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 La nature n'a accordé aux hommes que la constance, tandis qu'elle donnait aux femmes l'obstination. [Loulou]


Mar 7 Avr - 17:33

Quel mortel ennui. Quelle corvée… Du coin de l’œil elle scruta ses voisins. Retint un rictus amusé en constatant tout le mal qu’avait Monsieur à prétendre ne pas mourir intérieurement, puis voulut soupirer en voyant toute cette triste dévotion qui émanait de Marie-Thérèse. Il n’y avait que le roi, peut-être, qui parvenait à faire bonne figure d’entre deux. Quelle famille mal assortie ils faisaient.
En dépit d’un chœur comme toujours excellent et novateur, le divertissement manquait cruellement. Si bien que se retenir de bailler se faisait atrocement difficile, alors que sous l’apparente piété Henriette priait pour une fin rapide de la messe. Mais aucun blasphème n’était à voir dans la silencieuse demande, elle le jurait devait Dieu !

Finalement on sortit enfin, il lui semblait plus tard encore qu’elle ne l’avait prévu. Une demi-heure pouvait parfois paraître une véritable éternité. Messe quasi mortelle, elle aurait un jour raison d’une cour trop jeune pour l’apprécier à sa juste valeur.
Enfin terminée, la spirituelle parenthèse, et une liberté relative se dessinait désormais que Louis allait tenir Conseil pendant que son épouse retournait s’enfermer prier. Les têtes couronnées occupées, le reste de la cour pouvait s’en aller vaquer à ses activités quotidiennes. S’agissant de Madame, une habituelle promenade dans les jardins suivie d’une fin de matinée dans ses appartements, simplement accompagnée du plus proche entourage. Et, certes, de ces quelques demoiselles dont elle se serait volontiers passé mais qu’on lui avait imposé de la plus infâme manière. Mais aujourd’hui qui aujourd’hui ne gâcheraient pas le plaisir.
Une jolie fin de matinée s’était en effet dessinée. Pour passer le temps elle avait fait venir La Fontaine afin qu’il fasse lecture de quelques-uns de ces poèmes, ce qui sans surprise avait fort plu à l’assemblée. S’ensuivit évidemment une discussion animée concernant les dernières pièces à la mode, avec comme souvent ce retour à l’éternelle bataille entre comédie et tragédie, où Henriette faisait figure d’entre deux. Au fond le talent se trouvait dans les deux registres et tenter de les départager semblait une vaine affaire. Cependant on s’obstinait, tentait par une suite d’arguments parfois bancals de se donner raison.
Mais le débat stérile ne dura que toute au plus une petite heure, chacun était à présent appelé par le royal agenda qui sonnait l’heure du repas. Comme toujours à Saint-Germain bien protocolaire, mais qui avait le mérite de marquer l’arrivée proche d’un début d’après-midi souvent agréable. L’oisiveté continuait, et on s’en réjouissait volontiers. En dépit de la pluie qui rendait balade ou chasse à courre impossible, la cour trouvait en effet facilement à s’occuper. Ceux qui y étaient bien vu pouvaient même espérer franchir l’antichambre de Madame, dont les appartements étaient bien plus ouverts que le matin mais dont l’entrée était encore filtrée. Ne côtoyait pas le sommet de l’Etat qui voulait. Puisqu’il était en effet de notoriété publique que le roi, quoique moins souvent que fût un temps, passait régulièrement chez sa belle-sœur. Une raison supplémentaire pour tenter de se frayer une place.

Alors qu’on spéculait, murmurait ici que Sa Majesté devait à cette heure recevoir un ambassadeur, chuchotait là qu’il ne viendrait sans doute pas, répondait plus loin qu’il ne tarderait plus, Henriette prétendait ne pas se soucier de la venue du monarque. En aimable conversation avec la Grande Mademoiselle, elle se retenait en effet de tourner trop souvent le regard vers la porte dont elle espérait au fond qu’on l’ouvre bientôt. Et pas sur une simple duchesse, par pitié.
Après une valse d’entrées et une courte accalmie une fois que tout le bon monde fut réuni, enfin il se montra. Annoncé par une voix qui se voulait encore plus haute et intelligible que pour le reste de la noblesse, Louis entra alors que tous se levaient pour s’incliner, Madame au centre de la pièce et les genoux pliés de la plus élégante manière.
La ruche sembla dès lors redoubler de vie. Chacun s’apprêtait à lever le menton un peu plus fièrement encore, ces messieurs bombant le torse quand ces dames ne pourraient plus s’empêcher de papillonner en fixant le monarque en coin. L’espoir d’être remarqué en tenait plus d’un en haleine. Et comme toujours ils prétendraient vaquer à leurs discussions quand tout un chacun savait que l’attention était donnée au Soleil.

Dès lors qu’elle put se relever, Henriette avança d’un pas en direction du roi, lui offrant bien sûr le plus beau de son éventail de sourires.

- Sire.

D’un regard la jeune femme balaya l’assemblée, s’amusant silencieusement de ceux qui la fixaient avec une pointe de pitié dans l’œil après lui avoir plus tôt demandé à plat ventre de glisser pour eux une faveur au roi. Peut-être plus tard, songea-t-elle. Il n’était pour le moment question que de monopoliser l’attention de son beau-frère.

- Sera-t-il jamais autre chose qu’un plaisir de vous recevoir ?

A peine une flatterie. Lorsqu’il venait ici il n’était d’ordinaire question que de passer un moment agréable, les problèmes d’Etat et de famille étant de principe laissés aux portes de l’antichambre.
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Mar 23 Juin - 16:12

Une plainte parvint faiblement dans son dos tandis qu’il fixait d’un air désespéré le parc. Il choisit de l’ignorer alors qu’une bouffée froide et humide le frappait en plein visage. Dehors, les arbres se courbaient sous le poids de leur branche en fleurs et sous la puissance du vent, dedans sa patience fléchissait à mesure que l’on s’acharnait à le prendre pour confident de malheurs bien futiles.

Une main couverte de bague s’éleva pour reposer sur le battement de la fenêtre qu’il entendait bien conserver ouverte malgré les demandes et les récriminations. Les doigts se serrèrent un peu trop fort contre le bois peint et quelques veines ressortir sous la peau pâle, alors que son regard se perdait de nouveau dans l’herbe verte, brillante d’humidité, de la pelouse. La journée n’avait pas mal commencé pourtant, et s’il n’avait pas été d’une humeur aussi frétillante que son bruyant cadet, le conseil n’avait pas entamé son affabilité et sa patience. Bien sûr en comprenant que le temps s’opposait à toute activité de pleine air, il avait connu un agacement passager. Mais finalement rien de bien grave.



Sa femme s’était révélée presque plaisante lors de leur entretien de l’après-midi. Bien entendu cette pauvre Marie-Thérèse n’était toujours pas capable d’avoir une conversation ne le faisant pas bailler. Pas plus qu’elle ne parvenait à s’exprimer dans un français convenable, mais elle faisait preuve de bonne volonté. De fait, Louis avait réduit de façon drastique ses exigences concernant sa femme. Qu’elle soit capable de discuter une heure sans geindre sur la « puta » ou maugréer à propos de la mauvaise qualité du chocolat, suffisait à mettre le souverain de bonne humeur. Et aujourd’hui comble de l’extraordinaire parler de leur fils, et trouver sans mal un accord, avait permit aux royales époux de s’entendre. Pour continuer cette bonne lancée féminine, il avait soigneusement évité quelques indélicates. Ce comportement n’avait pas grand chose de galant, mais ne pas croiser la bigote Montespan lui mettait toujours un peu de baume au coeur. Evidemment il avait fallu qu’une des représentantes du sexe faible gâche ses efforts. Une fois de plus. Cette épée de Damoclès lui fondait systématiquement sur le crâne, il ignorait juste de qui viendrait le coup. Généralement sa femme et son frère (qu’il rangeait dans la catégorie des porteurs de jupons sans le moindre scrupules) se chargeaient de le suriner au pire moment de sa journée, aujourd’hui ce fut Louise.



Elle commençait à le fatiguer avec sa douceur, sa complaisance et ses scrupules mais aujourd’hui plus qu’une lassitude sourde et ignorée, il sentait monter en lui une certaine colère. Quand il venait voir sa maitresse, il avait le vague espoir d’alléger, même temporairement, sa charge de soucis. S’il voulait gagner plus de tracas, il n’avait qu’à se trainer chez les Orléans ou visiter les Rohan. Mais non, en ce moment même elle semblait vouloir faire de lui un confident et un réceptacle pour ses malheurs. Malheur causé par les Orléans d’ailleurs. Par Henriette principalement, mais avec mauvaise foi Louis décida d’inclure Philippe dans la liste des reproches. Si son frère tenait mieux sa femme au lieu de dilapider son autorité en caprices sans fondements et en jalousies contreproductives, il n’en serait pas là. Quoiqu’il en soit, le souverain prit sur lui, salua galamment sa maitresse en assurant qu’il allait s’occuper du problème et sortit.



Sa belle humeur envolée, il hésita avant de prendre la direction des appartement d’Henriette. Non pas pour se disputer, quoique la chose était probable, mais sa belle-soeur avec son esprit affuté pouvait sans mal dissiper sa morosité. Avec un sourire confinant au cruel, Louis songea même que c’était dans son intérêt.



L’agitation des lieux contrastaient avec le vide des appartements de Louise et cette cour se pliant et s’agitant pour lui n’était pas pour lui déplaire, il devait bien l’avouer. Son regard s’attarda presque du côté de la Monaco. Mais il revint très rapidement sur sa belle soeur.



Un charme certains en dépit de cette silhouette malingre d’éternelle malade, elle lui adressa une révérence parfaite et un sourire qui l’était tout autant. Respectant son souhait de se changer les idées avant d’entamer les hostilités, il le lui renvoya. Puis lui baisa la main.



- Ma très chère soeur.



À la question toute réthorique, il répondit doucement



- Et c’est un plaisir que d’être accueillie chez vous.



De fait, il se sentait déjà d’une meilleure humeur après avoir passé le seuil de la porte. Peut être parviendrait il à mettre de côté les soucis de Louise pour pleinement profiter d’Henriette et de sa conversation. Même s’il savait que les plaintes de sa maitresse ne manqueraient pas de revenir dans une ritournelle dérangeante. Finalement il la mena vers un fauteuil et questionna avec une amabilité si ancré chez lui qu’elle tenait plus du réflexe que de l’intérêt.



- On murmure que vous ne vous vous sentez pas bien ces derniers temps, je suis contrarié de l’apprendre. Et que vous vous choisissez un nouveau chevalier d’honneur, ce qui par contre contrarierai fort mon frère.

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Mer 1 Juil - 0:10

La présence du roi s’étant dernièrement faite plus rare il s’agissait de se montrer d’excellente compagnie pour s’assurer que les visites ne s’espacent pas encore. Cela aurait été regrettable. Bien sûr Madame restait une interlocutrice privilégiée et plusieurs fois par semaine le souverain faisait un détour par ses appartements, mais ces visites pour ainsi dire publiques étaient bien loin des longues balades en solitaires qui avaient marqué et fait jaser durant les mois qui avaient suivi le mariage Orléans. Mais si elle n’avait plus le monopole du cœur Henriette voulait encore se vanter de pouvoir détenir celui de l’esprit.  

- Voilà bien la première fois que tant de rumeurs portent le vrai.

Il y avait à la cour beaucoup trop de bruits, et au milieu des chuchotements on ne pouvait se fier qu’à bien peu de langues. Deux réalités trouvées à la suite, voilà donc de quoi lui tirer un sourire amusé.  

- Je me suis sentie un peu faible ces derniers jours, reconnut-elle en hochant légèrement la tête. Mais puisque mon médecin n’est pas alarmé personne ne devrait l’être.

Au demeurant cette précision paraissait tout à fait accessoire dans la mesure où le roi ne semblait pas inquiet. Ce qui de nouveau lui tira un sentiment un peu amer. Encore une fois elle sentait le fossé qui s’était creusé, regrettant les mois de grâce où au moindre mal dont Madame se plaignait Louis était immédiatement accouru aux nouvelles.
Mais elle ne s’éternisa pas sur sa santé, n’ayant rien à dire sinon qu’elle n’avait au fond jamais été bonne, et sachant très bien qu’il n’était pas venu ici pour l’entendre se lamenter. D’autant qu’il avait suggéré un sujet plus brûlant.  

- Quant à un nouveau chevalier, c’est que je ne souhaite que ce qu’il y a de mieux pour monsieur d’Artigues.

Quitte à donner raison à la rumeur autant prétendre la bonté d’âme pour masquer le caprice. Et compte tenu de l’âge avancé du déprimant personnage qui la servait – et encore, quand cela chantait à ses genoux dont il se plaignait sans cesse – il fallait bien avouer que la charité n’était pas difficile à jouer.

- Le pauvre homme se fait vieux et sa charge est devenue au moins autant un fardeau qu’elle est un honneur.

Elle se pencha légèrement vers Louis, comme pour éviter les oreilles indiscrètes qui naturellement s’étaient tendues. Evidemment elle savait qu’en prétendant la confidence elle ne ferait que les attirer un peu plus, ce qui était exactement le but recherché. Si par la pression des courtisans qui, dès qu’ils seraient sortis des appartements de Madame, ne manqueraient pas de relayer ce qu’ils avaient entendu le chevalier se sentait poussé vers la sortie : alors le but était atteint. D’ailleurs elle sentait déjà que quelques regards s’étaient tournés vers ledit chevalier alors qu’il discutait innocemment à l’autre bout de la salle.  

- Il m’a d’ailleurs à quelques occasions laissé entendre qu’il songeait à demander votre permission pour se retirer sur ses terres.

Absolument faux. Elle s’était contentée de lui suggérer l'avant veille qu’il serait bon qu’il aille se reposer en province, ce qu’il avait toutefois confirmé de bonne foi. L’homme était serviable et malléable, occasionnellement de bons services mais d’une génération passée qu’il fallait renvoyer au placard.

- Après une longue vie de loyauté il l’a, je crois, bien mérité.

Cela, personne ne pouvait le nier. Et Henriette savait le roi assez logique et reconnaissant des honnêtes services pour ne pas refuser cela à un homme qui, sans s’être jamais distingué par de grands faits d’armes, avait toujours soutenu la couronne.

- Mais n’ayant pas de descendance il laisserait sa charge vacante. Cela ne saurait arriver.

Enfin on en venait au cœur du sujet. En dépit du sérieux de la situation la jeune femme ne put d’ailleurs pas cacher un pétillement malicieux au fond de l’œil.

- Il faut donc à sa suite un gentilhomme qui sache se montrer digne de ma maison. Homme de valeurs et d’esprit, pleine d’une énergie jeune à l’image de ce qu’est votre cour (une flatterie était toujours un point marqué), et d’une noblesse irréprochable : le chevalier d’Harcourt me semble tout désigné.

Et inutile de se défendre de la vilaine rumeur qui avait voulu les entacher tous deux, elle était trop ridicule pour qu'Henriette s’abaisse à se dédouaner. Ce serait donner trop de consistance à du vent.

- Votre frère ne saurait dire non à tant de qualité, reprit-elle avec assurance, d’autant plus que l’une d’elles est de porter le nom de Lorraine.

Il fallut faire preuve d’une certaine habileté courtisane pour se retenir de grimacer en songeant à Philippe complètement manipulé par son homonyme d’amant. Mais pour une fois le lit mal fréquenté de son époux pourrait la servir.
Le pourquoi du comment Alphonse de Lorraine devrait occuper la charge ayant été exposé, ne restait plus qu’à s’enquérir du plus important.

- J’ose espérer, Sire, que cette suggestion trouvera votre accord.

Une approbation de Louis et c’était l’assurance d’avoir gagné l’affaire. Et face à une proposition si judicieuse nul doute que le roi acquiescerait. Tout dirigeant belliqueux qu’il était, partir en guerre pour un sujet qui de sa hauteur était presque trivial aurait tout au plus relevé du ridicule.
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Lun 10 Aoû - 17:16

Si les courtisants délaissaient volontiers la compagnie de son épouse, on ne pouvait pas en dire autant de celle d’Henriette. Il s’agissait là d’un mouvement que Louis lui même avait amorcé après le mariage des Orléans et dont il ne pouvait pas blâmer les autres nobles. À moins de se montrer d’une gloutonnerie morbide ou d’une dévotion outrageante il était dur de s’épanouir et de se complaire en présence de Marie-Thérèse. On trouvait donc dans l’entourage d’Henriette une foule coloré et médisante qui se complaisait dans l’observation silencieuse de son souverain, sans doute pour pouvoir mieux médire après.

Habitué à être le centre de l’attention, le roi ne leur prêtait pas la moindre attention et préférait se concentrer sur sa fine, dans tout les sens du terme, interlocutrice. Les questions sur sa santé furent rapidement expédiées. Les soucis physiques d’Henriette se révélaient si récurrent que l’on ne pouvait pas décemment s’alarmer à chaque fois qu’une migraine la terrassait. Le souverain se souciait de biens assez de chose pénibles, comme les états d’âme de sa maitresse et les finances du royaume, pour ne pas en plus s’encombrer systématiquement avec sa belle-soeur. Sans doute sa tendance, rafraichissante mais répréhensible, à la médisance influait sur son système de santé.

Pour ne pas paraitre grossier, il l’écouta avec attention même s’il demeurait convaincu que la vie d’Henriette n’avait jamais foncièrement été en danger. Elle les enterrait tous, il suffisait de la voir. À en juger par la tournure de la conversation, elle comptait pousser monsieur d’Artigues dans la tombe, sans doute en guise d’entrainement. Le vieil homme n’ayant que la peau et quelques nerfs sur les os cela ne devait pas être bien dût à faire. Ajoutons à cela une tendance à jeuner pour expier des fautes n’existant que dans son esprit grabataire, et l’on comprendrait qu’il tienne plus de la racine rachitique que du galant homme.

Tout en écoutant les murmures feutrés d’Henriette, qui parlait doucement pour exercer les oreilles de sa suite, Louis observa le vieil homme. Au fond il l’appréciait comme on apprécie les vieux meubles poussés dans les coins faisant partis de la vie quotidienne. De temps en temps on donnait un coup de plumeau pour retirer la poussière et oublier que la porte était branlante. Dans le cas du chevalier cela signifiait qu’on lui donnait des vêtements à la dernière mode pour ne pas voir qu’il servait d’inspirations pour les rôles de vieillard de Molière.

Au fond, il regrettait un peu la chose. Jeune, soit il y a très longtemps, Artigues s’était révélé plein de qualité. Ou en tout cas loyal, ce qui était une vertu cardinal et fort peu répandu lors de la fronde. À part ça il n’avait jamais eut un esprit très subtile ou de talent pour la courtisanerie. Cela ne l’empêchait pas de se montrer d’un abord conciliant, presque gentil, serviable et fort courageux. Ennuyeux comme la pluie certes, et plus assortie à Marie-Thérèse qu’à Henriette. Un peu de chocolat aurait même put lui donner une silhouette viable et non pas squelettique.

Même s’il doutait que le très dévoué chevalier ait réellement envisagé une retraite, où il aurait vite fait de mourir d’ennui, il devait concédé que le pousser vers la sortie n’était pas entièrement une mauvaise idée.

Le choix du remplaçant était évidemment épineux. La soeur du roi d’Angleterre ne pouvait pas s’appuyer sur la main d’un planteur de choux. Mais il n’était pas non plus d’aller chercher le fruit maladif du rachitique et nauséabond arbre généalogique des Lorraines. Même si de ce qu’il en avait vu le chevalier d’Harcourt n’était pas exactement rachitique.



Au delà des flatteries, Louis prit son temps pour réfléchir à ce que venait de lui révéler sa belle soeur. Bien entendu pour ne pas montrer sa lente réflexion, il s’empara d’une pâtisserie, trop sucrée à son goût, qu’il grignota du bout des dents. Parallèlement il grattait Ninon entre les oreilles et suivait du regard quelques belles femmes présentes dans le salon.



Tout juste revenu de Malte, Alphonse de Lorraine n’avait absolument pas attiré son attention. Puis entendu, il l’avait entre aperçu une fois ou deux. Entre sa famille et sa proximité avec l’ambassadeur de l’ordre de Jérusalem, le jeune homme hantait la cour. De plus, ce géant passait difficilement inaperçu. Mais le souverain n’avait jamais prit la peine de lui parler ou même de s’intéresser aux rumeurs le concernant. Jusqu’à ce que l’on mentionne une liaison avec Henriette.



Cette rumeur empestant le comique de répétition de mauvais goût, il n’y avait pas vraiment prit garde. Tout au plus avait il garder l’histoire dans un coin de sa tête. Ainsi il s’arrogeait le droit de la ressortir à quelqu’un, de préférence dans une des phrases lapidaire et acerbe dont il avait le secret (un don hérité de son père).

Mais si cela permettait à un nouveau Guisard de s’imposer dans son entourage, il devrait sans doute exigeait de ce garçon qu’il retourne à Malte ou dans le lieu-dit dont il avait hérité. Sauf que maintenant il était trop tard. La proposition avait été faite, publiquement, l’affront d’un refus le serait également. D’autant plus que Catherine de Neufville se trouvait dans l’assistance. Il connaissait assez bien la fille de son gouverneur pour s’avoir qu’en cas d’insulte à sa belle famille, elle sortirait les griffes. De manière générale, la fraternité régnait dans ce ramassis de prince étranger. Ils prenaient tous personnellement les affronts faits à leurs proches. Et surtout se montraient incroyablement pénibles.

À moins d’avoir une excellente raison, l’inimité injuste étant une excellente raison, il préférait ne pas donner à cet empilement de Lorrain des raisons nécessaires pour se plaindre. D’un autre côté passer outre « l’autorité » de Philippe ouvrait la porte à un concert de jérémiades. Dans un cas comme dans l’autre Louis écoperait d’une migraine.

Il maudit donc Henriette de lui demander son avis. La perfide aurait pût nier les rumeurs et passer à autre chose, elle n’était pas à un mensonge près. Il reprit avant que le silence ne paraisse impoli :

- Il est vrai que vous êtes toujours particulièrement pointilleuse dans le choix de votre compagnie. Je ne peux douter des qualités de votre choix et suis sur que mon frère les verras quand il tranchera.



Sans doute pour que son imitation de Pilate soit plus convaincante, il aurait dût demander une bassine de manière à se laver les mains. Cela aurait aussi permit d’enlever les miettes de gâteau lui collant aux doigts.

À vrai dire, votre choix de compagnie semble même être plus exigeant que le mien. Ce qui vous empêche de considérer des invitations qu’il serait pourtant bon d’honorer.



Voilà, il ne pouvait pas éternellement tourner le dos aux perpétuels problèmes de sa maitresse. Il consentait donc à glisser une remarque à peine voiler et un rappel à l’ordre. Sans doute Louise devrait lui en être reconnaissante, après tout il était fort rare qu’il se risque dans les querelles de femme.



Maintenant qu’il avait mentionné le dîner auquel Henriette assisterait, il lui ferait vite comprendre l’absence de liberté en la matière, il se trouvait parfaitement détendu convaincu qu’il avait fait ce qu’il fallait pour restaurer l’harmonie dans son couple extraconjugale. Aborder aussi franchement un sujet pourtant tendancieux et délicat pouvait presque suffire pour venger sa maitresse, trop faible et niaise pour se défendre seule face à Henriette. Et de toute façon même si ce n’était pas assez, elle n’oserait jamais lui reprocher de ne pas faire assez d’effort.

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Lun 14 Sep - 18:59


Bien évidemment Louis ne paraissait pas enchanté par cet énième changement dans l’entourage de Madame – elle-même reconnaissait sans mal que le souci était si récurent qu’il en devenait lassant –, mais il eut au moins la bonne idée de ne pas remettre en question le choix d’Henriette. Pas d’enthousiasme mais un accord de principe, elle n’en demandait pas plus. A présent qu’elle détenait l’approbation du roi nul doute que Philippe n’oserait dire non à une décision si éclairée. Ou gesticulerait sans doute un peu mais finirait pas accepter. Face à une victoire déraisonnablement simple qui s’annonçait Henriette eut un léger sourire et hocha la tête face au souverain en guise de remerciement tacite.
Son air victorieux se perdit cependant aussitôt qu’il eut l’audace d’évoquer de façon à peine détournée un déjeuner auquel elle n’avait jamais consenti d’aller. Et dont elle comptait bien se passer ad vitam aeternam ! Accepter l’invitation d’une boiteuse au titre de pacotille ?! Maîtresse royale ou non, la Touraine n’en restait pas moins une simple fille de sa Maison dont la seule gloire était d’être parvenue à se hisser au rang de putain. Un sang aussi pur que celui d’une Stuart ne saurait s’abaisser à être considéré comme l’égal de celui d’une parvenue, même pour le temps d’un repas. La Vallière n’était pas même assez digne pour tendre une paire de gants à Madame, elle n’allait tout de même pas recevoir l’honneur de voir son invitation acceptée. Animosité mise de côté, on ne pouvait objectivement que reconnaître que si le monde tournait aussi bien c’était qu’il se basait sur le principe de hiérarchie, et au nom du bon vivre ensemble on ne pouvait donc outrepasser cette idée fondamentale. Les princesses qui mangeaient avec les catins ? Dans ce cas là pourquoi pas les parlementaires en aimables discussions avec les tanneurs ? Ou les femmes de chambre qui faisaient la grasse matinée ?
Plutôt que se s’indigner en public et de menacer de faire déclencher une guerre avec l’Angleterre au nom de la gloire de son nom, Henriette retrouva cependant une figure parfaitement polie après un instant de flottement rageur. Il était hors de question de donner aux courtisans, avides des moindres expressions du visage qui mèneraient aux ragots, l’occasion de médire sur sa contrariété. Ne jamais perdre la face, une règle élémentaire.

- Il me semble pourtant n’avoir manqué ni cérémonie, ni ambassadeur, déclara-t-elle à voix basse à l’intention de Louis.

Le nouvel envoyé du Vatican avait même était ravi de l’accueil prétendument excellent qu’elle avait fait à sa nièce. Tout comme un représentant d’un des Princes électeurs allemands n’avait pas manqué de la remercier pour l’accueil chaleureux qu’il avait trouvé chez elle. Les invitations officielles, elle les lançait et les recevait avec brio, c’était indéniable. Pour la gloire de la France il serait d’ailleurs bon pour Louis de rappeler à l’ordre son insipide épouse plutôt que sa belle-sœur, qui se jugeait elle-même pétillante et d’une compagnie excellente.

- Par ailleurs hier encore je goutais chez Mademoiselle et pas plus tard que ce matin je me rendais chez Sa Majesté votre épouse afin d’y faire une partie de cartes.

De bons rapports avec la femme et la respectée cousine, voilà en théorie ce qui devrait suffire à Louis. Ce qu’elle ne manqua pas de rappeler très clairement.

- Officiels et bienséance familiale, voilà, si je ne m’abuse, l’étendue de mes obligations.

Il y avait bien sûr l’obéissance à son roi, de façon plus générale, mais les ordres se devaient d’être raisonnables ! Et considérer sa maîtresse était à l’antipode de la raison. Si Henriette estimait grandement son beau-frère, elle refusait aujourd’hui de plier si facilement dans cette insultante histoire. S’il voulait que sa favorite soit au moins respectée à défaut d’être appréciée, il n’avait qu’à en choisir une autre d’un rang supérieur.
La duchesse perdit un sourire presque malicieux au profit d’une mine beaucoup plus grave. Le dernier pan de son argument était en effet un sujet avec lequel on ne pouvait badiner.

- Et je ne saurai aller contre l’avis de mon frère Charles qui dans sa dernière lettre me rappelait encore de ménager ma santé.

Son frère et sa santé : les deux atouts dont elle usait, et parfois abusait. Mais pourquoi utiliser avec parcimonie ce qui trouvait toujours un écho ? Car à défaut de compatir pour son état de constante malade qui donnait régulièrement l’impression qu’elle avait déjà un pied dans la tombe, le roi ne pourrait au moins pas ignorer le clair sous-entendu au couac diplomatique.  
N’ayant pas peur des mots dès qu’il s’agissait de s’opposer à La Vallière, elle n’hésita pas à appuyer encore un peu son propos.

- Et de ne surtout pas oublier qu’en cas de faiblesse il me fallait éviter de trop sortir de chez moi. Notamment pour éviter la contrariété que la cour peut parfois faire naître.

Ou plus exactement les nausées que la vision de la pitoyable Louise lui donnait.

- Lui qui sait mon état dernièrement déplorable serait abominé s’il apprenait qu’on cherchait à m’épuiser.

Cela sonnait toujours moins catégorique que la réalité. C’est à dire qu’elle ne manquerait pas de présenter l’obligation de se présenter chez la trainée du roi comme une insulte faite à elle-même, à sa famille et par extension à toute l’Angleterre et l’Ecosse. Ce qui ne mériterait pas loin d’une invasion en guise de représailles ! Ou au moins, en supposant que Charles veuille jouer la délicatesse, un gèle des relations diplomatiques entre les deux puissances pour une durée indéterminée. Cela semblait un gros risque que Louis voulait prendre pour une simple petite amourette.
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Ven 23 Oct - 19:30

HRP : Bon je suis pas hyper contente, sans doute aurais je été plus performante en appliquant mon plan de départ mais... Oh et pour que tu sache, j'avais ça en tête en écrivant



Dès qu’il devait s’entretenir avec sa famille, Louis réalisait que ses ministres étaient sans doute les personnes les plus parfaites de la terre. Ils rampaient à ses pieds, comme les courtisans, et en plus résolvait ses problèmes. Sa famille ne rampait jamais assez à son goût et créait plus de problème qu’autre chose. Prenez Marie-Thérèse, en apparence sa femme était aussi docile que Colbert (et deux fois plus ennuyeuse), mais non. Elle geignait alors que n’importe qui le connaissant un peu, juste un tout petit peu, savait que geindre était le meilleur moyen de mettre en colère le roi de France, ou en tout cas de l’exaspérer. Et en plus, elle harcelait sa maitresse ce qui poussait Louise à geindre aussi. Mais tout ça n’était rien si on prenait en compte la nuisance ambulante et gloussante du coupe Orléans, représenté par Henriette.



Il lui faisait l’honneur de sa présence ! Il prenait sur son rare et précieux temps libre pour la voir. Et au lieu de se répandre en gratitude elle demandait plus. Son approbation pour la nomination d’un prince étranger comme chevalier d’honneur, soit un blanc seing pour de nouvelles disputes de couples aurait aussi dût lui valoir des sanglots de gratitude. Mais rien ! Rien du tout ! Même Judas avait eut le droit à trente deniers, et trahir Jésus était sans doute bien moins compliqué que ce que faisais Louis au quotidien.

Et il ne demandait même pas de l’argent. Il voulait juste qu’elle aille à un stupide diner en souriant ! Ce n’était pas la mer à boire ! Il était même prêt à fermer les yeux si elle emmenait le petit Lorraine (Albert?) avec elle. Il voulait juste qu’elle traine sa mauvaise santé à la table de sa maitresse et se montre aimable, pour une fois.



Est ce que Louise se rendait compte de tout ce qu’il faisait par amour? Il espérait. Parce que lui offrir des diamants était plus facile, et il en profitait plus.

Et voilà qu’Henriette se permettait de jouer l’innocence. Reconnaitre ses torts aurait été une bien meilleure stratégie pour ne pas excéder le souverain qui se rabattait sur un nouveau macaron afin de ne pas montrer a quel point il détestait cette situation. Il fallait rester aimable alors même que sa belle-soeur se foutait de sa gueule. La vulgarité intérieur ne comptait évidemment pas comme un manquement à la bienséance.

Oui, passer un après-midi avec Marie Thérèse était admirable en un sens. Mais on ne pouvait pas dire que se rendre chez la grande Mademoiselle était un exploit. Et puis ça l’agaçait cette façon d’enrobait un refus net et définitif en feignant l’ignorance et la candeur. Il voulait que cette histoire prenne vite. 

Et plus sa belle-soeur parlait plus il sentait son envie de la faire plier s’agrandir. Cette insistance dans le refus et ces menaces à peine voilé achevait de conforter la détermination du roi. Henriette se rendrait à ce dîner ! Point final ! Ou bien elle finirait à la Bastille. Enfin sans doute pas. La nécessité politique obligeait à un peu plus de retenu. Et puis on ne pouvait pas traiter un membre de la maison Stuart comme un baronnet de campagne. Mais il demeurait que le souverain aller faire céder son irritante cousine.

Il attendit donc qu’elle ait fini d’égrener ses excuses pour reprendre la parole.



- Je m’en voudrais évidemment que votre santé vienne à souffrir des obligations de votre rang, en vous imposant un noble mais remuant chevalier d’honneur par exemple.



La permission donnée pouvait fort bien être reprise ! Louis allait tempêter, la princesse de Guise aussi sans doute, peut être même la grande Mademoiselle se rallierait à leur cause. Mais le temps de la Ligue était passé depuis longtemps, et même cette turbulente famille marchait au pas. Et cela servirait de leçon jusqu’au plus grand qui méditerait à deux fois sur les volontés royales.

Il eut un regard noir pour sa cousine avant de continuer d’une voix basse mais dans laquelle on sentait la volonté implacable du souverain.



- Mais si votre épouvantable état vous tourmente sans doute devrions nous prendre des mesures plus radicales. Les contrariétés que font naitre la vie de Cour vous serait épargné si vous vous retiriez provisoirement dans une des nombreuses abbayes bénéficiant de votre protection. Vous nous reviendriez en meilleur forme alors.



Le choix qui s’offrait à Henriette était finalement bien simple. Le dîner ou le couvent. Elle qui se plaignait de la pauvreté d’esprit de Louise, à tort, ne survivrait pas deux jours entourée de nonnes. Et puis, décida le roi, même si la duchesse choisissait effectivement de se retirer et de dépérir d’ennuie dans un lieu quelconque, elle n’échapperait pas à son dîner. Même si cela se révélait la dernière obligation mondaine avant son départ.



Quand à la menace de Charles, il la connaissait fort bien. Une vienne rengaine qui venait régulièrement et berçait Henriette avec un vague espoir de puissance. Mais le comportement du souverain anglais auprès de la gente féminine ne lui permettait guère de dispenser des leçons de morale. Bien au contraire. Il était plus probable que le gentil Stuart compatisse aux malheurs de sa cadette dans une jolie petite lettre sans lever le petit doigt pour l’aider plus avant.




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Dim 8 Nov - 12:20

Une menace sans fondement. Un beau coup de bluff, voilà tout. Personne ne voulait se mettre à dos les Lorraine, même le souverain. Cette famille était une plaie monumentale, le savait, mais continuait à user et abuser de son rang pour obtenir ce qu’elle voulait, même si cela signifiait harceler jusqu’à l’usure. Henriette n’était donc pas inquiétée par la menace de lui refuser son chevalier, cela ne pourrait arriver. Et quand bien même Louis revenait aujourd’hui sur sa décision, après avoir eu affaire à la fratrie il se raviserait. Tout au plus il ne s’agirait donc que d’un petit contre temps de même pas une semaine. Face à la menace elle resta donc impassible, la trouvant bien peu crédible pour un si grand roi. Lui qui voulait régner d’une main de fer avait encore quelques leçons à prendre s’agissant de la façon de gérer ses proches.

Mais la suggestion suivante lui aurait sans doute tiré un hoquet d’horreur si elle n’avait pas été si serrée dans son corset. Le couvent ?! Mais était-il devenu fou ? C’était une punition bien trop atroce pour la situation. Un petit caprice de sa stupide maîtresse et il menaçait d’envoyer une fille de roi mourir entre quatre murs ? A la campagne ? Car si brandir la possibilité de lui refuser une nomination à une charge était ridicule, l’histoire prouvait malheureusement que les rois de France n’avaient que trop peu de regrets quand il s’agissait d’exiler leur famille. Et si les Marguerite et autres Isabelle l’avaient assez cherché, mieux valait se méfier de l’arbitraire royal qui n’avait en pratique pas besoin de raison. D’autant que le regard noir de Louis supposait qu’il ne s’agissait pas d’une proposition lancée en l’air. S’abaisser à aller manger à la table de sa maîtresse ou aller s’enterrer au couvent. Evidemment elle ne passerait pas le restant de ses jours dans une abbaye, Charles interviendrait et Louis finirait par céder, mais le mois qu’il faudrait pour que les deux rois s’entendent serait un laps de temps largement suffisant pour qu’elle décède d’ennui.
Henriette releva fièrement le menton, signe qu’elle était blessée dans son orgueil, et répondit du bout des lèvres.

- Soit. Je suppose que si mon médecin m’y autorise je me rendrai à ce… dîner.

Le mot avait été prononcé avec un mépris non masqué. Car si le roi pouvait de toute évidence la forcer à s’y rendre, il ne pourrait l’obliger à le faire de bon gré. Si bien qu’Henriette se jurait de sourire de façon si forcée quand elle serait à la table de Louise que tout le monde serait atrocement mal à l’aise, à commencer par la putain qui aussitôt regretterait d’avoir eu l’audace de l’inviter. Soit elle irait, bien sûr elle plisserait les lèvres, mais toute l’assemblée passerait une affreuse soirée et prierait pour être foudroyé par la foudre plutôt que de devoir subir les hypocrisies de Madame jusqu’au dessert ! Et ce ne serait que la première partie de sa vengeance… Car les Stuart ne subissaient que pour mieux organiser les représailles. On la forçait à s’humilier le temps d’un repas, alors La Vallière subirait ses foudres. Que la boiteuse profite de ses derniers jours de répit, tout ce qu’Henriette lui avait fait subir ne serait que quelques vagues contrariétés comparé à ce qui viendrait. L’Italien était peut-être le maître des complots, mais l’Anglais était orgueilleux et savait se montrer fourbe. Face au courroux d’outre manche une petite provinciale n’aurait plus qu’à ramper. S’il fallait remonter jusqu’au Pape, s’allier à tous les Princes électeurs germaniques et même requérir l’aide de Monsieur pour faire sonner le glas d’un amour de pacotille ainsi soit-il. La tolérance s’arrêtait ici : Louise goûterait à un humiliant exil ou fuirait de son plein gré, mais son simulacre de pouvoir cesserait. Il n’y avait à la cour qu’une femme pour régner, et quiconque oserait prétendre que ce n’était pas la duchesse d’Orléans goûterait aux représailles.  
Sans prêter attention à tous les regards qui s’étaient tournés elle se leva et s’inclina élégamment devant le roi. Toute la colère du monde n’empêcherait pas les manières. D’autant plus qu’en manquer aurait sans doute aggravé encore un peu son cas. Car quand bien même cela ne semblait plus possible, ne sous-estimons pas l’imagination royale s’agissant de blesser. Savait-on jamais, il pourrait encore avoir l’audace d’exiger que tous les jours on adresse au moins un « bonjour » à sa blonde. L’impensable, en somme.

- Si Sa Majesté le permet je vais me retirer à côté. Cette agitation m’éreinte et j’ai besoin de m’allonger.

En d’autres termes elle était si contrariée qu’elle ressentait le besoin urgent de se réfugier là où elle pourrait hurler à plein poumon sa haine pour la favorite, loin des regards inopportuns et à proximité des bras de Catherine dans lesquelles elle pourrait se réfugier pour mieux médire et pleurer face à la tyrannie.
Et si Sa Majesté ne le permettait pas elle feindrait le malaise à ses pieds et lui laisserait son mal sur la conscience. Peut-être même prendrait-elle le lit pendant deux jours, pour bien faire comprendre qu’elle ne supportait pas la contrariété et frôlait la mort à cause de ce beau-frère qui n’avait aucun égard pour elle. Et si quelqu’un osait lui suggérer de nouveau le couvent pour retrouver la santé : elle simulerait son propre trépas ! En accusant au passage le roi de lui avoir causé tous les maux du monde.
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Mar 10 Nov - 19:13

Louis XIV ignorait s’il était mauvais perdant, personne ne le laissait perdre à la cour. Mais il estimait, généralement, être un bon gagnant. C’est pour ça qu’il se promit de ne pas trop humilier sa belle-soeur lorsqu’elle aurait céder. Parce qu’elle allait céder c’était évident. De toute façon, elle avait pas le choix.

Et puis il connaissait sa cousine. Cette pâleur soudaine était due soit à un évanouissement imminent, soit à une défaite amèrement consentie. Et comme il lui interdisait de s’évanouir, elle était forcément sur le point de céder. Et puis il lui demandait pas grand chose. Un petit diner de rien du tout, elle devait passer plus de temps à choisir ses tenues qu’à manger à en juger par sa maigreur affolante. Donc un dîner et on en parlait plus.

Puis Henriette eut CE mouvement de menton. C’était un peu comme le râle d’un blessé ou un traitre qui mettait un genoux à terre. Cela signifiait qu’en dépit de toute sa mauvaise foi, elle reconnaissait qu’elle avait perdu, vaincu par la perspective d’un cloitre et de longues journées de prières. On ne pouvait pas vraiment lui en vouloir. La vie religieuse n’était pas faite pour grand monde et surtout pas pour une Stuart. Il fallait accepter ses propres faiblesse et regarder la vérité en face. Ce que le roi voulait, il l’obtenait. Même la présence d’une récalcitrante au dîner de sa favorite.

Oh ce mépris suprême ! Elle articulait du bout des lèvres comme si elle craignait de se fatiguer en faisant cette concession. IL fallait avoir un moment d’impatience et ironiser sur son impatience. Mais ce n’était pas galant à faire. Pourtant l’envie ne lui en manquait pas. Mais une victoire par jour devait être amplement suffisante. Il s’agissait de ne pas exténuer la pauvre femme. Elle risquait de devenir encore plus aigrie et sa santé se détériorerait à cause de l’excès de bile. Hors, elle ne pouvait pas vraiment se le permettre ou tout le fard du monde ne suffirait pas à la faire ressembler à un humain en bonne santé.

Louis savoura sa victoire en s’autorisant un petit sourire. Un observateur extérieur aurait dit que le souverain ressemblait à un fat à ce moment là. Ou à Harpagon retrouvant son or. Bref, on sentait la petitesse de la victoire dans l’expression du roi. Mais personne ne le critiquait. parce qu’il était le roi. Et aussi parce que personne ne les regardait vraiment. Les courtisans avaient tous comprit qu’il était vital de ne pas croiser le regard d’Henriette. Ils se trouvaient donc tous prit de passion pour le point de croix de la robe de la voisine.



- Je vous suis très reconnaissant de prendre ainsi sur votre santé, ma chère soeur.



La vilaine phrase ressemblait au sel que l’on versait par kilos sur les plaies de ses ennemis. Il s’en voulut presque un peu. Peut être devrait il faire quelque chose pour adoucir l’humeur d’Henriette. Un collier ferait amplement l’affaire. Si elle se comportait convenablement lors du dîner, autrement elle ne le mériterait pas.

En voyant Henriette se lever, il suivit le mouvement pour ne pas paraitre trop horrible avec elle. Il consentit même à lui adresse un petit mouvement de tête en réponse à sa révérence parfaite. La tentation très fourbe de faire durer le suspens le tarauda. Mais c’était contraire à la résolution de pacification qu’il venait de prendre. Aussi il se contenta de lui donner son royal congé :



- Bien évidemment. Il serait fâcheux que votre fatigue contrarie les médecins.



En bref, qu’elle ne s’avise pas de faire témoigner la faculté pour obtenir une dispense quelconque afin d’éviter le dîner. Elle se présenterait à la table de Louise et honorerait sa maitresse. Il fallait bien que quelqu’un montre que même sa famille se pliait au choix du souverain. Et demander à Marie-Thérèse de le faire était vraiment infiniment trop cruel pour qu’il ne puisse que l’avancer. Même s’il ne savait pas trop s’il s’agissait de cruauté à l’égard de sa femme ou à l’égard de sa maitresse. Sans doute les deux.

Au fond, cette dispute feutrée l’avait épuisé. Et il était si tard qu’il ne pouvait plus espérer sortir chasser. Peut être devait il se rendre chez sa femme, la tenir informé de la présence d’Henriette au dîner. Si elle l’apprenait par un biais, elle risquait de se montrer plus ennuyeuse que jamais. Dans le meilleur des cas, elle lui criait un peu dessus. Mais c’était peu probable. Marie-Thérèse ne criait jamais, sans doute à cause de son éducation ou à cause de son manque de personnalité. Non, la reine allait se contenter de geindre. Elle gémirait sans fin entre deux tasses de chocolats. Et lui allait devoir trouver comment se faire pardonner. De préférence sans offenser Louise, sinon il serait repartie pour se faire pardonner auprès de sa maitresse. Ce qui risquait de marquer le début d’un cycle sans fin de soucis.



Il sentait déjà poindre la migraine. Décidément, ses ministres étaient de meilleurs compagnies que les femmes qu’il aimait. Enfin pas vraiment. Mais il se comprenait.



Il fallait vraiment qu’il cesse de ressasser et d’anticiper ainsi les problèmes. Il avait gagné aujourd’hui ! Il avait battu l’orgueil et la mauvaise foi d’Henriette d’Angleterre ! C’était forcément un bon présage ! La preuve qu’il allait écraser son beau-frère dans la guerre qui se profilait. Peut être. Heureux d’avoir finalement remit un peu d’ordre dans sa famille, Louis se rappela qu’il avait des lettres à lire. L’auteur de celle que Toussaint avait placé sur le haut de la pile bénéficierait de la royale indulgence.

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