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 Bianca Albin - Il va y avoir du sport


Sam 30 Jan - 21:25

Bianca Albin

(Ft. Natasha Lyonne - giphy)

1. Identité

Métier : larronne, prestataire de menus services aux limites de la légalité – et au-delà, tant qu’on y met le prix
Âge : 28 ans
Origines : les rues de Paris
Langue(s) parlée(s) : un français rien bancroche et la langue des poings
Situation amoureuse : célibataire batifolant d’une fille de joie à l’autre
Religion : catholique, quand elle s'en rappelle
Groupe : le pavé.
Elle y est née. Elle y a grandi. Ô rareté : elle y vieillit. En marge des salons où l’on cause beau, Bianca s’exprime dans la langue âpre et percutante des copains. C’est un petit morceau d’énergie brute, sans classe et sans gêne, qui jure, qui crache et qui se tient mal… et qui n’aspire à aucune autre vie.
QUE PENSER DES POISONS ? A BANNIR OU LA FIN JUSTIFIE LES MOYENS ? L’arme des serpents, des timorés et des précieuses. Dans l’absolu et pour son propre compte, Bianca affectionne des moyens plus francs. Mais, bah ! Faut ce qu’il faut. Elle n’a pas le moindre scrupule à jouer les intermédiaires pour la vipère St-Juéry. Il faut bien reconnaître que les petites poudres du maître apothicaire rendent de fiers services.

TROIS VOEUX SONT OFFERTS A VOTRE PERSONNAGE, LESQUELS SONT-ILS ? Ressusciter l’Araignée. Ressusciter l’Ours. Tenir le joli cou de la Zirrafon entre ses mains.

SE SENT-IL EN SÉCURITÉ ? Bianca navigue en eaux dangereuses. Elle connaît les risques. Quand on a survécu à une enfance aux Miracles, mon bon monsieur, ma bonne dame, on ne croit pas qu’il existe un seul endroit sur Terre où l’on ne doive protéger ses arrières. Mieux : on sait qu’on a eu de la chance de vieillir. Pourtant, elle ne s’en fait guère. Confortable tournure d’esprit, que celle qui consiste à ne jamais s’inquiéter de l’avenir… De toute façon, quand le pire s’est déjà produit, de quoi voulez-vous avoir peur ?

QUEL EST SON RAPPORT À LA RELIGION ? En bondieuseries comme en tout le reste, l’éducation de Bianca se résume à un peu de vent sur pas grand-chose. Elle a connu plus de faux aumôniers que de vrais dévots. Ajoutez à cela que le Seigneur l’a pas beaucoup aidée dans la vie – que du contraire, même ! Sa foi allait plutôt à sa bande, et sa bande s’est éparpillée. Alors, prier… Boh. Un peu, parfois, quand elle y pense et qu’elle n’a rien de mieux à faire. Autant dire : pas souvent.

UN CAUCHEMAR RÉCURRENT ? Deux. La mort de son mentor, l’Araignée, supplicié en place de Grève, et celle du successeur -qui-ne-fut-jamais-roi-Thunes, l’Ours.

QUELLE EST SA PRINCIPALE AMBITION ? Venger sa bande – et pour le reste, s’amuser encore un peu, aussi longtemps que la camarde l’oubliera.


2. Anecdotes

Impulsive, explosive, corrosive (et pour tout dire : invasive), la Bianca est un sacré bon copain… tant qu’on lui marche pas sur les arpions. ◊ Sa bouille de souris est la plus mobile de tout Paris : elle change de grimace à tout bout de champ, au gré de ses états d’âme. ◊ Ses colères sont aussi virulentes que ses joies – et elle peut virer de l’une à l’autre en quelques instants. Demi-mesure ? Connaît pas. ◊ Dans un monde pavé de tromperies et de faux-semblants, elle est loyale jusqu’à l’os. Elle a jamais trahi, jamais caché ses allégeances, jamais lâché un copain dans la mouise. Jamais pardonné, non plus. ◊ Son gabarit de moineau lui ouvre tous les chemins buissonniers, jusqu’à la rue du Monte-en-l’Air… qu’elle a empruntée plus souvent qu’à son tour. ◊ Courte sur patte, oui, mais pas fragile. Grandir chez les truands, ça vous fait les bras. Elle frappe fort, et juste. ◊ Elle n’imagine pas un monde sans bifles ni torgnoles, sans os brisés ni jugulaires écrasées, sans la guedouze rôdant derrière chaque pierre. Faut-il jouer des poings ? du couteau ? Elle sait faire. Elle l’a fait. Le fera encore. Pas de problème, et surtout pas de scrupules – qui sont une sale maladie, parce qu’on en meurt à tous les coups. ◊ Balafres et fractures guéries de travers cabossent sa silhouette, notamment une cicatrice profonde qui sculpte son triceps gauche. Résidu d’un mauvais coup récolté dans sa jeunesse, qui l’a obligée à travailler sa droite. Depuis, elle est ambidextre. ◊ Ses mains vives, calleuses, se faufilent dans vos poches avec une adresse et une légèreté merveilleuses. ◊ Se faufilent aussi sur le corps des filles. Parce que la Bianca, c’est un garçon des rues, jusque là. Et pas manqué du tout ! Aussi valable qu’un autre, j’vous d’mande bien pardon ! Bien sûr, elle ne crie pas ses amours sur les toits – mais elle n’est sûrement pas aussi prudente qu’elle devrait. ◊ Bianca était aux premières loges pour assister au supplice de son mentor, le roi des truands trahi par les siens. Pareil pour l’Ours, le meilleur de tous ses copains. Ils étaient son monde. Alors, quoique sa nature ne la porte pas à la nostalgie, elle vit avec un petit coin enfoncé dans le cœur.

3. Derrière l'écran
Prénom/Pseudo : Aarn † Âge : 28 ans † Comment êtes-vous arrivé jusqu'ici ? J’ai vu de la lumière… † Comment trouvez-vous le forum ? Tout beau, tout propre. † Rang Mauvaise graine a poussé † Crêpe ou gaufre ? (Une question existentielle !) Les deux, mon général. Toujours plus de crêpes et de gaufres. † Le mot de la fin ? Cuillère !


Dernière édition par Bianca Albin le Mar 12 Juil - 20:29, édité 6 fois
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Sam 30 Jan - 21:27

Histoire

Miraculum Miraculorum


1er mars 1638, jour de la Saint-Albin. L’aube déverse ses flots de sang sur les Miracles. Dans une ruelle aussi crade que les autres, un vieux vaurien cuve son vinaigre. Tout à coup, un vagissement lui poignarde les tympans : il bondit sur ses pieds, titube, darde des escarbilles injectées de sang alentour. Et alors, il le voit. Ce petit paquet de frusques, à trois pas. Il se traîne auprès, r’garde à l’intérieur. Hésite. Comprend pas trop. Et puis, lentement, très lentement, une idée joue des coudes dans son esprit encombré de vapeurs d’alcool : la Margotte, l’ancienne ribaude, elle saura quoi faire de cette marchandise-là. P’t’être qu’elle lui paiera un coup, pour lui avoir ramené. Ouais.

Parce qu’un ivrogne, un matin, a eu une idée saugrenue pour se faire un peu de beurre ;
Parce qu’une catin défraichie croyait, en ramassant des mômes, investir pour ses vieux jours ;
Parce que la vie est bizarre, parfois, et décide de se rattraper pour tous les coups où elle a été chienne, Bianca Albin survécut à la petite enfance.

« Albin », parce qu’on l’avait trouvé le jour du Saint du même nom. « Bianca », parce que la Margotte, qu’avait pas encore complètement perdu la tête à l’époque, se souvenait d’un de ses vieux souteneurs, un type cultivé, qui connaissait le latin et l’italien. Il lui avait dit – elle savait plus à quel propos, et de toute façon, personne en avait rien à carrer – qu’Albin, ça voulait dire « blanc », et Bianca, « blanche ». Et voilà. Peut-être avait-elle imaginé, avec cette poésie naïve et désespérée de qui sent la mort lui chatouiller les arpions, que la couleur de la pureté protégerait cette fillette à laquelle elle n’avait aucune raison de tenir ; ou peut-être n’était-ce qu’un hasard, un pis-aller, une façon de régler le problème : il faut bien que ce qui vit ait un nom.

Dès qu’elle sut marcher, la môme fut dans les rues à gagner sa croute. Blondine sale et déjà cabocharde, elle n’aimait pas faire la manche ; préférait prendre, sans attendre qu’on lui donne. Tandis que les petites protégées de la Margotte minaudaient pour les passants, jouant de leurs grands yeux mouillés sur leur corde sensible, elle escamotait leurs bourses ou raflait leurs étals.

Et puis un jour, la Margotte mourut. Était-ce de maladie ? Sous la main d’un amant, d’un mauvais payeur, d’un soulaud ? Bianca n’a jamais su ; la Cour a oublié. Parce que la Cour s’en fout. Les gens meurent, et les pavés des Miracles gobent leur sang et leur histoire – et au bout de quelques averses, c’est comme s’ils n’avaient jamais existé. Du coup, la marmaille à Margotte essaima. À cinq ou six ans, la Bianca se retrouva sans toit, à crécher dans les ruines des pierreuses et des mendiants. Quand on la virait, elle montrait les dents. Ça en faisait rire certains, et ils lui permettaient de rester.

Ainsi grandit-elle, rendant de menus services aux gens de son espèce, vidant les poches des autres, évitant la rousse, et castagnant ses petits camarades de la fange. Rien qu’une fille, elle ? Ils verraient ! Ils verraient tous qu’elle savait défendre son creux et son butin, et qu’on ne marchait pas sur ses plates-bandes. Auprès des mômes, elle devint une terreur. Ses aînés amusés lui apprirent à être plus rapide, plus discrète, plus efficace dans le chapardage et dans la baston. De temps en temps, l’un ou l’autre lui confiait une petite astuce qu’elle travaillait avec application.

Mais elle n’était jamais qu’une môme elle-même. Année après année, elle voyait ses pareils tomber. Le froid, la maladie, les torgnoles, et pire encore. Quelques fois, un truand ou un roussi lui faisait passer un sale quart d'heure. Bien contente, alors, de plaire à plus d’un zig ! On la sortait de la panade, elle payait sa dette, et ça repartait. Elle jouait les dures ; en réalité, elle crevait de trouille. Un jour, elle aurait pas de bol. Un jour, elle tomberait. Et ses cauchemars se peuplaient de toutes les horreurs qu’elle avait déjà vues, et qui pouvaient très bien lui tomber sur le coin du nez. Et elle avait raison : elle n’aurait pas mené éternellement cette vie de rapines et de culot, si la fortune n’avait décisivement frappé en sa faveur.

♣♣♣

Janvier 1647. Le froid craquèle les pierres du chantier abandonné. Sous une charpente vermoulue, abandonnée aux intempéries, le vent siffle sans répit, couvrant à demi le grondement d’une dispute.
- Sans moi, t’faisais choper !
Un rire mesquin éclate.
- J’te dis t’auras rien.
- J’ai gagné ma part, j’la veux !
- Dégage, gamine ! Va plutôt voir si on veut pas d’toi au bord- AÏE !

Le rugissement de douleur fait s’égailler une volée de merles. Une coudée vengeresse dans l’entrejambe a plié le jeune homme en deux. La môme le repousse violemment, et, récupérant le butin, prend ses jambes à son cou. Mais tandis qu’elle saute par-dessus un mur inachevé, elle manque percuter la silhouette imposante d’un autre voleur.
Surprise.
Inquiétude.
Détermination.
Irritation.
En un éclair, sa frimousse transparente a passé tout un éventail d’expression. Elle resserre ses petits bras sur son paquet, et, lentement, entreprend une manœuvre de contournement.
- C’tait ma part. L’a voulu m’couillonner, l’aut’.
Le voleur éclate d’un rire sonore.

Il n’y eut jamais de représailles. Le jeune brigand dont la Bianca avait titillé le sens de l’humour, ce n’était rien moins que Grégoire l’Araignée. De rencontre en rencontre, de victoires éclatantes en échappées belle, la petite dure à cuire gagna l’amitié de celui qui deviendrait le maître incontesté de la Cour. Le mot passa : pas touche à la môme Bianca. À cette époque, pour la première fois de sa vie, l’enfant se sentit en sécurité. Protégée. Acceptée. Pas question de perdre ça.

Petit à petit, elle se mit à graviter autour de l’Araignée. Il ne se passait pas dix jours sans que leurs chemins ne se croisent. Parfois, elle proposait ses services. De temps en temps, il acceptait. À mesure que cet homme roublard et déterminé étendait sa main sur la Cour, elle se rapprochait, moucheron fasciné par sa grande ombre rassurante, intrigante, exaltante. Elle voulait être comme lui. Elle voulait être comme eux. Forte et fidèle comme l’Ours, cette jeune montagne taciturne qui marchait à la droite de Grégoire. Souple et vive comme Guilquin, ce drôle de bagarreur chétif – mais inépuisable, et qui se battait comme d’autres dansent. Maligne comme le Gaude, l’ancien teinturier du pont Croulebarbe, aux mains jaunes et à la cervelle bien remplie. Etc., etc. Un jour, oui, un jour, elle ferait partie de la bande. Ainsi, jour après jour, mission après mission, ce tout petit brin de fille débordant d’énergie grattait peu à peu leur confiance et leur estime.

Sous l’égide de ce beau monde, Bianca s’essaya à des formes de truanderie plus élaborées. Elle avait le contact facile et la faconde si précieuse aux escrocs… mais la duplicité, au fond, lui seyait mal. En revanche, sa petite aisance au chapardage s’épanouissait dans la cambriole. Dur à croire, hein ? qu’une si fougueuse gamine ait du talent pour la discrétion. Eh bien, elle en avait. Raison de plus pour se la garder en poche et garantir sa jeunesse contre les mille pièges des bas-fonds.

À dix-huit piges, elle était un garçon des rues accompli. Toujours le mot pour rire, de l’énergie à revendre, un crochet du droit ravageur – et une bonne dose de précision et d’enthousiasme pour rattraper la puissance qui lui manquait. Déjà de beaux succès d'escamotage à son actif. Quelques balafres, aussi. Une cicatrice au bras gauche, une au mollet droit – presque des décorations. Et elle se tenait aux premières loges pour assister à l’avènement du nouveau Roi Thunes : l’Araignée en personne.

♣♣♣

Nuit du 10 février 1660. Tout Paris dort après bombance. Tout Paris ? Non. Rue Neuve-Saint-Denis, un pied léger caresse le faîte d’un mur d’enceinte avec autant de douceur que les rayons de lune. En contrebas, dans la cour aveugle, un vieux chien dort du sommeil du juste. Les herbes de la jolie empoisonneuse ont fait merveilles : la voie du monte-en-l’air est plus libre que jamais.
Une forme se coule dans la pénombre complice. Les cours de Paris aiment les voleurs : elles les dissimulent soigneusement aux condés. Ainsi blottie, la Bianca – car c’est elle – ouvre les vantaux de bois de la cuisine, étouffant d’un chiffon le cliquetis du loquet. Pas d’inquiétude : ce soir, le domestique qui habite les communs découche, pour profiter des dernières heures de mardi gras à l’auberge de la Croix-de-Fer. Quant au marchand et sa rombière, ils dorment à l’étage d’un sommeil aussi lourd que leur estomac. Dormez, braves bourgeois, dormez… Fêterez demain le Mercredi des Cendres comme il se doit. Craignez point pour vos âmes ! la gent canaille vous aide à renoncer à vos richesses.
Un sourire de guingois éclaire le visage de la Bianca tandis qu’elle se faufile dans la demeure dormante. Faut qu’elle la retienne, celle-là. Qu’elle la ressorte aux copains. Qui sait ? Ça arrachera p’t’être un sourire à l’Ours.

Devenue truande accomplie, la Bianca n’avait jamais failli à son bienfaiteur. Au contraire. Satellite plus fidèle que jamais, elle défendait pied à pied sa place sur la toile du Roi. Elle était de tous les coups, de toutes les cuites. De toutes les bastons, aussi. Fallait-il faire régner l’ordre de l’Araignée ? Elle répondait présente.

Le reste du temps, elle suivait son petit bonhomme de chemin. Point d’ambition que de vivre pour la bande. Ses talents lui assuraient de suffisants revenus. Elle avait un endroit où crécher, des potes, des draps chauds – et de temps en temps, une donzelle pour les habiter. C’était pas le grand luxe, et y’avait des coups durs ; mais elle vivait encore. Elle, l’orpheline nouvelle-née sur qui personne n’aurait parié un liard. La mauvaise herbe de la fange, qu’un coup de talon aurait pu écraser mille fois. Elle avait grandi. Elle allait vieillir. Le monde n’avait jamais été si plein de promesses, et elle comptait dans le camp des forts. Vous avez dit « miracles » ?

Puis arriva 1666.


Dernière édition par Bianca Albin le Dim 17 Juil - 22:48, édité 19 fois
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Sam 30 Jan - 21:30

Histoire

Vanitas Vanitatum


- Qui, putain ? Qui ?
L’Araignée abat ses poings sur la table. Deux fois. Trois fois. Au quatrième coup, le meuble verse avec pertes et fracas sous le regard grave des fidèles parmi les fidèles. L’Ours est là. Bianca aussi, accourue, plus taciturne qu’on ne l’a jamais vue – à croire que l’Ursidé déteint. Mais il y est pour rien. La cause ? Une nouvelle, tombée comme un coup de masse : un vol vient d’être commis au Palais-Royal. Un grand coup. Branle-bas de combat chez la crème des rupins.
Et Grégoire l’Araignée n’était même pas au courant.
- Trouvez-moi ces fumiers.
Il ne décolère pas. Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre : déjà, la rumeur se disperse comme une traînée de poudre, prête à exploser à tous les coins de rues. On en voudrait au trône gueux qu’on s’y prendrait pas autrement.
- J’veux leur peau, vous m’entendez ?

Au bout de dix ans de règne, il semblait que le trône de l’Araignée fut imprenable. Grossière erreur que d’oublier la nature même des truands, la nature même du pouvoir : rien jamais ne dure, et l’ennemi le plus fourbe est parfois dans le nid. La loyale Bianca, quant à elle, tombait des nues. Oh, bien sûr, elle n’était pas suffisamment sotte pour voir dans les Miracles une grande famille unie. Quand on nait dans la boue, on ne se fait guère d’illusions sur ses semblables.  N’empêche ! Ça, c’était pas une petite incompatibilité d’humeur. C’était une déclaration de guerre. Particulièrement vicelarde.

Bianca participa activement aux recherches. C’est dans les mauvais jours qu’on distingue les fidèles des frileux ; et des frileux, elle en vit beaucoup. Trop. Mars passa. Avril. Mai. Juin. On avait des soupçons, mais on ne trouvait pas de preuves ; quant aux problèmes, en revanche, ils se multipliaient comme les petits pains de la Sainte Bible. La maréchaussée, jusqu’alors si brouillonne, commençait de s’organiser. Les patrouilles pullulaient. Les raids devenaient monnaie courante. Les exempts houspillaient les petites mains des Miracles, les foutaient même au mitard : capons, orphelins et francs-mitoux sortaient déjà plus tranquilles.

Alors bien sûr, dans le caniveau, ça murmurait. Ça rouscaillait tout bas. Ça médisait, oh ! timidement… Mais ça causait tout de même. Ça disait que le grand Coësre maîtrisait plus grand-chose. Qu’il protégeait pas son monde. Qu’il était même pas des grands coups. Dépassé. Vieux. Impuissant – à tous les sens du terme. Et que les candidats à la succession, eux, valaient peut-être le coup. La bande osait à peine lui cafter les racontards ; mais ils lui revenaient toujours aux oreilles, et l’enrageaient un peu plus. Quand il décida de ne plus faire dans la dentelle, Bianca ne fut pas la dernière à l’approuver. Fallait crever tous ces traîtres.

Ni elle, ni aucun autre ne s’attendait à des représailles si efficaces. Le matin du 29 août, quand elle entendit que les sacrés avaient pris l’Araignée dans leurs rets, elle n’y crut d’abord pas. Et pourtant. Quelqu’un les avait rencardés. Quelqu’un leur avait ouvert les voies des Miracles. Quelqu’un leur avait donné le Roi.

♠♠♠

1er septembre 1666. Merde. Merde, merde, merde. La Bianca, hors d’haleine, avale les pavés de Paris, direction Porte du Temple. La tentative de prise du Châtelet, évidemment, s’est vite soldée par un échec cuisant. Le Gaude s’est fait prendre, et les autres se sont éparpillés dans les rues. Fallait-il pas être au bout du rouleau pour tenter ce coup-là… Le salopard de la Reynie joue sur son propre terrain. Dès l’instant où il a foutu les pattes sur le Roi Thunes pour le sortir des Miracles, y’avait plus rien à faire.
Voilà pourtant deux jours que la bande se démène. Ne dort plus. Mange à peine. Ils ont tout essayé : infiltrer des gars, soudoyer des roussis, des gardiens, nourrir la grogne qu’a éclaté aux Halles pour faire diversion – et, donc, en désespoir de cause, attaquer directement les geôles du Châtelet. Peine perdue.
Au détour d’une ruelle, la Bianca bifurque – mais pas en direction du cimetière où la bande est supposée se retrouver. Non. Elle rabat sa capuche sur un visage ravagé, et rebrousse chemin. Direction : la Grève. Son Roi va lâcher la rampe ; s’il y a quelque chose à faire pour empêcher sa mort, par tous les suppôts du diable, elle le fera !

Ainsi, fondue dans la masse, la larronne, toute petite larronne but jusqu’à la lie les hurlements de son Roi supplicié. Cœur au bord des lèvres. Mirettes caves écarquillées d’horreur sous le maigre anonymat d’une mauvaise toile de laine. Chaque seconde du spectacle de l’Araignée désarticulée se grava dans sa rétine.
Ça se paierait.
Cher.

Le soir même, Paris apprit comment on faisait une veillée funèbre à la mode des Miracles. Les représailles brigandes furent terribles : le deuil de la vieille garde enflamma les rues, n’épargnant aucun quartier. Et ce n’était que le début, foi de truands ! La Reynie et ses sbires voulaient la guerre ? Ils l’auraient. Quant aux immondes raclures qui leur avaient permis de ficeler son plan et de frapper en plein cœur de la cour, il n’y avait plus cher à donner de leur peau : l’Ours et la Bianca étaient déjà sur leurs traces, plus dangereux et déterminés que jamais.

Entre la rancœur des uns, la défiance des autres et la pusillanimité générale – selon des critères certes très personnels – les affaires de Bianca se mirent à aller mal. Sa réputation seule lui valait encore de réussir à vendre ses si précieux services ; et encore ! Au plus fort des luttes intestines, même les partisans convaincus de l’Ours – qui n’étaient déjà pas si nombreux – n’aimaient guère se frotter à la moins diplomate des truands de Paris. Qu’importait ? Elle avait de moins en moins de temps à consacrer aux autres. Elle avait déjà perdu un mentor ; pas question de lâcher un frère.

Drôle de duo, en vérité. Ils étaient le jour et la nuit. L’énergie gouailleuse et la puissance austère. Le petit rat furieux et la montagne de colère rentrée. Ils auraient dû peiner à supporter jusqu’à l’idée de l’autre… Et pourtant, d’une certaine façon, leurs caractères contraires s’accordaient à merveille, en une curieuse musique que personne ne comprenait – mais qui leur plaisait au-delà de toute logique. Il l’assagissait presque ; elle le faisait presque sourire. Avec Bianca à ses côtés, l’Ours comptait bien venger le roi défunt, et réunifier la rue sous son implacable patte. Et il aurait pu réussir.

♠♠♠

Jailli de nulle part, le poignard se plante en sifflant dans la jugulaire exposée du jeune roussin. Hurlement.  Fontaine rouge. Bianca l’agrippe par l’épaule, comme une poupée de chiffon, et dirige le flot droit dans le visage du suivant – qui pousse un hoquet de surprise et d’horreur. Goût de fer. Le dernier qu'il aura aux lèvres. Il n’a pas rouvert les yeux que sa gorge s’ouvre dans un gargouillis. Ces deux là ne reviendront pas de leur raid aux Miracles.
Mais ils ne sont pas seuls, bien au contraire, et pas entourés de novices. Bianca pare un nouveau coup. Marelle gît déjà à terre quelque part au bord de son champ de vision. Juste dans son dos, elle pressent la silhouette immense de l’Ours qui se démène furieusement. Un coup de son immense main suffit à briser un nez, un bras, un gourdin ; mais il souffle fort. Trop fort. Trop aigu. Pas normal. Putain de sifflement.
Soudain inquiète, la larronne feinte, se fend et pivote : et le spectacle qu’elle découvre la pétrifie sur place. La montagne a changé de couleur. Sous la plaie vomissante qui lui barre le front, un masque de sang et de haine a fondu ses traits. Il a l’air d’un fou. D’une bête. D’un mort en sursis. Un grognement terrible déchire sa mâchoire comme il se jette sur elle… Et assomme le condé qui s’apprêtait à l’embrocher. Alors, seulement, Bianca recouvre ses esprits et se replonge dans le combat. Encore une fois, l’Ours lui a sauvé le cuir. Mais c’est la dernière.

Une poignée de minutes plus tard, trois roussins survivants évacuaient de la rue des Forges une Bianca plus morte que vive, laissant derrière un macabre spectacle. Entre les façades noirâtres de l’artère, tous volets bien clos comme des paupières apeurées, le pavé se tordait sous les cadavres – parmi lesquels le corps colossal du dernier candidat sérieux au trône gueux. Le raid sur la plus grande cour des Miracles de Paris s’achevait dans le sang et le succès.

Fini, l’âge d’or des truands.
Au trou, l’union branlante des filous, gredins, mendiants de tous poils.
Déchirée, la toile de l’Araignée.
Ça gueuserait encore, bien sûr, ça escroquerait, ça charparderait… Mais le drôle d’empire – ou l’empire des drôles – avait chu… et Bianca croupissait dans une cellule du Châtelet.


Dernière édition par Bianca Albin le Mer 13 Juil - 22:44, édité 10 fois
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Sam 30 Jan - 22:01

UNE BIANCA Kyaa
Je suis vraiment heureuse de pouvoir te souhaiter la bienvenue parmi nous, et ce d'autant plus que j'adore ce perso, (c'est un excellent choix, vraiment, je réclame un rp What a Face ), ce qui me rend parfaitement incapable d'objectivité, mais ta fiche est vraiment superbement rédigée de ce que j'ai pu lire jusqu'ici!!
Bon courage pour la continuation, si tu as des questions n'hésite surtout pas (mais je crois que tu t'en sors vraiment parfaitement comme ça Wink)

balon
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Sam 30 Jan - 22:17

Merci, c'est gentil ! Suite de l'histoire bientôt ! Et si je me plante sur un truc, faut pas hésiter à m'dire, j'corrigerai.

(Et aussi : yeah, un RP en perspective ! Very Happy)
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Sam 30 Jan - 22:50

Je me permet de venir te souhaiter la bienvenue ! Superbe choix de PV c'est le cas de le dire !

Bonne chance pour la suite de l'écriture de ta fiche, je retourne à la mienne Wink
Et il nous faudra un lien xD
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Invité
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Dim 31 Jan - 10:44

Bienvenue officiellement, je suis vraiment super contente que tu tentes ce PV nétoiles
Comme Marie j'aime vraiment beaucoup le début de ta fiche (déjà on sent que t'as cerné le personnage!) et j'ai hâte de lire la suite de l'histoire
(Et redite, mais en cas de question il parait que le staff ne mord pas )

_________________________

QUELQUE CHOSE APPROCHANT COMME UNE TRAGÉDIE† Un spectacle ; en un mot, quatre mains de papier. J’attendrai là-dessus que le diable m’éveille.  (c) P!A
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Dim 31 Jan - 11:00

Bienvenue fan attitude

Je peux pas dire a quel point j'aime ta fiche nétoiles Elle est superbe ! ^^

Bonne chance pour la suite et fin back hug

J'ai hâte de te lire et de rp avec toi **
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Dim 31 Jan - 13:24

Oh wow dis-moi jolie truande ta plume est pas aussi dégueulasse que ta chemise ! Et c'est peu dire

Tout le monde l'a dit, mais tu commences bien et fort

Bon courage pour la suite en tout cas, hâte de pouvoir tout lire Kyaa
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À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
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Dim 31 Jan - 16:42

Merci à tous Smile
Chouette accueil, ici.

J'prends note des liens et des RP à prévoir ^^

Et puisque le staff ne mord pas, p'tite question qui m'est venue... A quel moment l'Araignée est-il devenu le maître de la Cour des Miracles ? Vous avez arrêté une année précise, ou ça reste flou ? J'voudrais pas écrire de bêtises ^^
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Dim 31 Jan - 17:49

Bienvenue Mlle Smile
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Dim 31 Jan - 20:28

Bianca Albin a écrit:
A quel moment l'Araignée est-il devenu le maître de la Cour des Miracles ? Vous avez arrêté une année précise, ou ça reste flou ? J'voudrais pas écrire de bêtises ^^

Au moment où il a été renversé ça faisait dix ans qu'il régnait (si c'est pas admirable cette longévité !)

_________________________

QUELQUE CHOSE APPROCHANT COMME UNE TRAGÉDIE† Un spectacle ; en un mot, quatre mains de papier. J’attendrai là-dessus que le diable m’éveille.  (c) P!A
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Dim 31 Jan - 22:39

Merci M'sieur !

Et c'est noté, merci chef ! Effectivement, il est efficace, l'Araignée.
Enfin, était. RIP.
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Mauvaise graine a pousséMauvaise graine a poussé
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Situation : célibataire batifolant d’une fille à l’autre

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Dim 31 Jan - 23:36

Très très belle fiche! Drôle et agréable à lire, fluide et complètement dans le personnage ! Tu as une plume vive et précise ! j'attends le "next episode" avec impatience bave
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Bas les masques !
Bas les masques !
Titre/Métier : Comédienne de la troupe des Italiens
Billets envoyés : 144

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Mar 2 Fév - 20:13

Merci ! Ça fait plaisir Smile
Prochain épisode tout bientôt.
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Mauvaise graine a pousséMauvaise graine a poussé
Titre/Métier : larronne, prestataire de menus services aux limites de la légalité
Billets envoyés : 105
Situation : célibataire batifolant d’une fille à l’autre

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Ven 5 Fév - 14:17

TU ES VALIDE(E)


C'est un vrai plaisir de lire ta fiche alors je te valide avec grand plaisir !

Tu as vraiment saisi le personnage de Bianca qui te va comme un gant (bon je ne sais pas si c'est un compliment en fait ahaha) mais tu as aussi fait tes recherches sur l'intrigue du fo et son histoire et ça vraimen ça a été énormément apprécié par tout le staff balon

Alors bienviendue parmi nous et au plaisir de te croiser en rp ! En attendant amuse-toi bien câlin

CE QU'IL FAUT FAIRE MAINTENANT : Fiche de Rp pour commencer à jouer - Fiche de lien pour se lier avec les autres membres - Prendre connaissance du système de dès pour maîtriser la fortune autant que faire se peut.
Les liens qui peuvent servir :
Une petite faveur? maison, rang ou charge? - Les connaissances pour mieux savoir et ne pas être pris au dépourvu Explication du système de points : Gagnez et dépensez !

Bon jeu sur Vexilla Regis!

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À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
Titre/Métier : Fils de France, Frère unique du Roi, Duc d'Orléans
Billets envoyés : 4140
Situation : Marié à Henriette d'Angleterre

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Ven 5 Fév - 19:24

Yay ! Merci, M'sieur !
Au plaisir aussi ; je vais de ce pas créer tout ça !
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Mauvaise graine a pousséMauvaise graine a poussé
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