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 L'ombre de Kochtcheï {Arthur}


Dim 18 Sep - 21:48

Dans la journée étaient arrivées trois lettres. La première venait de son père et contenait des recommandations et des précautions que Stasya n’avait pas envie de suivre et qu’elle ne lut que par piété filiale. Elle se promit néanmoins de lui adresser une réponse gracieuse certifiant qu’elle ne mangeait pas trop de viande blanche et qu’elle veillait bien à honorer régulièrement et avec sincérité Dieu. La seconde lettre venait de son intendant à Moscou. Un rapport sur leurs comptes. Vladimir aurait dût le lire. Mais son mari ne commencerait à se soucier d’argent que s’il venait à en manquer. La troisième lettre venait de son cousin. Une chose surprenante lorsque l’on savait à quel point il n’aimait pas écrire. La lettre, étonnamment longue, ne contenait que des nouvelles banales et insipides. Hors ce n’était pas le genre de chose que communiquait l’officier de cavalerie. Il ne communiquait même pas les nouvelles importantes et extraordinaires. Pensive dans son petit salon, Stasya lisait et relisait les deux pages de papier à la recherche de la réelle intention derrière la correspondance. Car enfin on ne faisait pas traverser l’Europe à une lettre pour enfiler les lieux communs sur la pluie, le beau temps et la qualité des récoltes. Un court moment, la comtesse envisagea de demander à son époux son avis. Esprit indiscipliné et rêveur, Vladimir n’en demeurait pas moins capable de finesse pour les sentiments de son entourage. Sans doute aurait il une théorie. Mais en cette fin d’après-midi alourdie par l’orage, son époux se consacrait entièrement à un de ses astrologues. Or Stasya n’avait pas envie de le priver de rencontres et d’échanges qu’il chérissait pour une vague lettre. De plus, elle n’appréciait guère la majorité des scientifiques qui occupaient jour et nuit leur hôtel particulier et ne tenait pas à les voir plus que nécessaire. Aussi se résolut elle à mettre un moment la lettre de côté et à se consacrer quelque peu à l’analyse de ses comptes. Analyse qui fut coupée par un souper léger qu’elle grignota du bout des dents.

Alors que onze heure sonnait et que son époux tardait toujours à la rejoindre, Stasya se résolut enfin à mettre un terme à sa veille. Son travail de gestion lui avait donné un début de migraine, à moins que ce ne soit la moiteur de l’air, et elle se sentait lasse. Alors que les domestiques ôtaient épingles à cheveux et corset, la lettre mystérieuse lui revint à l’esprit. Mais dans sa mémoire encombrée de chiffre et de rendements, elle ne parvenait pas à comprendre si c’était chiffrer et de quelle façon. Elle finit par chasser le souvenir à la façon d’une mouche inopportune, alors même qu’elle congédiait ses domestiques. Méprisant les pudibonderies françaises, elle dédaigna son linge de nuit estimant qu’avec la chaleur et l’humidité les draps lui suffiraient. Comme de coutume, elle trouva le sommeil facilement mais un sommeil lourd, entrecoupé de rêves  inquiétant et désagréable. La plupart mettant en scène son correspondant dans des postures délicates. Aussi, elle se réveilla au milieux de la nuit morte d’inquiétude. Enfin le milieux de la nuit, au vu de l’heure qu’elle lisait (une heure du matin) tout au plus avait elle dormi une heure ou deux. Mais une heure ou deux éprouvante remplie d’inquiétudes qui ne s’avouaient pas. D’abord déterminée à ne pas se laisser troublée plus que de raison, elle se réfugia sous les draps. Et tout en écoutant l’orage qui explosait au dessus de sa tête tenta de retrouver un sommeil qu’elle estimait mériter. Mais rien n’y faisait. Elle voyait la lettre apparaitre sous ses paupières closes. À ceci près que les caractères refusaient avec acharnement de se laisser lire. Et à mesure qu’elle y songeait, des idées inquiétantes se formaient dans son esprit.

Aussi Stasya quitta la chaleur de son lit pour enfiler prestement une légère robe de chambre. Puis elle quitta ses appartements munie uniquement d’un chandelier pour s’éclairer. Sous ses pieds nues le parquet craquait comme pour murmurer une lamentation timide. Un bruit régulièrement couvert par le tonnerre qui continuait de gronder. Le fracas des gouttes s’abattant avec violence rythmait les pas de Stasya qui instinctivement se fit plus discrète. Elle progressait à petit pas timide dans sa propre demeure. De temps en temps la faible lueur de sa flamme reflétait l’or d’une décoration ou nimbait d’une aura orange l’argent de quelques objets précieux. Mais sinon, elle ne servait qu’à diffusait des ombres grotesques et effrayantes. Dans l'obscurité les objets familiers se tordaient, se mêlaient et se confondaient pour ne former plus qu’une forêt de tons noirs sur noirs. Un spectacle dansant grotesque et inquiétant. De temps en temps la lumière blanche de l’éclair donnait au couloir un sursaut de vie. Mais une vie froide remplie de petit détails inquiétant et qui s’empressaient de disparaitre. Un courant d’air frais passa contre sa nuque et malgré elle, Stasya repensa à son enfance. Dans une maison plus inquiétante encore que celle-là elle s’était emplie la cervelle sottises, de contes et d’histoire d’horreur pour ensuite triompher dans des épreuves de courages. Mais c’était en Russie. Elle était invincible en Russie. Ici, alors que son univers se tordait dans le noir les peurs d’enfants revenaient la hanter sans cesse. Il lui semblait sentir les statut se mouvoir à son insu, les monstres de leurs ombres danser, se contorsionner et menacer. Jusqu’aux portes qui lui semblaient claquer dans son sillage. Un nouvel éclair donna à une reproduction antique l’air effrayant et grotesque d’une gargouille. Ou pire d’un personnage de conte d’horreur. Elle les soufflait dans l’oreille de sa fille pour l’occuper. Mais sa fille était moins courageuse qu’elle et se réfugiait sous les draps. La pauvre devait être terrorisée. Inquiète pour sa fille, Stasya choisit d’aller la voir pour veiller sur son sommeil. Elle évoluait doucement dans son théâtre d’ombre et de peur. Le ricanement de Baba Yaga lui parvint doucement, sans oublier l’air pernicieux de ces démons de malice l’empêchant d’avoir des fils. Le fantôme du mort né sembla même à un moment darder sur elle un regard sans vie. Elle resta sans voix face à ce spectre qui n’apparut que le temps d’un éclair. Ce fut le craquement, en retard comme toujours, qui suivit qui l’arracha au souvenir du nourrisson. Elle inspira lentement plaquant son souffle sur la lente évolution des ombres et l’ondulation de la flamme de la bougie. Et elle se reprit pour descendre les escaliers. Absorbée par les souvenirs de son enfance, elle ne vit pas la faible lumière qui filtrait sous la porte de la bibliothèque et la dépassa. Elle s’arrêta devant la porte de la nurserie où elle avait abandonné sa lettre, s’en voulant de redouter autant toutes ces frayeurs nocturnes. Mais alors même qu’elle chassa les créatures fantastiques et les frayeurs hivernales dans un coin de son esprit, alors même qu’elle commençait à tourner lentement la poignée de la porte, un autre craquement de parquet retentit. Elle fit volte face, si vite que la flamme de son chandeliers fut mouchée. Et dans la pénombre le terrifiant visage squelettique de Kochtcheï surgissait, perdu dans le noir.

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Sam 29 Oct - 18:34

Arthur Duplessy tenait en estime bien peu de monde. Au contraire, beaucoup ne lui faisait éprouver qu’un mépris tinté de hauteur, quand plus encore l’indifféraient. Si bien qu’il y avait dans sa façon d’être quelque chose qui, derrière les sourires aimables, mettait mal à l’aise. D’aucuns diraient qu’il apportait avec lui comme un souffle froid, une sorte d’aura qui n’avait jamais été qu’hivernal. En réalité il instaurait assez peu la peur, au quotidien il faisait plus souvent naître chez le commun des mortels une sorte d’inconfort. Il avait en effet une façon tout à fait unique d’afficher l’amabilité tout en lançant un regard qui semblait faire fi de celui ou celle qui se trouvait en face, comme si au lieu de les fixer il voyait à travers et leur niait ainsi l’existence même. On la trouvait souvent écrasante, cette attitude trop assurée pour qu’on ne puisse y trouver à redire. Il n’y avait bien que madame Chénier et face à une poignée d’individus qu’il jugeait dignes d’intérêt – intellectuel ou plus souvent financier – que volontairement Arthur modérait cette allure dont il connaissait le pouvoir. Parmi les quelques élus se trouvait Vladimir Bazdéiev, fin connaisseur de bien des sujets, assez pour se montrer un interlocuteur de choix, trop peu pour donner à Arthur la sensation d’être dépassé. Depuis quelques semaines, le lundi ou mercredi, il s’arrangeait ainsi pour vider son emploi du temps de tout impératif et se laisser l’occasion de venir s’attarder dans l’hôtel du comte, qu’il connaissait à présent presque bien. Ici il n’y avait pas que mensonges, cette compagnie il l’appréciait vraiment et la cherchait presque. Entre ces murs Arthur chassait les soucis du quotidien, les manipulations et les sombres desseins.

La discussion de ce soir avait abordé peu de chose mais s’était à chaque fois longuement attardée. Il avait été notamment question de ces façons d’être bien française auxquelles Vladimir regrettait que son épouse ne puisse encore s’habituer, puis de la nuit parfaitement claire d’hier qui avait été une occasion manquée.
A présent que la soirée était depuis longtemps entamée la bibliothèque devenait cependant plus silencieuse, les paroles se faisant plus parcimonieuses, car les deux hommes appréciaient conjointement le calme de l’endroit. Car il avait quelque chose d’apaisant à se sentir à l’abri et si loin d’un orage. Si bien que le comte tomba assez rapidement dans un demi sommeil, laissant Arthur à quelques solitaires pensées.
Les flammes de la cheminée finirent par lui brûler la rétine et il se leva, abandonnant un instant ses réflexions, pour aller jeter un regard dehors, par la fenêtre, et le poser sur la ville dont les lumières ne scintillaient plus depuis longtemps, rendant peu saisissant le spectacle de quelques ombres. Il entendit alors un bruit provenant du couloir, ce qui tombait bien pour lui qui comptait prendre silencieusement congé. Puisqu’un domestique passait par là il n’aurait pas à en chasser un pour que soit amenée sa voiture, l’économie d’un effort était toujours bonne à prendre. Lentement il se dirigea donc vers la porte, faisant son possible pour ne pas troubler le repos de maître des lieux, et l’ouvrit dans un léger grincement. La lumière qui ruissela de la bibliothèque au couloir se heurta cependant à une silhouette qu’il ne s’attendait pas à voir. Un chandelier à la main et le teint livide, comme si elle avait vu un revenant, madame Bazdéiev se découpait nettement dans la pénombre.

Stasya était loin de sa perfection habituelle, de ce costume de glace qui leur était commun. C’était une nouveauté qu’il prit le temps d’apprécier. Une attitude brouillonne et tendue, une tenue loin de son carcan habituel, un environnement qui semblait lui échapper, tant de fissures qui étaient presque agréables à percevoir car lui rappelait qu’elle était humaine, sans doute bien plus bourrée de défauts qu’elle n’aurait voulu l’admettre. Sur les traits tirés de Stasya il posa un regard calme et esquissa un sourire, à peine prescriptible, avant de prendre une intonation si posée qu’elle aurait pu en être dérangeante.

« L’orage vous effraierait-il, madame ? »

Il le savait, bien sûr, que plus que quelques éclairs c’était sans doute sa présence, soudaine et dérangeante par sa quiétude, qui l’avait effrayée. Cette certaine prestance, Arthur la devait notamment à un physique saisissant, un visage qui ne s’oubliait pas, dont chaque trait était particulièrement marqué et qui, dans la pénombre, le rendait presque inhumain. Cela ne l’avait jamais dérangé, au contraire faisait son affaire. La beauté, il n’y prêtait après tout attention que chez les autres ; le concernant il l’aurait jugée attribut superflu, presque embarrassant.
Il était assez amusant de constater ce que quelques bruits sourds et ombres naturelles pouvaient faire naître en illusions. Finalement peu courageuse, cette comtesse venue de ses plaines froides mais qui voyait dans l’obscurité quelques fantômes. Arthur savait toute l’importance à donner aux croyances, aux histoires et chimères, mais lui-même s’y refusait. Ou plus exactement il rationalisait chaque aspect de sa propre existence, des relations qu’il entretenait aux explications astrologiques qu’il servait, pour mieux dépenser son imagination dans les légendes qu’ils présentaient à d’autres. Lui voulait se targuer de savoir qu’il ne restait, une fois adulte, plus que cruelle réalité.

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Un obscur horizon se déroule devant notre âme
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Mar 1 Nov - 13:00

Les ombres s’étiraient à l’infini sur la chair grisâtre du démon. Anthracite sur ardoise ou fer sur perles, le camaïeu de noir ne créait pas une douce harmonie esthétique. Au contraire, on était glacé d’effroi face aux angles brusques qui creusaient les pommettes, face au halo noir qui se drapait autour des épaules, des cheveux et du cou. Le visage squelettique s’anima. La peau du mort s’étirant un peu plus à en craquer et créant un nouveau jeu d’ombres au coin des joues et sur le menton. Les lèvres blafarde s’écartèrent pour laisser voir quelques dents d’un ivoire ternis tandis que deux yeux morts se posaient sur elle. Les orbites étaient bien ce qu’il y avait de plus terrorisant chez le spectre qui se tenaient face à elle. Deux globes morts enfoncés de façon sinistre la fixaient à travers le voile liquoreux qui recouvraient les yeux des morts. Le noir ternis des pupilles faisait écho aux ténèbres qui s’amassaient autour du corps du démon. Pourtant la voix qui jaillit de la bouche du mort n’avait rien de sépulcral. Le timbre posé et doucereux ne s’apparentait nullement aux rauques intonations de corbeaux de Kochtcheï. C’était une voix bien humaine qui s’adressait à elle dans un français que l’immortel ne maitrisait sans doute pas. Brutalement l’humanité de son interlocuteur apparut à Stasya qui se figea alors qu’elle avait amorcé un pas en arrière et que sa bouche à elle s’entrouvrait cherchant de l’air pour un cri de terreur.

Le visage maigre marqué de rides et perdu dans le noir se révélait certes inquiétant mais comme l’était celui d’un homme. Ce n’était pas la face squelettique et barbu des monstres de son enfance. Face à elle ne se tenait non pas Kochtcheï ou pire Tchernobog que l’orage aurait amené depuis le fond des steppes, mais juste Arthur Duplessy. Terrible mais terriblement ordinaire. Le regard que l’on posait sur elle n’avait plus la noirceur voilée d’un mort mais la morgue moqueuse d’un homme. Et la question articulée, et non caquetée par un monstre, recelait plus de moqueries que de menaces. Même si la moquerie tenait dans l’indifférence calme et non pas dans une quelconque intonation ironique. Elle était suffisamment présente, surtout dans l’esprit de Stasya, pour que la comtesse soit fouettée dans son égo. D’autant plus fouettée qu’avec du recul, sa peur transparente et son attitude remplie de craintes puériles lui paraissaient effectivement risible. Elle stoppa son mouvement recul, secrètement satisfaite de ne pas l’avoir achevé, et reprit un maintien digne. D’un mouvement de la tête, elle fit basculer ses cheveux derrière son dos, estimant que les avoir qui tombaient sur ses épaules attestaient d’un manque de dignité. Redressant le menton, elle planta ses yeux dans ceux de l’astrologue le mettant au défi d’afficher encore un peu son petit sourire satisfait. Elle était ici chez elle et ne se laisserait pas effrayer plus longtemps.

Un court moment, elle envisagea de la corriger. D’exiger de lui qu’il l’appelle « madame la comtesse » pour lui rappeler que son mari estimait peut être son intelligence mais qu’il demeurait aux yeux de ses compatriotes à peine mieux qu’un domestique. Mais c’était tellement petit et français qu’elle ne le fit pas. À la place, elle attendit que les battements de son coeur se soit apaisée pour répondre d’une voix maitrisée mais avec un lourd accent russe :

- Un orage français?

C’était si risible. Elle en avait connu des biens pires. Elle s’était retrouvée sous la furie des éléments plus d’une fois lors d’une chasse au loup. Elle ne pouvait pas avoir peur d’un tonnerre grondants et d’un vent hurlant. Et pourtant… Malgré elle, elle laissait ses yeux s’attardaient sur les détails grimaçants que l’on devinait dès qu’un éclairs avait la fantaisie de venir éclairer le couleur. Elle ne pouvait détacher son regard des putti dont les joues rondes et les yeux lisses prenaient une autre dimension. Une dimension de contes et de personnages vengeurs. Même après avoir percé l’humanité de l’homme, Stasya ne parvenait pas à se détacher d’un certain malaise. Le rai de lumière de la bibliothèque ne faisait qu’accentuer l’importance des ombres qui se massaient autour de la silhouette sèche. À défaut d’être issu du folklore russe, il dégageait quelque chose de si profondément malsain et antagoniste qu’elle ne parvenait pas encore à totalement le remettre dans sa juste place. La place d’un arriviste. Il prenait ici une dimension fantasmagorique qu’elle ne parvenait pas à occulter. Le visage continuait à se jouer d’ombre et de mystère pour peindre une face masquée, au sens propre couverte d’un masque, et inquiétante. Aussi elle parcourut des yeux la silhouette à la recherche d’un autre détails faible et humanisant. Mais elle ne devinait qu’une masse noire plus sobre se détachant sur l’anthracite du mur. Rien qui ne puisse accrocher son regard. À part peut être les mains d’un blanc fantomatique finalement pas beaucoup plus réjouissant que le visage. Preuve qu’elle ne s’était pas entièrement remise elle s’étonna presque de lui deviner des ongles courts et non pas longs et griffus.

Elle voulait croiser les bras sur sa poitrine dans une attitude si clairement défensive qu’elle se l’interdit. Pas plus qu’elle ne s’autorisa un pas en arrière. Même si elle le trouvait trop proche de lui dans le couloir rempli d’ombres qui lui mangeaient le visage lui donnant un air lupin. Mais les loups elle les chassait. Il ne la chassait pas.

- J’allais voir si mienne fille dormait.

Même en supposant que par chance, elle n’ait pas fait de faute de grammaire. Stasya s’en voulut de cette phrase dévoilant à son goût bien trop de faiblesse. Déjà parce que cela sonnait comme une justification en sa propre maison. Et qu’elle ne voulait pas avoir l’air de rendre compte de ses faits et gestes à un inconnu. Surtout un inconnu qui n’était toléré ici que parce qu’il partageait une passion pour une science ridicule. L’explication, qu’elle ne lui devait pas, lui déplaisait pour une autre raison. Elle soulignait malgré elle qu’effectivement les allées et venues de Stasya étaient motivées par l’orage. Et par la peur. Même si c’était une peur pour sa fille et non pour elle. Cela demeurait une peur. Et même si elle supposait que l’on pouvait voir sa peur à la façon dont elle se tenait, la façon dont elle avait réagi à sa présence, elle s’en voulait de l’avoir avoué. Une faiblesse que l’on percevait ne valait jamais une faiblesse que l’autre reconnaissait.

Un court moment lui demander explicitement des comptes sembla une bonne idée. une façon d’humaniser encore un peu l’être qui se tenait face à elle. De lui faire quitter sa figure de folklore pour le rendre homme de chair et d’obligation, invité dans une maison qu’elle gouvernait. Mais cela sonnait également comme un aveux de faiblesse. La preuve qu’elle ne maitrisait pas tout ici. La preuve qu’elle avait besoin de l’affronter verbalement et de le remettre à sa place par les mots et la position sociale. Elle rejetait ce recours tellement piteux préférant en appeler à sa raison seule pour faire sortir Duplessy de l’ombre de Kochtcheï et de l’horreur des légendes.

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