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 Hyacinthe Godart


Mar 2 Aoû - 13:13

Hyacinthe Godart

(Ft. Aaron Tveit - crédit)

1. Identité

Métier/Titre(s) : Journaliste, pamphlétaire, gazetier
Âge : 27 ans
Origines : françaises
Langue(s) parlée(s) :  Français, bon latin,
Situation amoureuse: fiancé
Religion: Catholique, mais assez optionnellement. Plus par culture qu'autre chose.
Groupe: Rue Férou. En tant qu'idéaliste incorrigible et contestataire virulent et inlassable, il aurait difficilement pu aller se ranger ailleurs...  Et puis pour refaire le monde, mieux vaut se mettre à plusieurs. D'où l'intérêt majeur d'aller fréquenter chez Manon Chénier, où qui plus est on peut nouer des liens très utiles.
QUE PENSER DES POISONS ? A BANNIR OU LA FIN JUSTIFIE LES MOYENS ?  : A bannir absolument! Même si ça fait vivre les petits commerces des gantiers et autres apothicaires. Ne serait-ce que parce que devoir recourir à de tels moyens, c'est déjà avoir perdu: mieux vaut convaincre que vaincre. Quand aux intérêts bas et matériels, ils révulsent l'idéaliste qu'est Hyacinthe.

TROIS VOEUX SONT OFFERTS A VOTRE PERSONNAGES, LESQUELS SONT-ILS ? : La Liberté, inconditionnelle et éternelle - Une grande tabula rasa et la possibilité de tout reconstruire à son idée -Trouver un imprimeur régulier et pas clandestin, pour enfin avoir la stabilité minimum qui lui permettrait d'enfin acquérir un peu de crédibilité auprès de sa future belle famille

SE SENT-IL EN SÉCURITÉ ? : En général, oui. Quand on n'anticipe pas les dangers, on vit beaucoup plus tranquille, le tout est de ne pas s'inquiéter avant d'être engoncé dans les ennuis! (une philosophie qui fera son chemin.)

QUEL EST SON RAPPORT À LA RELIGION ? : Comme pour tout le reste, une remise en question incessante des institutions ecclésiastiques. Sur un plan plus spirituel, quasi inexistant. Hyacinthe a reçu une éducation religieuse, mais elle lui sert plus de culture générale que de matière à méditation. De ce côté Epicure lui paraît le modèle à suivre: que le divin s'occupe du divin et les hommes des hommes, et ne comptons jamais que sur nous-mêmes si nous voulons que les choses changent!

UN CAUCHEMAR RÉCURRENT ? : Se résigner, se contenter des choses telles qu'elles sont et s'enfoncer dans la médiocrité de la masse des moutons de Panurge.

QUELLE EST SA PRINCIPALE AMBITION ? : Changer les choses. N'importe quoi, mais un changement durable. Et si possible bénéfique.


2. Anecdotes
Hyacinthe ne tient pas en place, ne s'assoie jamais plus de dix minutes d'affilée, et déborde de manière générale d'énergie◊ Il a déjà essayé d'endoctriner un agent de police alors qu'il distribuait des pamphlets, mais devant le manque de réceptivité de ce dernier, il a dû battre un record à la course ◊ Il s'enflamme toujours pour tout ce qu'il dit, même les choses les plus banales, et s'est spécialisé dans les anecdotes à tiroirs◊ Il a un cercle de connaissances plus étendu que les bottins de certains courtisans, qu'il entretient soigneusement  ◊ Il est incapable de la moindre organisation pratique ou d'économie, vit au jour le jour et se trouve souvent confronté à des dilemmes du type: manger/boire/se vêtir décemment OU acheter du papier/une chandelle/de l'encre avec le peu qui lui reste ◊ Hyacinthe est aussi un incorrigible optimiste ◊ Il a le don de saisir au vol les petits ridicules de chacun ou d'un système, et pour les placarder par écrit, mais ne le fais jamais avec des intentions de méchanceté ◊ Il a une culture grecque et latine très étendue, héritage de ses années d'étude, qui a une fâcheuse tendance à ressortir à tout bout de champ ◊ Il s'est déjà vu refuser trois fois la main de sa fiancée, parce qu'il n'était pas assez sérieux, mais n'a aucune volonté de changer de mode de vie pour autant. C'est aux autres à s'adapter! ◊ Un de ses patrons l'a déjà jeté à la porte avec force et fracas pour un article trop virulent de plus (la goutte qui fait déborder le vase) ◊ Son père a fini par se lasser de servir de solution de secours à son fils, et ne répond plus à aucune de ses lettres ◊  

3. Derrière l'écran
Prénom/Pseudo : Jo† Âge : 18 ans† Comment êtes-vous arrivé jusqu'ici ? Je commence à connaître le chemin, à force † Comment trouvez-vous le forum ? Très objectivement, toujours aussi parfait † Rang Je me révolte, donc nous sommes (c'était le moment où jamais pour du Camus) † Crêpe ou gaufre ? (Une question existentielle !) Je continue à militer pour le parti des Crêpes. Pour la beauté du geste.Le mot de la fin ?  


Dernière édition par Hyacinthe Godart le Mar 2 Aoû - 15:42, édité 2 fois
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Mar 2 Aoû - 13:13

Histoire

Les libertés ne se donnent pas, elles se prennent.



Soissons, 1649



Rougeaud, courtaud, soufflant comme un bœuf et ahanant de son mieux, l’ecclésiastique, dont la soutane bien tendue sur son ventre rebondi commençait à devenir plus sombre à mesure qu’il accentuait ses efforts, se hâtait le long de la rue. A mesure qu’il s’essoufflait, ses gestes devenaient désordonnés, il balançait ses bras de droite et de gauche en un curieux, et pour le moins comique, mouvement de balancier. Il ne se pressait pourtant pas particulièrement ; seulement, il fallait mouvoir un corps de sa pesanteur, et à cinquante ans bien sonnés sans avoir jamais accordé beaucoup de temps à l’exercice physique cela devenait chaque jour un peu plus compliqué. Il s’arrêta un instant, passa un morceau de manche sur son front moite, souffla en secouant la tête, ce qui eut pour effet notable de faire trembler ses joues molles comme celles d’un cheval. Puis, levant le bras, il saisit le loquet de la porte devant laquelle il s’était arrêté, celle d’une maison de taille respectable, en pierre de tailles, parfaitement intégrée au style architectural de cette rue qui était un véritable point de rassemblement pour ce que la petite ville de Soissons comptait de magistrats de second rang.

Quelques instants plus tard, la figure mutine, encadrée de boucles rousses, de Mariette, la servante de la famille, s’encadrait entre les montants de la porte. Incorrigible bavarde, délurée et débrouillarde, Mariette était l’archétype de ces paroissiennes qui donnaient tout son charme et son piquant à son confessionnal. Elle eut l’air étonné de le voir là , le salua d’une tirade d’une politesse outrée par la crainte qu’ont les petites gens de la religion et partant, le respect qu’ils portent aux ministres du culte, et l’assura qu’elle allait prévenir Monsieur de sa présence. Avant même qu’il n’ait eu le temps de reprendre le souffle perdu pendant sa marche, le curé était introduit dans le bureau, sobre et fonctionnel, de Louis Godart, avocat au barreau de la ville. Ce dernier à son entrée se leva, écarta d’un geste de la main l’épais dossier sur lequel il était en train de travailler, et lui serra chaleureusement la main, lui demandant ce qui pouvait bien l’amener ici.

« Monsieur Godart, je suis venu vous parler de votre fils. Hyacinthe. »


Le sourire de l’avocat se figea à moitié, se mêlant d’un peu d’inquiétude. Il connaissait suffisamment son plus jeune fils pour savoir qu’on ne prévoyait pas ses actes, et qu’il fallait donc toujours s’attendre au pire. Et l’affaire devait être d’importance pour pousser le Père René à monter la rue particulièrement en pente depuis son église malgré ses problèmes de souffle.

« Oh. Qu’est-ce qu’il a bien pu inventer, encore ? Est-ce que par hasard il aurait encore "oublié" de se rendre à la catéchèse ? A moins qu’il… »

Le curé élevait et baissait ses deux mains étendues, pour tranquilliser le magistrat et lui faire signe qu’il voulait parler.

« Non, non, rassurez-vous –enfin, si, mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit aujourd’hui. Non, seulement, j’ai commencé à apprendre à votre fils le latin –il écrit très bien, vous savez, il a un vrai don, cet enfant. Je veux dire, ses frères étaient doués aussi, mais… »


Monsieur agita la main, comme pour chasser une mouche.

« Allons, allons, je sais bien ce qu’il en est. Mes fils aînés ne sont pas tous particulièrement vifs d’esprit. Ce n’est une nouvelle pour personne. Mais je préfère cela. A tout prendre, leur tête n’est certainement pas aussi bien remplie que celle de certains autres, mais au moins ils ont du bon sens et du pragmatisme. C’est le principal. » Il fit le tour de son bureau et s’assit. « Alors vous avez appris le latin à Hyacinthe. »


« Oui, voilà. Pas beaucoup, simplement ce que j’en sais moi-même, très modestement. Mais je pense qu’il faut absolument continuer dans cette voie. Votre fils est réellement brillant. Il a de très grandes facilités. Beaucoup de paresse aussi, enfin, de la futilité plutôt, mais il faut absolument cultiver cela tant qu’il est jeune. C’est pourquoi je suis venu vous voir. »

Monsieur sourit, amèrement.

« Monsieur le curé, vous n’êtes pas sans savoir que j’ai sept enfants. J’ai dû payer les études de mon aîné, Louis, qui est en train de faire son droit, et pour celles de son cadet Antoine qui prend le même chemin, pour les dots de mes deux filles Marguerite et Madeleine, j’oubliais Alexandre qui a eu la bonne idée d’accepter de s’engager dans les armes. Je suis désolé de parler en termes aussi triviaux, mais Hyacinthe et Jeanne ont eu la malchance de naître les derniers. Vous savez ce que c’est, n’est-ce pas : les cadets ne sont pas favorisés… La dot de ma femme et mes appointements ne sont pas extensibles. »

Le Père René leva un doigt en prenant une inspiration, mais Monsieur ne le laissa pas parler.

« Je sais ce que vous allez me dire, que c’est gaspiller le talent, mais il y a malheureusement des circonstances dont nous sommes dépendants. Je ne dis pas que je suis fondamentalement opposé à toute poursuite d’études pour Hyacinthe, je dis seulement que pour satisfaire les ambitions que vous avez l’air prêt à lui mettre en tête, il faut beaucoup plus d’argent que je n’en ai. Malheureusement. »

« Laissez-moi donc finir, renchérit l’abbé. Voilà. Je sais bien tout cela, c’est pourquoi j’ai écrit à Monseigneur l’Evêque. Il est prêt à accorder une bourse à votre fils, pour l’envoyer étudier à Paris. Je me suis permis de lui retranscrire quelques-uns de ses traits d’esprit et des extraits de son travail. Il était particulièrement enthousiaste. Et vous connaissez Monseigneur, toujours si charitable… »


1650, Paris, Collège de Clermont




« Eh ! Le nouveau ! »

Hyacinthe essuya rapidement sa joue. Tout était beaucoup trop grand, ici. Les bâtiments, d’abord, et puis les classes, et puis les dortoirs où s’alignaient les lits. Et sans parler de la ville autour. Jamais il ne s’était senti aussi petit, aussi ridiculement petit, écrasé. Les autres étaient trop nombreux. Et ils se connaissaient, tous, déjà, et lui avait l’impression que, depuis la veille, des centaines de visage et de noms tournaient dans sa tête sans qu’il soit capable d’associer les uns aux autres sans y gagner une migraine effroyable, qui frappait derrière ses yeux à coups sourds et répétés.

Mais le plus dur, c’était la séparation. Hyacinthe avait toujours été le préféré, le petit dernier. Oh, il y avait bien Jeanne, mais Jeanne était une fille, et puis elle pleurnichait tout le temps ! Mais c’est à lui que Maman donnait toujours raison dans les disputes, et puis c’était lui que Louis emmenait se promener avec sa jeune épouse enceinte près de la cathédrale le dimanche, et c’est lui que Madeleine et Marguerite cajolaient sans cesse, et c’est à lui qu’Antoine avait appris à lire, et qu’Alexandre avait appris à se défendre. Ses six frères et sœurs, constamment prêts à répondre à la moindre de ses demandes, où étaient-ils à présent ? Père avait brisé sa petite vie confortable. Et tout ça pourquoi ? Pour apprendre LE LATIN. Hyacinthe essuya son nez contre sa manche.

« Eh !  Descend de là , et viens un peu par ici ! Tu t’appelles comment ? »

Hyacinthe jeta un œil en contrebas, vers le petit groupe. Ils étaient une dizaine, qui devaient avoir à vue de nez son âge. Tous avaient des habits propres, pas rapiécés, neufs, et des cartables en beau cuir brillant. Mais ils n’avaient pas l’air particulièrement méchants, juste curieux, et puis de toutes façons, il faudrait bien qu’il y aille un jour où l’autre. Précautionneusement, il se laissa tomber de l’arbre. Si le surveillant l’avait vu y monter, nul doute qu’il se serait étouffé avec ses règlements, mais le parc était trop vaste pour garder l’œil sur tout le monde constamment.

« Hyacinthe. Godart. »


Il y eut quelques rires.

« Et tu viens d’où ? »

« Soissons. »


Regards interloqués.

« Dans l’Aisne. Là-haut ! » fit le garçon en agitant sa main au-dessus de sa tête, par quoi il fallait comprendre : au Nord.

« Ah, en Province ! »

Les autres rirent encore. A partir de là les questions s’enchaînèrent, rapides, trop rapides, et à chaque réponse, de nouveau les ricanements. De plus en plus, Hyacinthe avait l’impression de servir de bête de foire à ces petits Parisiens de bonne, voire d’excellente famille, qui lui étaient tellement supérieurs, de toutes façons. Il perdait pied, et à nouveau, il sentit une larme rouler sur ses joues.  Qu’est-ce qu’il faisait là ?

Les autres étaient bien partis pour continuer comme ça longtemps lorsqu'un autre élève, plus âgé celui-là, s'approcha. Il était de stature suffisamment imposante pour impressionner les plus petits, à moins que ce ne soit sa réputation qui les ait fait cesser, car à son approche, un murmure parcourut les rangs serrés des collégiens. "Augustin, c'est Augustin de Simeuse". Ils s'écartèrent avec une expression qui ressemblait à du respect. Plus tard, Hyacinthe devait apprendre que ledit Augustin était un cadet de famille noble mais désargentée, boursier comme lui, une des gloires de l'école par son intelligence et une passion impressionnante pour la théologie.

"Eh bien, qu'est-ce qui se passe ici? Laissez donc ce pauvre garçon, vous voyez bien qu'il est complètement perdu, il vient d'arriver. Vous ne valiez pas mieux quand c'était votre tour."

La voix était très douce, très calme, mais les plus jeunes battirent en retraite, penauds, tête basse. Apparemment assez peu fiers d'eux, eux qui quelques instants plus tôt encore, par la force du nombre, se sentaient tout permis...

"Comment t'appelles-tu?"

A nouveau, il murmura son nom. Et nota au passage que Simeuse, lui, ne riait pas.

"Ce n'est pas grave, tu t'y feras... C'est toujours dur au début, surtout quand on n'a jamais quitté sa famille... Ils rient bien, mais ils n'étaient pas plus fiers à leur arrivée ici, et encore, eux venaient pour la plupart de Paris, et pour certains ils se connaissaient même déjà. Seulement, il ne faut pas te laisser aller comme ça, tu comprends? Parce que c'est vraiment les inciter à se liguer. Ce n'est pas de leur faute, c'est de leur âge... Mais tu t'intégreras bien un jour. En attendant, reste avec moi les premiers jours, je te montrerais tout ce qu'il faut savoir.D'accord?"

Hyacinthe hocha la tête sans proférer un mot (un mutisme inhabituel et qui du reste ne devait pas durer).
1653, Paris, Collège de Clermont


Le surveillant poussa Hyacinthe dans le bureau et referma la porte sur un signe du Père Jacques, qui dirigeait d’une main de fer le Collège de Clermont. Ce dernier, un homme grand, sec, sévère, était assurément d’une très grande intelligence, mais sa face dénotait un préoccupant manque d’humour. A moitié dans la pénombre, il désigna, sans même relever les yeux de son travail, un siège à l’adolescent. Pendant un instant, on n’entendit plus que le crissement de la plume sur le papier. Avant que deux minutes ne se soient écoulées, une quinte de toux trop discrète pour n’être pas volontaire échappait à l’élève fautif.

« Godart, il va falloir perdre au plus vite cette détestable habitude de toujours vous faire remarquer. »

« Pardon, mon Père. »

Lentement, le Jésuite à l’imposante stature d’oiseau de proie se déploya sur son siège, redressant sa haute taille sur le dossier.

« Eh bien, de quoi s’agit-il aujourd’hui ? On me dit ici que vous bavardez sans cesse en classe – il n’est pas nécessaire de lever les yeux au ciel-, que vous interrompez sans cesse pour commenter –vous n’êtes pas obligé de me faire une démonstration maintenant, merci -, et que vous… Caricaturez les  professeurs, en plus de distraire vos camarades et de perdre accidentellement le reste du groupe pendant la promenade dominicale ? »

Le Père releva les yeux de la note, la déposant avec un soin méticuleux sur un coin du bureau. Et fixa ses yeux perçants sur le garçon pas particulièrement penaud qui lui faisait face en se mordillant les lèvres –quand même, une concession à la décence.

«Vous êtes doué, Godart, c’est une chose. Vous avez des facilités, c’est incontestable. Seulement il va falloir veiller à ne pas vous endormir dessus, mon petit. Vous aimez vous amuser, je le sais bien, vous êtes toujours le premier partant pour organiser un de ces chahuts potaches qui font les délices des autres élèves. C’est très bien. Vous ne supportez pas les règlements, et vous vous indignez contre tout et n'importe quoi, cela, c'est plus embêtant, voyez-vous. Il y a des limites à l'esprit critique. Le respect en est une. Tâchez de ne pas l'oublier. Le respect des autres et de certaines règles de vie commune fondamentale.»

Il ne répondait toujours rien. Avec ses boucles blondes qui encadraient son visage encore un peu enfantin, sa bouche trop grande toute prête encore à sourire, même maintenant, même devant lui, et malgré la moue qui la tordait, ses yeux verts-gris qui ne fuyaient pas les siens, comme ceux de tant d’élèves devant la réprimande, il avait de faux airs d’ange d’innocence. Désespérant.

On lui aurait donné le bon Dieu sans confession.

« Eh bien ? »

« Je comprends que le Frère François ait été vexé… Mais ce n’était pas méchant ! Je vous assure, que je ne l’ai pas fait pour lui faire mal. Mais c’était tellement… »
Hyacinthe réfléchit un moment. Evoquer son incapacité à résister à la tentation devant un théologien comme le Père Jacques n’était peut-être pas la meilleure défense imaginable, finalement. « C’était amusant. Et pour les autres aussi.  Et puis, il se moque bien de nous, lui, quand on répond mal. Il dit que c’est bon pour notre orgueil. A ce que je sache, tous les hommes sont sujets à l’orgueil, et il faut s’en libérer. J’ai seulement voulu l’aider ! »

Plutôt content de sa justification, Hyacinthe finit même par un sourire. C’était de l’insolence à l’état pur. A force de recevoir l’enseignement des Jésuites parisiens, il commençait à se faire aux syllogismes et autres jeux d’esprit.  Et comme toujours, mi- désespéré, mi- amusé par cette audace, le Père Jacques passa l’éponge, soupira, baissa les bras, et le laissa ressortir lesté d’une punition symbolique. Hyacinthe ne leur avait jamais posé de véritable problème, seulement une multitude de petits. Il frisait toujours les limites, quand il ne les piétinait pas allègrement. Et eux laissaient tous passer.
Paris, 1664


Marianne glissa sa main dans la sienne,  sa toute petite main si douce aux doigts piqués par les coups d’aiguille, et lança à Hyacinthe un de ces regards dont elle avait le secret, et qui en disaient beaucoup plus que tous les discours au monde.

« Ça va aller ? »
« Y’a pas de raison… »


Elle l’entraîna. Arrivée à quelques pas de la porte, elle s’arrêta, se retourna vers lui, lissa une mèche de cheveux un peu trop rebelles du bout des doigts, remit droit le col de la chemise, renoua la cravate aux pans qui flottaient avec désinvolture, épousseta la veste  - l’éternelle veste rouge-  de Hyacinthe, et soupira. Il aurait quand même pu faire un effort, pour une fois.

« Marianne… »
« Allez. »


Rapidement, leurs lèvres se joignirent. Puis, non sans un peu d’appréhension, elle ouvrit la porte et le fit rentrer. La maison était petite, mais elle avait tout de même un semblant de vestibule, une pièce à vivre, une cuisine, et deux chambres.  Il y faisait sombre, mais pas particulièrement froid. Dans la salle, engoncé dans un fauteuil élimé, un homme d’un certain âge, aux yeux bleus très clairs et aux traits saillants, se chauffait les pieds près du feu. Marianne alla droit à lui, embrassa sa joue.

« Bonsoir Père. »

Il se laissa faire, la regardant, tranquillement, puis, éloignant ses pieds de l’âtre, il croisa les jambes et sourit.

« Ma petite fille, tu as quelque chose à me demander. A moins que… »
Il se dévissa le cou pour voir par-dessus l’épaule de sa fille. « Hyacinthe, mon garçon, quelle surprise ! » Le rictus ironique au coin de sa bouche le démentait. « oh-oh. On dirait bien que l’heure est grave. Je ne vous avais encore jamais vu l’air un tant soit peu sérieux, à vous. Que se passe-t-il donc ? Vous venez me demander la main de  ma fille ? »

Hyacinthe se décomposa littéralement, au grand amusement du père.

« Cela se voit, comme le nez au milieu de la figure. J’aurais peut-être dû vous le laisser dire vous-même, pardon. Mais voyez-vous… » Il se leva lentement, précautionneusement. « Je suis désolé. Mais je vais devoir refuser. Au moins pour le moment. Non négociable. »

« Mais…. »

« Non-né-go-ci-a-ble, Hyacinthe. C’est tout. Le jour où vous aurez un travail –je veux dire, une activité régulière, qui ne vous contraint pas à aller jouer sans cesse au chat et à la souris avec les agents de La Reynie en attendant le jour où vous irez faire un tour au Châtelet ou dans un ailleurs du même genre-, où vous serez capable de faire tenir votre salaire du mois du premier au trente-et-un tout seul, et où vous aurez enfin compris que les choses sont ce qu’elles sont, et qu’affirmer le contraire vous attirera des ennuis et à ma fille aussi, ce jour-là, nous verrons. »


Hyacinthe sourit avec amertume, encore un peu sous le choc.

« Quelle tirade.. Elle était prête depuis longtemps, n’est-ce pas ? »


« Oh, oui, depuis un certain temps. Hyacinthe, ne le prenez pas mal, je vous aime comme un fils et vous le savez, seulement j’aime aussi ma fille. Et tant que vous n’aurez pas une situation stable, qui lui assurera une vie heureuse –je ne dis pas que l’argent fait le bonheur, mais reconnaissez tout de même qu’il le facilite un peu. Il n’y a que dans les contes que l’on peut vivre d’amour et d’eau fraîche sa vie durant.  Je ne veux pas pour elle d’une déchéance par pauvreté. Ce n’est pas un non définitif, je ne vous chasse pas, je ne brise pas les fiançailles. Seulement, je ne donne pas ma bénédiction pour le mariage. C’est tout. Et cela restera ainsi tant que vous n’aurez pas un peu plus le sens des responsabilités. C’est tout. »


Marianne ne répliqua pas. Timidement, elle se tenait en retrait, toute frêle, toute fragile, avec ses bras croisés autour de sa poitrine et des larmes qui coulaient sur son visage. Elle était bien trop respectueuse de l’autorité de son père pour dire quoi que ce soit. Hyacinthe la regarda, cherchant de l’aide. La situation était pour le moins délicate. Comment était-il sensé conclure, maintenant ? Fallait-il se vexer, partir pour ne plus revenir ? Ridicule. En rire ? Non, pour une fois, le rire ne passait pas ses lèvres…

« Eh bien, on n’a plus rien à dire, monsieur le contestataire ? Serait-ce le début de la raison ? »


Le père de Marianne se releva, s’approcha, lui mit la main sur l’épaule. Il savait que la nouvelle était difficile à avaler. A la place du garçon, il serait parti sans regarder en arrière, serait allé noyer son chagrin au fond d’une bouteille –et ne serait sûrement jamais revenu. Une déconvenue pareille, ça aurait par trop blessé son orgueil. Mais il les avait suffisamment observés, tous les deux, pour savoir qu’il n’abandonnerait pas.

« Allons, il faut rentrer maintenant. Il est tard, vous avez beaucoup à penser. »

Lentement, Hyacinthe acquiesça, se retourna juste à temps pour saisir le sourire un peu amusé, un peu triste du vieil homme. Marianne ne le raccompagna pas jusqu’à la porte, cette fois-là.

Par la suite, Hyacinthe devait apprendre à en rire. D’autant plus que la situation se reproduisit par deux fois. A force, il devait s’y habituer…

Paris, 1666

Hyacinthe, un paquet de feuillets sous le bras, poussa la porte de l’imprimerie de Mathieu Girard. En comparaison avec le froid mordant du dehors, qui engourdissait les doigts et gelait le nez, il faisait ici une chaleur étouffante, due à l’activité des presses. S’approchant d’une des tables, il salua chaleureusement l’un des ouvriers, et commença à jouer avec les lettrines de plomb, choisissant précautionneusement un L, un I, un B. Il cherchait un E lorsque le père Mathieu sortit de nulle part. En un instant, la réglette avait sauté des mains du journaliste.

« Ah ! Godart ! Je voulais vous voir –et évitez de jouer avec ça, merci »

« Moi aussi je suis heureux de te revoir, Mathieu… Comment vont les affaires ? »

«Elles iraient mieux, bien mieux, sans la descente de police d’hier soir. »


Le silence s’était fait autour d’eux. D’un coup, Hyacinthe comprit pourquoi Jérôme, l’ouvrier, s’était montré un peu plus distant que d’ordinaire. Une descente de police, pour un imprimeur, cela pouvait vouloir dire une fermeture plus ou moins prolongée des presses, et donc, par ricochet un danger de faillite dans le cas où la situation viendrait à se prolonger trop longtemps.

« Une… Descente de police ?.... »

« Oui, une descente de police. Vos pamphlets ont été saisis, mon petit, et si vous n’avez pas de nouvelles des agents de la force publique avant longtemps, ce qui m’étonnerait fort, je ne saurais en dire autant de moi. Pour le moment j’ai de quoi rattraper les choses. En revanche à l’avenir il est hors de question que j’imprime quoi que ce soit venant de vous. Parce que ce n’est pas la première fois. »

Girard se rapprocha, baissa la voix.

« Hyacinthe, je suis désolé, vraiment, mais là non, je ne peux plus. J’ai une famille à charge et une réputation à peu près intacte, alors s’il te plaît, n’essaie même pas de me faire flancher, parce que je te connais, tu serais encore capable d’y arriver. Prend ça avant que je ne les jette au feu où ils devraient être depuis longtemps et sors. »


Hyacinthe soupira. Il l’aimait bien, Mathieu. Mais s’il ne fallait qu’une descente de police pour l’impressionner ! Évidemment qu’il valait mieux faire attention aux presses, il le comprenait tout à fait, mais il ne pensait pas Girard aussi peureux. C’était une déception. Il prit sans un mot la liasse qu’on lui tendait et la rangea précieusement dans son portefeuille, jeta un regard glacé à Girard et aux ouvriers. Une fois n’est pas coutume, il était furieux, contre autre chose que le système, les injustices ou les riches.

« Je comprends. Vous préférez la sécurité à la liberté, c’est une posture qu’on ne saurait critiquer. Eh bien ! Vivez asservis, on n’est jamais plus en sécurité qu’au fond d’une prison ! Mais c’est à cause de gens comme vous, qui flanchent au moment de s’engager, que nous ne progresserons jamais. Et dites-vous bien encore une chose, c’est que nous sommes bien plus nombreux que toute la soldatesque, à nous tous, les petits, les opprimés, les affamés, et que si nous le voulions, nous pourrions très bien la renverser, la balance ! Vous vous plaignez sans cesse de la dureté des temps ; mais vous en êtes responsables !! Parce que chaque fois que quelqu’un rentre dans le rang, il porte un coup à notre cause. Les libertés, elles ne nous viendront pas toutes seules, il faut savoir les prendre ! »

Hyacinthe sortit sur ces mots, claquant violemment la porte derrière lui, pour la théâtralité de l’effet. Dans le fond, bien sûr que Mathieu avait raison, mais c’était à force de jugements à court terme de ce genre qu’ils ne progressaient pas. Cela, il l’avait réalisé peu de temps auparavant, lorsque, monté sur une table d’un marchand de vin dans un élan d’enthousiasme, il s’était lancé dans une diatribe enflammé. Le raisonnement lui était venu tout seul (en fait, une résurgence de La Boétie lu des années auparavant, mais sur le coup, il ne s’en souvint pas) et l’avait frappé lui-même à peu près autant que son auditoire (mais heureusement pas aussi visiblement). Ce problème identifié était son nouveau cheval de bataille (en attendant le prochain, comme le disait toujours Favre qui le connaissait bien), qu’il comptait bien développer en long, en large et en travers Rue Férou un de ces jours. Mais il faudrait d’abord régler ce problème de presse. Aller en parler à Pia par exemple...

Dans l’imprimerie silencieuse, Mathieu hocha tristement la tête.

« Il est complètement barré, ce garçon. Un jour il se fera tuer. On n’a pas idée de tenir des discours pareils, et encore moins de les mettre en pratique… »


Haussant les épaules, il claqua des mains, et tous les ouvriers s’en retournèrent à leur poste. Bientôt, la presse reprit son activité, bruyante comme jamais.



Dernière édition par Hyacinthe Godart le Mer 3 Aoû - 22:12, édité 3 fois
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Mar 2 Aoû - 16:54

Ah ! Un pamphlétaire. Enfin ! sauvage

Bienvenue, mais apparemment tu connais bien ici. Razz Il a l'air d'avoir un sacré caractère l'écrivaillon : ça va mettre de l'ambiance. fan attitude
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- L'Orpheline de Paris -
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Mer 3 Aoû - 0:38

Pour fêter ta réarrivée je sors même Pia, qui est comme moi persuadée que Hyacinthe fera de grandes choses nétoiles

J'adore vraiment vraiment ton début de fiche et j'ai hâââte de lire l'histoire !

(MAIS LA BEAUTÉ DU GESTE N'EST PAS APPRÉCIÉE !)

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Bella Ciao
Il capo in piedi col suo bastone
O bella ciao bella ciao bella ciao ciao ciao
Il capo in piedi col suo bastone
E noi curve a lavorar∆ northern lights.
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..
Titre/Métier : Autoproclamée gestionnaire de nuit de l'imprimerie du mari
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Jeu 4 Aoû - 0:27


TU ES VALIDÉ(E)



Oh. Comme c'est étonnant !

J'ai juste dévoré ta fiche (et HEUREUSEMENT que tu n'as pas retiré certains passages !!!), comme toujours c'est merveilleusement bien écrit, et Hyacinthe est un personnage vraiment attachant et que j'ai hâte de voir évoluer. Aller, maintenant tu vas nous épater avec des rps géniaux s'il te plait  

Merci de faire : Recenser ton avatar pour éviter l'invasion des clones - Fiche de Rp pour commencer à jouer - Fiche de lien pour se lier avec les autres membres
Les liens qui peuvent servir : Une petite faveur? maison, rang ou charge? - Les connaissances pour mieux savoir et ne pas être pris au dépourvu

Bon jeu sur Vexilla Regis!


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Jeu 4 Aoû - 10:39

Félicitation ! fan attitude

J'ai adoré lire c'te fiche. Super bien rédigée (quelle plume ! balon), j'ai apprécié le fait qu'elle soit scindée en plusieurs parties : je trouve que c'est toujours sympa d'avoir une vue d'ensemble du personnage sur la durée dans une présentation (en plus tu as dû t'éclater à écrire sa jeunesse). Comme le disait Madge, ton Hyacinthe me semble attachant avec son caractère exalté et anticonformiste.


En avant pour des Rps maintenant !
yeah
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Hyacinthe Godart

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