Partagez | 

 Primum bibere, deinde... bibere [Erwan]


Lun 13 Avr - 2:14

« Ancore un'altre, tavernier !

Non, l'endroit n'était pas recommandable (pas à une heure aussi tardive). Oui, il le savait. Non, ça ne lui posait strictement aucun problème, pas le moindre petit minuscule microscopique tesson d'inquiétude. Même s'il était surintendant de la musique du roi, qu'il revenait de la cour, qu'il était joliment habillé et qu'il avait un accent très italien (assorti à son beau teint olivâtre, parce que non, même l'hiver ne pouvait entamer le hâle de Jean-Baptiste Lully ! Déjà que le fard blanc n'y parvenait qu'avec peine...) qui le rendait à moitié compréhensible. Il devait être trop enivré pour ce genre de choses.

Et puis, il avait quand même été valet, durant toute sa jeunesse. Ce n'était pas non plus comme s'il n'avait jamais fréquenté les endroits mal famés, parfois très mal famés, parce que le vin y était facturé à un tarif plus conforme à ses maigres gages. Certes, c'était... une quinzaine d'années auparavant, mais qu'importait ? On lui resservit un gobelet de piquette, et il dévisagea les alentours d'un air absolument négligent. Nonchalant, même. Avec le printemps, les petits oiseaux se remettaient à chanter, les hirondelles rentraient d'Afrique sans noix de coco aux pattes et la cour reprenait quelques couleurs après la mort de la reine (pas une grande perte, selon notre Florentin). Or, qui disait fin du deuil disait retour des ballets, donc fin de la période de farniente pour notre beau sire, donc disait discussions houleuses dans tous les sens pour être bien sûr de pouvoir tout organiser selon son bon désir - et si Vigarani pouvait toujours lui répliquer en italien à l'occasion, Benserade ne pouvait pas se vanter du même talent. Les Muses allaient prendre cher, dans quelques mois !

En attendant, le Surintendant, trempé par la pluie glauque et froide du dehors, les souliers encore boueux malgré une très courte marche dans la rue, n'avait guère envie de rentrer chez lui retrouver son épouse. Il aimait beaucoup Madeleine, mais son petit doigt (ou son corps entier, en fait) lui disait qu'elle était à nouveau enceinte, à en juger par ses sautes d'humeur. Et il n'avait pas envie de subir ça ce soir-là, pas tout de suite, du moins... Il but quelques gorgées. Au fond, le lieu lui semblait plutôt accueillant. Lully haussa les épaules.


« Tutto bene, eh? »

Son regard dévia à nouveau sur l'assemblée. Et cette fois-ci, il eut comme un drôle de pressentiment...

L'alcool, sans doute...
avatar
Invité
Invité


Lun 13 Avr - 3:18

Il faisait comme partie du décor, On disait même souvent que c'était un peu sa deuxième maison. D'un certain côté il ne pouvait s'empêcher de grogner à cette idée. Si on disait cela alors cela voulait dire qu'il venait trop fréquemment ici pour que ce soit prudent. D'un autre côté, cela flattait son ego qui était un peu trop grand pour sa petite personne, qui l’encombrait et le faisait chuter dans des situations parfois légèrement complexes, à peine embêtantes. Bref, cela flattait son ego parce que si c’était sa maison alors par une légère extrapolation, cet endroit était son territoire, son mini royaume. Et au vu de ce que préparait la tarée de Rosamaria, il ne serait pas de trop d’avoir un petit lieu de recueillement. Il ne se faisait pas d’illusion sur le fait que cet endroit n’était pas un donjon mais il était toutefois trop fréquenté pour que les deux Cours puissent s’y attaquer. C’était un moyen comme un autre d’avoir un sanctuaire. Sale, oui ; le parquet gonflé de crasse, imprégné de mauvais vin, souillée de l’immonde boue noire parisienne oui ; l’air chargé d’une odeur de transpiration aussi et un léger fumet de tabac plus ou moins froid, enfin bon ce genre de joyeusetés était inhérent à ce lieu, mais il faisait avec et s’en satisfaisait. Il avait connu pire.
Ouaip, il aimait bien cet endroit, outre le fait que Robert le tavernier lui devait une fière chandelle pour cette histoire de papier et qu’Erwan en abusait avec modération, aka la modération qu’il s’était lui-même fixée.
Il essayait de se faire oublier, ça faisait plusieurs mois d’ailleurs maintenant, il commençait à se lasser de sa propre prudence. Enfin bon si on écoutait l’autre maquerelle bientôt les autres auraient des problèmes plus importants à régler et c’était tant mieux.
En parlant de maquerelle il se sentait bien l’envie d’aller se caresser à une belle ce soir. Peut-être la petite Théa, ça faisait un moment qu’il l’avait pas vu celle-là… si elle s’était bien débarrassée du gamin que le Furet avait tenté de lui mettre sur le dos à l’époque elle devait être aussi jolie qu’avant… Ou non. Bon, peut-être qu’il ferait mieux d’aller voir l’autre là… Comment qu’elle s’appelait… La blondinette avec des hanches aussi douces que le ventre d’une biche. Ortala ? Falbala ?... Un truc dans le style.
Il promena machinalement son regard dans la foule autour de lui. Son visage s’arrêta sur l’homme qui venait d’entrer, qui avait marché droit vers le comptoir du tavernier. Un qui savait ce pour quoi il était entré ici. D’un autre côté, Erwan voyait mal ce pour quoi d’autre on pouvait être entré là. Il regarda le nouvel arrivant. Il avait le sentiment de le connaître déjà. C’était presque un noiraud au vu de sa peau, l’épaisseur de sa chevelure de même ton ne l’aidait pas à s’éclaircir. Presque un moricaud le bonhomme. Et ce sentiment titillant qu’il le connaissait mais d’où ?
Atala !  Mais oui putain c’était ça son nom ! Atala !
Et pourquoi il se souvenait de ce nom d’un coup en regardant la tronche d’un type qui n’avait ni de près ni de loin une quelconque ressemblance avec la midinette qui faisait que son pantalon était déjà un peu plus serré que d’habitude.
Le nain se rappela soudainement de la raison précise pour laquelle il connaissait le moricaud.
C’était un moricaud riche ! qui lui avait piqué la donzelle un soir que Mi-Botte était moins en veine qu’à son accoutumée, que les affaires étaient en berne et qu’il avait donc dû se voir piquer la pouliche qu’il s’était destiné.
Peut-être, peut-être qu’il le prenait pas trop bien en cet instant. Peut-être qu’aussi Mi-Botte était un peu, légèrement éméché, qu’il s’ennuyait, qu’il avait envie d’un peu d’action dans sa vie d’ennui qui durait depuis maintenant 2 mois.
Peut-être.
Il se leva du tonneau sur lequel il s’était installé plus tôt, abandonnant la compagnie avec laquelle il échangeait, chopa le verre d’étain qu’allait porter à ses lèvres gercés son voisin (parce que sacrifier son propre verre ce n’était pas moral), et le balança dans la direction du putain de foutu riche moricaud qui s’était approprié la putain de ribaude qu’il avait voulu se destiner.
Des histoires futiles en somme.
Lancer de dès pour buter Lully d'un coup :
 

Peu assuré sur ses appuis, le tonneau n'étant pas lui-même des plus stables, le mouvement qu'il fit le déstabilisa et manqua de le jeter à bas de son trône improvisé. Il se rattrapa de justesse à son voisin fraîchement dépouillé, en jurant, surtout parce que son projectile se fracassa à côté du noiraud.
Il aurait préféré la pleine tronche, quand même.

-Putain Mi-Botte tu nous fais quoi là corniaud !!!?


Avec un sourire torve et un regard vague le nain se redressa pour regarder le putain de noiraud riche.

-Je servais Monseigneur là-bas.

Son sourire canaille et moqueur observait le type en face. Ouais bon, l'attaque par surprise était un peu ratée...
De histoires futiles je vous dis.
avatar
Invité
Invité


Lun 13 Avr - 3:47

Si l'autre se souvenait que Lully lui avait piqué sa donzelle, Lully, lui, n'en avait pas le moindre petit relent de souvenir, et ce, pour plusieurs raisons. D'abord, le nombre de garces (et de garçons, ne soyons pas sexiste !) dont il partageait le semblant de couche à la nuit. Et sans vouloir se vanter, ce nombre n'était pas petit. Ensuite, le taux d'alcool qu'il avait dans le sang lorsqu'il s'occupait à satisfaire l'éphémère partenaire, qui lui aussi était plutôt élevé. Troisièmement, les visages qu'il finissait par confondre à force de les voir flous - là non plus, l'alcool et la myopie ne devaient pas aider. Bref, aucun souvenir d'avoir un jour piqué son coup d'un soir à un quelconque nabot. Aussi le Surintendant vit-il un verre s'écraser pas si loin de lui d'un air relativement atone. Bah ! au mieux, ça mettrait un petit peu d'ambiance. Les lieux étaient trop calmes, de toute façon. Et puis, regarder deux ivrognes tenter de se battre, c'était toujours divertissant... Même que parfois, ça donnait des idées de figures de ballet. Bref, parfait.

Ce qui était un peu moins parfait, c'était les répliques qui s'ensuivirent. Aspetti...pensa le Surintendant en tentant d'intégrer la suite de mots en français qu'il entendait. Le monseigneur... Il regarda autour de lui et ne vit rien qui pouvait ressembler à un nobliaud à la ronde. Les monseigneurs ne fréquentaient pas souvent ce genre de coin, ou alors ils avaient l'intelligence de s'encanailler avec de mauvaises fripes.

Cazzo! La réalité de sa belle tenue le heurta en pleine figure - et elle savait mieux viser que l'autre abruti d'ivrogne, là. Lui avait été assez stupide pour se balader en brocard et en velours, comme le dernier des crétins. Le pire, c'est que ça ne l'étonnait même pas de lui. Il dévisagea un instant l'homme qui l'avait insulté, vit à quel genre de phénomène il avait affaire et pensa qu'il avait décidément bien trop picolé pour ce soir : il voyait encore plus mal que d'habitude, comme si le type était dans un miroir convexe. Mais pas les autres gars. Et ça, c'était bizarre. Il lui fallut un peu de temps supplémentaire pour intégrer cette nouvelle donnée - parce que non, ça non plus, ça n'allait pas de soi quand on avait trop bu. Son agresseur présumé (mais était-ce bien lui qu'il agressait ?) avait un drôle de sourire de travers, pas fort sympathique.

Mais Lully n'était pas vraiment du genre à avoir peur. Son esprit embrumé lui dicta sans doute la pire pazzia de toute son existence - enfin non, peut-être pas, la fois où il s'était déshabillé dans les jardins de Mademoiselle pour jouer à la statue remportait toujours la palme du n'importe quoi suicidaire. Notre musicien s'empara de son propre gobelet, le remplit presque à ras-bord et d'un pas moitié dansant, moitié chancelant, il l'apporta au type, non sans une très, très, très grande révérence plongeant quasiment jusqu'au sol.

« Che monsignore mé permette allore dé loui rendre la pareille ! » lança le surintendant, moqueur mais sans aménité.
avatar
Invité
Invité



Contenu sponsorisé

Primum bibere, deinde... bibere [Erwan]

Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Primum bibere, deinde... bibere [Erwan]
» Erwan Toth
» erwan no galerie
» Répartition d'Erwan Gourmelin (fiche refusée)
» Galerie d'Erwan [oui c'est ma 4em galerie]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vexilla Regis :: Le grand divertissement :: Anciens Rp-