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 Ma vengeance est perdue, si mourant il ignore que c'est moi qui le tue


Dim 31 Mai - 11:58


Pour se mettre dans l'ambiance
Le  23 avril 1666, à Paris

Notre première rencontre, vidame, ne laissait guère présager le début d’une correspondance. Mais ce qui sonnait comme la fin d’une histoire n’était en réalité que la préquel du drame qui se noue et dont nous sommes pour l’heure les victimes. Et c’est parce que la bataille à venir y est sensiblement lié que je me dois de vous rappelez cet entretien, tout déplaisant qu’il soit.

Il y a à la cour plusieurs dames dont je bénéficie des grâce. L’une d’elle, veuve fraiche et fort peu éplorée, me laissait régulièrement jouir de sa compagnie sans m’assommer des farouches défenses dont le beau sexe se sent obliger de s’embrasser pour ralentir notre progression. Ce changement délassant m’aveugla un moment et je ne comprit que tardivement que la place que l’on m’avait cédé était en réalité également occupé par vos bons soins.

Un soir après un opéra où un soprano m’a assommé de sa contreperformance, j’abandonnais l’entreprenante et fade marquise qui m’accompagnait au mains de mon cadet et vous extirpait poliment mais sans ménagement de la nasse des courtisans. Les moyens que j’employais pour vous soustraire à l’ensemble flagorneur et persiflants ne me sont guère resté en tête. J’avoue que ce genre de détails minutieux ne m’intéresse guère. La suite reste cependant gravé dans ma mémoire et dans la votre sans doute. Je vous révélai ma connaissance du tour que vous m’aviez joué et riant je vous félicité de votre audace. Une fois mon hilarité fini, je vous assurer cependant que jamais vous ne recommenceriez et ne vous en vanteriez ou, et ce sont les termes exacts, « je vous broierais le crâne ». Cette demande formulé je vous laissais là et allait me consoler de l’abandon de la marquise dans les mains de Philippe.

Vous suivîtes mon conseil vidame. Ce fut une preuve de bon sens, dieu sait que j’aime mettre mes menaces à exécution. Et ce fut aussi une preuve de délicatesse et de respect dont je vous suis grès, encore aujourd’hui. Aussi croyez bien que ce n’est pas pour répéter cette demande sanglantes que je vous adresse cette missive. Mais cette affaire est comme je l’ai dit le préquel de notre correspondance. Et cette introduction s’étirant en longueur je vais rentrer dans le coeur du sujet sans plus tarder.



Cette dame que nous nous partageâmes à mon insu et pour votre grand amusement, ne semble pas se contenter d’une amitié honnête et jouissive. Non ce qui lui procurait un plaisir presque orgastique, je l’ai découvert récemment, était d’user des hommes ainsi que les hommes usent des femmes. Moquant nos prétentions et nos prérogatives, elle s’attache à mépriser ses amants comme un mauvais homme traite ses maitresses. Je pourrais vous faire le récit des goujateries dont nous firent, en toute innocence ou tout du moins ignorance (l’innocence n’ayant guère de place dans ce genre de relations), les frais. La liste serait longue et humiliante.

Je l’ai arraché à son ancien majordome et complice qu’elle a renvoyé quand ses services à cesser de la satisfaire.  L’homme, au demeurant médiocre, est entièrement votre si vous souhaitez vous renseigner. Quand à moi je confesse que je ne peux encore tout révéler car seul le silence permet de panser cette blessures d’amour propre. L’exprimer raviverait un orgueil malmené et me pousserait à des actions inconsidérés.

Quoiqu’il en soit vidame, nous voici l’un comme l’autre bien ridiculiser. Si nous ne sommes pas les seuls nous sommes assurément ceux qui ont d’une part le plus à perdre si cela vient à ce savoir et d’autre part les plus à même de réparer cette offense. Car et je sais que vous partager mon sentiment, une chose pareille ne peut rester sans conséquences. Partager ses charmes est une chose, moquer et castrer ceux qui en bénéficient en est une autre.

Ainsi cette belle dame a souhaiter se comporter en homme. Ainsi se croyant sans doute un Périclès de la Carte du Tendre, elle a voulu maitriser un jeu selon des règles n’étant pas les siennes. Elle a voulu user de ce que la virilité donne de plus exécrables dans les droits et les manières. Se rêvant aussi conquérante que Jeanne d’Arc, mais moins vertueuse, elle a entrepris de faire la guerre sur le terrain de la goujaterie et de la rudesse masculine. Oubliant qu’un Alexandre peut être vaincu par un Du Guesclin, elle privilégie de trop les conquêtes évidentes et directes. Quelle dommage qu’elle n’ait compris les règles propre à son sexe. Car si elle souhaite m’humilier avec la violence, la franchise et l’indifférence des hommes alors je l’anéantirais avec la passivité, la fourberie et perversion propre aux femmes. Dans la guerre des sentiments nos sexes sont à égalité, et si elle a choisit des armes n’étant pas les siennes je les lui laisse. Qu’elle lutte, marche et envahisse comme un homme si l’hermaphrodisme lui sied, je ramperais, gouvernerais et achèverait comme une femme avec la cruauté que ce si charmant sexe réserve à ses plus fortes haines. Mise à mort par ce qu’elle a dédaigné, elle saura d’où viendra le coup mais ne pourra jamais m’accuser.

Je vous propose de venger votre honneur avec moi, vidame. En matière de cruauté féminine envers les femmes vous avez une expérience que je ne peux qu’envier. Alliant votre libertinage et mon esprit de conquêtes, nous ne pouvons que réussir dans l’entreprise que je vous propose.
Attendant votre réponse et contant sur votre discrétion, je vous salue.



Alphonse de Lorraine Armagnac
Chevalier de Harcourt et Abbé de Royaumont.
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Lun 15 Juin - 11:35


(Pour rester dans le ton)

Paris, ce 24 avril 1666

J’achève à l’instant la lecture de votre lettre, Chevalier, et elle m’a surpris à bien des égards ; bien sûr, la trouvant signée de votre main, je ne pouvais que m’attendre à ce que le sujet en soit notre commune amie ; mais je pensais, pour tout vous dire, trouver une invitation à une rencontre entre gens de bonne éducation à régler comme il se doit (c’est-à-dire un peu plus délicatement que selon les termes initialement choisis par vos bons soins, que votre susceptibilité me pardonne ce simple constat de faits que vous rappelez vous-même) une affaire de si grande importance. Et voilà qu’au lieu de cela, vous me relatez cette perfidie sans précédent, et l’audace sans bornes de cette femme qui a cru pouvoir s’offrir impunément le luxe de nous berner tous deux !  

Je vous suis reconnaissant de m’avoir ouvert les yeux sur un état de faits que, je l’avoue, j’étais bien loin même de soupçonner. Madame de Lavoûte-Chilhac s’est montrée en tout de la plus grande habileté ; sous ses airs de douce épicurienne, comment déceler la froide cynique ? Votre lettre, Chevalier, l’indignation –juste expression de votre fierté malmenée- qui en est la principale composante, votre fureur même, résonnent à mes oreilles comme l’éclat de rire final de celle qui jusqu’ici a mené sa barque avec assez de chance et de maîtrise pour éviter tous les écueils. Un rire que nous ne saurions tolérer.

En d’autres circonstances une telle affaire eût pu, je le reconnais, m’amuser, voire m’attirer une certaine admiration pour cette comédienne si habile ; car elle nous a abusés de la plus belle manière, jamais je n’ai pu déceler la moindre faille dans sa –certes assez peu assidue- défense, ni même dans ce simulacre de victoire qu’elle m’a offert, voyant bien, -et je ne m’en rend compte que maintenant, à ma plus grande honte, et croyez bien que ces mots me coûtent- que c’était là ce que je cherchais à obtenir d’elle, mais qu’elle ne devait pas l’accorder trop tôt ! Oh, comment peut-on se montrer aussi hypocrite, et jouer ainsi avec les sentiments d’autrui, quand on est une femme, c’est-à-dire universellement reconnue, louée, vantée pour son sentimentalisme ? Toutes les femmes et même celles qui se piquent d’une fidélité aveugle, et même les plus pieuses, les plus jeunes commes les plus vieilles, toutes à ma connaissance, se montrent sensibles aux compliments qui flattent leur orgueil mais les confortent également dans la confiance qu’elles peuvent d’accorder à elles-mêmes et toutes au fond sont heureuses d’avances qui leur font ressentir un pouvoir dont elles se grisent, et d’avoir, surtout, été préférées à leur voisine. Mais jamais encore je n’en ai rencontrée une seule qui joue ainsi le rôle qui devrait être naturellement le sien. Il y a là quelque chose de tout à fait fascinant… Mais elle a bien mal choisi ses cibles ; elle aurait dû se contenter de joueurs moins aguerris car elle n’a plus aucun espoir de remporter la seconde manche, à présent que nous sommes au fait de ses ruses et de ses visées.

Comprenez-moi bien. Il nous faut ici user de toute la tactique et la stratégie dont nous pouvons disposer. Vous voulez user contre celle qui se rit de notre honneur des armes dévolues à son sexe ; bien. Mais gardez-vous bien de vous laisser aveugler par votre rage ! Soignez votre rancœur, cultivez-la, faites-la fructifier afin qu’elle porte votre vengeance, mais ne lui laissez pas l’élaboration de notre commune action – la haine est mauvaise conseillère et je refuse de sous-estimer notre adversaire, au risque de tout perdre, la vengeance et l’honneur. Vous savez aussi bien que moi que le premier coup doit frapper au cœur, nous n’aurons pas de seconde chance. Nous devrons user du machiavélisme le plus abouti pour nous opposer à elle, et ne jamais escompter par avance de ses réactions (comment prévoir les réactions d’une telle vipère, qui refuse de se plier à la norme de son sexe ?), ce qui compliquera très certainement nos plans.  Aussi gardons nous bien de trop précipiter notre action ; elle n’en sera que plus délectable. Quoi de plus doux que de contempler la marche inexorable d’une vengeance qui ne s’appuie sur aucun hasard, que de savourer l’aboutissement de secrets efforts en sachant que l’objet de notre courroux ne peut plus en aucune manière s’y dérober ?

Je parlais  tout à l’heure de jeu ; eh bien ! Considérez qu’en celui-ci nous avons l’avantage, et même doublement, sur elle : d’abord nous avons pénétré le sien, et elle ne le sait pas encore, d’après ce que vous m’écrivez ; ensuite, nous disposons d’atouts qu’elle ne soupçonne même pas et sur lesquels nous devons garder le voile du secret ; le moindre n’est pas ce domestique, dont j’aimerai assez que vous tiriez tout ce que vous pourrez à son sujet. Pour ma part, je ne lui connais aucun vice capable de jeter sur elle le discrédit ; d’ailleurs, outre que ce moyen ne vous conviendrait sûrement pas (quoiqu’éminemment féminin…), la calomnie me répugne, parce qu’elle manque dramatiquement d’envergure. Etant veuve il ne faut plus songer à tenter quoi que ce soit du côté d’un mari qui aurait pu avoir son utilité en ce sens qu’il aurait pu décider pour elle d’un exil qui me paraît une peine bien pénible à une femme de bonne société, et qui aurait eu de plus le mérite de lui laisser tout le loisir de méditer à ses actes et à leurs conséquences… Cependant il nous faut une faille, un défaut dans sa cuirasse qui laisserait à nu sa faiblesse de femme qu’elle peut carapaçonner mais non pas effacer et qui constitue notre plus sûr angle d’attaque. Lui rappelant à la fois la condition qu’elle paraît avoir oublié et sa faute qui ne saurait rester impunie, nous saurons bien lui faire ravaler sa superbe et son mépris. C’est parce qu’elle a sottement cru pouvoir s’en affranchir que nous devons la réduire par les sentiments ; c’est parce qu’elle les a utilisés comme arme envers nous que nous allons les retourner contre elle. La défaite ne lui en sera que plus amère.

Je vous laisse ici ; j’ai fort à faire de mon côté, et je crois avoir trouvé un témoin au moins aussi gênant pour elle que son ancien domestique en la personne de Madame de Lantenac, sa grande amie et qui je pense est assez mon obligée pour me faire l’honneur de déverser pour moi et sur elle son venin. Pourquoi après tout, aller chercher ses ennemis, quand ses amies sont tout autant disposées à médire, et avec l’avantage très précieux que d’elle au moins on peut s’attendre à la vérité qui blesse réellement…. Dans l’attente de vos résultats, et en vous promettant de vous communiquer les miens au plus tôt, je forme tous les vœux pour votre réussite et la mienne,

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Dim 26 Juil - 10:14

Paris, le 26 avril 1666

Cette note se doit d’être brève vidame. Étant attendu pour accompagner la duchesse d’Orléans à l’opéra, je n’ai que peu de temps à consacré à ma correspondance avant de partir.

Apprendre que vos sentiments sont l’écho de ma propre colère et de mon indignation n’est pas une surprise. Tout homme ayant un honneur digne de ce nom se doit de ressentir ce que nous ressentons. Vous entendre confirmer que vous vous alliez à moi dans notre vengeance me remplit de joie. Même si les conseils que vous me donnez parte d’un bon sentiment, je vous assure qu’ils sont totalement inutile.

Ce n’est pas la première bataille que je mène. Ce n’est pas la première fois que la rage colore le monde d’une sanglante teinte rouge. Mais je vous assure que la force de mes sentiments n’a jamais fait que durcir ma détermination sans jamais avoir la moindre incidence sur mon jugement. Mes succès en atteste pour moi.


Mais ce point de détail ne doit pas entacher notre entente parfaite sur la préparation méticuleuse et cruelle de notre vengeance. Le raffinement tiendra dans les détails du piège que nous allons tisser. Les sentiments, l’envergure tout sera conçu pour détruire son orgueil et ce sera d’autant plus délectable que, et j’y tiens, elle saura que nous avons tiré les premiers mais ne pourra ni se venger ni nous accuser sans se détruire entièrement.


Quoiqu’il en soit ainsi que vous me l’avez suggéré, et que je l’avais prévu, interrogé son ancien domestique. Je me suis également entretenu avec ma belle-soeur et la basse cour cour caquetante que constitue son cercle d’amis. Toute les pistes concordantes. À défaut d’un mari, dont j’auras volontiers fait l’instrument de ma revanche, notre fourbe a une soeur. Du fait de la mort de ses parents, qui doivent expier en enfer la naissance d’une telle femme, elle en est la tutrice. J’ignore si elle prends son rôle à coeur. Ce que je sais c’est que comme beaucoup d’enfant bien né et trop jeune pour qu’un hymen intéressant puisse être conclu, elle a été cloitrer des années durant. On murmure qu’elle pourrait sortir. Je n’ai pas put en apprendre plus, la perfide n’évoluant pas dans les même cercles que mes proches. De plus elle ne s’est que peu confié sur ce point à son domestique.



À part ça quelques découvertes d’une banalité navrante, dettes de jeu, médiocres mais existantes; amants mécontents mais fades et sans intérêts; pas vraiment de famille; elle paye ses domestiques en temps et heures et privilégie son jardinier qui a la main verte.



Vraiment, cette soeur me semble pour l’heure la seule piste d’un intérêt quelconque. Et puis ce genre de femme est d’un sentimalisme mièvre et navrant quand on en vient à la chair de sa chair. Pour peu que la soeur soit plus jeune et lui ressemble un peu, ce sera comme frapper sa famille et son enfance d’un seul coup.

Comme je vous l’ai dit je n’ai pas plus de temps à vous consacrer. J’espère que vos recherches furent aussi fructueuses que les miennes, et même plus.



Je continue à former des voeux de réussites et guette votre futur réponse.



Alphonse de Lorraine Armagnac
Chevalier de Harcourt, abbé de Royaumont
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Dim 26 Juil - 19:58

Paris, le 27 avril 1666


Prenez garde, Chevalier ! Loin de moi l’idée de vous contester expérience ni habileté, mais je crois que vous ne devriez pas ainsi dédaigner mes conseils, qui sont plutôt des recommandations, d’abord parce que les ayant vous-même sollicités, il serait correct de votre part de faire au moins semblant de vous y intéresser ; ensuite parce qu’il me semble, à moi, que pour travailler ensemble à notre vengeance, il serait bon que nous nous accordions, et laissez-moi vous dire nettement que je ne mettrai pas en péril la réussite de cette affaire à cause de votre caractère trop emporté. Vous êtes un homme d’action, Chevalier, c’est une qualité, certes, mais une qualité qui a ses revers, lorsqu’elle n’est pas tempérée par la raison et la prévoyance. Mais brisons ici sur ce sujet : rien ne servirait moins nos intérêts qu’une dispute stérile. Je vous préviens cependant, en toute amitié bien sûr, que si vous n’aimez pas recevoir de conseil, je n’apprécie guère, pour ma part, votre hauteur, et que si vous désirez toujours que j’apporte ma participation à ce projet, il vous faudra modérer quelque peu votre ton.

Pour en revenir à ce qui nous intéresse vraiment, à savoir Madame de Lavoûte-Chilhac, les informations que vous avez pu glâner auprès de ce domestique corroborent en tous points celles que j’ai moi-même pu recueillir auprès de Madame de Lantenac, quoique les miennes soient un peu plus étendues. Vous n’avez eu droit qu’à la plate réalité du quotidien, j’ai eu le privilège de rassembler également rumeurs, ragots et soupçons, et j’ai également entendu bien plus de bruits que vous au sujet de cette jeune sœur. Elle est en effet sous la tutelle de son aînée, laquelle met à ce qu’il sembla un point d’honneur à lui écrire le plus souvent que l’y autorise la règle –assouplie pour les pensionnaires- de son couvent, et à la visiter une à trois fois le mois, ce qui est tout de même la marque d’une volonté certaine de bien faire. Qui plus est, on m’a affirmée comme presque certaine l’information selon laquelle la jeune fille non seulement était, je cite « fraîche et délicate comme un bouton de rose », mais également « pure comme la colombe », et « douce comme le miel » -bref, derrière toutes ces métaphores aussi niaises que champêtre, vous comprendrez aisément qu’elle est fort entichée de cette enfant, que personne hormis elle n’a revu depuis des années, et qui au demeurant lui est fort précieuse, car j’ai cru comprendre qu’elle était destinée à un fort beau mariage, lequel devrait augmenter à la fois le renom et le crédit de notre chère amie. Elle la ménage donc, puisqu’elle y trouve ses intérêts. Le fait que toutes les personnes de son cercle proche interrogées par mes soins, en soient très rapidement venues au chapitre de la couventine, me porte à croire que ce sujet revient souvent dans sa conversation, marque supplémentaire s’il était besoin de son intérêt. En revanche sur la question de sa sortie du couvent, les informations reçues couvrent une fourchette de temps si extravagante, que je ne saurais rien avancer de sûr, et que je doute quelque peu d’une quelconque possibilité d’action de ce côté-là, quoique je sois assez d’avis de penser que les murs des couvents n’ont rien d’infranchissable.

Mais j’ai également d’autres pistes. Les dettes doivent être bien négligeables car je n’en ai même pas entendu parler ; j’ai pu relever un conflit larvé avec une de ses amies, ou du moins une femme qui a été son amie, mais il n’y a je pense rien pour nous de ce côté-là : l’affaire est trop partisane, et part d’une broutille telle, qu’en nous en mêlant nous nous discréditerions instantanément. Sur le chapitre des amants j’ai été stupéfait de voir que malgré une liste assez conséquente on a continué à me représenter cette femme comme vertueuse. Il y a là un apparent et fort plaisant paradoxe. En revanche sur ce chapitre je ne suis pas complètement en accord avec vous : ils ne sont pas tous aussi fades et indignes d’intérêt que vous le semblez croire. Certains d’entre eux ont des charges importantes, et une place assurée à la Cour (ce qui ne fait que souligner l’ambition de cette femme, que nous connaissions déjà). Peut-être à travers eux pourrions-nous trouver moyen de l’atteindre… Une disgrâce publique serait pour son orgueil et son insatiable désir de briller un coup terrible et absolument irrémédiable. Cependant une telle action impliquerait de renoncer à une exécution personnelle de notre vengeance ce qui, je présume, vous déplaît tout autant qu’à moi, mais également d’associer à ce projet des personnes en qui pour ma part je ne place absolument aucune confiance. Je place donc ici cette hypothèse, mais pose dessus une grande réserve.

Je vous passerai les racontars les plus improbables, inspirés uniquement par une jalousie réelle et profonde, qui courent sur son compte ; ils n’ont pas grande valeur à mes yeux, car les utiliser serait accorder à ces sornettes bien plus de valeur qu’elles n’en méritent. En définitive je xrois, Chevalier, que votre piste est encore la seule digne d’être suivie (encore faut-il trouver un moyen pour cela) d’autant que nous attaquerons non seulement ses sentiments mais encore son intérêt. Reste à définir une ligne d’action, à échaffauder minutieusement les détails et l’avancée du plan de manière à ce qu’au moment opportun nous n’ayons plus qu’à mettre en marche notre processus. Je pense que pour ce qui est de la nature du coup à porter, nul besoin d’en débattre ; notre accord là-dessus je suppose est tacite, et les résultats d’une telle action sont aisément imaginables, et sans doute une vengeance bien suffisante.

N’ayant plus rien à ajouter, à mon grand regret, je vous abandonne ici. Il va sans dire que je vous transmettrai fidèlement la première nouveauté concernant un éventuel autre angle d’attaque, mais j’ai bien peur, au vu de ce qui a déjà été fait, que nous ne devions nous contenter de ceci. C’est peu mais sans aucun doute est-ce déjà suffisant. Ne reste donc plus qu’à définir un plan d’action, ce qui au vu de la rapidité de notre première phase de recherche ne devrait pas prendre trop de temps –il me tarde autant qu’à vous de passer à l’application afin d’enfin venger notre honneur.

J’attends votre avis et vos suggestions à ce sujet, et continue de mon côté à rechercher les moindres murmures concernant cette perfide,

Auguste, vidame de Villiers

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Mer 12 Aoû - 12:52

Royaumont, le 1er mai 1666

Le temps presse, vidame ! À moins de détenir de nouvelles informations changeant la donne, nous devons dès à présent placer nos atouts. De passage dans mon abbaye, je n’ai point notre correspondance sous les yeux, je répondrai brièvement et de mémoire à votre missive.

Les amants de cette perfide, tout haut placés qu’ils sont, représenteraient plus un obstacle qu’un atout. Une conjuration tire son efficacité de sa petite taille, il ne sert à rien d’accumuler des alliés comme les pies entassent les bijoux. De plus à supposer qu’ils soient assez puissants pour ajouter du poids à notre démarche, ce dont je doute, ils en deviendraient aussi orgueilleux et susceptibles donc difficilement manipulables.

Une disgrâce publique, quand à elle, manque de panache. Cela fleurerait la vengeance à la sauvette et la victoire à la Pyrrhus. Je connais assez votre caractère pour présumer que cela ne vous conviendra pas plus qu’à moi.

Enfin, il nous reste sa parenté. De ce que nous savons, on peut en déduire que notre proie s’attache à la cloitrée pour plusieurs raisons. Elle attache de l’importance à son mariage, riche et prestigieux, et visiblement également à son honneur et à sa réputation. Une parfaite projection d’elle-même. Mais les attentions que vous mentionnez dans votre lettre sont quand à elle la preuve d’un sentiment plus profonds et stupide. De toute évidence, elle aime sincèrement sa soeur. Le lien est il véridique ou est il un joli mensonge comme notre temps peut en produire? Je confesse que la différence d’âge me trouble. Un seul de ses éléments nous offrait déjà un angle d’attaque amplement suffisant. La combinaison des trois est donc une ouverture fatale dans la garde de la dame.

La voie me semble, sauf contre indication, toute désignée. Attaquons madame de Lavoûte-Chilhac, à travers cette enfant. Détruisons cette enfant sur le chemin du mariage et de la vertus, deux aspirations féminines que son ainée ne néglige que trop. La famille anéantie, nos honneur seront lavés. Nous nous y connaissons en matière de vertus perdus et de mariage compromis, je pense. Cette affaire devrait être aussi aisée que réjouissante. Bien que, j’insiste, nous ne devons jamais nous impliquer personnellement. Enfin ! Trouver la main armée qui percera l’hymen de cette enfant ne sera pas bien dur, surtout si elle est aussi fraiche et champêtre que le promette les rumeurs. Avec notre expérience, les récits suffiront.

 Bien entendu vous pouvez venir avec une meilleure idée, si vous en trouvez, dans votre prochaine lettre. Mais j’avoue qu’il me tarde que nous fixions les détails de notre plan et que si vous pouviez commencer, je dévorerais votre lettre comme on se délecte de la vue d’une curée.

Je me dois de demeurer à Royaumont pour la première quinzaine de mai. Vous ne pouvez pas m’y faire parvenir de lettre sans que cela ne soit suspect. Cependant j’entretiens une correspondance très régulière avec mon frère Philippe. Remettez lui la lettre, et il me la fera parvenir régulièrement. De plus, il s’est engagé à la plus grande discrétion. Il ne connait point notre affaire, rassurez vous, et assure qu’il ne cherchera pas à en savoir plus tant que je ne le désirerais pas. Si ce biais vous mets inconfortable, attendez ! Je ne peux en aucun cas hâter mon retour.


Dans l’attente de vos lumières, je forme des voeux de bonne santé, spirituelle.
Alphonse de Lorraine Armagnac
Abbé de Royaumont
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Jeu 20 Aoû - 16:16

Paris, le 6 mai 1666

J’aurais presque des remords, monsieur l’Abbé, à venir ainsi troubler votre spirituelle retraite de Royaumont, si je n’avais pas pour me justifier l’excuse d’un plan à vous soumettre. Il ne s’agit encore que d’une ébauche, mais je crois que votre avis là-dessus est essentiel –je ne compte pas perdre plus de temps encore à élaborer des stratagèmes s’ils doivent ensuite être repris depuis leur origine. Du reste, si jamais vous avez une autre idée, ou quelque remarque que ce soit à me transmettre là-dessus, (si tant est que la pieuse enceinte de votre abbaye ne fait pas naître chez vous de regrettables scrupules à vous occuper de ce projet) je suppose que votre intermédiaire pourra fonctionner dans les deux sens.

Mais trêve de bavardages. Pour ne rien vous cacher, je ne trouve dans votre précédente lettre qu’un seul point épineux, celle du bras armé de notre juste vengeance. Je ne suis pas entièrement d’accord avec vous là-dessus, pour des raisons purement pratiques. A savoir de la difficulté de trouver la personne idéale pour mener à bien ce projet… Car comme vous le faisiez remarquer, plus une conspiration s’élargit, et plus les occasions de la faire avorter avant même son lancement sont nombreuses. Il faut absolument que cette tierce personne soit désignée avec le plus grand soin, et surtout, il nous faut trouver un moyen de garder toute prise sur elle. Il ne manquerait plus qu’à ce qu’il nous fasse défaut…. J’ai beaucoup tourné ce problème et j’y ai longuement réfléchi. Je ne suis pas sûr que mes suggestions vous satisfassent, mais enfin, les voilà toujours.

Puisque nous voulons, nous sommes d’accord là dessus je crois, garder nous-même le contrôle de ce qui pourra être dit de cette circonstance ; puisqu’il faut également éviter les éclats trop publics que, pour simple exemple, de vaines vantardises pourraient faire naître, et qui pourraient aveugler notre amie ( j’envisage ici le pire, car je ne la crois pas si sotte, toujours est-il qu’il ne faut rien dédaigner) quant à la véritable origine du coup ; enfin, puisque pour résumer nous devons garder un contrôle absolu sur tout ce qui pourra être dit ou fait par notre exécuteur, il va falloir le choisir en fonction de certains critères. Tout d’abord, je suggère que nous évitions de nous fier à ces ambitieux, aux dents trop longues, et qui veulent se faire connaître, car alors nous pouvons être sûrs qu’il reprendra à son compte ses actes. Ensuite, tâchons de trouver un sujet suffisamment prévisible… En fait, je crois que la seule solution serait de trouver quelqu’un d’assez aisément manipulable pour l’amener rapidement à ce que nous voulons sans qu’il s’en doute lui-même. Je vous ferais part un peu plus bas de quelques propositions de noms, mais je dois avouer que j’ai peu de recul pour le moment, et que d’autres idées me viendront peut-être, et des plus pertinentes je l’espère.

Car j’ai tout d’abord des informations pour le moins intéressantes à vous transmettre, ainsi qu’une idée. Je vous avais parlé déjà de ce beau mariage qu’avait concocté pour sa cadette madame de Lavoûte-Chilhac ; au vu de leur avancement, je me suis étonné de n’avoir pu recevoir une date précise pour la sortie du couvent de la promise. J’ai mené là-dessus une enquête un peu plus approfondie auprès de madame de Lantenac, qui n’en savait toujours pas plus, mais que j’ai pu décider à questionner pour notre compte son amie –cela n’a pas été sans mal, il semblerait qu’elle était peu désireuse de s’infliger à nouveau le détail du chapitre de la demoiselle, mais enfin cela s’est fait. Et au vu de cette date –le mariage devrait se faire d’ici décembre prochain, la sortie un mois auparavant environ-, je propose que nous nous adaptions, car je suppose que comme moi vous trouvez le délai un peu long. Cependant je crains que vous ne trouviez le projet un peu trop romanesque à votre goût.

Il s’agirait en effet, au moyen d’une correspondance habile –dictée au besoin-, d’échauffer assez les idées de la demoiselle pour lui rendre odieux son mariage avant même d’avoir vu son époux ; s’étant ainsi vu promettre le malheur avant même d’avoir vécu, il sera en effet beaucoup plus aisé de lui faire accepter l’idée d’une folie, et je serais pour ma part assez favorable à la faire entrer à son insu dans nos projets –ne serait-ce que parce que cela faciliterait de beaucoup l’organisation de la chose et ce faisant augmenterait les chances de succès. Après quoi, organiser son « enlèvement », qui sera en fait plutôt une fuite, ne devrait pas être trop difficile – comme je vous le disais les murs d’un couvent n’ont rien d’infranchissable. L’événement marquera, on peut le penser, les esprits, et sera répandu ; cependant seule notre perfide saura d’où vient le coup puisque pour tous les autres le prête-nom sera le responsable. Il faudra néanmoins que cette incartade soit de courte durée ; d’une part pour ne pas laisser à notre demoiselle le temps de trop réfléchir, ce qui pourrait lui donner des remords, et pire encore, le dessein d’achever elle-même sa fuite pour rentrer dans le droit chemin, d’autre part, parce qu’ainsi l’aventure avortée la couvrira de ridicule en montrant à tous son excessive candeur et sa naïveté. Non, il faut que notre exécuteur la ramène chez elle après quelque jour sous couvert de s’en être lassé (d’où une fois de plus la nécessité de bien le choisir). Ainsi nous pouvons espérer non seulement compromettre le mariage par l’éclat qui se sera produit, par le ridicule –et le déshonneur- de la jeune fille dédaignée et manipulée, puis rejetée, qui ne manquera pas je l’espère de retomber sur sa tutrice, mais aussi porter un coup aux sentiments qui  semblent unir réellement les deux sœurs (à ce sujet, ma dernière conversation avec madame de Lantenac m’a ôté mes derniers doutes quand à la réalité de cette affection, et je crois sincèrement qu’elle s’y est attaché beaucoup plus que de raison).

Ce qui nous amène à la question de l’exécuteur. Je pense que choisir un des membres de l’entourage proche ou moins proche de la tutrice est essentiel, ne serait-ce que pour expliquer la connaissance qu’il aurait de la couventine. Puisque Madame de Lavoûte-Chilhac ne cesse de vanter sa beauté et sa grâce et son intelligence, eh bien ! Faisons en sorte de laisser croire qu’elle est responsable de ce qui va lui arriver, et de laisser penser à l’opinion publique que de trop exagérées louanges ainsi que le mystère qui plane autour de cette jeune fille que personne n’a plus revu depuis si longtemps, ont convaincu un jeune homme trop romanesque à se lancer dans cette correspondance, et que de jeunes esprits, trop poussés à la démesure et aux actions inconsidérées, auront seuls conduit à cet état des faits. Mes recherches en ce domaine, m’ont permis de dégager de l’essaim nombreux qui tourne autour de la perfide trois noms, qui vont sont sans aucun doute inconnus, parce qu’il s’agit là de tous jeunes hommes qu’elle a en quelque sorte lancés dans le monde. Il s’agit de messieurs Louis d’Autichamp (le fils d’une amie, qui a approximativement dix-neuf ans et toutes les caractéristiques de son jeune âge, dont une précieuse inexpérience et une visible volonté de s’émanciper de la tutelle de sa bienfaitrice pour voler de ses propres ailes, mais qui pour autant me paraît conscient de sa parfaite incapacité à faire quoi que ce soit sans être plus ou moins guidé dans les voies qu’il se choisit), Aimé  de Puyroganches (qui pour sa part est le filleul proprement ingérable de la dame, issu d’une famille de petite noblesse de la province de madame de Lavoûte-Chilhac, qu’elle a pris auprès d’elle par charité, ce qu’elle ne manque jamais de lui rappeler, ce dont je crois il se lassera très vite, et qui entretient chez lui une ambition insondable ; il suffirait je crois de lui suggérer l’idée de cette nouvelle frasque pour qu’il s’y jette corps et âme, cependant il a plus d’esprit d’indépendance que l’autre) ; enfin, Alexandre de Marigny, vrai débutant en toutes choses, et qui cherche –sans trop de succès pour le moment- de s’attirer les bonnes grâces de notre commune amie, tâche délicate et dans laquelle apparemment il n’obtient pas de résultats visibles, se contentant pour l’instant de jouer les parasites tous les mardis à l’après-dînée, en attendant qu’on se lasse de lui et qu’on l’envoie faire des courbettes et du mauvais esprit ailleurs. Pour ma part c’est à ce dernier que je me fierai le moins, et au premier que je donnerai je crois ma préférence ; mais je voudrais votre avis là-dessus avant de lancer quoi que ce soit.

D’autre part privilégier cette idée impliquerait d’agir très vite, et de placer nos premiers pions dès les jours prochains (j’ai déjà en prévision ménagé les trois terrains, et n’attend plus que votre réponse –à supposer bien sûr que le projet vous convienne.) . Aussi j’espère avoir de vous une réponse très rapide –quelques mots même suffiront, ne nous occupons plus des longs discours, le temps en a passé.

J’espère que le calme de votre retraite et l’ambiance méditative du couvent favoriseront votre réflexion, et j’attends votre réponse au plus vite,

Auguste de Villiers.
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Mer 9 Sep - 23:15

Royaumont, le 9 mai 1666
Par chance, vidame, la pieuse ambiance des lieux me pousse à ne point m’attardez sur vos ironies. De plus l’administration des biens, une tâche prenante dont vous ignorez tout, ne laisse guère de temps pour discuter de spiritualité ou de moqueries.

Prévoir avec minutie notre plan d’action est nécessaire, je le concède sans mal. Cependant nous ne pouvons passer outre le caractère incertains des caractères humains, celui de notre belle ennemie en particulier. Nous devons donc établir notre stratégie avec une marge permettant une adaptation aussi rapide qu’efficace.

Il y a deux points dans votre lettre que nous devons séparer. L’entreprise elle même et les intermédiaires que nous exploiterons.

Vous vous en doutez votre plan me semble romanesque ! Nous ne sommes pas dans l’Astrée et je ne vais pas demander aux assaillants de pucelages de me réciter la carte du tendre avant de s’investir dans l’entreprise. Un enlèvement du couvent ! Certes cela créerait un drame. Mais vous sous-estimez les congrégations religieuses et leur capacités de nuisance. Nous ne pouvons pas nous faire plus d’ennemies. De plus, chaque obstacle à franchir donnera à notre stupide ingénue une occasion de retourner dans le droit chemin. Une correspondance n’échauffe pas les sens et le désir au point de faire franchir des murs. Enfin, une telle oeuvre fera d’elle certe la risée des salons. Mais aussi une victime. Je peux citer bon nombre des femmes à la mode qui compatirons au sort de cette gourdiche et surtout de sa soeur. Une mère serait vu comme incapable de dresser convenablement sa fille. Une soeur dont la cadette s’enfuit du couvent est affligée d’une petite dévergondé et l’on doit la plaindre.

Donc, si votre plan se réalise, et j’ai de sérieux doutes. L’humiliation ne sera pas totale et je refuse une demi victoire !

Trouver un biais pour hâter la sortie du couvent devrait être possible. C’est chose finalement fort courante. Après nous adapterons votre plan. Une séduction un peu aidé, un abandon honteux, la perte d’une vertu et d’un mariage et peut être même le gain d’une maladie. Pour cette dernière étape, plusieurs praticiens ont font de commerce de donner ces maladies ou à tout le moins d’en répandre les rumeurs. Et si ce drame ce produit dans le monde, la honte en retombera seule sur madame Lavoûte-Chilhac, incapable de dominer sa cadette et qui verra, impuissante, le monde s’écroulait autour d’elle.



Quand aux candidats. Aimé est à écarté naturellement. Le contrôle est nécessaire pour ce genre d’entreprise. Je ne veux pas que ce petit abrutit par sottise ou précipitation ne fasse tout échouer ou qu’il risque de nous compromettre. J’avoue mal concevoir l’inexpérience d’un enfant de 19 ans. Au contraire cet âge là est redoutable. On se targue de connaissance alors que l’on est qu’un fat. De plus sa position me semble trop aisé. De quoi se monter l’orgueil de façon ingérable. Une fois qu’on lui aura glisser quelque conseils il s’empressera de prétendre se débarasser de nous. Non vraiment, c’est le troisième qui a ma préférence en ce qu’il est malléable. Pour ce qui est de l’esprit, nous pouvons facilement y remédier.

Bien entendu l’idée d’organiser une concurrence entre le premier et le troisième corsera les choses et nous distraira quelque peu. D’autant plus qu’ils sont à un âge où l’on se pique de compétition.

Vu que nos choix divergent, pourriez vous me donner de plus grandes indications sur leurs proches et leur fortune? Je m’en vais également consulter mon entourage pour voir ce qu’il en ressort.



Evidemment, même sans plan définitif nous pouvons déjà poser quelques jalons de l’entreprise de séduction. Une femme est d’autant plus séduite que l’on commence à la convoiter alors même qu’elle ignore tout des finalités d’une cour rondement mené.



Je vous abandonne là. En espérant entendre parler de vos succès,



Alphonse de Lorraine Armagnac,

Abbé de Royaumont.
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Dim 13 Sep - 17:37

Paris, le 13 mai 1666

Mon plan est romanesque, soit, mais le vôtre est sordide… Une maladie ! Vraiment, que n’allez-vous chercher… Je conçois assez bien que l’idée se soit présentée à votre esprit, beaucoup moins que vous l’ayez sélectionnée, et je vous ferai remarquer simplement que de « répandre des rumeurs » à calomnier il n’y a de différence que dans les termes, et que c’est vous-mêmes qui jugiez la chose trop basse et trop simple… Je vous laisse souligner ici la contradiction.

D’autre part, je ne vous rejoins pas complètement, vous vous en doutez, sur la question de la sortie du couvent… Vous moquez, vous raillez, vous ironisez, soit ! Maintenant je voudrais vous voir proposer de manière un tant soit peu concrète et détaillée, avec une idée étayée. Vous sous-estimez, je crois, l’empire que peuvent avoir les hauts murs du couvent sur un esprit romanesque –et je crois pouvoir affirmer de ce que j’ai entendu que c’est à ce type de personnalité que nous avons affaire. De plus, vous n’avez –excusez-moi, mais je pense que vous serez d’accord avec moi pour le reconnaître- pas vraiment la réputation d’un homme sensible à la langue et aux lettres, mais souvenez-vous que l’immense majorité se soucie de belles phrases écrites à son attention, et des pensées qui peuvent aller avec. Enfin je ne suis pas tout à fait de votre avis quant à l’interprétation qui pourra en être donnée dans les salons… Une dévergondée, dont la sœur aînée serait à plaindre, dites-vous ? Soit, si ladite sœur aînée a reçu la charge d’élever une jeune fille possédant déjà ce vice. Mais rappelez-vous bien que nous nous trouvons ici face à une jeune fille qui s’est vue confiée très tôt à la charge de son aînée, et que les choix éducatifs ont été faits pour elle par Madame de Lavoûte-Chilhac elle-même. Elle est la seule à qui l’on pourra imputer la responsabilité de cette déviance. Et la façon dont elle s’est partout fait gloire de cette éducation si soignée, si raffinée, et surtout si propre à faire naître chez elle l’amour de la vertu et toutes ces autres belles leçons de morale ne pourra que jouer contre elle. Je ne dirais rien ici des congrégations religieuses, je sais ce que votre position doit vous en faire penser, quant à vous vous n’ignorez pas je suppose le peu de cas que j’en fais.

Mais passons, jusqu’ici je ne fais, si je puis me permettre, que prêcher pour ma paroisse. J’en arrive maintenant à une autre problématique. Vous voulez faire hâter la sortie du couvent. Bien. Mais comment ? Je vous rappelle que notre perfide est la seule capable de décider de la sortie du couvent de sa sœur ; que la seule autre personne qui pourrait avoir là-dessus quelque mot que ce soit à dire, est le futur époux, et pourquoi le ferait-il ? Résolvez-moi ce problème-là et je verrais à céder  sur le point de mon « roman ».

Pour ce qui est, enfin, des candidats,nous sommes d’accord sur le chapitre d’Aimé, c’est une bonne chose. Je garde quant à moi ma préférence déjà exposée, parce que j’ai sur vous l’avantage d’avoir rencontré ce matin-même les deux, mais je conçois aussi parfaitement votre jugement, et je ne peux qu’acquiescer à votre suggestion de les faire entrer en concurrence –d’autant que d’un point de vue purement pratique, nous gagnerons à cela beaucoup de temps. Mais vous vouliez des détails –voilà mon rapport.

D’Autichamp donc, outre sa jeunesse –que j’ai tendance pour des raisons que je m’en vais vous donner de suite, à beaucoup moins redouter que vous ne le faites-, se caractérise également par –ce que j’ignorais jusqu’à ce matin- une ahurissante propension à truffer la moindre de ses phrases de Principes et de Valeurs. Vertu, Justice, Loyauté, Fidélité, tout y passe, et je puis vous assurer que les majuscules ne sont pas ici un abus de langage… On les devine dans la moindre inflexion de voix, dans l’éclat des yeux –je vous assure que cet homme-là vit dans un autre univers que le nôtre, et qu’il ne se passera sans doute pas bien longtemps avant qu’il ne reçoive une cruelle déconvenue. On peut envisager ainsi les choses si l’on ne connaît le monde qu’au travers du prisme déformant des lectures classiques… Mais pas au-delà. Toujours est-il que c’est justement pour cette raison que je ne crains pas de sa part un retour de bâton. Non, si nous nous montrons suffisamment habiles, il devrait être assez aisé de nous l’attacher de manière presque indéfectible. Bien sûr, vous m’objecterez que la Vertu et le fait de séduire une demoiselle sur le point de se marier ne font guère bon ménage –mais rajoutez simplement à notre liste de majuscules l’idée de l’Amour,  et le convaincre de ce qu’il y a d’abject à laisser une jeune femme aimée à tomber entre les mains d’un homme que son âge nous permettra de discréditer sans aucune difficulté, et persuadez-le de l’injustice qu’il y aurait, alors qu’ils s’aiment, à se séparer pour une question de dot qui du reste profitera plus à la sœur ainsi présentée sous le jour le plus bassement matérialiste et cupide qui soit imaginable, et toutes les difficultés s’aplaniront. De plus, vous me disiez qu’il risquait d’être moins malléable que son concurrent ; je pense, moi, que pour peu qu’on lui parle son langage, on pourra tout en faire. Il suffira avec lui d’user de la démagogie la plus stricte, pour réussir à l’amener où nous voudrons. Enfin, comme je vous le disais, il est très conscient de son inexpérience et redoute une erreur ; je crois qu’il n’y aura rien à redouter de lui avant la fin de l’exécution de notre projet, après quoi il nous importera peu de savoir où le mèneront ses pas. Et de toutes manières comme je vous le disais plus haut, il a érigé si haut le concept de Loyauté qu’il sera aisé de le retourner contre lui.

A présent, Marigny. Je crois que vous m’avez mal compris dans la précédente. Ce qui me gêne avec lui n’est en rien son manque d’esprit –d’ailleurs c’était plutôt médisance de ma part qu’autre chose, il est certes d’une fadeur sans autres éclats qu’une intuition de formule de temps à autre, mais cela je sais bien que nous pouvons le modifier à notre guise. Non, ce qui me laisse assez dubitatif quant à lui, c’est son manque d’attaches. Laissez-moi m’expliquer.

Il est facile d’approcher Marigny. Encore plus aisé de sa l’attacher –il suffit pour cela de lui faire miroiter trois fois rien, l’ambitieux ne laisse jamais passer sa chance et saisit au bond la moindre opportunité. Ce qui m’ennuie le plus est que je n’arrive pas à le cerner correctement. Il est instable, très instable ; il suffirait qu’une occasion quelconque se présente, une simple assurance de l’introduire dans une nouvelle société par exemple, si tant est qu’elle soit un peu plus huppée que celle de notre ennemie, pour qu’il nous abandonne sans plus d’état d’âme. Bien sûr, votre idée de le mettre en concurrence avec d’Autichamp pourrait suffire à le lier à la réalisation de ce projet –mais pas de manière absolument certaine. Voilà bien le problème majeur de Marigny : avec lui, on ne pourra jamais être certain de rien. Enfin, je tiens tout de même à préciser que ce qui peut nous servir à le faire s’intéresser à la demoiselle est également ce qui pourrait servir à le mettre hors-jeu : il n’a pas la confiance de la maîtresse de maison. Ce sera jeu d’enfant que de le convaincre de chercher à gagner l’intérêt de l’aînée en gagnant le cœur de la cadette ; mais soyez certain qu’elle mettra en garde sa couventine contre lui, et qu’elle fera tout pour l’éloigner si elle a soupçon de quoi que ce soit. Toujours est-il que ce facteur n’ajoutera que plus d’intérêt à la chose, et pourra même peut-être favoriser son concurrent ; mais rappelons-nous toujours lorsque nous démarcherons auprès de lui qu’il faut surveiller tout ce que nous dirons.

Mais je digresse. Vous vouliez savoir leur fortune ; elle tient en deux mots ; Marigny n’a rien, et d’Autichamp pas davantage ; seulement le second à la ressource d’avoir été introduit déjà plus ou moins auprès de personnes influentes et plutôt bien disposées à son égard, parce que l’on respecte sa bienfaitrice, tandis que l’autre en est encore à essayer de se créer un cercle de relations. De la fréquentation du premier je n’ai rien pu retirer, sinon qu’il dit connaître bien du monde, et que deux minutes d’échange avec lui suffisent amplement à voir qu’il n’a même jamais dû rencontrer les trois quarts de ceux qu’il nomme. De celle du second j’ai pu déduire que son cercle était très exactement celui de notre perfide, et je pense que vous savez aussi bien que moi ce qu’il en est.

Bien peu d’informations, je m’en excuse, mais j’espère qu’elles vous suffiront à vous forger une opinion. Peut-être d’ailleurs celles que vous avez fait prendre les approfondiront-elles –je le souhaite, en tous cas. Enfin, soyez assuré que pour ce qui est d’insuffler dans l’esprit de nos deux dupes l’idée de la conquête de la demoiselle, j’ai déjà commencé à m’en charger –n’ayez crainte, rien de trop marqué, simplement de très vagues insinuations- et qu’on pourrait trouver auditeurs moins attentifs pour parler de femmes plus belles… Madame de Lavoûte-Chilhac elle-même nous a grandement facilité le travail sur ce plan, et pour un peu ils n’auraient pas eu besoin de nous.

Dans l’attente de votre réponse, et des éléments qu’elle pourra apporter, je vous salue,
Auguste, vidame de Villliers
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Mar 3 Nov - 11:42

Paris, 14 mai 1666

Nous n’avançons plus vidame ! Plutôt que de nous obstiner dans une correspondance qui s’enlise. Je vous propose une rencontre physique. Nous débattrons de vivre-voix. Le risque est somme toute minime. Nous sommes homme du monde tout deux. Se croiser est possible et une rencontre n’attisera aucun soupçon, sauf peut être dans le délicieux esprit paranoïaque de notre amie. Je vous propose de profiter de la nouvelle pièce du petit Racine pour nous voir. La foule se pressant autour de nous nous garantira un bel anonymat. 




Cordialement.

Alphonse de Lorraine-Armagnac, chevalier de Harcourt, Abbé de Royaumont.
Paris, le 22 mai


Maintenant que nous nous accordons, nous pouvons enfin passer à la phase la plus réjouissante de notre vengeance. Cette phase repose presque exclusivement entre vos mains. Et ce d’autant plus que les rumeurs sur la guerre s’intensifie. Si elle se déclare, enfin ! Je partirais en ma qualité de prince étranger et de commandant de l’ordre de Malte. Il est donc heureux que nous nous soyons mit d’accord auparavant et qu’une grande part de l’exécution est délégué. Mais coupons là ces réjouissantes perspectives guerrière.

Mais cette guerre est somme toute lié à notre histoire. Je ne serais pas le seul à partir. Le fiancé dont vous avez découvert, au combien brillamment, l’identité doit lui aussi partir. Vous nous le décrivez comme un garçon vertueux, agité de valeurs stupide. Par exemple il adore son vieil infirme de père et redoute de l’abandonner.

Entre nous c’est stupide. Son père est une vieille carne. Un bigot de la première heure, qui vit dans la crainte de dieu en se cramponnant à une généalogie et à un honneur rance. Avoir une affection quelconque pour cette chose dépasse l’entendement.

Passons. Le crétin ne supportera pas l’idée d’abandonner l’ancêtre s’il venait à mourir. Il a suffit d’agiter le fantôme de la mort et de la solitude du vieil aigri pour le pousser à presser son mariage. Les rumeurs semblent impliquer que le mariage aurait lieu fin aout, plutôt encore si la guerre se précipite et les engagements se confirme. La sortie se confirme ! Et je compte sur votre veille vigilante et vos informations pour être au courant au plus vite !

Nous pourrons donc renoncer à votre roman, pour aborder une histoire moins épique mais plus réaliste.

Le meilleur point de notre rencontre est sans doute notre accord sur le tentateur qui s’occupera de la phallique besogne à notre place. Et nous ne pouvons que nous féliciter de notre choix. Antoine de Florac est le fils illégitime d’un autre chevalier de l’ordre de Malte. Un lien ténu mais nous permettant de l’approcher sans mal.

Le garçon, vous l’aurez constaté, se prête sans peine à la tache. Beau garçon pour la gente féminine avec l’air doux d’un faon égaré. Une grande culture, une connaissance théorique de la carte du tendre presque admirable. Il a un fort potentiel et nul doute que les mondaines s’enticheront bien vite de lui.



Et ce qui nous intéresse au plus. Il aspire au vice mais n’en a ni le génie, ni l’audace ! Pauvre, sa batardise ne lui permet d’hériter ni des pitoyables terres de son père ni de l’ancienneté de son nom. C’est un ornement accessoire que l’on croise dans les salons. Pour lui s’offrir une fille pareille est un coup d’éclat qu’il ne refusera pas. Mais ce coup, il ne pourra pas le réaliser sans votre aide.



Son manque d’esprit l’empêchera de concevoir des vélites d’indépendance, il restera sous votre aile car sans vous il lui sera impossible de voler. Et pourtant, il est si fier et stupide qu’il ne révèlera jamais notre intervention. Et ce d’autant plus qu’il sera réellement persuadé d’agir de lui même et de vous soutirer les ordres que vous susurrez à son oreille.



Un niais méchant qui sera la marionnette parfaite ! Et puis songez à la rage de notre ennemie en voyant sa précieuse soeur détruite par un garçon comme lui.



Votre rencontre avec l’imbécile est prévu bientôt je ne me trompe? Racontez la moi ! Puis par des biais nous organiserons la réunion des âmes prisonnières de notre jeu. Tout cela sera sans le moindre doute passionnant ! Je regrette de ne pas pouvoir y assister moi-même. Vos comptes rendus me seront d’autant plus précieux.



J’attends de vos nouvelles avec impatience
Alphonse de Lorraine-Armagnac, Chevalier de Harcourt.




Post scriptum : Pour la maladie, n’oublions pas que si elle en attrape vraiment une… Ce ne sera pas de la diffamation juste répandre une information.
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Lun 9 Nov - 22:40

Paris, le 27 mai

J’ai quelques nouvelles qui pourront peut-être vous intéresser, Chevalier. Comme vous le savez, je devais rencontrer hier Florac, « par hasard », chez Madame de Lantenac, mais pour des circonstances qui ne font pas l’objet de cette lettre et qui sont tout à fait éloignées de l’affaire qui nous intéresse, je n’ai pu m’y présenter ; rassurez-vous cependant, j’ai comblé cette lacune dès que je l’ai pu, c’est-à-dire cet après-midi même.

Le jeune homme conviendra parfaitement ; il remplit tous les critères au-delà de toute espérance, et sans l’hypothèse où il existerait une Providence, je serais tenté de croire que c’est elle qui l’a placé sur notre route, tant il est l’homme de la situation. Outre son physique, que vous aviez tout à fait raison de souligner, sa voix sera pour lui un atout majeur, surtout lorsque nous lui aurons soufflé ses discours ; sans parler de sa culture étourdissante (très honnêtement, je ne pensais pas, lorsque vous me vantiez sa connaissance du Tendre, que je devais vous prendre à ce point au pied de la lettre ; il a été capable, ce que je ne pensais pas possible, de me citer, de mémoire, et avec une passion toute théâtrale, mais qui avait le mérite de sonner plutôt juste, tout un passage de la Clélie…. Entre nous, pour apprendre par cœur une telle portion d’un ouvrage aussi mièvre, insipide et qui ne saurait guère distraire que des amants trop occupés l’un de l’autre pour prêter une attention véritable au texte, il faut assurément que ce jeune homme soit vraiment très sentimental, ou bien très bête. Il fait d’un outil utile un credo ; il faudra voir à le faire revenir un peu de cette erreur magistrale, mais qui nous prouve au moins qu’il est doté d’une bonne mémoire – il sera à même de répéter fidèlement ce que nous voudrons.)

Et avec tout cela, dénué de toute finesse, et de toute espèce de nuance. La subtilité lui est tout à fait étrangère, et il s’embrouille dès qu’il ne récite plus. Je ne sais s’il souffre de timidité ou de stupidité pure et simple, ou bien même les deux ; en tous cas je ne m’étonne plus de son manque de succès. Vous ne pouvez même pas imaginer les trésors de composition dont j’ai dû faire preuve, et plus d’une fois j’ai failli céder au fou rire. Son langage est une sorte de pot-pourri fantasque de références littéraires, d’images poétiques mal digérées, et de platitudes convenues (le tout mis bout à bout sans aucune forme de logique, ou alors appliqué à des objets banals –nos malheureuses Précieuses et leur conseiller des grâces sont dépassées. Je ne pensais pas qu’on puisse mettre autant d’application à se ridiculiser soi-même !)

Je me vois forcé de vous concéder cela : vous avez réussi en trouvant ce garçon un coup de génie.

Mais ce n’est pas cela je pense qui vous intéresse. J’ai pu parler avec lui, et même je crois gagner sa confiance. Il n’y avait d’ailleurs rien là de difficile, il n’est pas particulièrement méfiant –il était certainement bien trop heureux de trouver quelqu’un pour s’intéresser à lui. J’ai fait en sorte de lui trouver, non pas du talent –il fallait tout de même que le mensonge passe- mais au moins un certain intérêt. Comme j’ai eu ensuite un mal fou à m’en débarrasser, je pense pouvoir affirmer avec une marge d’erreur minime que je n’ai pas trop mal réussi. Je l’ai fait parler de ses origines, (qu’il a commencé par m’enjoliver fièrement), de ses relations (là encore, la liste est trop longue et trop belle pour être véridique), de ses ambitions (elles donnent le vertige autant que le sourire)… Lorsque nous avons abordé, « par hasard », le sujet des femmes, il a commencé par continuer sur sa lancée idéalisée. Je me suis arrangé pour lui faire comprendre (subtilement, mais pas trop, le message subliminal devant rester très accessible pour être compris) que je n’étais pour lui ni un rival, ni une mauvaise langue à l’affut de la moindre faille dans son discours. Seulement comme il est aussi fier que mauvais menteur il n’en a tout d’abord pas démordu.

Comme je ne comptais pas gaspiller pour lui des heures –d’autant que cela aurait fini par se remarquer- j’ai fait en sorte de l’éprouver sur la véracité de ses dires, plus particulièrement en ce qui concernait la partie nous intéressant ; puisqu’il s’était si imprudemment vanté auprès de moi d’être dans les bonnes grâces d’une des demoiselles présentes dans le salon –et dont j’ai oublié le nom, elle n’était pas très marquante-, je me suis arrangé pour que nous nous trouvions en présence de ladte jeune fille. Il s’est révélé d’une gaucherie telle que je ne saurais la rendre par écrit, rougissant, balbutiant, bégayant –jusqu’au moment où il lui est venu l’intuition géniale de reprendre textuellement un de ces discours qu’il avait si brillamment appris. Seulement, le morceau de gloire, coincé entre une introduction malheureuse et une conclusion inarticulée et incompréhensible, sentait un peu trop son écolier, et s’il avait compté sur un quelconque succès, il a pu en faire son deuil… (Précisons, cela ne sera pas inutile, que la demoiselle qui m’a paru charmée au départ ne l’est restée que tant qu’il a gardé les lèvres closes, et qu’elle n’avait pas particulièrement l’air de le remettre, ce qui me laisse à croire qu’il s’était beaucoup avancé en m’en parlant –il aurait dû faire plus attention à qui était et n’était pas présent ici.) Je vous laisse imaginer que dès lors, son discours a bien changé. Il s’est étrangement bien rapproché du vôtre –mais en versant par instants dans le misérabilisme. Je n’ai même pas eu à lui proposer mon aide, il me l’a demandé de lui-même –et comme je me suis fait prier un minimum pour la lui accorder, j’ose espérer qu’il en fera quelque cas et nous épargnera les initiatives qui dans son cas ne sauraient, j’en ai peur, qu’être ridicules. Nous nous sommes quittés en très bons termes, et nous reverrons je crois après-demain. Et bien sûr, vous aurez vos comptes rendus au fur et à mesure.Voilà pour ce qui concerne Florac.

J’ai également profité de l’occasion pour parler un peu avec madame de Lantenac au sujet de sa bonne amie. Vous aviez raison, là encore, le fiancé est fort inquiet de la santé de son père (entre nous, à raison) et désire hâter son mariage ; jusque ici cependant madame de Lavoûte-Chilhac refusait absolument de précipiter les choses ; seulement la nouvelle de la guerre en lui faisant craindre de perdre son prétendant à la main de sa sœur, l’a décidée. Qu’il meure ne la gênerait finalement pas beaucoup, car, et je cite, « le veuvage a des avantages indéniables », comprenez : puisque les papiers seront signés devant notaire, la fille gardera et l’argent, et le rang… Mais, et mieux encore, j’ai une date. La sortie de la demoiselle se fera dans deux semaines ; les deux semaines suivantes seront consacrées à la constitution d’un trousseau, et à tous les préparatifs du mariage ; le mariage sera en principe célébré dans un mois, un mois et demi. C’est très court ; il faudra agir vite, et efficacement ; mais il n’y a rien d’irréalisable, si nous nous organisons.

Pour ce qui est des informations concernant un conflit, dont dépendent désormais aussi nos plans, je vous laisse vous informer pour nous deux. En regrettant bien de n’avoir pas plus à vous raconter,

Auguste de Villiers.

Post-scriptum : Vos efforts sont louables, Chevalier… Je doute fort qu’une véritable maladie se déclare, mais passons. La méthode reste sordide. Je sais que notre projet est d’attaquer notre ennemie avec ses propres armes, mais il y a des limites, ne pensez-vous pas ? Je ne m’y conformerai qu’en dernier recours.
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Jeu 19 Nov - 16:05

Paris, le 8 juin 1666



Notre proie est sortie du couvent ! Je le tiens de sources sûres. Quelques dames de ma connaissance ont déjà mentionné la délicieuse enfant. Mais je dois vous confier qu’elle se gaussait plus de sa naïveté et de sa gaucherie qu’autre chose.

En soit l’enfant parait être fidèle à l’idée que nous nous faisions d’elle. Une jolie petite chose qui pourrait devenir rouée et fine mais qui finira sans doute broyé avant cela, si tout se passe comme prévu. Quoiqu’il en soit son fiancé se montre enchanté du spectacle qu’on lui offre. Et son stupide aïeul encore plus prévoyant déjà d’avoir d’adorable petites enfants.



Ces beaux projets sont des plus émouvants, mais me réjouisse moins que le nôtre.



Je vous l’avais dit vidame ! Ce garçon est une perle rare. De si grandes connaissances pour un esprit si petit, c’est tout simplement formidable. Et je n’ai aucun doute sur la qualités des savoirs dont vous allez imprégner le crâne de mouette du batard.



J’espère que votre élève s’est montré docile car vient l’heure des premiers travaux pratiques. Je ne vous révèlerait rien en expliquant à quel point les premiers jours sont primordiales. Le premier a partir à l’assaut d’une forteresse est généralement celui qui s’en empare. Homère entends prouver le contraire mais notre fille n’est point troyenne et de mon avis ses défenses ne sont pas à même d’égratigner un moineau. Alors un homme sélectionné par mes bon soins et bénéficiant de vos conseils ne risque rien.



Et avant que vous ne vous sentiez obligé de me sermonner, je sais que trop de hâte serait suspect. Aussi je vous laisse le bon soin de l’organisation. Mais ne présumez pas trop de ma patience !


Je vous glisse ici qu’un divertissement serait bientôt organisé par ma tante. L’anniversaire de l’abrutit lui servant d’héritier. Il aurait été d’ailleurs été parfaitement assortit à la fille de notre vieille ennemie, si le sang de cette gamine n’avait pas été si bas. Quoiqu’il en soit, ma tante ne reculera devant aucune magnificence pour cette fête. Elle aura lieu dans une semaine.

Je sais que Madame de Lavoute Chillac s’y est invité avec sa descendance. Elle a sans doute joué sur une corde sensible chez la princesse de guise qui s’autorise parfois de ridicule faiblesses féminines.

Je peux fort bien y faire venir le petit crétin. Il passera totalement inaperçu et je ne serais pas assez sot pour lui lancer l’invitation moi-même. De fait je me réjouis déjà des supplications de son père pour obtenir une invitation. 



L’atmosphère de la soirée devrait porter des fruits assez amusant. Sans compter que je pourrais voir le projet se réaliser au lieu de me contenter de récit.



Vous êtes bien entendu libre de tenter d’obtenir une invitation par vous même. Mais la tâche serait ardue. Vos moeurs, qui m’amusent, ne plaisent guère à la gente féminine qui régente d’une main de fer les Guises.



Mais dans tout les cas cette soirée sera divertissante. Pensez vous pouvoir faire en sorte que les deux enfants se connaissent d’ici là? Et que votre délicieux petit pantin ait déjà récité une ou deux phrases bien tournées et propre à ravir le coeur tendre des femmes?



En bref, j’attends avec impatience le récit autant de vos leçons que du premier assaut de ce jeune étourneau.



Je vous abandonne là



Alphonse de Lorraine Armagnac,

Chevalier de Harcourt, Abbé de Royaumont.



P.S : outre que je maintiens que les maladies sont des choses délicieuses, je vous informe que mon paquet devait vous faire parvenir la missive dans la journée. Pourriez vous m’indiquer si c’est le cas, que je le châtie si nécessaire. 

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Dim 6 Déc - 15:11

Paris, le 18 juin.

Vous avez voulu aller trop vite Chevalier, et maintenant, nous allons payer les conséquences, ou du moins essayer de les rattraper, ce qui ne sera pas simple. Ne vous avais-je pas dit qu’il était d’une timidité stupide ? Ne vous avais-je pas expliqué pourquoi je ne voulais pas le laisser aller seul ? J’ai eu tort de me laisser entraîner par votre précipitation, et j’ai surtout eu tort de le laisser aller là bas seul. Un coin m’aurait suffi pour surveiller, et pour superviser… Où étiez-vous vous-même ?

Les deux s’étaient rencontrés, j’y ai veillé, comme vous l’aviez suggéré, quelques jours auparavant, chez Madame de Lantenac ; comme vous avez pu le remarquer, notre pantin s’est immédiatement épris de la demoiselle (ce qui n’était pas particulièrement difficile ; elle est charmante et excessivement patiente, et de plus, elle porte un nom qui ne peut qu’attiser la cupidité réelle de Florac). Et comme il a à cette occasion parfaitement tenu son rôle (à tel point qu’il aurait pu prétendre se lancer dans une carrière de comédien, car tout, ton, gestuelle, et même les silences était parfaitement maîtrisés –mais quel travail en amont, pour parvenir à ce résultat sur quelques malheureuses poignées de minutes ! Sa bonne volonté suffit à peine à compenser son manque drastique de confiance en lui-même et sa timidité) je pensais qu’il en ferait de même à votre réception, et l’ai amplement félicité (je l’ai depuis amèrement regretté, j’aurais bien mieux fait de considérer son jeu comme ce qu’il était, c’est-à-dire, suffisant sans avoir l’étincelle du génie, et me taire.). Puis, nous nous sommes lancés dans la préparation de la réception de la semaine dernière. Je lui ai mis par écrit ce qu’il pouvait dire, à charge pour lui de l’apprendre par cœur, puis ensemble nous avons travaillé le ton, les attitudes –je n’ai rien voulu laisser au hasard. Belle réussite ! Il s’est évidemment cru trop sûr de lui.

Je pensais pourtant qu’une fois ses répliques apprises par cœur (et croyez-moi, je l’ai fait réciter jusqu’à ce qu’il les sache sans hésitation, et sans aucune trace de récitation, en les adaptant aux situations, enfin, en un mot, j’espérais que tout se déroule comme prévu…), il pourrait se débrouiller seul. Je l’avais mis en garde contre ses tendances naturelles à un ridicule que je pensais lui avoir brossé de telle manière que na pas y retomber aurait dû devenir sa première préoccupation. Enfin, je ne le pensais pas si bête que ce qu’il nous a prouvé… Aussi, quel malheur pour nous qu’ils aient abordé exactement ce sujet de la littérature qui ne pouvait que conduire à une catastrophe !

Mais relativisons ; nous avons perdu une bataille, certes, mais nous n’avons pas encore perdu la guerre.

D’après ce que j’avais pu observer chez Madame de Lantenac, Florac avait réussi à l’intéresser (elle s’est plusieurs fois retournée vers lui après qu’elle ait été rappelée par sa sœur) et cette première entrevue s’était conclue de manière très favorable. Clairement, je pense que le fait qu’elle l’ait ainsi moqué devant tous n’est pas une marque d’échec total. Nous rattraperons cela.

Sur le problème de les faire se revoir, cela me sera très facile, en fait c’est même déjà prévu (je vous laisse imaginer combien le malheureux amoureux transi en est à la fois mortifié et heureux- d’une certaine manière, on pourrait même voir du positif dans ce qui s’est passé. Au moins, maintenant, nous sommes sûrs qu’il ne prendra plus la moindre initiative malheureuse et qu’il fuira comme la peste les sujets sur lesquels il se sent faible. La consolation estfaible et le raisonnement tiré par les cheveux, je vous l’accorde, mais il faudra s’en contenter.) Maintenant, le problème est de faire en sorte de recoller les pots cassés. J’aimerais assez que vous vous occupiez, d’une manière ou d’une autre, d’avoir accès à elle, et d’essayer de tâter le terrain, voir quelles sont ses opinions sur lui, voire même d’essayer de lui faire intégrer l’idée que c’est mal de se moquer ainsi de pauvres imbéciles sans défenses –enfin que sais-je, mais il faut la préparer, elle aussi. Sinon, j’ai peur que nous ne voyions tout échouer. Il faut la sensibiliser au fait que les émotions trop fortes auront embrouillé l’esprit trop faible de son interlocuteur, la flatter en lui démontrant qu’il était sous son charme, et l’excuser de la sorte. Mais pas de manière trop ouverte, cela, textuellement, c’est lui qui devra le lui dire, un peu plus tard.

Pour le moment, j’espère que vous ne verrez pas d’objection à ce que nous en restions à l’échelon certes inférieur des conversations ‘’privées’’ comme celles que je vous évoque ici ; nous n’avons pas beaucoup de temps, avons déjà subi un très fâcheux contretemps, qu’il nous faut rattraper au plus tôt, et je n’ai pas envie de courir le risque d’un autre épisode comme celui-ci. Consoler Florac n’est pas une partie de plaisir, croyez-moi, l’entendre pleurnicher me donne envie de le secouer, et je ne vous parle pas des jérémiades inquiètes et continuelles. Trouvez-moi égoïste, je l’assume parfaitement et vous ferai remarquer que vous n’êtes pas à ma place.

Je vous abandonne ici, pensez à ce que je vous ai demandé à propose de la petite.

Auguste de Villiers.

PS: Le courrier est parvenu en temps en en heure, et j'aimerais assez vous voir maintenir votre discours sur les maladies, choses délicieuses, une fois que vous en aurez vous-même contracté une... J'ai besoin d'arguments un rien plus consistants pour être convaincu.
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Mar 8 Déc - 23:04

Il me semble vidame, que vous allez un peu vite pour rejeter la faute. J’ai vu une occasion. Je vous ait proposé de la saisir. Vous seul étiez au fait de l’avancement de votre élève. J’ignore si vous êtes un mauvais professeur ou un piètre juge de caractère, mais la faute vous incombe. Pour une fois votre esprit de contradiction aurait pût se révéler salutaire.



Encore quelques mots sur l’épisode. Sachez que je n’ai pas à vous rendre compte de mes occupations, et que je me trouvais lors du désastre en compagnie de la duchesse de Valentinois. Les mondanités sont une part des mes obligations.



Et qu’aurait changer ma présence, je vous prie? Aurais je dût les épier derrière un vase comme une chambrière indélicate? Aurais je dût assommer cet abruti pour l’empêcher de se ridiculiser? Ou aurais je dût couper la conversation? Toute intervention de ma part aurait attisé les soupçons. Une marque d’intérêt, même légère, ne manquera pas de se faire dresser notre vieille ennemie.



Mais passons. Renâcler les échecs est long et improductifs, et la messe nous incite bien assez à le faire pour que je n’y consacre pas plus de temps que nécessaire.



Une amie proche se joint à notre projet. J’ai toute confiance en sa discrétion et en la justesse des avis qu’elle ne manquera pas d’émettre. La duchesse d’Orléans se joint donc à l’offensive, après avoir fort cruellement rit à mes dépens. Comme je l’ai dit, je me porte garant de sa discrétion.

Je me doute que cette nouvelle ne va pas vous réjouir, mais tempêtez par écrit ne sert à rien. Elle est au courant. Et se réjouit de notre initiative, s’engageant même à nous aider.



Je vous sais assez intelligent pour mesurer le présent merveilleux qu’elle nous fait. Son implication va considérablement augmenter notre marge d’action.

Sur ce point, je ne discuterais pas plus avant.



Revenons en à la petite. Je ne pouvais que difficilement l’approcher. Sa soeur est un cerbère des plus agressive. Toute tentative de ma part aurait sans le moindre doute était voué à l’échec. Dans le même ordre d’idée, j’ai exclut ma famille. D’une part leur patronyme aurait poussé la perfide à se méfier. D’autre part, ils ne l’auraient jamais fait sans que j’avance mes raisons.


Enfin. Je ne pouvais pas décemment prêcher la charité. Personne ne m’aurait prit au sérieux ! Bien au contraire, cela aurait été contreproductif



Madame, en revanche. Henriette Stuart a donc daigné s’adresser dans le privé à cette demoiselle. Curieux contraste quand on pense que quelques instants auparavant son Altesse s’entretenait avec la Montespan, cette stupide bigote arrimé à son idiot de mari. 



Quoiqu’il en soit, madame a parlé à la petite. Elle a eut un bilan quelque peu embarrassé (l’épisode était humiliant), et ouvertement moqueur. Moquerie au final bien maladroite d’une femme qui tente d’avoir le piquant d’un Mortemart alors qu’elle n’est guère plus dangereuse que Louise de Brie. Prenant à ce moment là mon rôle de chevalier d’honneur, j’ai aidé la princesse à descendre deux marches périlleuses (me séparant alors d’une fort charmante demoiselle). Nous étions désormais trois.



J’ai feint d’abonder dans le sens de la petite. Je me suis ouvertement moqué des travers d’un homme gauche et à l’esprit embrouillé par un émoi ridicule.

Ce fut alors qu’Henriette me tança, et tança par ricochet, la petite. Me rappelant la charité, me poussant à le comprendre, tentant même de me faire voir le romantisme et la préciosité extrême d’un abruti incapable de séduire.



Magnifique scène que celle là. Elle m’aurait presque convaincue ! Pour un peu, je me serais renommé Astyanax et j’aurais commencé à dégoiser sur le printemps, les abeilles, les beaux sentiments et les coeurs qui chavirent.



Si elle a eut cet effet sur le coeur « sans raffinement et pitié d’un sanguinaire barbare » (ce sont ses mots), e vous laisse imaginer l’effet de sa prêche sur la douce et impressionnable victime. 



Autant dire qu’elle est repartie avec des sentiments infiniment plus… romantique qu’à son arrivée.



Avançons surement si vous le voulez, mais pas trop lentement. Je ne tiens pas à tenter de retarder le mariage.



Je vous laisses, une partie de chasse va commencer.



Alphonse de Lorraine Armagnac,
Chevalier d’Harcourt, Abbé de Royaumont, Commandant des galères de Malte.




P.S : je sens une certaine aigreur dans votre ton. Une aigreur de connaisseur? Est ce un mauvais souvenir qui vous poussent à des pudibonderies de pucelles?
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Dim 27 Déc - 12:07

Paris, le 30 juin.

Clôturons donc cette histoire, puisque les mondanités l’excusent et la causent tout à la fois. De toutes façons l’incident nous a été plus bénéfique que nuisible au vu des derniers résultats. Je me vois forcé de vous remercier pour votre intercession auprès de Madame ; cependant vous vous en doutiez, tout reconnaissant que je luis sois de son action en notre faveur, je ne m’en réjouis pas. Nous avions convenu que nous garderions le plus grand secret, et vous avez certainement la plus grande confiance en Henriette d’Angleterre, mais il aurait peut-être mieux valu que l’affaire ne remonte pas si haut. Je suppose qu’à cela vous répondrez, à votre habitude, par vos piques, et arguerez que je ne peux pas supporter une solution qui ne vienne pas de moi, ou que sais-je encore, qu’il ne sert à rien de se plaindre de ce quia déjà été fait. Certes, cela est vrai, mais à l’avenir, je vous serais reconnaissant, si cela n’est pas trop vous demander, que vous m’en fassiez part avant d’agir…

J’arrête ici sur ce sujet, me fatiguer à écrire des lignes dont vous ne tiendrez pas compte de toutes façons si encore vous les lisez m’intéresse peu. Revenons-en plutôt à Florac. Comme je vous l’ai dit, il devait revoir la petite chez madame de Lantenac, et comme vous en avez peut-être eu vent, il a eu peur et s’est lâchement esbigné avant l’arrivée de la demoiselle, prétextant je ne sais trop quel maux de tête dont je n’ai pu le faire revenir, même par la moquerie. J’en ai donc profité pour aller voir notre victime –oh, un instant, rien de plus que ce que la convenance la plus stricte exige. Elle le cherchait des yeux – ce qui est la preuve en effet du succès que vous avez remporté auprès d’elle- et s’est éclipsée assez tôt, contre ses habitudes (mais peut-être ne faut-il pas trop extrapoler, il est également possible que les mondanités, n’étant plus la grande nouveauté dans son quotidien, commencent à la lasser un peu.)

Cependant j’ai été voir Florac, lui ai relaté le fait, et je vous laisse imaginer qu’il s’est en conséquence empressé de se rendre le lendemain chez cette chère madame de Lantenac –sans succès ; sa sœur avait traîné la malheureuse enfant à quelque prêche très couru, et n’était donc pas présente. Vous le voyez, nous avons un peu couru ces derniers jours ; mais comme souvent, le troisième essai a été fructueux. Enfin, ils ont fini par se retrouver. La conversation, un peu gênée à ses débuts (le contraire eût été étonnant) a rapidement pris son essor ; sachant ce que vous aviez fait, j’avais essayé de m’adapter. Puisque la sœur était présente, j’ai surveillé sans trop y paraître ; je ne tenais pas à laisser suspecter la machination. Je ne pourrais donc pas vous décrire en détail chacune de leurs réactions. Du reste, au vu de ce qui en ressorti dans les récits passionnés de Florac, je me suis ce faisant épargné un échange des plus mièvres. La réussite de Madame a été complète –je le suspectais de votre lettre, mais vraiment, elle l’a convertie aux formules romantiques et aux excès. Toujours est-il que les voilà réconciliés, durablement je l’espère.

Enfin, je dois vous rapporter ce qui s’est passé ce matin. Je n’en suis pas encore remis moi-même ; ils se sont revus (rien de grave là-dedans), tout à fait par hasard, de manière inopinée, et imprévue, et je ne l’ai su qu’il y a quelques minutes –Florac sort d’ici. Je vous laisse imaginer combien j’ai eu peur. Florac est arrivé il y a une heure environ, se tordant les mains dans tous les sens, avec un air embarrassé d’écolier qui a oublié sa leçon mais qu’on envoie quand même la réciter. J’ai tout de suite craint le pire, d’autant qu’il n’ a pas voulu m’expliquer tout de suite –j’ai peur d’avoir un tout petit peu perdu mon calme. Cet imbécile s’est senti malmené –aussi, quelle idée de jouer ainsi avec ma patience- et cela n’a fait qu’encourager chez lui sa tendance naturelle à toujours croire qu’il a mal fait. Il s’est embrouillé dans des excuses, des protestations, j’en passe et des meilleures. Enfin. Il ne s’est rien passé qui mette en péril notre machination, au contraire ; ils ont parlé tout à fait galamment, et, à ce que j’ai compris, elle l’a même laissé embrasser ses doigts. Nous avançons. Certes, aussi lentement que dans un de ces romans courtois du Moyen-Age, et mon Chrestien de Troyes me revient en pensant à eux ; mais, ma foi, quelle importance, tant que nous arrivons à nos fins ! Du reste, notre jeune premier ne demande qu’à être conforté dans la voie qu’il hésite encore à se choisir, et je vous laisse imaginer que j’ai tout fait pour l’aiguiller en ce sens. Ce n’est guère difficile ; il est très réceptif, et plus encore depuis qu’il a obtenu ce premier résultat, et acquiescerait à tout et à n’importe quoi.

Il faut pourtant songer à la suite. Je tiens ma position quant à la maladie, vous tenez la vôtre, soit, n’en parlons plus, pour le moment cela n’a rien d’une priorité. (A ce propos, vos insinuations, outre qu’elles sont déplacées, sont également infondées ; et encore, je n’aurais pas du m’abaisser à vous le confirmer, car elles étaient d’une bassesse telle qu’elles ne méritaient même pas qu’on les relève.) Mais il nous faut tout de même réfléchir un peu plus en profondeur au moyen de les amener à sauter le pas (excusez cette expression, mais c’est bien là ce que nous voulons, et tourner autour du but à grand coup de périphrases m’agace.) J’ai déjà commencé à entamer le terrain avec Florac. Je lui ai expliqué combien cela était chose fréquente et presque banale, même ; et je lui ai dépeint, en l’exagérant un peu peut-être mais c’était pour le salut de notre cause, toute l’hypocrisie de notre société, et ses vices. De toutes façons, dans un état où le Souverain lui-même multiplie les maîtresses, que pourrait-on y redire ? Est-ce un crime que d’imiter celui qui doit donner l’exemple à ses sujets ? Il a bien intégré la leçon. Cela n’a rien d’étonnant, la mémoire la plus sélective s’en serait imprégnée, et les permissions données rentrent toujours beaucoup mieux que les interdits. Il est de plus en plus convaincu de la pureté de ses sentiments, de ceux de mademoiselle de Lavoûte-Chilhac, et de leur légitimité ; et à présent, il caresse également l’ambition de quitter le terrain de la Carte du Tendre, qui commence déjà à le lasser (ce n’est guère qu’un bel expédient de papier ; il peut nourrir et satisfaire l’esprit quelques temps, mais Florac est être de chair comme un autre, et son esprit s’incline comme celui de tout autre.), pour passer à un plan plus pratique.

Il lui faut encore du temps, pour dépasser sa timidité qui le force pour le moment à écouter religieusement et à recueillir comme aroles d’Evangile tout ce que peut lui dire sa bien-aimée, et pour enfin imposer sa volonté propre ; mais je le sens déjà qui veut s’émanciper de ma tutelle. Il voudrait je crois voler de ses propres ailes vers des sphères plus hautes que le marais médiocre dans lequel il a pataugé lamentablement jusqu’ici ; et il ne lui déplairait pas de gagner ses lettres de noblesse sur la scène très critiquée mais aussi admirée des débauchés. Il sent qu’il pourrait en tirer quelque avantage, et commence à peser je crois le pour et le contre, et j’ai bien l’impression qu’il est en train de se convaincre qu’il a plus à gagner en faisant preuve d’audace désormais qu’en se freinant toujours.

Je vais le laisser mûrir cette idée à son aise quelques jours encore, puis je le pousserai à agir. Il faut absolument que les choses s’enchaînent vite. Dès qu’il sera prêt à entendre le discours dont nous sommes convenus, je le lui servirais ; à partir de là, le dénouement ne tardera plus. Enfin, nous touchons au but !

J’attends votre réponse au plus vite.

Auguste, vidame de Villiers.
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Mer 20 Jan - 15:37

Paris, le 2 juillet


Je savais vidame que vous serez sensible à l’honneur que nous fait la duchesse d’Orléans en soutenant notre projet. Soyez certains que j’ai transmis votre gratitude et votre transports. Cependant au vu de la manière quelque peu frustre dont vous ‘avez exprimé j’ai n’ai pût faire une transcription littérale de votre émoi. La pauvre se serait cru confronté aux paroles d’un maçon et non d’un gentilhomme. Et elle d’une nature si délicate, pareille grossièreté, même admirative, aurait pût lui causer le plus grand trouble.

À propos de trouble, je dois vous confier que je ne comprends pas du tout cette histoire et ces pudibonderie qu’à notre petit batard. J’ai l’impression de mener une pucelle sur le champ de bataille. L’hymen d’une nonne serait plus facile à percer que la couardise abérante de cet abruti ! Je ne peux pas vous confier la frustration que je ressens face aux manques de progrès. Et le récit de sa couardise à manquer de me faire hurler de rage. Vraiment ! Je dois confesser mon admiration face à votre patience. Même si visiblement vous arrivez au bout de cette dernière. Mais cet abruti à intérêt à accélérer les choses. Quel âge a t il au juste? Pour se contenter de baiser les doigts d’une dame il ne doit pas avoir dépassé les six ans et toujours porter des robes lui même. Et se cacher avant de rencontrer sa proie… Bon Dieu. Je me sens vraiment triste pour son admirable père. Engendré une chose aussi fade et désespérante, même de la main gauche, doit certainement être une punition divine pour je ne sais pas trop quel tort. En bref, j’espère que ce crétin va se fortifier comme vous le prévoyez et plus vite que ça.

Est ce que frapper ce crétin lui donnerais le courage d’enlever la jeune fille? À part ça on peut toujours le bercer avec des récits d’enlèvement héroïque et heureux. En espérant que contrairement à la carte du tendre il ne mette pas ses connaissance en pratique au bout d’une éternité. Je pense que le plus rapide pour lui faire tourner la tête est une massive consommation de vin.

J’ai croisé le niais dans une salle d’arme il y a à peine une heure.

Vous le sentez mûr. Je vous confirme qu’il est à point. Quelque mots incidemment glissé sur ma proximité avec sa dulcinée et le voilà partie. Et derrière l’amour on sentait l’aigreur d’une union qui ne pouvait se produire. Quelques plaisanteries, certaines venant de moi, d’autres de Minecraft ou de Charles, ont poussé l’idiot à comprendre que le charme d’une union ne réside pas dans son caractère spirituel mais dans son caractère charnel.

Je dois le dire, le crétin est fin prêt. Enfin je le pense. Il faut juste continuer à lui monter à la tête. Êtes vous sûr que des discours pontifiants sont le meilleur moyens de le faire? Bref, encore un peu de travail sur ce matériaux si malléable et il sera prêt. Un peu d’alcool devrait compenser sa couardise. Et nous aurons juste à lui donner la bonne occasion.

Et l’occasion je l’ai. Un bal ! Donné en l’honneur de l’ambassadeur polonais. Il arrive le 7, le bal aura lieu le 8. Ce sera le moment idéal pour nous. Largement de quoi travailler le petit.

Et la gamine. Ne vous inquiétez pas sur ce point. Comme beaucoup d’enfant, elle trouve la tutelle contraignante, quelques bonnes âmes lui font un portrait désastreux de son promis (le pauvre ne le mérite pas d’ailleurs), et elle est tout amouraché. Elle ne posera pas de problème. La confusion d’un bal se prête facilement à un enlèvement. Et comme nous y serons (en tout cas moi et Henriette, j’ignore si vous êtes invités), nous pourrons fort bien assisté les premiers à la panique de notre ennemie.

Et il nous suffira de mettre fin à l’enlèvement dans quelques jours. Qu’en pensez vous.

Bien à vous
Alphonse de Lorraine Armagnac
Chevalier de Harcourt, commandant des galère de Maltes, abbé de Royaumont.

P.S : si cela vous convient je peux emmener le gamin à une soirée libertine (sous couvert) histoire de durcir ses dispositions.
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Jeu 21 Jan - 22:00

Paris, le 9juillet 1666

J’ai reçu ce matin  le billet qui devait me confirmer le succès de notre entreprise… Les deux jeunes gens sont parfaitement à l’abri, tout près de l’Hôtel de cette chère Madame de Lavoûte-Chilhac, puisqu’il est bien connu qu’on n’est jamais mieux caché qu’au voisinage direct de celui qui vous cherche.) Je ne peux pas résister à la tentation de vous livrer une copie dudit document, dont j’espère que vous goûterez le style recherché et à peine suranné.

« Il est dix heures passées déjà, je prends seulement la plume, alors que mes transports de reconnaissance auraient dû déjà vous parvenir depuis longtemps. Enfin, nous sommes réunis, elle est mienne comme je suis sien, et nous nous aimons ! Notre liberté nouvelle nous grise et le feu de notre amour nous consume. Nous sachant en sécurité, puisque c’est vous, cher ami, qui m’avez indiqué cette adresse
(au passage, Chevalier, j’interromps cette intéressante narration pour joindre mes remerciements à ceux du niais, votre idée n’était somme tout pas trop mauvaise), aucun trouble ne vient déranger le bel ordre nouveau de notre amour… Notre retraite nous charme infiniment, et notre intimité nous est infiniment douce. Mais quel amour que le nôtre ! Quelle injustice qu’il nous le faille cacher, lors même que son bonheur ne demande qu’à s’afficher, qu'à se porter à la vue et au su de tous ! Mais nous sacrifierons à la prudence aussi longtemps qu’il le faudra, et le temps qui nous isole des autres, tant qu’il nous laisse ensemble, ne peut nous être néfaste. Je ne vous en dirais pas plus maintenant, tout mon temps lui est dû, mais sachez qu’elle joint aux miens ses remerciements les plus profonds,
J’ai l’honneur d’être, etc, etc.
Antoine de Florac.

Tant d’épanchements laissent supposer un dénouement heureux quant à l’aventure d’hier soir. Eh bien ! Voilà qui est pour nous on ne peut plus positif. Laissons-les s'amouracher l’un de l’autre quelques jours encore, le temps simplement que la chère tutrice et sœur commence à craindre pour la vie de sa chère pupille et potentielle source de revenus et d’influence. Ils n’auront ainsi pas le temps de se lasser l’un de l’autre, une perspective qui ôterait tout de même beaucoup de sa saveur à la manœuvre, et laissons-les faire leur retour et étaler au grand jour leur naïf bonheur ! Et surtout, arrangeons-nous pour n’être pas trop loin de Madame de Lavoûte-Chilhac… Elle était blanche hier, d’inquiétude (et je me demande bien pour qui elle s’est le plus inquiétée : sa pupille, ou bien son projet) ; elle sera verte demain, verte de rage… Et je gage que le spectacle vaudra bien le mal qu’il nous a demandé. Quoique la scène d’hier, pour ma part, ait déjà été une consolation très appréciable.

Voir la pâleur sous ses fards était déjà beaucoup ; mais ce temps de latence, pendant lequel, cherchant ses mots, elle est restée, bouche ouverte, oscillante, chancelante, en plein milieu de la salle, cible de tous les regards, sujets de tous les murmures, était absolument exquis ! Et cette difficulté à se reprendre ! Ses larmes, son affaissement, tout enfin, je ne sais ce qui relève de la composition et ce qui relève d’une affliction sincère, mais l’ensemble était très appréciable. Et cette sollicitude dans le regard des invités…

Vous en aurez sans doute vu plus que moi, vous étiez plus près ; mais, moi, j’en aurais sûrement entendu plus que vous. Je suppose que les premiers rangs auront eu la décence d’attendre un peu pour donner leurs hypothèses sur les faits… Soyez assurés qu’à l’arrière, elle était déjà tournée en ridicule. Oh, les jugements portés à son égard n’ont pas manqué, attisés par la perspective du mariage beaucoup trop brillant qu’elle avait arrangé pour sa sœur, et qui faisait beaucoup d’envieux, lesquels ont toujours des choses intéressantes à dire. Mais je suppose que tous ces ragots vous sont déjà parvenus, et si ce n’est pas le cas, cela ne saurait tarder, je m’épargnerai donc la peine de les retranscrire ici.

Et pendant ce temps nos deux amoureux s’enfuyaient dans la voiture (inutile de le dire, aucune armoiries aux portières, il fallait faire discret) qui les attendait en bas, et le temps que les recherches soient lancées, ils étaient déjà à l’abri… Je dois dire que votre logistique rigoureuse était excellemment orchestrée. Très efficace, vraiment. Nul doute que, sans cela, le projet d'enlèvement, que vous réfutiez encore il y a quelques temps (et qui soit dit en passant nous aurait gagné bien du temps, et de la peine, si jamais vous vous y étiez rangé un out petit plus tôt, mais je suppose qu'il vous fallait soupeser longuement les risques et les conséquences? Je reconnais bien là votre âme militaire!)

Nous voilà, je suppose, vengés, en partie du moins. Le premier acte est enfin joué pour notre belle amie ; et bientôt elle aura la surprise de voir le dénouement !

Je vous abandonne ici; je propose que nous les laissions faire leur retour en scène d'ici le 15, dites moi si cela vous convient.

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Ven 19 Fév - 11:58

Lettre non datée
Madame vous adresse ses compliments, vidame. Evidemment elle m’a tancé dans le privé pour mon manque de charité chrétienne, mon absence totale de pardon et la déchéance d’innocents causés par mon seul orgueil. Mais derrière chaque remontrance on pouvait sentir un bonheur cruel et un amusement indéniable.

De mon côté j’avoue ne pas pouvoir être plus heureux par le dénouement. La soirée était en soit fort réjouissante. Savoir ce qui allait se dérouler ajoutait à mon bonheur. Et la mine déconfite de notre ennemie ! AH ! Le plus dur dans l’affaire était de contenir rire et joie féroce en voyant son humiliation public. J’avoue en avoir attrapé des crampes. J’avais l’habitude de voir les yeux de cette dame briller de plaisir, mais les voir briller par les larmes retenues, la panique et l’humiliation est bien plus jouissif. Quand à ses joues, bien souvent elles m’apparaissaient rouges, quel joie de les voir se parer de blanc !

Cette scène ! Mais cette scène ! L’un de mes meilleurs souvenirs de la cours. Entre les vipères qui ricanaient derrière leur éventail et celle qui tentaient de la consoler. D’ailleurs consoler une femme quand on a abusé du vin de champagne est bien plus dur et comique. C’était si drôle ! J’ai encouragé les médisances, même si mes frères n’ont pas besoin qu’on les pousse pour faire preuve de méchanceté.

Quelle imagination d’ailleurs ! Entendriez vous les rumeurs qui court dans certains cercles. À côté notre plan est une farce de collégien. Et mes maladies n’étaient pas si sordide. Quoiqu’il en soit c’est très drôle. Incapable de nier le caractère scandaleux de la situation, notre ennemie s’enlise tandis que les rumeurs empirent.

Oh et vous ai je dis la meilleure? Le représentant de l’ordre a eut l’idée, à peine aidé, que cette affaire est une tâche à la réputation de notre congrégation. Le père de l’abruti de bâtard a donc désavoué son fils, lui a coupé les vivres et est rentré à Malte.

Quand au gamin, il est mort stupidement. Vraiment ! Y êtes vous pour quelque chose? Cela importe t il? Tout ce qui compte c’est qu’il ne reste même pas la possibilité de marier la petite au crétin pour réparer les pots.

Et elle a eut une de ces charmantes maladies dont on est délivré au bout de 9 mois. D’après le rumeurs. je crois que c’est la comtesse de Soissons qui en parle, à moins que ce ne soit cette idiote de Monaco. Le niais aurait il été mieux fourni que ce que sa candeur le laissait croire? Vrai ou faux je m’en moque. Le cheval s’emballe, l’humiliation se complète.

Sans parler de la famille du fiancé qui crie comme un goret !C’est si drôle ! Quel scandale ! Peut être que ce sont eux qui ont tué le crétin?

Je me demande à quel point les Lavoûte-Chillac vont sombrer. La dame est dure comme un canon. Elle va trouver une sortie. Sauf si on l’en empêche

Cette affaire est donc finit. Ce fut un plaisir de correspondre avec vous.

Sincèrement votre
Alphonse de Lorraine-Armagnac.
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Ma vengeance est perdue, si mourant il ignore que c'est moi qui le tue

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