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 Mascarade ◆ Madeleine Béjart


Jeu 7 Juil - 18:51

Madeleine Béjart

(Ft. Nicole Kidman - Tumblr)

1. Identité

Métier : Comédienne de la troupe de Molière
Âge : 48 ans (mais merci de ne pas le demander)
Origines : Parisiennes
Langue(s) parlée(s) : Français, un peu d'italien et de latin
Situation amoureuse: Officiellement célibataire, officieusement c'est un peu plus compliqué
Religion: Catholique, bien que l'Eglise lui ait fermé ses portes depuis longtemps
Groupe: Si Madeleine n'est pas bien née, elle a la chance de se voir ouvrir les portes de la rue Payenne en sa qualité de comédienne du roi. Connue des scènes parisiennes depuis ses 18 ans, si on la voit peu dans les créations originales de Molière elle continue de briller dans les rôles tragiques et de s'attirer l'admiration de son public. Parfois présente dans le Salon pour donner une lecture, parfois pour le plaisir, elle a bien conscience qu'elle ne sera jamais traitée sur un pied d'égalité avec les invitées de meilleure qualité, mais pour autant la situation lui convient.
QUE PENSER DES POISONS ? A BANNIR OU LA FIN JUSTIFIE LES MOYENS ?  : Une atrocité, ces poisons. Bien évidemment il faut trouver et punir coupables et complices !

TROIS VOEUX SONT OFFERTS A VOTRE PERSONNAGES, LESQUELS SONT-ILS ? : Revenir une vingtaine d'années en arrière et ne pas abandonner sa fille. Que le comte de Modène reçoive une gifle monumentale à chaque fois qu'elle prononce son nom. Pouvoir mettre le temps en suspend et retarder la vieillesse.

SE SENT-IL EN SÉCURITÉ ? : Sous réserve de quelques précautions, plutôt.

QUEL EST SON RAPPORT À LA RELIGION ? : Compliqué. Madeleine est bonne croyante mais, profession de comédienne oblige, elle n'en reste pas moins excommuniée. Une des raisons sans doute pour laquelle elle est aussi critique à l'égard de l'Eglise. Croire d'accord, mais au diable les dogmes !

UN CAUCHEMAR RÉCURRENT ? : Être purement et simplement oubliée. Traverser une foule de proches sans être reconnue ni même remarquée.

QUELLE EST SA PRINCIPALE AMBITION ? : Elle a passé l'âge des grandes ambitions. Elle se contente à présent d'espérer quelques années encore passées sur scène, car il serait un crève-coeur que de devoir abandonner les planches.


2. Anecdodes
Malgré toute l'amitié et l'estime qu'elle porte à Molière, elle a toujours considéré que la tragédie - celle de Corneille, en particulier - demeurait le registre le plus noble du théâtre ◊ Pour autant elle ne manque pas d'humour, au contraire ◊ Elle emprunte régulièrement des livres à ses proches sans jamais les rendre ◊ Elle prétend aujourd'hui ne plus être atteinte par les critiques, mais bien sûr les mots continuent en réalité de blesser ◊ Il est possible de la corrompre avec des sucreries ◊ Impulsive et totalement irraisonnée dans sa vie amoureuse, au quotidien elle est pourtant pragmatique et posée ◊ Bien évidemment elle ne donne jamais son âge ou alors ment de façon éhontée ◊ Malgré un certain nombre d'amants personne n'a jamais manifesté l'envie de l'épouser, ce qu'elle a toujours accepté plus ou moins avec philosophie ◊ La nostalgie lui prend parfois et il semble quand on la regarde qu'elle est totalement déconnectée du moment ◊ Elle est peu sujette à la colère mais lorsque elle lui monte au nez les scènes peuvent être assez violentes - quelques vases témoigneront

3. Derrière l'écran
Prénom/Pseudo: Elise † Âge : 20 ans † Comment êtes-vous arrivé jusqu'ici ? J'ai suivi la lumière † Comment trouvez-vous le forum ? Je l'aime ♥ † Rang ici † Crêpe ou gaufre ? (Une question existentielle !) Gaufre. Et quiconque soutiendra le contraire s'expose à de gros risques ! † Le mot de la fin ? Provence indépendante o/

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QUELQUE CHOSE APPROCHANT COMME UNE TRAGÉDIE† Un spectacle ; en un mot, quatre mains de papier. J’attendrai là-dessus que le diable m’éveille.  (c) P!A


Dernière édition par Madeleine Béjart le Ven 8 Juil - 16:26, édité 8 fois
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Situation : Officiellement célibataire, officieusement passe un peu trop de temps chez Gabriel de La Reynie
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Jeu 7 Juil - 18:51

Histoire

« La vérité au théâtre est à jamais insaisissable. »

Août 1629

« Joseph, Madeleine, revenez ici immédiatement ! »
Mais les bruits de leurs grandes enjambées et de leurs rires couvraient aisément la voix de leur chère mère qui encore une fois tentait, sans succès, de les faire revenir à la maison. Comme toujours, les deux garnements n'avaient que faire de ce qu'on pouvait bien leur dire et couraient en direction de la place de l'église qui déjà était remplie par la foule. Mais s'ils entendaient assez distinctement les voix des comédiens, les enfants ne distinguaient rien sinon les chapeaux trop hauts de ces notables qui leur gâchaient la vue. Après avoir tapé du pied, Madeleine attrapa donc son frère par la main et le traîna derrière elle pour qu'il se faufile à ses côtés entre ces adultes qui ne faisaient même pas attention à eux. Et quelques coups de coude plus loin ils furent enfin parfaitement placés pour admirer cette troupe de théâtre ambulante qu'ils avaient eu tant hâte de voir. Au fur et à mesure qu'elle voyait avancer sur cette scène improvisée tous ces personnages qui la faisaient s'esclaffer, les yeux de la jeune Madeleine s'emplissaient de petites étincelles qui, des heures encore après la représentation, ne cessaient de briller.
Quand que tout le monde se dispersait, une fois que la petite pièce eut fini de faire rire, les deux jeunes enfants entreprirent finalement de rentrer chez eux, faisant un court détour par la boulangerie où, grâce à quelques battements de cils, ils arrivaient à faire craquer la vieille femme qui tenait la boutique et qui leur cédait un petit pain brioché. Sur le chemin du retour, Madeleine n'arrivait pas à se tenir tranquille et n'arrêtait pas de virevolter, se prenant un coup pour une grande duchesse aux trop belles manières puis pour une servante farceuse, ce qui ne manquait pas d’amuser son frère.

« Plus tard, nous serons les plus grands comédiens de tout le pays, s'exclama-t-elle finalement quand elle eut fini ses improvisations. Elle s'arrêta dans sa marche pour plonger dans une profonde révérence. Et même le roi nous applaudira ! »
Elle se releva et repartit en sautillant, sourire aux lèvres en s'imaginant devenir cette grande dame de théâtre qu'elle rêvait déjà d'être. Mais il faudrait attendre encore un peu. Car pour le moment, sur le pas de la porte ce n’était pas une foule d’admirateur qui les attendait mais bien leur mère qui leur lança un regard noir avant de soupirer en leur faisant signe de rentrer. Cette grande fratrie était décidément bien des sources de soucis, surtout avec ces aînés qui ne tenaient pas en place...
Bien que profitant de revenus convenables, la famille Béjart n'était pas l'un de ces foyers calme, plat et ennuyeux comme on en trouvait des tas dans la petite bourgeoisie parisienne. Animée par les chamailleries mais aussi par les rires des plus petits quand les plus grands commençaient à faire les pitres dans le dos de leurs parents, la famille n'avait pas le temps de s'ennuyer. Et quand bien même ils auraient souvent souhaité que leurs aînés mettent de côté leur goût pour la farce, le couple Béjart ne pouvait pas se résoudre à leur en vouloir d'être trop joyeux. Le théâtre n'était certes pas la carrière dont on rêverait pour sa progéniture, mais quand on avait sur les bras autant d'enfants on se souciait surtout que les plus grands soient au plus vite capables de gagner seuls leur vie et quittent le nid sans trop attendre.

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Septembre 1643

« Il n'y a que ces hommes d'église, qui par nature ne peuvent pas comprendre ce qu'est le plaisir, qui ne sont pas capables d'apprécier le théâtre. Sans doute ont-ils peur de tomber sous le charme d'une jolie princesse ou d'une servante à l'épaule dénudée... Diable ! Quelle horreur que  de ne pouvoir contenir son admiration pour cette reine à la beauté tragique. ».
La pièce se vidait peu à peu. Les comédiens sortaient un à un, laissant derrière eux, comme à leur habitude, vêtements et accessoires de scène éparpillés sur les quelques vieux meubles dépareillés. Assise sur un fauteuil assez peu confortable, Madeleine faisait face à un jeune homme avec qui elle avait entamé la conversation depuis un bon moment déjà. La jeune femme porta le verre de mauvais vin qu'elle tenait dans la main à ses lèvres sans quitter des yeux son interlocuteur. Une fois qu'elle eût avalé la dernière gorgée de ce nectar un brin amer, elle déplia d'un petit geste sec son éventail, mais plutôt que de s'en servir comme n'importe quelle femme l'aurait fait, elle le passa devant son visage qui disparut une seconde sous ce masque de papier. Quand elle réapparut, son charmant sourire s'était envolé pour laisser place à une expression de stupeur. La seconde d'après, elle arborait un regard noir, puis un air de jeune fille timide avant de se parer d'un léger rictus enjôleur. Quand elle eut fini de s'amuser autant qu'elle divertissait ce charmant jeune homme qui se retenait de rire, elle referma son éventail et reprit la parole en haussant les sourcils d'un air mystérieux.

« - On dit bien du mal des comédiens, mais je crois n'avoir jamais passé d'aussi bons moments qu'à vos côtés, la complimenta-t-il finalement.
- Vous me flattez... Mais continuez donc, j'adore cela, répondit-elle sur le ton de la plaisanterie. - Êtes-vous toujours aussi enjouée ?
- Si je vous répondais non, je suis certaine que vous seriez déçu.
- Je crois que vous n'êtes pas du genre à pouvoir décevoir qui que ce soit.
- Quel talent pour le compliment. Mais cessons donc de parler pour ne rien dire. Venez plutôt avec moi, nous allons nous essayer à quelques chose. » Elle se leva d'un bond et quand à son tour, monsieur Poquelin fut sur ses pieds, elle le prit par le bras et l'emmena jusque sur la scène du théâtre qui était à présent vide. Plus d'acteurs, plus de spectateurs, ils étaient maintenant seuls dans cette salle qui, bien que vide, restait quelque peu exiguë.  Madeleine poussa Jean-Baptiste jusqu'au milieu de la scène sans lui laisser le temps de protester, et partit s'asseoir en face de lui, sur le banc du premier rang.
« Très bien ! Je vous ai divertit tout à l'heure, à vous d'en faire de même. Mais baste la tragédie, commençons par quelque chose de simple et amusant...Vous n'avez qu'à... imiter ces vieux hommes d’Église ! »

Et c'est ainsi que Madeleine Béjart poussa celui qui s'appelait encore Jean-Baptiste Poquelin à faire ses premiers pas sur scène. Certes, le public se limitait pour le moment à une seule personne, au regard clément qui plus est, mais il fallait bien commencer quelque part.
Le théâtre était pour Madeleine une passion dévorante, un art dont elle ne pourrait se passer, une activité merveilleuse qui lui permettait de s'épanouir comme rien d'autre. Et elle affirmerait volontiers qu'il n'y avait pas plus grande satisfaction que de partager son amour pour la tragédie et, à moindre mesure, la comédie. Savoir que par la voix elle maîtrisait chaque sentiment d'une salle en haleine lui apportait déjà une satisfaction immense au quotidien, mais transmettre le virus du jeu à quelqu'un était quelque chose d'autrement plus incroyable.

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Août 1645


« - La prison ne te va qu'à moitié. Tu as une mine affreuse.
- Tes compliments me vont toujours droit au cœur, Madeleine ».

Elle répondit à Molière par un large sourire. Plutôt que de pleurer de ce malheureux épisode, il valait mieux en rire. Après tout la vie n'était pas faite que de hauts mais il n'incombait qu'à nous de prendre les bas avec philosophie. L'illustre Théâtre avait finalement été un échec, mais tous s'en remettraient. Certes, Molière, tout autant que les Béjart était à présent criblé de dettes... Et pourtant il en faudrait plus pour faire taire cette passion qui les animait. Ni Madeleine, ni aucun membre de la troupe ne savait précisément ce que tous allaient faire à présent. Repartir en province sans doute. C'était après tout la seule solution viable qui était envisageable. L'argent leur manquait et la seule façon de renflouer les caisses vides était assurément de faire un tour du royaume, d'aller de ville en ville pour y trouver un peu de succès, s’y faire remarquer de quelques illustres protecteurs. Et savait-on jamais, peut-être que dans quelque temps Paris les appellerait de nouveau.
Madeleine voulait demeurer optimiste, intimement persuadée que la troupe, car elle resterait soudée, serait capable de faire des miracles et de renaître de ses cendres. Encore trop jeune pour se laisser décourager. A présent que Molière était sorti de sa courte détention, faute à des dettes non remboursées, il fallait aller de l'avant et profiter au jour le jour de ce que la vie pourrait bien nous offrir. Après l’avoir longuement enlacé, trop heureuse de le retrouver pour laisser se soustraire à une étreinte, elle le laissa finalement aux bras de La Grange, venu également pour l’occasion. Mais alors que les deux hommes se dirigeaient déjà vers le gauche, elle fit quelques pas en arrière, pour s’éloigner dans la direction opposée tout en leur promettant de les retrouver plus tard.

« Je dois régler quelque chose et je vous rejoins ce soir. »

Puisque le départ devenait imminent il convenait donc de prendre quelques dispositions. Ou plutôt de faire face aux au revoir. En se pressant chez Modène c’était un léger pincement au cœur qui se faisait sentir, un sourire un peu triste qui se dessinait, mais demeurait la certitude qu’il ne serait de son côté pas resté à Paris bien longtemps et que l’occasion de se revoir ne tarderait pas. Neuf ans qu’ils se voyaient et cela avait toujours été ainsi, il restait un temps, suivait ailleurs le prince de Conti, duquel il était proche, revenait jurer un amour sans concessions à Madeleine avant de repartir, toujours trop tôt. Heureusement elle n’avait jamais été laissée éplorée, résolue à profiter de ses absences et à n’avoir d’attention que pour lui lorsqu’il était là. Cinq ans plus tôt il avait cependant quitté Paris en laissant à sa maîtresse un fardeau embarrassant sur les bras, une fille qu’elle venait d’avoir et qu’il ne pouvait se résoudre à reconnaître. Peut-être trop égoïste pour agir autrement, blessée aussi de réaliser qu’elle ne comptait sans doute pas assez pour qu’il laisse son nom à celle qui était pourtant son enfant, elle l’imita et alla jusqu’à refuser de garder auprès d’elle Armande. Incapable de se forcer à aimer une fille dont elle craignait que la présence à ses côtés éloigne encore un peu un amant dont elle avait peur qu’il se lasse, elle l’envoya donc en campagne et se contenta des nouvelles qu’on lui rapporta pendant des années.
Aujourd’hui les rôles s’inversaient donc. Elle était celle qui se trouvait sur le départ et qui promettait qu’il n’y aurait pas un jour qui passerait sans qu’elle ne pense à lui, quand bien même tous deux savaient bien que ni l’un ni l’autre ne se gênerait pour aller voir ailleurs. Accord tacite qui leur convenait assez bien.

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Mars 1652  

« Il avait juré de ne jamais me quitter trop longtemps. »
Madeleine était habituellement capable de retenue mais cette fois-ci était tombée en larmes dans les bras de sa mère, accablée par les évènements. Cela faisait trop en quelques jours à peine. Mais quoique la peine de sa fille était palpable autant qu'elle faisait mal au cœur, Marie refusait de lui offrir trop de tendre réconfort et à cela préférait un ferme pragmatisme. La situation était trop grave pour qu'il en soit autrement.

« Tu devras faire profil bas et t’estimer heureuse de t’en sortir sans le moindre mal. »

Car héberger un frondeur et obtenir malgré cela la clémence d'Epernon, voilà qui aurait dû donner à se réjouir plutôt qu'à pleurer. Mais bien sûr Madeleine ne parvenait pas à se concevoir chanceuse et ne voyait que le dramatique de la situation. Sans le moindre mal ? Comment pouvait-elle dire cela ?
Péniblement elle se redressa, les yeux rouges et la figure livide, pour mieux s’asseoir un peu plus loin, le front posé sur ses deux mains.

« Il venait à peine de rentrer, il avait enfin rencontré sa fille… J’étais persuadée qu’ici il ne pourrait rien lui arriver. »  

Quelques semaines plus tôt Esprit de Modène était en effet revenu d'Italie, ayant miraculeusement échappé à la peine de mort qui l'attendait suite à sa trahison du duc de Guise, pour se trouver une nouvelle fois menacé d'échafaud en France, pour son rôle lors de la Fronde cette fois-ci. Ce qui le forçait à l'exil. La faute à un intentant venu creuser là où ça ne le regardait pas, trop curieux et dont la morale dispensait apparemment de sentiments. Pour le moment pas de colère cependant, simplement une sensation de vide après s'être trop vivement réjouie, après s'être à tort persuadée que désormais il ne la quitterait plus. Seize ans de relation et elle demeurait convaincue qu'ils n'étaient à terme pas destinés à être séparés, quoiqu'en dise le passé, que cette fois aurait pu être la bonne. Ce qui, peut-être plus encore que triste, était assez pathétique. Au lieu d'un fatalisme qui l'aurait sauvée de bien des tracas, la chute de son idéalisme aveugle la rendait malade. Loin de sa joie de vivre habituelle, de la légèreté qui l'habitait au quotidien, d'une frivolité amoureuse qui la caractérisait dès que Modène avait le dos tourné, il lui semblait aujourd'hui qu'un mal physiquement prenant ne la quitterait jamais.

« J’ai l’impression qu’il ne me reste plus rien. »

Le théâtre, bien sûr. Et encore. Car incapable de résister à Molière - ce dont, et c'était là le pire, elle avait bien conscience - elle lui avait en effet cédé la direction de leur troupe depuis peu, sous le prétexte que la figure du dramaturge faisait sans doute plus autorité auprès des mécènes que celle de la simple comédienne, qu'importe le caractère affirmé de cette dernière. À défaut de sa troupe restait donc l’auteur lui-même, peut-être. Quoi qu'elle le sentait en réalité se détourner d'elle. Déjà lui aussi se lassait, songeait-elle souvent en le regardant fixer avec insistance et désir d'autres femmes, fermant cependant les yeux sur des infidélités qu'elle ne se sentait pas en droit de juger. Finalement demeurait uniquement sa famille. Soutien le plus fidèle mais également peine palpable, ou plus exactement qui involontairement lui faisait ressentir le poids de la honte, la figure maternelle de Marie lui rappelant notamment comme elle avait manqué de cœur avec Armande. Pour se donner bonne conscience, par envie de rattraper un peu le temps perdu également, elle était donc allée la chercher quatre ans plus tôt mais jamais elle n'était parvenu à nouer le lien qu'elle avait à sa naissance refusé. Les efforts, les quelques marques de tendresse, il lui semblait que rien ne changerait le fait qu'elle n'avait jamais voulu et ne serait jamais capable d'être sa mère. La chose était douloureuse, mais Madeleine s'était résolue à ne pas pouvoir changer ce qu'elle voyait comme un état de fait et se contentait ainsi d'être désolée.
Alors qu’il y a peu tout ou presque semblait lui sourire elle avait désormais la désagréable sensation que tout lui filait entre les doigts, que le bonheur se dérobait. Aujourd’hui elle prenait conscience que l’apogée était peut-être déjà passée, que les plus belles années lui avaient échappé sans qu’elle ne s’en aperçoive.

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Janvier 1659

« Je t'avais bien dit que tu n'avais aucun talent pour la tragédie. Laisse-nous les figures antiques et continue donc de faire rire. »


Manière plus ou moins subtile de clamer haut et fort qu'elle avait eu raison et que là où succès viendrait comédie était. Après avoir passé plus de dix ans sur les routes, voilà qu'ils étaient de retour à Paris. Les dernières années n'avaient pas été des plus faciles, pour personne, mais Madeleine s'efforçait de penser que cette période creuse et malheureuse, entre désastre sentimental et mort de son frère et complice, était à présent bel et bien derrière eux. Car à ce jour, la troupe avait renoué avec la scène parisienne. Et ils ne jouaient pas pour n'importe qui mais bien pour Monsieur, le frère du roi, quand ils ne se produisaient pas en privé pour quelques-uns des grands de ce monde.
Si pour la troupe tout allait pour le mieux, il en était, côté personnel, de même. Ou presque. Disons simplement qu’elle s’était résolue à prendre le meilleur de la situation et à s’accorder le droit d’être heureuse. Elle ne se formalisait plus des écarts de Molière, le laissait aller chez qui bon lui semblait quand il le voulait, comme il ne faisait pas remarquer qu’il la savait un peu trop souvent chez d’autres. Désormais elle se contentait de savourer une relation à la complicité incomparable, un lien d’une force particulière et une forme d’amour sur laquelle il n’y avait pas besoin de mettre des mots.

Au milieu des coulisses agités elle n’eut pas le temps de défaire le corset de son costume que le dramaturge venait la prendre dans ses bras pour la soulever, tirant au passage un éclat de rire à Madeleine, trop heureux que cette représentation se soit bien passée pour rester en place. Les pieds de nouveau à terre, elle balaya l’endroit du regard, peu spacieux et assez sombre mais rendu chaleureux par le sourire qu’aucun comédien ne manquait d’arborer. La salle du Petit-Bourbon ferait l’affaire, était même bien plus que ce qu’ils avaient osé imaginer.

« - J’aime assez ce théâtre, je m’y projette même plutôt bien.
- Et moi donc. »

Retrouver Paris, voilà quelque chose qui quelques semaines plus tôt paraissait pourtant si loin. Mais treize ans à parcourir la province avaient finalement payé et enfin le long périple s’achevait, ouvrant la voie au véritable succès. On était loin de la vie que s’était imaginée Madeleine, du succès qu’elle n’aurait sans doute jamais quitté si elle n’avait pas suivi Molière, mais l’égoïsme ne lui réussissait pas - une certaine jeune fille pourrait affirmer le contraire mais demeurait un unique contre exemple - et c’était dans la réussite collective qu’elle voyait la sienne.

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Juin 1663

« - Tout va bien ?
- Très bien, merci. Je suis simplement fatiguée. »

Après avoir frappé mais sans attendre d’y être autorisée Catherine de Brie était entrée dans le salon, où Madeleine avait pourtant pensé être tranquille. En l’entendant arriver elle s’était redressée un peu, en sursaut, comme pour se donner un peu de contenance. Mais la mine était encore défaite, les yeux secs mais desquels émanaient tristesse ou simple nostalgie, la frontière était mince. Sans réellement la regarder elle devina que Catherine venait de s’asseoir en face et la fixait désormais avec ce regard plein de douceur et de pitié qu’elle arborait trop souvent, qui loin de réconforter donner simplement envie de relever des yeux noirs. Ce que Madeleine ne fit pas, préférant tourner la tête et soupirer légèrement pour marquer la contrariété que la présence de la brune faisait naître. Aujourd’hui elle ne voulait pas imaginer la bonté d’âme, croire que cette amie de longue date ne cherchait qu’à manifester son support, elle choisissait de voir dans le regard une forme d’insulte, une manière supérieure de lui agiter son propre bonheur sous le nez. Une vie agréablement rangée, cela ne suffisait donc pas ? Il fallait en plus venir constater par soi-même tout ce qui sonnait faux dans celle des autres. Et les dissonances ne manquaient dernièrement pas chez Madeleine. Il y avait d’abord eu ce choc, qu’elle n’avait pas vu venir, le mariage de Molière et Armande, nouvelle assommante. Les cris n’y avaient rien fait et la défaite, totale, avait été cinglante. Le heurt avait d’abord semblé la vider de toute envie d’exister, l’avait laissée quelques semaines hébétée, lui avait donné la sensation de vieillir en un jour de dix ans encore et l’avait convaincue qu’il était temps de s'éclipser au profit d’une fille qui, vingt ans après, se vengeait enfin. Et l’idée à peine digérée, les sourires et la sensation que la vie reprenait son court retrouvés, c’était le scandale qui naissait. Car bien sûr les démentis n’y changeaient rien, le monde était persuadé de la filiation de Madeleine et Armande, suspectait même celle de cette dernière avec Molière. Et bien sûr il n’avait pas s’agit de simples rumeurs mais bien de coup bas, d’attaques personnelles et de termes qu’elle n’aurait plus cru voir un jour accolés à son nom. Mais finalement les mauvaises langues s’étaient lassées, ou au moins calmées, et le quotidien avait repris, marqué par une certaine bonne humeur, à peine feinte mais tout de même emplie d’une certaine langueur, une mélancolie qui se traduisait physiquement. Mais au moins pas d’amertume chez Madeleine, une simple fatigue qui s’installait et menaçait de rester. Avant un dernier coup, peut-être le plus blessant, il y avait quelques jours à peine.

« - J’ai entendu que Modène était rentré. Catherine attendit un instant, laissant à Madeleine l’occasion de confirmer, ce dont elle s’abstint. Vous êtes vous vus ?
- Pas encore. »

En réalité si, ils s’étaient vus. Mais au sens premier du terme. Ils s’étaient aperçus, et plutôt que de s’avancer vers elle, de se fendre au moins d’un faible sourire, après avoir posé les yeux sur elle, alors qu’elle se trouvait à quelques mètres seulement, il avait tourné la tête et s’était contenté de s’éloigner. Le geste l’avait glacée d’horreur, avait tué un sourire naissant qui depuis était encore perdu. Pas un mot, pas le moindre signe, simplement l’indifférence, au moins aussi injurieuse qu’elle était douloureuse. Et il était difficile de prétendre que tout allait bien lorsque définitivement plus de vingt ans de vie volaient en éclat, quand on se rendait compte que tous les sacrifices n’avaient jamais servi à rien et que depuis longtemps tout était fini. Finalement son plus grand regret était sans doute de l’avoir autant aimé.

Enfin Madeleine releva les yeux pour les planter sur Catherine, de façon saisissante, un regard farouchement clair et brusque, qui ne se déroba cette fois pas et qui semblait accuser. Non, elle n’était pas encore désaffectée et n’avait pas abandonné tout espoir de vivre, au contraire, elle se savait simplement une passade qui devrait être pleine de morosité avant de pouvoir renouer avec une forme de légèreté. Les prunelles bleues se posèrent donc sur la visiteuse, blâmaient l’air de charité qu’on leur offrait, et la voix s’éleva, ferme et presque tranchante.

« - Tu voulais quelque chose ?
- Simplement voir comment tu allais.
Un silence s’installa aussitôt, puisqu’il n’y avait rien à répondre qui puisse valoir la peine. Alors sous l’oeil sévère Catherine se leva, sourire apaisant sur les lèvres, car il en fallait bien plus pour la déconcerter, et hocha légèrement la tête.
- Mais je vais te laisser. »

Sans doute valait-il mieux, au moins quelque chose sur laquelle elles s’accordaient aujourd’hui. Catherine s’éloigna donc en silence, laissant à Madeleine le soin d’enterrer par elle-même son lot d’illusions contrariées et d’erreurs de jeunesse qu’il fallait à présent - enfin - oublier.

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Mars 1666

« - Alors, mademoiselle, que se trame-t-il donc chez la troupe du roi ?
- Enfin ! Je gâcherai la surprise si je vous mettais dans la confidence, s'exclama Madeleine en paraissant outrée par cette question.
- Dites-moi alors simplement si nous aurons le plaisir de vous voir sur scène prochainement, insista l'homme qui lui faisait la conversation.
- Je n'aurais point à cœur de vous priver de mon illustre présence, répondit la comédienne en prenant des manières volontairement risibles car trop exagérées.
- Vous m'en voyez ravi. Et serez-vous des nôtres chez madame d’Espard ?
- J’y réciterai la semaine prochaine un passage de La mort de Pompée. »

Simple artiste certes, mais dans les salons il y avait pourtant cette sensation que malgré tout on ne la prenait pas de haut, contrairement à la cour, et qu’on appréciait talent et travail de diction à leur juste valeur. Discussion d’égal à égal sans doute pas, mais au milieu des amoureux des lettres et autres mécènes des arts naissait tout de même le sentiment d’être quelqu’un. Sa vie avait tourné comme elle ne s’y attendait pas, apportant avec elle sans doute plus de désillusions que de succès, mais demeurait la reconnaissance, objet intangible qui en plus de donner un sentiment d’utilité satisfaisait l’ego. Les premiers rôles comiques avaient été abandonnés, mais restaient les applaudissements dans ces rôles de reines déchues et autres veuves entre folie et dignité qui lui allaient toujours si bien, attiraient applaudissements et compliments. Baste les lignes de précieuses et remarques de soubrettes, au diable les créations originales ; la tragédie, la belle, la vraie, voilà ce qui au fond lui allait mieux qu’à personne. Face aux yeux admiratifs du marquis elle releva un peu le menton et esquissa un sourire, signe qu’elle avait retrouvé un feu qui ces dernières années avait manqué de s’éteindre. Les déceptions laissées derrière elle, le deuil des espérances terminés, la passion avait été retrouvée. Le temps continuait de passer mais elle s’était décidée à en profiter à chaque instant, à se convaincre que demeurait chez elle un peu de jeunesse, un esprit qui restait vif et mordant, et surtout que cet air de bonté, ce souci altruiste, valait mieux que l’égoïsme que certains affichaient mais qui ne pouvait mener à rien de bon. On ne pouvait être que malheureux losqu’on était seul. Accepter que tout était éphémère, s’accorder un train de vie agréable, des plaisirs qui étaient tant de péchés mais qui donnaient la sensation d’être encore vivante et, enfin, croire que ce qui avait mené à quelques lourdes peine par le passé valait mieux que d’être insensible, tout cela se mêlait à présent et lui donnait la certitude que ce n’était pas le pire qui était à venir.

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Mer 13 Juil - 18:30


TU ES VALIDÉ(E)



Oui oui ça sert à rien comme message ! Mais comme ça on fait presque croire que les admins ne sont pas tyranniques !

Et puis j'en profites pour te dire à quel point ta fiche est magnifique  :geuu:  merveilleuse    et fabuleuse    
Merci de faire : Recenser ton avatar pour éviter l'invasion des clones - Fiche de Rp pour commencer à jouer - Fiche de lien pour se lier avec les autres membres
Les liens qui peuvent servir : Les connaissances pour mieux savoir et ne pas être pris au dépourvu

Bon jeu sur Vexilla Regis!

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Mascarade ◆ Madeleine Béjart

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