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 Un peu d'air vous ferait le plus grand bien (PV : Monsieur)


Ven 18 Mai - 11:22

    Cela ne pouvait plus durer, la Reine était morte depuis quelques semaines et je constatais tristement que Philippe s'enfonçait un peu plus chaque jour dans un état de mélancolie fort avancé. Il avait beau feinter et imiter à merveille l'insouciance, il ne fallait pas être un fin observateur pour se rendre compte que tout ceci n'était que pure apparence, ses sourires étaient factices, ses rires l'étaient également. Il sortait de temps en temps parce qu'il n'avait pas le choix, mais il préférait de beaucoup hanter les salons ou ses appartements, quoique pour ces derniers je ne m'en plaignais pas, mais tout de même, il ne devait pas se laisser aller ainsi. Certes perdre sa mère c'est tragique, mais il faut passer à autre chose et ce n'est pas faire offense à un défunt que de continuer à vivre sans lui. Il faut que Monsieur se ressaisisse, j'ai bien l'intention de lui demander de venir faire une promenade avec moi. Enfin je le ferais lorsque, cet homme qui est en face de moi et dont je ne me rappelle plus le nom , voudra bien me laisser partir. Depuis qu'il m'a abordé dans les couloirs du château, je ne peux m'en défaire, une véritable sangsue. Il est jeune, agréable à regarder, mais c'est un véritable moulin à paroles.

    - Veuillez m'excuser mon jeune ami, mais l'on m'attend et je ne voudrais pas froisser cette personne.

    - Oh oui, naturellement, mais vous savez que le Duc de Bretagne....

    Et en plus il allait continuer, au secours ! Je levais la main pour le faire taire. Cela eut l'effet escompté. Sans un mot, de crainte qu'il ne continue, j'inclinais doucement la tête pour la saluer puis je m'éloignais de lui. Seigneur , ce que les gens peuvent être pénibles lorsqu'ils s'y mettent. La question que je devais me poser maintenant, c'était où trouver le Prince et tandis que je marchais, je laissais mon regard faire le tour des pièces que je traversais pour voir s'il ne s'y trouvait pas. Au bout d'interminables recherches, je le vis, avec un attroupement de personnes autour de lui. C'est ce qu'il a toujours aimé, se sentir entouré, quoique à l'heure actuelle, je suis certain qu'il voudrait, de temps en temps, un peu de tranquillité. Je restais un petit instant à distance, observant ce groupe de personnes, composé d'hommes principalement, les mignons de Monsieur. Parmi ces gens, je n'ai pas beaucoup d'amis, ils jalousent ma position auprès du Prince, mais qu'y puis-je si j'ai été un peu plus hardi qu'eux et si j'ai réussi à avoir une telle emprise sur le frère du Roi ? Je regardais un instant par une des nombreuses fenêtres du château pour constater que le soleil était haut dans le ciel, il ne faisait peut-être pas très chaud, mais peu importe. J'avançais doucement vers Monsieur et ses "amis" puis je restais là, silencieux, attendant qu'il me remarque, ce qui n'allait pas tarder. Lorsque ce fut le cas, je m'inclinais doucement devant lui, comme le voulait l'Etiquette.

    - Monseigneur...

    Oui cela peut vous sembler étrange que je le salue ainsi alors que tout le monde connaît la nature des liens qui nous unissent, mais n'oubliez pas que nous sommes en public, il est Prince de France, frère unique de Sa Majesté Louis XIV, je ne peux pas le saluer comme s'il était mon égal et puis, en public, il faut toujours que les gens aient l'impression que c'est Monsieur qui "domine" alors que s'ils savaient la vérité... enfin, peu importe, là n'est pas la question. J'esquissais un sourire en direction du Prince.

    - Voyez comme il fait beau Votre Altesse, n'auriez-vous pas envie de partager ma promenade ? Je m'apprêtais à sortir faire quelques pas et je serais honoré si vous consentiez à m'accompagner.

    Bien sûr il est probable que, s'il accepte il demande également à ses mignons de nous suivre et même si ce n'est pas vraiment ce que je souhaite, je n'aurais pas le choix, je devrais bien accepter. Enfin si c'était le cas, je trouverais toujours un prétexte pour l'éloigner des regards indiscret et lui... changer les idées pour quelques minutes au moins. Pour l'heure, j'attendais sa décision.
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Sam 19 Mai - 19:53

    Vert, rouge, bleu. Ou même un doux blanc crème. Mais cet habit de violet perpétuel... il n'en pouvait plus. Déjà... Il était beau le fils chéri, déjà il se lassait des marques qu'il fallait porter pour le deuil de sa mère. Et elle était morte il y avait seulement trois semaines de cela. Au moins s'était-il épargné le noir, il ne l'avait porté que quelques jours, les quelques jours suivant son retour à la cour. Louis avait proclamé le deuil d'un roi pour Anne d'Autriche et le Duc d'Orléans en avait été surpris, ravi... Sur le moment. Maintenant le roi avait un rien allégé le deuil, ils étaient repassés des habits noirs de corbeau au violet liturgique et Monsieur faisait preuve de toute son ingéniosité pour faire en sorte qu'aucun de ses habits ne se ressemble,perdus dans cette même teinte de couleur. La chose était aisée pour le moment, il n'avait pas encore exploré chaque nuance de violet, de lavande, de mauve... Lorsque ce serait fait, que faudra-t-il faire ? Il en était déjà contrit. Mais il respecterait ce deuil jusqu'au bout, pour l'image, pour l’Étiquette, pour sa mère.
    Comme il cela lui arrivait fréquemment ces derniers temps, Philippe d'Orléans s'était détaché de la conversation qui se déroulait autour de lui. Lorsqu'il réaliserait son inattention, il ressentirait une honte éphémère. C'était à lui de mener les conversations il ne pouvait s'en détourner comme cela, même pas pour cette mère adorée qui lui accaparait l'esprit. Pour l'heure il ne parvenait pas à s'arracher de ses pensées. Malgré ses trois semaines d'exil Philippe n'avait toujours pas accepté son départ. Ce furent trois longues semaines, durant lesquelles les jours furent interminables, ou inexistants, où le temps se tordait pour mêler le jour et la nuit ensemble. Six jours il était resté enfermé, cloîtré, six jours il avait refusé qu'on l'approche de près ou de loin. Tous! Sans aucune exception. Au septième jour la porte s'ouvrit, la lumière entra dans la chambre sombre et dévastée. Un petit ange était entré timidement, un rien apeuré. Marie-Louise, sa fille, sa chère Marie-Louise. Elle l'avait ramené à la vie par ses caresses et ses baisers maladroits d'enfant. Cela dura une semaine, la petite princesse venait voir son père, seule, le consolait, elle avait été la seule qu'il tolérait près de lui.
    Monsieur réalisa enfin que son esprit vagabondait, il secoua ses cheveux bouclés, cilla, revint sur la conversation. Enfin plus ou moins. En regardant les visages qui l'entouraient il se rendit compte qu'aucun d'entre eux n'avait été à ses côtés dans son malheur le plus profond. Certes il les avait tous rejetés, certes ils avaient préféré se mettre à l'abri de la folle douleur du Prince, sachant qu'ils n'y prendraient que des coups mais... Un parmi eux, un avait finalement osé pénétrer jusqu'à lui. Et il n'était pas là. Où était son tendre chevalier? Philippe soupira.
    En comprenant qu'on cherchait à attirer son attention il releva son regard, écouta, sourit, se mit à rire. Il devait laisser de côté son malaise, revivre. Être au centre de toute cette attention lui redonnait déjà du baume au cœur, un peu... Ses mignons étaient si charmants avec lui, si attentionnés, certains plus que d'autres, certains mieux que d'autres bien sûr, mais Philippe appréciait ces gestes plus ou moins sincères d'affection, ne se souciait pas du fait que certains y voyaient l'occasion d'une faveur. Chut. Penser à feue sa mère était déjà assez douloureux pour ne pas en rajouter davantage. Son sourire pour seule défense, il laissait le reste de son corps réagir à ce qu'il entendait sans écouter et machinalement riait, hochait la tête, sirotait son verre. Il regarda le jeune garçon qui lui parlait avec tant d'entrain. De quoi lui parlait-il déjà? Ah... Molière oui. Il gloussa pour la forme. Il aimait le dramaturge, mais ce n'était pas lui qu'il voulait à ses côtés. Pourquoi n'était-il pas là? Pourquoi ne le voyait-il pas? Monsieur se redressa, il était trop apathique, même lui le réalisait. Alors le frère du Roi replongea dans la conversation à corps perdu, pour rattraper sa nostalgie légitime mais inappropriée. Ses rires furent moins éthérés, plus consistants et enfin il répondait véritablement, enfin il était de nouveau le maître du babillage de sa petite cour.
    Et là dans un rire, dans un tournoiement de bouclettes noires et poudrées, il le vit. Le sourire du Duc d'Orléans s'élargit de soulagement, de malice. Philippe de Lorraine était enfin là, il l'avait enfin rejoint. Il le regardait en silence de son regard profond, ce regard qui lui donnait tant de frissons. Il sentait l'intrigue derrière ces yeux, un projet. Que préparait-il?

    -Chevalier, approche...

    Il le tutoyait comme à son habitude, mais il n'en attendait pas le retour. Problème d'Étiquette bien sûr, et même ces simples paroles permettaient à son tendre Philippe de lui adresser la parole. Il le regarda s'incliner de sa grâce coutumière, releva le menton lorsqu'il se redressa de toute sa noblesse. Philippe d'Orléans tourna le regard vers la fenêtre. Il n'avait pas vu le soleil, il n'avait rien vu de l'extérieur depuis bien longtemps. Il s'humecta les lèvres dans une moue.

    -Par un froid pareil ? Quelle fantaisie t'es donc passée par l'esprit ?

    Il se tut, réfléchit un instant en silence avant d'ajouter :

    -Tu irais quoi que je dise n'est-ce pas... Bon... Apportez mes effets!

    En disant cela il s'était levé dans une pirouette, s'était avancé jusqu'à Lorraine pour lui caresser la joue dans un sourire.

    -Allons nous promener... Restez ici mes chéris, je ne voudrais pas que vous attrapiez froid. Un seul malade suffira amplement.

    Il ignora les protestations, les quelques murmures, se dirigea vers la sortie du salon. Un peu de lumière pour son esprit qui sentait le renfermé, un peu d'amour pour remplacer celui qu'il pensait avoir perdu. Et tout irait mieux ensuite.
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À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
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Sam 19 Mai - 20:58

Vous vous demandez certainement de quelle manière je suis vêtu. A votre avis ? Je ne fais pas exception à la règle, il règne une dominance de violet dans ma garde-robe en ce moment. Sa Majesté a surpris tout le monde lorsqu'il a déclaré qu'on porterait le deuil des Rois. A bien y regarder, ce n'est pas si étonnant que cela, Sa Majesté a toujours beaucoup apprécié la Reine Anne, enfin de ce qu'on m'en a dit bien sûr, vous n'imaginez tout de même pas le plus grand des Rois venir se confier à moi. Je ne crois pas que ce soit une des idées qui lui passent par la tête lorsqu'il me voit, bien au contraire. La place que j'occupe auprès de Monsieur, est certes très enviée par ce qu'elle m'apporte, toutefois, j'ai l'impression d'avoir comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Parce que, le moindre faux-pas ne me serait pas pardonné et même si Sa Majesté ne dit rien à propos de la relation que nous entretenons son frère et moi, j'ai dans l'idée qu'il ne serait pas contre le fait de m'éloigner d'ici dès qu'il en aurait l'occasion et ce ne serait pas Monsieur qui pourrait y faire quoi que ce soit. Alors, je demeure prudent. Notez bien, je ne blâme personne, je savais bien, en entreprenant mon approche de Monsieur que si j'atteignais mon but, la vie ne serait pas de tout repos, mais ma foi, je ne m'en plains pas.

Tandis que j'observais le Prince avec sa "Cour", je ne pouvais m'empêcher de penser à toutes ces journées où il est resté cloitré dans ses appartements, il ne voulait voir personne, pas même moi. Je dois vous avouer que j'en ai été déçu, presque blessé, c'est étrange, je ne sais même pas pourquoi j'ai ressenti cela. Pendant tout le temps de "l'exil" que le Prince s'était imposé, j'en avais profité pour passer un peu de temps avec mon cher Sebastien, j'avais été si heureux de le voir le jour où il est arrivé à la Cour. Sebastien de Ragny et moi nous étions connus étant enfants, j'habitais tout simplement l'une des demeures proches de la sienne, de ce fait nous jouions régulièrement ensemble avec d'autres enfants tels que...comment s'appelait-il déjà ? Ah oui, Hector d'Alençon. Lui je ne sais pas ce qu'il est devenu, il faudra que je le demande à Sebastien un jour. Malgré la compagnie de Sebastien, je n'avais pas pu empêcher mes pensées de se tourner vers Philippe et j'en avais été troublé, je ne comprenais pas ce qu'il m'arrivait, je ne pensais pas lui être si... attaché que cela. Je n'arrivais tout bêtement pas à mettre un nom sur ce que je ressentais. Et puis Son Altesse Royale la princesse Marie-Louise avait fini par réussir à entrer dans les appartements de son père, elle était même la seule qu'il acceptait près de lui. Vous savez le plus étrange dans tout cela ? C'est pendant qu'il se lamentait seul dans son coin, j'aurais très bien pu partir, ne serait-ce que le temps qu'il se décide à réapparaître, mais je n'en ai rien fait, je suis resté là, attendant qu'il décide que son chagrin pouvait être visible par tout le monde. Bien sûr je ne passais pas mes journées derrière sa porte, à vrai dire, mis à part les gardes qu'il avait dû poster lui-même, il n'y avait pas grand monde qui s'y pressait. Les premiers jours bien sûr, tous les courtisans affectaient de s'inquiéter, ils prenaient de ses nouvelles, mais comme le Roi lui-même ne forçait pas son frère à paraître, les gens ont fini par se lasser. Chaque jour je venais, je m'enquerrais auprès des gardes ou bien des gouvernantes de sa Maison je leur disais de lui transmettre mes amitiés si jamais elles le voyaient, ce genre de choses. Je ne suis même pas sûr qu'elles aient fait ce que je leur avais demandé, mais peu importe. Puis, le jour vint où il se décida à sortir et, comme par miracle, tous ceux qui avaient un quelconque intérêt à être près de lui revenaient, que dis-je accouraient au-devant de lui pour prendre des nouvelles de sa santé. C'en était réellement pathétique.


A présent, le voilà qui riait à gorge déployée avec ses mignons, c'était un rire forcé assurément, mais peu importait, le Prince riait, alors tout était normal. Il ne faut pas grand chose à la Cour pour se rassurer, je peux vous l'affirmer. Lorsqu'il me vit, bien évidemment il me tutoya, je n'en étais pas le moins du monde offusqué, après tout, c'était l'usage. Quand je lui fis part de mon envie de promenade, il me demanda quelle fantaisie m'était passée par l'esprit pour lui demander une telle chose. J'entendais ses mignons glousser, se gaussant du fait qu'il se moquait gentiment de moi.

- Et bien Monseigneur, il paraît que l'air froid est vivifiant, c'est ce que j'ai entendu dire récemment, il me semble que c'était Fagon qui m'a dit cela.

Il semblait réflechir ensuite à ce qu'il allait me dire, j'attendais patiemment, ne me départissant pas de mon air aimable et un tantinet séducteur que j'arbhore toujours en sa présence. Il finit par céder. J'eus un petit sourire en coin.

- Votre Altesse ne me connaît que trop bien.

Il s'approcha de moi et me caressa la joue, si je m'étais écouté, je l'aurais bien embrassé, mais cela ne se faisait pas... pas en public. Je me contentais donc de lui sourire. Je fus doublement heureux lorsqu'il demanda à ses mignons de l'attendre, cependant je n'en montrais rien. J'avais placé un manteau sur mes épaules. Il était vrai qu'il ne faisait pas très chaud, mais l'avantage à cela c'était qu'il n'y avait pas beaucoup de monde à se promener. Nous arrivions sur la Grande Esplanade lorsque je me décidais à rompre le silence qui s'était installé entre nous, je ne voulais pas le faire avant parce que je voulais que nous soyons hors des oreilles indiscrètes.

- Alors dites-moi mon Prince. Comment allez-vous aujourd'hui ? Sincèrement.

J'avais rajouté ce dernier mot parce qu'il aurait bien été capable de me dire qu'il allait bien alors que je n'en étais pas vraiment certain.
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Dim 20 Mai - 19:29

    Tout chez lui le charmait, toujours, même après tant d'années. depuis combien de temps se connaissaient-ils maintenant? Presque dix ans? Oh comme il vieillissait. Le frère du Roi regarda le chevalier de ses yeux noirs, eut un sourire.

    -J'en ai l'impression... Mais les impressions sont trompeuses, et ce que je connais de toi...

    Monsieur se tut dans un sourire mystérieux, haussa les épaules dans un rire et se retourna pour continuer son chemin. Dix années maintenant... Seigneur Dieu. Dix années. Et lui qui ne supportait pas de se sentir vieillir. Il y a dix ans de cela, sa mère était encore là. Il s'ébroua pour s'arrêter de penser, tourna la tête vers le valet qui lui donna ses bottes fourrées, lui tendit sa lourde pelisse, ses gants, son chapeau. Le gris des poils lustrés de la cape rehaussait son mauve joyeux, il en était fier. La couleur de ses gants mettait en valeur les bagues qu'il portait aux doigts. Il passa devant un miroir, jeta un œil, et finalement plus qu'un œil. Monsieur se détailla, remit quelques mèches qu'il considérait comme rebelles à leur place, et une fois satisfait posa son feutre sur le chef, il sortit du château pour marcher, sachant pertinemment qu'il était suivi de son chevalier. Lui ne le quittait pas, lui était toujours là. Même lorsqu'il l'avait refusé, même lorsqu'il les rejetait tous, Philippe de Lorraine avait été le seul à venir malgré tout. De temps à autre du fond de ses limbes, Monsieur avait entendu la voix de son amant, s'était approché de la porte pour l'écouter parler, demander de ses nouvelles. Il en avait éprouvé du bonheur avant de se replonger dans ses lamentations incontrôlées. Et lorsque les deux semaines de son malheur le plus intense se furent passées, lorsque les bras ronds et doux de la petite Marie-Louise lui avait rendu la force de paraître, la petite comprit que son père ne pouvait rester dans l'ombre. Elle avait ramené avec elle l'angélique chevalier, son amant si controversé. Monsieur sortit timidement de sa chambre. Deux jours plus tard il retournait à la cour sur ordre de son frère, à regret, le temps des souffrances était déjà achevé. Beaucoup trop tôt à son goût mais il ne pouvait se permettre de rejeter les messagers de son frère plus longtemps encore. Louis était bien plus fort que lui, dès le lendemain du jour sinistre, lui avait-on dit, le Roi s'était remis à vivre presque comme si de rien n'était. Presque... Monsieur pensait que Louis tentait d'oublier leur mère, sans jamais oublier la régente qui lui avait gardé son royaume. La première devait être à son esprit trop de douleur, la seconde une source de force et de détermination. Mais le Roi n'oubliait rien, il y avait, espérait-il, un combat dans l'esprit de son monarque de frère. Heureusement qu'il n'était pas Roi lui, il pouvait pleurer et lamenter les deux femmes tout son soûl, ou presque. "Voyez comme il me traite" avait gémi Anne sur son épaule alors que Louis se détournait froidement. Voyez comme il vous traite encore mère, tous les hommages vous sont rendus, vous pouvez être oubliée, la conscience royale ne se sent plus coupable.

    Le frère du Roi descendit les quelques marches du château, s'arrêta sur la dernière, contemplant la neige qui se trouvait au sol. Ce n'était pas une neige pure, elle avait été foulée depuis longtemps par les semelles des domestiques, des aristocrates, des animaux, par son frère sans aucun doute. La pureté était toujours immanquablement piétinée lorsqu'elle était si proche du grand monde. Il pensa à la jeune Démieux. Innocente, blanche comme la neige. Il la gardait jalousement près de lui. Si jamais il la jetait dans le grand monde... Elle serait piétinée comme cette neige. Il posa le pied sur la couverture blanche, entendit son premier crissement. A chaque pas la neige criait sous ses pieds. De douleur ou d'indignation? Décidément il avait des pensées bien étranges ces derniers temps, ce n'était pas lui qui donnait une âme aux objets ou aux animaux habituellement. Il devait laisser ce privilège à La Fontaine, l'écrivain y avait un certain talent. Mieux valait qu'il se taise.
    La voix de son adoré se leva près de lui, le sortit de ses pensées. Monsieur redressa la tête et allait lui répondre machinalement, écartant déjà les lèvres pour lui dire qu'il allait parfaitement bien, que cette journée était splendide et d'autres banalités de ce genre. Le dernier mot le coupa dans son projet. Monsieur eut une moue nerveuse, incontrôlée, se força à sourire en regardant son chevalier et finalement il répondit:


    -Je vais bien. Autant que cela m'est possible je me porte bien, merci de t'en soucier. Et toi? Tu sembles te porter comme un charme, chevalier.

    Monsieur allait toujours bien, il n'en allait jamais autrement de toutes les façons. Que ferait-on d'un prince frère du Roi malade ou dépressif, mélancolique, rageur, rancunier? Rien. On le garderait près de soi pour le surveiller des bêtises éventuelles, de lubies qui iraient contre la couronne. Des idioties inspirées par lui ou par d'autres par ailleurs. Louis ne comprenait pas que celle-ci était le dernier de ses objectifs. Bref, Monsieur savait parfaitement que le jour où il ne voudrait plus remplir son rôle, le jour où il devrait subir une remontrance qu'il n'accepterait pas, le jour où il s'opposerait à son Roi de quelque manière que ce soit par sa volonté ou par manque de celle-ci serait la mort d'une chose profondément ancrée en lui, peut-être serait-ce sa mort même. Aussi quoi qu'il fasse Philippe ne parvenait pas à se défaire de lui-même et répondait évasivement à son amour, sachant pertinemment que celui-ci ne serait pas dupe et ne se satisferait pas de sa petite concession. Les yeux noirs du Prince fuyaient le regard de Lorraine, et il trouva soudainement le bassin gelé de l'esplanade bien plus intéressant que le sublime visage du jeune homme. S'il le regardait il ne pourrait pas cacher son âme plus longtemps, ses yeux le trahissaient toujours et Philippe de Lorraine le connaissait trop bien, le lisait trop bien pour ne pas être perturbé par le langage corporel qu'il instaurait autour de lui pour brouiller les pistes.
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Sam 26 Mai - 11:05

C'est vrai qu'il ne connaissait pas tout de moi, mais ne dit-on pas que plus on reste mystérieux sur ses atouts, plus durable est la relation ? Et j'ai bien l'intention qu'elle dure longtemps, je ne suis pas arrivé jusqu'ici pour que cela soit éphémère et puis je ne sais pas, mais je n'ai tout simplement pas envie de ne plus le voir, c'est idiot, je sais, surtout que je ne comprends pas pourquoi j'ai ces pensées. Enfin, peu importe, Philippe ne termine pas sa phrase, laissant à chacun imaginer ce que bon lui semble. J'esquisse un sourire amusé.

- Mais avouez Monseigneur que si vous connaissiez toutes mes facettes, cela ne serait plus amusant et vous vous ennuieriez.

Oui, avec Philippe, il faut le surprendre, perpétuellement, pour ne pas qu'il se lasse. Lorsque j'ai entrepris sa conquête il y a quelques années de cela, j'ai bien souvent commis quelques erreurs, mais j'ai eu la chance qu'il trouve cela attendrissant alors que chez d'autres il aurait déjà crié au scandale. Ce que vous devez savoir tout d'abord, c'était que même si mon père me parlait souvent de la vie à la Cour lorsque j'étais enfant, il ne faisait pas référence à la même Cour, il parlait de celle de feu le Roi Louis XIII, mais cela me donnait une idée de comment il fallait se comporter avec telle ou telle personne. Toutefois, il y avait une chose que j'ignorais, c'était à quoi ressemblait le Roi. Et oui, cela peut vous sembler étrange, mais nous n'avions pas de portraits représentant Sa Majesté à la maison et, par extension, je n'avais pas la moindre idée de ce à quoi pouvait ressembler son frère. Les premiers jours de mon arrivée à la Cour, j'étais allé me promener dans les jardins bordant le château. Je n'avais que treize ans alors et je découvrais, émerveillé, un monde que j'avais toujours voulu connaître. Tandis que je marchais, je fus attiré par un bruit, quelqu'un pleurait dans les buissons. Je m'approchais et je découvris un jeune homme, il était beaucoup plus âgé que moi, mais il semblait si triste, j'ignorais quel genre de malheur l'avait accablé, mais j'étais un peu "choqué" de voir un homme pleurer, mon père m'avait toujours dit qu'un homme devait être fort et ne devait pas se laisser aller à ses émotions. J'avais donc demandé à ce garçon ce qui lui arrivait, pourquoi il pleurait ainsi, il me répondit fort peu aimablement que cela ne me regardait en rien et que je devais m'occuper de mes affaires. Déjà à l'âge que j'avais, je n'aimais pas que l'on me parle ainsi et évidemment je ne me laissais pas faire, même s'il était plus âgé que moi, je lui disais qu'il ne me faisait pas peur et ainsi de suite. On allait presque en venir aux mains lorsque mon père, qui me cherchait, me retrouva enfin, la différence c'était que lui savait à qui je parlais. Imaginez, quelle fut ma surprise et ma gêne lorsque mon géniteur s'inclina devant le jeune homme avec qui j'étais prêt à me battre, je réalisais que je venais de faire la connaissance du frère du Roi et étant donné le comportement que j'avais eu avec lui, je serais certainement fouetté dans la seconde. Réalisant mon erreur, je m'excusais tout de suite auprès de lui, mais pour mon père le mal était fait, il m'entraîna après lui sous les yeux des gens qui déambulaient dans la cour du Château et moi, je ne me débattais pas, de toute manière, rien de ce que je ferais ne m'épargnera ma sentence. Cependant, elle ne vint jamais. Alors qu'on arrivait aux appartements que nous occupions mon père et moi, ce dernier se fit appeler, il me dit évidemment que je ne perdais rien pour attendre, mais lorsqu'il revint, je ne fut pas puni, il ne me décrocha pas un mot, mais il ne fit rien non plus. Je sus, quelques années plus tard, que Philippe était intervenu en ma faveur. C'était mignon, vous ne trouvez pas ?

C'était à partir de ce moment-là que je m'attachais à lui, que j'ai cherché à le connaître et depuis je ne le regrette pas. Bien sûr, il a un caractère très particulier, il a souvent des crises de colère qui font trembler les murs du château, mais je ne sais pas si ce que je ressens lorsque je suis près de lui serait similaire s'il était autrement. Pour l'heure, nous marchions dans le froid de l'hiver, la neige recouvrait la cour de son manteau blanc... un peu sale d'ailleurs, mais quand on y pense, il n'y avait rien de très étrange à cela, après tout, les domestiques y étaient passé de bonne heure, les courtisans s'étaient promenés ici, même Sa Majesté avait fait sa promenade quotidienne. Je regardais Philippe tandis qu'il répondait à ma question. Comme je m'y étais un peu attendu, il n'y répondit pas sincèrement, il n'osait pas me regarder, sachant pertinement que je décèlerais son mensonge si mes yeux croisaient les siens. J'esquissais un petit sourire indulgent.

- Soit, à votre aise, mais vous savez que vous pouvez vous confier à moi si le besoin s'en fait sentir, je ne vous trahirais pas.

Il me demanda si j'allais bien. Oui, pourquoi n'irais-je pas bien ? J'étais là où j'avais toujours rêvé d'être, petit à petit, le Prince sortait de son état dépressif, même s'il y replongeait de temps en temps, alors tout ne peut qu'aller merveilleusement bien. Si l'on ne prête aucune oreille aux ragots de la Cour, tout va bien, dans le cas contraire, il faut craindre de voir poindre une migraine intense qui ne vous lâcherait pas de toute la journée. Philippe attendait toujours ma réponse tandis que nous continuions à marcher, nous arrivions près d'un banc en pierre, dissimulé des regards par des buissons, il était miraculeusement dépourvu de neige, j'ôtais mon manteau et le posais dessus, puis je fis asseoir Monsieur et m'installais à ses côtés. Doucement, je tournais son visage vers le mien, le lui relevant lorsqu'il le baissait. Je lui fis un doux sourire et délicatement, je déposais mes lèvres sur les siennes après m'être assuré que personne ne nous épiait. Je donnais enfin ma réponse, dans un murmure.

- Maintenant je vais très bien, merci.

Oh bien sûr il ne sera pas content parce que j'ai enlevé mon manteau, il me reprochera mon inconscience, mais peu importe et puis, je n'ai jamais été frileux, sans compter qu'il y a certains moyens pour se réchauffer. Je pris doucement sa main et y déposais un baiser sans le quitter des yeux.

- Vous m'avez manqué pendant tout ce temps. Depuis que vous êtes sorti de votre chambre, nous n'avons pas vraiment eu le temps d'en reparler, je ne veux pas vous faire revivre de mauvais souvenirs, mais je voulais juste que vous le sachiez. Mes pensées étaient tournées vers vous à chaque instant.

J'eus un petit sourire.

- Même lorsque je rendais visite à Sébastien, je ne pouvais m'empêcher de penser à vous.
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Dim 27 Mai - 19:05

    Alors qu'il marchait dans la neige, il repensa vaguement à sa réaction de tantôt. S'il le connaissait tout à fait? S'il savait tout de lui? S'ennuierait-il? Certainement. Mais surtout la question qu'il devait peut-être se poser était... l'aimerait-il encore? Le frère du Roi s'était contenté d'un sourire espiègle pour toute réponse. Il en doutait. Ce ne serait plus de l'amour mais de la peur. Après tout même si le frère du Roi ne les écoutait pas, les rumeurs et les critiques qu'il entendait à propos de son chevalier pouvaient, réunies les unes avec les autres, faire frémir de terreur n'importe qui. Mais il n'y croyait pas, il ne voulait pas y croire. Monsieur pensait connaître le véritable Chevalier de Lorraine, le doux, le fidèle, l'attentionné. Perfide parfois, il fallait bien l'avouer, mais seulement pour ses ennemis, tendre pour ses amis, dévoué pour son amour. Oui Philippe d'Orléans pensait connaître le vrai Philippe de Lorraine et il s’enorgueillissait d'un tel avantage sur autrui, d'une connaissance qui en rendait plus d'un jaloux. Mais il devait l'admettre, il y avait beaucoup de choses que Monsieur ignorait de son ange. Les mystères de Dieu s'étaient glissés dans cet être aux dehors parfaits. N'était-ce pas pour cela qu'il croyait en l'un et en l'autre? Pour le mystère, les mystères de la passion. Il avait vu, il était l'objet de cet amour que lui-même n'osait rêver. Alors que pouvaient comprendre les autres? Pas grand chose. Philippe d'Orléans était un initié, et la connaissance ne se partageait pas avec les profanes, pour son plus grand plaisir.
    Monsieur arrêta sa pensée. Il venait de trouver la question qu'il eut fallu poser et cela le gênait. Ce n'était pas lui qui devait y répondre. Quelle tête aurait fait le chevalier si ses lèvres avaient laissé glisser. "Et moi? Même si tu t'ennuyais auprès de moi? M'aimerais-tu?" Il ne devait pas aller plus loin dans ses réflexions, cela lui encombrait l'esprit et le cœur.
    Le frère du Roi regarda le visage de son ange, lui demanda dans un petit sourire d'enfant :


    -Pourquoi me dites-vous cela? Je sais que vous ne me trahirez pas.


    Cette dernière phrase avait été dite avec tant de sincérité. Je sais. Je SAIS. Et il s'en délectait. Lorraine était celui qui l'avait aimé, qui l'aimait et il l'espérait ardemment, qui l'aimerait encore. Un autre avait dit l'aimer, l'avait juré même parfois. Guiche... Guiche n'avait été qu'un hypocrite. Monsieur osait néanmoins penser, qu'il y avait eu une époque où le beau, le sublime Armand de Gramont l'aimait véritablement. Jusqu'à ce qu'elle arrive. Jusqu'à ce qu'elle le lui vole. Heureusement que Lorraine était là, c'était lui qui l'avait obligé à ouvrir les yeux, à découvrir puis à reconnaître cette situation, à voir que Guiche se moquait bien de son protecteur, de celui qu'il avait appelé "mon amour", à voir que lui, Chevalier de Lorraine, l'aimait passionnément. Heureusement... Sans lui le frère du Roi serait resté l'objet des moqueries les plus infamantes, sans lui il n'aurait jamais connu le véritable sentiment qui attache les hommes éternellement. Monsieur regardait toujours Lorraine, continuant de marcher d'un pas lent, ondulé par son extravagante féminité. Il suivit le regard de son chevalier, regarda derrière lui, amusé. Loin des regards vraiment? C'était donc cela que complotait ce diabolique chérubin ? Il eut un léger sourire, puis un regard désapprobateur.

    -Tu vas tomber malade... Remettez-le chevalier.

    Bien sûr il ne l'écouta pas, et lui n'insista pas, se laissant guider sur ce banc dans un sourire qui montrait qu'il n'approuvait vraiment mais vraiment que de mauvaise grâce. Mais il était heureux d'avoir ce manteau pour se protéger de la pierre glaciale. Monsieur se détourna, il ne voulait pas premièrement lui donner la satisfaction immédiate d'un regard alors qu'il lui désobéissait, mais surtout il ne voulait pas le laisser voir la tristesse de son cœur. Que ferait-il hein? Il se remettrait à pleurer comme un enfant? Monsieur n'avait pas honte de ses larmes, mais il ne voulait pas que l'on puisse penser qu'il était faible, bien que ce soit déjà l'opinion générale de la Cour. Faible, manipulé, incapable de s'intéresser à autre chose qu'à lui-même. Sur ce dernier point les courtisans avaient dû récemment revoir leur opinion, la constance et l'attention que le frère du Roi avait porté à sa mère avait montré chez ce jeune prince une humanité et une sensibilité dont on ne l'avait pas soupçonné et qui en avait surpris plus d'un. Que cette folle de Monsieur fut si prompt au chevet de sa mère, mais aussi si... spirituel. Sans oser dire sage, les mots qu'avait donné Philippe à sa mère mourante relevaient d'une humanité surprenante pour le personnage et le jeune homme qu'il était. Qui l'aurait cru? Peu de monde, et encore aujourd'hui peu de monde le croyait.
    Il ne put s'empêcher de relever les yeux, il ne put s'empêcher de répondre à son sourire, il ne put s'empêcher de savourer ses lèvres, les yeux mi-clos. Philippe pouffa de sa réponse, le regarda faire, comme un chat devant sa petite, délicieuse et tendre souris. Son sourire se figea, son regard fuyant. Il pinça ses lèvres dans un sourire à présent crispé, finit néanmoins par le regarder. Alors c'était vrai? Il avait véritablement pensé à lui. Son sourire revint et le frère du Roi releva le regard vers Philippe.


    -Vous avez donc rendu visite à Ragny? demanda-t-il l'air de rien, trouvant dans ce nom l'échappatoire qu'il lui fallait. Et j'étais dans vos pensées?

    Il se pencha vers lui en riant doucement, lui caressa la joue.

    -C'était une erreur de m'avoir ainsi en vous mon ami alors que vous vous trouviez si proche de cet insaisissable Corbeau. J'espère que vous avez rattrapé votre indélicatesse et que vous lui avez montré toutes les preuves de votre si longue amitié. Ce manteau vous va à ravir,
    continua-t-il sans préambule, l'étoffe est splendide. Tu es beau.

    Il jouait distraitement des boucles châtains de son amant, souriant comme pour se faire pardonner.


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À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
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Sam 2 Juin - 18:22

Les mauvaises langues sont partout et elles sont encore beaucoup plus présentes à la Cour, il m'est arrivé parfois, de surprendre une conversation dont j'étais le sujet principal. Cela aurait pu être flatteur si l'on ne m'avait pas décrit de manière si ignoble. Bien sûr toutes les choses que l'on peut entendre sur mon compte ne sont pas fausses, mais personne n'est parfait, je n'y peux rien si je suis ambitieux et si je me donne les moyens de réussir à atteindre mon but. Certains pensent que je n'aime pas réellement Philippe...Comment peuvent-ils le savoir alors que moi-même j'ignore comment qualifier ce que je ressens en sa présence ? En tous les cas, ce n'est pas moi qui ait couché avec Madame. Guiche a été bien imprudent, je dirais même stupide, en agissant ainsi. Sans doute pensait-il que cette "idylle" resterait secrète ? Je me souviens encore de ce jour, celui où je suis allé trouver Philippe pour lui raconter ce qu'il se passait entre son épouse et son favori de l'époque. La tâche était quelque peu risquée, Philippe aurait très bien pu ne pas me croire, mais il en eut lui-même la preuve flagrante, alors même s'il avait voulu croire en l'innocence d'Armand, il ne l'aurait pas pu. Pourtant, Dieu sait comme il en était épris. Un peu comme il semble l'être de moi. Cependant je ne suis pas aussi sot que Guiche pour me fourvoyer de la sorte, je suis un peu plus malin que cela. Toutefois, je tremble qu'un jour le Prince se mette à croire un peu trop tout ce qu'il entend et qu'il me demande quelques explications. Si ce jour arrivait, je ne sais comment je réagirais. Si je devais être éloigné de lui, je sais que j'en souffrirais, parce que c'était ce qu'il s'était passé lorsqu'il avait décidé de rester dans ses appartements après le décès de sa mère. Cependant, je doute qu'un jour je lui dise quelque chose comme cela. Je le regardais en esquissant un sourire en coin, il avait pris une petite moue enfantine, adorable...euh enfin il le fait souvent.

- Evidemment, mais je voulais juste affirmer vos croyances.

Oui, on est jamais trop prudent, je voulais qu'il soit certain que si d'aventure il me parlait de ce qui le tracassait, alors je n'irais pas le répéter et pour une fois, il n'y avait aucune feinte dans ce désir, non, j'étais très sincère. Lorsque nous fûmes près du banc, alors que j'avais enlevé mon manteau pour lui faire une assise plus confortable, je vis bien dans son sourire qu'il avait compris mes intentions et que, malgré les mots qu'il me disait, cela lui plaisait. Naturellement, lorsqu'il me sermonna un peu en me demandant de remettre mon manteau , je ne l'écoutais pas et me contentais de lui adresser un petit sourire attendri. Je fus heureux de voir qu'il semblait toujours autant apprécier mes baisers, il suffisait de le voir, les yeux mi-clos il était... hum si je m'étais écouté je crois que... enfin, un peu de tenue tout de même, je ne sais pas jusqu'à quand je vais pouvoir me contenir, mais j'avais une grande envie de lui. Réfrénant pour l'heure mes instincts, je retins de justesse un petit rire, il semblait que Philippe était jaloux de savoir que j'avais passé du temps avec Sébastien. Oh bien sûr il n'avait rien dit de tel, mais il suffisait de le voir, d'écouter les mots qu'il prononçait pour être fixé.

- En effet, cela faisait un moment que nous n'avions pas passé du temps ensemble, cependant, je n'arrivais pas à être complètement avec lui, c'était plus fort que moi.

Lorsqu'il me caressa la joue, je souriais. D'abord parce que j'aimais ses caresses et aussi parce qu'il riait, d'un rire qui, pour une fois depuis très longtemps n'était pas forcé. J'esquissais un sourire en coin. Je haussais les épaules et j'allais répondre lorsqu'il me prit de court et enchaîna directement.

Il me complimenta sur mon manteau, sans doute pour masquer sa gêne de s'être montré un peu jaloux, mais moi j'aime cette facette de sa personnalité. Je sais, je ne suis pas vraiment simple à suivre, mais que voulez-vous, c'est ainsi. Je plongeais mon regard dans le sien en souriant doucement puis je me penchais délicatement et commençais à parsemer son cou de délicats baisers.

- Merci mon Prince. Il faut bien que j'essaye de me montrer digne de vous et puis Sébastien et moi sommes amis depuis si longtemps qu'il a aisément compris la situation et puis il sait bien qu'à la prochaine occasion de se voir, je serais un peu plus présent auprès de lui, mais la personne qui fait battre mon coeur avait besoin de moi... je ne pouvais être auprès d'elle physiquement, je l'étais au moins en pensées.

J'avais tout de même réussi en enchaînant mes paroles moi aussi à répondre à ses interrogations. Un vrai tour de force vous ne trouvez pas ?
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Ven 15 Juin - 13:50

    Philippe d'Orléans regarda son amant, favori, ami, confident. Son amour. Comme il doutait pensait-il, comme le chevalier doutait de lui. Il n'aurait pas dû lui en vouloir, il aurait dû comprendre. Les humeurs des Princes étaient si changeantes, et Philippe ne faisait jamais que confirmer la règle, les faveurs pouvaient devenir des disgrâce avec une telle rapidité... Il aurait dû comprendre. Il ne le voulut pas. Monsieur fit glisser ses doigts distraitement sur le torse du chevalier, par-dessus son pourpoint, jouant avec les rubans qui s'y trouvaient. Il releva le regard vers lui.

    -Vous supposez que ma croyance s'est affaiblie.


    Sa moue fut boudeuse, et sans laisser la possibilité à Lorraine de répondre il prit son visage entre ses mains emprisonna ses lèvres, les lui mordilla légèrement pour se venger de ce qu'il prenait pour une cruauté. Un baiser vengeur et passionné.

    -Il faut que je vous récite mon credo, pour que tu vois que je n'ai pas oublié.


    Le frère du roi se tut un instant avant de reprendre :

    -"Credo in unum Deum, Amorem omnipotentem, factorem caeli et terrae, visibilium omnium et invisibilium.
    Et in unum Dominum Philippe Filium Dei unigenitum
    Et ex Amor natum ante omnia saecula..."


    Monsieur se retourna, posa son dos contre le torse de Lorraine et se lova contre son coeur chaud, battant. Il blasphémait, mais le blasphème par amour était si doux. Et cela faisait rire Monsieur de détourner ainsi le credo, malgré une certaine crainte de l'au-delà. Il irait se confesser plus tard, il le ferait bien sûr, Monsieur le faisait toujours. Parfois même il s'inventait des péchés pour s'agenouiller sur le bois dur du confessional, pour parler et avoir le sentiment de s'adresser à Dieu le Père lui-même. Louis le lui avait reproché, séchement. Une nouvelle fois Philippe en avait été blessé.
    Il renversa légèrement la tête en arrière pour regarder son Chevalier et lui sourire. Il attendit qu'il lui réponde, se perdit dans son regard. Philippe sourit sous les baisers, ferma doucement les yeux. La main posée sur la cuisse du Chevalier il caressait sa jambe nonchalamment tout en l'écoutant répondre.
    Il savait bien que Philippe et Sébastien se connaissaient de longue date, et à vrai dire Monsieur avait cru pouvoir profiter de cet avantage pour pouvoir séduire le Corbeau. Mais Valérie... Valérie rendait la tâche trop ardue, et Monsieur se serait sans doute escrimé inutilement. Et il n'y avait rien de plus déplaisant que de séduire en vain.
    Philippe sentit le reproche dans la voix de son Chevalier. Il l'avait refusé. Mais comme tout autre... Précisément comme tout autre. Le frère du Roi serra ses bras autour de sa propre poitrine. Il avait froid soudainement, il avait honte, il avait mal. Lui qui n'était jamais seul, jamais... Il avait eu un tel besoin de solitude. Elle l'avait rendu fou peut-être, cette longue semaine paraissait désormais irréelle dans l'esprit du Duc d'Orléans. Il ne s'était pas isolé durant sept jours, mais durant sept vies, sept siècles, sept éternités. Il n'avait que de vagues éclairs en mémoire, des cris, des pleurs, des errances. Rien que ne fut le visage de son amant, juste sa voix parfois de l'autre côté de la porte, sa voix qui le ramenait au fond de son lit. Il ne fallait pas que son amour le voit ainsi. C'était impensable

    Il se redressa, lui caressa encore la joue, pensif, peut-être honteux. Il aurait peut-être moins souffert si Lorraine avait été avec lui... Peut-être.
    Peut-être pas.
    Son sourire fut timide, léger. Sa voix l'était tout autant.


    -Tu m'en veux n'est-ce pas?

    Il le regarda de ses yeux noirs. Pour une fois, pour une rare fois, Philippe d'Orléans culpabilisait.
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