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 Les domestiques sont comme des meubles ; exception près qu'ils ont des oreilles ~ Athénaïs de Montespan


Lun 9 Fév - 22:29


En temps normal, la vie domestique de l'Hôtel de Guise ressemblait à une fourmilière. Chaque serviteur avait sa fonction bien précise, ses tâches, ses ordres à exécuter. Tout le monde savait d'ailleurs qui faisait quoi, obéissant scrupuleusement aux régisseurs et aux gouvernantes qui orchestraient les nuits et les jours d'une main de maître. Rien n'était laissé au hasard. Quand elle avait commencé à travailler à l'Hôtel de Guise, occupant une fonction très subalterne, Aurore avait été impressionnée par l'organisation mûrement réfléchie de la domesticité. Il n'était pas question de laisser une chose au hasard. C'était assez angoissant, car même si les moindres détails étaient prévus, tout n'était pas prévu. Il arrivait des événements impromptus, des accidents, des oublis, et cela obligeait à repenser l'organisation. Ces faux-bonds demandaient à tout le personnel de savoir faire preuve d'initiative en cas de besoin - et ces initiatives, exécutées souvent de façon anarchiques, ne devaient en aucune façon occasionner d'autres faux-pas. L'effet boule de neige ne devait pas exister.
Être domestique dans une si grande maison, c'était donc forcément marcher sur des oeufs - rien de plus inconfortable et de plus éreintant - mais, comme pour tout, l'on finissait par s'habituer. Aurore, qui craignait sans cesse de faire une erreur, avait fini par prendre de l'assurance en même temps qu'elle gravissait les échelons au sein du corps domestique. Voici un an et demi qu'elle était là, et là voilà arrivée au poste de sous-femme de chambre, à travailler pour un des fils Lorraine avec lequel, il fallait le reconnaître, elle s'entendait plutôt bien. Peut-être était-ce le fait d'avoir seulement un an de plus que lui, en tout cas, il semblait à la jeune fille que son maître n'avait rien d'un tyran tapageur.

Seulement, il y avait des jours comme celui-ci où l'activité était encore plus effervescente. Les Lorraine avaient de la visite - et pas des moindres - puisqu'il s'agissait d'une des personnes les plus en vue de l'aristocratie. La plupart des salons avaient été nettoyés de fond en comble et les cuisines exhalaient une alléchante odeur de pâtisserie. Aurore n'était pas en reste et, lorsque l'invitée fut annoncée, elle se tint prête, à la porte du salon de réception, tandis qu'elle entendait Le Petit Marsan accueillir la jeune aristocrate. Il y eu un moment durant lesquels ils échangèrent des nouvelles superficielles. Malgré son jeune âge, Charles de Lorraine n'était pas en reste en matière de conversation. Souvent, Aurore se surprenait à admirer son éloquence, songeant que, si elle discourrait ainsi, elle redorerait le peu de sang noble qu'elle possédait.
On l'appela et, ouvrant un des battants de la porte, la domestique entra dans la pièce, saluant humblement Athénaïs de Montespan qui siégeait magistralement sur un des canapés du salon, le tissu brillant de sa robe cascadant avec grâce jusqu'au sol qu'il effleurait doucement à chacun de ses légers mouvements.

▬ Servez-nous une collation, indiqua Le Petit Marsan à Aurore qui s'en alla aussitôt accomplir sa requête.

Elle revint quelques minutes plus tard, les bras chargés d'un lourd plateau en argent sur lequel reposait des madeleines encore chaudes, une assiette avec un peu de beurre, un petit bol de confiture, et plusieurs sortes de boissons chaudes : du thé, du chocolat chaud, et du café. Concentrée, elle veillait à ne rien renverser et, alors qu'elle allait entrer dans le salon, elle entendit que l'on parlait d'elle. Du moins, elle entendit son nom être cité dans la conversation. Interdite, elle resta immobile, la porte à peine ouverte, les yeux ronds comme des billes et le souffle saccadé, prise par une angoisse sourde. Pourquoi diable était-elle le sujet de la discussion ?


Dernière édition par Aurore Albray le Lun 30 Mar - 21:13, édité 1 fois
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Mar 17 Mar - 10:35

Etre invité chez les Lorraine était toujours un honneur des plus appréciables dont on ne se privait de se vanter. La belle marquise, depuis des jours, trépignait d'impatience de se rendre à l'hôtel de Guise afin de rencontrer son hôte avec qui elle se plaisait beaucoup à converser.
Après quasiment une semaine à se targuer auprès des autres dames de la reine de sa future excursion des plus plaisantes, et s'entendre conter la chance qui était la sienne, Athénaïs avait choisi et fait agrémenter au mieux l'une de ses tenues les plus fines. Une toilette de brocard et satin dans les tons azurs, qui faisait ressortir ses yeux, détourée d'une dentelle immaculée finement ciselée et d'un goût délicat, dont sa soeur aînée lui avait fait présent. Gabrielle avait toujours su choisir avec soin les atours dont elle disposait, et savait se montrer généreuse avec sa cadette, tout aussi "précieuse" qu'elle.

Une foie parée comme elle le souhaitait, la jeune aristocrate se rendit, avec la voiture de son père, à l'Hotel de Guise où on l'attendait, prenant soin de ne point être en retard. Comme toujours chez les Lorraine, l'accueil fut des plus appréciés. On débarrassa la marquise de sa cape et ses gants, et elle ne tarda pas à rejoindre Charles en son salon. La jeune femme ne put s'empêcher d'admirer la finesse de la décoration de la pièce. La moindre babiole en ces lieux devait avoir une valeur avoisinant des sommes indécentes, ce qui laissait la demoiselle rêveuse, sans pour autant se détacher de trop de la conversation de son hôte. Ce dernier ne tarda d'ailleurs pas à réclamer une collation à sa jeune domestique qui s'était empressée d'obéir.

La domesticité, en ces lieux, était d'une efficacité digne du palais royal, et Athénaïs ne se priva pas d'en faire compliment au lorrain. Celui-ci, enchanté, complimenta sa jeune domestique non-encore revenue, et cita son nom. Alors qu'il continuait en contant une anecdote amusante sur cette jeune femme qui ne semblait pas le quitter, Athénaïs resta interdite quant au nom de cette Aurore. Albray. Etait-ce la même Albray que cette Alix, de la chambre de la reine, qui ne s'était point gênée pour la menacer alors qu'elle l'avait prise en flagrant-délit de vol? La marquise pâlissait sous son fard blanc, tandis que le jeune duc riait à sa boutade, que la jeune femme n'avait pas entendue. Elle se contenta de sourire en bredouillant un petit rire forcé. Après une légère hésitation, la marquise tenta malgré tout une approche, sur le ton le plus bas possible, ayant peur d'être entendue.

-Néanmoins, mon ami, j'attire votre attention sur le fait qu'on ne peut jamais accorder toute entière sa confiance à ce genre de personne.

Se rendant compte de l'audace de son commentaire, elle se mordit la lèvre inférieure, craignant d'avoir froissé son hôte. Après tout, il semblait très proche de cette bonne qui paraissait l'accompagner dans tous ses déplacements. Malgré tout, si cette fille était de mèche avec celle qu'Athénaïs redoutait, elle se devait de le mettre en garde. L'affaire était délicate.
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Lun 30 Mar - 21:52


Le plateau dans ses bras commençait à peser - elle n'avait pas la force de Jean, un des valets, qui ne cessait de se moquer gentiment de la domestique à chaque fois qu'il la croisait. Il fallait dire qu'il la croisait précisément lorsqu'elle avait besoin d'aide pour soulever ou porter quelque chose...  Mais pour le moment, ce n'était pas ce qui préoccupait Aurore. Les muscles de ses bras devraient encore tenir un moment, étant donné que la jeune fille ne comptait pas de sitôt passer le seuil de la porte.
C'était mal que d'écouter ainsi - surtout que le Petit Marsan l'attendait. Il détestait attendre, à l'instar de tous les autres Lorraine qui n'avaient pas de temps à perdre. Mais c'était plus fort qu'elle. Aurore ne parvenait pas à quitter sa position de statuaire antique.


▬ ... peut jamais accorder toute entière sa confiance à ce genre de personne, entendait la domestique à travers le battant de la porte.

Ce n'était que des bruits étouffés, fragmentaires, et rien ne frustrait plus Aurore que de n'entendre qu'une petite partie de ce qu'il se disait alors que l'on parlait d'elle. Elle inspira longuement. Certes, la marquise ne semblait rien lui reprocher à elle à proprement parler. Elle parlait d'un genre de personne, autrement dit les domestiques. Seulement, Aurore aurait aimé savoir pourquoi la Montespan disait cela maintenant. Critiquer le personnel de quelqu'un revenait à critiquer cette personne. La servante doutait, de plus, que la Dame fît ce genre de remarques à chaque personne qu'elle visitait.

Elle n'eut pas le temps de se remuer davantage les méninges, parce que son maître, le Petit Marsan, répondait sur un ton guilleret :


▬ Bien-sûr. On ne peut prendre n'importe qui à son service. Savez-vous que la Comtesse de Bougeois a appris que des rumeurs malveillantes circulaient sur son compte après s'être confiée à sa femme de chambre ? Cette dernière a révélé le nom des amants de la Comtesse à toute la cour...

Il baissa le ton - probablement pour répéter lui-même les noms des fameux amants - et Aurore n'entendit plus rien. Elle se redressa pour soulager ses membres de la position inconfortable qu'elle leur imposait, mais revint vite à sa place initiale pour que rien ne lui échappât. Pourvu que personne ne la surprenne ainsi ! Elle aurait l'air fin si sa réputation de bonne travailleuse était réduite en poussière en cette occasion. Mais le couloir était désert. Et dans sa tête, Aurore s'était préparée à agir en cas de passage. Elle était tout à fait en droit d'être là.

▬ Je n'ai pour ma part rien à dire sur mon personnel, reprenait le noble au grand soulagement de la domestique. J'ai pris garde à ce que les servantes et les serviteurs les plus proches soient blancs comme neige. J'espère qu'il en va de même pour les vôtres, Madame.

Au moins, Aurore était rassurée. Le Petit Marsan n'avait aucun reproche à lui faire - ni à ses collègues, d'ailleurs. Et si la jeune fille n'avait pas été curieuse de connaître la réponse de la marquise, elle aurait passé la porte du salon. Mais elle resta là, à attendre la suite.
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Dim 26 Avr - 14:13

Athénaïs reprit un peu confiance en voyant que son hôte ne lui tenait pas rigueur de son commentaire, toutefois quelque peu aventureux. Il renchérit même sur une anecdote concernant une comtesse désormais réputée pour son infidélité. Ainsi, la jeune marquise sut d'où provenaient ces ragots, ce qui lui arracha un léger sourire en coin.

-J'eus ouï dire, en effet, que madame la comtesse était quelque peu frivole...

Et les noms des amants en question évoqués, le sourire d'Athénaïs laissa place à des yeux quelque peu surpris. Certains étaient des personnes de sa connaissance. Elle se prit à être étonnée, d'ailleurs, que son frère n'en fasse pas partie. Mais bien vite, elle reprit ses esprit, ne quittant pas de vue le sujet principal: les Albray! Il fallait qu'elle en ait le coeur net: Aurore et Alix étaient-elles de la même trempe? Si tel était le cas, peut-être qu'un complot plus grand encore se tramait dans l'ombre, peut-être que la reine était en danger?
Alors que le Petit Marsan se flattait de n'avoir rien à reprocher à son personnel, Athénaïs sentit qu'il était temps de prendre le taureau par les cornes et se lancer. Elle tâcha néanmoins de garder le même ton bas que son interlocuteur utilisa pour citer les noms des amants de la comtesse de Bougeois.

-Saviez-vous que Sa Majesté la reine avait une servante portant le même patronyme que la jeune personne que vous avez envoyé nous chercher une collation?

La marquise en avait profité pour glisser cela, faisant remarquer que la collation se faisait attendre. En général, l'on ne tardait jamais à rapporter les rafraîchissements. Ce retard pouvait être considéré comme suspect... Du moins pour l'invitée qui commençait à avoir de sérieux soupçons sur Aurore, tandis que son maître en paraissait très content. La jeune dame de compagnie de la reine ne voulait pas non plus se montrer insultante, il fallait prendre des gants.

-Je vous parle de cela car mon mari a fait venir chez nous un valet de pied, sur recommandation d'une de ses connaissances, et il s'est avéré que ce garçon était loin d'être une personne de confiance. Il l'a pris en flagrant délit de vol. Depuis, je reconnais être un peu méfiante, sans doute trop.

Une bien piètre excuse mais qui ferait probablement l'affaire pour justifier son insistance à ce sujet. Malgré tout, Athénaïs ne pouvait s'empêcher de se demander où était passée la petite domestique. Etait-elle en retard, innocente de tous les méfaits que l'invitée du jour était prête à lui mettre sur le dos, ou réellement fomentait-elle un plan machiavélique? La paranoïa était proche de gagner la jeune femme. Mais il ne fallait pas y céder, non. Il fallait garder la tête froide, ne pas passer pour une folle auprès de son hôte qui était loin de se douter de ce qui s'était produit chez la reine quelques jours auparavant.
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