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 Vains efforts, vains espoirs... PV Louis-Victor


Dim 18 Jan - 21:30

Les lignes dansaient devant ses yeux fatigués, se mêlaient, se confondaient. Les vers réguliers du psautier, fragmentés, fracturés, vidés de toute espèce de sens, résonnaient, assourdis, étouffés dans l’esprit de la jeune femme, sans qu’elle puisse en retenir le moindre mot ; le petit livre à la couverture de cuir glissa de ses doigts et alla se fracasser au sol, dans un bruit doux de papier froissé. Elle posa ses mains sur ses tempes.

Marie-Madeleine avait beau porter la robe stricte des religieuses ; elle avait beau s’être engagée en religion ; elle avait beau avoir voué sa vie à la prière et à la méditation, elle n’en était pas moins humaine. Il est des fois où il est impossible de se concentrer sur autre chose qu’un élément précis, et alors, même les efforts les plus louables ne servent à rien. Elle ne ramassa pas le livre de prières. Elle n’arrivait pas à tourner son cœur et sa pensée vers Dieu –pourquoi s’obstiner ?

Les yeux bleus de Madeleine Béjart accaparaient son attention, les yeux bleus de la comédienne… Etaient-ils vraiment bleus ? N’était-ce pas la lumière des vitraux qui était bleue ? Après tout, quelle importance… Ces yeux bleus n’étaient rien que la partie émergée de son souvenir. Ce qui en était enfoui comptait bien plus. Les paroles, les paroles. Elle n’avait pas oublié –on n’oublie pas en si peu de temps, surtout lorsque le doute vous assaille, surtout lorsque, hésitante comme elle l’était, elle ne pouvait passer une journée sans rejouer dans sa tête la scène qui avait eu lieu, quelques jours à peine auparavant, dans cette église de Saint-Germain l’Auxerrois. Avait-elle eu tort ou bien raison, s’était-elle arrogée des prérogatives auxquelles elle n’avait pas le droit ? En sortant de l’église elle avait pris le très ferme résolution de rejeter ces interrogations. A quoi servait de rabâcher ainsi, éternellement, des actes accomplis ? Ce sont les faibles qui se morfondent sur leurs actes. Elle avait la fierté de son nom sous son voile sobre.

Et pourtant, pourtant elle ne pouvait pas s’empêcher d’y revenir. Elle en concevait un agacement sans limites. Pourquoi toujours geindre ? Elle se refusait à cette attitude. Alors, quoi ? Et était-ce bien le noir remords qui étreignait ainsi son cœur depuis trois jours au moins ? Remords ! Ah… Elle avait cru bien faire… Lutter pour ses convictions, pour le retour de l’entente entre son frère aîné et sa belle-sœur. Qu’aurait-elle dû faire, alors ? Se relever, et partir, comme se de rien n’était, comme si elle n’avait pas vu, pas reconnu la comédienne ? Allons bon ! A d’autres.

Massant doucement ses paupières closes du bout de ses doigts, elle s’appliquait à essayer de soulager ses yeux qui la lançaient. Les migraines, dues peut-être à un sommeil agité ou à des cogitations par trop poussées, ne lui laissaient pas de répit… Sans doute avaient-elles, elles aussi, leur rôle à jouer dans ses difficultés à retrouver le chemin de sa dévotion. Quelle conduite adopter maintenant ?

Elle savait à présent qu’il lui fallait, de toutes les manières, mettre son frère au courant de son initiative. Cela pourrait sans doute éviter bien des quiproquos… Et, après tout, Madeleine Béjart, quelle que soit l’opinion qu’elle ait pu se forger d’elle, n’avait sans doute pas tort sur toute la ligne, et au moins avait-elle fait mouche en un point : elle n’était pas seule responsable. Elle avait prêché tant qu’elle avait pu –dans le vide le plus total semblait-il. Mais peut-être le duc de Vivonne prêterait-il attention aux paroles de sa sœur. Et dans le cas contraire, ayant fait son devoir, elle n’aurait plus rien à se reprocher : on ne peut contraindre ses proches à suivre le droit chemin, tout au plus les y orienter. Avec un sourire amer, elle se rendit compte qu’elle avait toujours su, depuis le moment où elle avait quitté l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois, qu’elle devrait avoir cette discussion avec Louis-Victor, et ne l’avait que trop repoussée sous des prétextes divers et variés. Mais elle ne voulait pas se jeter ainsi sans s’y être préparée dans ce qui risquait de devenir une argumentation.

Elle ne voulait pas accuser Louis-Victor. Tout ce qu’elle aurait aimé, c’était souligner, avec douceur, et sans reproche latent, à quel point son comportement envers Mademoiselle de Mesmes son épouse était impossible à tenir encore longtemps. Rien de plus, rien de moins. Elle soupira. Il lui faudrait user de beaucoup de patience et de douceur, deux qualités dont elle se savait pourvue, mais aussi de finesse, ce qui était plus délicat déjà.

Des pas dans le couloir, démarche souple, lourds souliers d’homme plutôt que délicat trottinement de femme. Son frère, sans aucun doute. Imitant sans s’en douter le moins du monde Lagardère, Louis-Victor venait à celle qui ne se décidait toujours pas à venir à lui. Un sourire erra un instant sur ses lèvres. Elle écarta de son visage ses mains, qu’elle croisa sur ses genoux, et rouvrit les yeux.

Et elle ne ramassa pas le psautier, qui gisait, oublié, à ses pieds.
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Mar 20 Jan - 22:33

Vivonne avait passé une nuit bien trop paisible à son goût mais  au moins son épouse se comportait-elle de façon calme et ils avaient pu partager une chambre sans qu’il n’y ait de dispute préalable, ce qui était toujours préférable pour les enfants. Puis il pensait passer une matinée tranquille, avec sa toilette et son courrier avant d’aller a la Cour, quand il entendit quelque chose tomber et plus un seul bruit. L’Hôtel était par trop silencieux. Il alla donc vérifier mais ses enfants étaient avec leur précepteur. Il n’y avait donc qu’une autre possibilité, Antoinette étant, pensait-il, déjà sortie.  Il se dirigea donc vers le lieu d’ou venait certainement le bruit, probablement causé par Marie-Madeleine, qui logeait en famille pour une fois, n’ayant pu retourner à son Abbaye après la soirée chez l’Ambassadeur Hollandais. Effectivement, ouvrant une porte, Vivonne découvrit Marie-Madeleine, un psautier gisant a ses pieds. S’approchant, Vivonne vint à elle et lui embrassa doucement le front.

« Ma sœur a un petit moment de faiblesse? »

Demanda-t-il avec tendresse. Il s’agenouilla doucement pour ramasser le psautier et le tendis à Marie-Madeleine pour qu’elle le reprenne. Puis il sourit.

« Je suis ravis de voir que vous portez mon cadeau. »

Il flatta doucement un des pieds de sa petite sœur afin de souligner qu’il parlait de la paire de chaussures, puis se releva et prit sa sœur par les mains afin qu’elle se lève.  Doucement il alla sur le sofa et l’amena a lui, la prenant sur ses genoux comme si elle était une de ses enfants.  

« Alors Marie-Madeleine, vous semblez épuisée. Pourquoi donc laissez vous tomber votre psautier ? »

Le Duc avait pris un ton paternel et traitait sa petite sœur comme si c’était son enfant. Il en était parfaitement conscient et il fit un clin d‘œil amusé a celle-ci afin de dissiper tout doute qu’aurait pu avoir la jeune Nonne.


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Dim 25 Jan - 17:54

Elle avait bien présagé, et c’est son frère qui entra dans la pièce. Comme elle le pensait. Elle sourit, un instant. Le regard de Vivonne se trouva immédiatement attiré par le psautier à terre –c’est sans doute sa chute qui l’aurait attiré jusqu’ici, car il avait pour coutume de laisser la jeune femme seule à cette heure de la journée, sachent très bien qu’elle avait besoin de ce temps pour ses dévotions, qu’elle observait aussi scrupuleusement parmi les siens qu’en son couvent. Il le ramassa, et le lui tendit ; elle referma ses doigts, mollement, autour de la couverture de cuir durci, et le déposa sur ses genoux, presque mécaniquement ; l’esprit ailleurs. A la question de son frère, elle répondit évasivement, prétextant un peu de fatigue, que ne viendraient sans doute pas contredire ses traits tirés, son air las.

Elle rassembla tout son courage, prête à mettre à exécution la résolution qu’elle venait de prendre quelques secondes à peine avant l’arrivée du duc. Ce serait peut-être un peu difficile, on a toujours du mal à reconnaître et à exposer des actes aussi lourds de conséquences, mais elle s’en sentait encore capable… Jusqu’à ce que son frère, l’attirant à lui, la prenne sur ses genoux –exactement comme il en aurait agi avec l’un de ses enfants. Troublée, elle rosit –non pas tant à cause de sa position, car, après tout, ils étaient tout à fait seuls, et il était son frère, mais bien plutôt à cause de toute la tendresse de ce geste. Il lui faisait confiance, et elle avait trahi cette confiance ; il la traitait avec affection, et elle, en essayant de l’aider, avait probablement fait plus de mal que de bien, à en croire les paroles de la comédienne. De son propre point de vue, elle restait convaincue que son frère souffrirait sans doute quelque peu au début, mais que cela ne représentait après tout pas grand chose en comparaison de la paix retrouvée au sein du foyer, qui était la conséquence  nécessaire à ces yeux d’un éloignement d’avec Madeleine Béjart.

Rougissant encore un peu plus, Marie-Madeleine garda un instant le silence. Un long, long instant. Sa langue restait collée à son palais tandis qu’en son for intérieur elle cherchait désespérément une manière commode d’amorcer une explication…. Tout en serrant, avec l’énergie du désespoir, ses mâchoires, comme pour bien être certaine que pas le moindre petit son ne pourrait franchir cette barrière. Cela tenait à peu de choses. Il aurait suffi de quelques secondes de moins. Il aurait fallu qu’elle se jette de prime abord dans ce qu’elle avait résolu de faire ; elle avait laissé passer l’instant, et ce qui lui paraissait si simple quelques secondes auparavant encore était maintenant un défi, une épreuve, qui valait bien à ses yeux l’un des travaux d’Hercule…. Disproportionnement lié à une peur de plus en plus poignante. Elle inspira une fois, à fond, expira lentement, et tourna son visage vers celui de son aîné.

« Louis-Victor, j’ai quelque chose à vous dire, et je ne sais trop comment m’y prendre, car j’ai peur… De vous blesser, et plus encore de vous fâcher… Mais peut-être vous savez déjà ce dont je veux vous entretenir… Non ? »


Sous le coup de l’émotion, le jeune religieuse peinait à ordonner ses idées et à construire ses phrases. Cela passerait. A l’air de surprise qu’arborait son frère elle devina qu’il n’avait pas revu sa maîtresse depuis l’entretien qu’elle avait eu avec cette dernière en l’église de Saint-Germain-l'Auxerrois –ou dans le cas contraire, que cette dernière n’avait pas jugé bon l’en avertir.

« Mais d’abord, promettez moi de garder à l’esprit que je n’ai pas voulu vous porter préjudice ! Il faut que je vous raconte ce qui s’est passé… »


Oh ! Cette manière de tourner autour du pot, cette difficulté dramatique à s’exprimer ! Elle s’en serait giflée, elle qui avait d’habitude une si belle aisance à l’oral, et qui se piquait d’un certian esprit. Plus tard elle se reprocherait cette attitude, mais pour l’heure, elle ne pouvait guère que s’en désespérer ; et plus elle contournait la difficulté, plus elle la voyait arriver, et plus elle sentait gonfler en elle l’angoisse de ce qui allait suivre. Ce n’était plus tenable. Faisant un effort sur elle-même, elle soupira, et baissa les yeux.

« Je crois que je vous ai fait beaucoup de tort sans le vouloir. »


Elle leva son regard vers celui de son frère, l’y plonga. Ne restait plus qu’à se lancer dans son récit, mais cette amorce jetée, cela serait sans doute plus aisé déjà. Posément, d’une voix très calme, elle reprit.

« Vous vous souvenez peut-être de m’avoir rencontre, il y a un peu moins d’une semaine, sous les arcades de la Place Royale, alors que vous étiez en compagnie de Mademoiselle Béjart ? »

Certaine d’avoir captivée l’attention de Louis-Victor, elle guettait cependant avec presque une certaine anxiété la moindre de ses réactions.
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Dim 1 Fév - 16:10

En prenant sa sœur sur ses genoux pour la câliner comme une enfant, le Duc avait espéré la faire sourire ou, minima, améliorer quelque peu son humeur. Mais les soucis et la fatigue de la plus jeune des Sœurs Mortemart étaient suffisants pour qu’elle ne se réjouisse pas de la tendresse de son frère. Par contre le frère, lui, eu un petit sourire quand les joues de Marie-Madeleine rosirent.

« Une véritable petite écrevisse. »

Murmura doucement le Duc avec un air mi tendre mi amusé, alors que la nonne restait silencieuse, rougissant sous la situation. Naturellement il ignorait être la source des tracas de sa sœur et espérait donc qu’elle se confierait et soulagerait ses soucis en les partageant avec son grand frère. Il remarqua alors qu’elle serrait la mâchoire et s’en inquiéta. Que se passait-il derrière ce petit front ? Et lorsqu’elle prit la parole, Vivonne en fut perplexe. De quoi Marie-Madeleine voulait-il lui parler ? Madeleine avait su avec sensualité lui faire oublier qu’ils avaient croiser Marie-Madeleine et cela lui était sortir de l’esprit que sa plus jeune sœur savait l’identité de sa favorite. Par conséquent le Duc pensait que Marie-Madeleine avait des reproches soit sur sa relation avec Antoinette soit sur l’éducation de ses enfants qu’il pensait pourtant irréprochable. Et avant qu’il dise un mot, voilà que la petite sœur reprenait la parole, tournant autour du pot. Ainsi Marie-Madeleine lui aurait fais du tords ?

« Mais ma sœur comment avez vous pu me faire du tords ? »

Demanda-t-il, étonné, et aussitôt Marie-Madeleine évoqua la fois ou ils s’étaient croisés sur la Place Royale. Un calme inquiétant s’était emparé de la jeune nonne alors qu’elle prononçait chaque mot. Le Duc sentit sa mâchoire se décrocher, puis il la referma, et il hésita.

« Oui je me souviens. Madeleine a calmé mes inquiétudes et j’avais oublié cette possibilité de soucis. »

Dit-il alors doucement. Il n’interrompit pas son câlin, désireux de montrer qu’il ne s’inquiétait pas pour les actes de sa sœur, convaincu qu’elle n’avait pas du faire grand chose de mal, puisqu’elle était un ange.

« J’écoute donc ce que vous avez fait, mais je suis convaincu qu’il n’y a de rien grave, Madeleine ne m’a rien dit. »

Dit-il d’un ton qui se voulait rassurant afin d’encourager sa petite sœur a parler.
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Mer 18 Fév - 13:46

Si son frère marqua un temps d’étonnement, presque d’inquiétude, lorsque Marie-Madeleine évoqua sa rencontre avec Madeleine, elle fut extrêmement surprise de le voir retrouver, immédiatement, sa belle confiance et son optimisme. Elle en écarquilla un peu les yeux. Cette attitude remarquable ne l’aidait pas le moins du monde –au contraire ! Son frère ne pouvait pas imaginer à quel point il lui compliquait la tâche… Car elle allait devoir, à présent, se livrer à un récit en règle, et briser en mille morceaux cette belle confiance sans aucune faille, la fracturer et en piler encore les morceaux ! Ah ! Madeleine ne lui avait rien dit… Eh bien, mais qu’avait-elle donc eu besoin de s’ouvrir à son frère ? Tout cela n’aurait aucune conséquence, si Madeleine n’avait rien dit. Elle inspira, et puis prit le parti de rire de ce qui s’était passé –rire plutôt que pleurer, et puis rire parce que, après tout, Vivonne avait raison : quoiqu’elle ait pu faire, Madeleine ne devait sans doute pas tenir pour bien importantes les remontrances de la sœur de son amant, et d’une religieuse qui plus est.

Mais quelle ironie, tout de même ! C’était Marie-Madeleine qui se trouvait la plus hantée, la plus tourmentée par cette histoire idiote, alors que c’était l’autre qui aurait dû avoir des remords et réfléchir à sa conduite ! C’était, décidément, bien amusant…

« Allons, je me fais du souci pour si peu de choses, et vous devez avoir raison ! Si elle ne vous a rien dit, c’est que ce qui s’est passé n’était pas si important que je ne veux bien le croire. La peur de vous avoir fait du tort m’embrouille, et voilà que je ne sais plus trop par où commencer… Je veux tout vous raconter, pour que vous sachiez tout de même ce que j’ai dit, et que cela ne vous nuise effectivement pas –mais voilà que je recommence… Je suis vraiment ridicule. »

Elle soupira, fit tourner entre ses mains le psautier, l’ouvrant puis le fermant, s’absorbant dans ses réflexions –cherchant la meilleure formulation possible.

« Je serais brève. Alors que je priais, comme je le fais chaque matin, à Saint-Germain-l’Auxerrois, Mademoiselle Béjart est entrée dans l’église. Je l’ai évidemment reconnue immédiatement. J’aurais pu l’ignorer, mais j’ai préféré aller vers elle, dans l’espoir de faire valoir à ses yeux les intérêts de votre famille et de votre épouse… Je pense que l’issue n’est pas très difficile à deviner ; nous nous sommes quittées sans qu’aucune de nous deux n’ait changé quoi que ce soit à son point de vue sur l’autre. Mais n’ayez crainte, il n’y a eu ni coups ni insultes d’échangés, et nous avons même parlé avec assez de mesure et de raison, quoique votre… amante n’ait jamais voulu se ranger à mon avis, qui est celui de la morale… Après tout, continua-t-elle, mi-amusée, mi-désillusionnée, il est vrai que la morale est souvent bien moins attrayante que l’interdit, et que je n’avais pas la position la plus aisée à défendre ! Mais il me semble pourtant qu’à partir d’un certain âge, il faudrait songer à se ranger… Enfin, laissons-là ce sujet de controverses. »

Marie-Madeleine sourit, regardant son frère. Elle cherchait à assurer, aussi bien à lui qu’à elle-même, à quel point tout cela ne méritait, finalement, de leur part à tous les deux que leur dérision.

« Je suppose qu’elle n’en tiendra pas compte. Si elle ne vous en a pas reparlé, c’est que la chose ne devait pas lui paraître d’importance ! Après tout, il est vrai que j’ai réagi de façon assez étonnante… En y repensant, je me demande si je me serais comportée de la même façon, si nous nous étions rencontrées en un autre lieu et à un autre moment, et si je n’avais pas été coupée du monde pendant si longtemps ! »


Il n’y avait rien à ajouter, et tout cela semblait devoir en rester là. Finalement, Marie-Madeleine se sentait soulagée d’avoir porté cet épisode à la connaissance de son frère ; sans doute rirait-il un peu de sa petite sœur et de son étrange idée de faire valoir son amour de l’ordre et de la morale chrétienne auprès de sa maîtresse, et puis la scène tomberait dans l’oubli. Pour autant, elle n’aurait jamais nié une seule des paroles ou des opinions qu’elle avait pu professer devant la Béjart ! Elle n’avait aucun mépris pour la comédienne, seulement elle ne pouvait pas, décemment, fermer les yeux et faire comme si elle ne savait rien. C’était une question de principe.
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Lun 6 Avr - 16:21

Vivonne se demandait réellement quelle était la situation : Marie-Madeleine semblait sincèrement troublée pour un non-événement. Vivonne avait-il raté quelque chose ou sa sœur lui cachait encore quelque chose ? Les propos de sa sœur semblaient chercher à l’apaiser tout en essayant d’obtenir son approbation à faire le récit des évènements.

« Et bien racontez moi, petite sœur chérie, dites moi tout ce qui pèse sur votre langue. »

Marie-Madeleine poussa un soupire et annonça qu’elle serait brève. Le Duc se prépara à un monologue et effectivement il vint. Et il ne savait sur quel pied danser. D’un côté une dispute entre Madeleine et Marie-Madeleine était des plus inquiétants mais de l’autre il se demandait s’il avait bien compris que sa petite sœur le traitait de vieux… Et elle souriait la coquine !

« Et bien... »

Vivonne prenait réflexion. Mais il ne semblait pas fâcher. Le duc hésitait mais restait calme.

« Je ne sais pas trop comment te répondre. »

Confia-t-il doucement sans cesser de cajoler sa petite sœur.

« Je pense que vous auriez pu me causer bien des soucis en vous attaquant ainsi à Madeleine. »

Confia-t-il d’une voix douce. Vivonne ne regardait plus sa sœur mais la fenêtre, du moins a travers. Était-ce parce qu’il pensait a Madeleine ?

« Je sais que vous désirez mon bonheur et, en bonne chrétienne, n’envisagiez celui-ci qu’auprès de mon épouse. Le pire dans tout ça est que j’aurais pu être heureux avec mon épouse. »

Vivonne soupira.

« Car je l’aime. Mais j’aime aussi Madeleine. »

Le Duc poussa un second soupire.

« Je sais que vos oreilles n’aiment pas ce qu’elles entendent et j’en suis désolé mais si je perdais Madeleine, j’en serait triste. C’est pour ça que, malgré mon « âge », je ne suis pas rangé. »

Dit-il alors doucement. A la façon dont le Duc avait appuyé sur le mot âge avec un sourire amusé, il semblait certain que Marie-Madeleine ne pourrait oublier avoir traité son frère de vieux.

« Quand à votre réaction spontanée, c’est clairement un acte juvénile. Mais le vieil homme que je suis vous pardonne ces actes impulsifs qui ne sont que la trahison de votre très jeune âge. »

Un gros clin d’œil appuya les propos du Duc, qui semblait amusé.
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Mer 22 Avr - 13:48

Elle commençait à se sentir plus en paix avec elle-même, à présent, puisqu’elle avait tout dit. Elle se sentait assurément ridicule de s’être ainsi morfondue –Madeleine Béjart n’en avait, elle, certainement pas perdu le sommeil…- mais commençait à se raisonner elle-même et à ramener l’ampleur et les conséquences de son geste à leurs justes proportions : l’élan passionné d’une idéaliste, qui ferait peut-être sourire amèrement la comédienne et son aîné, mais qui ne tirerait pas à conséquences.

Cependant, elle ne put pas ne pas remarquer le bref abandon du vouvoiement lorsque Louis-Victor prit à son tour la parole, pour lui répondre. Elle s’en troubla : finalement, avait-il été un tant soit peu secoué par cet aveu ? Cependant, son calme la rassura bien vite. S’il avait été véritablement remué, cela se serait vu. Son frère était plus un passionné qu’un hypocrite. Il n’avait pas pour habitude de dissimuler à l’excès, de s’abriter derrière des faux-semblants… Et, surtout, Marie-Madeleine savait assez qu’il lui faisait assez confiance, sans doute à cause de son état de religieuse, pour ne pas lui mentir. Elle était en quelques sortes sa confidente, puisqu’il lui avait d’ores et déjà, sous le sceau de la confession, confié plus que ce qu’il était tenu de lui dire.

Et il paraissait véritablement tiraillé. Tiraillé entre son épouse, et son amante… Cette situation qui paraissait ne pas devoir trouver d’issue, puisqu’il serait le seul, elle le savait, à pouvoir la changer.. Et qu’il n’y était pas décidé, apparemment. Elle soupira. Elle voulait le bonheur de son frère, oui. Seulement elle commençait à croire qu’elle s’était fourvoyée. Qu’elle ne pouvait rien, qu’elle perdait son temps, et qu’à trop s’impliquer elle risquait plus de se faire du mal à elle-même à cause d’un tenace sentiment de culpabilité que de dénouer si peu que ce soit les nœuds trop embrouillés de cette histoire qui finalement ne la regardait pas.

Elle sourit cependant, lorsque son frère releva tort l’allusion à l’âge de Madeleine en la prenant pour lui. Elle ne l’avait pourtant pas visé… Le rire aux lèvres, elle se retourna pour lui faire face.

« Vous détournez mes paroles, mon cher frère, loin de moi l’idée de vous offenser ! Vous n’êtes après tout pas si vieux… Quoiqu’il n’y ait pas d’âge pour commencer à bien se conduire… Non, je pensais plutôt à Mademoiselle Béjart qui, si je ne m’abuse, n’est plus de la première jeunesse. Pour autant, je comprend ce que vous dites et je vois maintenant mon erreur ; je n’essaierai plus de m’immiscer dans vos affaires, de crainte de mal faire. »


Elle soupira, resta songeuse un instant, écoutant son frère. Elle balançait doucement son pied dans le vide, songeuse. Pourquoi ternir une journée qui promettait d’être belle, après tout ? Elle n’avait plus envie de se lancer dans de grands débats et d’argumenter –pas qu’elle s’estimât vaincue, ou qu’elle pensât ses arguments mauvais, simplement elle jugeait plus sage de ne point pousser plus loin ce sujet. Marie-Madeleine pouvait se montrer aussi obstinée que ses sœurs, et ne pas se laisser faire lorsqu’il le fallait, mais elle savait également se montrer diplomate lorsque le besoin s’en faisait sentir. Ne voulant pas entrer en froid avec son frère, elle prit le parti d’abandonner et de se ranger –mais ne put résister au besoin de clarifier sa pensée.

« C’est entendu, murmura-t-elle, cependant ne comptez pas sur moi pour cautionner.. Mais vous aurez droit cependant à ma compréhension. C’est beaucoup déjà. »


Elle avait pris un air de grande magnanimité, et parlé sur le ton de la plaisanterie, pour autant elle était très sérieuse ; mais elle n’avait aucun doute, son frère s’en apercevrait. Ce dernier du reste reprit sur un même ton amusé et badin pour lui offrir son pardon.

« Un acte juvénile… Oui, je pense que vous avez raison, et je suis heureuse que vous me l’excusiez si facilement. Merci, mon frère. Aussi, brisons-la sur ce sujet. Je pense qu’il n’est pas nécessaire, n’est-ce pas, de s’attarder là-dessus ? Puisque après tout, remuer les couteaux dans les plaies n’apporte rarement plus que des complications… »


Elle se releva, défroissa sa robe. Toujours ce souci de propreté, de netteté, de perfection. Elle souriait, pour la façade, mais déjà elle se promettait de n’y plus penser, ou du moins, plus autant. Jetant un coup d’œil à la pendule majestueuse qui ornait le salon –un de ces délicats petits objets qui étaient des merveilles de finesse autant que de mécanisme.

« Mais il est temps je crois pour la promenade. M’accompagneriez-vous, pour sceller notre réconciliation? »
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Jeu 7 Mai - 17:58

Le duc ne pouvait que remarquer le soulagement de sa bien aimée petite soeur maintenant que la discussion était close. Oh certes tout n’était pas parfaitement calme dans les deux têtes Mortemart mais, au moins, la situation était apaisée et, surtout, les craintes qu’avait eu Marie-Madeleine venaient d’être balayées par Louis-Victor. Et cela était bien le but de Vivonne qui avait été troublé par les révélations de sa soeur mais se rassurait fort logiquement en se disant que si le sujet avait été important, Madeleine lui en aurait parlé a un moment ou un autre.

Et c’est ainsi qu’il n’avait eu aucun mal a plaisanter sur les propos de sa petite soeur ayant trait a son âge, ce qui la fit rire pour le plus grand plaisir du Duc… Juste avant qu’elle traite la comédienne de vieille ce qui fit grimacer Vivonne même s’il était impossible de nier que la belle Madeleine avait atteint le seuil des quarante printemps depuis un moment. Quand a la conclusion elle fit sourire le Duc:


“Voila, ne vous immiscez plus dans mes histoires de cour et je n’irais pas m’immiscer dans vos prêches, prières et confessions!”

Et le Duc rit a l’idée de jouer les confesseurs et donner l’absolution aux pauvres pêchers: Il serait soit terriblement mal passé soit, au contraire, le mieux placé, au vu de sa vie de libertin guerrier.

“Ma chère petite soeur, je vous remercie pour votre compréhension et oui, n’en parlons plus.”

Lui sourit-il alors que la jeune femme se relevait. Le duc fit de même et, en bon Mortemart, vérifia que son apparence était parfaite avant de sortir.

“Parlons plutôt littérature pendant notre promenade, c’est un sujet qui vous tient a coeur et qui a le mérite d’être toujours plaisant, non?”

Proposa le Duc en offrant son bras a sa petite soeur.
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