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 Impromptu. (Monsieur)


Sam 11 Avr - 20:45

Ses fins cheveux blonds recouvraient un front de porcelaine, ses cils si pâles qu’ils en paraissaient presque inexistants reposaient sur ses joues à la peau pâle. Cassandre dormait, l’ombre d’un sourire flottant encore sur ses lèvres roses, toute petite figure au milieu de l’immensité blanche de son oreiller. Son bras rond reposait sur le drap, un pied, petit, délicat, sortait de son lit. Elle dormait, elle était heureuse. Sa main gauche, sa main aux doigts si fins –car tout en Cassandre respirait l’évanescence et la fragilité d’un rêve, depuis sa voix jusqu’à ses regards, tout en elle n’était que fragilité et délicatesse, et frôlait la transparence, elle si discrète qu’on la remarquait à peine- reposait, nouée dans une autre, une main d’homme, quelque part sur une épaule qui n’était pas la sienne.

Son souffle jusque là hésitant et irrégulier se fit plus léger et plus calme à mesure qu’elle sombrait doucement dans un sommeil heureux. Fluide comme une note de musique, le mi aigu du violon qu’effleure à peine l’archet, cette respiration de jeune fille paraissait presque palpable, et pourtant elle paraissait aussi ne jamais devoir se fixer, fuyante, coulant comme l’eau d’une source vive. Elle se détendit, inconsciemment, s’abandonnant aux bras de Morphée. Avec la certitude d’avoir atteint un petit coin de bonheur, d’avoir écarté une infime partie d’un voile, d’avoir entr’ouvert une porte. Son sourire se fixa sur son visage, elle serra les doigts.

Naïveté de jeune femme, de pensionnaire. Elle pensait avoir été la plus fine, et, par sa résistance savamment étudiée, par ses rougeurs tour à tour habilement dissimulées ou exhibées, par ses sourires et ses regards qui disaient le contraire de ce que ses lèvres articulaient, elle pensait s’être attachée éternellement la fidélité d’un chevalier servant, un nouveau Lancelot du Lac pour cette jeune fille aux airs d’Ondine. Elle avait trop lu peut-être ; elle avait trop rêvé sans doute.

Et comment aurait-elle pu imaginer ? Elle qui était jeune encore, et qui ne savait pas que les apparences parfois se retournent contre vous ; que la sincérité la plus vraie peut ne durer qu’un instant ; que parfois la poésie n’est rien d’autre que des mots aux sonorités charmantes, mais au sens trompeur ? Comment aurait-elle pu deviner que le premier coup de vent peut éteindre la flamme la plus vive, elle qui croyait encore à l’éternité ? Elle s’était bercée de douces paroles, elle s’était crue libre, elle s’était cru un certain pouvoir –d’ailleurs elle se croyait toujours, à cet instant, un ascendant irrésistible.

Patiemment, Auguste avait attendu qu’elle s’endorme ; il avait écouté avec attention son souffle jusqu’à ce qu’il prenne cette tranquille assurance du repos le plus profond ; il l’avait veillée en quelque sorte, lui souriant, lorsqu’elle avait rouvert les yeux, tout à l’heure, avant de les fermer pour de bon. A présent qu’elle sommeillait sans qu’aucun doute soit permis, il desserra, doucement pour ne pas l’éveiller, les doigts de Cassandre et prit la main de la jeune femme dans la sienne pour la reposer délicatement au creux de l’oreiller, là où quelques instants encore auparavant, il avait laissé reposer sa tête. Puis il se leva, veillant toujours à garder un silence parfait, ramassa ses vêtements sur la chaise. Cassandre demain pourrait croire à un rêve, il ne resterait rien de son passage en ces lieux…

La maison était silencieuse, il connaissait l’escalier, et se glissa sans un bruit dans le corridor. Tout dormait. La grande porte, celle qui donnait sur la cour, serait fermée, mais la petite, celle qui servait aux domestiques pour sortir, rentrer, vaquer à leurs occupations sans constituer une gêne, et qui lui avait servi, à lui, à entrer sans être remarqué, serait ouverte, et c’est Cassandre elle-même qui l’avait déverrouillée un peu plus tôt dans la soirée.

Dehors, il faisait presque froid. Un petit vent frais agitait les feuilles naissantes, qui bruissaient doucement. La chaussée était encore humide, et l’odeur de la pluie montait des pavés qui brillaient à la lumière de la lune. Il pouvait bien être deux heures ; trois peut-être, mais guère plus. Auguste étouffa un bâillement derrière sa main. Les effets de la fatigue finissaient, malgré tout, par se rappeler à lui… Il glissa sa main dans sa poche, en tira un mouchoir, un mouchoir fin de batiste blanche qui avait une odeur amère de fleur d’oranger, que Cassandre avait sans doute placé là la veille au soir ; il le porta à son visage, et ferma les yeux.

Elle appartenait déjà, Cassandre, au passé. Elle ne pouvait pas comprendre cela, elle qui voulait des serments de fidélité jusqu’à des dates immémoriales, elle qui avait essayé de le lier à elle, avec son sourire épanoui et ses yeux pâles qui paraissaient se poser sur tout sans rien voir, qui n’avait pas de profondeur et qui paraissaient vous retourner votre propre regard, avec l’efficacité d’un miroir et la rudesse d’un poignard, une dureté qu’on n’aurait jamais cru pouvoir attendre d’un être aussi diaphane. Elle était rentrée dans son jeu, et elle avait perdu.

En faisant jouer le fin tissu entre ses doigts, il reprit son chemin vers le domicile, par les ruelles étroites d’un Paris qui de nuit plus encore que de jour paraissait labyrinthique, dédale de petites rues insalubres, plus ou moins éclairées.
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Dim 9 Aoû - 17:55

Aussi surprenant que cela puisse paraître, en absolue contradiction avec son attachement à la rigide Etiquette, Philippe d'Orléans était un arpenteur. En particulier lorsqu'il festoyait à Paris. Combien de fois faudra-t-il insister pour faire comprendre la dichotomie entre Louis qui haïssait la capitale et Philippe qui l'adorait ? On a déjà beaucoup et longuement épilogué sur ce sujet, il suffit donc d'ajouter que c'est à son esprit festif et à sa curiosité que le Duc d'Orléans devait son amour intrinsèque pour Paris et le pardon qu'il lui avait accordé malgré ses bouleversements frondeurs. En retour, le Frère Unique du Roy était aimé dans la capitale pour sa clémence - ou son oubli siffleront certains- et sa générosité. Les fêtes données au Palais-Royal avaient des répercussion sur tout le quartier alentours et ne se limitait pas à  l'enceinte de la bâtisse. Bien qu'un Parisien fut l'espèce la plus rustre du royaume, il n'y avait rien qu'il ne put apprécier davantage qu'une âme de fête. Savoir festoyer était et restera pour les siècles à venir le moyen le plus sûr d'être accepté dans cette bougonne et susceptible ville.
Sans en connaître les tréfonds les plus infâmes dans lesquels il ne traînait jamais ses talons vermeils, Philippe d'Orléans avait une connaissance du Paris mondain tout à fait érudite. Il y avait toutefois deux sortes de connaissances dans la cartographie de notre cher Prince. Tout d'abord le Paris de lumière, celui qu'il parcourait en plein jour, le plus souvent pour des visites plus ou moins officielles, drapé dans sa dignité de Fils de France et Frère de Roi. Ce Paris là n'était que panoramas et défilement car il était le plus souvent conduit par ses gens et n'avait pas grand chose à décider, à l'exception  de ses soudains caprices qui bouleversaient le déroulement habituel du déplacement.
Le deuxième volume de ce savoir, peut-être plus étendu que le premier, était le Paris des êtres de nuit. Monsieur aimait passer de soirée en soirée, parfois en carrosse, parfois à pieds quand il souhaitait conserver son anonymat et libérer ses compagnons de fête de la lourdeur des usages cérémoniaux liés à son rang. Le plus amusant dans toute cette histoire était que Monsieur était bien incapable parfois de reconnaitre certains endroit où vin de champagne, friandises et caresses s'étaient donnés à profusion. La nuit et le jour étaient si différents, rien ne se ressemblait et des lieux qu'il aurait parcouru la nuit même, n'obtiendraient aucune reconnaissance une fois le jour venu. Cela créait donc dans l'esprit du Prince non pas une ville au regard changeant, mais deux villes bien différentes, évidement deux faces d'une même pièce et dont l'opposition complétait son sentiment attendri in sinu urbis. Il aimait cette opposition, et ce que Paris renfermait de plus secret en elle.
Ce soir-là donc, comme beaucoup de soir, Philippe d'Orléans avait vaqué, baguenaudé, et louvoyait à présent entre les grandes demeures de ses amis et les recoins plus sombres pour s'arrêter un instant et... profiter de la compagnie.
Le jeu de la soirée était de ne pas rester plus d'une heure et trente minutes au sein de la même enceinte, mais qu'il était interdit de la quitter sans n'avoir au moins une fois arraché le baiser à une proie issue de cette maisonnée. Chacun se devait donc de proposer ses relations, ses tanières, et bien entendu entretenait son bilan de chasse avec la précision d'un Colbert. A deux heures et vingt-trois minutes on avait déclaré le temps écoulé et on était reparti dans les insalubres et dangereuses rues parisiennes. Rues d'autant plus dangereuses que les perceptions de toute la bande n'étaient pas au plus vif, l'alcool étant devenu un moyen efficace de punir ceux qui n'étaient pas parvenus à atteindre leur objectif, tout en étant consommé par les autres pour encourager les suppliciés.
Le danger résidait donc entre les mains de ce groupe fort bruyant, fort joyeux, fort licencieux, qui par son sang et sa position était habituellement d'un orgueil démesuré, se trouvait ici porté à des hauteurs de fierté rarement égalé. Les épées étaient parfois tirées dans des jeux enfantins, là une joute chevaleresque, là une chasse à courre, là un chat. Les égratignures se faisaient, se soignait de baisers puis de caresses, on oubliait pour mieux recommencer. Les quelques gardes, sobres eux à leur grand dam, se demandaient à quel moment l'un de ses sagouins se tuerait en se jetant par bravade sur le fil aiguisé d'une lame amicale.
Au milieu de tout cela donc, Philippe d'Orléans, ne comptabilisant plus les baisers qu'il avait emporté, avait donc décidé, généreusement, de devenir l'arbitre de cette rencontre. A lui la distribution de récompenses et de châtiments, ce qui lui plaisait grandement, le Frère du Roi étant particulièrement imaginatif sur le sujet.
Il était d'ailleurs l'heure d'un de ces supplices, avait-il décrété en entraînant le jeune Colmar dans une ruelle sombre. Monsieur continuait de babiller, de glousser avec Colmar tout en s'enfonçant un rien dans les ténèbres, ne s'occupant pas du Garde du corps qui avait poursuivi sa route pour se poster à l'entrée opposée de l'artère citadine. On finit par s'arrêter au milieu de celle-ci, par se chercher, par chamailler un peu et taquiner beaucoup.
Et puis il y eut du bruit, des voix qui se haussaient et s'affrontaient. Monsieur releva la tête, remit une boucle gênante derrière son oreille fronçant les sourcils, se demandant ce qui pouvait bien le déranger ainsi et qui pourrait donc déranger autrui et donc venir les déranger et donc détruire son jugement -ou tout au moins le reporter ce qu'il ne souhaitait pas. Tout en renouant sa cravate d'un geste agacé, mais poussé par sa curiosité maladive, Philippe remonta donc cette ruelle après avoir formellement interdit à Colmar de se rhabiller. En s'approchant les voix se firent plus claires, ce qui lui confirma une dispute entre son homme et un autre qu'il ne pouvait voir encore.
En s'approchant, il comprit assez rapidement que l'inconnu souhaitait passer par la ruelle qui était devenu le repère éphémère du Prince, ce qui lui avait été interdit. Et plutôt que de se soumettre, l'homme continuait de vouloir forcer le passage tout en étant rabroué par l'homme d'arme qui tenait à ce que son maître ne fut pas déranger, sans toutefois vouloir dévoiler la raison de ce qui pouvait condamner l'endroit.
Il n'avait pas encore rejoint le cercle de lumière que projetait la torche tenue par Miller et s'avançait d'un pas tranquille vers eux.

-Décidément,
déclara le Prince assez haut pour couper l'entretien, tenir Lit de Justice demeure toujours une chose fort complexe en cette cité.

Surpris, Miller s'était tourné vers son maître dont il avait reconnu la voix. Le regard bravache et agacé d'être confronté à un homme récalcitrant, il conservait toutefois l'air impassible et déterminé du soldat habitué, teinté à présent d'une légère inquiétude d'avoir fait sortir de l'ombre son protégé.

-Monseigneur, ce n'était pas nécessaire de...
-... M'interrompre ? C'est maintenant chose faite. Alors ?


Miller eut un regard pour l'autre à ses côtés. Il lui aurait bien passé l'épée au travers du corps pour lui faire payer.

-C'est ce Monsieur, il dit vouloir passer, je dis qu'il ne peut point. Nous nous trouvons donc en désaccord car il insiste.


Les mains croisées dans son dos, les joues rouges de son fard mais aussi de la fraîcheur de la nuit combattue par l'alcool bienvenu, Philippe d'Orléans atteignit finalement la lumière dans un sourire amusé.

-Effectivement, et connaissant la politesse élémentaire des gens de ton espèce, voilà quelque chose qui doit rendre Monsieur fort chagrin...


A toi ♥:
 
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Mar 18 Aoû - 20:33

Les talons d’Auguste résonnaient sinistrement sur les pavés. Il était trop tôt encore pour les travailleurs, mais trop tard déjà pour beaucoup de noctambules, et les rues étaient désertes. Ou du moins, les quelques rares passants, ombres parmi les ombres, ne valaient pas que l’on s’intéresse à eux. Dans un tel moment, Vincent manquait presque à son maître, non que se retrouver seul la nuit dans les rues de Paris l’effraie en quelque manière que ce soit –et de toutes façons le vidame était bien trop orgueilleux pour laisser prise à la peur-, mais simplement, il s’était habitué à sa présence à ses côtés. Et se serait sans aucun doute distrait du verbiage de Mondor, qui aurait sans doute eu beaucoup à dire sur le danger que représentaient ces ruelles qu’il privilégiait aux grandes artères, quitte à rallonger son trajet, sur l’aspect glauque de certaines voies, et caetera. Déambuler ainsi était bien plus amusant avec quelqu’un à côté de soi pour bien souligner qu’il ne fallait pas le faire. Mais il avait lui-même occupé Vincent ailleurs –quoiqu’à cette heure, le valet devait avoir fini et retrouvé son cher lit, dont il serait encore bien difficile sans doute de le tirer le lendemain matin-, se privant ainsi de ce plaisir.

Ce n’était pas l’unique raison cependant qui lui faisait regretter la présence du valet. Auguste n’était pas d’un naturel porté à la mélancolie, ni aux longues marches en solitaire favorisant l’introspection, le retour sur soi-même, et les longs débats en solitaire à l’intérieur même de son propre crâne –toutes choses qui paraissaient bien ridicules au vidame, qui lui, avait depuis bien longtemps décrété en son âme et conscience que le passé était de bien peu d’importance, que le futur ne devait guère intéresser qu’à courte échéance, et que seul le présent méritait de l’intérêt. Un bon moyen de ne pas trop charger sa conscience. Pourtant, il arrivait cependant que celle-ci se rappelle à lui –non sous la forme de remords ou de ces tortures morales sans fins que s’infligent certains, à l’exemple de ces fades, insipides, ridicules héroïnes nées de l’imagination de certaines Précieuses, tourments qu’il jugeait pour sa part bien inutiles et révélateurs d’une insupportable pruderie-, mais plutôt sous celle non moins ennuyante de souvenirs bien difficile à chasser. En ces occasions, les distractions suffisaient à peine à lui assurer la tranquillité, et les raisonnements loufoques de Vincent auraient parfaitement fait l’affaire… A défaut, la fuite en avant lui paraissait la seule solution possible. Le vidame accéléra le pas, pressé de retrouver sa bibliothèque –il y trouverait bien de quoi remettre un peu d’ordre dans ses idées.

Avec assurance, il s’orientait dans le réseau serré de ces rues séculaires, dont la disposition fantaisiste aurait fait le malheur de n’importe quel urbaniste, bien décidé désormais à couper au plus court. Il quitta l’artère principale pour une ruelle qui plongeait vers la Seine, prêtant à peine attention aux rires –à vrai dire, plus des gloussements que de francs éclats- et aux chuchotements qui résonnaient dans cette partie de la ville. Il allait s’engager dans cette direction quand une ombre massive se détacha du mur attenant pour lui barrer le passage. Aux pâles reflets bleutés que faisait parfois jouer sur son plastron la torche qu’il tenait –et qu’il lui braqua pour commencer dans les yeux, l’aveuglant momentanément, ce qui n’était pas vraiment une bonne base pour l’entretien qui nécessairement allait s’ensuivre-, on devinait l’homme d’armes, et à son attitude, fermement campé sur deux jambes solides, on pouvait reconnaître la volonté de respecter à la lettre les ordres qui sans doute lui avaient été donnés –le vidame avait du mal à l’imaginer décidant de son propre chef de prendre l’initiative absurde de bloquer une rue toute une nuit pour le simple plaisir de gêner les rares passants.

Le vidame contrarié écouta à peine les arguments avancés, et même de manière générale le discours que lui servit le militaire zélé ; de cela il n’avait que faire, en revanche il retint fort bien l’essentiel du discours –vous ne passerez pas- et le ton de politesse plus que rudimentaire de l’homme. Du reste, aurait-il essayé de le faire passer avec des flagorneries sans fin, des courbettes et des attitudes obséquieuses, l’interdiction imbécile n’aurait pas moins déplu. Auguste eut un mouvement de recul, agacé, et posa la main sur la garde de son épée –autant pour montrer qu’il en avait une, s’affirmant du même coup pour un gentilhomme, que pour montrer qu’il était prêt à s’en servir si besoin était.

« Je n’entends pas votre langage, monsieur, j’en ai peur. Qu’est-ce que cela veut donc dire, ce galimatias ? Il ferait beau voir que je ne puisse pas passer par cette rue, si j’en ai le dessein ! Vous l’ignorez peut-être -il est vrai pour votre défense que les gens de votre état ne sont pas réputés pour leur intelligence transcendante- , mais, outre qu’il s’agit pour moi du chemin le plus court, cette rue ne vous appartient pas plus qu’elle ne m’appartient, et par conséquent, j’y passerai si tel est mon bon plaisir. Hors de mon chemin ! »


Après tout, l’homme d’armes n’avait pas été trop diplomate non plus. Cependant l’autre, borné comme le serviteur imbécile qu’il paraissait décidément être, ne bougea pas d’un iota de sa position, et même en remit une couche, réaffirmant fermement que la rue était interdite pour l’heure. Sans donner bien sûr la moindre raison valable, et sans s’expliquer davantage. Et à voir son air buté, il ne changerait pas d’avis de sitôt… Mais eût-il été même ouvert au compromis, qu’Auguste aurait pris le contre-pied et ce serait montré au moins intransigeant –et voilà comment une peccadille peut prendre des proportions inattendues.

« Je regrette, continuait l’homme, mais il est formellement impossible que vous empruntiez cette voie. Vous emprunterez un détour, ou bien… »

L’homme visiblement perdait patience. Auguste qui de son côté n’en avait jamais eu beaucoup, et qui commençait à se lasser de l’incident –quoiqu’à tout prendre, il constituait une échappatoire providentielle à ses idées sombres-  finit par se lasser des négociations, et puisque son interlocuteur semblait peu décidé à lui céder, eh bien, qu’à cela ne tienne, il passerait de force. C’est du moins ce qu’il tenta ; seulement il se trouva confronté à un léger problème d’ordre physiologique et psychologique, à savoir la carrure du militaire, jointe à sa volonté d’airain d’appliquer ses ordres. Il s’y heurta donc sans parvenir à rien d’autre qu’à mettre la moitié d’un pied au-delà de la limite instaurée. Il se dégagea rapidement de ce mauvais pas, qui sentait un peu trop le ridicule, fit quelques pas en arrière afin de se donner du jeu, et fronça les sourcils, toute son expression reflétant l’exaspération, voire la colère.

« Mais à la fin, voilà qui va bien ! Tout cela n’a que trop duré. Cessez de vous couvrir de ridicule, prouvez votre intelligence, et écartez-vous, nom de Dieu ! »


Excédé, il avait haussé la voix. Le soldat commença à réitérer une fois de plus un refus catégorique et toujours aussi injustifié, qui aurait sans doute, à très court terme, mené à un affrontement direct et non plus simplement à cette fantasque joute oratoire, ou plutôt à ce dialogue de sourds entre deux partis complètement opposés à toute idée de raison et de compréhension. Mais une troisième silhouette –plus distinguée, et du reste, pour ce qu’on en pouvait voir à la lumière de la torche de l’obtus gardien, celle d’un homme de qualité-, qui était, sans aucun doute possible, celle de l’employeur de ce Cerbère si peu ouvert à la discussion,  interrompit là leur dispute avant qu’elle ne s’envenime. La réflexion sur les lits de justice était si incongrue aux yeux d’Auguste qu’il ne se donna pas même la peine de retenir un ricanement. Un lunatique. Cependant l’obséquieuse attitude de son antagoniste, sa voix dans laquelle le respect le disputait à la gêne, semblaient assez indiquer que le maître en question était puissant. Ou terrible. Ou les deux. Auguste trouva bien cela curieux. Mais pour l’heure peu lui importait, ce n’est pas parce que l’étranger qui venait de sortir de la ruelle pouvait se permettre de poster des hommes en armes à tous les carrefours qui lui convenaient, qu’il allait pouvoir exiger de lui quoi que ce fut et qui aille contre sa volonté propre….

Son adversaire commença à expliquer –sobrement- les circonstances à son employeur –non sans veiller scrupuleusement à se dédouaner de toute espèce de tort-. Auguste tiqua au regard noir qu’il lui lança, mais décida que répondre aurait été lui marquer plus d’importance qu’il n’en méritait. Pour autant il ne se priva pas de lui marquer son mépris par un reniflement dédaigneux, et pianota des doigts sur la garde de son épée.

Et puis « Monseigneur » entra dans la zone de lumière, suffisamment pour qu’enfin les traits de son visage. Auguste eut un hoquet de surprise, et se rendit compte qu’il aurait peut-être été bien inspiré de prêter plus attention à l’uniforme du soldat, et à tirer un peu plus de conclusion (quoique tout cela au final les aurait sans doute quand même conduits au même point, la surprise en moins). Il comprenait un peu mieux à présent le refus catégorique du soldat. La question qui se posait à présent était celle de la présence de Monsieur, Frère unique du Roi, en pleine nuit dans une des plus sombres, étroites, et banales ruelles de la capitale, et celle de l’établissement d’un piquet de garde à l’entrée de ladite ruelle – la situation était pour le moins incongrue-. Mais Villiers avait une très bonne capacité à rebondir, et ne se laissa pas accaparer longtemps par la stupéfaction. Puisqu’apparemment la chose était toute naturelle, eh bien, il s’adapterait. D’ailleurs il en connaissait assez en terme d’étiquette pour savoir qu’il n’avait pas de questions à formuler. Même si celle de savoir si ladite sacro-sainte étiquette s’appliquait ici, hors de la Cour et même, presque, hors de toute structure sociale, lui brûlait les lèvres. Monsieur aurait pourtant certainement su répondre, lui dont la réputation de chicaneur sans fin était presque universelle.

« J’ignorais, Monseigneur que vous vous trouviez en cette ruelle, sans quoi je pense que j’en aurais agi tout à fait différemment mais, puisque votre garde n’a pas daigné expliciter pourquoi il était interdit d’emprunter ce passage, vous comprendrez qu’il m’était tout à fait impossible d’en prendre un autre. »

Un regard appuyé du soldat lui fit comprendre que ce n’était pas suffisant, que cela exigeait des excuses. Comme obéir de bonne grâce, et surtout à un inférieur (vaste catégorie), n’était pas vraiment dans les habitudes du vidame, et puisque le duc d’Orléans paraissait dans de bonnes dispositions, Auguste s’exécuta, à sa manière.

« Naturellement, il me faut m’excuser de vous avoir dérangé en une tâche si importante… Mais il est tard, et il m’était complètement sorti de l’esprit que les heures après minuit étaient les meilleures pour tenir un Lit de Justice, et que les coupes-gorges parisiens étaient les tribunaux ordinaires en cette circonstance… J’espère que vous me passerez cette faute. »

Il assortit sa tirade d’une -trop- servile révérence. L’impertinence, il le savait, pouvait lui coûter cher, mais puisque les rougeurs sur les joues du Duc semblaient n’être pas dues qu’aux fards, que ce lieu lui paraissait comme neutre, débarrassé des obligations et des convenances, il pouvait bien espérer un peu d’indulgence. Et comme de toutes façons la tentation avait été trop forte, et qu’ il savait résister à beaucoup de choses, mais pas à la tentation… L’audace paierait peut-être. En attendant, quel qu’en soit le résultat, la délicieuse appréhension, l’attente de la réaction du Prince, qui seule montrerait où il se situait par rapport à la limite à ne pas franchir –en deçà ? en delà ? Et à quelle distance ?...- suffirait seule à le dédommager.
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Sam 12 Sep - 2:42

Sans avoir de fourrure, ni de crocs, ni deux têtes supplémentaires, Miller se targuait d’un travail bien fait et d’un devoir accompli, digne du Cerbère dont il imitait la mission. Loin d’être crane, il ne redoutait rien ni personne disait-il, et certainement pas un petit nobliau plus court que sa propre rapière. Il avait remporté plus de duels qu’à son compte, et ne serait certainement pas effrayé par un affrontement supplémentaire qui n’aurait pas même l’honneur de figurer sur son palmarès. Parce que ouais, il n’aimait pas du tout son regard, qu’il comprenait trop bien et qui le hérissait un peu trop. En fin de compte la retenue lui était imprimé par l’enrubanné royal qui se dandinait à côté, parce qu’il fallait reconnaître que niveau protection, se lancer dans un duel c’était pas ce qu’il y avait de plus efficace. Peut-être plus tard, il recroiserait le freluquet et à ce moment là lui ferait avaler le jouet qui lui battait la cuisse. Perdu dans ses menaces intérieures, il fut surprit de sentir une main sur son épaule et tourna le regard. Philippe d’Orléans flattait obséquieusement son chien de garde pour l’apaiser et le retenir, l’air toujours aussi nonchalant et amusé qu’à son habitude.

-Impossible, répéta le Prince la bouche en coeur. Voyons… Il n’y a rien d’impossible à une âme aussi déterminée que la vôtre Vidame… Tout Paris le sait… Mais c’est pour cette raison même que vous deviez passer, conclut-il dans un sourire.

Il n’avait pas été bien difficile de reconnaître l’homme honni à la cour, pourtant si recherché à Paris. Philippe s’amusait beaucoup de l’immoralité d’Auguste, s’indignait malicieusement en public, observait les conséquences avec une cruauté enfantine, guettait les nouvelles péripéties de cet anti-héros. Généreux envers ceux qui le divertissait, il se souvenait de leurs traits et avait donc rapidement reconnu le visage du fils tout en se souvenant des plaintes de son digne père, pauvre hère furtif dans les almanachs royaux. Ah, pauvre Comte de Villiers d’avoir un fils plus brillant que soit, cela n’en était que plus amusant.
Il était rare de voir le Duc d’Orléans de mauvaise humeur en soir de fête. Du moins, non, soyons précis : il était rare de voir Monsieur chagrin loin de son épouse bien-aimée. Ce point étant parfaitement rempli actuellement, Philippe était d’une jovialité propre à terrasser toutes les contrariétés. Ce fût certainement ce qui le conduisit à faire un pas en avant, abandonnant derrière lui Miller qui n’aimait rien de ce qui se déroulait, et encore moins le fait que son protégé s’exposa consciencieusement, même s’il semblait connaître l’corniaud en face.

Le sourire princier s’élargit, s’étendit sur les joues rouges de vin et de vie. La réponse était vive, tout à fait galante, un rien engoncée. Monsieur ne retînt pas un rire à la révérence et applaudit en pouffant.

-Point d’heure pour la Justice du Roi,
répondit-il. Je sais reconnaître dans le pire des râteliers des allures de chaire, ce qui de nuit est ardu et fait donc de moi le juge de ces lieux. Souvenez-vous en à l’avenir pour ne plus être surpris, car cela n’est point dans vos habitudes, n’en changez pas.

Légère approbation d’une conduite licencieuse ahurissante par son inventivité. On se reconnaissait entre pair d’une même espèce. Philippe se targuait de vivre par la surprise et le changement. Tout devait se transformer continuellement et produire un sentiment de renouveau et d’étonnement foudroyant. Si l’on suivait la Gazette et le Mercure Galant, le credo était fastueusement tenu à chaque réception. Pour plus d’impartialité, les correspondances servaient effectivement d’indicateur, mais les témoignages oraux, les rumeurs étaient les médiums les plus sûrs pour s’assurer de la réussite effectives de ses volontés. Monsieur attendait de voir dès le lendemain comment vagabonderai la rumeur d’un Lit de Justice prenant pour accusé l’infréquentable Villiers. Si le changement devait se traduire par l'égrenage effréné de pauvres sottes, alors pourquoi non ? Philippe n’y voyait pas d’inconvénient, grinçait simplement des dents quant cela impliquait d’un peu trop près les liens sacrés du mariage, et encore.

-Il me faut donc juger, car non... je ne passe pas la faute.


Philippe eut un sourire mutin pour le jeune homme. Cette histoire de justice venait de lui rappeler un certain événement apparemment anodin, certainement important dans la vie d'Auguste.

-Assurément Villiers,
poursuivit-il d’un ton faussement compatissant. vous ne pouviez penser échapper éternellement à la céciteuse Justice… Puisque même de jour vous fûtes confronté à son commis. Un bel avertissement ignoré… Il faut surveiller davantage vos augures.

Il avait achevé sa phrase d'un sourire presque tendre, d'un battement de cils espiègle. Que le jeune Auguste ce soit retrouvé confronté à La Reynie, voilà qui avait beaucoup intrigué, et déçu car on ne comprit pas bien de quoi les deux hommes avaient pu parler, et on avait beaucoup polémiqué sur le sujet sans parvenir à de conclusion satisfaisante. De Saint-Chély, assurément puisqu’il avait été présent, et de Camjac, puisque ce dernier se plaignait beaucoup alors d'un certain Vidame, mais ensuite ? Villiers et La Reynie avait été suffisamment rustres pour ne pas vouloir partager leur plaidoirie avec le monde. Voilà qui était désobligeant. A défaut de savoir, Philippe pouvait toutefois pointer du doigt une conversation qui ne devait certainement pas plaire au cœur trop libre du Vidame. Une vengeance légitime qui peut-être répondrait à sa curiosité. Il ferait ainsi d’une pierre deux coups, ce qui était tout de même digne d’être loué.


Très cher:
 
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Dim 8 Nov - 0:38

Se redressant, Auguste croisa le regard du garde du corps, qui le considérait d’un air fort peu aimable, mais qui se trouvait arrêté par la main du prince. Par pure provocation, et aussi parce qu’il savait n’y rien risquer, il lui retourna son plus beau sourire. Il était suffisamment rare qu’on lui donne raison contre l’ordre établi –concept qui depuis peu avait pris la figure particulièrement haïe, abhorrée et exécrée de Gabriel de La Reynie, dont la seule mention lui faisait grincer les dents- pour qu’il en profite un peu. Et si le sourire, qu’il avait entrevu sur le visage du prince, n’avait pas encore suffi à le confirmer dans l’idée qu’on le soutenait, la remarque dont l’assortit le duc d’Orléans lui en apporta la confirmation, et au-delà de toutes les espérances ; comment imaginer que le prince prenne ainsi son parti ?

Un instant surpris, il s’empressa cependant d’appliquer le conseil qu’on venait de lui prodiguer et n’en laissa rien paraître ; rien de toute façon ne devait plus l’étonner ce soir-là. Un sourire aux lèvres, il s’inclina légèrement, baissant à peine la tête un court instant, manière aussi bien de montrer son assentiment que de reconnaître son propre mérite –un peu comme l’acteur applaudi en triomphe le soir d’une première remercie son public tout en reconnaissant son propre talent. Quoique… Après tout, La Reynie aussi, d’une certaine manière, l’avait engagé à ne pas changer de conduite, pour en tirer profit plus sûrement. Grimaçant, il tenta de chasser de son esprit l’image décidément un peu trop obsédante, envahissante du ministre ; la rancune avait cela de mauvais qu’elle le rappelait sans cesse à son bon souvenir, alors que son amour-propre et sa fierté blessés s’en serait très bien passés. Il n’y avait pourtant rien de commun entre le prince et l’homme d’état ; et la comparaison tournait à l’avantage incontestable du premier…

Cependant, l’usage que fit le prince de ce qui n’était de sa part que simple boutade, ou même reprise pure et simple de ce qu’avait dit Orléans avant lui lui attira une grimace. Un jugement, quel qu’il puisse être, impliquait, conséquence nécessaire, une sanction, et même si en l’occurrence on pourrait plutôt la qualifier de gage, il n’en demeurait pas moins pour lui l’obligation de se plier à un énième caprice du fantasque frère du Roi, dont l’imagination n’était plus à démontrer, surtout en la matière. Il fronça rapidement les sourcils, s’attendant, non pas au pire, mais au moins à un quart d’heure désagréable.

-Si j’avais su que l’offense était si grave !...


Son pressentiment cependant se révéla tout à fait confirmé. On aurait sans doute été en peine de trouver commère plus accomplie dans toute la Cour, qui pourtant en comptait un certain nombre, voire un nombre certain ; ce que venait de prouver, une fois de plus, le Prince. Ramenant du même coup en scène le fameux La Reynie qu’il venait à grand peine d’en chasser… Auguste ne se donna pas même la peine de se retenir de lever les yeux au ciel, et eut une grimace tout à fait éloquente. Comprenne qui pourrait le message pas si subliminal que cela. Cette histoire commençait décidément à devenir envahissante, et tout et tout le monde semblait prendre un malin plaisir à la lui rappeler sans cesse, comme pour l’empêcher d’enfouir au plus profond de sa mémoire très sélective et de sa mauvaise foi le courrier réclamé par le fonctionnaire, et qu’il n’avait bien évidemment pas même envisagé encore de commencer à rédiger.

-Oh, cela ? Le ton était désinvolte, nuancé d’une pointe d’agacement. Je ne comprend pas que tout le monde s’acharne et s’obstine à toujours remettre en avant cette simple entrevue de courtoisie. Monsieur de Camjac, pour des raisons… Qui lui sont très personnelles et qui lui tiennent fort à cœur, et que sans aucun doute sa délicatesse et sa… son honneur, m’empêchent fermement, eu égard à lui, de vous révéler ici, en présence d’oreilles indiscrètes…

Un sourire ironique aux lèvres il embrassa d’un regard la rue déserte –et bien sûr le seul tiers de l’affaire qui devint cramoisi. Il était tellement simple, et tellement amusant cependant, de provoquer ainsi le malheureux garde, qui, se devant d’obéir aux ordres reçus, se devait par conséquent, de rester à sa place et de garder un calme relatif. Et cela lui permettait au moins de passer son agacement croissant. Après tout, avec l’uniforme, symbole s’il en était de la rigidité qui caractérisait, plus que tout, La Reynie, il était aisé d’opérer mentalement la substitution. Et s’il payait pour l’autre, le soldat n’avait pour autant pas démérité ; on n’empêchait pas les passants de passer, surtout sans donner de raison valable, et peut-être à l’avenir s’en souviendrait-il. Quoiqu’il ne doutât pas un seul instant du silence de celui qui avait été suffisamment zélé pour garder avec tant d’acharnement l’entrée d’une rue en pleine nuit –car le zèle suppose, chez celui qui en fait montre, d’une certaine dose d’idiotie qui suffisait à le convaincre que l’autre n’aurait pas l’idée de répéter quoi que ce soit à qui que ce soit sans qu’on l’y ait autorisé, voire qu’on le lui ait demandé ; c’était plutôt le dic qui l’inquiétait. La question avec lui n’étant pas de savoir s’il raconterait l’histoire, mais à qui il la raconterait.

- A pu développer contre moi quelque grief. Par conséquent, et par souci de résoudre cette histoire dans la plus grande discrétion, et la plus grande simplicité, il a courageusement prié Monsieur de La Reynie de venir m’entretenir du différent qui nous agitait. D’où cette conversation avec le commis de la Justice, qui semble tant intriguer, pour si peu de choses…

Auguste se balança d’un pied sur l’autre, en souriant. Qu’il répète ou non l’opinion qu’il se ferait de ce récit plat comme la Beauce ne l’inquiétait pas particulièrement. Quoique… Sous le coup d’une brusque inspiration, le vidame eut un mouvement impulsif vers l’avant, avant de refermer la bouche. S’il révélait ce qu’avait fait La Reynie, et le chantage odieux qu’il avait exercé à son encontre ? Si cela venait à se savoir, l’image du Lieutenant de Police serait ternie, ce qui serait une consolation, même si son honneur à lui devait en pâtir, parce que dans l’état actuel des choses cela constituerait encore une amélioration par rapport au rôle de mouchard qu’on voulait lui faire endosser. Cependant, une très courte et très rapide réflexion le stoppa net : La Reynie avait certes usé de méthodes très critiquables, mais il l’avait fait dans l’intérêt de l’état, et il y avait fort à parier que cela seul suffirait à l’excuser. Autrement dit, il dévoilerait tout pour un résultat nul. A moins que, de fait, l’accord connu, il ne soit disqualifié d’office pour la mission qu’on avait cherché à lui faire endosser. Ce qui n’avait rien de certain. Parce qu’à supposer que Monsieur prenne son parti –ce qui était peu probable, même avec l’appui des vins pétillants de Champagne-, il ne représentait en rien la première autorité du royaume, et quoi qu’il puisse dire, il savait bien que mis face à face avec son antagoniste, c’est à La Reynie qu’on accorderait le plus de foi et de crédit. De toutes les manières, la situation paraissait plus ou moins inextricable ; il mordilla sa lèvre, essayant de trancher entre son impulsion première et le fruit de sa réflexion, et incapable au final de prendre la moindre décision, car aucune des solutions ne semblait devoir lui en apporter une, ce qui était tout de même le but initialement recherché.

-Pour résumer l’affaire en un mot, disons que tout cela a fait beaucoup de bruit pour presque rien.
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