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 De Parure et d'épée [PV. Aramitz]


Mer 7 Jan - 11:31


Faisant tourner nonchalamment son poignet et siffler sa lame dans un sourire, Philippe d'Orléans rôdait autour de César de Choiseul du Plessis-Praslin qui observait son adversaire d'un air prudent et patient. Le Maréchal connaissait bien celui qui lui faisait face. Il avait vu le jeune homme grandir alors que lui-même était chargé de son éducation militaire. Un honneur qu'il avait accomplit avec soin comme tous ceux qui lui avaient été alloués par la couronne. N'ayant plus la vivacité et l'endurance du garçon princier, il avait appris au front comment économiser ses forces et se tenait patiemment debout, lame prête, attendant la charge. César était un homme d'action et de feu, il ne craignait ni le combat, ni la mort et en soldat émérite observait son élève qui semblait bien plus fragile sur ce dernier sujet. Il pouvait attendre. Du moins, un peu.

-Et bien Monseigneur ? M'avez-vous fait venir pour m'admirer ?


César était un combattant, un vétéran. Fut un temps où il avait préféré la compagnie de ses hommes à celle mielleuse des gens de cour. Aujourd'hui, reconnaissant avec difficulté que l'âge le rattrapait, il lui semblait plus simple d'être assis avec un verre de vin à la main pour contrer pique et parade. Contrairement à ses fils, il était un homme de peu de paroles qu'il distribuait avec soin. Le Maréchal du Plessis-Praslin préférait toutefois se rappeler ses batailles passées, et un temps où il avait été intrépide et s'était battu vaillamment pour la couronne, évitant de passer trop de temps à la cour. Ce qui était aux antipodes de l'intriguant devant lui.
Il y avait de ces choses auxquelles Philippe aurait de loin préféré échapper. Mais de ces choses qu'il ne pouvait dignement repousser en sa qualité de gentilhomme, de Prince, de Fils et Frère de France. C'était une question d'honneur, de gloire et surtout, il devait le reconnaître et l'acceptait, de survie. On ne pouvait consciemment espérer que le Triomphe et surtout la Gloire nous tombent dans les bras, sans donner de sa personne. On ne pouvait parallèlement aussi espérer que la vie resta dans le corps sans donner de son temps. Et de son sérieux si l'on souhaitait être efficace, ce qui avait toujours été synonyme d'ennui profond pour Philippe d'Orléans.
Il avait eut cette relation paradoxale avec l'escrime depuis son plus jeune âge et ne s'en débarrassait pas.
Il éprouvait un plaisir amusé et profond à taquiner son adversaire, à user de feintes et de parades qu'il avait apprise avec soin avec ses maîtres.  Pascal Rousseau avait rapidement compris comment saisir l'intérêt volubile de son jeune élève. Le provoquer, encore, et encore, le comparer à son frère et lui faire remarquer que sans savoir se battre il se ferait tout d'abord magnifiquement laminer par son royal aîné qui était très assidu entre les mains de Vincent de Saint-Ange. Certes étant Roi il était de bon ton de le laisser gagner, mais étant frère il fallait pouvoir lui rappeler parfois le goût de la terre. Ensuite, le jeune Duc d'Anjou continuerait de se faire battre le cul par son maître d'armes, à savoir lui, aussi longtemps qu'il resterait mauvais bretteur. Enfin, sa mère serait très certainement fière, et rassurée, de savoir que son fils était aussi capable de manier les brosses que les rapières.
En grandissant il fallut trouver d'autres motivations, pourtant et de manière étonnante Philippe ne se faisait pas tant prier que cela.  L'enfant avait vu la guerre, la mort, les corps déformés sur le sol. Il n'avait aucune envie de ressembler à ces cadavres transpercés et déchirés. Il avait compris que son destin devait être pris en main et qu'il prenait la forme d'une tige de métal qui pouvait transpercer ses ennemis ou lui percer le cœur.
Tige de métal qui pendait lascivement à ses côtés le plus souvent, comme si le Prince ne possédait pas la maîtrise suffisante pour pouvoir la manipuler. C'était par ailleurs un oubli fréquent et compréhensible. Comment l'imaginer l'épée à la main, virevoltant et tailladant ailleurs que dans un ballet ? Lui qui détestait la chasse car trop salissante, trop fatigante, point trop cruelle puisqu'elle était dans l'ordre naturel des choses, mais pardieu bien trop dangereuse  pour le bien-être de ses cheveux et de sa parure. Comment donc, imaginer Philippe d'Orléans, porter une tenue bien trop simple pour lui autrement que dans le processus d'une satisfaction charnelle ?
Si la chemise était de la meilleure facture qui soit, que les dentelles des manches et les rubans qui les retenaient était d'une délicatesse exquise, si le bas possédait une couleur pastel délicieuse, si tout cela enfin était certes dans le goût du Prince, il n'en restait pas moins que la simplicité et la sobriété était ici à l’œuvre. Les lourdes boucles noires habituellement lâches, étaient emprisonnées par un ruban qui lui donnait à voir ce qui l'entourait sans gêne. La main droite n'était pas gantée de peau de loutre couleur ventre-de-biche, mais d'un cuir plus rustique et épais, d'un bœuf qui avait été massif et puissant.
Philippe eut un gloussement joueur, léger, et égal à lui-même. Ce n'était pas la perspective d'un combat qui changerait cet inconditionnel des robes, maquillages et bijoux. Au moins ici étaient-ils à l'abri du soleil. Son teint fragile n'avait donc rien à craindre. Il pouvait sourire comme il le souhaitait.

-Cela semble vous étonner Plessis-Praslin. Vous êtes d'une beauté rare qu'il faut savoir apprécier et contempler. Pensiez-vous que votre titre de Duc et pair fraîchement offert vous venait de vos faits d'armes et de votre loyauté ?


Le sexagénaire haussa légèrement un sourcil sans pour autant répondre au regard pétillant et joueur qui continuait de l'assiéger.

-Allons allons,
poursuivit le jeune homme d'un air délicat. Ce n'est pas une distinction militaire mon cher, mais votre pomme d'or.

Un autre que Philippe aurait déjà reçu une correction qui lui eut fait regretter l'enfer. César s'était battu pour moins que cela. Mais outre le fait que le Duc d'Orléans était frère du Roi, ce qui était un obstacle fâcheux pour toute provocation en duel, Plessis-Praslin en avait vu suffisamment pour savoir que Monsieur ne cherchait qu'à le pousser dans l'erreur, dans un geste précipité qui ferait sa perte. Lui ne ferait pas l'erreur d'écouter les sifflement de ce serpent d'or et d'azur.
L'autre hypothèse plausible était que le Prince cherchait tout simplement à se distraire par sa conversation. La chose n'était pas à exclure et Philippe était capable de se désintéresser de tout en un clignement de paupière.

-Si Monseigneur parvient à abattre ses adversaires par ce procédé, je félicite Son Altesse de son habileté et lui conseille vivement de parler aux paysans des environs pour traiter des levées de pommier. Autrement je ne saurai que trop lui conseiller de ne plus tirer au flanc, afin que je puisse lui taquiner la rate... avec tout le respect que je dois à Son Altesse,
acheva-t-il en s'inclinant légèrement.

Monsieur le Duc d'Orléans eut une légère moue, bien que toujours souriant. C'était la démonstration parfaite de la raison qui l'avait poussée à préférer son précepteur, Lamothe Le Vayer, à son gouverneur. César était un homme vif et intelligent, mais par trop militaire. Il ne saisissait pas les opportunités spirituelles là où elle se présentaient.

-Un peu d'esprit classique ne serait pas de mauvais ton Maréchal,
soupira-t-il. Hercule comme Vénus, a vaillamment gagné sa pomme d'or aux Hespérides.

Si la réplique semblait flatteuse, le sourire large et suintant de sous-entendu détruisait cette bonne intention. Un héros si vigoureux n'avait pu passer à côté de si charmantes créature... Ou bien ces charmantes créatures n'avaient pu laisser repartir ce héros si vigoureux, sans que l'un ou l'autre n'en souhaite tirer parti.
L'épée du vieux Maréchal fut dirigée dans un mouvement vif et étonnamment rapide, déterminée, vers la poitrine du jeune prince qui para de sa lame, faisant un pas de côté pour assurer son équilibre. Loin d'être en colère, César avait décidé qu'il n'était pas venu pour écouter le gamin minauder jusqu'à ce qu'il cède. Aussi avait-il rompu plus tôt que prévu, ce qui n'avait pas manqué de surprendre Philippe.
Reprenant son sourire, le Duc d'Orléans ramena son bras contre lui pour détourner une nouvelle attaque. Ils échangèrent ainsi, l'un comptant sur son expérience et sa force, l'autre sur son agilité et sa fluidité. César poussait son adversaire de sorte que celui-ci soit obligé de se concentrer et ne puisse plus parler. Ce qui, à peu de choses près, était une réussite.
Enfin il y eut touche. Philippe eut un rire.

-Magnifique ! Nous voilà morts tout deux !


L'ouverture que César avait créée s'était avérée dangereuse. Elle lui avait permis de toucher au cœur certes mais elle avait aussi laissée le Prince saisir la touche au front. Mise à part cette erreur d'enfant, il y avait autre chose qui agaçait le vieil homme.

-Vous avez agi inconsciemment Monsieur. Comptez-vous tenir la conversation à vos ennemis et ensuite vous jeter sottement sur leur lame pour pouvoir les percer de la vôtre, pour votre plaisir, ou parce que vous êtes lassé ? Vous êtes ici pour apprendre à survivre et non point babiller ou danser.

Monsieur avait laissé sa lame dans les mains d'un de ses amis et avait pris d'un autre une serviette parfumée qu'il inspira profondément avant de s'éponger délicatement le front. Il savait avoir la peau rouge car le bougre l'avait bien fait courir, et n'aimait pas cela. Il sourit au Maréchal en se tournant vers lui.

-Tout est danse, la vie est un théâtre. L'escrime est un art, comme tout. Je n'y vois donc aucun inconvénient.


César ferma les yeux en retenant un soupir. Voilà ce que c'était que de laisser son enfant dans les jupes de sa mère. Sur ordres de cette dernière par ailleurs, et il avait obéi, avait enseigné l'art de la guerre au Duc d'Anjou comme on le lui avait demandé. Pour le reste...

-Là n'est pas la...


Il s'interrompit, car ayant tourné le regard il s'était rendu compte de la présence d'un nouveau personnage et plissa ses yeux fatigués. Monsieur tourna négligemment le regard lui aussi. Aussitôt ses yeux pétillèrent, son sourire se fit plus large malgré son souffle encore court.

-Ma foi...Quelle visite avons-nous là ? Monseigneur de Vannes quel doux honneur que celui que vous nous faites !


Il était à présent en train de boire un verre de vin très dilué afin de se désaltérer.

- Puis-je vous proposer de quoi vous rafraîchir ? Vous aussi Plessis-Praslin voyons, venez.


Le Maréchal semblait soudainement plus dur que quelques instants avant. César avait été fidèle durant la Fronde, avait défait Turennes à Rethel, avait suivit les ordres de la Reine pour la protection du Royaume et du Roi. Cette fidélité de vieux chien lui faisait renifler un ennemi d'hier, du moins le supposait-il. Il refusa d'un hochement de tête.

-Merci Altesse, le vin m'incommode désormais. Il me retourne l'estomac.


Il eut un regard dur pour Aramitz, l'épée toujours en main. Il ne savait pas ce qu'il pouvait attendre de lui. Il n'avait que des rumeurs entre les mains, mais cela lui suffisait. N'étant sûr de rien, le Maréchal du Plessis-Praslin préférait être sur la défensive plutôt que de frayer avec ce genre d'homme.
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Mer 14 Jan - 15:23

Longtemps, il avait retardé l'échéance. Mais la nouvelle lui était parvenue que La Meilleraye était à Paris, aussi ne pouvait-il plus repousser à plus tard sa première visite à la Cour s'il souhaitait s'entretenir avec le Capitaine Général pour préparer conjointement une rencontre avec Colbert. Rencontre qui, si elle était bien menée, serait source de profits fabuleux pour le commerce et le développement de l’évêché de Vannes.

Aramis se montrait circonspect et inquiet à l'idée de se rallier à Armand-Charles de la Porte de La Meilleraye. Tout d'abord, de par son mariage, l'homme portait, parmi d’innombrables titres, celui de Duc de Mazarin, pour avoir épousé l'une des nièces de celui qu'Aramis avait si longtemps détesté. L'homme était parfaitement invivable. Bigot à l'excès, maniaque, et d'une jalousie maladive que son épouse, d'après les dires, supportait de plus en plus mal, il était de surcroît un fervent janséniste, et fatalement parfaitement hostile aux Jésuites. Néanmoins, le Roi l'avait nommé Gouverneur de Bretagne, et cela, ajouté aux profits qu'il pourrait certainement tirer de l'opération, faisait espérer à Aramis qu'ils pourraient accorder leurs violons sur l'affaire de la Compagnie des Indes Orientales.

Mais quelque chose d'autre troublait Aramis, et malgré sa volonté, l'empêchait de se rendre à la Cour le cœur en paix et l'esprit serein. Cette chose, c'était un spectre.

Le spectre d'une très vieille connaissance, un vieux compagnon, un ami, un frère. La dernière fois que d'Artagnan et lui s'étaient vus réunis, ils avaient croisé le fer. Aramis portait un masque, et n'avait pas prononcé un mot. Il était tout à fait possible que d'Artagnan ait parfaitement ignoré qui il affrontait. Mais pour des bretteurs aguerris comme eux, la façon dont un homme maniait sa lame équivalait à une signature unique et reconnaissable. Leurs rôles eussent-ils été échangés, Aramis était persuadé qu'il aurait reconnu son ami à ses passes et ses estocades. Il avait du mal à concevoir que l'inverse ne soit pas également vrai.

Aussi, au désir de revoir son ami, de l'enlacer en frère et d'échanger souvenirs émus et nouvelles fascinantes autour d'un verre de vin, se mêlait l'anxiété des retrouvailles, des soupçons et des accusations. La peur de trouver dans les yeux de d'Artagnan, le jour où ils se rencontreraient, non pas une joie sincère et fraternelle mais l'éclat terni d'une confiance et d'une amitié blessées.

A cette idée, Aramis n'avait réussi à trouver le sommeil que tard dans la nuit – ou plutôt tôt à l'aube. La nervosité s'était emparée de lui et avait chassé toute disposition au sommeil. Il s'était tourné et retourné dans ses draps, maudissant Morphée qui le fuyait sans cesse. Il s'était levé et avait commencé par étudier pour la centième fois les lettres du maître chanteur qui tourmentait l'Abbaye-aux-Bois, et dont il avait promis de s'occuper la veille. Mais sentant que cela ne faisait qu'attiser la tempête qui faisait rage dans son esprit, il s'était tourné vers l'une des étagères garnies de livres qui ornait sa chambre - plus pour un soucis de décoration, soupçonnait-il, que par réel intérêt didactique ou littéraire – et avait porté son dévolu sur un vieux manifeste de géométrie. Ce fut l'alliance redoutable de Pythagore et du troisième ou quatrième verre d'hypocras qui parvînt finalement à vaincre l'opiniâtre et involontaire résistance de l’évêque face au sommeil.

Au matin, son très germanique valet, Charles Mauser, l'avait trouvé misérablement assoupi devant son bureau, la tête sur son livre et ses chandelles transformées en une flaques de cire fondue sur le beau meuble en hêtre. Il était fourbu et courbaturé, et n'avait pas manqué de somnoler durant une bonne partie du trajet dans le fiacre le menant à Saint Germain-en-Laye.

Il aurait pu s'y rendre en accompagnant l'un de ses hôtes de la fratrie de Lorraine, mais cela n'aurait pas manqué d'attirer l'attention sur lui, et avec l'âge, Aramis s'était découvert un certain penchant pour la discrétion en toute chose. C'est donc un habit d'une sobriété et d'une austérité assorties à son état d'esprit qu'il avait revêtu, une tunique noire qui ne manquerait pas de lui valoir les égards dû à la prêtrise sans pour autant attirer les regards et la curiosité qu'aurait amenés l'un des riches vêtements violet et ostentatoires qu'avaient coutumes de porter les évêques à la Cour. Pour tout signe de sa fonction, l'ancien Mousquetaire n'arborait que les deux qui ne le quittaient que rarement : son anneau serti d'une améthyste et la croix d'argent reposant sur sa poitrine.

Sa gorge se dénoua en arrivant au Château-Neuf, lorsqu'il se fit dire que le Roi était parti le matin même pour visiter les chantiers de son nouveau palais, à Versailles, et que d'Artagnan l'accompagnait. Malheureusement, de La Meilleraye avait jugé bon de se joindre à eux, parmi la clique de vautours habituelle qui orbitait autour du Roi comme les mouches autour d'un cheval, fut-il un noble pur-sang. Le Capitaine Général semblait avoir jugé que faire partie de la troupe des flagorneurs comptait plus que de discuter de l'avenir du territoire dont il avait la charge avec un évêque Jésuite. Fort bien. Au moins Aramis espérait-il que ce crapaud de bénitier profiterait de la journée pour glisser auprès du Roi quelques paroles allant dans le sens de leurs projets.

Il se trouvait donc au cœur même du centre du pouvoir du Royaume, un palais qui, malgré des habitués qui fourmillaient dans les couloirs, semblait pourtant déserté en comparaison de l'affluence qui y régnait lorsque les courtisans en arpentaient les moindres recoins. Il songea un instant à remonter dans le fiacre et rebrousser chemin, mais choisi plutôt de errer et de visiter les lieux, qu'il n'avait guère fréquenté depuis des décennies. Au moins la journée était-elle belle et douce, les paysages plus verts et l'air bien plus pur qu'au cœur de la capitale.

Il fut étonné des regards qui se posaient fréquemment sur lui, et des murmures sous cape qui résonnaient parfois sur son passage. Il réalisa alors qu'il avait sous estimé sa propre notoriété, et que malgré les années, beaucoup étaient capables de le reconnaître, de revoir en lui le Mousquetaire renommé qu'il avait été. Ce qui lui valait à la fois des regards curieux, parfois admiratifs, mais aussi quelques œillades noires. La plupart des concernés étaient aussi âgés que lui, voir plus. Un nobliaux gras et rougeaud au visage familier, s'appuyant sur une canne, lui lança un regard assassin, et il fallut un moment à l’évêque de Vannes pour se souvenir que l'homme avait eu une jeune sœur des plus charmantes... et qu'un certain jeune et séduisant Mousquetaire, il y a vingt ans de cela, avait bien connu cette fameuse sœur. Il pressa légèrement le pas.

Parmi les quelques courtisans qui n'avaient pas suivi le Roi à Versailles, il repéra quelques visages qu'il avait déjà remarqué en compagnie de l'un de ses protégés, Philippe de Lorraine. Ceux-là, savait-il, ne gravitaient pas tant autour du Roi qu'autour de son cadet, le fringuant jeune homme que tout le monde appelait Monsieur. Les suivant, Aramis entendît bientôt un chant qu'il connaissait par cœur, un chant qui avait bercé sa vie. Celui de l'acier.

Mû par la curiosité, il se glissa dans la pièce où s'entraînait le jeune Duc d'Orléans avec un homme dont il avait croisé le chemin bien des années plus tôt. Le temps n'avait guère était clément avec le Maréchal de Plessis-Praslin. Le visage buriné par les campagnes militaires s'ornait de nouvelles rides, tandis que les cheveux grisonnants désertaient ses tempes. Mais de sa stature et de son maintient, l'homme n'avait rien perdu. Quand à Philippe d'Orléans, qu'Aramis n'avait pas revu depuis longtemps, il apparaissait fidèle à sa réputation : flamboyant.

Aramis assista à l'échange de verbe et d'acier, appréciant le spectacle de l'escrime telle que seuls les maîtres d'armes royaux pouvaient l'enseigner. Le frère du Roi se battait autant avec les mots qu'avec sa lame... et sembla faire mouche des deux. Les quelques spectateurs saluèrent la démonstration d'applaudissements respectueux et discrets. Il fallait dire que si les armes n'avaient guère été soigneusement mouchetées pour l'exercice, les deux hommes se videraient actuellement de leur sang aussi bien que deux barils percés.

Les bretteurs remarquèrent sa présence. D'abord le Maréchal, qui n'en fut visiblement pas ravi – ce dont Aramis pouvait s'attendre, leur relation n'ayant jamais été au beau fixe, malgré leur respect mutuel pour leurs faits d'armes, et cela même avant les événements de la Fronde. Il n'y avait eut que des rumeurs sur l'implication d'Aramis, mais cela suffisait grandement pour justifier le regard suspicieux du vieux soldat. Cependant, ce fut la réaction de surprise enjouée sur le visage du Prince qui étonna Aramis. Il fut touché que d'un regard, ce dernier l'eût reconnu aussi vite. Aussi répondit-il à son accueil chaleureux par une révérence et un sourire sincère.

"Votre Altesse. C'est un réel plaisir que de vous retrouver après ce qui semble une éternité. Et vous aussi, cher  Maréchal. Chronos a prélevé son dû sur chacun de nous, mais vous n'avez rien perdu de votre habileté. Quel honneur de périr l'arme à la main en emportant un Prince aussi bien entraîné dans la tombe !" lança-t-il au vieil homme avec un doux sourire en réponse au regard froid et à l'insulte à demi voilée, avant de se tourner de nouveau vers Philippe d'Orléans.

Il accepta la coupe de vin qu'on lui offrait tout en refusant d'un geste de la main l'eau qu'un serviteur s'apprêtait à y verser comme dans celle du prince. Il observa ce dernier des pieds à la tête, d'un regard aux accents paternels. Et pour cause, Aramis l'avait pratiquement vu naître. C'est lui qui était de garde à la porte de la chambre où Anne d'Autriche mettait au monde son deuxième fils. Il venait d'entrer dans les rangs des Mousquetaires à cette époque, mais ses liens de parenté avec De Tréville lui avaient permis cet honneur.

"J'ai quitté un jeune et adorable garçon au visage d'ange pour retrouver un noble gentilhomme à l'esprit aussi acéré que sa lame, Votre Altesse. Vous faites merveille. Vous êtes véloce et assuré sur vos appuis. Croyez-en un vieux bretteur qui se noie dans les souvenirs. Recommencez ce même échange en parant l'attaque d'une quarte plutôt qu'une prime, avant de porter l'estocade en sixte, et vous percerez votre adversaire sans même que sa lame ne puisse ne serait-ce que caresser votre peau ! Je suis certain que même un combattant de la trempe du Maréchal de Plessis-Praslin n'y résisterait pas... pas même de son glorieux jeune temps !" acheva-t-il en levant sa coupe en direction du concerné avec une courtoise inclinaison de la tête et un sourire – juste un brin – provocateur.

Il n'était pas de sa prérogative d'offrir des conseils d'escrime au frère cadet du Roi, mais en se tenant dans cette salle, assistant à ces passes, il avait le sentiment de retrouver son enthousiasme de jeune Mousquetaire, amoureux de la technique et de l'art de percer des trous dans son adversaire de la façon la plus gracieuse et efficace qui soit. De plus, le regard de dédain et la réflexion de Plessis-Praslin l'avaient quelque peu agacé, lui qui n'était déjà guère d'humeur à subir davantage d'affronts en ce jour après la défection du Duc de La Meilleraye.
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Sam 28 Mar - 11:37


Ses lèvres se séparèrent des siennes, il lui sourit en effleurant sa joue de sa main et en se laissant retomber contre le dossier de sa banquette.

-Je ne suis pas un Jason… je reviendrai vous arracher à votre île si vous le souhaitiez.

Philippe de Lorraine était descendu avec grâce du carrosse frappé aux armes de France et au lambel d’argent. Le Chevalier appréciait entendre Son Altesse se montrer si prévenante, si complaisante. Il savourait ce pouvoir qu'il exerçait sur lui. Il l'avait gagné de longue haleine.

- Je serai en droit de me lamenter mon Seigneur,
répondit-il. Et pourtant vous voilà gémissant.

Philippe d'Orléans eut une moue boudeuse en regardant vers le somptueux hôtel particulier.

-Il faut bien que l'un fasse montre d’un cœur propre aux tourments les plus doux, puisque vous êtes si éloquent sur le sujet.


Malgré sa bouderie, le prince de Lorraine eut ce sourire qui lui faisait fondre l'âme, qui le promettait aux damnations les plus certaines. Il les accueillait de bonne grâce car pour ces yeux et ce corps là, Monsieur était capable de beaucoup.

-Qu'Eros vous garde et vous console pendant ma courte absence mon joli Prince.


Par le pommeau de sa canne, il avait frappé le bois peint du carrosse afin de donner le départ. Maitre, il était celui qui donnait congé. La pluie battait le pavé et il ne comptait pas rester offert à elle plus longtemps que nécessaire.
Monsieur s'était renfrogné en croisant ses jambes galbées et ceintes de blanc, regardant Boisfranc devant lui puis tournant son regard noir vers l’opposé de cette populace qui l’agaçait. L’aventurier dissimulait un sourire amusé. Philippe de Lorraine savait jouer avec son pantin. Il le vit aussi froncer les sourcils tandis que le carrosse bahutait sur les pavés irréguliers de la cour et passait lentement les grilles. Ils sortirent dans la rue et le regard vague du frère du Roi sembla saisit. Boisfranc suivit le regard du Prince qui s’était lentement redressé, fronçant les sourcils qu’il avait fins mais qui en cet instant obscurcissaient son regard.

-Je connais cet homme,
murmura-t-il à mi-mot.

Boisfranc ne sembla pas plus ému que cela.

-Sans doute Monseigneur… Votre Altesse connaît le monde, cela n’a rien de surprenant.


Voyant l’intérêt persistant du Prince, il porta néanmoins une attention plus poussée pour cet homme d’âge mûr, à la cape noire trempée, des bottes de cavalier crottées, monté sur un palefroi blanc qui devait habituellement avoir belle allure mais qui semblait fourbu, sans doute épuisé par un long voyage comme l’attestait la mule qui traînait les bagages sur son dos et était dans un semblable état. Déjà la voiture avait traversé la rue du Grand Chantier où se trouvait le cavalier et poursuivait dans la rue de Brac.

-Par ma foi Monsieur !
réalisa soudainement Boisfranc, je le connais aussi !

Par la grâce d’un éclat argenté qu’il avait vu luire, le crucifix avait guidé sa mémoire vers la certitude.

-C’est le Sieur Aramitz…  Du moins aujourd’hui nouvellement Monseigneur de Vannes. Je l’ignorai revenu à Paris…


Philippe qui avait regardé aussi longuement que possible l’homme qui était venu sur sa droite avait écarquillé les yeux.

-Aramitz ? Est-ce là le même homme qui fut mousquetaire de feu mon père puis de mon frère avant de nous quitter soudainement pour les ordres ?


Boisfranc eut un sourire.

-Votre mémoire est digne de louange mon Prince. C’est cela même.


Le Prince eut un sourire de contentement et d’amusement qui s’éveillait malgré le départ récent. Alors qu’ils tournaient dans la rue Sainte-Avoie pour se diriger vers la Seine, Philippe se mit à glousser. Le retour d’un tel personnage ne pouvait annoncer que de plaisants divertissements, de douces rumeurs, des jeux qu’il entendait parfaitement et qui participaient à sa vie d’oisiveté.
La pluie lui sembla moins pesante.


-Un Prince inconscient voulez-vous dire, et se jetant dans les bras de la mort pour fanfaronner comme un paon.


Plessis-Praslin avait sombrement regardé le jeune homme gloussant une nouvelle fois, s’enorgueillissant des  compliments qui lui était si justement adressé. Le regard de Philippe pétillait de malice, de curiosité et d’impatience alors qu’il observait Aramitz face à lui. Voilà… Voilà c’était cela qui lui faisait préférer les hommes tel que lui plutôt que Plessis-Praslin.

- Maréchal, soyez galant et point rustre, acceptez la caresse qui vous est adressée avec élégance par Son Excellence. Je sais cela dans vos cordes.


César regarda Philippe un moment, son visage dur comme le marbre. Il n’avait jamais compris ce goût chez ce garçon-là. Un goût pour la destruction, le chaos car il n’y avait rien qui ne plut davantage au Prince que de voir les siens s’entredéchirer sur des futilités pour son propre plaisir, parce que l’ennui lui était trop pesant et que la meilleure distraction était cette discorde qui sonnait si agréablement aux oreilles princières.
En revanche cette capacité que Philippe d’Orléans avait pour ouvrir celles-ci fort grandes et y recevoir un nombre incalculable d’informations, de badinages, de rumeurs, et surtout de sembler les oublier, puis de les amener soudainement alors que tout indiquait qu’il n’y pensait plus… Voilà une chose qui impressionnait malgré lui le vieux soldat. Il était convaincu que Monsieur savait exactement ce qui se tramait devant lui, la raison d’une animosité entre le vieux chien et le vil serpent lui était sans aucun doute clair. Cela lui rappelait cette nuit ou par hasard il avait surpris le cadet se glissant dans la chambre du Roi. Lorsqu’il avait demandé au jeune prince la raison de sa présence sans celle de son frère aîné, le garçonnet déjà fort habile d’éloquence avait tenté de détourner son attention de l’oreiller duquel il s’était éloigné brusquement. Il était toutefois maladroit comme l’étaient les enfants trop sûrs d’eux et Plessis-Praslin avait saisi dans sa main une liasse de feuillets qui l’avait stupéfié.
Encore aujourd’hui César se demandait comment le garçonnet de huit ans avait pu trouver ce pamphlet contre le Cardinal, cet immonde papier qui laissait entendre que Louis était fils de rouge plutôt que de bleu. Un tourment fort méchant quand on doutait déjà de pouvoir garder sa vie alors que ses cousins de Grande-Bretagne se faisaient décapiter par leurs sujets.
Un tourment de frère à frère qu’il avait néanmoins corrigé.
Peut-être pas assez, il avait appris plus tard qu’un de ces pamphlets c’était malgré tout glissé entre les mains du roi.
César de Plessis-Praslin serrait donc les dents. Il était un soldat et savait reconnaître un ordre lorsqu’il en entendait un, même filé par un godelureau royal.

-Votre Altesse me connaît bien comme je la connais,
répondit-il d’une voix métallique. Elle sait donc qu’étant un butor je ne puis recevoir de tel compliment, qu’enfin je ne saurai pour ma part m’enorgueillir de l’idée de votre mort, contrairement à Son Excellence. Je suppose que cela doit être cause d’un esprit trop peu spirituel dont je me contente fort bien.

Philippe leva les yeux au ciel dans un soupir lassé. La voix d’Aramitz ramena sur lui les yeux d’onyx du jeune homme, ramena aussi son sourire. Il n’y avait rien de plus aisé pour se faire aimer du prince que de le flatter. Il reconnaissait sans honte sa faiblesse sur ce point et acceptait de bonnes grâces les compliments qui après tout lui étaient dus par son rang.
Certainement, s’il n’avait entraperçu l’évêque de Vannes au sortir de l’Hôtel de Guise ce jour de pluie-là, sans doute ne l’aurait-il reconnu du premier regard. Pourtant Monsieur le frère du Roi se flattait -oui se flatter soi-même faisait partie de ses nombreuses choses qu’il se permettait- d’avoir une mémoire des visages et des noms.
En voyant Aramitz de plus près, Philippe reconnaissait sans mal ce brillant mousquetaire qui avait été un des rares à avoir attiré sur lui la fascination d’un jeune bambin qui ne recevait comme jouet que poupée, brosse et robe. Philippe n’avait jamais vu aucune contradiction à se battre vêtu d’atours féminins. Aussi, la figure de celui qu’on appelait encore Aramis était pour lui chose fascinante. Un homme élégant, soucieux de sa personne et de son apparence, à la langue aussi acéré que son épée.
Si les sentiments religieux du mousquetaire étaient connus de tous, Philippe trouvait tout de même ce soudain revirement brusque et la transformation de la figure du Mousquetaire Aramis en Évêque de Vannes était une chose qui l’intriguait au plus haut point. Restait-il chez cet homme-là quelque chose du fringant jeune homme qu’il avait été ? hormis ces hautes pommettes et ce regard pénétrant et brillant d’intelligence.
Le Prince releva le menton une fois qu’il eut redéposé le verre entre les mains d’un domestique au charmant minois de sa maisonnée. Le regard sur un autre horizon il visualisait l’échange que lui proposait Aramitz.
Le mousquetaire était donc toujours présent sous cette étoffe de noir… Voilà qui ne faisait qu’aviver plus encore la curiosité du Duc d’Orléans.

-Ma foi,
dit-il dans un léger sourire. Vous avez très certainement raison… Plessis-Praslin ! cela vous plairait-il que je vous estourbisse de quarte et de sixte ?

Le jeune homme avait ponctué ses mots d’esquisse de geste escrimés, lançant à moitié son bras en avant.

-A moins… Que cela ne soit votre dû ?


Il s’était tourné vers Aramitz davantage comme un danseur que comme un bretteur, le doigt tendu vers le cœur du mystérieux évêque.

-Car je crois que tierce plutôt que quinte serait un meilleur déroulé de fer pour conclure en sixte Monsieur d’Aramitz. Il faut savoir garder les rythmes en toute poésie, y compris celle du fer,
conclut-il d’un sourire amusé.

Pas d’Excellence, il s’adressait et titillait là le bretteur qu’il venait de voir s’exprimer avec une assurance qui le frappait. Plessis-Praslin avait répondu d’un regard silencieux à Aramitz, jugeant que cet homme ne méritait pas qu’il gaspilla sa salive. Le Duc le faisait bien assez pour lui.

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Mer 6 Mai - 10:45

Aramis assista à l'échange et la rebuffade du Maréchal en arborant un visage impassible. Il s'imposa également de ne pas réagir à la suggestion qu'il prendrait plaisir à voir verser du sang bleu. C'était là une voie trop sensible et dangereuse à emprunter, d'autant que l'insulte sonnait creux à ses oreilles. Non, s'il avait un jour pris les armes pour une cause, ce n'était point pour la mort d'un membre de la famille royale, mais pour la destitution du défunt et toujours honni Mazarin. De plus, s'il advenait qu'un projet de meurtre et de haute trahison vînt à germer dans son esprit, le frère cadet du Roi serait sans doute le dernier sur sa liste noire. Et il aurait alors le sentiment d'être un monstrueux tueur d'innocent. Même si "innocent" n'était sans doute pas, à proprement parler, un qualificatif adéquat pour celui qu'on appelait Monsieur.

Les fanfaronnades du Prince déclamées avec la nonchalance et l'arrogance de la jeunesse aristocratique ramenèrent le sourire sur les lèvres de l'évêque. Il se demandait en son fort intérieur pourquoi ce comportement suscitait en lui de l'amusement et de la bienveillance alors que, venant de n'importe quel autre jeune nobliau, cela n'aurait éveillé que mépris, exaspération, voire de la colère. Sans doute était-ce le fait que Philippe semblait sortir tout droit d'un autre monde, d'une autre réalité, comme ayant bondi d'un conte ou d'une pièce de théâtre. Il était difficile de dépêtrer l'enfant de l'adulte, tant cette attitude avait toujours été constante chez lui dès le plus jeune âge. Et pourtant sous le charme et l'air candide brillait une redoutable intelligence, qu'il ne fallait pas sous estimer.

Alors que le Prince réagissait à ses remarques techniques, le vieux mousquetaire regarda le maître d'armes du coin de l’œil. Le militaire semblait circonspect, visiblement en train d'imaginer l'échange qu'Aramis venait de décrire, et cela ne semblait guère lui faire plaisir. Leurs regards se croisèrent, et tout d'eux s'observèrent en chiens de faïence.

Quand soudain l'attention du jeune homme se reposa sur lui, Aramis fut un instant pris au dépourvu. Ce doigt tendu vers sa poitrine, ce "Monsieur d'Aramitz" lâché avec une feinte désinvolture. Un très vieux réflexe tapis dans ses os et ses muscles faillit le faire se mettre au garde à vous. Il cilla, assimilant les dernières paroles du Prince, qui le troublèrent. Comme si le jeune homme avait le pouvoir de mouvoir les êtres par ses pensées, l'un des valets s'approchait discrètement, une arme d'entraînement à la main, habitué semblait-il à anticiper les caprices de Monsieur. Le regard d'Aramis se posa sur l'arme, une élégante rapière à la pointe mouchetée et au fil émoussé pour éviter les blessures durant l'exercice.

L'appel de l'épée était une chose qui s'inscrivait en vous et ne vous laissait plus de repos une fois qu'il s'était emparé de vos réflexes et de votre esprit. Sous les conseils de raison que lui lançait sa conscience, une voix passionnée attisait en lui le désir d'empoigner l'objet.  Sans la présence du verre de vin dans sa main, c'est peut-être ce qu'il aurait fait avant même d'en prendre conscience. Il avala une petite gorgée du doux breuvage et inclina légèrement la tête.

"Je crains Votre Altesse que ma robe d’ecclésiaste ne me permette pas cette pratique sans déroger à toutes les convenances."

Et comme il le regrettait ! Il était persuadé que son regard pétillant d'envie à la vue de l'arme avait trahi ses sentiments, mais à la Cour, il fallait avant tout protéger les apparences et la bienséance. Un imperceptible reniflement de dédain derrière lui fit se froncer ses sourcils et se crisper sa mâchoire. Plessis-Praslin prenait visiblement son refus pour une victoire par forfait, voir un témoignage de lâcheté. Un vieux militaire comme lui était incapable de comprendre que d'autres choses que la peur et la paresse pouvaient expliquer qu'un homme refusât un défi armé, fut-ce un simple entraînement.

Son attention se reporta sur le Prince, devant lui, et du coin de l’œil, sur le domestique qui commençait à battre en retraite, emportant l'objet. Autour de lui, les nobles de l'assistance s'échangeaient des regards et des chuchotements. Certains semblaient approuver la retenue décente de l'évêque, d'autres paraissaient plus enclins à partager le dédain du Maréchal. D'autres semblaient déçus. Sans doute l'opportunité de voir une ancienne célébrité comme lui en pleine action les ravissait-elle, et se sentait-il maintenant privé d'un intéressant spectacle. Mais qu'en pensait le Prince sous ce sourire implacable et ce regard pétillant de malice ?

Aramis réfléchissait à toute vitesse, vidant la dernière gorgée de son verre pour s'accorder un peu de temps. Philippe n'était pas homme à se soucier des convenances, c'était un homme qui aimait l'action et que l'ennui rebutait par dessus tout. Lui refuser une distraction, c'était fermer une porte. Une porte qui pouvait grandement lui faciliter la vie dans ses projets, car le jeune homme avait une influence indéniable, non seulement sur la Cour, mais il avait aussi l'oreille de son frère. Entre le respect des bienséances ecclésiastiques et le spectacle de deux vétérans renommés se livrant à un duel, il n'y avait pas beaucoup de doutes à avoir sur ses préférences. Aramis en fut secrètement ravi. Aussi c'est avec un sourire entendu qu'il inclina de nouveau la tête, regardant le jeune homme dans les yeux, et ajouta :

"A moins que Votre Altesse n'insiste. Je n'aurais pas le cœur de refuser un commandement de Votre part, et sans doute un peu d'exercice ferait du bien à ma vieille carcasse. Après tout, avec des armes aussi pacifiées, le danger de faire couler le sang est nettement moindre. J'imagine que le Saint Père lui-même ne verrait pas grand chose à redire au fait qu'un de ses serviteurs ne s'atèle à un léger effort physique, si de surcroît cela lui est demandé par Monsieur le frère du Roi de France."

Il était parfaitement conscient de ce qui l'animait. L'intérêt, car plaire au jeune homme pouvait lui être utile. Le simple désir jouissif de croiser le fer de nouveau avec un adversaire valable, et cela de plus au grand jour. Sa fierté, et le désir de faire ravaler au Maréchal ses insultes et son mépris. Et peut-être aussi l'envie de montrer à cette assemblée de courtisans que le vieil Aramis, malgré les quelques rides et l'âge, et malgré sa condition d'évêque, n'était pas un homme à considérer comme dépassé et diminué. Finalement, s'il y avait une part de raison, il y avait là beaucoup de vanité. Tout ce qu'il attendait, avec sous son air calme et impassible une impatience ardente, était le feu vert du jeune homme devant lui. Il avait respecté les convenances en refusant dans un premier temps. Au Prince à présent de le libérer du carcan de la bienséance pour satisfaire ce qu'ils étaient nombreux à vouloir dans cette pièce. Du coin de l’œil, il voyait Plessis-Praslin guetter la réponse du Prince, sourcils froncés. L'atmosphère s'était tendue, un silence pesant régnait. Tous étaient suspendus aux lèvres de Monsieur, ce qui, Aramis n'en doutait pas, n'était certainement pas pour lui déplaire.
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Ven 17 Juil - 4:05


La fanfaronnade, voilà une chose qui faisait partie intégrante du Duc d’Orléans, aussi sûrement que sa chevelure ou ses lèvres vermeilles. Elle constituait une composante essentielle de son discours, de son attitude, de l'aura même qu'il dégageait. Cela le desservait et l'amusait. Ce dernier point dépassant le premier, Philippe ne se privait donc pas d'arborer un air crane et d'être le digne héritier de Matamore à sa façon enrubannée. Connaissant donc la fierté pour la vivre pleinement chaque seconde de sa vie, Monsieur savait reconnaître ses semblables lorsqu'il les croisait. Malgré son habit d'humilité et de modestie, d'anachorète même, Aramitz ne pouvait dissimuler l'éclat de ses yeux. On pouvait même dire que c'eut été fort audacieux de la part de Philippe de croire qu'il eut été le seul à l'avoir remarqué. L'intérêt de tous se portait sur cet ancien mousquetaire révélant de nouveau, qui montrait par indices qu'il n'était pas mort dans sa robe d'ecclésiaste.
De ses traits, Philippe avait "touché" son interlocuteur qui n'avait pas assez préparé sa garde. "Monsieur d'Aramitz" s'était éveillé à ses petites et innocentes provocations et cela l'enchantait au plus haut point. Enfin quelque chose digne d'intérêt, digne d'être rapporté et raconté. Le léger tressaillement de l'évêque ne pouvait mentir. Cet homme-là subissait la démangeaison d'un membre manquant aussi sûrement qu'un amputé. Monsieur s’enorgueillissait d'accomplir une guérison miraculeuse et éclatante. Il aimait aussi voir son ancien Gouverneur porter tant de mépris à l'homme d’Église, et même à l'homme d'armes. Monsieur connaissait suffisamment le Maréchal pour savoir qu'il n'était du genre à se refroidir à la vue de l'acier.
Acier qui repartait par ailleurs. Un petit geste du Prince qui conservait son sourire à l'homme de pourpre, retînt le valet qui reculait avec humilité. Philippe pour une fois savait qu'il lui fallait garder le silence, laisser l'idée se creuser un chemin puis une niche confortable dans l'esprit d'Aramitz. Quand il le fallait, ce qui était rare au demeurant, Philippe d'Orléans reconnaissait que le silence possédait quelques vertus. Il n'y avait que la retenue élégante de sa main indiquée au valet pour traduire son attente et son affût.
Il tourna son regard vers un de ses amis, un sourire espiègle aux lèvres. Plessis-Praslin n’aimait pas ce sourire. Il savait ce que cela signifiait, et cela signifiait que le Prince avait une idée derrière la tête. Et Monsieur le Maréchal n'aimait vraiment pas les idées du Frère du Roi lorsqu'il chassait le divertissement. Elles avaient tendance à avoir des conséquences fort peu agréables pour autrui.

-Le doute est un chemin comme un autre vers la foi,
commenta Philippe d'un air candide.

Ses oreilles furent charmées par la voix posée et assurée de l'évêque, et surtout par le consentement voilé du religieux. Quant à l'apparente pudeur, il en aurait presque ri tant il trouvait cela piquant, car rien ne pouvait plus la contredire que le regard qui l'observait avec assurance et sérénité. Philippe d'Orléans fit durer le plaisir d'être au cœur de l'attention, et laissait résonner dans les voûtes de la salle d'armes le titre qui faisait sa gloire.
Soudainement, il tourna sur lui-même, claquant ses talons rouges, montrant son dos à son interlocuteur, choisissant de prendre à parti les siens.

-Sur mon âme !
clama-t-il dans un sourire. Si je n'avais là Monseigneur de Vannes devant moi j'en viendrais presque à croire que Monsieur d'Aramitz se fait prier...

Sa sortie enjouée fut accueillie par sourires et gloussements pour certains, rires plus ou moins moqueurs ailleurs. Il s'était éloigné de quelques pas, fit une nouvelle pirouette dont il avait le secret et dont il se servait fréquemment, peut-être parfois à outrance. l'effet était ici réduit par l'absence des milles rubans et autres breloques qui affublait le Duc d'Orléans, ainsi qu'une chevelure sagement retenue par son ruban. Toutefois l'effet théâtral de ce fringant en simple chemise, gant de bovin, n'était pas mauvais et prenait peut-être un dimension un peu plus martiale par sa sobriété, ce qui était de bon ton. Il faisait de nouveau face à Aramitz. Monsieur partageait autant de flammes dans son regard que celui qui attendait.

-Mon père, je ressens le besoin de me confesser...

Ayant prit le fer des mains du tendre garçon qui l'avait tenu jusque là, il le tendit de sa main lourdement gantée  sans le quitter des yeux, sans abandonner son sourire d'enfant gâté, d'un air léger et désinvolte. Il avoua alors innocemment, sur un faux ton de confidence parfaitement audible :

- J'éprouverai le plus grand des plaisirs de jouir au temps présent de la science d'un des plus habiles escrimeurs de nos neiges d'antan. Sa Sainteté étant en ce moment fort civile avec Sa Majesté mon frère, je crois qu'elle fermera les yeux sur un innocent écart, qui par ailleurs sont si rares chez vous et retenu en tous les cas par votre sagesse.

Les récents déboires entre le Saint-Siège et le Trône Français prêtait encore des sourires et des rires chez les Orléans. Vraiment Louis avait su montrer qui était le maître en Europe. Et cette gloire resplendissait sur tous ses sujets, surtout les premiers d'entre eux. Il pouvait bien se permettre de jouer un peu avec l'un de ses agents que diable ! Le regard du Prince coula sur le vieux Gouverneur à ses côté. Il voyait aussi clairement son déplaisir.

-Mais j'ai le sentiment que cela n'est pas du goût de Monsieur de Plessis-Praslin, que craignez-vous Maréchal ? Ah ! soupira-t-il exagérément, je ne voudrais point vous mettre dans une situation qui vous embarrasse Messieurs ! Et puis sans doute vous ai-je éreinté, ajouta-t-il dans un regard pour le Maréchal. Je crois concevoir la nécessité des hommes de votre âge. Il vous faut du repos et de plus de douceur venant d'une jeunesse insouciante qui vous malmène...

La moustache du vieil argousin frémit. C'est que le gandin l'insultait devant son ennemi ! Il y avait de ces jours où César de Choiseul de Plessis-Praslin avait une puissante envie d'étouffer ce paltoquet qui malheureusement pouvait se targuer d'être fils  et frère de Roi. Sans se l'avouer, il éprouvait pour son pupille une affection et une certaine fierté, une tendresse qui lui venait lorsque Philippe d'Orléans s'illustrait sur les champs de bataille et montrait que malgré ses airs inattentifs, ses bâillements, ses rebuffades, ses plaintes répétitives sur l'ennui terrible des leçons et le désespoir de ne pouvoir rejoindre des personnages plus intéressants que le Maréchal, malgré tous cela... le Fils de France avait écouté son professeur et appliquait son enseignement avec un éclat teinté de nonchalance agaçante qui réussissait.
Cette tendresse et fierté de vieux professeur devant son devoir accompli, étaient en ce moment même reléguées au second plan, et retenaient tout juste le vieux militaire de coller une rouste bien ferrée à son royal élève.

-Serviteur,
répondit-il froidement. Mais votre inquiétude est superflue Monseigneur.

Il n'avait pas besoin d'aller plus loin, pour la simple et bonne raison que parler davantage était armer le jeune Prince. Il savait parfaitement ce qu'il faisait. Philippe excitait l'orgueil des deux hommes. L'insolent freluquet qui ne voyait que son divertissement dans la querelle de deux vieux barbons un peu trop vantés dans l'art de l'épée. Piqué au vif, Plessis-Praslin savait qu'il était tombé dans le piège tendu si largement. Si Aramitz acceptait, il serait dans l'obligation de croiser le fer avec lui, sous peine de perdre toute autorité et crédibilité auprès de la jeune cour du Duc d'Orléans. Il voyait le sourire satisfait de ce dernier, le contentement qui pointait déjà le bout de son nez. Oh que Dieu lui viennent en aide, il y avait décidément des soufflets qui se perdaient.

[pardon pour le temps de réponse je suis vraiment désolé   ]

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Sam 22 Aoû - 13:46

Avec un talent propre aux dramaturges et les comédiens les plus talentueux, le frère du Roi se livra devant l'assistance à l'une de ses habituelles prouesses scéniques. Tel un maître marionnettiste, il détenait entre ses doigts tous les fils commandant chaque personne présente, qui s'en trouvait soumise à sa volonté, à ses caprices et à son bon plaisir. Le tout assaisonné d'un texte si bien placé qu'il était difficile d'admettre qu'il fut improvisé sur le vif. Les sourires et les gloussements convenus et polis auxquels on assistait souvent dans l'entourage de gens importants et influents étaient ici superflus, les mots de Monsieur auraient fait mouche même entouré d'ennemis. C'est pourquoi Aramis savait d'avance que les dés étaient jetés. Pendant que le Prince régalait sa Cour de ses traits d'esprits acérés, il regardait en coin celui qui serait désigné d'un instant à l'autre comme son adversaire.

Le Maréchal, malgré l'âge que trahissaient les nuances neige et argent qui parsemaient ses cheveux et sa moustache, était encore un homme de belle allure. De grande taille, peut-être légèrement plus grand qu'Aramis, son corps de vieux guerrier faisait encore preuve de force et de célérité. Son échange avec Philippe, auquel Aramis avait assisté, en témoignait : l'homme était toujours d'une grande habileté, et jouissait d'une science des armes aiguisée par des décennies de service et de pratique.

L'attention de Monsieur revînt sur le vieux mousquetaire sous les traits d'une confession amusée, démentie par son regard brillant d'enfant lorgnant une délicieuse friandise, ou un nouveau jouet sophistiqué. Aramis répondit à la petite flatterie du Prince par une élégante inclination du chef, et un sourire amusé : il était certainement lui-même le dernier à s'estimer sage, même si l'âge et l'expérience avaient certainement érodé sa fougue et son impétuosité d'antan... Et encore, ces dernières caractéristiques resurgissaient plus souvent qu'il ne voulait bien l'admettre.

Le pauvre Maréchal, lui, se vit la cible des taquineries de son royal élève. Acculé, cerné par les regards et les sourires de l'assistance, le vieux soldat n'avait d'autre choix que la capitulation, en acceptant avec une frustration et une mauvaise volonté évidente le duel qu'on lui imposait. La moustache d'Aramis frémit d'un sourire de contentement puéril, vite réprimé.

"Dans ce cas, ainsi soit-il," lâcha-t-il d'un ton léger en tendant son verre vide à un valet. "Votre Altesse, cher Maréchal, veuillez m'excuser le temps que je m’apprête d'une façon plus adaptée à l'exercice."

Le regard que lui lança son adversaire était lourd de reproches et de méfiance. Il comprit que ce dernier ferait son possible pour lui faire payer cet embarras. Aramis n'en attendait pas moins. Sous les sourires et la courtoisie de bon ton, l'animosité entre les deux hommes, qui pourtant ne se connaissaient qu'à peine, était croissante et de plus en plus palpable.

Un valet guida l'évêque vers une alcôve fermée d'un paravent, derrière lequel il ôta sa tunique ecclésiastique. En culotte de velours noir, souliers de cuir souple et chemise, il attacha ses cheveux derrière sa nuque, ôta son anneau serti de l'améthyste propre à son rang, et après une hésitation, décida de conserver la croix d'argent qu'il portait au cou, se contentant de la glisser sous le col de sa chemise. Le valet lui apporta alors une paire de gants, "avec les compliment de son Altesse Royale".  Aramis admira l'ouvrage. Le cuir était noir et satiné, souple tout en étant d'une épaisseur propre à amortir les mauvais coups. Bien que destinés à la pratique des armes, ils ne manquaient pas d'élégance, et un fin motif végétal argenté en parcourait le bord. Et ils allaient à Aramis comme une seconde peau. Il s'accorda un court instant pour pratiquer quelques étirements avant de rejoindre le centre de la pièce, où l'attendaient l'assistance, le Prince, et son adversaire à l'air revêche.

On lui offrit la rapière, avec laquelle il fit quelques moulinets avant de se mettre en place, pieds joints en équerre, le buste et la tête droits, bras gauche le long du corps. Le Maréchal, tel un reflet dans le miroir, adopta face à lui la même posture. D'un geste élégant rompu par l'habitude, les deux hommes saluèrent le Prince et l'assistance, puis se fixant dans les yeux, saluèrent ensuite l'adversaire en ramenant la main devant le visage, avant de pointer leurs lames vers le sol, entre eux.

Puis, avec une synchronisation digne d'un ballet, on ramena le pied gauche en arrière, on fléchit légèrement les jambes, main gauche sur la hanche, épée pointée vers le cœur de l'ennemi en sixte, le bras souple...

Et la danse commença, avec une vitesse et une violence fulgurante. Le Maréchal, qui devait ronger son frein depuis un moment, se rua sur l'évêque avec une célérité étonnante, frappant d'estoc, se fendant avec élégance, avant de parer la contre attaque pour revenir d'un revers visant l'oreille. Aramis s'attendait à cela, mais la hargne de son adversaire le surprit tout de même. Avec un jeu de pieds parfaitement synchronisé, il recula de quelques pas, absorbant l'assaut du Maréchal en parant chaque coup. Prime, quarte, quinte, tierce, le vieux soldat ne lui épargnait rien, visant chaque ouverture. Parant d'une tierce un coup porté à son épaule, le choc des deux lames vibra jusque dans l'avant bras de l'ancien mousquetaire. Le coup était si fort que même en étant émoussée, la lame de son adversaire, si elle l'avait atteint, aurait sans doute été capable de lui briser l'os. Le Maréchal cilla, Aramis sourit, et attaqua à son tour. Cette fois ce fut le Maréchal qui recula.

Les deux hommes échangèrent de rudes passes, les lames virevoltant et attaquant avec une précision acérée, pour être parées parfois à la dernière seconde. Une ou deux fois, Aramis sentît la lame de Plessis-Praslin lui siffler tout près de l'oreille, tandis que sa propre lame avait légèrement entaillé et déchiré la chemise du Maréchal au niveau du flanc, sans pour autant trouver la peau. Vaguement, il entendait les soupirs et les exclamations enthousiastes de l'assemblée, mais n'y prêtait guère attention.

Se retrouvant éloignés l'un de l'autre de quelques pas, après une série d'échanges, les deux hommes s'accordèrent un instant, se tournant autour comme deux fauves en cage. La notion d'entraînement et de duel amical semblait avoir déserté leurs esprits. De la sueur perlait sur leur front. Leur respiration s'alourdissait. Une mèche de cheveux échappée du nœud sur la nuque d'Aramis se balançait devant ses yeux. D'un geste distrait il la replaça derrière l'oreille, fixant son adversaire. Tous les deux commençaient à s'essouffler, mais n'en étaient pas moins récalcitrants à arrêter là leur danse. Ils commençaient tout juste à s'échauffer.

Le Maréchal s'avérait plus coriace encore qu'Aramis avait escompté. Mais dans le regard du vieux soldat, il vit, non sans plaisir, que la réciproque était tout aussi vraie. Plessis-Praslin serrait et desserrait les mâchoires, son souffle faisant frémir les poils de sa moustache. Il fixait Aramis comme un ours en colère. L'évêque, lui, serrait et desserrait le poing de sa main gauche, ses articulations émettant des craquements sous le gant de cuir. Les deux hommes avaient encore de la ressource. Quelque part, une sorte de respect muet semblait de fait s'instaurer entre eux, malgré le caractère belliqueux de leur échange.

"Vous n'avez certes pas volé votre réputation, Maréchal", accorda l’évêque avec un sourire.

Oh, comme il s'amusait...
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Sam 19 Sep - 19:56

-Enfin un peu de divertissement ! applaudit gaiement le frère du Roi en entendant l’évêque. Voilà un coeur qui me plaît ! et je n’en attendais pas moins de vous, susurra-t-il dans un sourire.

En ignorant Plessis-Praslin, Philippe s’était retourné et du même mouvement ample avait lancé ses gants vers un domestique et alla se laisser tomber en gloussant dans le fauteuil qu’on avait avancé pour lui.
Ah comme il était impatient. Diablement impatient, et ce regard qu’il lançait à la dérobade à son ancien gouverneur ne le démentait pas, loin de là. César bouillait littéralement sur place d’être le jouet de ce garçonnet et de servir de faire-valoir pour la vanité de l’autre. Ces deux-là voulaient du combat, et bien soit ! Ils en auraient ventre-saint-gris ! Il ferait manger du fer à ce faux évêque, ce faux mousquetaire, ce faux gentilhomme, ce faux tout ce que vous voulez ! Puis d’une manière ou d’une autre il se chargerait de remettre les idées en place à ce fils de Roi outrecuidant !
Froidement, le vieux Maréchal s’enflammait seul, sous l’oeil espiègle de son ancien pupille qui continuait de beaucoup s’en amuser. Et il pouvait encore bien davantage pour exciter son mâtin de maître.

-Que parions-nous Messieurs ?
chantonna Philippe. Que Son Excellence est bel et bien un homme de Dieu avec la sainte sclérose héritée des génuflexions du culte ? Ou bien que Monsieur d’Aramitz est resté aussi audacieux et surprenant que dans sa jeunesse la plus téméraire ?

Les paris étaient lancés, la conversation se fit vive, on hésitait fortement entre la force précise de César et la mortelle élégance affirmée certes mais un rien poussiéreuse d’Aramitz. Il y avait des partisans pour l’un et pour l’autre, bien que la prudence fit pencher la balance en faveur du Maréchal. Lui n’avait jamais arrêté l’expression de son art, contrairement à l’évêque qui devait ressortir ses instruments du placard et les débarrasser de ses rosaires, retrouver des réflexes qui n’avaient très certainement plus été mobilisés depuis de trop longues années. Il retournerait bien vite dans son confessionnal et retrouverait ses histoires de bonnes femmes. Philippe lui ne se prononçait pas, bien qu’il eut sa petite préférence. Il profita d’une légère dispute entre Beuvron et Effiat, pour glisser à un domestique :

-Les guenilles de l’armurerie sont frustres. Porte mes gants à son Excellence, il faut savoir flatter l’habit quand il est trop modeste…


Le frère du Roi s’amusait beaucoup, beaucoup trop pour Choiseul. Il n’y avait nul besoin d’une épreuve pour voir que l’homme était resté identique malgré la neige naissante de ses tempes et les rides creusées de son front. La même fourberie pouvait se lire dans les yeux noisette de son adversaire.
Encore assez patient, Phillippe lissait sa moustache du bout des doigts, le regard espiègle attendait de voir surgir ou ramper le champion qu’il s’était attribué.

Il ne fut pas déçu. Aramitz émergeant de l’alcôve, la mémoire d’un mousquetaire flamboyant lui revînt plus violemment encore à l’esprit. Des éclairs de souvenirs, des parades, des jeux… Le sourire du Fils de France s’élargit. Le vieux Maréchal lui ne quittait plus Aramitz du regard. Philippe n’était pas le seul plongé dans ses souvenirs.
Le prince accepta les révérences d’un hochement de tête.

-Faites honneur à vos beaux jours mes seigneurs,
envoya-t-il dans un sourire, et mon père vous en saura gré. Allez !

L’assemblée sursauta à l’assaut violent de Plessis-Praslin. Philippe eut un pouffement. Il reconnaissait bien là la méthode hargneuse de son professeur, plus particulièrement la signature de son agacement. César allait droit au but quand il était irrité et cette fois n’avait pas échappé à la règle.
Bien que les lames furent mouchetées, émoussées, la violence des assauts, la précision des autres arrachait à certains des inspirations profondes, des expirations retenues. On portait la main aux lèvres, on écarquillait les yeux, on applaudissait aussi parfois la beauté d’un geste.
Que la peste l’étouffe, ces deux gargouilles étaient d’une beauté étonnante. Tout était si leste, mais si bien ordonnancé, si bien répondu. Les deux adversaires avaient un style parfaitement différent. Froid et direct chez Choiseul, subtil et ferme chez Aramitz. Philippe savait reconnaître une forme d’esthétisme quand il en voyait. L’art de l’épée était ici employé avec inspiration. Le plus amusant dans tout cela était bien le fait que les deux hommes semblaient avoir totalement oublié les yeux avides autour d’eux. Tout en savourant un fruit confit, les jambes croisées, Monsieur suivait avec délectation l’échange et se félicitait de l’avoir provoqué et de pouvoir ainsi observer combien l’état d’ecclésiaste seyait à Monseigneur de Vannes, mais ô combien la tenue de mousquetaire lui était par trop naturelle.

-C’est qu’ils s’éventreraient par la force de leur regard,
sourit le Lieutenant des gardes du corps qui, comme beaucoup d’autres gentilshommes dans cette pièce, appréciait le spectacle qui leur était donné.
- Dieu nous en préserve, ne parlez pas de malheur Beuvron !
s’indigna Henriette de Gourdon. Ce n’est jamais qu’un innocent exercice !
-Dieu veille sur les siens ma chère,
gloussa Monsieur en réponse. Et comme ce n’est point une ordalie, nos deux Achille resteront parmi les mortels.

Il observait maintenant le visage de son vieux gouverneur. Il était prêt à parier que César n’avait pas encore joué toutes ses cartes. Pour avoir croisé le fer plusieurs fois contre le Maréchal il en était même convaincu. Toutefois il doutait voir s’exprimer toute sa science pour une rencontre qu’il devait pauvrement estimer. Quoiqu’en y réfléchissant, l’implication de son vieux maître était tout à fait sincère. Il ne considérait par Aramitz comme un simple adversaire et le prenait tout à fait au sérieux. Finalement, peut-être assisterait-on à un coup d’éclat.
Les yeux plissés, le front luisant, la poitrine soulevée, Choiseul hocha sobrement la tête en regardant Aramitz.

-Je vous retourne le compliment Monsieur,
répondit sobrement Choiseul.

Il ne pouvait être d’une absolue mauvaise foi et même si cela lui arrachait les tripes, il devait bien reconnaître qu’Aramitz était bien plus mousquetaire qu’il n’était évêque. De surcroît la maîtrise de l’épée chez l’ecclésiaste était tout à fait remarquable. César sentait encore vibrer les chocs le long de ses bras noueux. Il maudissait son corps vieillissant, quelques années auparavant et tout cela aurait été bien plus simple.

-Est-ce terminé ?
minauda Gourdon à Philippe. Je suis fort lasse, voilà déjà trop longtemps que vous nous imposez la science des armes Monsieur, et si noble qu’elle fut, elle n’en reste pas moins usante pour les esprits délicats.

Philippe bascula sa tête en arrière pour regarder la demoiselle un instant puis son regard noir et espiègle se posa sur les deux combattants.

-Entendez-vous cela messieurs ? Vous indisposez ces dames. La galanterie se perd...


La voix du Prince avait été suave et d’une ironie cinglante. A nouveau son regard se posa sur Madame de Gourdon qu’il avait pourtant en bonne amie.

-Je ne vous retiens pas Madame, nous vous verrons sans doute au souper.

Il ne comptait pas partir et encore moins interrompre l’échange. Philippe était par trop conscient de la rareté de l’affrontement et souhaitait en profiter tant que possible. Henriette se rendit compte de son erreur, elle avait espéré que l’esprit volatile et changeant du Duc d’Orléans eut rejoint son avis. Elle prit donc le parti de tomber un court instant dans l’oubli, s’inclina et alla se réfugier dans le groupe.
Philippe ne la regardait déjà plus. Choiseul tournait maintenant autour d’Aramitz, se contrefoutant royalement de savoir s’il incommodait l’agaçante Gourdon. D’un claquement de pied il rappela sa présence à l’ancien mousquetaire et se fendit dans un élan fulgurant vers sa poitrine.


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À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
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Mar 10 Nov - 23:00

La voix du prince, éconduisant froidement les plaintes de l'une des volailles poudrées et attifées de soie et de rubans dont il était entouré, détourna un instant l'attention du vieux mousquetaire. Pour un peu, Aramis en avait presque oublié la foule qui scrutait l'échange avec des yeux avides, motivés pour beaucoup par l'appât du gain de nombreux paris, dont il devinait ne pas être le favori. Qu'à cela ne tienne, il n'en éprouverait que plus de plaisir à guetter les mines déçues si la fortune lui accordait la victoire. Il croisa le regard lumineux et espiègle de Philippe et esquissa un sourire. Le spectacle semblait divertir le jeune homme au plus haut point, et il était de notoriété publique que quiconque parvenant à divertir le Duc d'Orléans et à provoquer son intérêt avait de grande chance de s'attirer aussi son oreille attentive, et par extension, celle de son monarque de frère.

Toutefois ces considérations faillirent coûter sa victoire à Aramis, alors que Plessis-Pralin bondissait à nouveau sur lui avec une vigueur renouvelée. Ce fut le haussement de sourcil du Prince qui le premier alerta l'ancien Mousquetaire, éveillant aussitôt le réflexe salvateur de parer le coup de son adversaire. Aramis recula sous l'assaut, déviant les aiguillades du Maréchal. Le vieux bouc semblait déterminé à en finir, et la résistance de l'évêque à toutes ses attaques ne faisaient qu'aiguiser visiblement son agacement. Toutefois, Aramis lui-même ne parvenait pas plus à percer les défenses de son adversaire. Même après avoir détourné un coup d'estoc, lui permettant de reprendre brièvement le dessus et de faire reculer l'autre à son tour, les deux hommes se rendaient coup pour coup. L'acier chantait, les bras commençaient à se raidir, les souffles à s'accélérer. De chaque côté, on faisait montre de grâce et de virtuosité technique pour se voir systématiquement contré par des parades tout aussi précises et élégantes.

Le temps d'un battement de cils, Aramis crût toutefois voir une ouverture, un coup à jouer, mais il se prît à refréner ses réflexes pour y renoncer. Effectivement, la configuration de leur chorégraphie lui aurait permis à un moment donné de profiter d'une parade haute de son adversaire pour lui asséner un coup d'épaule afin de lui faire perdre pied. Un coup à jouer dont le manque d'élégance lui aurait valut la victoire sur le terrain, sans doute, mais une disqualification immédiate vis à vis de l'assistance et surtout du Prince, qui jouissaient avant tout de la grâce de l'échange.

Serrant les dents, Aramis grinçait intérieurement contre ces fichues convenances esthétiques. Ces dernières années, il n'avait croisé le fer que pour des occasions clandestines dans lesquelles les règles étaient très simples : tuer le premier son adversaire avant que ce dernier ne vous tue. Et pour se faire, les convenances des duels de rue, de taverne, de champ de bataille, étaient unanimes : il n'y en avait pas, tout était permis et on ne s'en privait pas. Ainsi, on guettait la moindre occasion pour pouvoir - alors que les danses des rapières nous rapprochaient suffisamment de l'adversaire - lui administrer un coup de tête, un coup de poing, d'épaule, ou de genoux, ou bien la morsure perfide d'une dague dissimulée dans la manche ou tirée d'une botte. Un véritable duel à mort se résumait rarement à un élégant échange de passes d'armes, mais bien plus souvent à un pugilat mortel d'où le vainqueur ressortait rarement immaculé et indemne.

Mais ici, il s'agissait d'une démonstration de l'art de l'épée, dans ses atours les plus nobles, distingués et académiques. Et en la matière, Plessis-Pralin était une sommité. Hors de question de céder à la tentation du moindre manquement à l'étiquette et à l'élégance devant un tel parterre de nobliaux et d'aristocrates, parmi lesquels trônait de surcroît celui que l'on considérait comme  un véritable héraut de l'art, de la grâce et de l'esthétisme.

Par deux fois, l'évêque se vit contraint donc de résister à ses réflexes pour se plier à cette règle : celui qui l'emporterait sans panache perdrait sur toute la ligne. Le style du Maréchal était certes dénué de fioritures, mais en tout point fidèle aux conformités en usage du noble art de l'escrime tel qu'on l'enseignait aux soldats d'élite et aux personnes de sang royal. Le problème était que, si l'on se pliait bel et bien à ce style convenu, les deux hommes se valaient, et il était probable qu'aucun des deux ne parviendrait à se démarquer et à prendre le dessus tant que l'un ou l'autre ne cédèrait pas le premier à la fatigue ou au découragement – ce qui ferait un piètre final pour ce duel de fiers vétérans.

Dans sa frustration, cependant, Aramis se prit à songer, en observant son adversaire, que ce dernier commençait à penser de la même façon. Il se risqua à quelques expériences quand, parant tel ou tel coup, il exposa délibérément à son adversaire des ouvertures que ce dernier aurait pu saisir, en le saisissant ou en le bousculant. Chaque fois, le regard de Plessis-Pralin glissait sur ces opportunités mais il renonçait à les saisir, confirmant les doutes d'Aramis. Là se trouvait donc peut-être la clé.

Aramis se laissa dominer lors de l'échange suivant, reculant tout en parant les coups, pas après pas. Il entendait les murmures enthousiastes des courtisans qui sentaient venir la fin, et la victoire de leur champion. L'évêque semblait enfin commencer à s'incliner devant le preux Maréchal sur lequel la plupart d'entre eux avaient misés. Aramis reculait encore, et du coin de l’œil voyait s'approcher dans son dos le mur du fond. L'assistance retenait son souffle.

Au dernier moment, alors qu'il était sur le point d'être acculé, l'évêque prit appuis du pied contre le mur et pivota tout en détournant la lame de son adversaire. Une pirouette gracieuse et risquée, non sans rappeler celle que le Prince lui-même avait effectué contre son mentor un peu plus tôt, et qui prît le Maréchal au dépourvu. Elle eut l'avantage d'inverser les rôles. C'était désormais Plessis-Pralin qui avait le mur dans le dos. Le Maréchal poussa un juron et se hâta de revenir à la charge pour ne pas se laisser piéger. Aramis lui concéda deux pas avant de se faire plus ferme sur ses appuis. Il fallait maintenant jouer le tout pour le tout, et une botte qu'il emprunta de mémoire à son ami d'Artagnan lui permis de venir glisser sa lame entre le fer et le quillon de la rapière de son adversaire. Les deux armes ainsi enchevêtrées, les deux hommes luttèrent dans un véritable bras de fer. Leurs armes liées entre eux, muscles tendus, leurs visages se tenaient tout près l'un de l'autre, les regards fixés dans le blanc des yeux. Ceux du Maréchal foudroyaient l'évêque d'une noirceur haineuse. Aramis sentait le souffle et l'haleine aigre de son adversaire sur son visage.

Il esquissa un sourire. Pesant de tout son poids contre l'arme adverse, il luttait pour ne pas céder un pouce de terrain. S'il tenait bon, Plessis-Pralin n'avait que deux options, et il en était parfaitement conscient, comme Aramis pouvait le lire dans son regard. Soit il faisait reculer l'évêque en lui donnant un coup de tête en plein visage, soit il le repoussait de toute ses forces et pivotait pour libérer son arme et attaquer sous l'angle opposé. La proximité du mur dans son dos lui ôtait toute autre solution. Aramis pouvait lire la tentation dans les yeux du Maréchal. Un simple coup de tête et la victoire lui était acquise, mais le manque de panache n'attirerait que dédain de la part de leur royal public. Donner un coup de tête à un évêque pour le faire reculer – lui brisant sans doute le nez au passage - et lui chatouiller la gorge avec sa rapière d'entraînement, ce n'était guère reluisant.

Une veine bâtit à la tempe de Plessis-Pralin et il poussa un grognement guttural alors qu'il monopolisait ses forces pour briser la résistance de l'évêque. Celui-ci résista, puis recula soudainement. Emporté par l'élan, Plessis-Pralin pivota à une vitesse fulgurante, tourna sur lui-même et balança un coup de taille rageur à la hauteur du visage d'Aramis. Son épée siffla dans le vide à quelque centimètre à peine au dessus de la tête de l'évêque. Aramis s'était déjà fendu, un genoux à terre, le bras tendu. La pointe de sa rapière vînt se poser avec fermeté au centre de la poitrine du Maréchal. Les deux hommes restèrent immobiles pendant ce qui leur sembla une éternité, souffle coupé, se fixant l'un l'autre comme deux statues. L'évêque était échevelé, des mèches échappées du nœud sur sa nuque lui battaient les tempes, flottant devant ses yeux. Il poussa un profond soupir et se redressa, tout en gardant son adversaire à la pointe de son épée, son cœur battant la chamade. Plessis-Pralin, immobile, le toisait avec une froideur résignée et furieuse.

Aramis avala sa salive. Ça s'était véritablement joué à un cheveux, il n'en revenait pas d'avoir réussi. La force qu'avait mis le Maréchal à le repousser l'avait surpris, et s'il n'avait eut le réflexe de poser un genoux à terre, la lame adverse l'aurait tout bonnement assommé – ou pire – avant même qu'il ne puisse armer son estoc finale. Il fit un pas en arrière, puis un deuxième, le bras et la lame toujours tendus vers le cœur du redoutable vétéran.

"Touché, Monsieur le Maréchal."

Puis il s'inclina en une profonde et théâtrale révérence, exultant intérieurement de sa victoire.


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De Parure et d'épée [PV. Aramitz]

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