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 Correspondance rarement intéressante, souvent horrible et parfois sentimentale - Madeleine -


Jeu 28 Juil - 22:44

Lettre du 2 aout 1666. 

(Lettre étant quand même un mot très généreux pour ce bout de papier rédigés à la va vite. Un graphologue, même amateur, pourrait expliquer que le rédacteur était visiblement en colère au moment de l’écriture de la lettre. Le valet de Gabriel de la Reynie peut en témoigner.) 
«  Madeleine,
Vous avez oublié vos bas chez moi. Sans doute parce que vous êtes partie dans la précipitation en claquant la porte, sans aucune raison valable. Quoiqu’il en soit, je vous serai reconnaissant de venir les récupérer. De préférence en vous comportant comme un être civilisé et non pas comme une harpie vociférante. 
J’en profites pour faire remarquer que le vase que vous avez brisé lors de votre crise d’hystérie m’a coûté une petite fortune et que la première fois je préfèrerai que vos mouvement d’humeurs détruisent vos biens. »


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Ven 29 Juil - 21:54

Billets du 4 aout 1666

« Monsieur,

Si vous aviez daigné les faire porter plutôt que de m’inviter à les récupérer vous nous auriez fait à tous deux économiser du papier. Et quitte à se vouloir économe – ce vase était tout au plus quelconque et je suspecte une légère exagération lorsque vous évoquez une fortune – autant ne pas l’être dans la demi-mesure. Ceci étant écrit, ma servante, que je souhaite assez civilisée à vos yeux, les prendra pour moi. J’espère humblement que mon absence ne décevra pas vos préférences s’agissant de ma conduite.
Quant à l’absence de raisons que vous me reprochez, je ne doute que votre perspicacité et un soupçon de bonne volonté permettront de les trouver.

Par ailleurs, à faire dans la métaphore mythologique sachez que je préfère la gorgone à la harpie.

Vous exprimer mes meilleurs sentiments serait sans doute les trahir,
Mlle Béjart »


*****

Envoyé quelques heures plus tard. Le messager qui déposa le mot rapporta par ailleurs, à la demande de Madeleine, que les premières impressions sont parfois trompeuses et que de ce billet Gabriel comprendrait ce qu'il voudrait.

« Je vous remercie de m’avoir fait parvenir ce qui m’appartient. Je suis par ailleurs étonnée de n’avoir reçu aucune surenchère de votre part, j’en déduis que vous aviez aujourd’hui d’autres chats à fouetter – les pauvres. Non pas désolée pour ce que j’ai écrit, je regrette cependant ce vase dont l’absence impose sans doute un grand vide à votre salon. Dans quelques jours voyons si vous aurez trouvé à le remplacer. Pour éviter ces incidents nous devrions à l’avenir éviter de trop nous voir, peut-être même nous en abstenir. La nuit porte conseil alors demain reparlons-en, si vous le désirez seulement. Assez de temps perdu pour un soir, je pose la plume et vous souhaite qu’il soit agréable. »

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Dim 31 Juil - 23:56

le 5 aout 1666, lettre rédigée en réalité sur une page blanche déchirée sur un livre de Madeleine.

« Madeleine,
Je dois partir sans attendre. Désolé de ne pas pouvoir être là pour votre réveil. Je tenais à te direNous n'avons pas vraiment réussi à parler hier. Je penseMais j'aimerai croire que nous pouvons mettre notre dispute derrière nous. Et de nouveau nous entendre.
Je
J'espère vous voir chez la marquise d'Espard, aujourd'hui.
Gabriel
»

Note portée à Madeleine, un peu plus tard la même journée.

« Je ne pourrais pas être chez la marquise ce soir. Mais, je peux me libérer demain soir.
Au fait, pourriez vous éviter les marques de griffure, visibles,  la prochaine fois. C'est très embarrassant.  Quel âge avez vous


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Mer 3 Aoû - 22:24

Le 6 aout, en fin de journée

« Monsieur,

Inutile d’abord de faire l’effort de vous libérer, je suis ce soir occupée.

Ne croyez ensuite pas que je n’ai pas remarqué d’où provenait le papier que vous avez utilisé hier matin. Et avant que vous ne prétextiez l’inintérêt de l’ouvrage - qui pourrait pas ailleurs être envisagé comme simple question de perspective -, permettez-moi de vous rappeler que vous me demandiez, il y a tout au plus deux jours, de bien vouloir m’en tenir à la dégradation de mes biens propres. Au nom du principe de réciprocité je vous demanderai donc de vous astreindre à la même conduite que celle que vous aimeriez imposer. Quelques considérations éthiques - et, je vous fais  pleinement confiance pour me contredire si mes propos étaient erronés, ce me semble que le plus haut représentant de l’ordre devrait en avoir à l’esprit - voudraient en effet qu’on exige de soi au moins autant qu’on ne le fait d’autrui. Car à défaut de peser pareille fortune que votre vase, ce livre revêtait peut-être une valeur immatérielle de loin supérieure.

Vous arrive-t-il au demeurant d’écrire pour une autre raison que la plainte, qui est le plus excellent moyen de ternir un souvenir qui, pour peu, aurait été agréable ? S’il s'avérait que cela était le cas sentez-vous libre de me faire signe, mais dans l'éventualité contraire je vous invite à ne gaspiller ni temps ni encre pour moi. Car s’il y a bien un âge que je n’ai plus il s’agit de celui à lequel nous acceptons, si ce n’est encourageons en voyant dans le reproche un air d'intérêt, la moindre remontrance de bonne grâce. Si la docile passivité est ce qui vous convient et vous plaît je suggère de vous rendre quai de Grève, où pour un prix dérisoire vous l’obtiendrez.

Je ne guetterai pas de réponse de votre part mais serai sans doute étonnée, dans le bon sens, d’en recevoir une.  

Madeleine Béjart »

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Ven 5 Aoû - 23:53

le 6 aout 1666,
Ignorant tout du message, du contenu à l’expéditeur en passant par le passif des correspondant, le coursier agissait avec une certaine désinvolture. Après avoir donné la lettre et le paquet à qui de droit, il demeura quelque temps à l’office histoire de compter fleurette à une fille de cuisine. Le batifolage qui n’avait rien d’innocent ne prit fin que lorsque le fiancer de la fille de cuisine, un saucier du nom de Gustave, menaça de lui arracher ses organes génitaux et de les faire frire.

«  Madame,

Vous trouverez une somme suffisante pour assurer le remplacement matériel de cet ouvrage que vous regrettez tant. Et je vous présentes mes excuses pour son incommensurable valeur immatérielle qui est sans doute définitivement perdue. Par soucis de vous contentez une dernière fois, je n’émettrai aucune plainte, me contentant de constater qu’en matière de récrimination vous possédez une propension par tout le moins égal à vous étendre sur vos propres mécontentements.

Au demeurant je tiens à vous remercier pour vos conseils qui sont dictés par un bon sens rare chez vous mais particulièrement appréciable. Au risque de vous décevoir, je ne compte nullement  les suivre et me rendre chez ces femmes dont vous partagez les moeurs, à défaut de l’adresse. Une estime personnelle encore intact me poussant à préférer la compagnie de Mme de La Fayette. Néanmoins, je vous invite à garder l’appoint de la somme que je vous confie pour solde de tout compte.

Gabriel de la Reynie
»

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Sam 6 Aoû - 14:34

Le 6 aout

Quand, à une heure déjà bien avancée de la nuit, on retint encore un moment le coursier, le temps de griffonner non sans rage une réponse, et qu'en prime on le renvoya là où lui avait été promis quelques sévices à faire froid dans le dos, il se jura de sauter sur la première occasion de changer d'emploi.

« Monsieur,

Je ne veux ni n’ai besoin de votre argent. Plutôt que de vous en servir comme insulte à mon égard – croyez bien que la chose est dûment notée –, utilisez-le pour un usage plus personnel, en l’investissant, par exemple, dans un sens de la décence.

Vous me voyez désolée de vous inspirer tant de regrets et de mépris. Mais il serait mentir que de prétendre que vos mots m’étonnent. Non pas que je pense les mériter, je suis bien au contraire offensée par vos propos, mais la rumeur de votre naturel délicat ne vous précède pas. Un soupçon d’honnêteté voudrait cependant que vous n’oubliiez pas que dans ces prétendues mœurs que vous condamnez vous y avez bien trouvé votre compte. Sous-entendre pour moi les pires noms et affirmer ensuite vôtre amour propre intact semble donc la preuve d’une hypocrisie qui, si elle n’était pas si navrante, serait peut-être risible.  

Adieu monsieur, & au déplaisir de vous recroiser un jour.

Mlle Béjart. »

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Sam 20 Aoû - 13:38

Antoine sortit triomphalement une bouteille de vin rouge :

- Admirez, cette merveille !

Hugues s’empara de la bouteille et la fit tourner entre ses longs doigts en laissant échapper un sifflement admiratif.

- Mazette ! C’est que votre cuisine recèle des trésors.

Tandis qu’Antoine se composait un petit air faraud, Hugues se leva pour aller chercher des verres. On frappa à la porte, une fois invitée, une fille de cuisine déposa un plateau couvert de macarons, cannelés et autres financiers. Tout en débouchant la bouteille, Antoine louchait sur les pâtisseries avec gourmandise en notant :

- Vous me gâtez.

- On cherche une nouvelle cuisinière. Monsieur n’aimait pas la cuisson de la viande de la précédente. Du coup, je vérifie la qualité de la pâtisserie.

Une fois les verres remplis, les deux hommes trinquèrent joyeusement. Puis Hugues, en sa qualité d’hôte et d’intendant de Gabriel de la Reynie prit la parole.

- Ils ont recommencé à se fréquenter, vous l’avez remarqué.

Antoine eut un rire goguenard puis en mordant dans un macaron et demanda :

- Mais ils sont ensemble ou pas?

Hugues prit son temps pour réfléchir à la question en caressant un peu son menton fuyant :

- Je crois qu’officiellement, ils ne peuvent plus se supporter.

- Ouais ben j’aimerais bien que les femmes ne me supportent plus comme ça.

Ils eurent un ricanement commun et prirent une pause pour boire et manger un peu. Puis Antoine reprit :

- Malheureusement depuis qu’ils ne sont plus ensemble, ils ne prennent plus aucune précaution pour se cacher.

- Je ne vous le fait pas dire ! Vous imaginez pas le mal que j’ai à empêcher les femmes de chambre de les voir, ou de tout raconter.

- Et moi donc ! Imaginez le cirque hier quand il est parti. On est passé à ÇA de la catastrophe.

- Et je vous ait parlé de la fois où...

- Ouiiiiiiiiiiiiiiiii

Ils éclatèrent de rire ensemble. Puis reprirent avec sérieux :

- On est d’accord que depuis qu’ils ne se « voient plus », ils sont sur les nerfs.

- Totalement intenables. Hier encore, vous auriez dut voir la crise que mademoiselle a fait lorsque la bonniche à oublier de recoudre un bouton.

- Voilà, je me suis dit que comme ils étaient presque heureux quand ils étaient « ensembles », on pourrait peut être les aider. Surtout que monsieur est trop fier pour faire le premier pas et reconnaitre qu’elle lui manque.

- Je vois ce que vous voulez dire, je suppose que vous avez un plan.

- Evidemment.

Et mine de rien, contaminé par la paranoïa de son patron, Hugues baissa la voix pour lui expliquer. Une bouteille de vins et pas mal de pâtisserie plus tard, ils se serrèrent la main.

- Encore merci pour votre aide.

- Et pour la votre.

Officiellement, lettre de Gabriel de la Reynie à Madeleine Béjart (en réalité écrite par les deux intendants, Hugues sachant admirablement bien imiter l'écriture de son employeur) :

«
Mademoiselle,

j’ai conscience de ne pas m’être montré digne de votre affection ces derniers temps. Nos dernières interactions furent pour le moins chaotiques. Je n’ai pas assez de courage, pour mettre mon orgueil de côté lorsque je vous vois en personne. Cependant, je tiens quand même à vous présenter mes excuses. Même si c’est juste par écrit. Cependant, je suis prêt à tout pour me faire pardonner, croyez le.

Je ne vous force à aucune réponse mais serait sincèrement heureux et touché d’en recevoir une.

Gabriel de la Reynie
»

ÉPILOGUE:
 

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Dim 21 Aoû - 19:34

A la lecture de la lettre, Madeleine suspecta d’abord le faux. Elle se rappela cependant que la personne la mieux placée pour confirmer ou infirmer l’hypothèse était Gabriel, à qui elle imaginait mal poser la question (l'idée de Madeleine selon laquelle de tels mots étaient nécessairement la preuve d’un faux l’aurait d'une part vexé, mais d’autre part, s’il s’avérait qu’elle avait raison, inquiété s’agissant du secret de leur relation – quel rabat-joie, n’est-ce pas ?). Elle décida donc de lui offrir le bénéfice du doute. D’autant que n’importe quel autre avis extérieur aurait supposé de montrer un extrait de la correspondance, ce qu’il valait sans doute mieux éviter.


« Cher Gabriel,

Je dois confesser un certain étonnement, cette fois agréable.
Il est en effet indéniable que le moindre de nos échanges implique nombre de risques, qu’étrangement nous semblons vouloir nous obstiner à prendre. Cela m’amuserait presque, comme en plus d’être d’une redoutable impatience nous sommes doublés d’un cruel manque de subtilité. Et en même temps, lorsque nous nous essayons au mépris ce n’est jamais vain. Mépris et envie… Cela va si mal ensemble et implique un plaisir bien éphémère en comparaison aux peines infligées, alors pourquoi dépensons-nous tant d’énergie à faire marcher les deux de paire ? Aucune des réponses que je voudrais formuler ne me convient, tout ce que je sais c’est que je ne peux moi-même pas m’en empêcher.
Je me sens parfois coupable, vis-à-vis de vous un peu, de moi-même surtout. Je me demande si d’une façon ou d’une autre je ne fais pas preuve d’hypocrisie, ou bien si le dédain n’est pas feint et ne répondrait simplement pas à l’arrogante déconsidération que vous me renvoyez parfois. Puis je veux ensuite me convaincre que je ne dépenserai pas tant d’énergie dans une mascarade si absurde et la sensation d’imposture se soustrait à la faveur d’un sentiment d’état de fait.  
N’avez-vous pas l’impression que nous sommes devenus amants sans nous en apercevoir ? Par un coup du sort, ou les effets du hasard. Mais ce qui n’aurait dû être qu’un accident, un aléa à laisser dernière nous, semble nous suivre, ou plus exactement être entretenus par d’inexplicables comportements – ou tout du moins guidés par tout sauf l’intellect. Nous devrions cesser de nous voir, cela éviterait bien des éclats de voix et serait simplement une décision raisonnable. Vous éviteriez l’embarra que pourrait un jour causer la découverte de cette liaison, moi l’affliction que vous ne manquerez jamais de me causer. Et pourtant… Pourtant je dois avouer mon manque de conviction. Mais vous qui savez faire preuve de plus de discernement que moi imposerez peut-être une sage décision.  

J’arrête ici d’écrire, les mots semblent de toute manière s’obstiner à s’arranger et se fixer de sorte à ne pas traduire exactement ce que je veux – si tant est que je le sache vraiment.
J’espère ne pas attendre trop longtemps de réponse de votre part.

Madeleine. »

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Lun 22 Aoû - 22:38

Surpris de recevoir une lettre faisant référence à une missive qu’il n’avait jamais envoyé, Gabriel hésita un moment sur la conduite à tenir. Finalement, il choisit de mettre de côté sa paranoïa naturel et son agaçant pessimisme pour répondre rapidement.
«  Madeleine,

Vous pensez que j’ai plus de discernement que vous. Le compliment me plait, mais l’honnêteté me force à avouer que je ne pense pas le mériter.

Parce que le discernement nous pousse à rompre, nous le savons tout les deux. Rompre puisque de fait vous avez raison nous sommes amants. Quel autre nom donner à des gens qui passent, et cherchent à passer, autant de temps ensemble? Il nous faudrait donc dans un premier temps officialiser les choses et voir la vérité en face pour mieux rompre.  Rompre parce que cette position est dangereuse et ne pourra se terminer que dans la souffrance. (Je ne me fais guère d’illusion et sais pertinemment que vous auriez honte de m’avoir pour amant si le fait venez à être connu). Voilà ce que m’indique ma nature pragmatique qui ne manque jamais une occasion de souligner les avantages que nous tirerions vous comme moi de la fin de cette comédie.

Seulement voilà, de fait nous sommes amants. Pas uniquement parce que nous nous fréquentons. Mais aussi parce que vous occupez mes pensées comme personne ne l’a jamais fait. J’ignore si vos sentiments sont réciproque et n’avancerai pas d’hypothèse. Et malgré moi, j’ai fini par acquérir quelques notions de préciosité. Ce genre de décision ne se prends pas en écoutant uniquement la froide logique. Il ne s’agit pas de dresser un bilan des coûts et des avantages. Les sentiments que vous dépeignez admirablement devraient pourtant nous inciter eux aussi à la rupture. Mépris et envie, cruauté et passion ou encore colère et tendresse. Notre histoire semble nous forcer à reconsidérer l’importance des oxymores et des paradoxes dans nos vies respectives. Et finalement, vous avez une fois de plus raison. Nous n’en tirons qu’une souffrance importante. Souffrance lorsque la main de l’autre frappe là où se trouve le coeur. Mais aussi souffrance lorsque nos propres coups portent avec justesse. Au plaisir pernicieux et honteux de la souffrance que l’on cause à une personne si désespérément importante pour soi, on trouve toujours un reste de cette souffrance. Et les mots à peine prononcer sont souvent regrettés. Mais on n’a d’autres choix que de continuer sur la route de l’horreur. Pourquoi? Je l’ignore. Mais il en va ainsi depuis quelque semaines maintenant. Et je le regrette.

Concrètement et sentimentalement, nous sommes amants. Concrètement et sentimentalement nous n’avons aucun intérêt à l’être et en tirons finalement plus de souffrance et de contrariété que de plaisir. La voie est toute trouvée c’est celle de la rupture. Pour autant, je ne peux me résoudre à l’emprunter. Je refuse même de l’envisager un instant comme une possibilité heureuse. Je préfère continuer cette relation. La reprendre sur des bases plus saines. Peut être même me heurter de nouveau aux apocalypses que provoquent nos égos. Je n’en sais rien. La seule chose dont je suis sûre c’est que je ne veux plus me séparer de vous. J’espère donc que dans votre prochaine lettre, s’il y a une prochaine lettre, vous m’indiquiez quand vous souhaitez me voir, je me libérerai.

Voilà, Madeleine, pourquoi mon discernement ne mérite pas d’être vanté. Parce que je suis incapable de l’exercer convenablement lorsque je pense à vous.

Gabriel.
"

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Jeu 25 Aoû - 14:32

Le 13 aout

« Cher Gabriel,

Ma remarque sur votre discernement ne constituait en rien un véritable compliment mais n’était qu’un constat. Si réellement j’avais souhaité m’essayer à l’éloge, sans doute aurais-je plutôt noté cette étonnante capacité, récemment découverte, à vous montrer étonnant dans la prévisibilité. Quand vous agissez je suspecte généralement la fin mais jamais avec exactitudes les moyens. Si comme moi on préfère l’incertitude aux évènements écrits d’avance, alors voilà qui plaît plus que le pragmatisme. Mais s’il est vrai j’aime assez ce trait ne prenez pas le compliment trop à cœur, je l’énonce avant tout pour l’exemple, si peu par envie de vous le faire savoir.

Mais l’important est qu’il semblerait que nous soyons pour une fois d’accord.
Je trouve pour ma part que notre relation a de semblable à l’amitié, le bon étant ici remplacé par le nocif, qu’elle est devenue un lien que la séparation ne parvient pas à rompre. Et ce en peu de temps, ce qui me fait me demander si elle parviendra à s’étirer encore ou si tout de même elle finira par se briser. Si les rapports humains étaient une science sans doute serions-nous d’intéressants sujets d’étude.
Peut-être devrions-nous pour le moment nous abstenir de trop parler du « sentimentalement ». C’est un point sur lequel il m’est difficile de m’avancer, quoique, s’il ne me fallait être qu’objective, je ne pourrais nier que vous n’êtes pas aussi absent de mes pensées que je ne le voudrais. Du moins assez présent pour que je ne trouve pas déplaisante votre idée, ou plutôt souhait, d’insuffler entre nous un second souffle qui ne serait pas frelaté. Essayons-nous donc, quelques jours au moins, à ne pas nous vouloir du mal. Pour ne pas tenter le diable sans doute faudrait-il mieux nous abstenir de nous voir pendant la durée de l’expérience, les chances de succès seraient immédiatement beaucoup plus élevées, mais je suppose que celle-ci perdrait alors tout intérêt. Dommage, tout de même, que nous ne puissions tricher, la maigre victoire aurait nourri nos egos. Quoique. A avoir trompé le jeu et ainsi à ne pouvoir ensuite pas nous disputer sur celui qui eut le plus de mérite dans la réussite sans nous ennuierions-nous. Mais passons, je m’égare.  

Peut-être pourrions-nous parler de vive voix demain soir ? Cependant, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, j’aimerais que dès maintenant nous nous mettions d’accord pour clore ce sujet de discussion, afin de profiter à l’avenir de notre temps ensemble pour mettre en pratique notre résolution.
Demain, donc, à l’heure qui vous convient le mieux. Je serai chez moi tôt.

Madeleine.

PS : Mademoiselle du Parc n’étant ni précédée par sa discrétion, ni pas sa subtilité, elle se plaint à intervalles réguliers de n’avoir rien entendu de vous. Vous serait-il possible de l’éconduire correctement afin de lui permettre de vous maudire un moment, puis de cesser de nous importuner avec les faux espoirs que vous lui avez donnés ? Plus encore que le reste de mes amis je vous en serai reconnaissante. »

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Dim 28 Aoû - 20:01

De Gabriel de la Reynie à la Duparc,

« Mademoiselle,

il me semble avoir fait preuve de patience et de considération à votre égard. Que vous vous soyez fait des idées est regrettable et montre un mauvais jugement. Je peux concevoir que votre ego ait été douloureusement blessé en assistant à la mort de vos lubies. C’est pour cela que j’ai tenu à rétablir la vérité en personne. Mais désormais au vu de la situation, je vous serais reconnaissant de faire preuve de décence et de retenu avant de clairement excéder ma patience.

Bien à vous.

Gabriel de la Reynie
»

De Gabriel de la Reynie à Madeleine Béjart

« Chère Madeleine,

Cette lettre se doit d’être courte. Le roi me demande et je me rends incessamment à St Germain. Je ferais cependant tout pour être disponible demain. Croyez moi, je suis sincèrement désolé de ne pouvoir vous assurer sans crainte ma présence demain soir.

Je ne m’attarderais pas plus sur mes regrets mais vous prie de croire qu’ils sont grands et sincères. Je veux également profiter de cette courte lettre pour vous remercier. Parce que je sais que nous donner une seconde chance est au fond une prise de risque pour le moins importante. L’optimisme voudrait que je me convainque que rien ne peut plus nous arriver. Nous aurions déjà vu le pire de nos personnalités respectives. L’expérience montre qu’en matière de pire nous nous renouvelons de façon assez imaginatives et toujours avec plus de force que la fois précédente.

Quoiqu’il en soit, je suis désolé de ne pouvoir vous écrire plus, mais je crains de n’être déjà en retard.

À demain donc.

Gabriel

P.S : à votre demande, j'ai donc choisit d'avoir une brève (et déjà trop longue) explication avec Mademoiselle Duparc
»

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Sam 3 Sep - 12:19

Le 16 août

« Cher ami,

Vous êtes hier matin parti trop tôt pour m’entendre vous dire comme j’ai apprécié votre visite. Vous avez finalement peut-être bien fait de m’informer la veille que les circonstances vous obligeaient à ne rester que dans l’hypothétique, en vous voyant chez moi j’étais ainsi un peu surprise, surtout ravie. L’avantage de votre devoir est d’être si prenant qu’il me fait apprécier un peu plus chaque instant que vous avez à me consacrer.

Si la soirée passée ensemble me laisse déjà un agréable souvenir, je ne peux malheureusement pas en dire autant de la journée qui a suivi. J’y ai appris une nouvelle bien fâcheuse contre laquelle je ne peux rien, si ce n’est peut-être requérir une faveur. Il s’agit de ce genre de demandes qu’il vaudrait mieux formuler de vive voix mais vous sachant occupé je me permets de vous l’écrire, cette lettre ne pouvant que précéder ma présence.

Mon très bon ami, monsieur Molière, qui résidait dernièrement à Auteuil, se trouve présentement en proie à quelques accusations de troubles à l’ordre public et autres minimes agressions sur autrui, – cette fois pures allégations je vous l’assure. Si, certes, son éminent entourage était bien agité et a en effet bousculé, sous l’effet d’un peu de vin, deux serviteurs voulant leur éviter une noyade certaine – mais messieurs Voiture et Benserade n’ont, contrairement au mois dernier, causé aucun dégâts tangibles, je me permets de le souligner ! – il n’est lui-même coupable que d’avoir tenté d’apaiser les tensions. Si beaucoup de reproches peuvent être faits à monsieur Molière, il n’en reste pas moins un homme désireux d’éviter à ses proches quelques courroux, et ainsi peut être le premier à se mettre entre ses amis et les problèmes. Lui n’était ainsi pas de ceux qui se sont montrés menaçants, mais bien celui qui à tout prix voulait éviter les blessures à l’égard, non pas uniquement de ses deux connaissances, mais bien des quatre protagonistes. Au milieu de ce chahut je comprends bien qu’il puisse y avoir méprise et que le médiateur ait été pris pour soutien, mais sachez que ceci n’est que pure confusion.  
Ainsi pourriez-vous, peut-être, vous assurer que monsieur Molière soit traité en témoin et non en coupable ? Je vous en serai fort reconnaissante, et sais surtout que votre sens de la justice vous pousse à désirer que chacun soit effectivement traité selon son implication réelle dans les faits, et non en fonction d’accusations embrouillées.

Cette demande faite, je vous invite à trouver sans trop tarder un moment pour me revoir. Je me languis déjà, et si vous me laissez trop attendre j’aurai peut-être oublié les bribes d’idées qui me viennent lorsque je songe à un moyen de vous remercier. Ce qui serait pour vous regrettable.

Madeleine. »

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Sam 3 Sep - 16:11

Quelques heures plus tard, le 16 août.

« Très chère Madeleine,

J’avoue mon bonheur en constatant par vos lettres que notre soirée vous a laissé de plaisants souvenirs. Et que vous ne m’en voulez point pour mon retard et mon départ précipité. C’est un soulagement, tant je me sentais coupable de venir si tard et de devoir partir alors que vous dormiez encore. Je tiens donc à profiter de cette lettre pour vous présenter une fois de plus mes excuses et former le voeux de pouvoir me faire pardonner très prochainement.

Croyez bien que je compatis aux soucis que vous cause votre entourage. Malheureusement Auteuil est en dehors de ma juridiction et de toute évidence ma position ne me permet pas d’intercéder directement pour votre cher ami. Cependant, sensible à votre détresse, j’ai contacté le lieutenant en charge de cet affaire. Ce n’est pas un ami, mais un idiot et un arriviste ayant hérité de sa charge. Je n’ai eut aucun de mal à le convaincre qu’importuner ainsi un des dramaturges préférés du roi et l’une des coqueluches de la bonne société parisienne n’est habile ni politiquement, ni socialement. L’homme a vite prit peur pour son avancement et a prit de son propre chef (du moins le pense-t-il) la décision de totalement exclure le sieur Poquelin de la procédure. D’ailleurs, ce dernier sera sans doute de retour auprès de vous avant que ma lettre ne me parvienne. J’espère que le résultat, excusera le fait que je ne me sois pas impliqué personnellement. Mais même pour vous, et pour des raisons de discrétion je pense qu’il vaut mieux que ce soit ainsi.

Vous connaissez assez mes rapports avec Molière, et mon mépris pour ce genre de laissé-passer administratif, pour comprendre que je ne fais ça que par amitié pour vous. Je sais l’affection que vous avez pour cet homme et comprends les soucis que son emprisonnement, mérité ou non, vous causerait. Voilà pourquoi, pour vous plaire, j’ai accepté d’intervenir. Seulement, je vous demande de ne pas mettre mon affection à l’épreuve trop souvent. À défaut de changer d’entourage, essayer de leur faire entendre raison, une fois de temps en temps. Surtout que par les temps qui courent, je crains que ces actions ne vous cause quelque tort. Je ne supporterais pas qu’il vous arrive quelque chose.

Quoiqu’il en soit, j’espère que mon intervention a pût rendre votre fin de journée plus agréable. Si vous le souhaitez, je peux me libérer dans la soirée. Vous n’auriez qu’à venir dans mon hôtel. D’ailleurs même en mon absence, j’ai prit des dispositions pour que vous soyez reçue, ce serait plus simple que de convenir d’un rendez vous. Si vous n’êtes pas libre, indiquez moi quand vous pensez pouvoir l’être.

En formant des voeux pour vous revoir vite, et que votre fin de journée soit meilleure.

Gabriel de la Reynie
»

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Dim 18 Sep - 19:49

Le 25 août

« Cher Gabriel,

J’ai présentement quelques minutes de libres et ai senti l’envie de vous dire que vous croiser, même si promptement, chez madame d’Espard n’a pas manqué de me réjouir. Et ce que je n’ai alors pas eu le temps de vous dire vous le lisez à présent. Il ne s’agit que de petites choses du quotidien, rien que vous ne trouverez de grand intérêt, mais ne vous inquiétez pas, je serai succincte.

Vous me voyez désolée de n’avoir pris le temps de vous écrire ces derniers jours. Le duc et la duchesse d’Orléans ayant cette quinzaine séjournés à Paris j’ai passé plus de temps au théâtre que chez moi. Je m’étonnerai toujours de l’assiduité dont ils font preuve au spectacle. Ne se lasse-t-on donc jamais de voir sur scène les mêmes visages saisons après saisons ? Je ne me plains au demeurant guère, cela fait trop bien mon affaire.
Chose étonnante cependant, alors que Madame apprécie en temps normal la compagnie de Molière, qu’elle ne manque pas de faire venir chez elle à la moindre occasion, elle s’est cette fois dérobée à son habitude – l’écrire me peine – en requérant il y a deux jours la présence de Racine. Le coup a manqué de tuer mon ami, qui pour la première fois depuis longtemps s’est montré excellent tragédien, proférant de la plus crédible manière bon nombre de menaces à l’égard de son grand rival – ne craignez cependant rien, jamais il ne les mettra à exécution, je m’en porte garante. Cela m’a soudain frappé, comme il est peut-être temps qu’une nouvelle génération d’artistes s’impose définitivement face à la cour et Paris. J’y songe depuis longtemps déjà, à ce moment où il sera temps de tirer sa révérence, mais ces derniers mois il a semblé se rapprocher à grands pas. Mais je m’égare, je n’avais pas prévu de vous écrire pour vous faire part de maussades pensées.  

Je vous verrai donc ce soir et, si vous n’y voyez toujours aucun inconvénient, viendrai tôt. J’ai laissé en suspens dans votre bibliothèque une lecture que je souhaiterais terminer.

Madeleine. »



Quelques heures plus tard

« Sur le coup des sept heures je suis arrivée chez vous, sachant que je ne vous y trouverai pas encore mais que j’y serai reçue, comme à l’accoutumée. Croyez bien que quand on m’a refusé l’entrée je me suis sentie purement insultée. La porte m’est d’habitude ouverte par certain Hugues, au demeurant un homme charmant, mais je suppose que votre intendant était aujourd’hui souffrant puisque j’ai eu affaire à un jeune homme fort peu aimable, qui me demanda de bien vouloir partir au prétexte que vous n’étiez pas là et surtout que je n’étais pas attendue. Et pour peu il me riait au nez quand je lui assurai que son erreur pourrait bien lui en coûter.
Je sais pertinemment que vous avez mieux à faire que vous occuper des affaires domestiques, mais la prochaine fois que vous vous attendez à trouver votre maitresse chez vous assurez-vous tout de même qu’elle puisse aller plus loin que le pas de la porte ! »

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Sam 24 Sep - 19:59

« Madeleine,

je te dois des excuses. J’ai sans doute pêcher par excès de prudence. Mais j’estime que pour conserver notre liaison secrète, il vaut mieux se montrer plus précautionneux que pas assez. Quoiqu’il en soit, soucieux d’être discret j’ai jugé bon de ne donner mes consignes qu’à Hugues, mon intendant sur la discrétion duquel je n’ai aucun doute. Or, le pauvre homme a eut des problèmes familiaux importants et j’ai accepté qu’il s’absente quelque temps. Il a oublié de mettre le sous-majordome au courant. Ce dernier a sans doute agit par excès de zèle car il est coutumier que des gens tentent de s’imposer chez moi de force pour plaider leur cause dans une affaire ou une enquête. Ce sont des explications mais pas des excuses.

Aussi je m’excuse maintenant. J’étais évidemment désolé de ne pas te voir hier soir. Vraiment. Mais surtout je comprends que tu te sois sentie humilié par le comportement de cet homme. Et crois bien que je suis navré. Je te présente mes plus sincères excuses pour cet incident et te promet de tout faire pour que cela ne se reproduise pas. D’ailleurs si tu acceptes de revenir, je veillerais à ce qu’il te présente ses excuses. Pour t’avoir refusé l’accès mais aussi, et surtout, parce que de ce que tu sous-entends il ne t’a certainement pas montré la décence que tu mérites.

Je fus heureux de te croiser aussi, même si la discrétion imposée par nos positions respectives se fait toujours douloureusement sentir quand nous sommes en public. Je suis désolé que Racine cause de l’embarras à ton entourage. Mais je dois avouer avoir ri en imaginant le drame que Molière ait créé. À titre personnel je suis surpris que Madame aime un homme si désespérément janséniste qu’il se mets à rimer comme un mathématicien. Pour quelqu’un comme lui l’art tient dans la symétrie et la rédaction d’une tirade revient à réaliser une équation. Un classicisme admirable très certainement, tout en rigueur et en angle droit, mais qui me semble assez mal correspondre à la duchesse d’Orléans. Après je ne peux juger que sur l’oeuvre connaissant mal le tragédien et la duchesse. Et j’avoue que je ne m’en porte pas plus mal.

Quand à tes pensées moroses, je suis un peu soucieux de vous voir les avoir. Après tout, tout le monde loue tes dons de tragédienne. Le temps n’est pas venu pour toi de tirer ta révérence ou tu ferais bien des déçus. À commencer par mes voisins venus du nord. L’autre je dinais chez les Bazdéiev et madame la comtesse n’a pas manqué de souligner, longuement la qualité de ta dernière performance. Et l’honneur que tu lui a fait en acceptant de la rencontrer. Elle s’inquiétait aussi que tu ne te sois ennuyé à cause de son mauvais français. Je te parle aussi de ce dîner parce qu’il me semble que ce serais une excuse parfaite nous retrouver publiquement, en petit comité, et en évitant les soupçons. Qu’en penses tu?

Je dois malheureusement interrompre cette lettre. Mais j’espère bien te voir ce soir.

Gabriel
»

Cette lettre fut livrée avec un livre dans la couverture duquel était glissée une note

« Il me semble que c’est la lecture que tu as commencé. Encore une fois je m’excuse et saurais me faire pardonner. Gabriel »

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Dim 30 Oct - 0:11

Le 27 août

« Cher Gabriel,

C’est étrange, de se croiser et de ne pouvoir se parler. Je ne sais pas encore trop comment me comporter. Faut-il se contenter de feindre l’indifférence ? Ou dois-je pousser la comédie jusqu’à froncer le nez en te voyant arriver ? Ce serait amusant, qu’à chaque fois que je détourne le regard en haussant le menton, dédaignant de te parler, nous sachions en réalité tous deux que cela veut dire comme j’aimerais être seule avec toi. Ou que lorsque je me plains de la morosité de certains invités uniquement toi comprennes que des divertissements plus privés me seraient préférables. Mais venir à trouver égayant de se construire des codes pour chiffrer un secret témoigne bien d’un fond de pathétique. C’est que je n’en ai pas l’habitude, de cacher mes fréquentations. Au contraire, j’ai toujours trouvé naturel de les étaler aux yeux du monde – voyant où cela m’a menée sans doute aurais-je mieux fait de m’en abstenir plus d’une fois. Mais j’arrête ici cette pensée, je sens qu’elle ne me mène à rien.

Le dîner d’hier soir, donc, me fut assez plaisant. Les Bazdéiev continuent de m’étonner. A dire vrai je les trouve assez mal assortis, quoique tous deux me sont tout à fait sympathiques. Je me suis par ailleurs étonnée de te voir si égayé, je crois que c’est en public la première fois que j’ai aperçu un sourire si sincère – non pas que je t’ai auparavant longuement observé, mais je ne t’ai jamais caché que ce que je retenais de toi n’était pas ta propension à rire. Mais il faut avouer que l’allégresse qui transparaît de la comtesse est presque contagieuse. En plus d’être une femme admirable elle a dans le regard un air vif et peu commun, je suis heureuse de te voir l’apprécier.
Je regrette d’être partie si tôt, mais comme je l’ai annoncé je me sentais un peu faible. Rien d’inquiétant, ce matin j’ai déjà retrouvé de l’entrain. Je n’ai pas encore pris le temps d’apprécier l’ouvrage que tu m’as fait parvenir mais je t’en remercie, il me fera sans doute passer un moment de l’après-midi.

Malheureusement nous ne pourrons sans doute pas nous voir ce soir, j’ai engagement qu’il me faut tenir. Demain, peut-être, si le devoir t’en laisse l’occasion.

Une répétition m’appelle et me fait m’arrêter ici. A bientôt, sans doute,
Madeleine.  

PS : J’ai croisé il y a peu le vidame de Villiers, qui me semblait bien remonté. Je ne sais contre quoi ou qui – je suppose qu’un de ses créanciers aura manqué de le rattraper –  mais il avait un air tout à fait amusant. Il a cette façon très singulière de froncer les sourcils tout en plissant le coin des lèvres, l’un un peu plus que l’autre, qui n’aide pas son crédit. Je le plains tout de même de ses ennuis, il semblait en avoir bien plus qu’il n’est capable d’en gérer. Mais je ne sais pourquoi je te le dis, peut-être ai-je pensé que cela te ferait rire.»

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Sam 12 Nov - 11:23

Le 28 aout,

« Madeleine,

Imagine moi à la lecture de post scriptum en train de tenter d’imiter les inénarrables mimiques du Vidâme de Villiers. C’est un réflexe humain je suppose que d’être confronté à une description pareil et de voir si elle est réalisable. Pour avoir déjà vu ce cancrelat effectuer une mimique pareil je sais qu’elle l’est. Mais je dois tristement t’annoncer que je suis totalement incapable de le copier. Et ce n’est pas faute d’avoir essayer. Tu aurais dût me voir en train de contorsionner bouche et sourcil pour réussir à, je te cite « froncer les sourcils tout en plissant le coin des lèvres, l’un un peu plus que l’autre ». Je n’ai pas de glace dans mon bureau, juste des dossiers que tu trouves mortellement ennuyeux. Mais je n’en ait pas besoin pour savoir que toutes mes tentatives me menèrent à un échec sanglant. Par un curieux effet,dès que je tentais de pincer les lèvres en fronçant les sourcils mon nez se fronçait d’une façon ridicule. Je pense que cet exercice à fortement augmenter mes rides. Mais le ridicule a évidemment été total lorsque mon secrétaire particulier est rentré dans la pièce sans frapper (je n’ai jamais réussi à obtenir de lui qu’il le fasse, c’est d’une tristesse sans nom). Le voilà qui rentre prêt à m’entretenir de l’armée et qu’il me voit en train de me livrer à des grimaces ridicules comme un marmot. Imagine son air interloqué et mon expression de collégien repentie. Sans mentionner l’air d’innocence que j’ai tenté, sans succès de prendre. J’espère que visualiser cette scène d’un ridicule achevé te fera rire, elle aurait au moins ce mérite. Quoiqu’il en soit je reconnais donc à Auguste de Villiers une qualité certaine qui est la contorsion des muscles faciaux. Je ne suis pas bien sûr de jamais lui en reconnaitre une autre.

Je suis en revanche désolé, mais je dois avouer que je ne peux pas te voir ce soir. J’ai du travail en retard et des relations à soigner. Le genre de relation dont je suis malheureusement tributaire alors qu’elles sont aussi assommantes qu’hypocrites. Quoiqu’il en soit, je dois dîner chez Colbert. Et ce n’est pas un plaisir. Cet homme se montre tellement pingre qu’il n’est pas prêt à faire les frais de conversation. Et sa femme est d’une sottise aberrante.

Je suis vraiment désolé de devoir décliner une occasion de te voir pour ça. Et j’espère sincèrement être bientôt en mesure de me faire pardonner.

Cette lettre ressemble un peu trop à une récitation de plainte. Et sans doute je devrais m’arrêter là avant que sa lecture ne t’assomme complètement. J’espère que tes répétions se passent bien. Et que Molière est sorti de cellule de dégrisement à temps ce matin pour être à l’heure. À ce propos, le gouverneur a suggéré qu’on en aménage une spécialement pour lui. Nous l’y mettons tant de fois ! Que ce soit pour le punir des dommages fait dans une auberge ou pour l’empêcher de se jeter dans la Seine. À propos sais tu pourquoi il est obsédé par cette idée? Nous sommes encore en été; mais s’il s’acharne il va finir par faire un bain de minuit en descendre et y perdre une jambe ou deux. Ou pire la main. Ce qui ferait le bonheur de Racine.

Es tu libre demain? Je le serais sans doute.

N’oublie pas que tu es toujours la bienvenue chez moi, même en mon absence.

J’espère te revoir vite.

Gabriel
»

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Correspondance rarement intéressante, souvent horrible et parfois sentimentale - Madeleine -

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