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 Le charme est un mal qui opère sans anesthésie // Al' de Lorraine


Mar 19 Jan - 17:19



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« - J’nentends pas.
- Li-na !!!
- Comment ?
- Li-na !!!
- Non vraiment qu’est-ce que vous baragouinez ?
- Li-na !!! »


Comme si elle avait inventé la poudre et le canon qui allait avec, la comédienne se pavanait telle une poule en floraison, ou un paon selon le point de vue, sur la grande table centrale. Balançant ses courbes comme une femme de tavernier, lieu dans lequel elle se trouvait d’ailleurs, Lina s’arrêta en bord de table, prenant une pause songeuse, l’index tapotant sa joue droite.
Elle venait tour à tour d’imiter les nombreuses maitresses du Roi Soleil. En italienne effrontée, elle essuya d’un revers de tissu les perles de sueurs brodées à son front et jeta le mouchoir à la foule amassée. Foule qui devait au bas mot se composer d’une trentaine de personnes dont les trois quarts voyait déjà la terre tourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.
Malgré les apparences, Lina travaillait. Après tout, le labeur ne se mesure t-il pas à la sueur de nos fronts ? Fiorilli, l’oncle de la jeune femme et accessoirement à la tête des comédiens italiens, mettait en effet un point d’honneur à ce que sa  troupe soit, et bien disons le simplement, la meilleure de tout Paris. Et pour se faire il n’y avait selon lui que trois règles d’or : le rire, le rire, et le rire. L’exercice de la comédie était un art délicat et subtile dont le succès se mesurait à l’apparente facilité. Plus cela nous paraissait stupide, et plus le tour fonctionnait. Mais il fallait de l’entrainement, et de la technique, ce à quoi Lina s’acharnait dans la bonne humeur depuis une heure.

Un éclair de génie traversa son regard azur, Lina venait de trouver sa nouvelle muse. Devant sa mine illuminée les attablés s’enfoncèrent mutuellement les coudes dans les côtes obligeant la petite assistance à faire un semblant de silence. Pinçant les lèvres de manière fort mécontente, Lina abaissa le menton en fronçant les sourcils :

« Comment ça vous ne savez pas qui je suis ? Le nom de Lorraine ne vous a donc jamais traversé les tympans ? » déclama Lina d’un air à la fois fier et belliqueux tout en accentuant son regard vers le bas pour mieux souligner sa grande taille.
Changeant momentanément de place, la comédienne pris une pause légèrement courbée ses yeux bleus optant pour une coquetterie virant au strabisme et mima le passage d’une oreille à l’autre.
« Si si monsieur, c’est bien tout ce qu’il a fait, traversé. De là …à delà !»
« Comment osez-vous ! Sale… » le reste finit entre les lèvres pincées de Lina qui entreprit d’écraser avec son talon son interlocuteur fantôme. Les bruyants éclats de rire et le nom d’Alphonse de Lorraine circula comme une trainée de poudre. Depuis le retour du chevalier des Lorraine, son nom était sur toutes les lèvres. Son nom et … les rumeurs qui allaient avec. On disait de lui que c’était un caméléon, mais que sous ces écailles se cachait un reptile bien plus venimeux qu’il valait mieux ne pas trop chatouiller. Pour Lina, il évoquait à la fois le danger et la fantaisie qui donne à ceux que la guerre a rendu las, un brin de folie. Mais on disait en coulisses, bien d’autres choses à son sujet. Comme le fait par exemple que dès qu’il rentrait, il se dévêtait dans le plus grand désordre. Lina continua sur sa lancée.
Otant sa chaussure, elle la laissa tomber à terre d’un air dégouté.
« Que ce monde me fatigue… », elle ôta l’autre chaussure la balançant par dessus son épaule.
« Je suis las de tout ceci… » puis son châle qu’elle poussa du pied.
« Ramassez tout… » fit tomber la bretelle gauche de sa robe, tenant son public en haleine avant de souffler…
«  Tout mais pas mes gants ! » terminant sur un clin d’œil malicieux, la jeune femme se redressa sous les applaudissements nourris des trois personnes ayant encore la sensation de leurs membres et passa une main dans ses cheveux comme pour ôter un masque.
Pendant un fugace instant, elle sentit, à la place de la raideur de ses cheveux longs, les boucles blondes d’un angelot déchu. Son souffle rata un temps. Le temps d’une brise coulant par une fenêtre sur deux corps nus, d’un clapotis de fontaine au loin, d’une main sur un sein, et pas si loin que ça, sur son cœur.
Clignant des yeux comme on se réveille, Lina salua franchement l’assemblée avant de descendre de la table, fauchant au passage la chope d’un homme endormi.
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Mar 19 Jan - 22:40



- Vous avez oublié de retirer mon aumônière.

Aussitôt une bourse brodée aux armes des Guises s’écrasa aux pieds de la comédienne en produisant un bruit mat. Curieux contraste après le claquement sec de mains gantées de soie applaudissant sarcastiquement.

- Méfiez vous, elle se relève comme ma paire de gants.

Deux bottes de monte lustrées et travaillées rejoignirent l’escarcelle tandis que leur propriétaire adressait un sourire de loup à Lina. Les dents semblaient plus blanches que jamais au milieux du visage buriné et hautain du chevalier de l’ordre de Malte. Sous l'épaisse masse de ses cheveux bouclés brillaient deux yeux bleus glaciers tandis qu'il toisait son interlocutrice de la hauteur de son mètre-quatre-vingt-seize.

********

Un orage l’avait surprit alors qu’il achevait de régler des affaires dans le quartier. Affaires étant un terme polie pour l’envoie d’une pauvre âme à la rencontre de son créateur, une sinistre histoire d’honneur fraternelle bafoué. Pour une fois pourtant Alphonse n’était pas responsable ni du défi, ni du meurtre. Témoin du baron de Minecraft, également membre de l’ordre de Malte, le chevalier s’était contenté d’applaudir la performance de son ami et de tancer ses gens pour qu’ils évacuent plus vite la dépouille du perdant.

Lui et son ami se dirigeaient vers les quartiers les plus aristocratiques de la capitale lorsque les nuages avaient commencé à déverser une trombe d’eau tout bonnement effrayante. Sans se concerter les deux nobles, et leurs hommes de mains, se réfugièrent dans la première auberge venue. Ils furent accueillis par une douce chaleur et surtout par l’agréable sécheresse de l’air. Malheureusement toute sèche qu’elle soit, l’atmosphère n’était pas pour autant inodore et ils furent aussi assaillis par une odeur mêlant à la fois la crasse et l’alcoolisme plébéiens. Sans parler du boucan typique de la populace. On gueulait à qui mieux mieux, on frappait les verres sur la table, on s’insultait et en plus il y avait une espèce d’animation populaire au fond avec une femme montée sur une table. Evidemment elle suscitait des réactions remarquablement enthousiaste, comme toute personne de ce sexe dans un lieu pareil. Elle était cependant étrangement vêtue. Non pas que ses vêtements soient étrange, de l’entrée on les distinguait à peine, mais le fait qu’elle en porte était étrange en soit.

Ils se désintéressèrent tout deux de la scène et s’enfoncèrent dans la salle pour trouver une place. Alphonse discourait par dessus son épaule pour expliquer à Minecraft l’avantage de l’escrime française sur l’escrime allemande. Soudainement l’animation du fond de salle prononça un mot magique.

Comme un chien de chasse bien dressé en entendant son nom de famille, Alphonse leva l’oreille et le prince étranger se retrouva bientôt spectateur d’un spectacle qu’il aurait sans doute mieux fait de ne jamais voir. Attiré non par l’odeur du sang, mais par l’utilisation de son glorieux nom, il se concentra sur la performance de la blonde italienne.

Au début le strabisme le fit méchamment pensé à lui, un Louis de très mauvaise humeur et décidé à écrasé un parvenu. Mais Louis quand même. Sauf que très vite la suite de l’improvisation cessa de correspondre à son grand frère adoré. Et il n’avait absolument pas besoin d’entendre cet abruti de Minecraft souffler :

- Eh mais c’est toi qu’elle imite !

N’importe quoi ! Il n’était pas le sujet d’un spectacle comique. Sauf quand il imitait le boitillement de la favorite pour amuser Henriette. Mais on ne pouvait pas se moquer de lui ou de ses manies. D’ailleurs il n’était pas si arrogant ! Il se contentait de défendre sa position socialement supérieure.

Et il ne jetait pas ses vêtements comme ça ! Il le faisait ! Mais avec panache et sans cette lassitude ridicule. On le prenait pour un alangui ou quoi. Et est ce que ce crétin de Minecraft pouvait arrêter de rire. Il se moquait pas de son nez de travers, lui ! Qu’il essaie d’égaler son sens moral et sa compassion au moins un peu. Minecraft a défaut d’être un être humain décent était un être intelligent, et en sentant le regard noir d’Alphonse il choisit prudemment d’étouffer son rire au fond de sa gorge et de regarder ses bottes.

La dernière pique poussa Alphonse à machinalement caresser les cicatrices que les gants cachaient et le fit voir rouge. Heureusement les félicitations furent peu nombreuses et faibles. Tout le monde le savait : le problème d’un public d’ivrogne c’est que l’attention est limitée et l’acclamation médiocre. Un peu plus que le spectacle avant. Machinalement il fit un pas en avant vers la pitoyable table ronde qui servait de scène. Minecraft le vit et posa sa main sur son épaule pour le retenir.

- Attends, c’est une femme innocente, tu ne...

Il avait initialement prévue de faire une phrase plus construite mais Alphonse le coupa d’une voix mielleuse, très très Lorraine (copyrighté Lorraine, même) :

- Ta gueule.

Le baron se dit que ça ne le concernait pas après tout. Il imita Pilate, se lava les mains, et alla se faire doucher sous l’orage pour ne pas être mêler au reste. Ses hommes l’imitèrent. Ce fut uniquement secondé de deux militaires qu’Alphonse entreprit de se frayer un chemin à grand coup d’épaule. Les ivrognes ne tentèrent pas de protester. Peut être sentaient ils sa mauvaise humeur? Il était plus probable que la présence d’épées et de pistolets dans le trio poussait naturellement les braves gens au calme.

Dès qu’il fut assez près pour être entendu, Alphonse applaudit l’artiste (qui s’était au passage servie un verre). Le bruit sec de deux mains qui s’entrechoquaient sans chaleur et dans le but évident de faire le plus de bruit possible et d’attirer l’attention.

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Mer 20 Jan - 23:47

Et les dents blanches de l’agneau répondirent à celles du loup...


Le liquide amer traversa son gosier sec d’une traite. Infecte soi dit en passant. Le breuvage avait plus le goût d’une pluie qui aurait raviné une porcherie plutôt que celui caractéristique du houblon. M’enfin, à cette heure et en ce lieu, la jeune comédienne ne pouvait espérer beaucoup mieux. Elle décida pourtant de sagement reposer la boisson en équilibre sur la tête d’un deuxième dormeur à sa portée. Ramassant sur son passage le châle usé qu’elle avait laissé glisser, elle y enveloppa son buste en un cache cœur serré, inutile à présent d’attirer l’attention du sexe opposé. Raphaël qui l’avait accompagné sur ordre de son oncle, avait depuis bien longtemps oublié son rôle de chaperon et devait profiter à l’étage, d’une charnelle compagnie.
Si Lina n’avait pas particulièrement peur des mauvaises rencontres, son jeune âge et son insouciance lui ayant, pour le moment fait manquer cette étape, elle songeait pourtant à rejoindre les appartements des comédiens italiens situés non loin de là. Il lui suffisait juste d’enfiler sa vieille capeline et de marcher deux rues durant. Delà elle pourrait s’octroyer une bonne grosse sieste d’environ douze heures et se lever fin prête pour aller se moquer des bigotes le dimanche après la messe.
C’était son idée lorsqu’un claquement clair retentit dans son dos. Posant la cape sur son avant bras, la blonde italienne se retourna lentement, sa main cachée glissant lentement jusqu’à sa cuisse où une lame courte et froide contre sa peau la rassura… environ dix secondes avant de voir le géant qui se tenait devant elle. Sa première pensée fut pour Philippe, sa deuxième pour sa plus grande ressemblance avec un grizzli peroxydé qui aurait oublié d’enlever ses rubans à boucles. Le bruit de la bourse tombée au sol la fit presque sursauter tant son corps s’était figé à l’arrivée de l’homme. Homme qui n’était d’ailleurs pas seul, encadré de deux militaires à l’air fort peu sympathique, la faute sans doute à l’artillerie lourde qui fardait leur corps. Le sien avait en ce moment la consistance d’une serpillère qu’on aurait oubliée sous l’orage. Lina n’avait eu cette sensation que deux fois au cours de sa vie, et cette troisième pourrait bien méchamment la lui raccourcir. Le ton glacial du noble rabroué n’avait d’égal que ses yeux polaires et Lina hésita vaguement entre pleurer abondement à chaudes larmes en se jetant aux bottes lustrées de l’homme ou jouer l’innocente. Mais après tout, pourquoi ne pas jouer la tragédienne cette fois? La Béjart serait sans doute fière d’elle en ce moment. Portant la main à son front, la jeune femme se retint à la table derrière elle, visiblement bouleversée.

« Si j’avais su qu’un homme de votre envergure venait dans une auberge d’aussi piètre réputation… »

De son pied, la jeune comédienne effleura l’aumônière. On disait qu’à l’époque, jeter son gant au visage d’un chevalier était signe de défi après l’affront, et que le ramasser entre ses doigts c’était engager le duel. Les lions brodés jaune et noir semblèrent lui piquer les orteils de leur queue en flèche alors qu’elle relevait un regard implorant vers son persécuteur.

« j’aurais… » Quand était-il si on le ramassait de son pied ? Était-ce relever le défi ? Ou y faire un pied de nez ? La demoiselle releva lentement ses jupons jusqu’à hauteur de ses chevilles.

« … sans doute fait plus attention à mes affaires ! » Une italienne ne se refait pas, et les dents blanches de l’agneau répondirent à celles du loup. En leste fille du sud, elle souleva de sa chaussure la bourse dans les airs, la faisant plutôt adroitement atterrir dans les mains de son propriétaire. Sans reposer le pied elle poussa le tabouret qui se trouvait devant elle sur l’homme à sa droite, libérant la voie vers la sortie tout en entravant ses possibles poursuivants. Gardant ses jupons relevés, elle s’y précipita sans demander son reste.
La fuite était la meilleure des possibilités dans de nombreuses situations délicates, et il n’y avait aucune honte à l’utiliser. Dès qu’elle avait croisé le regard du géant elle l’avait reconnu. Alphonse de Lorraine. Tout bon copiste se doit d’avoir vu au moins une bonne dizaine de fois l’objet de son délit. Cependant d’aussi près et flanqué de deux acolytes armés jusqu’aux dents, il lui semblait soudain moins propre au plagiat. Une légère réticence qu’elle aurait dû avoir avant bien sûr, mais sa naïveté ET la malchance il fallait quand même le préciser aidant, elle venait de se foutre dans un beau merdier les deux pieds joints.
Ses deux mains poussèrent le battant de la porte violemment et une bourrasque de vent et de pluie l’arrêtèrent net dans son élan, lui coupant le souffle pendant une demi seconde. De trop…
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Sam 23 Jan - 20:42

Tarabotti était un brave garçon toscan qui avait échappé à une vie de misère en rejoignant Malte comme mercenaire. Sa capacité à massacrer des turcs avait attiré l’attention du chevalier d'Harcourt. Un talent assez inouïe pour le maniement des armes à feu et pour la beuverie. Mais ce qui lui avait vraiment valu une place au sein de la maison de Lorraine était son talent inégalée pour pousser des jurons aussi retentissant qu’originaux. Il s’en servait généralement pour appuyer l’importance et la pertinence des ordres qu’il donnait aux galériens. Mais de temps en temps, il faisait une exception à ses principes et se servait de jurons pour souligner une douleur particulièrement intense, ou une défaite à un concours de beuverie.

Il fit donc une brillante démonstration de ses talents lorsqu’un tabouret, poussé avec une vigueur insoupçonnable, s’enfonça dans son tibia droit. La rencontre entre le bois et sa jambe produisit un choc douloureux et un son sourd. Le son fut principalement couvert par l’homme qui cria, en italien :

- Par la morte couille de ce coprolithe d’enculeur de mouche de Saint Joseph !

C’était une fort belle démonstration de ses talents qui attira l’attention de quelques clients. Les plus linguistes des consommateurs envisagèrent de lui demander ce qu’était un coprolithe. Son patron en revanche n’eut pas le loisir de profiter du langage coloré de Tarabotti. Le tabouret avait à peine volé et l’italienne avait à peine prit la poudre d’escampette, qu’Alphonse partait à sa poursuite en enjambant un autre tabouret. Un consommateur eut le vague malheur d’être sur sa route. Il vola à travers la pièce sans que le prince ne lui accorde la moindre attention. Toute cette agitation finit par faire sortir le patron de sa torpeur et de son indifférence.Mais il en conclut vite qu'il valait mieux les laisser régler leur trouble avec l’italienne sans s’en mêler. Mais par acquis de conscience l’aubergiste se dit qu’il allait demander au gamin dans la chambre la haut de payer pour la casse que le reste allait faire.

Malgré sa perte de temps à cause de l’abruti sur son chemin, Alphonse rattrapa la comédienne alors qu’elle s’apprêtait à franchir le seuil de l’auberge. Rapidement suivit par Hofstadter, et Tarabotti qui boitillait un peu derrière.

Il lui prit le bras comme pour l’escorter au dehors, sauf qu’il fallait être aveugle pour ne pas voir qu’il s’agrippait à elle avec une force demeurée. Le geste n’avait de galant que le nom, et encore. D’ailleurs il la tira si fort par le coude qu’elle risquait fort de basculer en arrière. Ce qui était en temps normal l’inverse de l’effet souhaité. Mais il s’en moquait un peu.

Mais Lina obtint ce qu’elle voulait. Parce que dès qu’il fut certains de sa prise, il la poussa dehors et repoussa la porte de l’auberge dans leur dos. Elle était sortie, et il n’était plus sur ses talons vu qu’ils se tenaient côte à côte.

Ils se trouvaient toujours en compagnie des deux hommes de mains par contre, et Alphonse était toujours fou de rage. On ne pouvait pas tout avoir dans la vie.

- La garce m’a détruit la jambe, grogna Alessandro en se massant le tibia.

Très mauvaise idée. Il fut la victime du regard le plus mauvais qu’il ait jamais subit de la part de son patron. Et il en avait essuyé un certain nombre.

- Laisse une gamine t’humilier Alessandro, je t’en prie.

Il aurait pût siffler la phrase ou la susurrer sur un ton mielleux, mais non. Il la hurla si fort que l’autre homme de main porta les mains à ses oreilles. Alessandro Tarabotti eut le pressentiment que l’orage de la colère de son employeur s’était déplacée de la blonde à lui et déglutit le plus discrètement possible. Il n’osa pas faire remarquer à Alphonse qu’il avait sans doute le même âge qu’elle. Toutes les vérités n’étaient pas bonne à dire.

Puis Alphonse revint à la source initiale de sa rage. Qu’il tenait toujours avec une galanterie féroce. Il s’était assez vite douté qu’elle ne comptait pas s’excuser. Les gens qui rampaient à ses pieds pour obtenir son pardon avaient tous plus ou moins le même comportement. Et elle ne l’avait pas eut. Du tout.

À l’inverse sa réponse théâtrale avait sérieusement manqué de repentir. Mais pas de panache. On devait lui concéder ça. C’était magistrale. Et il n’aurait pas été la victime de sa vivacité le lorrain aurait volontiers applaudit une scène aussi délicieuse.

Seulement voilà, la bourse qu’on lui avait lancé du bout du jolie pied pesait lourdement et ses gants l’irritaient plus que jamais. Donc au lieu de savourer la fougue et la joliesse de la scène, il se sentait d’une humeur de chacal.

Humeur empiré par le fait qu’il avait la conviction de connaitre la jeune femme et ne parvenait pas à comprendre comment. L’avait elle déjà humilié par le passé?

- Vous auriez dût garder ma bourse ma chère, toute performance mérite salaire. Même les plus vulgaires...

Il avait retrouvé un volume sonore normal. Mais malgré le soulagement de leur tympan, les deux hommes de mains échangèrent un regard. On préférait le prince hurlant plutôt que parlant normalement.

Il eut un sourire tout en dents et la lâcha pour la regarder en souriant, Hofstadter s’étant positionné de façon à rendre la fuite impossible. Alphonse tira quelques pièces de sa bourse, qu’il fourra sans façon dans la main de la jeune fille avant de lui reprendre le bras et de faire quelque pas vers une ruelle adjacente. Evidemment, elle risquait de résister un peu. Mais il avait pour lui une meilleure condition physique, de fait il la dominer au bas mot d'une tête, et deux hommes de mains parfaitement entrainés. Elle risquait plus le ridicule qu'autre chose.
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Dim 24 Jan - 23:07

Fini le bruit rassurant des régurgitations sonores,
des rires gras et des sourires enivrés,
il n’y avait plus que ce loup et ses deux chiens de garde
dans ce déloyal face à trois...


Le temps de reprendre son souffle pour affronter la tempête qu’un étau de fer s’abattit sur le bras de la comédienne. Sans être pessimiste, elle était quasi sûre de garder à vie la trace de cette large menotte de cinq doigts sur son avant bras. Peut-être serait-ce une preuve suffisante à l’encontre du noble Lorraine pour plaider l’agression ? Mais était-ce seulement une bonne idée de s’attaquer juridiquement à un homme de cette stature, sans mauvais jeu de mot bien sûr. De toute manière, pour une quelconque enquête il était plutôt utile de rester vivante durant les prochaines vingt quatre heures. Difficile au jaugé.
« Basta » tenta de se démener l’italienne en se sentant partir en arrière sous la poigne du chevalier de Malte, se cognant durement au marbre de son torse. Il n’y avait vraiment, mais alors vraiment rien de chevaleresque dans son geste et il n’avait sans doute jamais aussi mal porté son titre qu’à présent. Comment avait-il pu seulement la rattraper aussi vite? La jeune femme jeta un coup d’œil discret aux bottes brodées du Lorraine. Fabrication « 7 lieues » hein ? « Tricheur » murmura t-elle pour elle-même.

Soudain la chaleur poisseuse du dedans fut chassée par la morsure vive du dehors. Une peur rationnelle s’empara de Lina. Où l’entrainait-il ? La porte claqua bruyamment dans leur dos et il n’y eut plus qu’eux quatre. Fini le bruit rassurant des régurgitations sonores, des rires gras et des sourires enivrés, il n’y avait que ce loup et ses deux chiens de garde dans ce déloyal face à trois.
Son regard dériva magnétiquement vers les fenêtres faiblement éclairées à l’étage, devait-elle crier pour attirer l’attention de son acolyte ? L’entendrait-il seulement ? La jeune femme n’eut pas le temps de se poser la question deux fois car elle fut devancée par Alphonse de Lorraine lui-même. La puissance de sa voix l’obligea à cacher au moins l’une de ses oreilles de sa main valide et à se recroqueviller sur elle-même. Au théâtre et à l’opéra plus particulièrement, il aurait fait fureur en temps que baryton à déclamer «ô rage ô désespoir ! ». Mais ce n’était certainement pas le bon moment pour le lui faire remarquer. Elle posa ses yeux pales à peine désolés sur le dénommé Alessandro, rancune oblige vu le vocabulaire employé à son encontre, mais tiqua au mot « gamine ». Elle ? Une gamine ? Il s’était vu l’angelot de trois pommiers ? Il avait autant de rides qu’une peau de bébé.
Son sang chaud reflua et… se carapata loin loin loin lorsque le chevalier reporta son attention sur elle. A peine l’eut-il lâchée que la blonde porta son bras endolori contre sa poitrine faisant deux pas en arrière pour mettre autant de distance que faire ce pouvait entre son geôlier et elle. Un regard en coin vers le bouledogue à sa droite lui suffit à comprendre que la fuite serait impossible. Croisant ses bras dans une expression qu’elle souhaitait colérique, il lui arracha de nouveau sans ménagement la main pour lui fourrer quelques sous dans la paume et lui souffler ses mots avec un mépris certain. Lina avala durement sa salive, la réplique cinglante l’avait touchée plus qu’elle ne l’aurait pensée, la rabaissant à une saltimbanque minable et refoulant son art à une grossière mascarade.

« J’en profiterais pour vous acheter trois graines de modestie et une note d’humour ! La bourse ne sera en effet pas de trop ! » S’entendit-elle répondre malgré sa frayeur.
Son bras engourdi par le garrot du géant fut saisi de nouveau et Lina ne contint pas cette fois un cri de douleur. Proférant mille jurons tandis qu’il l’entrainait de l’autre côté de la rue, son italien fleuri pouvait aisément être traduit par le trublion de toscan qui servait de garde au de Lorraine. Après tout il semblait en connaître une bibliothèque sur le sujet.
La jeune comédienne n’était cependant pas prête à se laisser trainer à travers tout Paris de cette façon. Il y avait des limites entre colère justifiée et amour propre mal placé et Lina n’était pas prête à laisser son bras sur l’autel de la fierté des Lorraine.
A peine avaient-ils atteint la ruelle glauque qu’elle se mit dos au mur, supprimant ainsi un des quatre angles d’attaque possibles et dégaina son poignard de sa main valide.

« Maintenant vous allez me lâcher et me laisser partir sans faire d’histoire. » Dans sa tête, elle l’avait imaginé comme un grand élan lyrique de courage, en réalité sa voix d’italienne tremblait tant que ses roulements chaloupés du sud s’étaient fait bégayants. La pluie ruisselante et la peur mêlées la rendaient pathétique et bizarrement pas si loin de la tragédienne qu’elle voulait imiter. Son couteau semblait osciller tel un métronome lancé à grande vitesse, lui faisant perdre toute crédibilité. L’italienne avait sorti sa lame sans savoir réellement ce qu’elle allait en faire. Elle avait devant elle un militaire, avant d’avoir un courtisan du roi. Brandir une arme aurait dû être la dernière chose à penser face à un homme surentrainé au combat. Sentant que sa menace ne ferait pas long feu elle lâcha tout à trac avant de se reprendre.

« Votre fr… » Non. Ne pas évoquer le nom de Philippe de Lorraine. Elle aurait pu se servir de lui comme excuse, comme menace. Mais elle s’y contraignit. Oui, plutôt mourir  qu’utiliser le nom de son ancien amant pour se défendre. Et ce n’était sans doute pas au sens figuré du terme. Elle décida à la place d’utiliser son nom de théâtre, et par delà, la protection même de Louis XIV.
« Votre Roi ne souffrirait pas qu'une de ses protégés du théâtre Italien disparaisse ou soit blessée ».
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Sam 30 Jan - 14:44

Sa main d’épée était également celle qui serrait sans ménagement le poignet de la comédienne. Sans ça, sans doute aurait il dégainé en voyant surgir une lame entre lui et son interlocutrice. Au lieu de tirer le fer et d’expédier la gamine dans un réflexe malheureux, il se contenta de reculer le torse pour éviter que l’arme n’entre en contact avec sa poitrine. Sauf qu’évidemment l’étau ne se dressera pas sur le bras de la blonde. Puis il darda sur le morceaux d’acier un regard des plus méprisant. On le menaçait avec un coupe papier qui tanguait comme un bateau ivre. Pour un homme habitué à occire les ottomans et autres pirates c’était insultant. Presque plus que la caricature dans l’auberge.

Elle l’accusait de manquer d’humour. Mais Alphonse se fit fort de démentir la blonde en éclatant de rire. Cette menace était désopilante. Elle se montrait aussi dangereuse qu’un chaton aux griffes limées. Et surtout ses deux hommes de mains avaient dégainé dès qu’elle s’était montré « dangereuse ». Et leurs épées se montraient bien plus convaincante que le coupe papier qu’on agitait sous son nez.

Vraiment la seule chose plus ridicule que la menace contondante que l’on agitait sous son nez était le recours pathétique au nom du roi. L’hilarité du chevalier redoubla, sans que pour autant il envisage de relâcher un peu sa prise. Il finit cependant par se calmer et reprit en parodiant à volonté l'accent et le défaut de prononciation de la jeune femme.

- Le FRRRRRROOI vous protège. Décidément j’ignore si vous avec besoin d’investir dans l’humilité ou le bon sens mais il y a quelque chose qui manque dans votre charmante tête.

Vraiment ! Il devait lui reconnaitre un courage incroyable et un esprit des plus acéré. Ce qui ajoutait à un physique agréable aurait dût mettre le chevalier dans de bonnes dispositions à son égard. Mais exceptionnellement il allait faire une exception et continuer de lui en vouloir malgré sa vivacité.Après tout chaque règle à ses exceptions. Et donc il se devait une fois de temps en temps de mépriser les gens qu'il aurait dût apprécier.

La bravade n’attira donc qu’un mépris des plus princiers. Mépris légèrement renforcé par le fait qu’Alphonse pensait sincèrement que si elle acceptait de s’écraser à ses pieds on en aurait plus vite fini.

Pourquoi manquait elle à ce point de bon sens pour sublimer ses autres qualités. C’était un vrai gâchis.

Il reprit ses explication en prenant un ton doctoral qui ne lui allait finalement pas tant que ça. Surtout parce que plus la discussion avançait plus ses cheveux se plaquaient sur son visage sous la pluie. Quel crétin il avait été de ne pas récupérer son chapeau. Maintenant il perdait toute crédibilité en se mettant à ressembler à un épagneul au sortir du bain.

- Quels sont les chances que le roi prennent le parti d’une comédienne italienne contre un prince de la maison de Lorraine? Sauf s’il vous mets dans son lit, évidemment. Mais même ainsi je doute que ça suffisse.

Le couteau qui continuait de s’agiter entre eux deux finit par l’agacer et il adressa un rapide signe du menton à Tarabotti. Ce dernier rengaina lentement et alla poser son énorme main sur celle de la comédienne en lui expliquant en italien.

- Vous devriez le lâcher, avant que le prince ne s’énerve.

Cela partait du postulat qu’Alphonse n’était pas  encore en colère. Ce qui était assez peu probable comme hypothèse. Peut être devait on considérer que sa colère, comme certaine histoire, ne connaissait pas de fin. Et que donc il valait mieux éviter d’empirer les choses. Encore un peu plus.

Le ciel ne semblait pas être d’accord vu que la pluie redoublait. Ce qui ne semblait pas du tout gêné le prince. Phénomène exceptionnel ! généralement à la première goutte d'eau il se réfugiait au sec et marmonnait des insultes contre le temps parisien tout pourri. Et vérifiait frénétiquement dans le miroir que ses cheveux n'en profitait pas pour boucler un peu plus et le faire ressembler à un moutons. Il tenait à sa crédibilité. Crédibilité qui avait été durement malmené par la comédienne, nous le rappelons.

- À propos, je connais votre troupe mais point votre nom. Auriez vous l’amabilité de vous présentez mademoiselle? À défaut de vous excuser.


Plus que les présentations, Alphonse désirait savoir pourquoi le joli minois lui semblait aussi familier. C’était un mystère un peu agaçant qu’on lui offrait là. Et qu'il souligna en lui saisissant le menton pour observer son visage sous tout les angles. Notons quand même qu'il faisait preuve de plus de délicatesse avec sa tête qu'avec le poignet qu'il n'avait pas lâcher.

- Et où vous ais je déjà vu?
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Ven 12 Fév - 15:57

« …il voulait des excuses.
Fussent t-elles dites que Lina n’en aurait pas pensé un mot
et le chevalier malgré le peu de temps passé avec elle,
devait bien commencer à comprendre
qu’il ne les entendrait jamais teinter à ses viriles oreilles. »


D’accord, son courageux petit numéro n’avait convaincu absolument personne. Notes à elle-même pour la prochaine fois, travailler sa diction sous la menace d’un homme pouvant effacer jusqu’à votre nom de cette terre et de ses deux acolytes qui s’occuperont de votre corps en le balançant, sans état d’âme, dans la Seine. S’il y avait une prochaine fois bien sûr. Lina tenta de stabiliser sa main mais sursauta comme une idiote lorsque le rire de Lorraine se mêla aux armes dégainées de ses deux suppôts. Son regard apeuré fut automatiquement capté par les deux épées qui se rapprochaient d’elle et son sang se glaça. Mauvaise idée, très mauvaise idée. Elle l’avait su à l’instant où elle avait sorti son poignard, mais que voulez-vous, les têtes bien pensantes deviennent ministres, quand les autres… deviennent comédiens.

Pour une fois son talent d’improvisation et de vive répartie la trahissait et elle ne put rien répondre lorsque le chevalier envoya balader ses arguments d’un nouveau, et plutôt agaçant, rire méprisant. Oui, bien sûr il avait raison. Le Roi ne saurait souffrir les pauvres élucubrations d’une italienne qu’il ne connaissait qu’au sein d’un décor de théâtre. Pour lui, ils étaient un groupe, une entité, une masse amusante qu’il lui plaisait de faire venir à son gré et de rire des chamailleries que ces drôles dispensaient dans une langue chantante et fleurie. Mais individuellement, ils n’étaient rien. Quand à la mettre dans le lit du souverain, Lina sentit tout le mépris que le Lorraine avait pour les femmes de sa condition. La prenait-il pour une fille de petite vertu, aimant la légèreté d’une cuisse flattée? Interdite et muette, chose inhabituelle chez elle, la comédienne laissa le garde s’approcha et poser sa grosse paluche sur la sienne, lui laissant sans opposer la moindre résistance, prendre son poignard. Pas une seule fois cependant, elle ne détacha son regard d’Alphonse de Lorraine. Ses yeux pouvaient bien trahir peur, désir de fuir, rancune, elle voulait qu’il le sache.

Sa fierté happée par la peur quelques minutes plus tôt revenait à la charge, en sourde colère. Et la pluie qui la faisait trembler comme un grelot et rougissait ses joues n’était pas pour améliorer son humeur. Les menaces n’étaient d’aucun secours sur ce genre d’individu, ça elle en était certaine, mais elle avait en sa possession son acerbe moquerie qui elle semblait plutôt bien marcher sur le jeune coq qui lui faisait face. S’il avait voulu la tuer, il l’aurait fait sitôt arrivé dans la ruelle. Non, ce qu’il cherchait ne concernait que son ego bafoué, il voulait des excuses. Fussent t-elles dites que Lina n’en aurait pas pensé un mot et le chevalier malgré le peu de temps passé avec elle, devait bien commencer à comprendre qu’il ne les entendrait jamais teinter à ses viriles oreilles.

« Chevalier de Lorraine si nous étions ici pour de futiles présentations, vous ne seriez pas en train de broyer mon poignet. » son ton avait baissé, lui permettant de parler sans tremolo et même d’y insuffler une légère nuance de défi. Elle décida cependant d’accéder à sa demande, en partie…

« Lina. Lina Mêlezvousdevosaffairelli ! » murmura t-elle rapidement en terminant son nom avec une note italienne bien marquée. Puis, sans contrefaçon ni pudeur aucune, il lui attrapa le menton, avec soin certes, mais sans convenance.
Elle faillit le gifler, d’ailleurs sa main valide oublia d’en informer sa tête et s’arrêta à deux millimètres du visage du Lorraine. Si près, qu’elle pouvait sentir la chaleur irradier de son visage. Mais elle s’arrêta là. Finalement il lui restait sans doute assez de lucidité pour ne pas user de violence sur cet homme sans douceur. Pas de violence non, mais si ses propres armes avaient visé juste jusque là, pourquoi ne pas continuer. De sa menace elle transforma son geste, et ses doigts attrapèrent délicatement une boucle blonde de son geôlier. La tirant légèrement comme un ressort, elle l’a laissa s’échapper, gorgée d’eau de pluie.

« Vous devriez rentrer vous sécher, sentir le chien mouillé n’est à ma connaissance pas le dernier parfum à la mode à Paris en ce moment. »
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Jeu 18 Fév - 23:55

Pour ne pas perdre les bonnes habitudes elle était en retard. Tant pis, on se passerait bien d’elle un moment, après tout faire tourner une taverne n’était pas bien compliqué, en y mettant un peu du sien le patron était bien en mesure de le faire. Pestant contre la pluie, la boue, le froid et le monde – encore une question de coutume personnelle –, elle hâta cependant le pas tout en imaginant l’excuse qu’elle servirait aujourd’hui. Un pont bloqué par un attroupement de pêcheurs d’eau douce, cela paraissait vaguement crédible ? Les pieds déjà trempés et les jupes alourdies par la pluie, Pia esquissa un sourire en voyant apparaître au coin de la rue la pancarte de la Pomme de Pin, signe que son auberge à elle – et donc une chaleur qui serait tout de même appréciée – n’était plus bien loin. Plus qu’à s’enfoncer un peu jusqu’à un quartier adjacent encore moins bien famé et elle serait arrivée.

Alors qu’elle filait avec en tête le vague calcul qui voulait que plus elle marchait vite plus elle avait de chance d’éviter les gouttes (au-delà du prix de l’alcool les mathématiques ne lui avaient jamais trop réussis), une scène attira cependant son attention. A une quinzaine de mètres devant elle se tenait un mur de bonhommes à qui on n’avait visiblement jamais appris la galanterie ! Bah tient, ce n’était tout de même pas bien équitable d’être à trois sur une blonde qui n’en faisait pas la moitié d’un ! Vouloir jouer les durs c’était une chose, mais s’y mettre à autant ça relevait d’un sacré anti jeu. Et puis c’était que la fille n’avait pas l’air de faire bien peur, on était loin de la Bianca du faubourg d’à côté qui rien qu’avec un regard inspirait un besoin de renfort. Après s’être arrêtée quelques secondes Pia avança de quelques pas encore, pour s’assurer qu’elle n’interprétait pas mal. Et non. Pas de vision troublée, il s’agissait bien d’une jeune femme qu’on bousculait sans trop de ménagement. Mais dans l’adversité elle avait l’air assez amusante, la gringalette, à narguer le petit chef de l’opération – puisqu’il était le plus grand il devait bien l’être. D’ailleurs on n’avait pas idée d’être aussi immense, rien que ça ce n’était pas bien fairplay.  
Se sentant monter un élan de solidarité et constatant qu’avec leur dégaine bien arrangée les trois hommes ne devaient pas être totalement sans le sou, une idée dont le caractère bêtement peu sûr lui plaisait germa rapidement chez l’Italienne. Une spontanéité stupide mais qui lui ferait au moins une histoire drôle à raconter. Capuche sombre sur la tête et pas discret et rapide amorcé, elle s’avança donc vers les trois lurons qu’elle ne voyait toujours que de dos et, profitant de toute l’attention qu’ils donnaient à la jeune femme, délesta le géant et un de ses acolytes de leurs bourses. Trop facile mais tout de même bien drôle ! Et sacrément rentable à en croire le poids de ce qu’elle tenait entre les mains. Aussitôt elle dissimula ses nouveaux biens sous sa cape et dépassa le petit groupe rapidement, lançant cependant au passage un clin d’œil à la blonde qui pour le moment devait être la seule en mesure de remarquer quoique ce soit. Aller va, elle aurait au moins la satisfaction de voir la tête des bonhommes quand ils s’apercevraient qu’à trop jouer les durs on les avait délestés. Car côté Pia hors de question de s’attarder pour voir la fin de la scène, elle tenait tout de même à rester entière et avait après tout une vie à aller gagner honnêtement. En souhaitant silencieusement à l’infortunée de vite se dépatouiller de ce mauvais pas elle fila donc et tourna précipitamment dans la prochaine rue.

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Ven 26 Fév - 13:12

Le nouvel outrage fit grincer des dents déjà serrées à l’extrême. Mais si on derrière les lèvres pincées on devinait le mouvement des mâchoire, le bruit crispant fut dissimulé par le vacarme que provoquait le déluge. Déluge qui par ailleurs achevait de coller sa cape à sa tenue de cour et de plaquer ses cheveux sur son visage et sa nuque.

Moins en colère, il aurait reconnu que l’erreur était somme toute minime. Et qu’il y avait plus insultant que d’être confondu avec Philippe. On aurait pût le prendre pour Vivonnes ou pire un Rohan… Brrrrr, rien que cette idée le faisait frissonner. À moins que ce soit le froid, Paris était quand même foutrement glacial. Une ville de sauvage nordique.

Bref, il s’empressa de rectifier d’une voix grognante :

- Ces présentations futiles auraient pût être utile ma chère. Ainsi vous auriez sût que loin de vous adresser au chevalier de Lorraine, vous vous trouvez en présence du chevalier d’Harcourt. Ce qui est une chance au fond, Philippe aurait été moins patient que moi.

Il se retint de préciser qu’il était également abbé de Royaumont et surtout chevalier d’honneur de Madame. Non point par modestie. Mais uniquement parce qu’il refusait d’impliquer la duchesse d’Orléans dans une affaire aussi stupide et humiliante. Elle méritait quand même mieux.

Par contre, il avait conscience de mentir. Philippe aurait été plus patient. Sans doute même n’aurait il pas exploser. Mais il aurait été bien plus terrible qu’Alphonse. Bien plus terrible. Et le poignet de Lina n’aurait pas été la seule victime de son orgueil bafoué.

Il n’eut pas le temps de réagir à la parodie de présentation que déjà la minuscule main libre volait vers son visage. Sans doute dans l’idée de lui infliger une gifle ou une autre attaque ridiculement féminine. Son premier élan avait été de lâcher le menton si grossièrement pincé pour l’arrêter. Mais avant qu’il ne puisse s’exécuter, elle renonça à son projet fou.

Pour accomplir un acte plus fou encore. La mèche de cheveux doucement pincé libéra quelques gouttes d’eau qui vinrent s’écraser au coin de sa mâchoire et sur sa cape, qui n’était plus à ça près.

Le crime de lès-capilarité aurait dût lui arracher un grognement de loup. Bizarrement ce ne fut pas le cas. il consentit enfin à lui lâcher le menton pour lui donner une tape sur la main. Le geste avait quelque chose d’absurdement puéril, comme sa moue boudeuse. On aurait presque pût croire un chiot jouant ou un enfant se battant pour un jouet. Mais son regard brûlant de rage démentait quelque peu cet état infantile.

- Est ce pour suivre la mode du sieur Molière que vous vous moquez? Dans ce cas renoncez. Car vous empestez l’amateurisme et confondez allègrement caricature et farce.

Farce dont il n’appréciait pas trop d’être le dindon, fallait il le préciser? Il ajouta avec une mauvaise foi boudeuse :

- Et je  pue pas le chien mouillé.

Non mais ! Tout à sa haine, il ne remarqua pas le larcin dont il faisait l’objet. Il aurait fallu au moins un tremblement de terre pour le détourner de l’actrice. Peut être qu’à la limite une apparition céleste se matérialisant sur son nez aurait mérité son attention. Mais nul doute qu’il se serait contenté de congédier l’envoyé divin pour finir cette affaire. L’affront semblait ne pouvait jamais être réparé. Et il devait avouer que cela l’excédait.  Il y avait des limites au ridicule qu’il pouvait se permettre en un mois. Et là clairement, il avait atteint son quota. Tout comme il avait dépensé toute sa patience mensuelle. Comme nous étions dans la première semaine de septembre, cela augurait mal de la suite.

Peut être devait il essayer de respirer lentement pour retrouver son calme. Mais il n’était pas une femme enceinte ! Et il n’avait pas envie de retrouver son calme. Il voulait des excuses. Et savoir pourquoi elle lui paraissait si horriblement familière. Avait il couché avec? Non mais ce n’était pas possible cette situation. Il était aussi dur d’obtenir des excuses que de ce souvenir de ce jolie minois. Par contre l’insupportable résistance serait sans doute gravé dans son esprit. Un exploit quand on connaissait les troubles d’attention du chevalier.

Néanmoins parce qu’il était un adulte, et un gentilhomme raisonnable, Alphonse comprit qu’il ne pouvait pas laisser le débat sur l’odeur de sa chevelure durer. Il prit donc sur lui pour offrir une ouverture raisonnable à la comédienne :

- Cette délicieuse entrevue va malheureusement devoir touché à sa fin. Des compagnies plus délicieuses que la votre. Il nous faut juste régler une dernière formalité.

C’était si simple au fond. Il le disait depuis le début, elle s’excusait, ou plutôt s’écrasait et il partait. Surtout que ça devenait urgent. Il y avait un bal ce soir. Il était inconcevable qu’il arrive en retard ! Et en portant les même vêtements que plus tôt dans la journée. Il devait donc régler cette affaire fastidieuses au plus vite. Ou il allait être en retard. Donc on s'excusait, hop hop hop plus vite que ça.
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Mar 3 Mai - 22:29

[ je lisais votre rp avec Maddy quand j’ai vu Mister Harcourt nommé, mouhaha si Lina va brûler sur le buché des bigots à cause de ce ptit blondinet bouclé j’appelle Maddy  Razz  ]

« Et au moment de payer…
Pas de bourse, pas de sou.
Pas de sou, pas de calèche.
Pas de calèche, pas d’excuse.
Pas d’excuse… pas d’excuse. »


Trop loin, elle savait qu’elle allait trop loin. Mais comment s’arrêter ? La marche arrière ne semblait pas faire partie de son vocabulaire. Ni les manœuvres d’ailleurs, foncer droit devant restait son seul adage. Comprenez qu’elle aurait fait une exécrable meneuse de calèche et de brouette  et qu’elle était de ce fait une piètre cavalière. A vous emmurez un ch’val et vous encastrer dans une botte de paille ! L’immobilité lui était inconnue. L’italienne mangeait son déjeuner en marchant, répétait en cercles concentriques, réfléchissait en papillonnant dans les allées, et ne comprenait aucun des mots qui commençaient par « re », se retourner, se résigner, se résoudre à s’excuser…

Pourtant le regard incendiaire du chevalier d’Harcourt, dont elle venait au passage d’écorcher le nom retournait les poils de ses bras, révulsait son estomac et réfrigérait jusqu’à la dernière cellule de son corps. Il y avait quelque chose d’incontrôlable dans ces pupilles là, une rage, qu’elle n’avait vu que chez les chiens fous. Elle choisit cependant de sourire à demi lorsqu’il cita les comédiens français. Mais un sourire moins fripon, plus poli. Lina ne pouvait prendre ombrage d’une telle remarque. Elle n’admirait pas Molière, contrairement à beaucoup. Premièrement car elle était italienne et qu’elle ne jurait que par la Commedia dell'arte! Deuxième car la seule chose qu’aurait pu lui apprendre le théâtre français était la tragédie, et que Molière en était dépourvue. Seule la Béjart tenait cette place centrale dans sa vie, et la chose était bien trop secrète et bien trop futile pour qu’un être si désintéressé pour toutes choses sauf lui-même y prête ne serait-ce qu’un soupir.

Lina jugea cependant prudent de ne pas faire de commentaire quand à la puanteur ou non du sieur. Cet affront en plus et elle était persuadée que son corps au fond d’une ruelle ne serait plus un tracas si pénible aux yeux du chevalier. Et puis le froid lancinant faisait fondre son courage et sa patience. Il traversait sa peau pour venir se lover dans ses os, l’y léchant jusqu’à la moelle. Un mouvement furtif attira son attention et la comédienne observa l’ombre s’approcher d’eux. Ennemi ou ami ? Aide mais pour qui ? Une chevelure rousse vola entre les soldats, s’attarda devant son interlocuteur sans qu’il ne s’en aperçoive, leur soufflant les bourses. Un léger rire échappa à la jeune femme qui le cacha dans un sursaut de grelottement et couvra ses bras de ses mains.

« Monsieur vous avez raison. » souffla la jeune femme en remontant son joli minois face au chevalier avec un semblant de déférence. Ses yeux clairs semblaient trop beaux pour être honnêtes et la jeune comédienne esquissa un pas vers l’auberge, sans toutefois faire mine de s’enfuir.

« Vous m’avez accordé bien plus de temps que n’en méritait le maux. Et je suis prête à faire le premier pas si cela peut vous ramenez à vos plus justes préoccupations. » Son soudain changement de ton aurait pu la trahir de quelques manigances qu’elle s’apprêtait à commettre. Mais le chevalier devait peu s’en soucier du moment qu’elle revenait à la raison. Ses cheveux bouclés avec soin étaient parsemés de frisottis et Lina était persuadée qu’il avait hâte d’arranger le désastre de son scalpe qui lui dégoulinait dans les yeux.

« Je ne vous demande qu’une chose en échange. Pourriez-vous m’arrêter un des carrosses qui passent à deux rues d’ici en votre nom ? Dans l’état où je me trouve et sans assez de sous, personne n’osera m’emmener ou que ce soit et le quartier devient assez mal famé à cette heure… »
Ses yeux se tournèrent presque sans le vouloir vers les deux cerbères qui accompagnaient leur maitre. Il était certain qu’avec des molosses pareil, personne ne viendrait lui chercher des noises et il rentrerait sans heurt par sa propre calèche, mais une bougresse à l’air de noyée comme elle, devait inspirer autant de pitié que de cupidité. En vérité, elle aurait pu retourner à l’auberge, mais elle voulait rentrer chez elle et plus encore, elle voulait gagner ce tête à tête.

Alphonse de Lorraine mue par sa vanité, alerterait un cocher, elle en était certaine. Et au moment de payer… Pas de bourse, pas de sou. Pas de sou, pas de calèche. Pas de calèche, pas d’excuse. Pas d’excuse… pas d’excuse. La jeune voleuse venait de lui offrir sa victoire sur un plateau d’argent et le chevalier ne pourrait plus maudire que le ciel devant tant de malchance. Cette douce fourberie ne lui ressemblait pas, mais dans les pitreries et face à l’adversité elle semblait développer une facette de sa personnalité toute nouvelle.

Voyant l’incertitude dans le regard du Lorraine, la comédienne rajouta d’un air doux  « Et je m’excuserais c’est promis… » Souriant intérieurement Lina se dit qu’à l’instant même, avec les maigres piécettes qu’il lui avait donné quelques instants plus tôt, elle était plus riche que le prince étranger.
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Jeu 5 Mai - 15:10

Frigorifiés, les deux hommes de mains échangèrent un regard en entendant la demande de leur supérieur. S’il s’entêtait dans cette voie, ils étaient bons pour subir le déluge jusqu’à ce que des secours viennent s’inquiéter de la disparition du chevalier de Harcourt, ou plus probable que quelqu’un d’important le réclame. La gamine semblait entêtée au diable et en cela agissait comme un miroir pour leur jeune maitre. Et si le spectacle aurait pût être réjouissant ils commençaient à avoir trop froids pour s’en amuser, sans compter que confronté à un entêtement pareil le prince pouvait en un tour de main retourner sa colère contre eux.

Mais malgré leur volonté de se mettre à l’abri, les deux mastodontes échangèrent un regard surpris en assistant au soudain revirement de la jeune femme.

Un esprit rationnel aurait sans doute suspecter quelque chose en voyant la comédienne changeait si brutalement d’attitude. On ne passait pas de la bravache obstinée et dangereuse à la l’humble docilité parce que la pluie vous trempait les vêtements. Mais le chevalier n’avait jamais eut grand chose de rationnel. Au contraire vanité et tempérament se mêlait si bien en lui qu’il croyait volontiers à ce changement, d’autant plus volontiers que cela au fond l’arrangeait. Véritable lion de fable sur le champ de bataille mêlant puissance, orgueil et fourberie (sans mentionner la crinière), il tenait véritablement du corbeau dans la vie. À ceci près que contrairement à l’oiseau que bientôt La Fontaine croquerait, le Lorraine n’apprenait jamais et ne l’on n’y prenait plus souvent que de raison. Toute flatterie bien tourné sur son ramage ou sur son plumage, le poussait immanquablement à lâcher des biens plus précieux qu’un fromage. Et en matière de langage abonder dans son sens et feindre le regret pouvait aisément tenir lieu de compliment. Ce d’autant plus lorsque le renard se trouvait être une renarde et avait pour compenser son insolence un jolie visage.

Superficialité et vanité aidant, il était tout prêt à donner raison à la jeune femme, à entendre et accepter gracieusement ses excuses et peut être même à oublier l’affaire. Mais ces bons sentiments insufflés par ses défauts furent balayés aussitôt par son impatience lorsqu’elle ne s’exécuta pas de suite et eut même l’aplomb d’ajouter une demande à la juste réparation.

Ne s’était il pas déjà montrer patient et généreux? N’avait il pas offert plus d’une fois cette porte de sortie? Pourquoi renâclait encore un peu alors qu’il ne demandait que quelques petites phrases et une humiliation dans les règles. Et même si finalement arrêter un carrosse n’était que peu de chose, il n’en avait juste pas envie. Et il ne faisait pas ce qu’il n’avait pas envie de faire. Bouderie face à la corvée et colère face à l’exigence se disputèrent un moment sur son visage. Mais finalement, il céda.

Les jolies filles comptaient aux nombres de ses faiblesses, et jolie Lina l’était. Et finalement allier de grands yeux clairs et une promesse d’excuse suffisait à obtenir de lui ce qu’elle souhaitait. Sans compter qu’au fond, il avait un soupçons d’admiration pour une audace et une fierté que beaucoup n‘avait plus.
La réitération de la promesse acheva ses réticences et il marmonna :

- Soit.

Ses hommes de mains arquèrent un sourcil. Cette situation avait tout du traquenard. Mais comme ce n’était pas sa chair mais juste son égo qui courait un danger, le prince y était totalement insensible. Fallait il le prévenir qu’il risquait de se ridiculiser ou le laisser faire? Comme la mise en garde risquait de leur attirer ses foudres, ils gardèrent le silence. Ce qui était une meilleure idée sur le court plutôt que sur le long terme.

Alphonse eut le même geste de galanterie qu’avant, avec une violence atténuée, et saisit le bras de la comédienne . Même s’il ne cherchait plus foncièrement à la blesser on était encore loin de l’amabilité réelle et ça avait également pour but d’empêcher toute fuite et aussi d’assurer qu’il restait mettre de la situation. Par contre, il ne poussa pas l’amabilité à faire la conversation. Trop occupé à panser les plaies de son orgueil et convaincu qu’au surplus une comédienne ne méritait pas autant d’attention qu’une dame.

Finalement, ils rejoignirent une artère plus fréquentée et où il serait aisé de trouver un carrosse. Alphonse leva alors le menton et ordonna d’une voix ferme :

- Alessandro.

L’italien eut un mouvement affirmatif de la tête. Evidemment, un homme trop paresseux pour ranger lui même sa cape n’allait pas effectuer une tâche aussi ingrate que l’arrêt de carrosse. C’était pour les larbins. Comme préparer à manger, s’habiller seul ou faire les choses déplaisantes.

Grâce à son allure menaçante l’italien arrêta sans soucis un fiacre et fit comprendre dans un français roulant copieusement les R qu’il s’agissait de déposer une femme et que la course serait payé d’avance. Mais au moment de sortir sa bourse, le prince n’allait pas non plus à débourser son propre argent, le soldat se trouva bien embêté. Après une fouille rapide, il appela à l’aide son acolyte. Mais ce dernier se trouvait aussi démuni.

Dans un éclair de lucidité, franchement en retard, le Lorraine comprit et sonna le rappel de ses troupes. Pas besoin d’une vérification pour comprendre qu’il était lui aussi soudainement appauvri. La honte lui ôta toutes ses couleurs. Il s'était fait prendre comme un bleu. Comme un enfant face à la première jolie fille. Un abruti fini oui ! Mais très vite la honte fut tempéré par la colère de voir qu'elle continuait de se jouer de lui.

Ça ne pouvait pas être la comédienne, il l’aurait vu. Mais elle le savait. Sinon pourquoi aurait elle tant insisté pour qu’il paye? Il était passé bien près de l’humiliation. Et finalement même si elle n’avait pas été publique, il en sentait le goût âcre dans sa bouche. La seconde de la soirée, et cette fois la blonde n’avait plus l’excuse de l’ignorance.

Un coup de sang colora ses joues et lui monta à la tête.

- Sale...

Il levait la main dans l’idée de l’aplatir au sol, de la corriger, de la bastonner et de lui faire perdre le goût de rire. Mais cela aurait été sceller son ridicule. Recourir à la violence aussi tard c’était admettre sa défaite face à la blonde. C’était reconnaitre qu’au fond il avait perdu en matière d’esprit. Et tirer un trait définitive sur ces maudites excuses. Il en avait un tel regain de bile que la faculté serait demeuré perplexe face à ce cas.

Il inspira profondément et relâcha Lina que dans sa rage il avait serré avec une intensité insensé. Puis se passant la main dans les boucles gorgés d’eau tenta de reprendre son calme. Ce qui n’était pas une chose aisé, et supposé qu’il ait déjà été calme une fois. La main qui s’était levée pour frapper Lina finit sa course avec une lenteur calculé. Et il la posa sur sa joue.

- Vous êtes si pâle que la marche me semble plus approprié ma chère. Mais n’ayez crainte, pour votre sécurité, Alessandro se chargera de vous escorter. Ainsi la fréquentation du quartier cessera de vous souciez.

Sous les politesses et la maitrise de soi, difficilement gagnée, la voix continuait de trembler de colère. Mais Alphonse respira une fois de plus et tout en continuant de caresser les pommettes rougies de la jeune femme poursuivie :

- Maintenant le menu détail de votre sécurité réglé. Vos excuses je vous prie.

Parce que clairement, là il arrivait à bout.
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Le charme est un mal qui opère sans anesthésie // Al' de Lorraine

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