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 Le Corbeau et la Colombe (PV Pénélope)


Ven 11 Mai - 20:21

Ah le théâtre ! Des gens qui prennent plaisir à être quelqu'un d'autre pour quelques heures, dans le but de plaire à des gens exigents. Mais qui doivent se garder d'oublier leur texte ou de faire un faux pas, car le public ne leur pardonnerait pas. Tout cela expliquait bien pourquoi la Cour était si friante de théâtre. Qui se ressemble s'assemble, après tout.
Sébastien avait souri en se figurant une pièce dans laquelle les personnages iraient voir une pièce. Quel méli-mélo cela produirait si une telle oeuvre naissait dans la tête d'un homme qui se connaîtrait bien mieux que le Marquis au théâtre. Une comédie dans la comédie.
Le spectacle allait commencer dans quelques dizaines de minutes, mais pour l'instant se jouait une tout autre pièce, beaucoup moins amusante: Puylaurens, excédé par l'indifférence et le mépris du Marquis de Ragny, l'avait pris à parti alors que ce dernier accompagnait Monsieur et les siens à la Salles des Comédies.

- En voilà assez, Ragny ! lui dit le Duc en raffermissant sa prise sur le bras du jeune homme. De quel droit me repoussez-vous encore et encore, alors que je vous couvre de présents ?
Le Sombre Marquis dégagea vivement son bras, sans se départir de son sourire venimeux et hautain. Pour qui se prenait ce maudit Duc de Puylaurens ? De sa vie, Sébastien n'avait jamais vu harceleur plus borné et déraisonnable que l'ami de son père. N'eût été sa fille et sa mère, il l'eût volontiers provoqué en duel. Car ne voulant qu'on le vît en commerce avec l'homme qui le répugnait au dernier degré, il se refusait à user de son esprit pour le détruire.
Mais apparemment, il ne lui laissait pas le choix. Soit, le Cygne Noir se ferait serpent, et son doux chant se muerait en venin.

- Les présents dont vous me parlez ne vous ont-ils point été retournés ? demanda le bel Italien d'une voix faussement ingénue.
- Jusqu'au dernier ruban !
- En ce cas, je ne vois pas en quoi ma conduite vous chagrine, puisque je ne vous ai laissé la moindre espérance.
- Mais que me reprochez-vous, au juste, cruel ?
- Ne vous alarmez pas, c'est de moi que vient le fond du problème...
Le visage de son Excellence se détendit et il prit un air extrêmement doux qui ne lui allait pas. Sébastien faillit d'ailleurs en éclater de rire, mais se retint et fit un sourire faussement penaud à son vis-à-vis. Des gens, intrigués par cet étrange entretien, s'arrêtèrent et se mirent à y prêter l'oreille. Parfait, le public était là, le coup de théâtre allait pouvoir tomber sur Puylaurens avec toute la force qu'il fallait.
- Mais voyons, vous qui pouvez faire pâlir un Dieu Grec de jalousie, quel pourrait être le problème qui vous blesse au point que vous vous refusiez à moi ?
Parfait, parfait, le traquenard se refermait à point nommé... Affectant un air un peu boudeur, le jeune Gênois se mit à tourner un peu autour du duc en se tordant les mains. Quand il fut dos à lui, il s'arrêta et dit:
- Eh bien... je vous apprendrai que le trouble qui m'accable et me fait vous repousser avec tant d'insistance...
Il croisa les bras sur sa poitrine, redressa la tête avec un sourire sadique, se retourna vivement vers son interlocuteur, fit une révérence grâcieusement moqueuse et acheva et la phrase et le duc de sa voix la railleuse:
- ... c'est que, Monsieur, j'ai de l'amour-propre !
Sans laisser le temps à sa "victime" de répondre quoi que ce fut, le beau marquis se redressa sous les rires et les applaudissements, et s'éloigna à grands pas. Avec toutes ces chansons, il allait être en retard pour la représentation.
Alors qu'il arrivait devant la porte de la Salle des Comédies, son regard se posa sur l'un des plus attrayants spectacle qui lui ait été donné de voir:

Madame...
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Sam 12 Mai - 21:25

    Le Théâtre ! Pour les Français, c’était un art comme les autres, simplement appréciable. Pour les Italiens, c’était une façon de vivre. La jeune Pénélope en était convaincue : pas un seul de ses compatriotes ne détestait le théâtre. Alors lorsqu’elle sut que l’on allait donner une pièce à peine quelques jours après son arrivée, Pénélope se mit à trépigner d’impatience. Le Théâtre… Depuis combien d’années au juste n’avait-elle pas passée les portes de l’un d’eux ? Dix, quinze ans ? La jeune fille avait perdu toute notion du temps dans l’espace clos et résolument feutré du couvent. Elle en était venue à confondre les mois et les semaines. Combien de fois avait-elle faillit tomber folle ? Elle avait cessé de les compter, tout comme les jours, tout comme les années.

    Elle s’était pourtant décidée, en y arrivant, à les compter. Même les heures. Enfin, dès qu’elle aurait appris cet « art ». Elle avait appris, mais avait cessé quand même. La résignation de la petite fille aurait inquiété son entourage. Mais elle n’avait plus personne auprès d’elle pendant cette dizaine d’années. La seule personne qu’elle avait tenté, avec succès, de ne pas oublier, était sa sœur Euphémia. Elles n’avaient échangé que quelques lettres fort courtes chaque année. Mais ces quelques courriers étaient pour Pénélope garantes de sa santé mentale. Si l’on était venu à les lui retirer, nul ne savait jusqu’où elle aurait pu aller. Pour quelqu’un qui n’avait jamais connu pareille faiblesse, tout ceci paraissait peu digne d’attention, presque risible.

    Un sourire d’ange plaqué sur le visage, la jeune fille déambulait dans les corridors, se retenant fermement pour ne pas virevolter, simplement, au beau milieu des courtisans. Qu’ils étaient drôles, farcis de dentelles et de rubans, comme de misérables volailles, caquetant à l’unisson dans une cacophonie de basse-cour ! En rencontrant des regards réprobateurs, la belle italienne dut ralentir sa cadence, et avancer lentement à une allure digne d’une vieille bigote gênée par les ans. Elle leva les yeux au Ciel et fit la moue. N’avait-on le droit de s’amuser nulle part ? Déjà, au couvent, on avait proscrit les pas de danses en-dehors des cours prévus à cet effet. Et il n’y en avait qu’un seul par semaine ! Pour la jolie jeune fille, ces cours constituaient un rayon de soleil, toutefois bien maigre, suffisant à peine à la sortir de son apathie l’espace de deux heures. Ensuite, semblable à une rose fanée, elle se recroquevillait sur elle-même.

    Et maintenant, à la Cour réputée la plus dansante et la plus belle d’Europe, on lui interdisait encore de s’amuser. C’était à n’y rien comprendre. Lorsqu’enfin, Pénélope se retrouva à peu-près seule dans un salon, la jeune fille reprit sa démarche sautillante, ses yeux noirs brillants du feu de l’excitation contenue. Elle avait tellement hâte de pouvoir assister à cette pièce, quand bien même elle se fut juré d’être intransigeante ! Une boucle de ses cheveux bruns lui chatouilla le cou, et la jeune fille la plaça derrière son oreille. Il ne manquait que la présence d’Euphémia pour qu’enfin elle puisse être pleinement heureuse. Des éclats de voix, un peu plus loin, attirèrent son attention. Interloquée, Pénélope se fraya un passage parmi les courtisans massés autour de ce qui semblait être un duel verbal entre deux hommes. L’un d’entre eux, grand, d’une gracieuse figure, semblait briller, savourant le plaisir de la mise à mort face à son interlocuteur dépité. Ses yeux luisaient de satisfaction et d’une certaine cruauté. Pénélope leva les yeux au Ciel. Qui pouvait-il bien être, pour se permettre une telle esclandre ! La jeune fille fronça les sourcils. Il avait dû assurer ses arrières, évidemment. A la Cour de France, on n’était protégé par les plus forts, mais si on avait le malheur de leur faire de l’ombre, voilà qu’ils vous fondaient dessus, impitoyables et cruels, sans aucune pitié. Lorsqu’il s’agissait de mise à mort, tout le monde était ami. C’était un principe que Pénélope avait appris sur le tard, et n’était pas mécontente de connaître. Il suffisait de se placer sous la protection des plus forts, et attendre sagement son heure de gloire, tout en ayant manœuvré dans l’ombre pour assurer ses arrières. Mais ça, c’était déjà un travail fastidieux, et certains n’avaient pas assez d’une vie pour le réaliser.

    Perdue dans ses réflexions courtisanes, Pénélope n’avait pas vu que la foule, à présent, avait les yeux braqués sur elle. Et que, d’une voix suave et élégante, le bel homme frondeur s’était adressée à elle.


    - Madame…

    Etonnée, Pénélope plongea son regard dans le sien. Un sourire merveilleux naquit sur son visage, tandis qu’elle plongeait dans une voluptueuse révérence. Elle se releva, d’une grâce virginale, et accorda à l’inconnu un regard enjôleur.

    - Monsieur... Vous nous avez offert-là un drôle de spectacle. N’êtes-vous point un peu acteur, à vos heures perdues ?, ironisa-t-elle.
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