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 INTRIGUE GLOBALE >> La Guerre des deux Cours


Ven 4 Sep - 10:43

⚜ Avec Privilège du Roi ⚜



 
La division règne partout en cette fin d’été 1666. Les tensions inévitables entre la Cour du Roi-Soleil et celle du Roi Thunes, exacerbées parle vol du Palais-Royal, un coup d’audace qui a bafoué le pouvoir en place en portant atteinte directement à Monsieur, frère du Roi… Paris, déchirée par la lutte des factions –d’un côté la police, appareil d’état encore fort brouillon, a reçu pour consignes de durcir sa ligne d’action, de l’autre, la faune interlope mais redoutable des sujets du Grand Coësre -, a vu les célébrations du 4e dimanche du Carême virer au drame, concrétisation directe d’une lutte sourde qui éclate enfin au grand jour.

Une lutte qui se complique encore du fait des rivalités internes qui minent la Cour des Miracles. Car pour Grégoire l’Araignée, le vol du Palais-Royal a tout d’un gigantesque jeu de dupes : il n’en est pas l’instigateur, dès lors, comment ne pas y voir le début de l’affirmation d’un nouveau pouvoir dans ce panier de crabes qu’est la pègre parisienne ? Un nouveau pouvoir qui reste impossible à nommer… Une situation qui alimente la paranoïa déjà préoccupante du Roi Thunes. Emporté par la crainte et le désir de se maintenir au pouvoir, il n’hésite pas à prendre des décisions dangereuses, telle celle de faire exécuter Yvan Kermong et Esteban Martinez… Poussée à bout, Rosa-Maria Gomez, innocente en apparence mais coupable du vol dans les faits, ne recule plus devant rien pour assouvir sa vengeance et ses ambitions, pas même devant l’empoisonnement d’un prince du sang –Monsieur qui, décidément, dans cette histoire, aura beaucoup donné de sa personne… . Un tel éclat provoque la fureur du Roi, qui pour venger son frère nomme Gabriel de La Reynie Lieutenant de police de Paris et le charge de retrouver les coupables. Rosa-Maria en fait l’instrument de la chute de Grégoire. Avec l’aide de Laura Zirrafon, elle met au point le piège qui doit le livrer aux autorités –et son succès entraîne l’exécution publique de l’Araignée, qui laisse le champ libre aux querelles de succession dans les bas-fonds. Le bras droit du Coësre, l'Ours, et ses partisans crient vengeance, tandis que la Gomez promet un avenir bien plus doux.

Mais le schisme règne également dans les consciences : la cour et la capitale commencent déjà à bruisser des rumeurs de l’activité d’une secte aux sombres desseins, rumeur que corroborent les disparitions de nourrissons dont on murmure avec effroi qu’ils seraient sacrifiés lors de messes noires… inspiré par ce sombre groupe, les empoisonneursse multiplient eux. A l’opposé le parti dévot, tenant de la morale et des bonnes mœurs, s’organise et se renforce.

L’heure des choix a sonné, car plus que jamais la maxime du « qui n’est pas avec nous, est contre nous » semble s’appliquer… Sans compter qu’il n’y a pas mieux qu’une période d’instabilité pour asseoir enfin toutes les ambitions qu’on n’a jamais osé se reconnaître.
Il va falloir choisir un camp, et le bon.
 
 


Dernière édition par Deus Omnipotens le Ven 4 Sep - 11:26, édité 3 fois
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Ven 4 Sep - 10:43



Larvatus Prodeo



A l'adresse de ceux qui n'auront pas le courage de lire ce qui suit:
 

Le 1er Septembre 1666

La lourde barre de fer s’abattit sans un sifflement, pourtant sa chute s’acheva dans un craquement sinistre alors que l’os cédait sous la violence du coup. Le choc eut pour écho un premier hurlement strident repris en chœur par celui enthousiaste et avide de la foule massée autour de l’échafaud. Malgré la chaleur exceptionnelle de ce premier jour de Septembre, rappelant ceux tout aussi écrasant du reste de l’été, la Place de Grève était noire de monde et se mouvait comme un seul être, palpitante, déjà avide de voir s’abattre le second coup, sa soif de sang s’étant excitée du précédent.
C’était une énergie incroyable et folle, extatique qui rappelait à Arthur Duplessy celle plus sombres et obscures des messes noires auxquelles il assistait régulièrement depuis maintenant plusieurs années. Il n’y avait rien de mieux pour les offices des arts sombres que tout ce qui avait été touché par un condamné, encore mieux lorsqu’il s’agissait d’un roué. Il comptait donc en récupérer autant que possible une fois l’office du bourreau terminé. Lui et les siens sauraient en faire bon usage.
Il releva le menton au cri du condamné, comme s'il s'en abreuvait. Il n'était pas le seul par ailleurs, puisque aujourd’hui était jour de divertissement, un divertissement soudainement apparu comme salvateur au cœur de cet été impitoyable. L’excitation allait bon train depuis déjà deux jours que la nouvelle s’était mystérieusement répandue comme une traînée de poudre. C'était l'exploit du nouveau Lieutenant de Police Gabriel de La Reynie. On avait pris le responsable du vol du Palais-Royal, celui qui avait été au cœur même du pouvoir, s’était servi et en était ressorti comme de rien. On l’avait pris et il fallait qu’il soit châtié comme il faut !

Dans cette foule, davantage en périphérie toutefois, on trouvait des présences plus calmes, plus réfléchies, plus aristocrates, pas moins gourmandes toutefois… Duplessy avait par hasard entraperçu le visage digne et surtout sévère de Louise de Prie, toisant depuis un balcon la masse animale qu’elle méprisait. Cette vision plissa les lèvres d'Arthur dans un tic rageur, symptôme d'une colère sourde. Il haïssait cette bigote qui se dissimulait si bien derrière sa hauteur. Il la haïssait elle qui avait glissé sa disgrâce dans les oreilles du souverain. Il savait qu’elle avait réuni autour d’elle une meute de ces dévots qui irritaient le Roi, son frère, leurs cours, les comédiens, les musiciens… TOUS. Des remueurs de merde de première. Arthur aspirait à la vengeance contre son roi bien sûr mais aussi contre tous ceux qui avaient œuvré à sa chute. Ils étaient deux créatures aux antipodes, lui pour les forces obscures, elle pour le fanatisme éclatant mais écrasant de la lumière.
L’un et l’autre ignoraient pourtant qu’ils étaient chacun à la tête d’un groupe de partisans dévoués.

D’un côté donc, Arthur Duplessy, Grand Maître du Cercle d'Ammonios, grand instigateur, grand vengeur, car il n'avait plus qu'une seule passion depuis maintenant deux ans : celle d'être la pire gangrène dans le cœur du Roi qui l'avait si mal traité. Le Cercle serait son instrument, ses membres seraient son fer de lance pour blesser le monarque au plus près.
Face à cet homme ayant abolit toutes limites morales, une autre loin d’être entravée par elles s’en était faite une armure. Louise de Prie, Duchesse de Cardona, Gouvernante des enfants royaux, n’était Grand Maître de rien. Pourtant elle était la force et l’énergie de la Compagnie du Saint-Sacrement. Rassemblement banni par le Roi, mais soutenu par la Reine-mère, la Compagnie avait subsistée quelques temps sous sa protection. Maintenant son égide brisée… Il avait fallu retourner dans l’ombre. La simple idée de ramper telles d’immondes créatures hérissait la nuque de Madame de Prie. Ils étaient les fidèles serviteurs du Seigneur et brandissaient les valeurs chrétiennes en étendard… malgré cela c’était à eux de se dissimuler dans cette cour de vices et de péchés, alors qu'elle ne devait être que gloire et vertu. Néanmoins, loin d'être idiote, Louise de Prie avait compris que ce n’était pas en attaquant de front qu’ils parviendraient à ramener la cour dans le droit chemin.
Affichant une moue d’humanité, elle ne sembla pourtant pas s’émouvoir davantage en voyant le second bras se briser comme une vulgaire brindille. Elle eut un bref regard pour le grammairien qui se tenait à côté d’elle, tenant dans ses mains une Bible serrée avec beaucoup de conviction. Trop.

- Monsieur Salviat, vous assistez au jugement du Roi… Donc de Dieu… Seul votre esprit devrait être roide, point le corps. Réjouissez-vous et n'ayez pas de pitié pour cet infâme.

François Salviat arracha son regard irrésistiblement happé par l’échafaud malgré son apparente répugnance, le posa sur la digne figure qui le rabrouait ainsi. Sans aucun regret il lui laissait le visage de la sévérité, elle en avait le rang. Lui devait se contenter d’un masque de pitié humaine et de fragilité, à lui la délicatesse de l’âme. Elle cachait son ambition profonde et sa vénalité première. L’homme restait homme au-delà de ses artifices. Larvatus Prodeo.

-La sentence du Très-haut s’abat enfin sur qui de droit… Et effectivement cela m’emplit de joie Madame. Or c’est un sentiment que je connais fort peu dernièrement, tant et si bien que je l'ai oublié, dit-il baissant les yeux dans un air désolé.

En bon courtisan, il s'apitoyait volontiers sur la mauvaise fortune de leur pieuse Compagnie. Chassés en gibier par le monarque, ces temps étaient difficiles pour les fiers défenseurs de la seule vraie religion. Inclinant la tête, le grammairien ajouta servilement :

-De facto, je vous conjure de pardonner ma maladresse, elle n’est due qu’à la soudaine agitation de mes humeurs.

En réponse, Louise de Prie agita son éventail dans un geste indolent.

-Apprivoisez donc, car notre œuvre nous apportera l'allégresse, Monsieur Salviat. Et cela un jour prochain...

Dieu de leur côté, puisqu'il ne pouvait en être autrement, Louise ne doutait en rien de la bonne conduite, ni de la réussite de leur entreprise. Le Roi Très-Chrétien le serait enfin aussi bien par le titre que par les faits... Et le Père leur sourirait de nouveau. Cette perspective tira les lèvres de la Duchesse dans son sourire propre, tandis que la dernière jambe se rompait sous un souffle de fer, sans que son regard ne trembla.

Les hurlements étaient maintenant continus, faiblissant parfois pour revenir avec force ou se transformant en râles par à-coups, toujours accompagnés de vivats, d'insultes pour le condamné et aussi d'encouragements pour le maître des Hautes Œuvres. Monsieur de Paris connaissait son affaire. "On" avait insisté pour que l'homme ne soit point étranglé, contrairement à l'habitude, lui interdisant un doux évanouissement et une innocente inconscience avant la mort. Une sale manie des juges pour leurs condamnés qui retirait tout le sel d'une sentence bien faite. Mais pas ici, les ordres avaient été clairs. Il devait hurler haut et fort et longtemps. Monsieur de Paris en avait été intrigué mais n'avait rien objecté. Il s'exécutait, point, prenait donc son temps malgré le soleil de plomb. Il tira son mouchoir de ses manches de dentelle afin d'essuyer son front et ses paumes suintants. C'était plus prudent, la barre pouvait glisser de ses mains à un moment peu opportun, ce qui serait fort dommage. Il fallait dire que sans pitié magistrate, le supplice faisait la joie du peuple en ce jour. Alors autant laisser durer.
Il y avait une âme en particulier qui se réjouissait de la hargne royale. Qui se gaussait même, car c'était elle en réalité qui était a l'origine de cette fureur conduisant à ce spectacle de haute volée. Elle qui avait orchestré sa capture, elle qui avait excité les rumeurs de son arrestation, la haine à son encontre, la soif de meurtre, forçant les autorités à l'exécution pour calmer les émeutes des derniers jours. Ne manquant aucune goutte de sang, aucune fracture, aucune douleur qu'elle considérait comme sienne, chaque coup était pour Rosa-Maria Gomez un délice d'une pureté inégalée. Dire qu'il y en avait pour déclarer la vengeance incapable d'assouvir une soif, un manque... Les imbéciles, ils n'avaient aucune volonté.
Une fois bras, avant-bras, jambes et cuisses brisés, elle avait quitté son piédestal pour fendre la foule vers le socle de chêne ruisselant. Le voir ne suffisait pas. Lui devait la voir elle, autrement tout aurait été vain.

Monsieur de Paris abattit une dernière fois les quarante pouces de fer avec une précision remarquable et acclamée, action qui brisa le plexus du supplicié. Autre habitude changée. Le Roi accordait souvent la grâce d'un ultime coup à l'estomac qui provoquait la mort en une heure. Visiblement cet homme ne méritait pas l'auguste pardon. Il subirait son supplice jusqu'à la toute fin, ce qui était une cruauté rarement appliquée. C'était miracle qu'il ne se fut pas évanoui par ailleurs, ou bien une preuve de l'habileté de Monsieur de Paris. Le souffle coupé, l'agonisant chercha son air, les sens brouillés par la douleur qui le dévorait de toute part. Il ne sentit même pas l'exécuteur des Hautes Œuvres défaire ses liens. En revanche, il poussa un râle lorsqu'on le souleva. Les chairs noircies étaient adhérentes à la charpente osseuse, les fractures des bras et des jambes, sous les coups violents, apparaissaient dans leur effrayante vérité. Dans un ballotement, un gargouillis qui glissa de ses lèvres, il fut hissé sur l'épaule de son tourmenteur.
Le mouvement produisit une brise éphémère sur son visage aussi pâle que mort, le raviva un rien. De nouveau il vit ces visages bestiaux, réjouis de son supplice. Des enfoirés tous ! Son sursaut de fierté ne transparut que dans son regard vitreux, s'éteignit bien vite. Aujourd'hui malgré les apparences, était la fin d'un règne, la mort d'un roi. Tous ces petits cons n'en étaient pas conscients. Par contre... La lie de Paris savait parfaitement qui la Police avait attrapé dans ses rets. Pourtant il ne semblait pas y avoir de regret dans le regard de certains des gueux qu'il avait repéré dans la foule. Connards hein, ils étaient bien content de le voir crever. Il aurait dû leur faire payer plus à tous, en tuer encore et encore jusqu'à ce qu'enfin on lui donne les noms de ceux qui s'étaient crus plus forts que lui.
Grégoire l'Araignée exhala un souffle rauque, humide et rouge. Il avait espéré. Jusqu'au bout, il avait espéré que ses gars viendraient le tirer de là. Il avait dû se résigner malgré lui... Putain quelle mort, quelle merde. Tout ça parce que cette salope de Zirrafon l'avait vendu, l'avait foutu dans un traquenard, à cause de la mort d'un frère. Ces femmes... ça se laissait dicter sa conduite sous le coup des sentiments. Il l'avait insulté pendant longtemps, il avait imaginé ce qu'il lui ferait subir s'il se tirait de là. Mais non. Alors maintenant il mettait toute sa foi dans l'Ours. Il lui faisait confiance pour trucider cette...
Ses pensées s'étaient interrompues, fauchées par un regard, un sourire, une mine insupportablement satisfaite. Grégoire et Rosa-Maria s'affrontèrent, se jaugèrent et il ne fallut pas davantage pour que le sanglant Coësre comprenne enfin. Les yeux de la bohémienne étaient un aveu à eux seul, un défi, un mépris, et plus encore : une victoire. Malgré son état déplorable, Grégoire voulu se redresser, animé par une rage aveugle. Elle. C'était elle depuis le début !
Le corps qui n'en était plus vraiment un ne fut d'aucune utilité, quoique son râle sembla être un appel au sang. Rosa-Maria eut un rictus cruel devant cet être pitoyable, sans plus de puissance, sans beaucoup de vie restante. Désigner Grégoire comme instigateur de tout avait été un coup de maître, les forces de l'ordre avaient été trop heureuses d'enfin saisir leur coupable. A lui les accusations du Palais-Royal, et surtout à lui l'empoisonnement du Frère du Roi, elle lui avait offert la haine souveraine. Grégoire payait la brutalité qu'il avait exercé sur sa propre cour ces derniers mois, payait la mort d'Esteban, d'Yvan et de beaucoup d'autres. Cerise sur le gâteau, cerise ô combien malencontreuse que la bohémienne acceptait avec abnégation, cela permettait enfin à Rosa-Maria de prétendre au trône vacant. Esteban ne serait pas mort en vain, son fils pouvait entendre les râles de douleur et de haine qui se levait maintenant du pantin désarticulé que portait Monsieur de Paris vers un coin de l'échafaud, vers une la roue dressée à plat vers le ciel. Repliant sur la roue ses bras et ses jambes brisés, on les lia ensemble. La tête pendait, les membres fracassés s'enlaçaient dans les rayons, la bouche ouverte n'exhalait plus que des paroles vermeilles, appelait la mort, ce que pensèrent beaucoup. Rosa-Maria ne put retenir un rire. Des malédictions, des imprécations terribles, des injures voilà ce que proférait le terrifiant Grégoire l'Araignée, dressé face aux cieux et sa mort, le corps brisé. Il agoniserait pendant des heures encore, des jours. Voilà le prix pour avoir osé toucher à la chair de sa chair. Il savait d'où était parti le coup. Sa vengeance était complète, tout s'ouvrait à elle, sans laisser l'absence de son fils la ronger, elle la comblerait par son ambition dévorante.
Il fallait encore finir la domination de la Cour des Miracles. Alors tout serait complet. Tout serait à elle.

Tout serait à eux, chaque pôle brûlant de cette foule toisait un même point expirant. Grand maître, Première fidèle, Future reine, chacun le prenait comme le signe d'un brasier à maîtriser, exciter et relâcher sur tout ceux qui oseraient leur faire obstacle. Il était encore trop tôt, ils avaient encore trop à faire, mais un jour le masque chuterait... et dévoilerait leur gloire.
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