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 Dieu nous garde des femmes trop savantes... (Présentation d'Isabeau)


Ven 21 Oct - 16:02

Isabeau de Jarjayes

(Ft. Christina Ricci - Pinterest)

1. Identité

   
Métier/Titre(s) : Vicomtesse
   Âge : 24 ans
   Origines : Française
   Langue(s) parlée(s) :  Français, Allemand, Latin
   Situation amoureuse: Mariée au Vicomte Valérian de Jarjayes (ft Tom Hiddleston), mère de trois enfants : Oscar (7 ans), André (5 ans) et Anne-Françoise dite "Nanette" (2 ans).
   Religion: Officiellement catholique, Officieusement protestante  
   Groupe: Rue Payenne. Gabrielle est associée à ce groupe pour ne pas faire honte à son mari, dont la famille est très liée avec celle de la Marquise d'Espard. Cependant, cet univers  policé, conventionné, où chacun est à sa place et ne parle que de sujets susceptibles de n'effaroucher personne plonge la jeune femme dans une angoisse profonde.
QUE PENSER DES POISONS ? A BANNIR OU LA FIN JUSTIFIE LES MOYENS ?  : A bannir. Gabrielle refuse d'imaginer un tel recours pour solutionner une situation gênante. La vie a trop de valeur à ses yeux.
   TROIS VOEUX SONT OFFERTS A VOTRE PERSONNAGES, LESQUELS SONT-ILS ? : Pouvoir passer plus de temps avec son époux et ses enfants, Vivre dans un petit pavillon de campagne loin des conventions de la capitale où elle pourrait s'adonner librement à ses passions, Être libre de publier ses écrits.

   SE SENT-IL EN SÉCURITÉ ? : Gabrielle a peur qu'un jour, son secret ne soit découvert et qu'il rejaillisse sur toute sa famille. Elle craint également pour son mari, colonel de la garde royale et tremble à chaque fois qu'il doit partir en mission.
   QUEL EST SON RAPPORT À LA RELIGION ? : Pour garder une bonne place au sein de la société, la famille de Gabrielle s'est convertie au Catholicisme mais continue de pratiquer le culte Protestant à l'abri des regards. Alexandre est au courant et n'en tient pas rigueur à sa femme, à condition qu'elle ne le pratique que dans le plus grand secret et que leurs enfants ne soient pas mêlés à cela.
   UN CAUCHEMAR RÉCURRENT ? : Gabrielle rêve souvent de la tuberculose qui a failli l'emporter, il y a deux ans de cela. Elle se rêve souvent en train de mourir étouffée, dans un flot de sang, sous le regard froid de membres hautains de la noblesse.
   QUELLE EST SA PRINCIPALE AMBITION ? : Pouvoir continuer à écrire et se documenter librement. Gabrielle n'éprouve aucun intérêt à s'élever socialement.


   
2. Anecdotes
Valétudinaire ◊ Économe ◊ Femme de lettres ◊ Angoissée ◊ Douce ◊ Chanteuse à ses heures perdues ◊ Rat de Bibliothèque ◊ Maternelle ◊ Possède un chat Chartreux appelé Clovis ◊ Aime passer du temps dans son jardin ◊ Regrette de ne plus pouvoir monter à cheval ◊ Atteinte de trouble obsessionnel, elle éprouve le besoin de prendre un bain chaque jour ◊ Doit parfois se déplacer en chaise roulante ◊ Curieuse de tout  ◊ Parfois distraite ◊ Maladroite  ◊ Attendrissante ◊ Apparence juvénile  ◊ Frêle ◊

   
3. Derrière l'écran
Prénom/Pseudo : Emi † Âge : 19 ans † Comment êtes-vous arrivé jusqu'ici ? J'ai fini de regarder Lady Oscar, j'ai adoré malgré le côté kitsch de l'anime et je voulais vraiment trouver un forum où l'intrigue était basée à Versailles. Finalement ce n'est pas tout à fait ce que je recherchais au départ mais ça a l'air stylé quand même ! † Comment trouvez-vous le forum ? Très très très beauuuu † Rang - † Crêpe ou gaufre ? (Une question existentielle !) Pourquoi choisir quand on peut avoir les deux ? † Le mot de la fin ? Je ne suis pas quelqu'un de très très actif, je suis déjà sur d'autres forums et je travaille beaucoup, malheureusement. Mais je ferais de mon mieux !


Dernière édition par Isabeau de Jarjayes le Dim 23 Oct - 15:57, édité 7 fois
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Titre/Métier : Vicomtesse
Billets envoyés : 20
Situation : Mariée, mère de 3 enfants

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Ven 21 Oct - 16:14

Histoire

“La littérature est une maladie. Ou peut-être un remède à une maladie.”

1er Mai de l'an de grâce 1642

Edouard de Giligny rentrait de la chasse. Il était nerveux, comme à chaque fois que son épouse approchait du moment de l'enfantement. C'était le sixième. Auparavant, le couple n'avait eu que des garçons, tous vigoureux, et le Baron s'en félicitait. C'était une chance inouïe de n'avoir perdu aucun de leurs chers enfants. Cependant, celui-ci serait peut-être le dernier. La Baronne approchait la trentaine et les médecins lui avaient déconseillé fortement d'entrer une nouvelle fois en couches ; c'était donc la dernière chance pour elle d'espérer avoir une fille. Edouard considérait de façon égale la possibilité d'avoir un héritier ou une héritière mais il savait qu'Éleonore mourait d'envie de s'occuper d'une demoiselle. Aussi espérait-il que les voeux de son épouse seraient enfin réalisés.

Les pas de l'étalon d'Édouard résonnèrent dans la cour de leur pavillon alors que des valets accourraient pour le prendre en charge. Il n'avait rien attrapé cette fois-ci, sans doute trop préoccupé, bien qu'il se voulait pas se l'admettre, par l'état de son épouse. Alors qu'il descendait de cheval et s'approchait de l'entrée, défaisant ses gants, il vit une jeune servante descendre comme une furie des escaliers principaux, chose qui était interdite, pour se précipiter vers lui, au mépris de toute convenance. Le Baron se figea. Pour qu'une de ses domestiques fasse ainsi fi des règles élémentaires dans ce qui semblait être de la panique, la situation devait être grave.
L'espace d'un instant, son coeur se serra. Et si Éléonore était morte ? Si ce dernier enfant avait eu raison d'elle ?
Heureusement, son coeur n'eut pas le temps de connaître cette impression de descente folle à la pensée du chagrin. Le sourire de la jeune servante, toute heureuse d'avoir aidé pour la première fois à un accouchement, le rassura.

Une fille ! C'est une fille ! Monseigneur, toutes mes félicitations !

Bien que ce fût la sixième fois, Edouard se sentit soudain gonflé de fierté et de joie. Il ne se formalisa pas des manquements à l'étiquette de sa domestique et se surprit à courir comme à l'âge de ses vingt ans vers la chambre de son épouse.

Éléonore ! Éléonore !

Il entra comme un fou, surprenant le médecin qui terminait de nettoyer ses outils, les jeunes domestiques qui faisaient des boules avec les linges souillés et la vieille nourrice, qui tenait un petit corps déjà emmailloté dans ses bras tandis que la maîtresse de maison semblait à demi assoupie. Elle sourit néanmoins faiblement à l'arrivée de son époux et tendis une main vers lui, depuis son lit.

Doucement mon ami, pas si fort... Vous allez lui faire peur.

La gouvernante tendit alors le nouveau-né à la trentenaire qui le reçut avec un air attendri. Edouard, plus calme, s'approcha d'elle et découvrit avec émerveillement le visage de son unique fille. Ses grands yeux gris qui lui mangeaient presque tout le visage le fixaient calmement alors que de petites bulles se formaient au coin de sa jeune bouche. Une mince mèche de cheveux d'un blond si clair qu'il paraissait presque blanc habillait déjà son petit front pâle.

Comment allons-nous l'appeler... ?

Edouard caressa très délicatement la petite tête de son enfant en souriant.

Bienvenue chez vous, Isabeau de Giligny.

13 octobre de l'an de grâce 1653

La jeune demoiselle de Jarjayes, assise à sa table d'études, fixait sa mère. Ses sourcils si blonds qu'ils paraissaient inexistants se fronçaient et sa bouche formait une moue d'incompréhension.

Je ne comprends pas. Si nous avons la vraie foi, pourquoi est-ce que nous devons nous cacher ? Pourquoi est-ce que je dois porter une fausse croix ?

Éléanore soupira en refermant la bible allemande qui était posée sur le lutrin. Isabeau avait toujours été de nature curieuse mais elle était arrivée à l'âge où elle posait des questions qui se révélaient gênantes. Comment expliquer à une enfant de 10 ans le conflits qui opposait les huguenots aux papistes ? Lentement, la baronne alla s'asseoir près de sa dernière, en réfléchissant à un angle d'attaque.

Voyez-vous Isabeau, contrairement à notre Seigneur, l'Homme est un être imparfait, susceptible de s'égarer... Et parfois, il arrive que ceux qui s'écartent du droit chemin soient en plus grand nombre que ceux qui ont poursuivi leur vie dans la droiture. Forts de leur supériorité, ils pensent alors qu'ils sont ceux qui détiennent la vérité et que les autres sont dans l'erreur.

La petite fille hocha sagement la tête. Elle semblait réfléchir très sérieusement à ce qu'elle venait d'entendre.

Mais, Mère, si je comprends bien, les catholiques seraient dans l'erreur ? Mais alors, pourquoi est-ce que nous n'essayons pas de les ramener dans le droit chemin ? Nous leur rendrions pourtant service...

L'esprit vif de sa fille faisait autant la fierté que le désespoir de la Baronne. Après s'être mordu la lèvre, elle repris.

Ces gens sont tellement persuadés d'être dans la vraie foi qu'ils ne se laisseront pas convaincre si facilement... Certains pourraient même devenir mauvais envers nous s'ils apprenaient que nous ne sommes pas des leurs.

Isabeau triturait l'ourlet de sa jupe avec un air contrit.

Mais alors qu'est-ce qu'il convient de faire ?

Éléanore posa une main sur l'épaule de sa fille avec un air grave.

Avant tout, nous devons vivre saufs et pour cela, il convient de faire semblant. Quand nous serons dans leurs églises, au fond de votre coeur vous resterez protestante, vous adresserez toujours vos prières à notre seul vrai dieu. Vous ne vous laisserez pas séduire par le faste clinquant de leurs cathédrales, vous porterez toujours votre croix, sans jamais la dévoiler aux autres. Vous lirez la Bible en Allemand, lorsque personne ne sera là pour vous voir. Tout n'est pas manichéen en ce monde aussi rencontrerez-vous certains catholiques tout à fait aimables. Ne leur tenez alors pas rigueur de leur égarement, notre Seigneur se montrera miséricordieux avec eux.

5 février de l'an de grâce 1657

Le jeune homme se tenait dans un coin de la salle, dans sa tenue d'apparat. Il avait le dos droit et la mine sévère du militaire en service malgré la coupe de champagne qu'il tenait entre ses doigts. Il fixait une étrange jeune fille, assise seule sur un canapé, agitant machinalement son éventail. Elle n'était pas belle, ça non. Le visage trop rond, le front trop grand, le menton trop petit, les sourcils trop blonds. Pourtant... Pourtant elle était loin d'être laide. Elle dégageait quelque chose de différent des autres jeunes filles. Elle semblait inatteignable, détachée des considérations du monde des mortels, comme une Vierge descendue des cieux. Et cette candeur qui semblait l'habiter...

Une main amicale posée sur son épaule l'arracha à sa contemplation.

Eh bien, mon cher Valérian, que lui trouvez-vous à cette jeune demoiselle ? Vous n'êtes pas sans savoir que c'est Isabeau de Giligny ! On la dit marginale et simple d'esprit, puis ce n'est que la dernière héritière d'un baron !

Sans se départir de sa rigidité militaire, le futur Vicomte de 18 ans posa sa coupe sur le plateau d'un laquais qui passait. Il adressa ensuite un sourire poli bien que fort mince, à son interlocuteur.

Vous savez que je n'ai de goût que pour l'originalité.

L'homme eut un petit rire mi amusé, mi sarcastique, tout en jetant de temps à autres des regards en direction de l'objet de leur discussion.

Il est vrai, enfin, il existe tout de même une différence notable entre les objets que vous aimez collectionner et les femmes que vous... Mais où allez-vous ?

Valérian se retourna à peine vers son ami. Cette fois, son regard semblait presque pétiller.

Me faire inscrire sur son carnet, pardi !

27 novembre de l'an de grâce 1657

Isabeau fixait l'extérieur à travers les vitres du carrosse. Elle paraissait sereine, rêveuse, comme à son habitude. A côté d'elle, sa vieille nourrice se tenait, tel un chien de garde et fixait d'un oeil méfiant le jeune Valérian de Jarjayes. Depuis le début de l'année, ce jeune officier à l'oeil sombre et au maintien rigide faisait une cour assidue à la jeune Isabeau, au grand étonnement de ses parents. Après plusieurs visites au domicile familial et une correspondance dûment contrôlée, le Baron de Giligny avait consenti à ce que le jeune homme emmenât sa fille en promenade dans Paris. Quand ils arrivèrent au niveau du Palais Royal, le militaire demanda à son laquais d'arrêter le véhicule. Il aida galamment les deux femmes à descendre puis ils commencèrent à déambuler au milieu des quartiers aisés de la capitale. Valérian et Isabeau marchaient devant, à une distance respectable l'un de l'autre tandis que la gouvernante suivait, si discrète qu'elle était obligée de renifler à intervalles réguliers pour les assurer qu'elle était toujours là. Le visage de la jeune femme paraissait émerveillé.

C'est la première fois que je viens à Paris... Jamais encore je n'ai vu tant d'agitation, c'est fantastique !

Le jeune homme sourit. Ses sourires étaient toujours en coin, fins, très discrets. Il avait de la peine à se montrer galant, bien que la compagnie de la jeune femme l'enchantât au plus haut point.

Oh, eh bien... Il serait dommage que vous ne rameniez pas quelque chose pour marquer votre première venue dans la capitale ! Laissez-moi vous l'offrir !

Isabeau, surprise, rougit aimablement et sembla hésiter.

Oh je... Vous me flattez mais je ne voudrais pas vous obliger à quoi que ce soit...

Le jeune officier fronça un peu les sourcils. Il ne s'attendait pas à la mettre mal à l'aise ! Enfin... Bien sûr qu'une jeune femme aurait feint le refus par pure politesse mais la façon de faire d'Isabeau semblait si sincère !

Pardonnez-moi d'insister. Je serais très flatté de vous faire ce modeste présent. Qu'est-ce qui vous ferait plaisir ? Un chapeau ? Des gants ? Un bijou ?

Il était lui-même un peu nerveux. La jeune fille sembla réfléchir un instant puis sourit. Dieu qu'elle avait l'air doux quand elle souriait !

J'aimerais beaucoup un livre.

Valérian ne s'attendait vraiment pas à cette réponse. Même les plus prudes des jeunes femmes avaient un faible pour les fanfreluches et les coquetteries, d'autant plus en présence d'un homme... Mais pas elle.

Un livre ? Vous êtes sûre ?

Isabeau sourit à nouveau. Elle avait un air de candeur si naturel qu'elle semblait vraiment irréelle. Elle commença à lui parler comme si l'explication de son souhait était l'évidence même.

Un chapeau ou une paire de gants finirait forcément par s'user ou par se démoder... Puis, avec l'âge, je prendrai du poids et je ne pourrais plus les porter. Alors qu'un livre durera toute ma vie, voire bien plus. Et si c'est un cadeau qui me vient de vous, j'aimerais pouvoir le garder aussi longtemps que possible...

7 mars de l'an de grâce 1659

Isabeau était anxieuse. La nouvelle était tombée ce matin même, le médecin était formel. Elle était enceinte. A 17 ans, elle attendait son premier enfant. Elle ressentait un mélange d'excitation et d'appréhension à l'idée de donner la vie. Elle avait éprouvé le besoin de se retirer dans ses appartements et de prier. Discrètement, elle avait sorti sa petite bible allemande et sa croix huguenotte puis se laissa aller à la lecture, seule dans l'intimité de sa chambre. Elle n'avait pas un seul instant imaginé que le Vicomte serait rentré si tôt, qu'il aurait croisé le docteur dans le hall et qu'il se serait précipité vers ses appartements. Ce fut ainsi qu'il la surprit, et son regard se fit plus noir. Isabeau, le regard craintif, tenta vainement de dissimuler l'objet de son crime. Elle savait qu'elle avait épousé une famille de catholiques convaincus mais son amour pour Valérian l'avait faite passer au-dessus de ces considérations.

Il la toisait, de toute sa hauteur.

Comment osez-vous...

Sans ménagement, il arracha sa bible des mains et la jeta sur le sol.

Moi qui vous pensait honnête et pleine de vertu, je vous découvre protestante ! Vous m'avez menti tout ce temps ! Vous vous êtes moquée de moi !

Isabeau tordit ses mains sous l'angoisse. Elle fixait l'homme qu'elle aimait d'un air plaintif et décida de se relever pour lui faire face, malgré leur différence de taille.

Je peux tout vous expliquer...

La voix de l'officier claqua, comme un fouet.

Silence ! Je ne sais ce qui me retient de vous jeter hors d'ici ! Immonde pécheresse, mécréante ! Et dire que maintenant je vais avoir un enfant de vous !

Il commençait à tourner en rond dans la pièce, comme un taureau prêt à charger. La jeune femme souffrait et retenait difficilement ses larmes. Il parlait sous le coup de l'incompréhension, il ne pensait pas ce qu'il disait... Ce n'était pas possible... Dans un élan de tendresse, elle tenta de lui attraper le bras mais Valérian se dégagea avec force, lui retournant une gifle dans la foulée.
Sous la surprise et le choc, Isabeau s'écroula face contre terre. Elle ne retenait plus ses larmes.

Le silence se fit dans la salle. Le Vicomte lui-même s'était arrêté. Venait-il vraiment de la frapper ? Lui, le militaire rigide aux principes chevaleresques ? Il avait frappé Isabeau, alors qu'elle portait son premier enfant à naître ?
Il sentit ses propres jambes trembler. Il ne se pardonnerait jamais son geste. Tout en essayant de garder constance, il s'agenouilla près de sa femme qui sanglotait et la redressa doucement avant de la serrer contre lui.

Isabeau, je... Pardonnez-moi, je me suis emporté. Peut-être ne serons-nous jamais d'accord en matière de religion mais... Je vous aime, plus que mon Dieu et j'imagine que vous m'aimez plus que le vôtre... Je ne peux pas vous obliger à renier votre foi mais je vous prie d'être la plus discrète possible et de ne jamais mêler notre futur enfant à ces querelles futiles.

Même là, il ne pouvait s'empêcher d'être sérieux et pragmatique. Il s'en voulait terriblement. Alors, délicatement, il releva le visage de la jeune Vicomtesse et l'embrassa avec tendresse.

1er janvier de l'an de grâce 1662

La salle resplendissait des feux chatoyants des bougies qui se reflétaient sur les pourpres et les ors des décorations. La noblesse s'était réunie pour fêter la nouvelle année. Fier dans sa tenue d'apparat de colonel de la Garde Royale, le Vicomte de Jarjayes entra, accompagné de son épouse. Contrairement à ce que laissaient présager les deux grossesses qu'elle avait menées à terme depuis son mariage, elle n'avait pas pris le moindre gramme. Sa frêle silhouette était cependant habillée avec élégance dans une robe de velours violet au moirage délicat, brodé de fils dorés. Sa coiffure était surmontée d'une broche de pierres précieuses aux couleurs assorties. L'ensemble réchauffait sa silhouette et s'accordaient merveilleusement à son teint. Bien que sa constitution naturellement mince ne la dotait pas d'une spectaculaire poitrine, beaucoup de femmes plus plantureuses enviaient la taille fine qu'elle avait sans presque avoir à serrer son corset. Si la Vicomtesse ne se rendait pas compte des regards envieux des autres, cela n'échappa pas à Valérian qui se pencha un peu pour murmurer à son oreille, avec le petit sourire en coin qui lui était habituel.

Vous êtes magnifique ce soir... Je vois déjà plusieurs femmes qui vous jalousent.

Isabeau rougit et resserra la pression de son bras sur celui de son mari avant de murmurer.

Ne dites pas cela... Je ne voudrais pas être au centre des attentions

Isabeau n'aimait pas les mondanités. Elle avait l'impression d'être une brebis parmi les loups, si bien que son mari était obligé de la secouer afin qu'elle s'acquittât des obligations dues à son rang. Ce soir, elle sortait pour la première fois depuis la naissance de son petit André, il y avait deux semaines de cela. Elle aurait aimé rester avec lui ainsi que son grand frère Oscar, qui avait à peine deux ans. Mais elle avait voulu montrer à son mari qu'elle savait faire des efforts.

Elle dansa et bavarda du mieux qu'elle put, mais chaque regard méprisant, chaque petite pique mesquine lui rappelait à quel point elle évoluait dans un monde de requins. Elle resta néanmoins courtoise alors que son malaise grandissait davantage. Son mari avait disparu dans la foule, sans doute happé par quelque ami de longue date. Elle était seule au milieu de groupes de femmes qu'elle ne connaissait pas et qui prenaient un malin plaisir à se montrer condescendantes avec elle. Ses mains tremblaient. Elle voulait s'enfuir, être partout sauf ici. Son estomac ne pouvait rien recevoir au risque de tout rendre aussi sec.
La soirée se poursuivit assez longtemps, laissant son malaise grandir, à tel point que tout devint noir devant les yeux de la jeune femme. Elle s'écroula soudain et heurta le sol, brisant le verre qu'elle tenait.

Plus tard dans la soirée, le carrosse du Vicomte de Jarjayes quittait précipitamment la soirée.

Vous auriez dû me dire que vous étiez fatiguée... Nous serions restés en famille.

La jeune femme, encore faible et tremblotante, baissa les yeux.

Il était de mon devoir de vous accompagner... J'ai manqué beaucoup trop de bals ces derniers mois

Le colonel soupira en croisant les bras. Il était profondément vexé, même s'il tentait de le cacher.

Là n'est pas la question. J'aurais préféré vous savoir en bonne santé pour le nouvel an. Vous nous avez fait honte en vous donnant ainsi en spectacle.

Valérian ne souhaitait pas blesser sa femme mais il ne pouvait se taire. Il s'en voulait de lui faire subir toutes ces rencontres mondaines alors qu'elle préférait la simplicité de la vie de leur pavillon mais ils devaient maintenir leurs contacts pour garder une place dans la société.
Isabeau ne dit plus rien et tourna la tête vers la fenêtre. Le temps d'un rayon de lune, il put s'apercevoir qu'elle pleurait.

4 avril de l'an de grâce 1664

Ce n'est pas possible ! Il doit bien exister un remède !

Le médecin redressa gravement ses lunettes en rangeant convenablement sa mallette.

Il n'y a rien à faire, hormis l'emmener dans un air plus sain, peut-être à la campagne ou au bord de la mer, lui faire prendre des bains de soleil, des fumigations et la mettre au repos. Eloignez aussi vos enfants de sa chambre, il ne s'agirait pas qu'ils tombent malades à leur tour. Qui sait, si Dieu vous entend, peut-être l'épargnera-t-il...

Le Vicomte frappa violemment la table. Pour la première fois depuis longtemps, il était sorti de son calme habituel. Ses yeux lançaient des éclairs.

Je n'ai que faire de Dieu ! C'est de ma femme qu'il s'agit ! Elle qui est si douce, si Dieu avait vraiment de l'amour pour elle, il l'aurait épargnée !!

Le médecin se contenta de hocher la tête d'un air navré puis s'éclipsa. A nouveau seul, Valérian s'écroula sur un fauteuil, en face de l'âtre. Il ne pouvait pas se résoudre à ce que sa femme fût fauchée. Pas si jeune, pas si peu de temps après la naissance de leur petite fille. En cet instant, il aurait donné n'importe quoi pour abréger ses souffrances.

A l'étage, Isabeau était fiévreuse. Elle toussait à s'en arracher la gorge. Elle avait peur, elle délirait. Sa dernière heure était-elle donc arrivée ? Allait-elle mourir alors qu'elle avait à peine eu le temps de tenir sa petite fille contre elle ?
Une servante s'approcha d'elle pour s'enquérir de ses besoins. Avec difficulté, dans un souffle, elle donna ses ordres.

Apportez-moi des livres...

7 juillet 1665

Le Vicomte attendait dans le jardin de leur pavillon. Sur la petite table, on avait dressé le goûter. Oscar et André jouaient avec des petits chevaux de bois dans l'allée principale tandis qu'Anne-Françoise gazouillait dans les bras de sa nourrice. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas passé de temps avec ses enfants... La maladie de sa femme l'avait fait se réfugier dans son travail pour oublier qu'elle pouvait décéder à chaque secondes. Plusieurs soirs, il s'était réveillé en entendant sa toux dans le couloir, pensant que la fin était proche. Mais au fil des mois, après une longue cure de soleil en bord de mer, il sembla que les symptômes se résorbaient.
Les médecins crurent à un miracle. La jeune femme avait survécu. Bien sûr, elle sortait très affaiblie mais vivante. Dieu avait décidé de son salut.
Le colonel était sûr que les livres l'avaient gardée en vie. Pendant toute sa maladie, elle n'avait eu de cesse de dévorer les ouvrages de leur bibliothèque et de coucher par écrit, des bribes d'histoires qui lui passaient par la tête. Au fil des mois, ce qui commençait par représenter les pensées éparses d'une jeune femme au bord de la mort s'accumulèrent au point de constituer un véritable recueil. Au début de leur ménage, elle l'avait entretenu de bon nombre d'histoires sorties de son imaginaire qu'elle aurait aimé coucher sur le papier mais leur vie de couple et leurs obligations l'avaient empêchée de se consacrer pleinement à son loisir.

Valérian de Jarjayes se leva alors qu'elle apparaissait dans l'encadrement de la porte. Assise dans une chaise roulante faite sur mesure, elle portait une robe en coton bleu brodé d'une myriade de fleurs. Elle avait repris des couleurs, même si elle éprouvait encore des difficultés à passer la journée entière debout. Là, entourée par les roses du jardin, avec son si joli sourire qui semblait ne jamais l'avoir quittée, alors qu'elle accueillait sa fille sur ses genoux, il la trouva aussi attirante que la première fois qu'il l'avait vue. Il lui baisa tendrement la main et lui demanda comment elle se portait. Avec son air de candeur habituel, elle lui sourit.

J'ai fini mon premier manuscrit.


Dernière édition par Isabeau de Jarjayes le Dim 23 Oct - 18:49, édité 11 fois
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Situation : Mariée, mère de 3 enfants

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Ven 21 Oct - 20:55

Bienvenue fan attitude fan attitude

J'espère que tu te plairas avec nous balon Ta fiche, ou son début en tout cas, est très très cool et on a hâte d'en savoir plus sauvage

Hésites pas à venir nous demander de l'aide Kyaa Kyaa léchouille

_________________________
In Russia, we call it bullshit
Ce que femme veut, Dieu veut
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....
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Situation : mariée, mère de deux filles

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Ven 21 Oct - 22:16

Bienvenue !
Joli début ; tout ça présage d'un personnage touchant. Bon courage pour la rédaction de son histoire !

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Titre/Métier : comtesse de Rochambaud, baronne de Rosemonde / caution morale en chef
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Sam 22 Oct - 11:01

Bienvenuuue yeah
J'ai hâte de lire la suite de ton histoire - le début fait envie, la présentation promet beaucoup!!!
J'espère que tu te plairas parmi nous Wink
(et si tu as besoin d'aide, de renseignement, ou de quoi que ce soit d'autre, n'hésite pas surtout, on est là pour ça nétoiles )
balon
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Dim 23 Oct - 12:28

Bienvenue balon
Ce personnage semble très intéressant, me tarde d'en lire plus  Et comme il a déjà été dit au dessus (mais on ne se répétera jamais assez!) n'hésite pas si tu as besoin d'aide pour quoi que ce soit Very Happy

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QUELQUE CHOSE APPROCHANT COMME UNE TRAGÉDIE† Un spectacle ; en un mot, quatre mains de papier. J’attendrai là-dessus que le diable m’éveille.  (c) P!A
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Crédits : AvengedInChain / P!A

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Dim 23 Oct - 13:14

Hiiiiii merci beaucoup tout le monde ça fait très très plaisir de se faire accueillir comme ça ! Very Happy

Je n'hésiterai pas si jamais j'ai la moindre question, merci à tous pour votre accueil !!
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Titre/Métier : Vicomtesse
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Situation : Mariée, mère de 3 enfants

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Dim 23 Oct - 20:14


TU ES VALIDÉ(E)



C'est vraiment avec plaisir que ta fiche est validée!! On a beaucoup aimé la fluidité de ton style et l'originalité de ton personnage  amour  du coup on a vraiment hâte de voir ce que ça va donner en jeu!

Encore une fois, on espère que tu te plairas ici et que tu t'y amuseras!
balon



Merci de faire : Recenser ton avatar pour éviter l'invasion des clones - Fiche de Rp pour commencer à jouer - Fiche de lien pour se lier avec les autres membres
Les liens qui peuvent servir : Une petite faveur? maison, rang ou charge? - Les connaissances pour mieux savoir et ne pas être pris au dépourvu

Bon jeu sur Vexilla Regis!

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