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 Auguste de Villiers - "le libertinage, c'est aimer au pluriel tout en restant singulier"


Jeu 7 Juil - 18:41

Auguste de Villiers

(Ft. Avatar - crédit)

1. Identité

   
Métier/Titre(s) : Vidame de Villiers
   Âge : 25 ans
   Origines : françaises et espagnoles
   Langue(s) parlée(s) :  Bon espagnol
   Situation amoureuse: Marié deux fois, ne compte plus ses maîtresses
   Religion: catholique pour la galerie
   Groupe:Rue Ste Anne. La Rue Payenne est beaucoup trop huppée pour accepter un personnage à la réputation aussi sulfureuse, et Auguste reste beaucoup trop noble de caractère pour prêter plus qu'un intérêt superficiel aux discussions Rue Férou.  
QUE PENSER DES POISONS ? A BANNIR OU LA FIN JUSTIFIE LES MOYENS ?  : La fin justifie les moyens... Mais pour le moment il n'a jamais eu à jouer à ce petit jeu-là. Pas d'affinités particulières pour les poudres de succession, jusqu'à nouvel ordre.

   TROIS VOEUX SONT OFFERTS A VOTRE PERSONNAGES, LESQUELS SONT-ILS ? :  Obtenir l'impunité complète. Et des fonds sans fins, parce que se financer, c'est chronophage. Et revenir au temps béni où il n'avait pas encore croisé La Reynie, dans un espace-temps où le lieutenant de police n'existerait pas (ou à défaut, que ce dernier oublie son existence).

   SE SENT-IL EN SÉCURITÉ ? : Autant que faire se peut quand on n'a plus aucune stabilité financière (ces parents qui refusent de subvenir aux besoins de leurs enfants...) et qu'on passe la moitié de son temps à transgresser les codes sociaux... Et qu'on s'est mis à dos la Reynie.

   QUEL EST SON RAPPORT À LA RELIGION ? : Très conflictuel. Venant d'une famille très pieuse (sans doute un petit reste des ancêtres Espagnols), Auguste détonne par son impiété qui confine parfois au blasphème (mais toujours pour un public choisi, critiquer la religion et l'Eglise à tous les coins de rue, c'est suicidaire). La religion, pour lui, est un carcan dont on s'affranchit. Mais qu'on lui prouve l'existence de Dieu, et alors on verra!

   UN CAUCHEMAR RÉCURRENT ? : Vieillir, se ranger, prendre une épouse et ne plus en changer, fonder une famille et s'enliser dans la banalité et la médiocrité. Avec en prime le risque que ses frasques de jeunesse s'accrochent à ce masque de vieillesse. Ce qui serait ridicule.

   QUELLE EST SA PRINCIPALE AMBITION ? : Passer à la postérité et se tailler une réputation digne de celle des grands noms de l'Antiquité (en toute simplicité, Alcibiade, et pourquoi pas même Alexandre le Grand).

   
2. Anecdotes
Auguste a une conception de la morale toute particulière, mais pour simplifier disons que le concept lui est parfaitement inconnu et étranger ◊ Il aime à entretenir son valet de philosophie et de grands principes pour mieux le tourner en ridicule ◊ Il a toujours un sourire nerveux et un tic de la main, comme pour chasser une mouche, dès qu'on évoque La Reynie devant lui ◊ Il met un point d'honneur à changer de maîtresse au moins deux fois par mois -question de principe ◊ Il ne transige pas avec l'honneur, tant qu'il ne s'agit pas de femmes ◊ Il est tellement expressif qu'il se caricature lui-même sans qu'on est besoin de forcer le trait pour se moquer ◊ Il lui est déjà arriver de se retrouver enfermé dehors certains soirs où son père avait décidé qu'il était trop tard (ou à se risquer à un peu d'escalade) ◊ Il frotte un doigt contre le bout de son nez quand il réfléchit à un "plan". Vincent a déjà essayé de lui en faire la remarque, mais il a reçu un soufflet et n'y est pas revenu. ◊ C'est un esthète accompli ◊ Il est incapable de se concentrer suffisamment longtemps pour lire un livre en entier ◊ Il a une écriture très élégante et ne passe jamais moins d'une heure par jour à sa correspondance ou à noircir des feuillets auxquels Vincent n'a jamais rien compris◊ Il lui est déjà arrivé de voler de l'argent à son père

   
3. Derrière l'écran
Prénom (Pseudo) : Jo† Âge : i18 ans† Comment êtes-vous arrivé jusqu'ici ? j'ai dû me perdre † Comment trouvez-vous le forum ? Parfait † Rang Bouche de miel, coeur de fiel Crêpe ou gaufre ? (Une question existentielle !) Crêpe (et ce faisant j'assume m'exposer à de gros risques) † Le mot de la fin ? NORD


Dernière édition par Auguste de Villiers le Jeu 7 Juil - 19:10, édité 4 fois
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Bouche de miel, cœur de fiel Bouche de miel, cœur de fiel
Titre/Métier : Vidame de Villiers
Billets envoyés : 119
Situation : Marié, mais jamais trop longtemps

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Jeu 7 Juil - 18:41

Histoire

(Petite citation qui va bien)

Le feu crépitait, pétillait joyeusement dans l’âtre. Dans un coin du salon parisien, meublé avec goût, une petite pendule dorée, dont le cadran était soutenu par trois Grâces aux formes généreuses et aux petits visages souriants au milieu des dorures, sonna la demie de seize heures . Sur la table, une chocolatière d’argent fumait doucement,  pendant que l’odorante boisson refroidissait inexorablement dans une tasse de porcelaine fine, oubliée. Une agitation fébrile, mais silencieuse, régnait dans la pièce :ballet des servantes, rouges et décoiffées, anxieuses, bruit des portes que l’on ouvrait, que l’on refermait, en faisant bien attention de ne pas les claquer, paroles brèves chuchotées de loin en loin. Près de la cheminée, dans un fauteuil garni de velours sombres, un homme, jeune encore, mais dont le front se creusait de rides vraisemblablement amenées par une vive inquiétude, paraissait seul ne pas participer à cette agitation. Les yeux tour à tour fixés sur les flammes et sur les carreaux, derrière lesquels les façades parisiennes s’alignaient, grises dans la froide lumière hivernale du jour mourant, il était évident qu’il cherchait à tenir éloigné de son esprit quelque souci.

Un cri, qui s’acheva en un gémissement faible, s’éleva derrière la porte que Marie, l’une des femmes de chambre, venait juste de refermer derrière elle. Le Comte tiqua, se souleva sur son fauteuil, mais ne le quitta pas. En tant qu’homme, il n’avait pas sa place dans la chambre où son épouse était confinée depuis le début de l’après-midi, lorsqu’elle avait ressenti les premières douleurs de l’enfantement. Nerveusement, il mordit ses lèvres. Leur premier enfant. Tant de femmes succombaient au travail, nobles ou roturières ! Mais son épouse était de bonne constitution. Il avait confiance. Ou du moins, il voulait avoir confiance. A nouveau, un cri s’éleva, déchirant, suivi de chuchotements rapides, sans doute destinés à apaiser les souffrances de la jeune comtesse, puis d’une exclamation dans laquelle, pas de doute possible, il fallait entendre de la joie. A la fin, n’y pouvant plus tenir, Louis de Villiers se leva et se dirigea vers la porte, qui s’ouvrit devant lui, sur Marie, échevelée, un sourire immense aux lèvres, qui portait entre ses bras un petit paquet de couvertures desquelles dépassait un petit poing rose et serré. Un cri s’éleva des linges, un cri faible, le cri de l’enfant qui pour la première fois fait entendre sa voix.

« Ah, Monsieur ! C’est un bel enfant, un joli petit garçon, allez, et Madame qui va bien ! Vous êtes un homme comblé ! »


Comblé, le Comte l’était. Laissant la bonne Marie s’émerveiller sur l’enfant si vigoureux, la mère qui se remettrait et qui avait été bien courageuse et autres sujets du même acabit, il prit précautionneusement le petit être, si léger, si fragile. Ce fut pour lui un moment de bonheur intense, immense, comme en ressentent tous les pères au Monde, l’émerveillement devant la vie neuve, devant ce miracle, sans cesse répété et toujours aussi beau et émouvant. L’avenir lui paraissait radieux, tant pour lui que pour son enfant : la survivance de son nom était assurée, et l’enfant grandirait au sein d’une famille respectable, bien en Cour, riche, prospère. Il bâtissait déjà au nourrisson toute une vie de douceur et de facilité. Marie avait fini par se taire, et le Comte entra dans la chambre. Sur l’oreiller blanc, ses longs cheveux bruns répandus autour de son visage, pâle et cireux, Christine paraissait épuisée, mais heureuse et bien portante. Son époux lui présenta leur enfant. Tous deux se réjouissaient de cette naissance.

Ce fut la première, mais aussi la dernière fois, que le Comte de Villiers connut les joies de la paternité. Christine ne devait plus donner le jour qu’à une fragile petite fille quatre ans plus tard, qui périt au bout de quelques semaines.


1652 :

Assis sur une malle, dans la cour de l’Hôtel particulier qui avait abrité son enfance, et dont, jusqu’à ce jour, il n’était pratiquement jamais sorti, Auguste de Villiers regardait s’affairer les domestiques, qui descendaient en silence les caisses contenant les robes de Mère, les livres de Père, la vaisselle, et même quelques tableaux. Son habit était mis de travers et les pans de sa cravate flottaient librement : Jeanne n’était plus là pour s’occuper de les attacher, et personne, dans ce remue-ménage, ne faisait attention au garçon. Les préparatifs se faisaient dans un silence lourd, comme lors d’une procession mortuaire. Mais il n’y avait pas de mort. Quelque part, ce qui arrivait était bien pire. On chuchotait, dans la maison, le mot de disgrâce. Et il n’y a avait rien de pire que la disgrâce, et même la mort ne salissait pas autant.

Debout dans la cour, Père supervisait le déménagement. Il ne portait pas son fier habit rouge et son épée, mais un vêtement de voyage, d’un brun triste, ordinaire, qui ne reluisait pas beaucoup, et son front fatigué, tiré, ridé ne disparaissait plus son l’habituelle couche de blanc de céruse et les boucles sombres de l’énorme perruque de Cour, celle qui donnait dix centimètres de hauteur supplémentaire à sa personne. La débâcle, l’exil dans les terres, qu’est-ce que cela peut bien signifier pour un enfant de dix ans, bientôt onze ? Il allait changer de maison, cela il le comprenait bien, et son père était fatigué et diminué, cela aussi il le voyait. Mais on n’avait pas jugé utile de lui en dire plus. La haute politique ne faisait pas partie des choses que l’on jugeait nécessaires à son éducation, pas encore.

Maintenant, il attendait. Mère sortit à son tour, vêtue d’une robe gris perle et d’une mante bleu nuit. Silencieuse, et sans se retourner, elle monta dans la voiture. Auguste la regarda s’asseoir sur la banquette bleue, son visage aux boucles toujours soignées s’encadrant dans la portière, altier comme celui d’une altesse. Mais elle était déchue. Deux serviteurs prirent les anses du coffre et l’inclinèrent doucement. Le garçon glissa sur ses pieds et les regarda charger le meuble.

« C’était la dernière »
, dit Père.

La dernière. Sans un regard en arrière, le Comte posa ses bottes de voyage sur le marchepied et se hissa dans l’habitacle, aux côtés de Christine. Auguste se retourna vers l’Hôtel particulier. Vers la fenêtre vide de sa chambre. Comme elle paraissait triste, grise, froide, impersonnelle maintenant ! Il resta planté là quelques secondes, jusqu’à ce qu’on le pousse doucement vers la voiture. Comme un arbre sur lequel serait tombé la foudre. Jeanne lui avait chuchoté que c’était Mazarin, l’Italien, qui avait fait chasser Père. Mais Mazarin,  la Fronde, le Roi, Condé, Conti, qu’est-ce que cela voulait dire pour lui?

1665

La porte pivota presque sans bruit sur ses gonds, et Auguste entra dans le bureau au mobilier de bois sombre, imposant. Le Comte ne releva pas tout de suite la tête, mais ses yeux qui allaient et venaient par en dessous montraient bien que c’était un choix, destiné sans doute à lui donner plus de prestance, à souligner son mécontentement, ou qu’en savait-il encore. Auguste retint un sourire ironique –il n’était pas dupe, au contraire, et Père était si naïf parfois. Vraiment ses efforts étaient amusants…- et avança jusqu’au milieu de la pièce à peu près, jusqu’à ce que ses deux pieds se retrouvent sur le tapis. Alors il lia ses mains dans son dos et attendit. C’était au Comte à parler le premier, il le savait, et n’irait pas le courroucer inutilement avant même les choses sérieuses –surtout pour un point de détail comme celui-ci. Le Comte était très attaché à son petit protocole domestique, depuis quelques temps –il s’imaginait peut-être se faire respecter ainsi ? Naïveté était décidément un mot qui le définissait très bien…-et son fils ne voyait pas l’intérêt de lui supprimer ce plaisir. Après tout, lui s’en moquait bien, tant qu’il pouvait l’amener là où il le voulait, sans trop batailler…

Enfin, le comte dut juger avoir suffisamment attendu. Il releva les yeux, soupira, posa ses deux mains à plat sur la table lisse et bien rangée du bureau et se leva. Puis se dirigea vers l’armoire vitrée qui faisait face à la porte et dans laquelle, fièrement, orgueilleusement, il serrait précieusement ses titres, et tout ce qui se rattachait, d’une manière ou d’une autre, à l’histoire de sa famille. Il l’ouvrit à l’aide de la petite clef d’or qu’il avait pris dans le tiroir droit de son bureau. Que de cérémonial, vraiment… Une armoire qui n’était, d’habitude, jamais fermée.  Nul doute, le comte cherchait à ménager son effet. Son fils soupira, tout cela ne sentait que trop les grands discours, et au vu de l’heure, il aurait préféré être ailleurs. Dans son lit, par exemple… Il avait quelques heures de sommeil à rattraper, et cette convocation à huit heures lui paraissait un peu matinale.

D’un geste théâtral, Louis sortit un immense morceau de papier blanc, qu’il déroula, en faisant bien attention à ne pas l’abîmer, sur le bureau. Auguste glissa, toujours sans un mot, un œil vers la feuille. Et haussa les sourcils. Une généalogie. Père déposa, ou plutôt jeta, d’un geste qui trahissait l’agacement le plus profond, une liasse de titres divers et variés à son côté. Et croisa les bras. Son fils releva des yeux innocents, étonnés, puis fronça les sourcils. Il commençait à comprendre où voulait en venir le comte.

«Mon fils, j’ai honte. »

Les prunelles brunes d’Auguste firent un grand tour complet dans ses orbites, et finirent par se fixer au plafond, tandis qu’il soupirait bruyamment. Et voilà. On y était. Et apparemment, les ancêtres étaient conviés à témoigner. On avait sorti le grand jeu. On pensait peut-être l’impressionner. Le raisonner. Ah ! La belle affaire !

« Oui, j’ai honte -et ne lève donc pas ainsi les yeux aux Ciel, insolent, tu l’outrages bien assez sans cela-, de votre comportement. Ne voyez vous donc pas toute la bassesse de vos actions, tout le scandale que vous amenez sur un nom honorable ? Dois-je donc vous expliquer la portée de vos actes ? Comment donc dois-je vous tourner mes phrases pour qu’elles vous atteignent ? Ce que vous avez fait est grave. J’ai ici  -il désigna de la main un courrier cacheté de rouge, ouvert sur le bureau, face à lui- j’ai ici une lettre de M. de Dorimont, qui me mande votre comportement à l’égard de sa sœur. Et laissez-moi vous dire que son récit n’a pas la couleur du vôtre ! »

« Père, si je puis me permettre… »

« Silence ! Tu ne parleras qu’à ton tour. J’aurais pu croire à une médisance, avant ton premier mariage, mais tu reconnaîtras, j’espère, que ce genre de situations ne se produisent que rarement plusieurs fois, et avec un tel rapprochement, dans la vie d’un seul et même homme ! J’en conclu, et cela me brise le cœur, que M. de Dorimont est honnête, et du reste, c’est sa réputation, et que vous êtes un scé-lé-rat. Oui, un scélérat, un scélérat sans pareil, et vous déshonorez la mémoire séculaire de notre famille ! –d’une main, il tapota durement les liasses de titres visiblement excédé-. Croyez-vous donc qu’il suffise d’avoir des aïeux illustres pour se croire noble ? Croyez-vous donc avoir le droit de prétendre seulement vous inscrire dans leur lignée ? Vous qui n’avez pas même un soupçon d’honneur, et qui vivez en infâme !»

Auguste tiqua, agacé. Les reproches n’étaient, certes, pas dénués de fondement, mais enfin, l’argumentation de son père lui paraissait un peu trop pompeuse et ses reproches étaient exagérés. Mais puisque le Comte secouait la corde du sentimentalismme, une corde qui, il l’avait suffisament expérimenté, était chez lui plus que sensible… Eh bien, il s’aventurait sur un terrain dangereux, et serait battu avec ses propres armes. Une petite étincelle de défi s’alluma au fond de ses yeux, et il releva la tête, serrant les mâchoires.

« Je proteste. »

« J’aimerais bien voir cela ! Vous vous taisez, et vous écoutez. Je connais vos belles paroles, et je ne vous laisserai pas vous lancer dans vos galimatias. Vous vous feriez donner le Bon Dieu sans confession, vous qui êtes bien le pire des hypocrites ! Mais il suffit, vous avez déjà bien assez embobiné votre vieux père, avec vos basses manœuvres de séduction. Je ne serai plus votre dupe, pas cette fois ! »


« Je n’ai nullement l’intention de vous tromper, Père. Je sais bien que ce qui s’est passé est tout à fait regrettable, mais vous ne devriez pas prendre au pied de la lettre le témoignage –ou dois-je parler de déposition ? Car enfin, toute cette… mise en scène ressemble beaucoup à un procès, je trouve- de M. de Dorimont, qui est partie prenante dans l’affaire ! Il est excédé, on peut le comprendre, mais de là à se montrer aussi injuste… Il faut faire la part, dans ses paroles, de la rancœur, et celle des faits. Eliminez tous les jugements d’opinions, et vous verrez que nous arrivons, lui et moi, à une version similaire… »
[/b]
« Assez ! Il suffit, je ne veux pas vous entendre. »

Le Comte Louis passa une main sur sa figure, visiblement épuisé. Qu’il refuse d’écouter était mauvais signe… Jusque là jamais il n’avait ainsi interrompu son fils, qui s’en alarma. Est-ce que par hasard le comte de Villiers aurait réussi à prendre une décision ? Voilà qui serait fort ennuyeux, et bien imprévu ! Du jamais vu, même…

«J’essaie seulement de rétablir la vérité et d’éviter un malentendu que vous regretteriez, Père. » reprit Auguste d’une voix onctueuse, ignorant totalement l’exclamation du Comte. Il était absolument évident pour lui que ce dernier était près de se rendre, il aurait été trop bête de lâcher l’affaire si près du but ! Et puis, il connaissait bien son père… Il n’avait qu’une envie, qu’Auguste le convainque…

« Silence. »


Le Comte se leva, pâle. Cette fois son fils n’essaya même pas de répliquer. Il avait pris une décision, et dans un instant le verdict allait tomber.

« Silence. Sortez d’ici tout de suite, Auguste. Et ne comptez plus sur moi pour financer vos débauches ou avaliser vos fiançailles, dont je commence à me fatiguer. »


La foudre, tombée au milieu du cabinet de travail, n’aurait pas plus stupéfié le vidame, qui parvint pourtant –l’habitude de la comédie- à garder sa contenance. Une décision. Père avait pris une décision. Il avait fini par trancher le nœud gordien que son fils s’appliquait depuis des années à nouer autour de ses mains, à arracher le bandeau de tendresse gluante qu’il lui avait posé sur les yeux, à grands coups de discours mielleux et de sourires aimables. C’était incroyable. Bien sûr il savait depuis longtemps que le Comte regrettait son attitude, qu’il condamnait ses excès, mais jusqu’ici il avait toujours réussi à sauver la situation ! Ainsi c’en était fait.

Auguste s’inclina rapidement, raidement, et fit demi-tour sur un talon, pivotant sans un mot, et se dirigea vers la porte. Derrière lui, il entendit un soupir et ne put résister à la tentation de se retourner discrètement : les deux coudes posés sur son bureau, la tête appuyée dessus, les lourds cheveux bruns de sa perruque tombant sans grâce sur le bois, le Comte paraissait épuisé, comme après un combat. Pour autant, Auguste devina qu’il ne ferait pas bon tenter de s’emparer de la situation. Pas cette fois ci. Il referma la porte derrière lui.

Pour la première fois, son père avait eu raison de lui. Pour la première fois, il lui avait infligé une défaite sur un terrain qu’il croyait pourtant maîtriser….  Défaite cuisante. Il resta un instant, appuyé contre le mur, encore abasourdi. Puis, il fronça les sourcils, secoua ses boucles châtains et haussa les épaules. Pourquoi s’avouer vaincu sur un seul affrontement ? Tout n’était pas encore perdu… Il aurait sa revanche. Et si le comte voulait la guerre, il n’aurait pas l’avantage. Il l’aimait beaucoup trop pour cela…. Et Auguste n’était pas retenu par les mêmes sentiments. Il sourit, dévoilant ses dents, et se dirigea d’un pas assuré vers l’escalier, sa confiance un instant ébranlée totalement restaurée.


1665:
« Vincent ! »

Mondor soupira. Vincent par-ci, Vincent par-là, mais qu’avait donc son maître ce matin ? Cela n’arrêtait pas ! Pas une minute de répit. Le noble avait pourtant l’habitude de dormir, le matin. Ou, au pire des cas, d’écrire, ou de lire. Et par extension, de le laisser tranquille.

« Vinceeent ! »

Mondor siffla entre ses dents, mais ne se fit pas prier plus longtemps. Il avait déjà beaucoup trop tardé, pour sûr, et il allait avoir droit à quelque réflexion, ça, c’était tout vu tout net. Auguste de Villiers n’avait pas son pareil pour vous sortir de ces moqueries douces-acides, et surtout amères, de ces petites piques auxquelles Vincent –et cela, nul doute que le noble le savait parfaitement et s’en amusait beaucoup…- non seulement ne pouvait, mais surtout ne savait répondre. Il y avait peu de choses qui amusaient Villiers comme d’amener Mondor à dire ou faire ce qui lui plaisait, et peu importe, et même tant mieux, si cela pouvait aller à contre-courant des opinions dudit Vincent. D’autant qu’avec le domestique, Auguste ne craignait d’exposer aucune de ses idées, même pas les plus dangereuses. Vincent avait trop peur pour aller redire cela à qui de droit…

« Ah, quand même, te serais-tu perdu en route ? ou bien est-ce que tu aurais oublié ton prénom ? Tu ne t’en souvenais plus très bien, le dernière fois que tu as touché un verre…. Ou alors, je sais, tu ne tiens plus autant à tes gages ? Ah ! La belle chose qu’un valet désintéressé ! Tiens, si je pouvais, je t’embrasserais pour la peine ! »


Auguste allait et venait dans la chambre. Sur son lit, un livre, jeté là dans ce qui paraissait être un mouvement d’enthousiasme, reposait ouvert. Le noble attrapa le verre de vin qu’il s’était fait apporter par Vincent quelques minutes plus tôt et but une gorgée du liquide vermeil. Il était visiblement de très belle humeur. Ce qui ne réjouissait pas forcément le valet… Vincent avait appris à se méfier des sursauts d’euphorie de son maître. Il le connaissait trop bien… En fait, Mondor était peut-être celui qui connaissait le mieux le caractère du jeune noble.

« Mmh, dis-moi, Vincent, est-ce que tu connais Machiavel ? Non bien sûr, j’aurais dû parier. Tu as bien tort. Je m’en vais combler cette lacune. Ne suis-je pas généreux ? »

Mondor avança la lèvre inférieure, signe de doute. Villiers fronça le sourcil gauche, pas longtemps, juste un instant, juste le temps que Vincent comprenne que ce n’était pas là la réaction qu’il attendait de lui. Le valet reprit rapidement un air plus neutre, et Villiers sourit, un sourire fin, ironique, qui flottait plus qu’il n’était fixé sur ses lèvres. Mondor avait parfois l’impression que chaque fois qu’il cédait à Auguste, il baissait un peu dans son estime, mais que refuser n’aurait pas été véritablement bien accueilli… Après tout, cette logique correspondait bien au jeune homme, toujours si ambigu. Mondor ne le comprenait pas toujours, et sans doute il le comprenait pourtant beaucoup mieux que beaucoup, et des plus puissants, et des mieux nés que lui…

« Apprends, sot, pour ta gouverne, que Machiavel était un Italien, et même mieux, un Florentin, et qu’il a écrit un livre fascinant, vraiment, dont je vais te lire un court extrait. Ecoute bien. »

Villiers alla au lit et saisit le livre. Vincent continuait de le suivre des yeux, se demandant sur quel terrain glissant allait bien pouvoir l’entraîner son maître, cette fois-ci. Il n’avait que trop l’habitude de ce genre d’échanges… Et d’être ridiculisé ou amené à des conclusions qu’il aurait en temps normal réfuté absolument.

« De là naît une dispute : s’il vaut mieux être aimé que craint, ou l’inverse. La réponse est qu’il faudrait l’un et l’autre, mais comme il est difficile d’accorder les deux, il est bien plus sûr d’être craint qu’aimé, si l’on devait se passer de l’un d’eux. Au sujet des hommes, on peut en effet énoncer cette généralité : ils sont ingrats, changeants, simulateurs et dissimulateurs, lâches devant le danger, cupides devant le gain ; lorsque tu contribues à leur bien, ils sont tout à toi, il t’offrent leur sang, ce qu’ils possèdent, leur vie, leur progéniture »


Auguste reposa le livre et regarda Vincent, qui tentait visiblement sans grand succès de comprendre, d’une part le texte, d’autre part quel était l’idée de son maître. Car il le connaissait, il n’était pas bien difficile de deviner qu’il avait une idée bien précise derrière la tête…

« Eh bien ? Tu ne dis rien ? Tu ne comprends pas peut-être… Que penses-tu des hommes, Vincent ? »


Mondor regarda son maître, affolé. Là, il sentait le sol métaphorique devenir de boue et commencer à glisser sous ses pieds. C’était exactement le genre de questions qu’il n’aimait pas, mais alors pas du tout… Le genre de petites questions dont il avait le secret, et qui finissaient souvent par aboutir, soit à : une remise en cause de Dieu, ou bien à : n’est-ce pas que les hommes sont méprisable, or je suis un homme, donc je suis méprisable, mais pas plus que les autres, donc les autres étant considéré comme estimable, je dois l’être aussi, et autre raisonnement tordus du même genre, qui –et cela le désespérait !- sonnaient toujours tellement juste dans la bouche de son maître ! Ce n’était qu’après, lorsqu’il avait un peu de temps pour y réfléchir, qu’il comprenait ce qu’il avait soupçonné, c’est à dire à quel point tout cela était bancal.

« Alors ? »


« Eh !… Je pense que c’est encore un de vos pièges que vous me tendez là »


« Plaît-il ? »


« Je pense que vous en savez sans doute bien que moi. »

« Cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Mais encore ? »
[b]
« Eh bien, je pense que, quoi que vous puissiez en dire,il y a du bon et du mauvais en tout le monde, et que tout n’est pas méprisable dans l’homme. Je pense que l’homme n’est pas un animal, et qu’il en existe des Grands et de plus petits, au sens moral. Que l’homme est la seule forme de vie vraiment intelligente. Que votre monsieur Machiavel parle bien, mais qu’il est peut-être un peu pessimiste : Dieu merci, tout le monde n’est pas si immoral ! »


Auguste secoua la tête, d’un air amusé et faussement désespéré.

« Oh, Vincent, mais quel tissu d’âneries. Il ne faut pas croire tout ce qu’on te dit. Machiavel, qui est un génie, apprend-le et ne vient plus me dire le contraire, sinon je trouverais un moyen plus convainquant de te la faire comprendre, Machiavel avait très bien compris. D’ailleurs, ne te fais pas d’illusion, les Grands hommes comme tu les appelles, ne le sont que parce qu’ils n’ont jamais été confrontés à un danger qui les ait touché au point de les faire reculer. Ils n’étaient pas courageux, ils n’avaient pas conscience du danger, ce qui n’est pas tout à fait la même chose ; ils n’étaient pas corrompus, parce qu’ils s’estimaient si cher, que personne n’aurait pu se les payer ; ils n’avaient pas besoin d’être ingrats, parce qu’ils s’arrangeaient pour que les autres leur doivent et ne rien devoir à personne. Ainsi tu vois que la généralité fonctionne, et qu’il n’y a là nul pessimisme mais le réalisme le plus évident. »


Vincent roula des yeux dans les orbites. Et ça y est, la machine à raisonner s’était remise en marche… Il n’avait sûrement pas entendu les choses comme cela, lui. Mais son maître savait se montrer si convaincant ! Et il maniait, surtout, si bien ses arguments…

« Enfin, tout cela est bien intéressant, mais ce n’est pas cela que je voulais te faire retenir. La première phrase me paraît un bon sujet de réflexion… Je vais te la relire, et puis tu vas y réfléchir, et ce soir, nous en reparlerons. Je veux voir si tu arrives à interpréter cela correctement. Ce n’est pas gagné, mais qui sait ? »

Auguste sourit, toujours ce sourire fin, moqueur, agaçant. Mais Vincent n’était pas de ceux qui avaient le droit de s’en agacer. Lui n’avait droit que de subir, d’obéir et de faire bonne figure.

« Vaut-il mieux être aimé que craint, ou l’inverse ?.... Ne réponds pas sur l’instant,
enchaîna Auguste rapidement.  Contente-toi d’y réfléchir pour le moment. »

Il reposa le livre sur la table. Vincent faisait tourner la question dans sa tête, sous le sourire toujours plus amusé du noble, qui alla se rasseoir et reprit sa plume. Il écrivit quelques mots sur un petit billet qu’il plia en huit, cacheta rapidement, et glissa dans sa poche d’un mouvement rapide. Lorsqu’il releva le visage, Vincent continuait de réfléchir, une expression concentrée sur ses traits. Auguste fit tourner son verre vide sur son unique pied.

« Et rapporte-moi du vin. »
[/b]
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Ven 8 Juil - 16:07

Tu mériterais d'être dévalidé pour ton mot de la fin

Ca va que c'est toi, hein !

_________________________

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