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 Curieuse Missive d'un Auteur Anonyme [PV : Sébastien de Ragny]


Sam 12 Mai - 20:11

Elle ne savait quelle folie l'avait poussée à répondre à l'invitation de ce billet. Un domestique, - lequel elle n'avait pas souvenir, d'avoir un jour aperçu auprès d'une de ses connaissances – était venu jusqu'à ses appartements lui porter ce mot cacheté. Le curieux messager s'était contenté de la saluer platement mais avec révérence, puis avait littéralement fui les lieux une fois s'être méticuleusement assuré de la bonne réception de la missive confiée.

Et quelle missive ! De mémoire, la marquise n'avait jamais vu billet plus ambigu. L'écriture fine et déliée, lui était tout aussi inconnue que son porteur et le contenu ne possédait pas plus de signe distinctif que son support. Le doute n'était donc plus permis, son expéditeur souhaitait demeurer dans le plus sombre anonymat.

La chose n'était pas rassurante, Madame de Thianges se savait parfois peu appréciée de certains... Plus généralement de certaines et comprenait fort bien, que ces sentiments pouvaient pousser celles qui les ressentaient à de mauvaises plaisanteries de ce genre-ci. Toutefois le billet semblait avoir était rédigé dans l'urgence du moment, observa-t-elle avec attention. Même si la marquise n'ignorait pas qu'il était plutôt simple de simuler dans une calligraphie l'empressement, sa curiosité dévorante et son imagination développée la poussaient à tenter le diable.

Une chose encore la retenait de céder à ses pulsions, l'heure spécifiée dans cet étrange billet était plutôt tardive. La chose inquiétait plus Gabrielle qu'elle ne la dérangeait puisque la Dame avait l'habitude de veiller tard et de ne ressentir que vaguement les effets de la fatigue sur son organisme. Le lieu quant à lui était parfaitement convenable, elle ne connaissait en effet pas de pièce plus reposante que le Salon de Diane pour une conversation paisible et amicale.

Ce dernier détail l'avait conforté un peu plus dans son imprévisible décision. Pourtant, son hésitation avait perduré jusqu'à la dernière seconde. Alors que l'une de ses fidèles domestiques défaisait sa coiffe et que ses longues boucles sombres cascadaient sur ses épaules, elle contemplait encore et toujours la fameuse missive qu'elle retenait d'une prise légère entre ses doigts fins. Cherchant désespérément une raison, un visage, une situation... N'importe quoi qui aurait pu lui expliquer la présence de ce mot, lequel pour le moment ne faisait aucun sens pour la marquise. Une douce mèche ambrée lui obstruant un instant le regard, elle l'avait repoussé comme agacée puis avait glissé le dit mot dans son corset d'un geste fluide, presque expéditif.

Sous le regard interrogateur de Céleste - sa camériste - qui peigne argenté en main aurait vivement souhaité terminer la tâche amorcée, Madame de Thianges quittait déjà le siège confortable de sa coiffeuse de marbre et jetait sur ses épaules une longue mante à capuchon d'un grenat-pourpre singulier avant de passer la porte de ses appartements avec la rapidité d'un mauvais courant d'air.

~*~

Ainsi Gabrielle demeurait là, dans l'antre de cette pièce enchanteresse aux moulures complexes, aux fresques vivantes et aux tableaux imposants lesquels racontaient silencieusement une histoire, un conte remontant sans doute à la nuit des temps.
Postée à l'une des fenêtres, Madame de Thianges guettait la grande entrée d'un œil vif d'abord, puis de plus en plus distrait par le spectacle du dehors.

Le soleil avait achevé son déclin et l'astre lunaire avait dérobé sa place de façon éphémère... Cet orbe incandescent la marquise l'admirait. Elle appréciait son éclat autant que celui de l'astre royal, si ce n'était même plus. Car la lune elle, ne dissimulait pas vulgairement ses défauts en brûlant la cornée de ceux qui aimaient tant à la voir scintiller dans l'encre du ciel brumeux... Sa gentille lumière l'irradiait puis se reflétait calmement dans ses pupilles qu'un brun moiré entourait de sa chaleur.

Soudain un bruit, une présence, un mouvement lequel fit se ondoyer imperceptiblement les flammes de l'un des candélabres dorés. S' arrachant à leurs rêveries futiles, les yeux étrécis de Gabrielle se posèrent abruptement sur un faciès élégant et familier. Enfin... « Familier » était peut-être le mot de trop en ce qui concernait cette personne en particulier.

Monsieur le marquis de Ragny, ami de Monsieur – et certainement pas le sien, l'homme le lui avait plus ou moins fait comprendre en l'évitant si savamment jusqu'ici – se tenait à quelques pas de la marquise. Était-ce lui l'auteur de la missive ? Voilà qui se révélait peu probable.

Quoi qu'il en soit, autant en avoir le cœur net songea Gabrielle en repoussant lentement son capuchon sur ses épaules.


-Marquis de Ragny, quelle surprenante rencontre. Je ne vous savais pas nocturne, peut-être qu'en connaissant ce détail désormais, aurais-je l'opportunité de vous croiser plus fréquemment en ces murs.

Le ton était enjoué mais le sourire définitivement trop sucré et artificiel pour être porté avec franchise par Madame de Thianges. Les venimeuses mais subtiles paroles n'avaient pu s'empêcher de franchir ses lèvres, desquelles le sourire factice avait disparu : elle les regrettait déjà, ces paroles amères. Mais submergée par l'incompréhension Gabrielle ne pouvait réagir autrement.

Il ne lui avait jamais adressé un mot, pas même pour la saluer ! Depuis le jour où ils avaient été présentés, Monsieur de Ragny - lorsqu'il ne pouvait se soustraire à sa présence - l'ignorait, la délaissait, allait jusqu'à l'oublier complètement et la marquise ne pouvait en supporter davantage.

L'orgueil y était pour quelque chose évidemment, mais pas seulement. Quelqu'un d'autre avait tenté de la rendre invisible à son attention. Elle avait passé des années à espérer une marque de fierté ou même un regard de son père le duc de Mortemart... et selon la concernée, ce temps perdu à courir après un espoir vain lui resterait encore longtemps en travers la gorge.

-Restez, je vous prie...

Elle murmura ces quelques mots platement et pour ce qui devait être pas moins de la trentième fois depuis la réception de ce maudit billet, Gabrielle se demanda si elle n'avait pas définitivement perdu l'esprit : après tout, pourquoi l'entendrait-il puisqu'il persistait tant à la fuir ? Pourquoi le considérerait-elle alors qu'il la dédaignait si bien ?


Dernière édition par Gabrielle de Thianges le Dim 13 Mai - 11:56, édité 2 fois
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Dim 13 Mai - 0:45

Quelle belle journée ! Devoir suivre Monsieur comme son ombre était certes assez contraignant, mais cela demeurait assez plaisant. Le Duc d'Orléans était de charmante compagnie et ses amis étaient loin d'être désagréables à côtoyer. Souvent, le matin, le Marquis de Ragny se levait aux aurores, allait chevaucher un moment, revenait se laver et se changer, puis se rendait auprès du frère du roi pour prendre sa charge. Ensuite, ses journées se partageaient entre les "rituels" édictés par l'étiquette si chère à Philippe d'Orléans et les diverses envies de ce dernier. Le soir, il y avait fréquemment soirées d'appartement, fêtes ou bals, puis Monsieur libérait Sébastien et le jeune homme allait se coucher seul ou en galante compagnie. Le Sombre Marquis aimait ce train de vie, même s'il eût préféré être plus libre de ses mouvements. Il était épris de liberté, de grand air. Si on le laissait faire, il pouvait passer des heures entières sur le dos de son cher Tempête, son magnifique minorquin pure race , les cheveux au vent, comme du temps où il vivait en Italie avec "son" Comte du Perche et "son" Celestino Dioli, les deux hommes les plus importants de sa vie.
D'ailleurs, les trois jeunes nobles semblaient ne pas pouvoir se séparer, car Hector d'Alençon vivait à la Cour et le Signore Dioli était arrivé à Saint-Germain-en-Laye, deux jours auparavant. Sébastien avait accueilli son ami et ancien amant avec une chaleur que peu lui connaissaient. Mais ils n'avaient pas eu vraiment le temps de discuter seul à seul et tous deux le déploraient. Le matin-même, Ragny avait reçu un billet du bel Italien qui demandait à le venir voir dans sa chambre à minuit. Ce à quoi le noble bourguignon avait de suite répondu par l'affirmative. Cela faisait si longtemps qu'ils ne s'étaient vus...
Donc, la journée avait été très belle et la nuit s'annonçait de même. Pourtant, il lui fallait accomplir une dernière chose avant d'aller se préparer à attendre son cher ami: Monsieur lui avait demandé d'aller lui chercher la bague qu'il avait apparemment oublié par mégarde dans le salon de Diane, où ils avaient passé une partie de la soirée. Cette bague avait, semblait-il, une grande valeur pour le Duc, car il insista beaucoup auprès de "son bel oiseau" pour l'aille chercher lui-même. De bonne humeur et ne voulant pas être importun, le Gênois s'empressa de se mettre en chemin.
Arrivé dans le Salon, il se mit à chercher sans se rendre compte d'une présence. Jusqu'à ce que son bleu regard rencontre celui de la Marquise de Thianges. Ces yeux, si semblables à ceux de sa défunte soeur, emportée bien trop tôt par une mauvaise fièvre. Ces yeux qui l'avaient conduit à éviter la belle jeune femme comme une pestiférée. Personne ne comprenait cet étrange comportement de la part de L'Insaisissable, à l'exception des rarissimes personnes qui avaient connu la petite fille.

- Madame... finit-il par dire, en s'inclinant légèrement.
Il ne pouvait rien dire d'autre, tant le souvenir de sa soeur lui nouait la gorge. Jamais il ne pourrait oublier le regard qu'Alexandra lui avait lancé quand il était sorti de la chambre en trombe. Le dernier regard qu'ils avaient échangé..
Le Marquis avait à peine fini de se tourner pour continuer à chercher cette maudite bague quand Gabrielle prononça quatre mots qui ouvrirent un peu plus la blessure que ses yeux avaient ramenée à la surface. "Restez, je vous prie"... Les mots avaient été les mêmes, seul le ton différait.

- Madame...
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Dim 13 Mai - 19:09

Il allait partir. Ses yeux d'un bleu azur la fuyaient déjà... Et les paroles qu'elle avait à l'instant énoncé, ne l'avaient que temporairement figé dans l'esquisse d'un mouvement. Gabrielle observait désormais le profil d'un visage tourmenté. L'ombre d'un chagrin douloureux se lisait sur ses traits, alors que le spectre d'un souvenir défilait dans son regard.

La marquise savait si bien déchiffrer les gestes, les expressions. Elle avait dû apprendre à percevoir au-delà des apparences, des masques et des parures. La chose avait été bien loin d'être simple pour cette femme attachée aux breloques et aux colifichets, par ailleurs elle s'était souvent fourvoyée.

Peut-être qu'une fois encore, son imagination fantasque lui jouait un vilain tour... Peut-être n'était-ce pas une âme atterrée qu'elle avait devant elle, seulement une personne qui ne la portait pas dans son cœur... Tout simplement.

Le Salon de Diane plongé dans une semi-obscurité, abritait cette nuit une nouvelle toile sur laquelle on pouvait discerner une noble Dame perdue dans ses pensées et un gentilhomme égaré dans ses souvenirs. Statisme et silence régnaient en maîtres sur les lieux, imprégnant la scène d'un irréalisme singulier.

Madame de Thianges détestait le silence. Ce silence-là en particulier, lequel se faisait de plus en plus oppressant. Il lui fallait le briser au plus vite, l'annihiler avant qu'il ne devienne invincible.


-Si je vous ai offensé de quelque manière que ce soit... Je m'en excuse sincèrement. Toutefois Monsieur, aucun de mes actes ni aucune de mes paroles ne peuvent justifier un si rigide mépris de votre part.

Inutile de préciser que Gabrielle n'avait guère l'habitude de faire ses excuses, encore moins lorsqu'elle ignorait ce pour quoi elle les faisait ! Les mots sur ses lèvres semblaient maladroits, presque déplacés tant ils étaient inattendus. La marquise n'attendait pas de réponse, elle n'en attendait plus à présent. Elle reprit sa place initiale près de la fenêtre, laissant la lune - reine de la nuit – la nimber de son halo bleuté.
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Dim 13 Mai - 23:13

Sébastien était réputé pour savoir cacher ses émotions. Combien de fois avait-il offert son beau sourire aux personnes présentes, attendant juste de se retrouver seul pour envoyer un coup de poing dans un mur, ou fondre en larmes ? Combien de fois avait-il retenu des pleurs de rage, de chagrin ou de joie ? Mais dès qu'il était question d'Alexandra, son masque s'effritait et il laissait voir des choses qu'il eût préféré garder pour lui. Il n'y avait que deux personnes à la Cour qui pouvaient toujours savoir ce qu'il ressentait, quoi qu'il fasse, quoi qu'il dise. Les deux seuls hommes qui pouvaient dire sans être prétentieux que, comme Hephaïstion était lui aussi Alexandre, tous deux étaient Sébastien.
Il ne pouvait soutenir le regard de la Marquise, c'était trop dur. Chaque fois qu'il voyait les beaux yeux de Gabrielle de Thianges, c'était Alexandra qu'il voyait à la place. Alexandra, un sourire à faire pâlir la nuit la plus sombre, un rire qui enchantait tout le monde, un visage d'ange tombé du ciel, et surtout l'âme la plus généreuse et pure que la Terre ait portée. La petite fille avait vénéré son frère comme un héros de roman et lui, avait failli dans sa mission. Il l'avait abandonnée quand elle avait eu le plus besoin de lui. Elle lui avait demandé de rester à ses côtés, mais il ne l'avait pas écoutée, se contentant de lui promettre de revenir avant le matin... Quel genre d'homme avait-il été pour laisser une petite fille affronter la mort seule ?

- Madame, je vous en prie... dit-il en serrant le poing pour contenir sa culpabilité. Je puis vous assurer qu'il n'y a eu aucune offense et que ce que vous prenez pour du mépris n'en est absolument pas...
Il ne pouvait en dire plus, ça lui était beaucoup trop douloureux. Il savait que sa réponse appelait d'autres questions, mais il tenait à dissiper le malentendu. Gabrielle était très charmante et c'était une amie de Monsieur. Le Marquis ne voulait pas lui être importun. Mais où était donc cette damnée bague ? Pourquoi fallait-il que Monsieur l'envoie justement là où se trouvait la Marquise de Thianges ? À moins que... tout cela ne soit qu'un traquenard ? Ce ne serait pas étonnant, connaissant le personnage.
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