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 Jour de salon (libre)


Mar 5 Juil - 17:17

Jour de salon


- La comtesse a pas pris du poids? Elle déborde de son corset
Un ricanement peu charitable échappa au valet qui récupérait un plateau couvert de friandise qui montait des cuisines.
- La vie est bien faite. Monsieur engrosse la cuisinière qui ne manque pas d'engraisser la madame.
Son bon mot fut ponctué par une claque sévère à l'arrière du crâne pendant que l'intendant lui ordonner d'apporter son chargement aux illustres invités "et plus vite que ça". Le garnement pesta un peu mais s'empressa d'obéir et d'aller servir les différents habitués du salon. C'est que médire sur le monde entier et se piquer d'esprit, ça donnait faim. Et la marquise ne comptait pas mettre ses invités à la diète.

Note du staff

Vous êtes libres de postez à la suite de ce poste. Même si votre perso n'est pas un habitué de la rue Payenne. Tant qu'il a une bonne raison pour se trouver là ! Amusez vous et hésitez pas à créer des situations insolites !
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Mer 13 Juil - 12:31

Tout en rappliquant une touche de rouge sur sa bouche, elle laissa quelques mots rouler sur ses lèvres et s’écorcher au bout de sa langue. A mi-voix elle récitait quelques alexandrins, pour elle-même seulement, simplement car elle appréciait entendre quelques syllabes s’entrechoquer. Finalement elle se tut, tourna légèrement la tête et constata qu’elle aurait sans doute pu déclamer un éloge à la République que Gabriel ne l’aurait pas remarquée, trop occupé qu’il était à se passionner pour – ou plutôt à se retenir de l’envoyer valser si on en croyait son air exaspéré – un de ses innombrables dossiers. A noter, donc, que quand il affirmerait dans le futur qu’il serait chez lui tôt et que Madeleine y était la bienvenue, cela supposait en réalité qu’elle était tolérée du moment qu’elle ne troublait pas la concentration du maître des lieux. Pour autant elle ne fut pas vexée, au contraire, la situation lui convenait assez bien. Encore peu à l’aise à l’idée de voir Gabriel autrement que dans un contexte qui impliquait cris et insultes à peine voilées, elle appréciait assez de passer du temps à côté de et non avec lui. Après avoir fixé un instant une théière à moitié vide dont elle se demanda si le contenu était encore chaud, elle se leva finalement et toussota pour s’assurer d’être remarquée, élevant ensuite là voix dès lors que Gabriel fut tourné vers elle.  

« Si vous parvenez à lever enfin le nez de ce dossier peut-être nous verrons-nous à tout à l’heure. »

Avec un haussement de sourcils qui avait tout du reproche elle le regarda quelques secondes avec insistance, puis la situation lui tira un sourire amusé et sans en dire plus elle sortit du salon, puis de l’hôtel, par la porte de service.

Cela faisait une quinzaine qu'elle ne s’était pas rendue chez madame d’Espard - l’avantage de ne pas avoir de nom étant que, à moins d’être expressément demandée, on ne brillait pas par son absence - et à trop s’abstenir de mondanités elle finissait presque par s’ennuyer. Ce jeudi elle avait ainsi décidé de se rendre rue Payenne, plus pour voir du monde qu’y être vue. Car quoiqu’à l’occasion la tranquillité était toujours agréable, quand on en abusait elle devenait surtout lassante.  Aussi l’emploi du temps idéal se trouvait dans la juste mesure ; les extrêmes, ermitage ou noyade dans les mondanités, étant à fuir à tout prix. Mais car la modération, et ce malgré de nombreuses et presque incessantes tentatives, ne réussissait qu’à moitié à Madeleine, à défaut d’alterner les jours elle raisonnait en semaines. Deux à sortir peu supposaient donc d’en entamer une qui serait agitée, logique de compensation obligeait.
L’heure était cependant peu avancée, ce qui lui laissait le temps de faire un détour de part chez elle pour se changer. Elle y resta finalement un peu plus longtemps qu’elle ne l’avait imaginé, hésitant longuement sur la robe à porter et plus encore sur les rubans à y attacher. Et c’était donc déjà en retard mais pas pressée pour autant qu’elle se rendit chez la marquise, qui ne vivait pas ailleurs pas loin.

Elle pénétra dans l’hôtel alors que l’agitation y régnait déjà, entre tintements de verres, chuchotements et rires plus ou moins étouffés. Traversant le salon bleu, Madeleine en profita pour saluer chaleureusement quelques connaissances et attraper au passage un verre d’excellent vin blanc dont la marquise avait le secret. Un sourire assez léger, surtout aimable, trainait sur ses lèvres alors qu’elle pénétrait dans la pièce attenante et s’attardait quelques secondes dans l’encadrement de la porte, le temps d’observer les invités, comme toujours d’une remarquable élégance. Plus que les présences habituelles ce fut les absences qu’elle nota, celle d’Armande notamment, ce qui lui fit lever les yeux au ciel et se demander où et avec qui elle avait cette fois-ci trouvé le moyen de s’enfermer. Médisance, sans doute, mais le passé lui avait appris qu’avec elle il valait toujours mieux supposer le pire pour ne pas être déçue, voire même agréablement surprise. Son sourire ne fut cependant pas atteint par cette pensée – un talent reconnu pour la comédie aidant – et, après avoir siroté une petite gorgée de vin, elle se mêla finalement à la foule pour tenter de repérer la discussion qui serait la plus intéressante. Mais à défaut d’avoir entendu une bribe de passionnante conversation, quelques mots s’agissant de la nouvelle pièce dont on disait que Racine était actuellement en pleine écriture retinrent son attention. Habituellement peu portée à la médisance, elle ne pouvait tout de même décemment pas se retenir de donner un avis pour le moins cynique sur le travail du dramaturge. L’air de rien elle s’immisça donc pour préciser les nombreuses conjectures qui fusaient.

« Une histoire de guerre de Troie, paraît-il. Elle s’arrêta une seconde, le temps que les regards se tournent vers elle, et reprit, haussant au passage les épaules. Déjà de nombreuses semaines que la rédaction est entamée et encore quelques mois à nous faire patienter, si ce qu’on me disait l’autre jour est correct… Et malgré la rivalité des théâtres elle avait à l’hôtel de Bourgogne des relations fiables, l’information était donc assez sûre. J’ose espérer que cette longue attente sera le prix d’un chef-d’œuvre au moins. »

Il était en réalité assez évident qu’elle lui souhaitait au contraire un cuisant échec, chose que le rictus asymétrique qu’elle affichait suggérait ouvertement. Et qui tira par ailleurs un rire peu clément à l’un des invités.

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QUELQUE CHOSE APPROCHANT COMME UNE TRAGÉDIE† Un spectacle ; en un mot, quatre mains de papier. J’attendrai là-dessus que le diable m’éveille.  (c) P!A
Comédienne aux 1001 masques.Comédienne aux 1001 masques.
Titre/Métier : Comédienne
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Dim 18 Sep - 1:32

Le temps passe, parfois trop vite, parfois pas assez, Lyssa est dans ces jours, où il ralentit, jusqu'à devenir lourd, comme du métal et écraser ses épaules fines. Paris est une ville animée, une ville active, où s'ennuyer deviens compliqué, lorsqu'on a les moyens de se payer les divertissements qu'elle offre, pourtant, c'est de l'ennui, de la lassitude qui trouve Lyssa ces dernières semaines. Il faut dire qu'elle est dans l'âge ingrat, celui où l'on n'aime plus rien, celui durant lequel les premiers émois se font. Un âge, qu'elle n'a pas aux yeux de tous, non, Milena est censé avoir presque dix-huit ans, alors Milena, doit sourire et trouver sa voie, choisir sa vie, alors qu'elle ne sait pas ce qu'elle veut faire, ou vivre dans les minutes à venir. Milena à le teint sombre ces temps-ci, le blond enfantin parfois poudré pour lui offrir des reflets roses est laissé sobrement naturel dans une allure folle, de cette allure, qui semble toute droite sorti du lit, à peine brossé et laisse ainsi sans plus de soin. Milena s'ennuie et prendre soin des apparences, n'est même plus une chose qu'elle apprécie. Elle va néanmoins afficher un sourire, en songeant à ce qu'elle fera aujourd'hui. Puisque Paris l'ennui, elle essayera de l'animer, avec une rumeur. Qu'elle la provoque ou la lance, qu'importe, le tout est de bouger tout cela. Elle se rendit au salon, ce jour-ci, pas n'importe lequel. On la laissa entrer, elle avait mis une cape blanche, légère, brodée de blanc, pour éviter que le soleil ne s'attaque à sa peau, déjà d'or. Une fois dedans, c'est un ensemble d'un bleu nuit intense, qui se déroule jusqu'au sol et une fois celui-ci touché, la robe devient alors d'un noir de jais plus profond que la nuit elle-même. Cette tenue est bien particulière, car elle fait partie d'une des folies de la jeune femme. Teinte entièrement en bleu, les teinturiers avaient ensuite teint uniquement le bas en noir et l'eau et les teintures, faisant leurs effets, le tissu s’imprégnant et fonçant peu à peu le bleu, pour obtenir ce dégradé original.
Les manches sont longues et de la dentelle d'or orne le bout, accentuant la maigreur de ses bras, le tâtez-y est en place près de la poitrine, formant un trio d'or, de saphir et de nacre.

L'oeil de sinople transalpin se pose sur la comédienne présente, parmi les invités du jour, et la Milena ne peut que s'offusquer en silence du rouge sur les lèvres, un rouge qu'elle trouve vulgaire. Elle, qui déteste voir les lèvres peintes et garde les siennes simplement rosées. Elle s'assoit, trouvant une place, après un sourire discret à ceux l'ayant salué. Puis une fois assise, la voilà détaillant les présents et lâché, avec nonchalance.


«  Ainsi, à Paris, la dernière mode, n'est plus de s'ennuyer chez soit, mais publiquement… Sûrement jusqu'au moment où l’ennui ne sera plus. »

Peste, oui, parfaitement, elle l'est, ses mots sont choisis pour s'entendre et faire réagir à la platitude et la futilité qui est de mise, elle n'a pas sa place ici, tous le savent, elle le sait aussi ...
Pourquoi un corbeau ressemble-t-il à un bureau ?Pourquoi un corbeau ressemble-t-il à un bureau ?
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Situation : Célibataire

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Lun 19 Sep - 21:58

HJ: 519 mots après une trop longue pause, ça fait du bien.

Comme à son habitude quand il était dans la capitale, le Duc de Mortemart aimait à se rendre dans des salons. Après tout on y parlait de divers sujets dont la politique et la littérature, et il y avait souvent charmante compagnie. Et puis après une longue absence de Paris dus a ses devoirs militaires au service du Roi, il lui fallait reprendre pied dans la vie mondaine de la capitale. Et puis, il n'avait point revu ses amies et amis qui ne séjournaient point a la Cour puisque, comme toujours, ses sœurs et son Roi avaient les premiers eu "les honneurs" de la visite du Duc.

Tranquillement, vêtu autant a la mode que possible, de toutes nouvelles tenues étaient en commandes, le Duc partit en direction de la Rue de Payenne. Là il fut accueilli en tant qu'habitué et se fit annoncé dans le salon pile au moment ou Madeleine Béjart critiquait le jeune Racine et la jeune di Milena, dont les atours avaient fort changés durant l'absence du Duc, déclarait fort clairement s'ennuyer. Regardant les deux femmes tour à tour, il constata que la jeune italienne arborait dorénavant un tâtez-y. Cependant il fallait rebondir sur les propos et, s'armant d'un verre de vin, le Duc prit la parole:

"Mais où est donc l'ennui lorsqu'on parle littérature? Il est vrai, damoiselle Milena, que vous êtes probablement plus au fait des auteurs italiens que des auteurs français et n'avez probablement pas encore entendu parler de Jean Racine, au contraire du célèbre Molière."

Le Duc s'approcha de Lyssa, comme pour lui expliquer:

"Il est certain que nul n'écris aussi bien que Molière qui, sous le couvert du rire, parvient a faire réfléchir, a dénoncer et susciter le débat. Mademoiselle Béjart le sait fort bien, pour avoir joué avec brio Dorine dans le scandaleux Tartuffe, la précieuse Magdelon, inutile de préciser l'œuvre. De plus elle a prouvé savoir joué la tragédie avec autant de talent, et ce malgré les critiques que Molière s'attira pour Dom Garcie. Autant dire que Mademoiselle Béjart fait autorité en matière de théâtre."

Dit-il alors, puisque la jeune italienne ne pouvait connaître ce que Molière et Madeleine avaient pu faire avant son arrivée a Paris. Se tournant vers Madeleine, il sourit doucement:

"Par conséquent il est certain que la plus grande comédienne de France ne peut être que critique d'un jeune auteur dont la première pièce fut un échec et dont la seconde plut au roi car elle avait pour thème Alexandre le Grand, sujet auquel notre Roi est fort sensible."

Vivonne but alors une gorgée.

"Cependant là où certaines personnes persiflent sur un auteur parce qu'il n'a su les convaincre après deux pièces, je pense qu'il faut lui laisser une nouvelle chance. Racine n'a même pas trente ans, il me semble tôt pour l'enterrer alors que ce n'est que la troisième pièce qu'il rédige. Après tout, même le grand Molière a eu des débuts difficiles et il ne serait peut-être pas devenu l'artiste qu'il est devenu sans le soutien d'une certaine famille."

Et Vivonne leva son verre à Madeleine. Il parlait clairement de la famille Béjart. Puisqu'il la contredisait, il essayait de la ménager. Après tout, il tenait énormément a elle.

Ex Scientia Tridens
Ex Scientia Tridens
Titre/Métier : Duc de Vivonne, Premier Gentilhomme
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Situation : Marié à Antoinette, 5 enfants légitimes

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Jeu 29 Sep - 19:17

Il fallait un mot bien extravagant pour renverser l’austère comtesse dans le camp de la petite peste italienne : Vivonne le prononça. En trois syllabes, tout était dit ; et pour avoir flatté la comédienne, il se perdait définitivement, sans le savoir sans doute, sans s’en inquiéter peut-être, dans l’esprit de la doyenne. Ne suffisait-il pas qu’il vantât ce coquin de Molière ? Non, non… Il fallait qu’il ajoutât l’insolence à la sottise, peut-être sans penser à mal – ce qui était pis encore.
Au nom de Magdelon, les lèvres pincées de Madame de Rochambaud se raidirent d’indignation. N’écrivait-elle pas ce matin même à l’admirable victime de cette honteuse caricature ? Pauvre, chère Madeleine… Une femme qui n’avait pas sa pareille et valait cent fois, mille fois Béjart, sa soi-disant « sœur » l’incestueuse, les infatués Mortemart et toutes les autres gourgandines et libertins de Paris réunis ! Assez de sottises.

« Nous jugerons sur pièce », trancha-t-elle, cauteleuse, sans toucher à sa tasse. Elle se dessècherait plutôt que de boire à la santé des histrions. De toute façon, le chocolat ne désaltérait guère, et montait au crâne. Comment avait-on pu le déclarer maigre ? Les faux dévots étendaient décidément bien trop loin leur ombre néfaste.
« Attendons qu’elle ait lieu. Je suis curieuse de voir, quant à moi, comment Monsieur Racine se dépêtrera de ses illustres prédécesseurs. Il s’attaque, après tout, à un grand sujet. Encore. »

Entendez : contrairement à celui-dont-elle-se-couperait-la-langue-plutôt-que-de-prononcer-le-nom. La pique n’échapperait pas à la moitié de l’assistance, qui connaissait – ou imaginait sans peine – le peu de cas que Madame la comtesse faisait de la comédie ; elle n’y insista pas. Il y aurait de l’indignité à s’acharner ouvertement sur une comédienne de rien, dont le monde oublierait le nom avant même de l’avoir enterrée. Gloriole éphémère des spectacles vivants…

« Vous verrez alors s’il vous ennuie moins que nos conversations, Signorina » enchaîna-t-elle avec un accent irréprochable et une dose très modérée de miel, en pivotant légèrement vers la sale gosse.

Elle eût la première condamné sa nonchalance – sans doute le ferait-elle incessamment ; mais à l’instant, di Milena se trouvait être un moindre mal. Avoir tancé la Béjart valait un peu de considération, même de courte durée. Elle avait de l’audace à défaut de manières – et de pudeur. Dieu ! Madame de Rochambaud ne s’accoutumerait jamais à ces décolletés. Pour le reste, la robe ne lui seyait pas mal. L’originalité flattait sa jeunesse. Ce bleu mangé de noir, plus profond que celui des rois, contrastait plaisamment avec la légèreté des circonstances – un peu, toutes choses comparables entre elles, comme le très conventionnel, quoique très coûteux taffetas violet d’évêque qu’elle portait elle-même. Et en parlant d’évêque…

« Comment Son Excellence se porte-t-elle ? J’ai ouï dire que ses talents commençaient à faire parler en haut lieu. Monseigneur l’archevêque de Paris n’en parle qu’en bien, et il n’est pas aisé de s’attirer ses grâces.

Madame de Rochambaud en savait quelque chose, qui personnellement ne portait pas de Péréfixe dans son cœur – quoiqu’elle se gardât bien de s’en ouvrir à quiconque. En revanche, elle appréciait assez l’évêque de Rapolla. Déjà, c’était un Italien : l’exotisme péninsulaire exerçait sur son vieil esprit comme une force incantatoire, ou bien, tout simplement, elle ne haïssait point les occasions de causer la langue de Dante Alighieri. Ensuite, il avait du goût, qui n’est pas la chose du monde la mieux partagée. Enfin, il savait tirer son épingle du jeu. Si la comtesse le jugeait correctement, son ambition voyait loin ; et elle se trouvait plutôt disposée à l’aider dans ce sens.
Titre/Métier : comtesse de Rochambaud, baronne de Rosemonde / caution morale en chef
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Situation : veuve, mère de cinq garçons dont un décédé

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Dim 16 Oct - 16:38

Elle lança le sinople sur Vivonne.

"- Vous savez votre Grâce, je suis en France depuis plusieurs années, maintenant. Bien que je reste aux yeux de tous, la nouvelle, l'étrangère et je vous remercie de votre explication, néanmoins si le théâtre avait su me divertir ces derniers mois, je n'aurais émis mon avis, sur l’ennui. "

La jeune italienne afficha un doux sourire au Mortemart. Il était de ceux, qui savaient qu'elle apprécier le théâtre, mais jamais autant, qu'elle n'aimait danser et se laisser porter par rêves et musique. Sa main glissa dans la tignasse blonde pour l'ébouriffer un peu avec négligence avant de faire mine de la lisser et de la poser sur son épaule. Puis l’œil alourdi de noir, avisa la Vivante, s'arrêtant sur les cheveux clairs. Le premier jugement était clair, ils étaient si pâles, que la Comtesse devait être personne très honnête ! Mais Milena n'est pas naïve à ce point et sait que les cheveux pâles sont une chose qui arrivent plus vite que l'on ne le croit - combien de fois, avait-elle fait la remarque à Leandro? - si bien qu'elle resta un instant silencieuse avant de répondre.

"- Son Excellence mon oncle, se porte à merveille, bien que le soucis l'accapare, bien sûr, toutes ces sombres histoires ne sont pas pour le rassurer. "

Et bien sûr, dans l'histoire, les deux italiens, ne sont pas contre l'usage de quelques poisons, pour aider les talents de Rapolla à se montrer plus beaux encore et le faire monter plus haut.

"- Je suis ravie que Monseigneur l'archevêque de Paris l'apprécie, mon oncle est un homme bon et généreux et j'espère qu'il aidera tout ceux qui on perdu leurs chemins à retrouver celui de dieu. "

L'œil clair se pose ensuite sur la robe.

"- Cette robe est très seyante, elle vous va à ravir. Cette couleur est magnifique. "

Bien sûr, qu'elle savait, que la couleur était celle des évêques et c'est bien pour cela, qu'elle ne l'osait pas, son père l'était déjà ... Même si soudainement, l'idée séduit la jeune Milena, de créer un nouveau scandale vestimentaire, à partir de cette couleur ... Sale gosse un jour, sale gosse toujours, surtout pour le moineau des cieux, qui s'amusait secrètement à balancer des cailloux sur les pigeons, qui venaient sur ses fenêtres. N'oublions pas, qu'elle reste dans l'âge ingrat, des seize ans. Le sourire est sur les lèvres rosés et la main pose sur la joue.
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Dim 30 Oct - 13:51

Isabeau tordait ses gants dans le carrosse qui l'emmenait Rue Payenne. Elle avait été conviée au salon de Mme d'Espard aujourd'hui et il eut été impoli de refuser. Valérian l'avait d'ailleurs mise en garde, avec un de ses regards perçants dont il avait le secret, contre toute tentative de défilement de sa part.

Pour l'occasion, elle avait coiffé ses longues boucles blondes en un chignon simple, délicatement orné d'une broche en argent et améthyste. La simplicité dont elle faisait preuve lui donnait un air ingénu tout à fait adorable.
Avec l'aide de sa camériste, elle avait fardé ses joues de rose et poudré légèrement ses paupières pour donner de la profondeur à son regard et avoir l'air un peu moins fragile qu'à l'accoutumée.
Au moment de passer son corset, la femme de chambre n'avait pu s'empêcher de grogner.

- Madame, il vous faut manger davantage ! J'arrive à vous ceinturer sans aucun effort, si vous ne reprenez pas du poids, vous pourriez aussi bien sortir sans rien que personne ne verrait la différence !

La Vicomtesse avait rougi et était partie d'un rire gêné. Elle avait imaginé les regards envieux et gênants des autres femmes, lorgnant sur sa taille de guêpe rarement égalée.

- Et pourtant, Dieu sait que je mange...

Elle avait passé ensuite une robe de taffetas d'un rose poudré aux reflets chauds qui donnaient de la vigueur à sa silhouette. Le corsage était orné de dentelle délicate, ainsi que le bout de ses manches et la bordure du corsage. Le tissus, fendu en avant, laissait voir une seconde jupe dans un tissus crème des plus ravissants. Pour tout ornement, elle passa un tour de cou en tissus assorti à sa robe sur lequel on avait fixé un camée. Une paire de chaussures plus tard et elle était fin prête pour partir.

Alors qu'elle s'était dirigée vers le hall d'entrée, elle fut arrêtée par la course de ses trois enfants, poursuivis par leur nourrice, qui venaient lui réclamer un baiser avant son départ. Si seulement elle avait pu rester avec eux...

Bercée par le doux branle du fiacre, elle sursauta presque quand le cocher s'arrêta devant l'hôtel particulier pour venir lui ouvrir la porte. Isabeau sentit son coeur se serrer. Elle ne pouvait plus reculer... Ses jambes s'entrechoquaient presque.
Nerveusement, elle agrippa trop fort le bras de son valet et sortit, aussitôt accueillie par un des majordomes de Madame d'Espard. Elle soupira une dernière fois puis se para de son aimable sourire de société. Elle ne ferait pas honte à son nom.

Le brouhaha des caquètements des individus présents la saisit à la gorge quand on l'introduisit mais Isabeau ne laissa rien paraître. Elle alla même saluer ses connaissances avec délicatesse, ne manquant pas d'adresser ses remerciements à l'hôtesse pour son invitation, ainsi que ses excuses pour n'être pas venue la foi précédente.
Madame d'Espard se para d'un sourire faussement aimable en agitant son éventail.

- Votre présence nous a grandement manqué, madame la Vicomtesse ! Moi qui me languissais de vous voir ! Pour vous faire pardonner, vous devriez au moins nous interpréter quelque chose au clavecin !

Isabeau déglutit à nouveau. Elle savait bien que Madame d'Espard ne s'était jamais languie de sa venue. Elle était tout à fait au courant de l'aversion profonde qu'elle avait pour les sorties en société et l'angoisse qu'elle avait d'être entourée par les foules. Elle se vengeait en la forçant à se produire devant toute l'assemblée. La Vicomtesse se prépara à décliner poliment mais l'hôtesse avait déjà lancé à la cantonade :

- Un peu de silence je vous prie ! Madame la Vicomtesse de Jarjayes va nous interpréter quelque chose !

Isabeau ne pouvait plus reculer. Les amies d'Espard la poussaient déjà vers le clavecin, chef d'oeuvre de marquetterie, soit dit en passant. Elle sentait ses mains trembler. Elle allait se ridiculiser devant tout le monde... Sa nuque chauffait sous les regards de ceux qui l'entouraient mais c'était trop tard. Quand le silence se fit, Isabeau pris une longue inspiration, essuya discrètement ses mains moites contre sa jupe et étendit ses doigts fins sur le clavier.

Lully - Marche pour la Cérémonie des Turcs ( /!\ anachronisme )

Elle se lança. Isabeau avait appris une marche de Jean-Baptiste Lully que ses enfants adoraient entendre. Les premières notes tombèrent juste, un soulagement pour elle. Une à une, elle égrena les sons, voyant la partition défiler devant ses yeux sans pour autant l'avoir sur son pupitre.
A la grande déconfiture de Madame d'Espard, Isabeau s'en sortit avec brio et se releva de l'instrument lorsqu'elle termina, saluant aimablement l'assemblée tout en frissonnant en sentant une goutte de sueur froide couler dans son dos.
Titre/Métier : Vicomtesse
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Ven 4 Nov - 18:18

La compagnie lui tira deux pensées. La première, que la jeunesse ne savait pas ce qu’elle ratait. Toute l’énergie dépensée à la mauvaise volonté réallouée à de culturels passe-temps et l’ennui n’aurait plus jamais été un problème. La seconde, qu’elle avait dernièrement oublié de donner signe de vie à Vivonne. Mais jugeant qu’elle avait depuis longtemps passé l’âge de se perdre dans d’inutiles excuses, et que les occasions de s’expliquer viendraient peut-être plus tard – ou ne viendrait pas, ce qui serait également acceptable – elle choisit de passer outre et de l’écouter avec une attitude tout ce qu’il y avait de plus classique, c’est-à-dire aux lèvres un sourire qui s’astreignait à une certaine retenue.

« Le crédit que vous donnez à mon opinion me flatte. »

Elle n’eut cependant pas le temps de feindre la modestie – elle gardait la sincérité pour d’autres sujets, s’agissant de théâtre elle conservait volontiers le monopole de la bonne parole – qu’une voix si revêche qu’elle aurait due en être interdite ici s’éleva pour, bien sûr, tuer en quatre mots – littéralement ! – le début de conversation. La comtesse de Rochambaud n’avait en effet jamais brillé que par sa capacité à se montrer désagréable et ne faisait aujourd’hui pas exception à sa règle. Comme si pour se venger de la pathétique platitude qu’avait été toute sa dévote vie il fallait, au risque sinon que la vision du bonheur d’autrui l’étouffe, qu’elle piétine avec soin toute pointe de bonne humeur. On avait déjà vu sacerdoce moins agaçant. Madeleine aurait ainsi donné beaucoup pour se sentir le droit de lui répondre que pour la voir, cette pièce, aussi lui faudrait-il être toujours en vie l’année prochaine. Enfin. Le principal problème des ancêtres, particulièrement des plus acariâtres, était leur longévité et leur acharnement à vouloir demeurer le dernier debout. Si bien qu’il y avait fort à parier que la comtesse les enterrerait tous. Du coin de l’œil elle observa l’aïeule, incapable de tenir plus d’une vingtaine de seconde sans en revenir à son sujet de prédilection. Pour être certain que Dieu ne nous abandonne jamais il convenait d’évoquer ses suppôts aussi souvent possible, de préférence quand les circonstances ne le demandait pas expressément, la règle était au moins universellement connue.  

« Un peu de silence je vous prie ! Madame la Vicomtesse de Jarjayes va nous interpréter quelque chose. »

Heureusement, la maîtresse des lieux ne laissa pas à la gaieté le temps de battre encore un peu plus loin des ailes. Mais sa manière de divertir l’assemblée ne manquait pas d’une pointe de cruauté. La pauvre vicomtesse en question n’était en effet pas connue pour sa nature exubérance, si bien que Madeleine entendit dans son dos le pari être pris quant au moment où elle tournerait de l’œil. Pour la forme la Béjart fronça légèrement les sourcils, intérieurement elle gagea sur la deuxième mesure. Mais l’instrumentiste n’était finalement pas aussi fébrile qu’elle en avait l’air et parvint, non sans talent par ailleurs, à tenir jusqu’au bout du morceau, ce qui lui fit récolter de mérités applaudissements. Et tira à madame d’Espart un haussement de sourcils que certains auraient pu juger étonné mais que beaucoup suspectaient déçu.

Alors que chacun retournait à sa conversation, Madeleine hésita un instant, une seconde à peine, avant de revenir vers Vivante de Rochambaud. Non que sa compagnie soit particulièrement agréable, bien au contraire la comtesse n’avait jamais cherché à masquer l’inimitié qu’elle portait à tout artiste qui n’était pas reconnu pour sa maîtrise des cantiques, mais il y avait quelque chose d’au fond amusant à lui voir plisser le nez dès lors que son noble regard s’abaissait sur la plèbe théâtrale. Et si chaque mot adressé à la veuve était habituellement renvoyé avec mépris, quand on était à peu près immunisé au dédain des bigotes – à force elles faisaient presque plus rire que pleurer, les femmes de cette espèce – demeurait une forme de divertissement peu mature, et surtout une satisfaction qui ne l’était pas beaucoup plus, à l’imaginer se retenir d’aller s’asperger d’eau bénite. A dire vrai, dès le lendemain il était fort à parier que Madeleine se plaindrait avec vivacité de tous les maux que faisaient à la comédie les rats d’église, mais aujourd’hui la tentation d’en contrarier un, rien qu'un peu, était grande.

« Comment se portent vos fils, madame ? »
Toujours à prier pour de proches funérailles de leur mère ? Quand ils ne l’étaient pas à ternir son nom et à assécher ses caisses. Quoiqu’au cours de la dernière décennie elle les avait plutôt bien tenu, il fallait le lui reconnaître. Sauf peut-être le dernier – ou l’avant dernier ? A les multiplier on s’y perdait –, qui lors de ses visites parisiennes ne manquait jamais de faire parler de lui.
« Il est regrettable qu’aucun d’eux ne soit des nôtres tantôt. » Sans doute étaient-ils trop occupées à dépérir on ne savait trop où en province. « La compagnie de ce cher Philippe m’est toujours plaisante. » Et, compte tenu de sa tendance à toujours trop parier aux cartes et à être distrait par un battement de cils, relativement rentable.

Il n’en fallait en général pas plus pour s’attirer le fiel de Vivante qui, à défaut de faire dans l’originalité, touchait toujours juste. Pour ne pas devoir se contenter de sourire en serrant les dents pendant que, supériorité nobiliaire obligeait, on se faisait rabattre le caquet, il convenait donc de ne surtout pas s’attarder. Mieux encore : mieux valait fuir. N’ayant jamais eu d’attrait pour la stratégie militaire Madeleine considérait en effet que la retraite était une tactique tout ce qu’il y avait de plus honorable et, d’une voix trop mielleuse pour que jamais on ne la croit amicale, s’excusa auprès de la matriarche.

« Malheureusement le diable n’attend pas. » Autrement dit le théâtre requérait son attention. Ou plus exactement était une excellente excuse pour filer d’ici en emportant avec elle un regard incriminant. « Et afin que vous puissiez le juger avec votre habituelle impartialité aussi faut-il que mon texte soit appris. » Surtout ne pas se laisser tenter par une longue tirade pour défendre son art et s’en aller fissa. « Vous voir ici fut comme toujours un plaisir, madame la comtesse. »

Puisse ce plaisir se faire de plus en plus rare afin d’être chéri. Et après avoir respectueusement courbé le cou elle s’éclipsa en direction de la sortie.

_________________________

QUELQUE CHOSE APPROCHANT COMME UNE TRAGÉDIE† Un spectacle ; en un mot, quatre mains de papier. J’attendrai là-dessus que le diable m’éveille.  (c) P!A
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Sam 5 Nov - 12:43

Alors que Vivonne parlait et attendait une réponde de Madeleine Béjart, une vieille femme s'installa près de la jeune Lyssa pour s'immiscer dans la conversation. Ainsi, a peine Madeleine avait-elle dit être flattée par le Duc sur le crédit qu'il attribuait à l'opinion de la plus talentueuse comédienne de la capitale, voilà que Rochambaud se mettait a médire. Le Duc qui avait espéré entamer la conversation avec cette comédienne qu'il aimait et admirait tant, même s'il craignait que les sentiments ne soient plus réciproques, et voilà que cette conversation était tuée dans l'œuf par la vieille carne. Encouragée a critiquer les arts théâtraux par Rochambaud, la jeune Lyssa se mit a critiquer le théâtre avec un doux sourire qui lui était clairement adressé juste avant de parler a Rochambaud.

Le Duc de Mortemart avait été pris au dépourvu par cette Rochambaud et l'alliance inopinée de Céleste et la vieille pie. Cependant le sujet n'était pas sa priorité, il désirait plutôt passer du temps avec Madeleine qui lui avait tant manqué et lui créait tant de soucis alors qu'elle s'était faite des plus distantes. Il vit qu'elle se rapprochait pour répondre a Vivante et la laissa faire, quand leur hôte prit la parole. Alors il détourna son regard de la belle comédienne et le posa sur la nièce du religieux italien:


"Et bien voilà un divertissement bienvenu. J'ose espérer qu'il saura contrer votre ennui, ne serait-ce que pour un moment."

Snobant Rochambaud, qui avait cassé la bonne humeur avec ses bondieuseries qui étaient affligeantes même pour quelqu'un de normalement pieux, le Duc tourna son attention vers la vicomtesse de Jarjayes. A regarder les visages, il semblait évident que D'Espart souhaitait humilier Jarjayes mais la vicomtesse maitrisait l'œuvre qu'elle jouait et la déception souleva un sourcil de leur hôte.

Le Duc n'était point désireux de se rapprocher de Rochambaud et voir que personne ne s'approchait de Jarjayes par peur de déplaire a D'Espart après avoir apprécié les talents de la vicomtesse était des plus intolérables a ses yeux. Intouchable car trop prestigieux pour que D'Espart puisse lui refuser l'entrée, Vivonne alla vers la vicomtesse et la salua avec politesse, offrant un baise main et se présentant. Grace a la Dame d'Espart, il savait déjà qui elle était. La pauvre semblait frissonner encore de s'être représentée en public et avait besoin de réconfort.


"Bonsoir Madame la Vicomtesse. Je suis le Duc de Mortemart. Il me faut vous féliciter pour vos talents qui viennent d'égailler ce salon que certains semblent vouloir a tout prix plonger dans la morosité.

La politesse et la conversation pouvaient occuper l'esprit. Mais pour le réconfort, le Duc profita du passage d'un serveur avec deux coupes de vin pour en prendre une et en donner une a Isabeau.

"A vos talents de musicienne."

Trinqua-t-il doucement, sans se rendre compte que Madeleine s'éloignait vers la sortie. A vouloir s'éloigner de Rochambaud et ne pas laisser seule la musicienne, il avait trop tardé et ratait l'occasion de parler a celle qui avait prit son cœur pour l'emporter ailleurs.
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Dim 6 Nov - 23:37

Isabeau s'était sentie très seule après la fin de sa prestation. En ne se ridiculisant pas, elle avait causé le déplaisir d'Espart. Personne n'osa l'approcher pour lui présenter ses compliments, de peur de déplaire à leur hôtesse. La Vicomtesse se préparait donc à s'asseoir seule, une heure ou deux, puis de repartir sans bruit. Au moins pourrait-elle dire à son sombre mari qu'elle avait fait acte de présence au salon...
Mais ce fut sans compter sur l'arrivée d'un gentilhomme qui vint la saluer avec politesse avant de se présenter. A son nom, la jeune femme pâlit.
Bien qu'elle ne l'eut jamais rencontré, elle avait entendu parler du Duc de Mortemart, proche de la famille royale et bien supérieur à elle par le sang qui coulait dans ses veines. En venant lui parler, il lui marquait un intérêt privilégié qui ne manqua pas d'être relevé par les autres femmes de l'assemblée. Prestement, elle fit une gracieuse révérence en baissant nerveusement les yeux pour marquer son respect.

- Vous me faites trop d'honneur, Monsieur le Duc.

Elle ne savait pas trop quoi ajouter et se redressa, faisant légèrement onduler les mèches blondes qui encadraient son visage toujours juvénile. Elle en saisit une avec délicatesse et se fendit d'un sourire à son attention. Ce Duc ne semblait pas hostile ou condescendant avec elle, ce qui lui fit un bien fou. Le tintement de leurs deux verres résonna de façon aigüe à ses oreilles, comme une clochette marquant l'espoir de faire quelques rencontres agréables dans ce salon de la rue Payenne.

- Je vous remercie.

En buvant quelques gorgées, la jeune femme essaya de trouver un sujet de conversation qui convienne à un homme de son importance mais les mots ne venaient pas. Dieu, qu'elle se sentait insignifiante à côté de lui... Puisqu'ils semblaient partis sur un sujet musical, pourquoi ne pas continuer ?

- En vérité, je préfère le chant au clavecin, j'y trouve plus de facilité à rendre l'expressivité d'une mélodie.

Isabeau rougit légèrement en réalisant ce qu'elle disait. Pourvu qu'il ne lui demande pas de chanter ou elle mourrait de syncope !

- Et... Et vous, Monsieur le Duc, jouez-vous d'un instrument ?

Même face à une présence amicale, la jeune femme ne pouvait s'empêcher d'être mal à l'aise. Elle pesait le moindre de ses mots pour ne pas paraître inconvenante, elle souffrait des regards inquisiteurs des courtisans présents dans ce salon ampoulé. Elle souffrait de ne pouvoir laisser transparaître franchement son enthousiasme pour les arts et surtout pour l'écriture. Elle se sentait minuscule, bien trop stupide, bien trop gauche, pas assez gracieuse. A côté du Duc, assuré et flamboyant comme un lion, elle n'était rien de plus qu'une petite souris.
Isabeau agita un peu son éventail. Elle avait chaud, cette ambiance l'étouffait, la mortifiait presque, bien qu'elle continue de sourire aimablement à l'homme en face d'elle.

- J'attends avec impatience la prochaine oeuvre de Monsieur Lully. J'espère que nous pourrons encore admirer un de ses splendides ballets dont il a le secret... Les ambiances qu'il parvient à retranscrire me transcendent toujours.

Assurément, Isabeau aimait Lully, mais... Comment aurait-elle pu avouer que la musique qu'elle préférait était celle des oiseaux par un splendide matin d'été ? Qu'elle ne trouvait pas plus belle symphonie que celle de l'écoulement d'un cours d'eau ? Que rien n'aurait pu égaler la sonorité grandiose d'un orage sur la campagne ? Isabeau ne pouvait dévoiler ainsi ses goûts simples au premier homme venu, dusse-t-il être un Duc.
Elle se décida enfin à vraiment lever ses grands yeux gris vers lui pour détailler un peu mieux sa physionomie.

Il était grand. Pas autant que son époux, certes, mais sa carrure quelque peu plus développée le rendait tout aussi imposant... Il avait une chevelure fournie qui semblait briller sous les feux des lampes et qui avait l'air impeccablement entretenue. Cela lui donnait un air jeune et fougueux, comme ces preux chevaliers des temps anciens, desquels la plupart des jeunes filles avaient une vision idéalisée. Ses yeux étaient du bleu de l'océan et semblaient contenir un monde de secrets et de douleurs enfouies. Ils étaient intenses, brillants, vivants et témoignaient d'une forte personnalité.

Isabeau se demanda un instant à quoi ses propres yeux pouvaient ressembler... Sans doutes avaient-ils l'air éteints ou soucieux, comment aurait-elle pu savoir ?

Soudainement, elle nota un détail qui lui avait échappé, précédemment. Bien qu'entretenues soigneusement, les mains du Duc semblaient quelque peu calleuses... Mais les marques ne ressemblaient pas à celles de quelqu'un qui tenait chaque jour, pendant de longues heures, les rênes d'un cheval. A la lumière des lampes, elle saisit soudain ce qui lui avait échappé. Le teint du Duc de Mortemart était plus hâlé que la plupart des gens présents ici. Il travaillait à l'extérieur, mais dans un poste glorifiant, sans doute l'armée ? Mais pas l'armée montée, autrement, il aurait eu les mêmes marques qu'elle avait pu noter sur les mains de son mari.
Une idée lui vint soudain à l'esprit.

- Monsieur le Duc, veuillez pardonner mon indiscrétion et mon manque de connaissances mais, à tout hasard, passeriez-vous beaucoup de temps en mer ?
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Sam 19 Nov - 22:17

Le compliment de la jeune Italienne avait amené un sourire faussement modeste, clairement complice sur le visage de l’ancêtre. Chacun ses manifestes vestimentaires. Fâcheusement, la marquise d’Espard coupa court à cette discussion prometteuse pour fondre sur la jeune Jarjayes tout juste arrivée. Le monde, décidément, ne reculait plus devant aucune vilenie. Madame de Rochambaud voulut former quelque remarque acide sur le devoir sacré des hôtes à l’attention de leurs invités ; elle n’en eût pas le temps. D’Espard forçait déjà sa pauvre victime vers le clavecin.
« On dit la Vicomtesse fort bonne instrumentiste », affirma la comtesse à son entourage avec sa conviction coutumière. Elle ne dévoila pas la source de cette information, qui demeurait sujette à caution ; mais qu’à cela ne tienne. Il n’y aurait jamais de honte à soutenir une petite chose fragile. Elle se fut contentée d’une prestation médiocre. Elle savoura d’autant mieux la qualité du camouflet musical infligé à la d’Espard.
Bon, bon. Cette petite Jarjayes ne manquait peut-être pas tant de relief, après tout.

« Fort bonne instrumentiste, en effet » répéta-t-elle – évidemment – après le torrent d’applaudissements auquel elle n’avait pas laissé de prendre part. Remettre la vaine marquise à sa place valait bien qu’elle lâchât la bride sur ses préférences musicales. Du reste, Lully ne lui déplaisait pas encore. « Un toucher très sûr, n’est-ce pas ? Le clavecin exige beaucoup de douceur. Si l’on y a point garde, il tourne vite à l’aigre. On entend des personnes tout à fait remarquables produire des mélodies effroyablement criardes. »
Elle se fut lancée dans une anecdote à ce propos ; or, l’un des malheureux membres de la petite assistance sur laquelle elle avait jeté son dévolu s’effaça, laissant galamment place à une autre que la comtesse ne tenait pourtant pas à revoir. Était-il donc écrit que l’on couperait court à ses plaisirs, ce soir ? Cette petite comédienne n’entendait-elle donc point qu’on la remettait à sa place ? Oh, bien sûr que si… Madeleine Béjart était beaucoup de choses, sans aucun doute, mais point stupide. Madame de Rochambaud lui consentit un salut guindé, prête à encaisser la riposte.

« Comment se portent vos fils, madame ? »

Droit dans la descendance, évidemment. Un coup parfaitement classique – mais trop efficace pour que l’impératrice de la mauvaise foi put s’en prétendre navrée. Elle épongea l’affront du bout des lèvres, forçant une voix de vieille dame reconnaissante :

« Mais fort bien, Dieu soit loué. »

L’actrice ne tarda pas à révéler le nom du facilitateur de cet assaut. Philippe et Béjart… Grand Dieu, quelle horreur. Ainsi, cet insensé fréquentait encore les actrices. La leçon de la petite intrigante des Italiens lui avait-elle donc si peu servi ? Pourvu que celle-ci ne le prenne pas à son tour dans ses filets. De l’autre, Madame de Rochambaud avait pu le débarrasser, visiblement à trop bon compte pour lui ; mais de cette harpie ? Allons, allons, du calme. Son imbécile de fils les préférait plus fraîches ; sans compter qu’il n’offrait rien de palpitant. Une artiste, sans doute, ne se choisirait pas un favori aux attraits si limités pour le simple plaisir d’agacer une vieille dame.
Elle préparait un renvoi sur les qualités de l’épouse de Philippe, histoire d’asséner quelques valeurs matrimoniales en pleine figure de son assaillante au célibat tardif ; mais celle-ci lui coupa l’herbe sous le pied à grand coup de… théâtre. Belle transition, fallait-il reconnaître. C’en était vexant.

« Malheureusement le diable n’attend pas. Et afin que vous puissiez le juger avec votre habituelle impartialité aussi faut-il que mon texte soit appris. Vous voir ici fut comme toujours un plaisir, madame la comtesse. »
« Lors, à moi celui de constater bientôt vos prouesses, Mademoiselle Béjart. Je vous attends égale à vous-même. »

Et de suivre d’un regard acéré la silhouette légère de l’actrice s’évaporant vers la sortie. De toute évidence, Rochambaud perdait cette passe-ci. Quelque part dans un coin de sa vieille caboche, elle commença à envisager de descendre un jour au Palais-Royal pour s’arroger le plaisir de descendre en flèche cette impertinente.

« Je la plains », exposa-t-elle à l’attention de la petite Milena, sans se donner la peine de paraître sincère. « Tout le talent d’un comédien est en pure perte s’il n’y a point de pensée à sublimer. Un art ingrat, le théâtre. C’est un peu comme le clavecin : un équilibre doit être maintenu, aussi fragile qu’essentiel. À trop forcer l’éclat, on obtient le vulgaire. »
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Mar 29 Nov - 13:24

Musicienne accomplie et femme au port élégant, Isabeau de Jarjayes affichait aussi une modestie qui était peu coutumière a Paris, et plus encore à la Cour, particulièrement lorsqu'elle était sincère. Modeste, et certainement timide, elle savait se comporter et appréciait visiblement la façon dont il la traitait, offrant un sourire charmeur au Dux. Il pensa alors que la pauvre souffrait d'un complexe d'infériorité à cause du féroce mépris dont les femmes peuvent faire preuve entre elles.

"Désirer engager la conversation avec une instrumentiste à l'agréable doigté n'est pas naturel?"

Connaissant sa propre réputation et se doutant qu'Isabeau était timide, Vivonne préférait approcher sur du velours avec Isabeau. Il désirait discuter et non effrayer. Et quand ils portèrent un toast et qu'elle l'en remercia il sourit:

"Oh je vous prie de bien vouloir accepter au contraire mes remerciements, votre musique et votre venue ont certainement allégé l'atmosphère de la soirée."


Isabeau et Vivonne burent alors tous deux un peu dans leur coupe, et la jeune femme prit la parole, évoquant ses talents musicaux. Ainsi elle préférait le chant? Intéressant.

"Oh j'espère un jour vous entendre chanter alors, mais je crains que le lieu et l'heure ne se prêtent guère au chant."

Il fit alors un de ses sourires doux et charmeurs dont il avait le secret quand il voulait se montrer amical avec une Femme. Ils venaient naturellement, quel que soit les intentions du Duc. Et alors que Rochambaud répandait son venin sous le regard de Milena et que Mademoiselle Béjart s'éloignait, repoussant les occasions de discussion sérieuse entre elle et le Duc, Vivonne lui profitait d'une agréable discussion tout en légèreté.

"J'ai appris divers instruments mais je dois vous avouer que je n'ai pas autant excellé qu'en danse, sans pour autant égaler notre Roi. Un talent fort utile à la Cour comme sur les champs de bataille, aussi surprenant que cela puisse être."

Confia-t-il alors en toute simplicité et sans plus s'épancher même s'il répondrait tout naturellement aux questions d'Isabeau si elle le désirait. Mais mieux valait parler de Lully. Pour le moment en tout cas.

"Oh je comprends cette impatience à attendre un nouveau ballet, elle est naturelle mais n'ayez crainte, Lully n'a jamais que quatre années de plus que moi. Semblons-nous si âgés que nous pourrions disparaître demain?"

Le sourire comme le regard du Duc illustraient clairement qu'il plaisantait et avait parfaitement compris qu'Isabeau espérait que la prochaine œuvre de Lully soit un ballet et nul autre style d'œuvre. Mais c'était aussi une façon relativement subtile et gentille de rappeler que si la prochaine œuvre n'était pas un ballet, il y aurait bien d'autres occasions pour livrer un ballet au public. Soudainement, le Duc eu l'impression d'être regardé. Oui, effectivement les grands yeux gris étaient posés sur lui. Et soudain une question le prit par surprise et le fit sourire. Ainsi elle avait déduit son occupation en l'observant. Voilà une jeune femme aussi brillante intellectuellement qu'avec un clavecin entre les mains. Et ce malgré sa timidité qu'elle semblait cacher derrière des mouvements d'éventail. Ne prêtant guerre attention au public alentour, il prit doucement parole:

"Effectivement, je suis capitaine général des galères. Il me faut donc souvent passer du temps à Marseille, quand je ne dois pas prendre la mer pour aller défendre les intérêts du Roi."

Il sourit doucement. Regardant la jeune femme, il se demanda brièvement quel âge elle pouvait avoir mais il remarqua aussi que malgré une peau fort pale, elle semblait adepte du travail manuel... Cependant il s'agissait d'une femme.

"Quand à vous, je parierais sur un amour des plantes, ai-je raison?"

Sourit doucement le Duc. Il jeta un coup d'œil circulaire, constatant que Rochambaud était toujours occupée à déverser son fiel sous le regard de Céleste Milena. Il comprit alors qu'à fuir Rochambaud pour discuter avec Isabeau, il avait raté l'occasion de parler sérieusement avec Madeleine et que tout serait à refaire. Sa mine s'assombrit brièvement mais bien vite il se retourna vers Isabeau et lui sourit.

"Désirez-vous que nous trouvions une place assise pour discuter et faire plus amplement connaissance?"

D'une main il guida Isabeau devant lui et, profitant qu'elle ne pouvait le voir, fit un petit signe à Lyssa pour lui indiquer que si elle désirait, elle pouvait les rejoindre, tout en espérant que Rochambaud n'avait pas vu le signe ou ne suivrait pas Lyssa. Un risque à prendre mais ce soir Vivonne désirait seulement discuter, et faire connaissance, et, chose étonnante venant de Vivonne, nullement il ne cherchait à séduire simplement pour profiter d'une nuit agréable. Il désirait mettre les choses au clair avec Madeleine avant de savoir quelle direction prendre et, de plus, Isabeau lui semblait bien trop intéressante pour lui manquer ainsi de respect.

"Nous pourrions parler de nous, nos vies, nos familles et nos passions, ou de tout autre sujet si vous préférez. Tant que ma conversation vous est agréable, je veux bien satisfaire toute curiosité que vous pourriez avoir et, qui sait, j'aurais peut-être moi-même quelques questions pour vous."

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