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 Sous l’œil de Minerve [PV Antoine d'Effiat]


Dim 14 Juin - 20:40

Le petit salon de l'Abondance était vide de monde lorsque Gabrielle s'y introduit. Délaissé par les courtisans au profit de celui de Mercure – bien plus divertissant –  ou celui de Diane, bien mieux pourvu en mignardises et liqueurs de jour. Ne vous méprenez pas, le salon de l'Abondance n'avait absolument rien à envier aux autres. Son haut plafond aux teintes céruléennes, ses somptueuses décorations, sa luminosité et son confortable mobilier ne pouvait qu'inviter les curieux à s'y arrêter un court instant. Cependant, passé cette halte, beaucoup se sentaient oppressés sous les regards des divinités illustrés et quittaient l'antichambre pour d'autres espaces plus visités.

Gabrielle y déambulait silencieusement, billet en main... Pour peu qu'on sache correctement se placer, il était même possible de faire passer la pièce pour vide. Mais bien sûr, la marquise n'en n'avait pas le besoin. Elle, se cacher ? Quelle idée ! Non, elle était tout simplement en quête de solitude. Car s'il y'avait bien une chose dont Madame de Thianges manquait aujourd'hui, c'était de répit.

Sa journée avait fort désagréablement commencé avec la visite de la comtesse de Saint-Aignan, qui  de bon matin était venue envahir ses appartements. Elle s'était attribuée – non sans une certaine joie -, le rôle de pourvoyeuse de mauvaises nouvelles. Ainsi, chaque fois que Gabrielle la voyait apparaître à sa porte, elle avait un aperçu des tourments qui l'attendaient le jour même. C'était aussi agaçant que c'en était pratique, et la marquise s'était peu à peu autorisée à la renommer comtesse de Saint-Augure. S'il fallait lui reconnaître une chose, c'est qu'elle savait porter ce surnom à merveille : la comtesse n'avait pas fait trois pas chez-elle, qu'elle se lançait déjà dans un style de préface oral concis, et ponctuée de fausse contrition. Puis dans un geste théâtral, elle lui avait tendu le message. Il contenait une nouvelle création d'un rimeur anonyme, et Gabrielle prit soin de le déplier lentement, le visage vide d'expression.



« La Thianges, n'est qu'un démon,
Qui berçait par d'étranges illusions,
En Narcisse, se penche sur son reflet,
Sans jamais sembler s'en lasser.
 
Il n'existe pourtant pas plus de laideur,
Qu'ailleurs, que dans son sombre cœur.
Jusqu'à ce qu'elle expie tout ses péchés,
Paris, lui fera parvenir ses pamphlets. »



Alors que son esprit bouillait littéralement de colère, la marquise n'en n'avait rien laissé voir. Elle s'était armée d'un demi-sourire moqueur et tendant le papier calomnieux à Saint-Augure, Madame de Thianges avait déclaré avec légèrté :

- Tout de même Madame... Ne trouvez-vous pas la rime fort pauvre ?

Sa convive stupéfaite, n'avait su que répondre et s'était ensuite retirée en abandonnant derrière elle le mot offensant.

Ce mot offensant qu'elle détenait encore, un soupir franchit les lèvres de la marquise. Elle prit place dans une causeuse au damas vert tendre, lequel se situait à proximité du cabinet des médailles du Roi. Les trésors que Louis entassait dans celui-ci, valaient pour sûr le coup d’œil. Gabrielle défroissa le billet et en déposa l'envers sur ses genoux. Elle pencha quelque peu sa tête en arrière, pour mieux observer Minerve au plafond. Celle-ci – fixant le lointain - daignait seulement montrer son profil... Voila qui n'était pas plus mal, songea vaguement Madame de Thianges : l'une d'elles, serait au moins épargnée par ce qui allait suivre. Retournant vivement la missive ordurière à l'endroit puis la toisant avec hauteur, la marquise se pencha enfin sur son étude :


- Moi ! Un démon ? S'exclama-t-elle un peu trop fort.

Oui, elle n'était pas un ange... Ce n'était un secret pour personne. Cependant quels actes si répréhensibles avait elle bien pu commettre pour qu'on l'affuble d'un tel qualificatif  ? En matière d'immoralité, il semblait à la marquise qu'elle se faisait aisément surpasser par d'autres. Mais peu importe ! Ce vers là était juste dérangeant. Le comble de ce... cette... Cette ignominie se situait à sa fin.

- Expier mes péchés, suivi d'une menace qui plus est...

C'était révoltant. Elle jeta le mot à terre puis sans un regard en arrière, choisit de se poster à l'une des fenêtres du salon. A mesure que son agitation s'amenuisait, la marquise sentait l'amertume la remplacer. Sans doute parce qu'elle était épuisée par cette histoire – et certainement pas par susceptibilité, ou sursaut d'humeur -, ses joues étaient soudainement devenues humides. Évidement, Gabrielle avait appris à faire fi des nouveautés des chansonniers, et autres rimeurs anonymes... Elle savait le peu poids que leurs productions possédaient. Maintenant qu'elle s'était mise dans tous ses états pour si peu, la sagesse lui commandait de retourner à ses appartements.

Elle se détourna des fenêtres... Pour croiser un autre regard que le sien.


Dernière édition par Gabrielle de Thianges le Mar 30 Juin - 4:17, édité 1 fois
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Lun 29 Juin - 13:24

Je n'étais de retour que depuis hier, que déjà je me souvenais du cérémonial de la Cour. Je savais bien qu'il ne me faudrait pas très longtemps pour m'en rappeler. Nous avions un peu de temps pour nous avant de devoir assister à l'une des promenades quotidiennes de Sa Majesté et j'avais décidé de mettre ce temps à profit en faisant quelques pas dans le château, ce faisant, je le redécouvrais. Je m'étais absenté quelques semaines et il y avait eu quelques changements. Oh rien de très "drastique", mais tout de même. Si mon retour au château agréait quelques rares personnes, il y en avait d'autres qui n'étaient pas très heureuses de me revoir. Sans doute songeaient-elles que mon éloignement était définitif, mais il n'en était rien. Comment aurais-je pu partir d'ici ? La seule chose qui ferait que je quitte la Cour, serait qu'on m'en chasse. Je prend garde de ne rien faire qui pourrait provoquer ma disgrâce. Oh je ne suis pas un saint, mais lorsque j'agis, c'est de manière discrète.

Sans que je n'y prête une réelle attention, mes pas me portèrent au petit salon de l'Abondance. Ce dernier n'avait pas beaucoup de "succès", tout d'abord à cause de sa taille, il était rapidement rempli et ensuite, mis à part contempler les somptueuses peintures qui s'y trouvaient ou bien s’asseoir sur une des causeuses installées là et regarder le paysage par la fenêtre, il n'y avait pas grand-chose à faire. Je contemplais donc quelques tableaux lorsqu'une exclamation me fit sortir de mes songes. Je tournais la tête vers l'origine du bruit pour me rendre compte qu'il s'agissait de Gabrielle de Thianges, la soeur de la Marquise de Montespan et une autre de mes amies. Inquiet de savoir ce qui provoquait cet émoi chez elle, je me dirigeais doucement vers elle, remarquant qu'elle jeta au loin un papier. Je le pris et le lu. Au cours de ma lecture, mes sourcils se froncèrent. Ah les pamphlétaires, j'avais horreur de ce genre d'individu, jamais vous ne pouviez deviner qui se cachait derrières ces attaques. Des lâches, voilà ce qu'ils étaient.

Je froissais dans ma main cette poésie d'un goût douteux et me fit un devoir d'aller consoler Gabrielle. J'allais à sa rencontre lorsque son regard se leva sur moi. J'eus un petit sourire.


- Allons, allons mon amie, il est inutile de vous mettre dans un pareil état. Ce serait accorder beaucoup trop de crédit à ce vulgaire bout de papier.

Tranquillement, je déchirais le papier et tendis un mouchoir à Gabrielle.

- Tenez, essuyez vos larmes, ce devrait être interdit d'humidifier de la sorte un si beau visage et faites-moi un sourire plus tôt.

Je lui fis délicatement un baise-main.

- Je suis de retour depuis hier et je désirais venir vous voir. Je suis donc bien aise de vous trouver ici.
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