - 21:37

La présence du  molosse aux côtés de La Reynie fit sourire Molière. La bête lui donnait tout lieu de penser que le lieutenant de police était courageux mais pas téméraire. Sans doute le chien noir, dont les mâchoires paraissaient redoutables, en intimidait plus d’un. Et le caresser tout en adressant la parole au comédien était une façon comme une autre de rappeler qu’il était là.

«  Belle bête,
dit-il, bien décidé à montrer qu’il en faudrait un peu plus pour lui en imposer. Comment l’appelez-vous ? Je suppose que c’est l’un de vos meilleurs et plus fidèles agents… Peut-être même a-t-il un grade ? Je ne doute pas qu’il ait contribué à rétablir l’ordre à plus d’une occasion. »

Le lieutenant de police, par son attitude, sut bien lui faire comprendre que s’entretenir avec lui ne lui plaisait guère. Face à un simple comédien, qu’il détestait ouvertement, pourquoi La Reynie aurait-il fait l’effort de conserver un abord courtois ? Les simagrées et les sourires de façades étaient sans doute jugés trop beaux pour Molière. Au fait, cela ne gênait pas ce dernier, puisqu’il n’aurait pas cru à l’honnêteté d’un bon accueil. D’ailleurs, c’eût été en parfait désaccord avec les choses dont ils avaient à parler.
En tout cas, La Reynie aurait mieux fait d’aller plus souvent au théâtre, peut-être y aurait-il appris à ne pas laisser transparaître un tel mépris dans sa voix lorsqu’il évoquait Madeleine et Armande.

«  Holà, monsieur ! Votre ton n’est point adapté. Même si vous n’appréciez pas mes comédiennes, la galanterie vous oblige à leur présenter un minimum de respect. Ce sont des dames, et le fait qu’elles montent sur les planches n’ôte rien de leur féminité et des obligations de courtoisie qui s’ensuivent. Allez, je pense que vous avez à maintes occasions fréquenté des demoiselles dont le métier est moins avouable… Dame ! Seuls les goujats se permettent un tel accent de dédain en évoquant des représentantes de la gent féminine. Les gentilshommes, eux, ont la politesse de dissimuler leur sentiment et de faire bonne figure. »

Il accompagna ces paroles d’un regard provocateur. Trouver dans quelle catégorie il situait son interlocuteur était de même difficulté que deviner si la mendiante qui avait provoqué l’attroupement était admise au souper de Sa Majesté le Roi. L’évidence même.

« Quant à mon absence le jour de votre perquisition, la faute vous en incombe entièrement, puisque vous n’avez daigné me prévenir que vous nous rendriez visite. Encore une entorse aux règles du savoir-vivre, du reste. Vous auriez pu vous annoncer avant de forcer la porte d’une maison dans laquelle vous n’êtes pas le bienvenu. »


Molière forçait l’ironie afin de mieux venger l’humiliation de sa troupe. La Reynie lui reprochait de ne pas avoir défendu les comédiens de l’Hôtel de Bourdon ? Ce temps était révolu, et le dramaturge espérait bien le faire regretter au policier.
Il rajusta négligemment son col, sans se presser, faisant insolemment écho par son attitude au « Je suis occupé » du lieutenant de police. Il n’avait pas de raison de se presser pour complaire à un homme si désagréable.

« Mais continuons notre discussion en marchant, si vous le voulez bien. L’activité physique a toujours eu une influence bénéfique sur les esprits échauffés, comme semble l’être le vôtre »


N’attendant pas l’assentiment de La Reynie, il fit quelques pas, invitant du geste le policier à le suivre.
Il était temps désormais de commencer son réquisitoire à proprement parler.

« Je disais donc, monsieur, que votre attitude tout à fait incorrecte a choqué mes comédiens, et que cet esclandre risque fort d’attirer l’opprobre public sur une troupe que Son Altesse Philippe d’Orléans et Sa Majesté le Roi nous font le grand honneur de distinguer, et d’apprécier. Vous n’êtes pas sans ignorer –du moins, je l’espère, car c’est de notoriété publique – que notre profession est soumise au goût des spectateurs. Une affaire comme celle-ci étant de nature à nous discréditer, comprenez mon mécontentement. »

Il s’effaça pour laisser la place à une charrette, qui autrement l’eût écrasé. Les Parisiens ne faisaient pas de sentiment, et les accidents étaient courants.

« De plus, la façon dont cette perquisition s’est passée est absolument inconcevable. Vous n’avez en rien épargné les habitants de l’hôtel, et avez fait fi de toute présomption d’innocence, alors même que vous n’aviez aucune preuve pour accuser cette pauvre Marie. En tant que chef de troupe, je vous somme de répondre de votre brutalité. Puisque sur place vous n’avez eu maille à partir qu’avec des dames - ce qui a d’ailleurs du vous faciliter la tâche, et votre déploiement de pouvoir devant elles ne vous fait pas honneur - , il est temps que nous nous expliquions.»


Dernière édition par Molière le Jeu 26 Fév - 10:51, édité 1 fois
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Mar 10 Fév - 13:17

Comme s’il comprenait que l’on parlait de lui, et que l’on parlait de lui pour moquer son maitre, Sorbonne releva la tête pour regarder le comédien. L’animal l’observa en silence un long moment, jaugeant si la pique qu’il entendait sans comprendre, méritait une réaction de sa part. Après tout, l’inconnu avait une sacré gueule de con et on pouvait passer au delà de son mépris. Mais comme il n’aimait pas son odeur, il décida de se fendre d’un grognement menaçant avant de reprendre sa position initial, la tête entre les pattes et d’observer les passants en attendant de pouvoir retourner au châtelet retrouver son os.

À l’accusation de goujaterie, Gabriel répondit par un haussement d’épaule et se contenta de fixer le comédien en silence. De fait, il moquait plus la situation maritale d’un homme passé de la mère à la fille sans le moindre problème que les professions des comédiennes. Enfin, si gens de théâtre et gens de police pouvaient se livrer une guerre sans merci. À la remarque sur sa fréquentations de femmes de moindres vertus Gabriel se permit une moue goguenarde. Molière avait visiblement tendance à projeter ses vices et ses fréquentations sur ses interlocuteurs. Le dramaturge semblait s’imaginer que tous se complaisaient dans la fange avec les « demoiselles dont le métier est moins avouable » sans doute une façon de minimiser ses propres fautes. Qu’il conserve ses illusions et ses sous-entendus si cela lui permettait de jouer les moralisateurs, Gabriel s’en moquait.

La tirade suivante faillit lui tirer un éclat de rire moqueur. Bon Dieu, mais que croyait le comédien? Où avait il grandi et dans quel monde avait il évoluer pour posséder de pareils illusion? Même les miséreux qui évoluaient autour d’eux pouvaient prendre conscience du ridicule de ces critiques. Prévenir d’une perquisition ! Bien entendu ! Il aurait aussi pût demander l’heure arrangeant le plus les comédiens ou leur laisser une petite semaine pour s’organiser ! La tapissier du roi ne doutait de rien vraiment. Mais avant que Gabriel n’ait le temps de lui en faire la remarque Molière démontra qu’en plus de ne pas avoir le sens des réalités il n’avait pas plus l’intention de le laisser parler. Sans doute une déformation professionnel le poussait à croire que tous étaient captiver par ses soliloques.

Et voilà, une nouvelle projection de Molière, plus grandiloquent que jamais. Convaincu que la façon dont il montait sur ses grands chevaux était commune à son interlocuteur, il exigeait un peu d’exercice physique. Le lieutenant criminel le lui accorda avec indifférence. Sorbonne en revanche comprit qu’on l’éloignait du châtelet et de son os. Il en détesta un peu plus le comédien. Mais docilement il suivit son maitre.

Et voilà Molière qui recommençait, encore et encore, à enchainer les plaintes. À ce stade là de la conversation Gabriel avait renonçait. Il récupèrerait la parole plus tard quand l’homme se serait suffisamment épanché sur la profondeur et l’importance de son indignation pour oublier qu’il aurait été plus opportun d’être là lors de la perquisition. Après avoir souligné avec morgue la double faveur royal dont il bénéficiait, il lui expliqua les fondements de sa profession. Ce que Gabriel ne comprenait pas vraiment. Devait il pleurer devant les potentiels répercussions pour la troupe ? Sans doute la possibilité dramatique des pertes de spectateur pour la troupe de Molière devait lui arracher des larmes de repentir. Mais uniquement dans l’esprit visiblement rêveur et irréaliste du dramaturge. Parce que soyons honnête, Gabriel s’en moquait royalement. Quoique… peut être aurait il dût prendre sur lui pour s’y intéresser juste histoire de pouvoir anticiper les prochaines plaintes qu’il allait devoir subir. Surtout qu’avec une troupe d’une taille pareil les comédiens pouvaient sans mal se relayer pour que chaque jour une nouvelle personne vienne pleurer sur le sort cruel des comédiens et de leur perte d’audience. Et il n’avait aucune envie de s’imposer ça. Vraiment aucune envie. Il préférait encore les jérémiades des dévots… quoique… En fait, il n’aimait ni les uns ni les autres.

Enfin, il coupa ses pensées en se rendant compte que Molière continuait sa tirade. En plus, le comédien habitué à parler régulièrement ne semblait pas manquer de souffle. Il continuait et il continuait et il ne se lassait pas d’enchainer les approximations, les fausses informations et les plaintes sans fondement. Il se retint de lever les yeux au ciel et enjamba une flaque d’eau avec soin. Finalement il profita d’une accalmie dans la tempête de reproche dont l’accablait Molière pour prendre la parole. Enfin.



- Je vous remercie de finalement me laisser une chance de m’exprimer monsieur Poquelin. Je sens à quel point il vous ait dur de laisser d’autres personnes parler et occuper le devant de la scène.

Il observa en silence une poissonnière qui beuglait pour vendre le produit de pèches qui devaient avoir une petite quinzaine d’année à en jauger par l’odeur infecte qui s’en dégageait. Puis il reprit.



- Cependant, il me semble que vous vivez d’illusion dans un monde utopique. Aussi laissez moi rétablir quelque faits et vous donnez des connaissances qui vous font défauts. Ma police n’est pas là pour vous êtres agréable mais pour maintenir l’ordre. J’ignore qui vous a mit des stupidités pareils en tête mais sachez que nous ne prévenons jamais pour nos perquisitions ! Eh quoi, vous attendiez vous à ce que nous vous laissions le temps de dissimuler vos sordides petit secrets?

Il eut un sourire clairement moqueur à l’égard du tapissier du roi et reprit en ajustant son chapeau. Au fond, il appréciait cette joute. Juristes comme comédiens étaient des gens de mots. Ils jouaient avec et s’en servait pour exprimer des idées et des railleries.

Quand à la présomption d’innocence, il s’agit là de voeux pieux sortit des têtes naïves et idéalistes d’intellectuels pâlichons n’ayant jamais eut à faire face à un crime de quelque nature qu’il soit. Aucune loi, aucune coutume, aucune règle de bienséance ne m’oblige à respecter ce fantasme libertaire.

Le sourire de Gabriel s’agrandit encore un peu puis il poursuivie son explication.

- Enfin, sachez monsieur, que c’est justement parce que nous n’avions point de preuve que nous avons organisé cette perquisition. Afin de les récupérer, c’est cela même le but de la manoeuvre. Et je tiens à souligner que ces preuves nous ont permis d’établir sans le moindre doute la culpabilité de « cette pauvre Marie » qui est désormais à sa véritable place, dans une geôle.



Gabriel marqua une pause puis se tourna vers Molière et darda sur lui un regard sombre



- Voilà, les explications que vous me réclamez à grands cris et que je n’étais nullement tenus de vous donner. Mais il s’avère que mes manières sont meilleures que ce que vous vous plaisez à sous-entendre.

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Jeu 26 Fév - 10:50

Monsieur de La Reynie était pressé de parler ? Tant mieux, et ce serait sans doute là leur seul accord, puisque Molière était quant à lui impatient d’entendre ses explications. L’expression employée par le lieutenant de police, que celui-ci devait juger utile d’utiliser pour rappeler l’occupation du dramaturge, lui tira un sourire sarcastique. Peut-être La Reynie estimait-il que Molière ne pourrait le comprendre s’il ne se rapprochait pas davantage du monde du théâtre ? Alors c’est que son exposé laisserait sans aucun doute à désirer quant à la clarté. Ou alors il jugeait fort mal le dramaturge, et celui-ci s’apprêtait de fait à lui montrer sa verve.

«  Occuper le devant de la scène, monsieur le lieutenant de police ? Décidément, entre votre langage et votre venue à l’hôtel de Bourdon, on croirait presque que le théâtre vous attire… »

Il écouta calmement La Reynie lui affirmer son mépris pour ses paroles et chercher à le ridiculiser, en adoptant un sourire en coin. Pour rien au monde il n’aurait perdu un seul mot du discours de son interlocuteur, mais il affecta néanmoins de prêter davantage d’intérêt à la vie parisienne qui se déroulait autour d’eux. Accorder trop d’attention à son adversaire eût été une faute, car c’eût été lui donner un certaine suprématie provisoire, en reconnaissant que ses paroles avaient beaucoup d’importance. Par ailleurs, marcher dans Paris impliquait de s’intéresser à son environnement, et ceci pour des raisons tout à fait pratiques. Il fit ainsi un écart pour éviter de se trouver malencontreusement douché par le contenu d’un seau jeté depuis une fenêtre, n’ayant véritablement aucune envie de découvrir l’odeur du liquide brunâtre qui se répandit sur les pavés.
Et, pour finir son discours, voilà que La Reynie soulignait la politesse dont il avait fait preuve en lui répondant ! Bientôt, il allait exiger des remerciements pour insulter le comédien !  Mais où allait-on ?
Il se permit un grand éclat de rire franchement moqueur.

«  M’auriez-vous mal compris, monsieur le policier ? Il me semble que vous n’avez guère saisi l’ironie qui teintait mes propos. Sans doute était-ce là trop figuré, trop…subtil pour vous. Me prenez-vous pour un sot, un niais, un naïf, ou bien un irrécupérable imbécile ? Je me doute bien, monsieur, qu’il n’est pas dans vos habitudes de prévenir de vos descentes et intrusions dans la vie privée d’autrui. Je vous montrais simplement l’impossibilité où j’étais de venir vous accueillir, puisque vous me reprochiez mon absence. Mais visiblement, vous n’étiez point en mesure de relever ces allusions et prenez tout au sens littéral du terme. »

Il eut une moue légèrement dédaigneuse à l’égard de La Reynie. Ah, il se permettait un suprême mépris ? Il aurait la monnaie de sa pièce, et le dramaturge était même décidé à lui céder les intérêts.

«  Je vous répète à ce propos ce que j’ai déjà eu l’occasion de vous dire. Vous devriez fréquenter davantage les théâtres, peut-être cette pratique vous aiderait-elle  à affiner votre esprit et vous familiariserait-elle avec un style plus élaboré que celui dont vous usez couramment. Vous n’avez pour le moment visité que les derrières de scène, mais je vous assure que vous seriez bien accueilli en tant que spectateur. Jamais nous ne voudrions vous priver d’une seule occasion de vous enrichir et de vous habituer aux jeux de langage, qui sont monnaie courante sur les planches. Ceci vous éviterait de tels malentendus. »

Il fit une courte pause, le temps de s’effacer pour permettre le passage d’un bourgeois pompeusement vêtu, qui arborait un air très digne et ne se serait pas dérangé d’un pouce afin d’éviter qui que ce soit. Puis, accélérant le pas, il se replaça au côté de La Reynie.

«  Ces fantasmes libertaires– il appuya particulièrement sur ces deux mots –que vous évoquez, monsieur, me semblent au contraire la garantie de l’équité judiciaire. Vous êtes, dans cette affaire comme dans bien d’autres je suppose, parti avec l’idée première d’arrêter Marie, quoi qu’il arrive. De facto, vous alliez trouver des preuves à coup sûr ; autrement, sans doute certains de vos collègues peu scrupuleux en auraient inventé, par crainte de perdre la face. Ce rejet complet de cette présomption d’innocence signifierait-il que votre vision de la police est la suivante : tous les pouvoirs confiés au plus haut gradé, avec la possibilité pour celui-ci d’en user arbitrairement ? Cela laisse à présager de l’intégrité du jugement…car enfin, les seuls à qui cette mesure soustrait un peu de pouvoir sont les policiers. »

Peut-être cette attaque-là, nullement déguisée, serait-elle compréhensible pour La Reynie. Mais ce n’était néanmoins pas pour  discourir sur de telles considérations purement juridiques - ah, comme les juristes pouvaient être ennuyeux ! Presque autant que les prêtres, dont ils partageaient par ailleurs la couleur vestimentaire. Sans doute était-ce un signe. A l’avenir, Molière se promit d’éviter le plus possible le noir  - que le comédien avait besoin de parler avec le lieutenant de police. Et celui-ci s'arrêtait dans ses justifications avant d'avoir abordé la partie que lui reprochait le plus le dramaturge. On ne lui ferait pas croire au pur hasard...

« Par ailleurs, monsieur de La Reynie, c’est justement de vos « bonnes manières » dont je souhaitais vous entretenir – et ce sont elles que vous n’évoquez nullement lorsque vous me faites l’extrême honneur de me répondre. Je vous ai demandé, me semble-t-il, de m’expliquer vos violences à l’égard des habitantes de l’hôtel de Bourdon. Et vous, me répliquez par des attaques sur la présomption d’innocence et mon absence le jour de votre venue. Il y a là une incohérence que j'aimerais désormais que vous palliiez. A moins que vous ne puissiez l’expliquer, partant du principe ô combien déplorable que la fin justifie les moyens, et que vous trouviez alors tout à fait naturel de procéder à vos investigations avec de telles brusqueries. On vous dit homme du monde, monsieur de La Reynie – mais peut-être ne l’êtes-vous qu’à la cour, et sans doute ceux qui portent un tel jugement ne vous ont-ils jamais vu exerçant vos fonctions ? »
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Mer 25 Mar - 10:13

Gabriel fixait un point devant lui par delà l’horizon médiocre que lui offrait les façades parisiennes. Son regard refusait de s’attarder sur les murs de crépis, une vision trop navrante pour qu’il la prenne en compte. Il se contentait d’éviter de regarder le comédien. Ses plaintes l’excédaient déjà mais si en plus, il devait y ajouter les mimiques et autres gestes de Molière alors il ne s’en remettrait pas et risquait fort de perdre de son calme.

Aucun des deux hommes ne se regardait donc, et à en jauger par les discours qu’ils s’envoyaient nul doute qu’ils ne s’écoutaient guère plus. Enfin, ils s’écoutaient. Chacun guettait le moindre faux pas, la plus minuscule intonation hésitante pour fondre dessus et achevé son adversaire. Mais ils feignaient l’indifférence la plus totale. Tout juste Gabriel s’autorisa un rictus moqueur en entendant la remarque de Molière à propos de son intérêt pour le théâtre. Les comédiens appartenaient, comme les suisses et les mousquetaires ou les domestiques, aux fauteurs de troubles protégés de la capitale. Ivrognes, toujours à l’origine de bagarre (Lagrange avait été inculpé la veille une fois de plus), mais protégé par les grands qui n’y voyaient que des incartades, ces gens toisaient le monde du haut de leur minuscule orgueil qui les hissait sur une scène dont ils ne daignaient descendre. Et ce monde devrait l’attirer?

Après que Molière l’ait accusé de manquer de subtilité, premier outrage qui faillit faire réagir Gabriel, il posa une question rhétorique pour savoir comment le lieutenant criminel le considéré. SI les termes qu’il proposait sonnaient de façon plaisantes dans l’oreille de Gabriel, il y aurait volontiers ajouter d’autres qualificatifs et certains se révèleraient nettement moins polie. Quoiqu’il en soit l’homme ne comprenait pas, ou ne souhaitait pas comprendre la nature des reproches de Gabriel. Le dramaturge n’avait pas daigné honorer l’hôtel de sa présence lors de sa perquisition. Qu’il règle cela avec cette harpie de Béjart, sa furie de femme et son incapacité à assumer son rôle. Gabriel n’y était pour rien et ne s’en souciait guère. La présence de l’homme n’aurait rien changé, tout au plus aurait elle augmenter l’agacement de Gabriel.

Il accueillit l’invitation par la plus parfaite ignorance, pas même un haussement de sourcil ou une moue ne lui échappa et il se contenta d’enjamber un obstacle sans répondre. De toute évidence le comédien n’en avait pas fini et il était trop obstiné pour le laisser parler et puis à quoi bon lui répondre? Il le laissa dériver dans la conversation et la façon dont il moquait la supposée absence d’esprit de Gabriel n’apparaissait que comme un moyen pour lui de mettre en avant une prétendue supériorité intellectuel. Molière faisait mine de l’insulter pour mieux se lancer des fleurs. Gabriel ajouta fat à la liste des qualificatifs du chef de troupe et aveugle. Parce que se tromper ainsi sur une intelligence que l’on jaugeait supérieure à celle des autres était en soi plus risible qu’autre chose. Sans doute l’orgueil du comédien était pareil à une outre et se gonflait à mesure que l’on y versait du vin.

L’arrivée d’un bourgeois faillit les séparer et Gabriel vit venir sa délivrance, tandis que Sorbonne plein d’espoir en concluait qu’il allait pouvoir retourner ronger son os au châtelet. Ce qui lui convenait amplement. Mais acharné Molière les rattrapait et repartait à l’assaut plus hargneux que jamais. Il ressemblait de façon déplaisante à un roquet.

Et les attaques succédaient aux attaques. On passait d’une vision fausse et utopique du système juridique. Il y avait là des lambeaux de connaissances que Molière avait dût acquérir avec des compagnons de beuveries juristes avant qu’ils aillent tous rendre leurs tripes dans la Seine. C’était ridicule, utopique, assommant et excédant pour quiconque ayant un minimum de connaissance. Gabriel ouvrait la bouche pour démonter point par point le discours du comédien mais il fut couper alors que l’on passait sans la moindre logique du coq à l’âne.

Où donc le comédien avait il apprit à réfléchir? Dans une église de campagne alors qu’il suivait des cours de catéchisme avec des paysans de douze ans? C’était la seule explication raisonnable que Gabriel voyait dans la tenue de ce discours. Discours qui, soyons honnête, était analysé à travers le prisme déformant de la mauvaise foi et avec une volonté farouche de ne pas reconnaitre la moindre qualité à son adversaire. Mais quoi qu’il en soit quand enfin il put prétendre répondre Gabriel répondit l’indifférence dominait toujours dans sa voix mais il u ajoutait des intonation tantôt mielleuses, tantôt acerbes pour faire comprendre à son interlocuteur à quel point il se moquait de lui et à quel point cette discussion l’excédait.

Monsieur Poquelin. Nul doute que vos piaillement indignés produisent un effet sur la scène et peut être que je gagnerais à vous regarder vous ridiculiser pour amuser les puissants. Mais lorsqu’il s’agit de raisonnement et de logique vous ne faites guère figure d’autorité et je vous prierais de ne point l’oublier. 



Je pourrais vous démontrer point par point comment vos accusations sont parfaitement infondés et votre maitrise des pratiques judiciaires grossière et remplie de contresens. Mais aucune dissertation sur la façon dont l’arbitraire du juge vous protèges des pratiques de ma police, protection dont n’ont pas besoin les honnêtes gens au demeurant, ne vous en convaincra. Et avec vos humeurs et votre capacité à n’entendre que ce que vous voulez entendre vous serez incapable de comprendre le plus simple et le plus parfait des syllogismes juridiques. Je vais donc laisser là vos accusations sur la façon dont je pratique mon métier. Aussi je me contenterais de souligner que si je me suis étendue, sans effet du fait de votre surdité sélective, sur le fonctionnement de la justice ce n’était que pour répondre à vos accusations infondées.

Quand à vos accusations sur mes manières, vu que souhaitez vous concentrer sur ce point, je considère que je n’ai point à me justifier. Une perquisition est par essence une chose brutale et choquante pour le sexe faible. Cela est vrai. Cependant en ce qui concerne mes manières, contrairement à ce que vous semblez insinuer, elles ont été parfaitement adaptés tant à la situation dans laquelle je me trouvais qu’à la qualité de mes interlocutrices. De fait vous n’avez dans un domaine comme dans l’autre aucune raison de vous plaindre. Je vous demanderais donc de cesser ce récriminatoire entêté et lassant qui aura apaisé votre conscience et conserver l’illusion de votre rôle au sein de votre troupe.
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Mar 28 Avr - 13:31

Ses piaillements indignés ? Ses humeurs et sa capacité, cette dernière se résumant visiblement, aux yeux de La Reynie, à bien peu de choses ? Décidément, le lieutenant de police ne s’embarrassait ni de tact ni de délicatesse. Parlant de capacité, une chose était sûre : la sienne en qualité de diplomate était plus qu’inexistante ; l’évoquer à son sujet deviendrait un affront terrible pour les gens de l’art. Quoi qu’il en soit, l’homme allait un peu loin. Sans doute son bel habit – son beau ramage, aurait-on pu dire – et les hautes fonctions de magistrat qui s’y rapportaient, le rendaient-ils mordant et ainsi bouffi d’orgueil et de hauteur ? Monsieur de La Reynie, lorsqu’il était investi de ses fonctions, se sentait réellement pousser des ailes ; qu’on lui donne la haute main sur la police, il prétendait éliminer ceux des Parisiens qui lui déplaisaient, comédiens en tête.
Quoi qu’il en soit, les paroles de La Reynie avaient largement franchi les limites de la patience du comédien. Le lieutenant de police comptait-il le faire abandonner la partie par ces insultes ? On disait bien que l’attaque était la meilleure défense, et justement son interlocuteur manœuvrait pour faire passer Molière de plaignant qu’il était au début de leur dialogue à accusé. Eh bien, que La Reynie ne se fasse pas d’illusions, il n’aurait pas une victoire si facile. Il lançait les hostilités ? Molière relevait le gant.
Agacé, il s’arrêta brusquement. La Reynie l’aurait voulu, il allait quitter sa courtoise réserve et lui répondre de la belle façon. Puisque l’homme en noir tenait en si piètre estime les comédiens et lui-même en particulier, il comptait bien lui montrer que son incapacité et son raisonnement suffiraient bien à lui tenir la dragée haute.

«  Diable, monsieur, vous voilà bien sûr de vous, d’une assurance et d’un orgueil confinant à la fatuité… Quant à vos paroles, un soldat vous les aurait fait ravaler les armes à la main. Puisque je ne suis qu’un méprisable homme de théâtre, le vocable me tiendra lieu d’arme, et je vous propose ce lieu même – d’un geste large, il balaya la rue dans laquelle ils étaient - comme pré. Quant aux témoins… votre molosse conviendra parfaitement. Qui mieux que lui pourrait vous seconder ? Il me semble d’ailleurs plus digne d’intérêt que vous-même.  Les règles étant fixées…nous verrons si vous saisirez mieux  mes antiphrases théâtrales que je ne comprends vos syllogismes juridiques. Ayant fort mal interprété le seul que je vous aie fait entendre jusqu’à présent, permettez-moi, Monsieur de La Reynie, de douter fortement de vos propres capacités. Charge à vous de me détromper, si toutefois vous en êtes capable. »

Son ton était tout à la fois irrité et ironique. Que La Reynie soit lassé ou non lui importait peu. Il ne le laisserait certainement pas en paix maintenant, après s’être entendu dire de telles insultes. Qui sème le vent…
Haussant légèrement le ton, tant pour montrer son profond agacement que pour attirer les passants – il n’ignorait pas que le lieutenant de police ne supporterait pas de compromettre sa réputation lors d’un esclandre en pleine rue passagère, avec un Molière qu’il détestait notoirement de surcroît – il poursuivit :

« Puisque je suis une fois de plus l’offensé – car je vous prie de vous souvenir que cette conversation a été motivée par la plainte que j’avais à formuler contre vous - , je me permets d’ouvrir la joute.

Bien. Je tenterai donc de casser vos préjugés sur le monde du théâtre que vous vous permettez de censurer sévèrement sans en connaître les tenants et les aboutissants. J’ai néanmoins peur de ne point y parvenir, car votre propre humeur, plus exécrable que pourrait l’être celle d’un dogue, vous empêche certainement d’essayer simplement de m’entendre. Quand bien même, entendre est une chose, écouter et comprendre en est une autre – peut-être hors de votre portée ? »

Il laissa un  temps de silence, appuyant ainsi sa dernière question, qu’il destinait à une pure rhétorique. Jusqu’à présent les deux antagonistes s’étaient peu regardés ; avec toujours cette même volonté d’augmenter la puissance de ses attaques, Molière changea d’attitude, plongeant un regard qu’il voulait peu amène dans les yeux de La Reynie.

« Auparavant, je souligne votre mépris à l’égard des comédiens, qui ne m’était pas inconnu, mais aussi à l’égard des juges et de leur arbitraire, mais aussi des puissants, dont les divertissements sont trop vils pour votre personne, et qui sont par ailleurs les commanditaires desdits juges. Qui croyez-vous donc être, Monsieur de La Reynie, qui comprenez tout mieux que les autres et leur êtes de beaucoup supérieur ? A qui croyez-vous devoir votre place? Bientôt, votre présomption vous conduira à critiquer le Roy lui-même, si ce n’est déjà fait ! Quant à vos réflexions sur l’immoralité et l’honnêteté des comédiens, je croirais entendre ces dévots qui, pareils à de nombreux Tartuffes, vilipendient les comédiens imitant les défauts de la société – sûrement car ils ne supportent pas de reconnaître sur scènes leurs propres tares ? Peut-être, monsieur, êtes-vous de ceux-là ? C’est la raison pour laquelle, sans doute, la qualité de vos interlocutrices de l’hôtel de Bourbon vous permettait de les brutaliser ? Non, je ne suis certes pas juriste – bien que je trouve la justification un peu courte, et que j’irais presque jusqu’à affirmer que prétexter mon manque de compréhension est une manière commode d’éviter de répondre à une question qui vous déplaît - ; mais n’oubliez pas que vous n’êtes quant à vous nullement compétent en matière de théâtre, et ceci est un euphémisme pour ne pas dire que vous êtes un inculte notoire – voyez que je prends la peine de vous traduire mes phrases ; cela vous évitera une méprise semblable à celle que vous a causé ma précédente ironie - ; néanmoins, je doute encore que mes réclamations soient tout à fait infondées. Si les perquisitions sont, selon vos dires, brutales par essence, il m’étonnerait fort qu’elles impliquent également un rabaissement systématique, un avilissement volontaire des personnes incriminées que n’étaient d’ailleurs pas mes comédiennes. Tout comme, par ailleurs, vous justifier ne vous obligeait certainement pas à proférer de telles avanies contre ma personne. Je parviendrai presque à croire, monsieur, qu’il est en effet nécessaire d’arrêter ici notre entretien ; car enfin, je vois bien que vous êtes un fat imbu de vous-même et ne tolérant pas qu’on vous remette en cause ; et de surcroît, mes paroles sont inutiles, car elles tombent dans l’oreille d’un sourd. »



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Jeu 11 Juin - 19:04

Qu’il était agaçant ce petit homme avec ses longues tirades. On en perdait le fil de ses paroles, on ne pouvait que s’agacer des piques qu’il lançait l’air de rien tout du long de la conversation. Gabriel ne comprenait que trop l’air épuisé de sa troupe. Vivre avec un pareil énergumène tout les jours devait assurément vous prendre une énergie, vitale, nécessaire.
Et on devait ajouter une garce comme Armande et une mégère comme Madeleine. Le quotidien devait être épuisant.
Ce besoin d’avoir toujours raison, de toujours avoir le dernier mot et de conserver la maitrise de la conversation frôlait la pathologique chez le comédien et commençait à sérieusement agacer le lieutenant de police. Oui, il n’avait peut être pas eut l’attitude la plus diplomate qui soit en attaquant le comédien mais ce n’était pas une raison pour s’acharner dans un débat stérile. Encore et encore, il tentait de le moquer pour lui faire perdre son calme, de le titiller et de le pousser dans ses derniers retranchements.

Les questions, rhétoriques, de Molière sur sa prétention amenèrent un sourire sur les lèvres de Gabriel alors que Sorbonne commençait lui à s’énerver. Le jugement de cet homme qui outrepassait de loin sa position avait un goût et un parfum d’ironie des plus savoureux. Parce qu’en matière d’orgueil, le sieur Poquelin pouvait se targuer ‘une expérience toute personnelle. Les succès lui montait à la tête plus vite que le vin. Nul doute que tout onctueux et obséquieux qu’il soit avec les grands, il avait perdu l’habitude que ses pairs, ou pire ses inférieurs, lui tiennent tête. Et au pinacle de sa fatuité, il assimilait bien des gens à ses inférieurs. Ainsi cette tirade qui aurait dût être une insulte pour Gabriel prenait au fur et à mesure la forme d’un autoportrait qui s’il n’était pas conscient n’en demeurait pas moins juste.

Ce fut sans doute la conscience de cette faiblesse qui permit au lieutenant de police de tenir la fin du discours. Evidemment il ne s’agissait là que d’une redite sur un air différent de la chanson que Molière lui servait depuis le début de cette rencontre. La même rengaine monotone et épuisante. Le comédien n’était pas content de la façon dont la perquisition s’était passé ! Fort bien ! L’assommer de ses plaintes était ce pour lui une façon de trouver tardivement une certaine rédemption. Qu’il gueule ça ne couvrirait pas le silence assourdissant de son incompétence. Il était un peu tard pour se vêtir dans son rôle de protecteur.

Il finit par observer Molière dans un silence mortel. À ses côtés Sorbonne semblait presque assoupi, redoutable masse de muscle au repos. Le chien trouvait le temps long et laissait sa morgue naturelle s’effaçait au profit d’un ennui placide. Mais un bruit sec claqua et aussitôt le chien se redressa, tout particulièrement alerte. Son maitre posa une main distraite sur son crâneur le retenir avant de reprendre la parole.



- Eh bien. Me voilà bien instruit, plus sur votre compte sur le mien. Quoique l’idée que vous vous faites de ma personne tout en étant fausse demeure véritablement divertissante.



Le lieutenant criminel prit son temps avant d’énoncer avec indifférence.



- Vous avez parfaitement raison, mon cher. Ce dialogue de sourd ne nous mènera nul part. Je suis certain que vous me serez reconnaissant d’avoir prit le temps de subir vos gémissement mais ne prolongeons pas plus un entretien qui menace de renoncer à toute prétention de civilité.



Il porta deux doigt à son chapeau pour un salut presque pastiche avant d’ajouter sur une inclinaison de la tête.



- Je vous salue, et vous souhaite la bonne journée.

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