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 « Celui qui n’est pas avec moi… » [PV Pia]


Ven 12 Fév - 0:29

La porte du bouge grinça sur ses gonds. Un type leva les yeux de sa vinasse : le contre-jour lui révélait une silhouette courte et costaude, coiffée de paille folle où les derniers rayons jetaient des paillettes d’or. Illusion, illusion. Vite dissipée. Il n’y avait rien de bien brillant dans la vêture ou dans le maintien de la femme qui balaya la pièce du regard – vieux réflexe de survie – et entreprit de la traverser, louvoyant entre les tables et les catins. Elle marchait comme un gazier. Un châle de laine couturé la protégeait des premières rigueurs de septembre, et pour compléter le tableau, comme une évidence : son visage portait les ecchymoses d’une lutte récente.

- Eh beh ! railla un grand barbu en la voyant passer. C’te trogne ! On t’a bien r’fait l’portrait !
- T’as pas vu l’aut’ gars. Presque il est r’gardable, maint’nant.

Sous la pommette bleuie, le coin des lèvres de la Bianca s’étira avec une cruauté gouailleuse. Ça avait saigné. Brise-Os abattit une patte complice sur son épaule, éclatant d’un rire gras. Il la reconnaissait bien là. ‘Chang’rait jamais. Quelques instants plus tard, le compagnon de beuverie du gros bras mettrait en doute la capacité d’une femelle à rosser qui que ce fut ; l’autre ricanerait. Et lui expliquerait. La Bianca, c’était pas une femelle ; et elle hésiterait pas à lui en coller une, pour faire bonne mesure, s’il s’avisait de suggérer le contraire. Le moqueur le croirait, ou non. De toute façon, la larronne aurait déjà passé son chemin.

D’ordinaire, elle se mêlait plutôt à la foule, retenue par l’un ou l’autre zig avec lequel elle se trouvait des atomes crochus ; et elle riait, et buvait, et profitait de chaque instant de cette chienne de vie qui se payait le luxe de trainer en longueur. Elle n’était jamais plus heureuse qu’à sa place, parmi les mauvais garçons. Aujourd’hui, cependant, les deux clampins qui la connaissaient n’osèrent trop l’inviter à prendre un coup. Elle était mal lunée, ça se voyait sur sa face. Pas les marques de coups, ça, non ! deux ou trois gnons ne présageaient de rien ; mais une lueur farouche dans le regard, comme un mâtin prêt à mordre. Valait mieux pas lui marcher sur les arpions. L’une des putes, tout au plus, lui adressa un timide sourire. Elle répondit d’un signe de la main, mais pas de clin d’œil. Brave fille, mais pas ce soir.
Quant aux inconnus, à plus forte raison, cette mine revêche et colorée ne les engageait guère à lui adresser la parole. De toute façon, pourquoi tenter sa chance auprès d’une bagarreuse même pas gironde ? Ce trou à rats comptait suffisamment de filles bien disposées – moyennant paiement, mais, bah ! en économisant les menus présents dus à une fiancée, on rentrait dans ses frais.

Or donc, personne d’autre ne s’avisa d’alpaguer la Bianca. Tant mieux. Pas d’humeur vraiment jouasse. Démolir le museau de son adversaire – car elle l’avait effectivement laissé en sang, comme en témoigneraient à un éventuel œil observateur les quelques mouchetures rouges à ses manches – n’avait pas apaisé sa grogne ; et si elle était incapable de se montrer morne et taciturne, l’irritation rendait son sens de l’humour plus instable encore que de coutume.

Jetant son dévolu sur une table un peu en retrait, la truande s’avachit sur la chaise plaintive. Elle croisait les jambes comme un homme. Ses jupons remontaient sans pudeur, l’ourlet de boue séchée battant un mollet nerveux, laissant des auréoles sur ses bas jaunâtres. Dame ! Ce qu’il pouvait faire froid… Elle se frotta les doigts, évitant soigneusement les jointures blessées. Puis, d’un grand geste, elle héla la serveuse.

- Pia ! Viens ça !

Pointe de malice dans le regard.
Elle prononçait « pi-ya », dans une tentative plutôt misérable d’accento tonico. C’était davantage un clin d’œil qu’une véritable ambition de jamais causer la langue de Venise. Une petite dizaine d’années plus tôt, au gré d’une discussion correctement arrosée, la rouquine avait tenté d’en enseigner les rudiments à un trio de gais voleurs ; la Bianca était du nombre. Peut-être son prénom, d’ailleurs, avait-il amené le sujet – ou peut-être pas. Elle se souvenait plus bien. Aucune importance. La blague était restée, et il y avait fort à parier qu’elle forçait un accent naturellement mauvais, pour le simple plaisir d’asticoter la pétulante serveuse. Peut-être de telles agaceries ennuyaient-elles vraiment Pia ; mais la Blanche, qui ne s’embarrassait pas de longues considérations sur les états d’âmes des autres, ne s’était jamais vraiment posé la question.

Elle désigna le comptoir, et termina son geste en s’étirant comme un gros chat.

- Et ramène donc deux bières. ‘Fait rudement soif.


Dernière édition par Bianca Albin le Mer 22 Juin - 21:53, édité 1 fois
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Mer 17 Fév - 18:28

Il paraissait que pour gagner sa vie il était de bon goût de s’épuiser à la tâche. Question de décence. Mais pour mériter son pain Pia jugeait préférable de ne jamais travailler trop dur. Souci d’économie d’énergie, sinon de survis. Au lieu de s’activer elle se trouvait donc accoudée derrière le comptoir, à tenter de deviner combien de temps il faudrait à son patron pour réaliser qu’elle n’avait toujours pas pris la peine de rincer vaguement la montagne de vaisselle qu’elle avait laissée s’accumuler. Une éternité sans doute, puisqu’il semblait encore une fois trop alcoolisé pour remarquer ne serait-ce que les restes de ragout qui trainaient dans sa barbe.
Partisane du moindre effort s’agissant de son emploi, elle se contentait donc d’aller là où on la demandait – en supposant cependant que la tête du client lui plaise. Dans le cas contraire il pouvait bien payer sa sale dégaine en attendant un peu plus longtemps – et de travailler le relationnel en acceptant une partie de cartes quand on la lui proposait. Mais aujourd’hui manque de chance, elle avait perdu tout ce qu’elle avait plus tôt gagné en arnaquant un étranger de passage avec un tour de passe-passe. Légèrement contrariée par son rêve de pain brioché qui s’envolait et profitant du calme relatif la Vénitienne resta donc un moment les coudes posés et le menton niché dans la paume de ses mains sales. Et sans doute serait-elle restée à moitié affalée un bon moment encore si elle n’avait pas entendu son prénom scandé trop fort pour être ignoré. Mais plutôt que regretter le manque de considération des clients pour sa tranquillité elle esquissa un léger sourire en notant l’effort exagéré qui avait été fait pour donner du relief à deux syllabes. Effort qui était cependant certainement devenu une simple habitude. Avec un fond de bonne volonté – mais tout de même un soupir sonore – elle se redressa péniblement et alla remplir deux chopes qu’elle alla déposer devant Bianca, sourire en prime.

Elle remarqua au passage la mine pas franchement fraiche de la truande et le bout des manches tout juste rougit mais ne s’aventura pas à lui demander ce qui avait bien pu lui arriver aujourd’hui. Ou plus sûrement quelle face elle s’était amusée à refaire. Ce genre de détails, Pia s’était toujours abstenu de chercher à les connaitre. Les bagarres, elle fuyait comme la peste et se contentait de nettoyer les dommages collatéraux quand une avait la mauvaise idée d’éclater dans sa taverne. Quoique puisque le sang s’incrustait dans les tables plus encore que le mauvais vin elle avait tout de même développé l’habitude d’insulter dans le vide les fauteurs de troubles dès lors qu’un poing partait trop fort. Mais malgré la pragmatique considération ménagère qu’avaient donc fait naître les heures à frotter les bavures, tout ce qui ne se passait pas sous ses yeux ne la rendait pas  bien curieuse. Surtout lorsqu’il s’agissait de Bianca. Car quiconque la situait un peu savait que du haut de son gabarit de moineau elle frappait fort et visait juste, sans doute aussi bien que les autres membres de sa bande et assurément beaucoup mieux que n’importe quelle donzelle. Puisqu’avec ses cheveux mal coiffés et ses jupes décolorées il paraissait qu’elle en était une. Le genre auquel on n’osait donc pas demander des comptes, de peur qu’elle ne juge la curiosité passable d’une bonne correction. Au demeurant, quand on oubliait une tendance quasi maladive à casser des nez et quelques histoires de vengeances sanglantes à faire pâlir les plus sensibles, la truande n’était pas bien méchante. Ou du moins ne lui avait jamais causé d’ennui depuis la petite dizaine d’années qu’elles se connaissaient, ce qui, selon les critères très laxistes de la cour des miracles, en faisait presque une amie. Mais les principes qui avaient régi le petit éco système de truands pendant la dernière décennie étaient en train de s’effondrer, paraissait-il, si bien que Pia en venait à remettre en question tout son carnet d’adresses. Mais passons.
Tout en restant debout la serveuse posa deux mains sur ses hanches et esquissa un mouvement de menton en direction de l’alcool.

- Tu bois ça toute seule ?  

Car quand bien même Pia se serait bien passée d’avaler une bière trop amère la perspective de s’asseoir ici et de ne plus être embêtée – respect ou peur de la blonde obligeait – le tentait assez. Elle lança donc un clin d’œil entendu à la voleuse, suspectant son intention et surtout bien décidée à sauter sur l’occasion.

- Si tu m’invites j’ten fais payer qu’une.

Ce qui, après réflexion, semblait revenir à un chacun pour soi et donc, si on poussait l’idée un peu plus loin, une absence d’invitation. Mais l’idée générale était là, si bien que Pia ne fronça même pas les sourcils en se rendant donc du manque de logique de son raisonnement.  

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Dim 21 Fév - 15:16

Bianca rit franchement. Faites confiance à Pia pour accepter et refuser en une seule et même phrase.

- Vendu, bella.

Elle étendit le bras, tapotant la table à sa droite pour inviter la Vénitienne à prendre place. Guère besoin de préciser que c’était son intention ; la serveuse l’avait très visiblement compris, et son non-sens n’était qu’une façon de renverser les rôles. Bien son genre. De l’avis de la larronne, Pia était une combattive, à sa façon verbeuse, poseuse et maniérée ; et ça l’amusait… même si elle n’accordait à ses élucubrations que l’importance qu’elle croyait devoir, c’est-à-dire bien peu. Sans en avoir vraiment conscience, c’est pourtant bien cela qu’elle était venue chercher.
Bianca releva la paume. Deux sous étaient apparus sur la table. Elle s’affala de nouveau contre le dossier de sa chaise.

- Aller, raconte. Fait ben qu’equ’jours que j’suis pas passée par ce rade…

Une éternité, en somme.

- Quoi d’neuf ? Et d’beau, si possible. Ça m’changera.

Elle darda un coup d’œil mi-goguenard, mi-pensif sur l’endroit. Beau ? Meh. Plein de vie, pourtant, et peut-être la Pia avait-elle en magasin quelqu’anecdote qui la divertirait. D’ici ou d’ailleurs. De la fange ou des salons. Vécue ou racontée. Vraie ou non. Pas d’importance, tant que la rouquine donnait de l’eau au moulin d’un esprit qui tournait dans le vide depuis trop longtemps. Au mieux, elle lui concocterait un petit conte inventif et bariolé, qui éclairerait momentanément ses mornes pensées. Au pire, elle se ferait l’écho d’un quotidien fadasse, si profondément identique à lui-même que la Bianca y trouverait du réconfort. Parce que le monde pouvait pas s’être écroulé complètement, pas vrai ? Il fallait bien que certaines choses soient immuables. Indéfectibles. Comme un bout de couverture où se rouler – même un peu sale, tant pis !
Vrai, il y avait quelque chose de rassurant dans le spectacle immortel de cette faune un peu louche, occupée à se torcher tranquillement ; et à coup sûr, le caractère affirmé de la Vénitienne, son accent chantant et sa voix suave saupoudreraient ses paroles d’un peu de charme bienvenu.

Bianca dirigea les yeux vers elle. Plutôt jolie, somme toute, surtout quand elle causait. Intéressante, en tout cas, sous une crinière aussi flamboyante que sa personnalité. Quoiqu’elle ait dit, sa réponse alimenta un sourire sur les traits inégaux de la Blanche.

- Que de péripéties, ironisa-t-elle. Ça donne soif.

Elle attrapa son verre, et le leva.

- À nous.

Nous. Ce « nous » si vacillant. Si incertain, aujourd’hui plus que jamais. Ce « nous » qui avait valu à un type, quelques heures plus tôt, une correction qu’il n’était pas près d’oublier. « Nous », c’était la bande à Bianca, et par extension : tout son univers. Pia y avait évolué trop longtemps pour ne pas en faire partie, qu’elle le veuille ou non. D’ailleurs, la question ne s’était jamais posée jusqu’à ce jour, et Monte-en-l’air n’imaginait pas autre chose. Ce « nous »-là était aussi lourd d’amertume que la bière tournoyant dans son verre.

- À l’Araignée.

Une goulée tapissa sa gorge.
Un peu tiède.
Âpre et grossière.
Pourtant, son palais n’ayant rien connu d’autre que la vinasse et l’eau-de-vie frelatée, elle ne savait pas repérer les défauts du breuvage. Elle avait bien goûté quelques bonnes bouteilles dérobées ça et là, mais trop tard : son goût était formé, ou son manque de goût, si bien que le mauvais alcool – à l’image du reste de sa vie – lui procurait une satisfaction sincère et sans amertume. Le fond du verre frappa la table avec satisfaction, et les doigts calleux, pensifs de la Bianca se mirent à jouer avec légèreté sur le bord.

- Sale temps, hein ? On s’relèvera, bien sûr. N’empêche. Y’aura un peu de ménage à faire avant.

Quoi ? Fallait pas le dire ?
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Dim 28 Fév - 11:39

La proposition acceptée par Bianca, la serveuse ne perdit pas de temps à venir se laisser tomber sur la chaise qui lui était désignée. Et pas totalement déconnectée de la réalité, aussitôt les deux pièces aperçus elle les fit glisser dans la poche de son tablier. Les bons comptes faisaient les bons amis, paraissait-il. Sans encore toucher à sa bière elle bâilla bruyamment, mais la tentation de simplement s’affaler pour se laisser piquer du nez fut mise de côté par Bianca. Car voilà bien la première personne de la journée que quiconque prétendait s’intéresser vaguement à elle. Et peu portée sur la retenue dès lors qu’on lui donnait une occasion de s’exprimer, Pia s’engagea avec entrain dans la brèche.

- Figure-toi qu’il m’est arrivé quelque chose de drôlement bien, hier! Regarde ce que j’ai gagné.
Triomphalement elle sortit de sa poche fourre-tout trois dés, d’apparence tout ce qu’il y avait de plus banal mais dont la nouveauté tirait une certaine fierté à Pia. Ce n’était pas tous les jours qu’on remplaçait ce genre de choses ! Après les avoir posés sur la table elle reprit, intonation encore un peu plus chantante et syllabes qui se détachaient, comme toujours lorsqu’une gaieté difficilement explicable la pressait à s’exprimer.
- Mais je l’ai bien mérité ! D’abord, j’ai joué aux cartes. Et j’ai gagné – et sans tricher, hein, je triche jamais aux cartes ! (Ce qui était une vérité un peu approximative, mais passons) Et comme j’ai senti que c’était mon jour de chance, j’ai aussi joué aux dés – alors que je joue jamais aux dés. Comme j’aime bien le quattro j’ai tout parié dessus, mais le type n’avait plus grand chose pour miser donc je lui ai dis que si je gagnais je voulais bien ses dés. Et vrai que c’était mon jour de chance : j’ai gagné !
Elle attrapa un de ses dés et l’examina minutieusement, avant de les ranger avec les autres.
- L’patron m’a dit que ça valait rien et que j’aurais mieux fait de parier contre quelqu’un qui avait vraiment quelque chose à jouer, mais moi je les aime bien.  

Finalement l’histoire n’eut pas exactement l’effet escompté – et en la raconta elle dû bien avouer qu’elle était tout de même moins passionnante qu’elle ne le pensait – et retint à peine l’attention de son interlocutrice, mais au moins elle ne l’avait pas interrompue. Ce qui était déjà beaucoup d’égard comparé à ce dont elle était habituée.
Suivant le mouvement de Bianca elle trinqua volontiers, mais en entendant ensuite le nom de l’Araignée la vivacité voulu se faire immédiatement beaucoup plus mesurée. Mais face à Bianca on savait se forcer à feindre un minimum d’enthousiasme concernant ces affaires. Avec un sourire plus léger mais qui demeurait tout de même Pia acquiesça donc et reposa son verre pendant que le petit caïd portait la sienne à sa bouche.

- Oui, lui aussi.

Saleté d’Araignée, pourtant. Un bon moment qu’elle attendait de lui voir perdre sa couronne, et malgré son silence des dernières semaines l’Italienne lui avait souhaité de bien souffrir en crevant. Mais si elle n’était habituellement pas la dernière lorsqu’il s’agissait de s’indigner et de se lancer dans de grands discours sur ces pourritures de nobles et autres royaux qui méritaient bien de tomber de leur piédestal, s’agissant de ce qui se passait à hauteur du quartier elle se faisait tout de suite beaucoup plus discrète. Parce qu’elle tenait à sa tête, et que la bande à la Bianca semblait bien décidée à en faire tomber quelques-unes. Alors tant pis pour les idéaux, dans le coin elle se gardait bien de faire savoir qu’elle ne souhaitait pas franchement à l’Ours de prendre la place de l’ancien calife.
Pas franchement ravie d’avoir cette discussion, Pia baissa légèrement la tête en direction des mains de Bianca qui étrangement trouvaient à s’agiter joyeusement. Fallait bien être un peu sonnée pour trouver quoique ce soit léger à ce genre de conversation ; un macchabée et d’autres cadavres à venir, ça ne donnait pas vraiment à se réjouir.

- Sacrée période, c’est sûr…

Avant de laisser à la truande l’occasion de s’étaler sur la question Pia saisi l’instant de silence pour mettre les choses au clair. C’était qu’elle avait bien évité les ennuis pendant des années et qu’elle comptait bien mener tranquillement sa barque pour un petit moment encore.

- Mais moi je suis pas vraiment tout c’qui se passe, tu sais. Me contente de vous faire confiance pour remettre de l’ordre.

Et de souhaiter en silence que cette histoire de clans ne s’éternise pas trop. Car quand ce genre de luttes s’éternisait il se disait qu’on devait finir par choisir ouvertement son camp, perspective qui ne plaisait pas vraiment à Pia. La Rosa-Maria, elle l’aimait bien, mais tout de même pas au point de risquer de se mettre la Bianca à dos en le criant sur tous les toits !

- Mais… Vous allez quand même pas faire trop de vide, hein ?

Un peu de ménage pourquoi pas, mais il fallait bien avouer qu’ici bas le sens de la mesure n’était pas toujours bien compris. Il suffisait de voir qu’un peu de grabuge de fin de soirée ça se terminait souvent avec des mains bien sales.
Elle se redressa légèrement, posa les coudes sur la table et tourna la tête vers Bianca.

- L’Ours, toi, les autres, les gens vous respectent déjà sacrément et ont bien l’air d’votre côté.

Encore quelque chose d’à moitié vrai seulement. En tout cas pour ce qui était de les soutenir. Après tout il ne fallait pas être excessivement observateur pour constater que les bruits de dissidences commençaient à bien circuler. Mais encore une fois, règle de la prudence obligeait, on allait éviter de mettre sous le nez de Bianca ce genre de réflexions.

- J’veux dire que le sale coup qu’on a fait à l’Araignée c’était que l’affaire de quelques-uns, non ?

Et s’ils pouvaient chercher lesdits quelques-uns très loin d’ici, voilà qui l’arrangerait bien.

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Dim 13 Mar - 23:12

À la rigueur, le manque d’entrain de la rouquine à boire à la santé de l’Araignée écrasée aurait pu passer à la trappe. Bianca prêtait bien peu d’attention aux minuscules symptômes de désapprobation. D’ailleurs, ils pouvaient être pris pour du regret. Mais c’était sans compter l’humain désir, propre aux prudents et aux inquiets, de balayer soigneusement devant sa porte – quitte à tenter de balancer la crasse sous le premier tapis venu.
À mesure que Pia s’efforçait d’atténuer la gravité des événements, ou à tout le moins, de prétendre l’ignorer, le minois pointu de la truande se froissa. Elle considéra avec plus d’attention le faciès lisse et animé de l’Italienne. Sa mâchoire volontaire. La danse exagérée de ses lèvres. La diversion des sourcils au-dessus du regard vert d’espoir.
Ça la frappa.
Brutalement.
Comme un courant d’air, comme une gifle venue de nulle part. Carne !
Toi aussi, Pia ?

Un silence flotta, lourd comme un soupir.

- J’t’aime bien, bella, mais fous-toi pas d’moi, gronda la voix trop basse, légèrement éraillée. Les doigts de Bianca s’étaient comme pétrifiés au-dessus du verre où la mauvaise bière rotait ses dernières bulles. Un instant, il sembla qu’elle en resterait là. Qu’elle se murerait dans un silence déçu, et quitterait ce bouge de malheur et sa satanée serveuse qui refusait l’évidence. Plaisante perspective, mhm ? Bianca Albin, lâcher l’affaire…
Héhé…
Même pas en rêve.
Elle écarta brusquement sa boisson et s’accouda sur les planches boursoufflée, plongeant un regard métallique dans celui de la Vénitienne.

- Pour aller r’fourger l’Grand Coësre en personne aux roussis, faut pas êt’ « quelques uns ». Et faut certain’ment pas êt’ respectueux.

La Bianca qui cause morale, c’est pas courant, bon sang ! Mais de la peur à l’éthique, le grand écart ne l’effrayait visiblement pas. Sûrement n’en avait-elle même pas conscience, un peu comme quand elle jouait avec la mort sur les toits de Paris, à peine consciente du vide qui cherchait à l’agripper aux chevilles. Quand on pétoche, on monte pas. Là, c’était un peu pareil. Bianca savait, objectivement, que l’Araignée siégeait naguère sur un trône de terreur ; parce qu’à la Cour, on respecte avant tout le mec qui peut vous latter les genoux. Mais elle ne le sentait pas. Elle, elle le respectait vraiment. À l’intersection d’un sens moral gauchi et d’une loyauté sans borne, elle nourrissait de drôles d’idéaux maculés de boue et de sang.
Et elle y croyait.

- On vend pas les copains. Régler ses affaires, c’t’une chose ; mais y fourrer les condés, ça, c’est pas bien. Elle secoua la tête, la masse de cheveux blonds vibrillonnant d’indignation. Quelque part dans les beaux quartiers, La Reynie et ses gars devaient se frotter les mains. Non, c’est pas bien. Mais ils l’ont fait. Et pour un coup pareil, z’avaient forcément du monde à leur botte. Depuis longtemps. Et des qu’ont pas l’lait qui leur sort du nez. T’as oublié qui il était ?

Rappel aux accents de menaces, dégoulinant d’amertume.

- Plein ont d’jà oublié. Les saligauds. Après toutes ces années… Même pas la r’connaissance du ventre. Des types que l’Araignée a sorti de la mouise. Et ça va pas s’arrêter. On entend des choses. Des pisse-froids qu’espèrent après c’te vipère d’Espagnole. Les crétins…

Le r roulait comme un crachat, tordant sa bouche dans une grimace terrible, tandis qu'elle entendait encore l'écho des murmures entendus ça et là. Des types fiables lui avaient caftés. Pour d'autres, elle avait dû faire preuve d’un peu de persuasion ; mais ils avaient causé, parce que les bruits sont comme ça. Ils courent. Partout. Et depuis longtemps. Au moins depuis le vol du Palais-Royal.

- Et m’prends pas pour une poire, ajouta-t-elle en brandissant un index menaçant juste sous le nez constellé de taches de rousseur. T’es forcément au courant. Ici, t’es bien placée pour entend’ des choses. T’es pas sotte, t’as d’bonnes oreilles ; alors viens pas m’dire que tu suis pas c’qui se passe. Sinon, j’vais croire que tu travailles pour eux. Et tu travailles pas pour eux, pas vrai ?

L’idée creusait comme un ver dans son crâne, à la recherche de conversations passées. Pia en était-elle ? Les avaient-elle trahi ? Elle ne se souvenait pas lui avoir jamais rien dit d’essentiel. Bavarde, la Blanche, mais pas complètement tête-en-l’air – même si, en vérité, en posant les bonnes questions et en ouvrant l’oreille, on pouvait très certainement glaner auprès d’elle plus d’informations qu’elle n’imaginait.
Elle se pencha un peu plus en avant, un éclat de métal dans le regard, comme pour arracher une confession.

- Pas vrai ?

Derrière la haine, un espoir ténu, que la Vénitienne ne soit pas – même un peu, même un tout petit peu, même par simple contagion – une adversaire de sa famille.


Dernière édition par Bianca Albin le Mer 22 Juin - 22:00, édité 1 fois
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Ven 8 Avr - 15:17

Ce n’était pas bien agréable, ce silence que Bianca laissa s’installer. Mise plutôt mal à l’aise par le regard un peu trop dur qui la fixait, l’Italienne détourna les yeux, pas beaucoup plus maligne que le gamin mauvais en mensonges. C’était que cacher la vérité au petit entourage qu’elle aimait assez, elle n’en avait pas l’habitude. Et d’ailleurs elle n’appréciait pas bien ça. Mais circonstances obligeaient tant pis pour l’honnêteté – elle passerait à confesse et celui qui importait lui pardonnerait bien –, suite à l’accusation de Bianca elle ouvrit de grands yeux et répondit vivement.

- Que moi je me foute de toi ?!

Mais l’heure n’avait pas l’air d’être à la défense, plutôt à l’accusation. Peu désireuse d’agacer la Bianca, elle referma donc sa bouche en une moue tout de même un peu offensée et baissa légèrement le nez. Et le monologue qu’elle écouta sans jamais tenter de l’interrompre lui laissa amplement le temps de regretter absolument tous ses choix de vies, chaque petite décision qui avait mené à le faire atterrir ici, maintenant. Manger un bon plat de pâtes sous le soleil de la lagune, cela faisait tout de même plus envie que recevoir une leçon d’intégrité par une voleuse qui devait en plus en manquer. Mais baste les vies parallèles, cela faisait trop longtemps qu’elle avait tiré un trait sur la sérénissime pour avoir le droit de la regretter.
Pas tout à fait étrangères aux catégories que décrivait Bianca non sans entrain vengeur – manque de reconnaissance pour ce qu’avait prétendument fait l’Araignée ? Il paraissait que Pia tombait là-dedans – cette fois-ci elle garda tout de même sa langue dans sa poche. Les grands discours c’était bien gentil, remettre en cause l’ordre établi ça sonnait pas mal, mais quand les convictions étaient susceptibles de se heurter à tant de férociter on pouvait bien les taire. Si on tenait à tous ses cheveux face au fanatisme armé les jolies convictions pouvaient bien être mises de côté. Car tant d’ardeur à défendre un macchabée et tout ce qu’il représentait, voilà qui forçait le respect. Ou plus sûrement le silence. Quoique dans le cas présent il était très exactement question de mensonge assumé. Quand elle fut clairement soupçonnée d’avoir retourné sa veste Pia réagit en effet avec tout l’emballement qu’on collait à son pays. Visage outré, ton dramatique et mains bras qui s’agitèrent plus que nécessaire : tout y était.

- Sûr que je travaille pas pour eux ! Che schifo

Oui tiens, quelle horreur cette perspective de se mettre à dos Bianca et tous ceux qui lui trainaient autour !

- Ah ça non, moi j’veux pas être avec les traitres.

Et d’ailleurs elle ne voulait être avec personne. Voilà. Car dans l’un ou l’autre des camps les ennuis étaient assurés ! Quoique Rosa Maria semblait tout de même la moins pire côté représailles… Ce qui en faisait donc la moins offrante, en dépis de ses jolis discours plutôt tentants. Mais des années à traîner dans le coin et Pia avait appris qu’il y avait un temps pour les convictions et un autre pour la survi. Alors tant pis pour les grandes valeurs, aujourd’hui elle servirait à la Bianca ce qu’elle voulait entendre.
Elle se pencha légèrement sur la table et baissa un peu la voix.

- Des choses, c’est sûr que j’en entends. Mais tellement que comment tu veux que je sache si c’est vrai ou pas ?

C’était que depuis qu’elle avait pris pour vrai que quelque part après la mer les sphinx existaient vraiment et les chèvres grimpaient aux arbres, elle faisait attention. Mais n’ayant pas intégré les principes du doute méthodique Pia se contentait d’aléas hasardeux et se promettait de ne pas croire plus d’une rumeur par jour. Approche qui à défaut d’avoir fait ses preuves pouvait être pire.

- Tiens ! Par exemple chaque semaine y’en a toujours un pour dire qu’on lui a raconté que quelqu’un savait que t’avais fini par te faire descendre. Eh bah pourtant t’es toujours là, grazie a Dio. (Elle se signa rapidement) Alors les rumeurs… Y’a un moment je les entends sans plus trop les écouter.

Pour se donner un peu de contenance elle ponctua sa phrase d’une grande gorgée de bière, puis s’enfonça légèrement dans sa chaise. Parce qu’elle observait bien, la blonde, et qu’elle n’aurait pas manqué de noter un air un peu trop crispé.

- Mais j’travaille pour personne, et surtout pas pour l’Espagnole. Je sers à boire et j’donne pas trop mon avis, basta.

Parler fort et galvaniser les foules, elle laissait ça à Bianca. Taper du poing sur la table pour se faire entendre et menacer ouvertement pour se faire comprendre, elle faisait ça très bien. Chacun son talent, et on lui laissait volontiers celui d’échauffer les esprits. De son côté Pia se contentait de disserter sans que personne ne l’écoute, entre deux tournées servies ou derrière des piles de vaisselles auxquelles elle s’attelait parfois.
Mais pour ne pas avoir l’air trop en dehors des évènements elle ajouta un argument qui lui semblait implacable.

- Parce que si les gars de l’autre savent que j’suis vraiment de ton côté à toi, tu penses à ce qu’il risque de m’arriver ? Je sais pas me battre, je cours à peine vite et surtout j’suis toute seule ! Y’a pas une bande de copains pour m’sortir de j’sais pas quelle affaire, donc je préfère pas trop mettre mon nez dans tout ça.

Certes, en cas de pépin elle aurait sans doute trouvé un grand costaud pour jouer au bouclier humain, après tout paraissait que la serveuse était un élément du décor qu’on aimait bien, mais ça ne comptait pas. Faire pitié avec des yeux de chien battu ce n’était pas avoir une petite armée pour couvrir ses arrières. Et les manches parsemées de rouge de Bianca laissaient penser qu’un regard qui cherchait la charité ne pouvait pas faire longtemps le poids face à une aisance naturelle quand il s’agissait de frapper. Tout le monde le savait, dans ce coin de Paris l’habilité la plus en vogue était celle pour la bagarre.

- Alors si je peux t’aider tu sais que je le ferai d’bon cœur, ça me f’rait même plaisir, mais j’ai envie de passer l’hiver alors j’aimerais quand même bien que ça se sache pas trop.

Elle asséna un hochement de tête franc et un léger sourire, quoique pas franchement étouffée par le plaisir en question. Vraiment, dans ce combat de grandes gueules moins elle en ferait mieux elle se porterait.

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Sam 16 Avr - 2:46

Il est bien plus aisé d’exciter la méfiance que de la tempérer. Pourtant, la Vénitienne adoptait un accent de vérité fort convaincant, surtout pour une oreille qui désirait la croire ; et sur le mot de « traître » tout enrobé de mépris, vrai bonbon à l’oreille, Bianca abandonna l’idée de relancer aussi sec les hostilités. Elle écouta. Maussade, certes, mais attentive. Après tout, Pia, entre tous les beaux parleurs – ou pour mieux dire : les belles parleuses –  avait toujours su l’abreuver des discours qu’elle voulait entendre. Elle associait le son de sa voix à ces palabres sans conséquences, ces élucubrations écoutées à moitié, ces chapelets de plaisanterie tissés à deux, à trois, et davantage ; et même en cet instant, elle espérait encore après ce genre de conversation.

Et, carne ! Elle avait bien failli l’avoir. Sans le préambule qui l’avait mise en boule, les rumeurs de sa mort lui auraient provoqué une quinte d’hilarité. « Pas encore », eut-elle plaisanté, « pas encore. À croire que ton dio veut pas voir ma trogne. » Alors, si la Ritale s’était offusquée, nulle doute qu’elle en aurait rajouté une couche, subtile comme un tranchet de bourrelier : « P’t’être qu’il veut m’laisser l’temps d’racheter mes pêchés. Tu m’donnes jusqu’à quel âge, dis ? » On n’a jamais prétendu que ses blagues valaient systématiquement le détour. Mais elle, ça l’aurait fait marrer.
Cette fois, elle ne se fendit pas même d’un sourire.

Par mimétisme, elle chopa sa boisson – mais grimaça à la première goulée. Rien à voir avec le goût du breuvage ! C'est celui des mots qui la dérangeait. L’amertume des paroles de la rousse lui pesait sur la langue comme une envie de cracher. Qu'elle ne travaillât pas pour l’Espagnole, bon ! Bianca inclinait à le croire, tant elle en avait envie ; mais une malencontreuse tournure d’esprit, fâcheusement parano ces temps derniers, lui faisait voir avant toute chose le revers de la médaille. « Pour personne », ça voulait dire aussi « pas pour elle ».
C’est alors que Pia, bien inspirée, brandit son atout maître. La bagarreuse considéra avec attention ses biceps noyés dans ses manches, sa tournure délicate, sa frimousse de petit rongeur… Vrai, on l’avait pas taillée pour la castagne. Le Seigneur f’sait ben mal son office, comme qui dirait, et servait très inégalement ses âmes du ruisseau. Le regard de Bianca s’adoucit. Elle comprenait un peu l’instinct de survie, jusqu’à un certain seuil. Naguère, elle en avait elle-même ; puis le temps l’avait gondolé, pour un certain nombre de bonnes raisons et davantage encore de mauvaises. N’empêche. L’argument avait fait mouche.

Elle fit craquer ses phalanges blessées. C’était pas ce qu’elle souhaitait entendre, pour sûr, et elle eût préféré un soutien clair et net ; mais ça tenait la route. Personne n’était invulnérable. Si même l’Araignée pouvait tomber, alors personne ne se trouvait jamais vraiment à l’abri. À plus forte raison, une souris rouquine pouvait craindre pour son intégrité physique.
Or ce spécimen-ci tempérait un peu son mépris pour la gent faiblarde.

Elle hocha la tête à son tour, bien trop sérieuse.

- Va pour.

Pour la discrétion. Pour le soutien muet. Pour les coups de main. Pour l’oreille qui traîne. Pour les ragots à conter, tiens, même ! Et tant pis, si Pia n’a rien proposé au sens propre. Tant pis, si elle a atténué son utilité éventuelle. Voici la Blanche persuadée d’avoir gagné une moucharde. Elle était comme ça : quand on y donnait le poignet, elle prenait le bras.
À son crédit, elle n’en rendait pas moins. S’il fallait protéger la frimousse de sa serveuse favorite, elle s’en chargerait avec une bonne volonté presque inquiétante. Restait à savoir si, vraiment, son « aide » profiterait à la rouquine.

-  Écoute, poursuivit-elle, murmure grave à tous les sens du terme. Si c’est les embrouilles, que tu crains, c’est tout simple.

Par quoi il fallait entendre, bien sûr, que ça ne l’était pas du tout – mais que Bianca aimait à tordre le monde selon son bon plaisir.

- T’sais ben que j’te laisserai pas tomber. T’suffit d’envoyer après moi. J’admets – elle leva les mains dans un signe de demi-contrition – j’peux pas t’filer l’train en permanence. Chacun ses affaires. T’as les tiennes, j’ai les miennes. Mais déjà, t’es pas en si mauvaise posture, ici. T’auras toujours un ou deux marlous pour t’protéger, le temps qu’les renforts rappliquent.

Après la morale, le réconfort. Y’avait décidément pas grand-chose qu’étouffait la cambrioleuse – un poil plus convaincante, tout de même, en protectrice qu’en prêcheuse. Encore que.

- En plus de ça, on dit « Bianca »… Mais Bianca a des copains. J’sais ben que j’suis pas jouasse, ces temps, et que j’parle que des lâcheurs… Mais y’a les autres, les bons gars, ajouta-t-elle avec une manière de tendresse qui tordit comiquement ses lèvres.

Ironie du sort : ces paroles lui apportaient plus de baume au cœur qu’elles ne rassérénerait la rouquine. La bande à Bianca en guise d’arrière-garde, c’était pas franchement un gage de neutralité. Mais elle voulait pas être neutre, pas vrai ? Non… Non, elle voulait pas.
Résolument sourde à ce qui la dérangeait, la larronne poursuivit :

- Certains pas loin d’ici. Suffit qu’j’leur touche un mot. Tu veux ?

Ça n’avait d’une question que la forme. Dans la bouche d’un autre, la proposition eut passé pour un piège, un test sournois, pensé pour attraper un indécis à son propre jeu de non-dits ; mais Bianca n’échafaudait pas ce genre de stratégies. Nul n’était plus sérieux. Ses doutes, si virulents tantôt, semblaient tous envolés, balayés par la carte de la faiblesse physique de Pia. À croire que la reine de la subtilité se voyait bien en ange gardien.

Un jour, plus tôt ou plus tard, au détour d’une conversation quelconque, un informateur lui rapporterait quelque discours de Rosa Maria. Une fois n’est pas coutume : elle prêterait l’oreille, par lassitude ou par erreur. Alors, elle percevrait un accent familier. Un déjà-entendu. Un écho. Elle se rappellerait les châteaux en Espagne – ironie – bâtis par la Vénitienne, auxquels elle n’accorda jamais grande importance, et elle sentirait entre eux et les propos honnis comme un accord discret, une parenté lointaine – moins dans le fond, d’ailleurs (elle ne saurait guère l’apprécier) que dans la musicalité générale. Alors, elle comprendrait qu’elle risquait vraiment de perdre la loyauté de Pia. Mais pour l’heure, ces considérations volaient à des lieux au-dessus de sa tête toute ravie de sa petite proposition forcée.

C’était moins bien qu’une alliée déclarée, pour sûr ; mais on y viendrait.

- C’est l’moins que j’puisse faire en échange.

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Lun 2 Mai - 21:32

Va bene… Tout ce qui était trop facile ne supposait jamais rien de bon. Et une mine si grave de Bianca, ça n’inspirait pas beaucoup plus confiance. Assez réfractaire à tout ce que la truande pourrait bien proposer, Pia l’écouta tout de même de but en blanc, en acquiesçant machinalement au fur et à mesure. Mais étonnamment, alors qu’elle n’était pas exactement le type de personne dont on pensait qu’elle était très douée pour fomenter des plans – sauf si frapper fort en constituait un, Bianca parvint avec une facilité déconcertante à aligner des idées qui s’emboitaient bien. C’était qu’elle arriverait presque à faire croire qu’au milieu des tous les gaillards qui l’entouraient elle était plus qu’une paire de poings supplémentaire mais bien le cerveau des opérations. Pas étonnant que l’Ours ne puisse pas la lâcher, elle réfléchissait au moins pour cinq. Ce qui dans le cas présent n’était pas bon pour Pia. Les gens malins c’était bien sympa, mais pas quand ils étaient ceux de qui on voulait se dérober en douceur.

Le Seigneur venait-il de lui faire oublier la moitié de la conversation ou par un talent inné pour le retournement de situation Bianca avait-elle vraiment réussi à engager ses services et sa loyauté ? Car alors qu’elle se souvenait pertinemment être partie du constat qu’elle ne voulait être avec personne il lui semblait à présent que la blonde tentait d’acheter son soutien. Ou plutôt venait de le faire, car elle avait beau regarder la situation dans tous les sens possibles et imaginables, Pia ne voyait pas comment refuser sans passer ouvertement pour une parjure. Manipulée en trois phrases bien trouvées et une proposition imposée, elle se trouvait d’autant plus bête qu’elle avait la sensation d’avoir tendu la perche. Ou peut-être que toute volonté de neutralité face à Albin n’avait toujours été qu’un combat perdu d’avance, ce qui justifiait une victoire par K.O aussi rapide. Aussi fallait-il croire que les coups ça n’abimaient pas tant la tête, et que ça permettait peut-être même de bien ranger les idées.
Pour s’assurer qu’il n’y avait pas d’intervention divine cachée là-dessous et bien qu’une interlocutrice qui avait fait tourner l’argumentaire en sa faveur, Pia se retraça mentalement la logique. D’abord une tirade anti traîtrise, des doutes lancés en retour et donc quelques soupçons, l’assurance que la peur guidait la neutralité, et finalement la proposition d’assurer les arrières afin qu’en toute liberté la serveuse puisse livrer ce qu’elle savait. Mince alors, c’était que ça se tenait bien. Cela fonctionnait encore mieux que l’affranchissement des angoisses quotidiennes pour servir un but plus grand et autres logiques tarabiscotées, il devait bien y avoir un ou deux types intelligents qui avaient écrit dessus. Intérieurement dépitée par le raisonnement désagréablement rationnel de Bianca, pour autant Pia se retint de grimacer. Ou d’ouvrir un peu trop la bouche en signe de stupéfaction alors que la tentation était grande. Au contraire, face à la proposition formulée elle afficha un air enthousiaste.

- J’en demandais pas tant mais ce serait sacrément bien !

Par pitié non. Tout sauf des larbins de l’endoctrineuse qui lui trainaient dans les pattes ! Mais tant pis pour l’envie de taper frénétiquement des pieds pour faire entendre sa contrariété, au lieu de cela elle se fendit d’un sourire qui lui creusait autant de fossettes qu’il faisait un peu mal. Elle trouverait plus tard un moyen de ne pas trop aider Bianca tout en en ayant l’air, de profiter des gros muscles qui traineraient dans le coin pour ne éviter les revers côtés Rosa Maria, qu’il faudrait in fine convaincre tant bien que mal qu’elle ne lui avait pas tourné le dos. En se creusant un peu les méninges un plan finirait bien par être trouvé. Et au pire du pire il paraissait que les Provinces-Unies étaient très accueillantes.  
Après l’avoir vainement essuyé sur son tablier – rien à faire, elle resterait pégueuse d’alcool et autres – elle tendit sa main pour approuver formellement l’accord.

- Alors c’est conclu. Toi tu passes discrètement le mot qu’il faut pas abîmer ceux qui sont d’ton côté, et moi je laisse un peu plus traîner l’oreille que d’habitude.

Le discrètement avait pour Pia son importance et elle espérait bien que Bianca l’entende de la même façon. Mais la dernière fois qu’elle avait espéré quelque chose – une augmentation – cela n’avait pas mené loin – un rire franc du patron. Dans le doute mieux valait donc partir du principe que le catimini n’était pas le fort de la Parisienne et aviser en fonction.

- On trinque à quoi du coup ? A notre entente…
Elle s’arrêta sur sa lancée (c’est-à-dire le verre levé) pour trouver une façon convainquante terminer sa phrase. Puis satisfaite de ce qu’elle avait en tête elle reprit avec une lueur de fierté dans le regard.
- Concupiscente !
Ce que ça rendait bien, ce mot ! Même si en toute objectivité cela n’avait sans doute rien à voir avec ce qu’elle avait en tête, ce qu’elle ne manqua pas de souligner non sans ironie.
- Je sais pas ce que ça veut dire mais je l’ai entendu au théâtre et j’trouve que ça sonne comme il faut.

Et c’était bien connu, une jolie expression pouvait bien être ressortie à tout va, quand bien même elle ne collait ni au contexte ni au public.
Ah! Mais elle se rappelait. Pas le temps de se pâmer devant la beauté de ce qui de toute façon lui échappait, il lui fallait dépenser son énergie à se plaindre intérieurement de sa situation et à blâmer l’Araignée pour sa mauvaise idée de se laisser attraper, cause de tous ses soucis ! Après trois copieuses insultes mentalement proférées elle se sentit donc d’une part soulagée, d’autre part satisfaite de s’être elle-même ramenée dans l’instant présent. Après avoir avalé une gorgée de bière elle la reposa et mit les coudes sur la table pour se donner un air sérieux. Puisqu’il fallait avoir l’air d’être avec Bianca, autant finir de la convaincre maintenant.

- Déjà, faut que je commence par te dire un truc.
Un petit rapport sur ce qui gravitait autour de leur table devrait suffire à prouver sa fausse bonne foi.
- C’est que ce que je vois moi, hein, je dis pas que c’est forcément vrai. Mais de ce que j’ai un peu compris, faudrait faire attention à la brune de là-bas.
Du menton elle désigna une prostituée qui trainait de longue date dans le coin. Une fille gentille, s’il fallait donner un avis, mais qui au nom d’une alliance qu’il fallait consolider pardonnerait bien à Pia une toute petite délation. A peine un cafardage, d’ailleurs, vu toutes les pincettes que la Vénitienne prenait, justement car elle n’avait pas à cœur d’accuser de façon trop catégorique.  
- Elle fait ptêtre que son travail, mais elle se fait quand même payer à passer pas mal de temps avec des types que t’approuverait pas forcément trop. Dans le genre gars qui ont pas beaucoup pleuré la mort de l’Araignée et qu’auraient peut-être même bien payé une tournée si on les avait pas trop regardé.
Elle leva les mains devant elle comme pour repousser toute responsabilité.
- Mais je fais que raconter, après c’est toi qu’interprètes comme tu veux.

Et qui, dans le meilleur des cas, allait se faire son jugement ailleurs. Car même si elle l’aimait assez, avec ses regards francs et une désinvolture qui faisait en général assez plaisir à voir, à présent mise mal à l’aise par la situation Pia aurait préféré ne pas avoir à discuter plus longtemps. D’ailleurs elle lui donnait encore une poignée de minutes pour la forme, histoire de ne pas se donner l’air de fuir, puis elle prétexterait devoir travailler pour la laisser finir de boire seule. Il paraissait qu’une salle ne se gérait pas toute seule.

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Mar 10 Mai - 22:08

Fini l’orage – ou pour mieux dire : place à une éclaircie, aussi fugace que sereine. D’après les mauvaises langues, la Bianca ne saurait pas mentir pour sauver sa vie. En tout cas, l’expression rogneuse qui pesait tantôt lourdement sur ses traits avait disparu, laissant place à une satisfaction presque pompeuse. Elle serra la main vénitienne avec vigueur. Paume calleuse. Cordiale. Pour sûr, qu’elle serait discrète ! jurait la poigne ferme aux phalanges poisseuses… et elle était sincère, ce qui ne présage pas de grand-chose.
Oh ! Elle ne piperait mot, c’était certain ! Sauf à ses gars. Certains d’entre eux. Mais à supposer que les copains qu’elle jugerait dignes de ce secret fussent parfaitement loyaux – pari déjà risqué, de toute évidence – et pas moins capables qu’elle de tenir leur langue, ils risquaient fort d’être assez remarquables. Au sens le plus littéral. Combien de temps avant qu’un escroc sournois adresse un regard entendu à la rouquine ? qu’un gros bras lui tape sur l’épaule en professant des promesses suspectes ? Combien de temps, avant qu’un agent de l’Espagnole remarque ce genre de bévues ?
Considérations bien éloignées, évidemment, de l’esprit de la blonde qui levait son verre.

Le mot inconnu lui fit pencher la tête de côté à la manière d’un moineau moqueur. Pia et ses drôles de palabres… Un rire lui fendit le visage.

-  Si ça t’plaît, va pour. À notre entente conssu… Comment tu dis ? Con-cu-pis-cente. ’Sont fous, ces théâtreux. C’t’un mot coquet, pour sûr !

Dont le sens eût plu davantage que la sonorité à celle qui ne distinguait pas le compliment grossier de la poésie la plus délicate. Mais, chut. De toute façon, Bianca n’y entendait qu’une ribambelle serrée d’obscénités sans suite, qui alluma dans son regard la lueur gouailleuse de circonstance. Les hasards de la langue font tout de même bien les choses.
Elle se répéta le mot plusieurs fois, in petto, dans l’intention de le ressortir. Il esclafferait les copains, si elle s’en souvenait. Pas gagné, pourtant : son attention revenait sans cesse à la Vénitienne, avec un genre de tendresse pour le service rendu. Tout le mérite de son revirement d’humeur ne lui revenait-il pas en plein ? Tue-Dieu ! C’était une perle, cette petite. Riche idée, de la venir trouver. C’est d’ailleurs ce qu’elle aurait fait remarquer, si la posture dramatique de la divertissante n’avait présagé une annonce.

Bref coup d’œil dans la direction indiquée. Sourcil qui s’arque. Bianca connaissait à peine la Madelon – juste assez, en vérité, pour se rappeler son blase. Elle oubliait rarement celui des jolies filles ; et celle-ci en était, autant qu’on pouvait le rester après des années de galvaude. La fraîcheur faisait pas de vieux os dans sa partie. Pas parmi celles qui trimaient dans ce genre de rades.
La contrariété refroissa ses lèvres à mesure que Pia partageait ses renseignements. Madelon, une vendue. Allons bon. D’accord : c’était de carrière – mais tout de même ! Coucher avec l’ennemi ? Y’avait donc plus de morale, chez les rouleuses ? Les lâcheurs jaillissaient décidément dans tous les coins. Une lueur dangereuse se raviva le regard vif de la voleuse, à la pensée des traitres trinquant à la mort de Grégoire ; et il s’en fallut de peu qu’elle n’imaginât, buvant avec eux, riant de toutes ses jolies dents polies comme une rangée de perles jaunâtres, la pauvre prostituée qui n’avait rien demandé. Elle se frotta pensivement le menton.

- Je vois, lâcha-t-elle, scrutant la nuque délicate sous une cascade de mèches douteuses. Je vois, je vois. Merci du rancard. J’prends la suite.

Elle n’épilogua pas. De toute manière, elle ignorait encore si elle briserait la nuque de la pauvre racoleuse, ou si ses enquêtes la trouveraient suffisamment innocente. À n’en pas douter, la prudence de Pia tempérait ses ardeurs vengeresses ; et c’est de moins méchante humeur, et plutôt encline à jouer au jeu du chat et de la souris, qu’elle commençait d’envisager la manière de juger le cas Madelon. Mais de préméditation point trop ne faut : avant de décider, faudrait lui causer.
Son regard pesait si lourdement sur les cervicales brunies que la fille tourna les yeux. Hésita. Rougit un peu. Interrogea du regard. Dirigea une expression inquiète vers une autre fille. Présenta finalement le dos, cherchant parmi la foule quelque zig qui voudrait lui conter des galanteries, et surtout la garantir de cette énergumène à la réputation musclée.

Le fond du verre vide claqua contre la table.

- Bon sang ! La larronne soupira d’aise, et décrocha un sourire à Pia. Dis-donc. Y’a pas d’meilleur moment qu’maintenant, c’est pas vrai ? Les histoires, faut pas laisser trainer. Ça pourrit. Tu m’en veux pas, si j’te fausse compagnie ? Maint’nant qu’j’suis en train... Paraît qu’c’est la journée des problèmes qu’on règle.

Un enthousiasme juvénile éclairait son visage pointu. La soirée promettait beaucoup. Elle se sentait l’effervescence des enfants qui trépignent, impatients, tâchant de deviner la surprise cachée derrière le dos de leur mère. Quant à la perspective de visiter régulièrement la rouquine, elle l’enchantait sincèrement – et pas seulement pour les confidences promises.

- Mais on s’revoit bientôt. C’est qu’on s’sent bien, dans ton bouge !

Parfaitement, le sien. Chez les voleurs de profession, la notion de propriété est toute relative. C’était toujours plus son bouge que celui du sac à vinasse échoué au comptoir, et à qui elle n’avait jamais tiré beaucoup plus qu’un rot aigre.

- Et pour le reste, t’inquiète de rien. Comme si c’était fait.

Enfin levée, elle planta une accolade franche sur l’épaule de la serveuse, souffla un dernier « À bientôt, Pia ! » et plongea parmi la foule, marchant droit vers son gibier. Bien sûr, ce n’était pas la résolution la plus discrète du monde… mais que risquait-on ? Dans quelques heures, la brunette finirait dans la Seine, ou dans sa poche. Peut-être même dans ses draps. Tout à gagner, et rien à perdre. Quel que fut le dénouement de cette petite péripétie, nulle doute le secret de Pia ne serait pas révélé dès le premier jour.

Arrivé à hauteur de la fille, elle glissa une main inaccusable au creux de ses reins, et un mot à son oreille frémissante. Un seul. Si bref, si impérieux que la couche de fard en tressaillit d’inquiétude. « Dehors. » Puis elle partit en avant. Si la fille connaissait son intérêt, elle ne la ferait pas trop attendre. Le manque d’empressement ne plaiderait pas en sa faveur.
Depuis l’autre côté de la pièce, la collègue dont elle avait refusé les avances un peu plus tôt, et qui n’avait rien perdu du manège, jeta sur Madelon un regard piqué.
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