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 Give a man a mask and he'll tell you the truth [Libre, pas de limite de joueur]

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Dim 20 Mai - 23:17

    Il déposa sur ses lèvres le rouge salvateur, ce rouge qui faisait oublier son nez si long. Au moins ses lèvres étaient-elles belles. On le lui disait souvent, on le lui répétait souvent. Alors ce devait être forcément vrai. Il saisit le khôl égyptien, le passa doucement autour de ses yeux, cligna des paupières. Il pinça ses lèvres pour mieux répartir le rouge à lèvres, caressa sa peau qu'il souhaitait plus blanche. La poudre de riz l'y aiderait, il en ajouta sur ses joues, sur son cou, le début de ses épaules. une fois qu'il fut satisfait, il sourit à son reflet, entreprit de se bijouter. Une bague par-ci, par-là, un collier là... Oh il pouvait rajouter un bracelet c'était exquis. Et si ici il ajoutait un ruban? Dans ses cheveux, voilà. Hum... C'était équilibré lui semblait-il, il ne voyait rien qui ne le dérangea fondamentalement. Rien qui ne le dérangea du tout même. Il se leva, sortit de ses appartements. Pourquoi ne parvenait-il pas à se défaire de ce sentiment de culpabilité qui l'assaillait? Mère était morte... Mais il fallait vivre, on le lui répétait incessamment. Mère ne lui en voudrait pas assurément... Il devait rester tel qu'il était, il devait continuer malgré tout. Il claqua sa langue contre son palais alors qu'il sortait de ses appartements et marchait vers ses salons tout en mettant son masque de velours lavande aux broderies d'or.

    Aaah... Comme il aimait ce bruit, ce froufrou incessant qui accompagnait les claquements de ses talons à chacun de ses pas. Philippe poussait un soupir de contentement à tous ses mouvements. Il aimait sentir le poids des étoffes sur ses frêles épaules, la masse des bijoux sur ses doigts fins, la courbe de l'éventail dans sa main, la pesanteur des boucles à ses oreilles. Il aimait voir ces couleurs chatoyantes qu'il arborait sans aucune censure alors qu'il passait devant des miroirs, imaginer le teint pâle qu'il avait pris soin d'appliquer, le rouge de ses lèvres si joliment dessinées. Il aimait toucher la peau de sa joue qu'il avait pris soin de (faire) raser de très, très près, ôtant par la même occasion ces moustaches dont il s'était lassé. Il adorait sentir le parfum qu'il avait pris soin de choisir, mais aussi sentir le corset lui serrer la taille, qu'il avait déjà fine, l'enfermer dans cette cage de fer, de tissus et de rubans. Car oui aujourd'hui Monsieur avait revêtu sa tenue favorite, Monsieur se promenait paré comme une femme. C'était une de ces occasions où il laissait ses pulsions et ses envies les plus profondes s'exprimer dans ses vêtements qui lui allaient si bien et qu'il aimait tant. On pouvait reconnaître Monsieur, mais davantage pour ses couleurs et les traits connus de son visage que pour la marque d'une quelconque masculinité. Ce n'était pas pour rien que la Reine mère avait si souvent appelé son jeune cadet "sa petite fille", Philippe n'avait jamais été aussi viril et carré que son frère aîné et les traits fins, coquets qu'il avait toujours eu étaient maintenant accentués par sa tenue. Monsieur faisait une femme charmante et il souriait de bon cœur à ceux qui le croisait.
    Fier comme un paon, Philippe se pavanait allégrement dans les couloirs de son Palais-Royal. Une jolie maison, et il y avait tant de souvenirs... C'était là qu'il avait grandi avec Louis et sa mère. Encore le souvenir de maman qui lui revenait, cela allait lui gâcher sa soirée. Vite il devait retrouver ses amis, penser à autre chose, oublier la culpabilité de peut-être faire du tort à la mémoire de la défunte. Hum... Mieux valait ne plus y penser, ou au moins essayer.

    Louis avait déclaré le deuil des Rois, le Carnaval ne se ferait pas... Mais le Carnaval était une fête si douce... Et puis le peuple, les gens ont besoin d'une fête pareille, c'était une nécessité de pouvoir se dissimuler dans la foule, de pouvoir oublier... De pouvoir jouer aussi. Cela allait être amusant de deviner qui se trouvait derrière les masques, d'observer les costumes plus ou moins sophistiqués. Il y avait des vérités qui pouvaient se dévoiler derrière les masques, c'était bien connu. Monsieur entendit bientôt les rumeurs de la foule. Mère laissez-moi en paix ce soir... Je festoie pour vous qui n'êtes plus. Le frère du Roi pénétra dans le premier salon, s'éventant le visage d'un geste nonchalant et féminin. Qui allait-il rencontrer tout d'abord? A qui voudrait-il parler? Il sourit derrière l'éventail, un sourire légèrement carnassier, un sourire malicieux qui dissimulait ses souffrances. Il s'offrit à la foule et pénétra dans celle-ci de sa démarche féminine et chaloupée.
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À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
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Jeu 14 Juin - 1:29

Antoine Coëffier de Ruzé tirait une grande fierté de son titre de marquis d'Effiat qui lui rappelait sans cesse qu'être le favori d'un prince ou d'un Roi était affaire de famille.
Orgueilleux sans être vaniteux, aimé d'un prince sans en être le favori, d'une beauté singulière et quasi féminine, presque évaporée, d'un caractère qui ne pouvait importuner que rarement rivaux ou jaloux, Antoine d'Effiat n'était que douceur et réserve.
Pourtant sa décence et ses belles manières cachaient une âme torturée, une soif d'amour absolu, un besoin irrépressible d'être désiré et aimé.
Le moindre de ses gestes était un appel déchirant vers l'autre, une supplique à peine dissimulée pour que l'on prête attention à sa personne dont il soignait l'apparence devant une glace qui était encore sa meilleure amie à vingt-huit ans passés. L'image qu'elle lui renvoyait était celle d'un homme mince et incroyablement fragile, aux longues mains fines et blanches, à la peau diaphane, aux beaux yeux candides et langoureux. Le tout était relevé par une somptueuse chevelure sombre où l'envie d'y plonger les mains s'emparait de tous ses amants de passage.
Mais ce qu'Antoine aimait par-dessus tout, c'était sentir sur sa peau délicate et douce comme un fin tissu de soie les longs baisers humides et frissonnants de son prince, Philippe, le frère du Roi. Ce geste l'émouvait plus qu'il n'aurait su l'exprimer. Il lui prenait alors l'envie furieuse de prendre le prince dans ses bras et d'y passer le reste d'humanité qui lui restait à accomplir.
Après avoir revêtu un pourpoint de satin couleur bleu nuit à la façon des mignons d'Henri III, il accrocha un pendant en perle à l'oreille gauche. Avant de sortir de ses appartements pour rejoindre la fête que donnait Monsieur, Antoine d'Effiat posa délicatement sur son beau visage un masque en velours couleur bleu dur avec des reflets violets qui lui donnait un air énigmatique et rehaussait l'éclat de ses yeux bleus pâles.
Après un dernier regard furtif en direction de son ami et complice le joli miroir, il estima être fin prêt afin de rejoindre son doux prince dans la salle de bal du Palais-Royal. Son coeur battait comme un fou semblable à celui d'une jeune fille naïve et romantique se rendant à son premier rendez-vous. Chaque rencontre avec Monsieur était un éternel et doux recommencement et le plongeait dans un état euphorisant.
Pourtant, en matière de relations amoureuses, le jeune marquis n'était plus une oie blanche mais plutôt un tigre, raffiné et impitoyable.
Les hommes de la Cour étaient tous fous de son corps androgyne, de son regard où se perdre était une douce souffrance.
Quant aux femmes, elles ne cessaient d'espérer un revirement de sentiments qui le pousserait enfin à se détourner de la compagnie de ses semblables pour s'abandonner aux délices que proposait le beau sexe.
Antoine considérait depuis toujours que la beauté et la séduction appartenait au monde masculin, le seul qui pouvait lui procurer suffisamment de satisfaction et de plaisir pour lui faire oublier un passé douloureux qui le plongeait encore aujourd'hui dans de terribles cauchemars.
Ce soir, le marquis Antoine d'Effiat s'était fait accompagner des rumeurs les plus folles qui osaient chuchoter qu'il cachait un superbe et excitant tatouage placé en un certain endroit où tous rêvaient d'accéder afin de l'admirer de plus près.
Antoine d'Effiat avait fait le pari insensé de le montrer à son doux prince dès cette nuit afin de prendre la place ô combien convoitée d'archimignon qu'occupait tout provisoirement, selon lui , son camarade de jeux le beau Philippe de Lorraine.
Le jeune homme s'approcha nonchalamment et lascivement de Monsieur qu'il avait reconnu drapé dans sa féminité. Puis à l'aide d'un sourire onctueux et doux plaqué sur ses lèvres sensuelles et pâles, Atoine lui susurra à l'oreille :


- Ma douce, je vous trouve divine. Votre allure affriolante me fait oublier que je me dois à mon prince. Je suis prêt ce soir même à vous offrir un délicieux présent que je porte sur moi et que je vous dévoilerai pour peu que vous m'en accordiez la permission.
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Sam 23 Juin - 0:49

Cela faisait déjà quelques semaines que l'Italien était dans la Cour du Roi de France. Sa famille lui manquait terriblement, sa douce mère, son parfum maternel, sa tendresse et ses mots si doux et reconstructeurs et son frère, dont il était très proche. Un vide s'était créé depuis qu'il était parti sur le long chemin de la vie, seul. Il se rebouchait petit à petit, mais l'Italien savait qu'il ne se remplirait jamais totalement.

Dans combien de temps pourra-t-il les revoir? Sentir l'odeur de sa mère, ses bras se refermer autour de lui pour le guérir de ses peines. Et revivre ses belles journées avec son frère dans une simple promenade à dos de cheval dans les forêts ou encore apprendre à ses côtés. Le danseur était privé de l'Italie, de cette langue si poétique, qui sonnait si bien dans les oreilles. Il en voulait à son père pour cet exil, Stefano ne comprenait pas l'acte de son père, pourquoi avoir été jusqu'à cet extrême? Après ces pensées, une petite larme coula au coin de l'oeil du jeune Italien.

Mais pourquoi batifoler là-dessus? Ce soir, c'était soir de fête. Le Duc d'Orléans organisait le carnaval malgré l'interdiction de son frère, le Roi Louis XIV. Cependant Philippe aimait trop la fête et louper une occasion de la faire était un vrai sacrilège. La soirée allait être magnifique, les repas divins, la musique belle, et il fallait se faire beau pour être à la hauteur.

Des rumeurs couraient comme quoi Monsieur allait devenir Madame durant les prochaines heures, qu'il serait méconnaissable entre toutes ces dames. Quand il se transformait, il était le comble de la féminité. Philippe ressemblait autant à une femme que celles qui allaient être présentes. Comment pourrait-il le reconnaître? Quel maquillage avait-il choisi? Et quelle tenue?

Le jeune homme saisit le khôl et contourna ses yeux d'un trait fin pour surligner son regard, le rendre plus perçant, plus attirant, puis il saisit un mélange de poudre de charbon et d'autres minerais pour assombrir ses paupières. Ses lèvres avaient juste été rendues rouges et légèrement redessinées par un crayon, pour les rendre plus pulpeuses, ce que ce cher Duc aimait, comme son cher et tendre amour Antoine d'Effiat. Le danseur avait pris le temps de bien dessiner sa barbe, sans se couper, avec une lame italienne. Il ajusta une dernière fois ses cheveux avec de la glue.

Stefano se regarda dans la glace, il était parfait. Il mit son ensemble vert et brun, une chemise ouverte jusqu'au milieu de son torse pour laisser voir une musculature bien travaillée et une culotte le moins ample possible, car il n'aimait pas se sentir nager dans ses habits et se voir grossir ses hanches et surtout qu'elle cachait son fessier, dont il était fier et qui en faisait rêver plus d'une, et plus d'un.

Tous les salons étaient splendides. Les gens y jouaient, écoutaient de la musique, dansaient, riaient, mangeait et buvaient. Les gens étaient bien habillés, costumés de la tête au pied. Beaucoup étaient originaux, les couleurs tournaient dans la salle, créant un arc-en-ciel. Quand les gens commençaient à avoir un petit creux, ils se dirigeaient vers les tables. Les repas avaient l'air alléchants, les plats étaient colorés, bien présentés. Les sièges étaient presque tous occupés, les gens se donnaient à de grandes discussions, refaisant le monde. La musique sonnait un air joyeux, les invités chantaient. Tout le monde était heureux, mais où était Monsieur, enfin, Madame? Se cachait-elle parmi les autres femmes, imitant les mimiques les plus féminines ou les conseillant sur leur tenue et critiquant leur maquillage?

Tiens, d'ailleurs, ne serait-ce pas elle derrière ce magnifique éventail, avec ce sourire avide de chair fraîche et ce regard suivant les hommes qui passaient devant elle?
Stefano voulait savoir…
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Sam 30 Juin - 0:38

    Louis viendrait-il? Monsieur n'en avait aucune idée à vrai dire... Mais il était presque impensable que le Roi ne puisse venir à l'une des fêtes que donnait son frère. Enfin cela était possible bien entendu, mais on en avait tant parlé qu'il était maintenant devenu impossible de l'ignorer. Une très très grande majorité de la Cour était présente, et Louis ne supportait pas d'être surpassé, encore moins d'être oublié et laissé pour compte.
    Monsieur lui avait bien entendu glissé une invitation. Invitation que le monarque avait dédaigneusement ignorée, mais avait implicitement approuvée dans un léger sourire. Son frère reprenait sa place d'amuseur et d'hôte et c'était exactement ce qu'il avait souhaité. Le souverain laissait donc faire son futile cadet, cela l'éloignait de ce ton tragique qu'il avait décidé d'adopter après la mort de leur mère,et Philippe y réussissait plus ou moins. Le Roi n'avait donc pas refusé la petite sauterie qui n'en était pas une. Il y avait donc l'espoir de voir le Roi ce soir.

    Il regarda autour de lui, ses yeux noirs balayant la foule qui se trouvait devant lui. Il souriait, bien sûr, que faire d'autre lorsque les plaisirs s'annonçaient nombreux, la soirée sublime, les conversations douces, et peut-être les caresses fines et subtiles. Il s'avança dans la foule, s'inclinant avec grâce lorsqu'il le fallait, saluant dans un rire.
    Ce n'était que le début de la fête, tout n'était encore que retenue et méfiance derrière une seule question : Qui était qui? La chose n'était pas encore clairement établie. Il y aurait sans aucun doute des situations cocasses ce soir.
    On lui demanda s'il n'avait pas vu le Duc d'Orléans, et dans un large geste d'éventail précieux, il indiqua une direction où il avait eu le sentiment de voir Son Altesse Royale. Il s'éloigna en gloussant, en s'éventant de ce geste qu'il avait inconsciemment pris de sa mère.
    Plus femme que femme, la dame qu'il était, évoluait avec délice dans cette compagnie splendide, aux tons enjoués et gracieux. Comme il regrettait de ne pouvoir se vêtir ainsi chaque jour que Dieu faisait. Et ce depuis l'âge de ses 12 ans il avait dû s'abstenir définitivement et s'habiller en cachette, seulement pour les intimes.
    Il lui vint des souvenirs, des rires d'un jeune garçon et d'une jeune fille qui se coiffaient et se maquillaient près de lui. Timoléon de Choisy et Françoise, enfin Athénaïs, de Mortemart avaient été ses plus précieux compagnons de jeu et de maquillage. Il pouffa en repensant à leurs premiers pas dans le domaine, laborieux, lourds et qui avaient généralement pour conséquence de gros pâtés de fard et de rouge à lèvres sur les visages des enfants qu'ils avaient été. Qu'ils n'étaient plus.

    Il regarda autour de lui une nouvelle fois, et le vit s'approcher. Un bleu magnifique, bien que les habits soient vieillots mais tout à fait de bon goût et puis... Henri III avait eu une cour si galante, si sauvage tout à la fois.
    Le sourire de la grande dame s'élargit, elle le regarda s'approcher de son pas félin, tourna légèrement la tête pour écouter son chuchotement dans un sourire qui ne cachait pas son plaisir. C'était bien Antoine, comment aurait-il pu en être autrement? Sa voix et son sourire le trahissaient.
    Monsieur se tourna vers son ami, lui caressa le menton du bout de son éventail.


    -Voilà qui m'intrigue et me pousse à vous donner toutes les permissions mais... Vous trahissez votre Prince pour moi? Le pauvre doit être bien maladroit pour ne pas savoir vous retenir auprès de lui, si vous succombez à la première femme venue.

    Il avait légèrement hésité, se demandant si Antoine l'avait effectivement reconnu lui, et puis il s'était rappelé les nombreuses fois où le marquis avait fait partie du rituel qui entourait Monsieur lorsqu'il décidait de ne plus être il, mais elle. Il y aurait pu avoir un doute avec son masque violet pourtant... Antoine l'avait néanmoins repéré du premier coup d’œil.
    S'il en était ainsi pour tous, la soirée n'allait pas être si drôle que cela.
    Philippe rouvrit son éventail d'un geste souple et s'éventa nonchalamment, portant son regard hautain sur l'assemblée. Son regard se perdit sur le torse dévoilé d'un charmant Bacchus qu'il suivit du regard, il posa la main sur le bras d'Effiat dans un sourire, sans quitter le garçon des yeux.


    -Regardez un peu mon cher, et dites-moi que vous reconnaîtrez ce charmant olympien même avec ce masque sur son visage qui doit être ma foi... à la hauteur de ce qu'il laisse deviner.
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Mar 3 Juil - 13:05

Gabrielle tentait vainement de noyer ses sourires à l’intérieur des coupes qu’elle savourait avec une lenteur calculée. Le Chevalier de Béthune –lequel, elle avait reconnu immédiatement malgré ses atours immaculés- se refusait résolument à la délaisser afin de porter son attention à une autre. La marquise ne faisait pourtant rien pour dissimuler son ennui, accordant de temps à autre un regard las au jeune angelot de sous son fin masque de taffetas… Dieu ! Qu’il était soporifique. Elle se serait bien endormie ici-même, au beau milieu de la somptueuse demeure de Monsieur si la situation n’avait pas été aussi cocasse et risible.

-Ma chère, vous êtes d’une splendeur si rafraîchissante !


Elle se mordit les joues espérant ainsi étouffer le rire qui lui montait à la gorge, quelque part la marquise était certaine qu’elle ne lui serait jamais aussi rafraichîssante que lors de cette fameuse soirée donnée par la Grande Mademoiselle…

Madame de Thianges, alors quelque peu éméchée avait mis trop de cœur à rire de la soi-disant sobriété « irréprochable » du Chevalier. Monsieur de Béthune pourtant fort accommodant habituellement, avait piqué une colère monstrueuse et s’était lancé dans un discours injurieux ponctué de mots cruels destinés à décrire Gabrielle. Outrée et furieuse, cette dernière avant de quitter la pièce avait renversé l’intégralité de sa boisson sur le visage médusé du Chevalier.

Que cet angelot factice tienne tant à demeurer en sa compagnie semblait par conséquent tout bonnement ridicule et impensable. Les détails de leur infâme querelle faisaient encore le tour de la Cour ! Cependant, Béthune s’évertuait à ne pas vouloir la reconnaître sous son sublime déguisement d’Océanide et cela malgré le comportement méprisant qu’elle lui offrait.

Elle lissa longuement le vêtement, prenant un plaisir indicible à laisser courir ses doigts entre les plis soyeux.

La longue robe cintrée qu’elle arborait n’était que pure indécence. L’ensemble était composé d’un corset de velours couleur vert d’eau profond, lequel se laçait élégamment sur le devant. Bordées de brocarts d’argent - censés représenter l’écume -, ses crinolines toutes de mousseline de soie légère épousaient parfaitement sa silhouette élancée pour finalement retomber en de multiples vaguelettes qui, à défaut d’un sol sableux, léchaient ce soir un marbre ténébreux.

Calypso derrière son loup scintillant, se repaissait pour le moment des attitudes des uns et des autres… Elle n’avait de toute façon aucune autre occupation que celle-ci à se mettre sous la dent, puisque Béthune ne daignait toujours pas la libérer de sa présence assommante.

Les convives étaient nombreux, affluant sans cesse et la marquise avait beau chercher, elle se trouvait bien incapable de reconnaître quiconque. Pas même sa propre sœur, Athénaïs qui avait su tenir secret le personnage qu’elle souhaitait endosser pour ce bal. Un tissu d’une teinte chatoyante accrocha son regard perçant, une femme aux boucles d’ébène, magnifiquement vêtue détaillait également avec amusement les courtisans s’amassant là. Un homme au port altier comme sorti d’une autre époque, demeurait à son côté.

Un soupir franchit les lèvres de Gabrielle. Se défaire de Béthune sans lui révéler son identité, lui semblait à l’instant impossible.

Mais Madame de Thianges n’était hélas guère réputée pour sa patience...





Dernière édition par Gabrielle de Thianges le Mer 19 Sep - 17:51, édité 1 fois
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Mar 24 Juil - 17:21

Citation :
Vous trahissez votre Prince pour moi? Le pauvre doit être bien maladroit pour ne pas savoir vous retenir auprès de lui, si vous succombez à la première femme venue
Je restai interdit par les paroles acidulées de la jeune femme irradiée par sa beauté en qui j'avais reconnu mon doux amant du premier coup d'oeuil. Je le connaissais suffisamment pour percevoir dans le ton de sa voix comme un doux reproche de l'avoir percé à jour. Sans doute, avait-il décidé de me punir pour ne pas avoir accepté de jouer le jeu et d'avoir ainsi éventré son petit secret, gâchant ainsi son plaisir.
Mon coeur se serra, blessé par les paroles de mon prince où perçait une pointe de réprobation et de déception. Les paroles de Monsieur m'avaient troublé et attristé. Je baissai la tête afin qu'il ne vit pas ma peine et la soudaine pâleur de mon visage, incompatible avec l'éclat mordoré des lumières de la fête.
Je me fis soudain la réflexion désagréable que j'aurais dû choisir un masque qui me couvrit entièrement le visage. J'avais voulu dégager mes lèvres sirupeuses et j'avais opté pour un simple loup afin que d'aventure, si l'envie, gourmande et sensuelle l'en prenait, il pourrait y plonger goulûment les siennes. Hélas ! Ce qui avait commencé comme un jeu tendre et galant prenait à présent des allures de scène éprouvante et attristante . Je décidai de cacher mon trouble par un sourire convenu et doux sur mes lèvres. Je me lançai alors dans une réponse ferme et pleine d'esprit.


- Je.... Je... Non, je ne le trahis pas, je....

Je sentis que je perdais pied et que j'allai encore une fois perturber une des fêtes de Monsieur par mes emportements et mes doutes. J'essayai de me donner du courage en attrapant au vol un verre de vin frais sur un plateau doré que tenait à bout de bras un des porteurs de vin et le bus d'une traite.
L'exquis breuvage frais me monta à la tête si violemment que je ne pus réprimer un frisson intempestif. Je fermai les yeux, alors soulagé. Je venais de recouvrer mes esprits en me réinvestissant l'esprit festif et nonchalant de la belle soirée que donnait mon jeune amant. Je me focalisai sur le tendre geste que Monsieur avait esquissé à mon arrivée.


Citation :
Monsieur se tourna vers son ami, lui caressa le menton du bout de son éventail

Je raffolai de ces gestes tendres et sensuels où mon prince frôlait ma peau diaboliquement afin de laisser mes sens en éveil sans pour autant me satisfaire. Il n'ignorait pas que ce geste tendre me rendait fou et me poussait à repousser les limites des convenances et de la galanterie. Je me faisais alors tour à tour lascif et offert, réticent et capricieux. Je crois que mes scènes le divertissaient se jouant de mes émotions.
Piqué au vif, je regardai alors effrontément dans les yeux cette jeune femme qui n'en était pas véritablement une puis plongeant dans son décolleté, je m'approchai de son oreille et lui chuchotai dans un souffle :


- Mon Prince, maladroit ? On voit bien, ma chère que vous ne le connaissez guère.
Il use et abuse de ma patience en s'affichant cruellement avec d'autres sachant qu'il me retrouvera toujours, fidèle et obéissant. Et je n'aurais pas le droit de chercher ailleurs quelques compensations ?


Je déshabillai du regard lentement, une lueur de convoitise dans les yeux, mon amant qui avait pris pour une soirée l'allure d'une femme étourdissante de bijoux, vêtue comme une reine et porteuse d'une beauté ensorcelante. Je me penchai un peu plus vers elle au risque de la frôler et lui avouai :

- N'allez surtout pas le répéter à Monsieur qui pourrait se vexer et tomber dans une de ses fameuses et interminables bouderies. Mais voyez-vous, ma douce, je ne le trahis pas puisque votre beauté et votre élégance ne saurait rivaliser avec aucun prince sur cette Terre. Vous êtes irréelle à force d'être belle . Une déesse de l'amour. Voilà ce que vous êtes.

Citation :
Son regard se perdit sur le torse dévoilé d'un charmant Bacchus qu'il suivit du regard, il posa la main sur le bras d'Effiat dans un sourire, sans quitter le garçon des yeux.
-Regardez un peu mon cher, et dites-moi que vous reconnaîtrez ce charmant olympien même avec ce masque sur son visage qui doit être ma foi... à la hauteur de ce qu'il laisse deviner.

- Ah Madame, on ne pourrait aisément oublier sans une évidente et méprisable faute de goût un corps comme celui-là . Voyez, voyez madame la courbure de ses muscles au fuseau parfait, admirez les tissus musculeux et soyeux que l'on aimerait caresser tendrement, avec langueur. Comme j'aimerais me lover dans ses bras décorés de ces muscles ciselés qui sauraient m'apaiser, Madame et je ne doute pas que vous y seriez tout autant heureuse que moi. Avez-vous vu ces cuisses galbées du plus bel effet et s'il se retournait, je pourrais apprécier ses......

Antoine s'arrêta, fébrile et le coeur battant, en proie à un de ces débordements émotionnels qui gâchait toujours tout. Monsieur allait encore le punir par quelque remontrance bien appuyée.

- Pardonnez-moi ma sublime amie. J'en oublie les convenances et une galanterie qui fait les délices de la Cour de mon maître. Observez tout de même le contour affriolant de ses lèvres gourmandes qui ne demandent qu'à s'entrouvrir pour mieux vous happer . On ne saurait oublier cette vision digne d'un Dieu de l'Olympe.

Je m'interrompis, tentant de reprendre mes esprits.

- S'il vous plaît autant, je pourrais aller lui glisser un mot de votre part.

Je pressai sa main, grisé par la perspective excitante de jouer les entremetteurs et de constater si mon charme était à la hauteur de celui de mon prince ou d'une femme éblouissante et aguichante .
Ma contrariété s'en était allée aussi rapidement qu'elle était venue et j'arborais à présent le visage accueillant et tendre qui faisait de moi un être exquis et facile à vivre pour qui n'avait pas l'habitude de me côtoyer de façon plus personnelle. L'idée réjouissante de partager avec mon amant ces doux instants de séduction était enivrante.
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Ven 27 Juil - 19:46

Cela faisait près d'un an que Sébastien était veuf. Près d'un an qu'il n'était plus paru à un bal donné à la Cour. Selon sa mère, il était temps qu'il refasse surface, même sous le noir plumage du Corbeau si cela lui plaisait. Mais il fallait qu'il se montre.
Et quoi de mieux qu'un bal masqué au Palais Royal pour faire son grand retour ? Elise de Ragny lui avait d'ailleurs fait parvenir un splendide costume d'éphèbe grec, composé d'un khiton long immaculé à une seule emmanchure laissant entrevoir la partie droite de son torse joliment musclé, d'une petite ceinture en cuir tressé, de nombreux colliers d'inspiration antique, d'un bandeau doré, de quelques jolis bracelets, d'un grand manteau, noir au vu des circonstances et d'une paire de sandales, le tout accompagné d'un magnifique loup de velours de Gênes noir brodé de fil du même bleu que les yeux du marquis. Quand il avait découvert toutes ces merveilles, la veille de la fête, Sébastien en avait été ébloui. Et le soir-même, il avait invité son cher Celestino Dioli à venir boire un verre de vin dans ses appartements et lui avait montré le costume.Le fils bâtard du duc de Sabbioneta s'était montré on ne peut plus excité par la beauté de ce déguisement que d'aucuns auraient jugé un peu incovenant. Bien sûr, pour Celestino, "inconvenant" ne voulait rien dire. Il aimait l'indécence. Les deux amis avaient passé une excellente soirée, qui s'était transformée en une nuit des plus délicieuses, comme du temps où ils étaient officiellement amants.
Le lendemain, après un réveil plutôt laborieux, le marquis s'était levé, était allé galoper une heure ou deux sur le dos de Tempête, était revenu dans ses appartements pour se lever et s'habiller, avait passé une journée assez banale, puis était rentré se préparer pour la fête donnée au Palais-Royal. Après s'être lavé une nouvelle fois et parfumé avec soin, le jeune Bourguignon avait demandé à son valet, Lucien, de le raser de très près, de le coiffer à la manière antique, puis s'était lui-même maquillé d'un fin trait de khôl autour de ses saphirs et avait revêtu son costume. Puis il s'arrêta un instant pour s'observer dans la glace: un Adonis dans toute sa splendeur, aurait dit Celestino, mais pour Sébastien, ce n'était jamais déguisement, très réussi, certes, mais qui ne trompait personne.
D'un geste gracieux, il enfila une magnifique bague que lui avait offert le Comte du Perche le jour de ses dix-huit ans, puis, s'estimant près, il mit son loup et partit rejoindre le bal.

Une fois dans la salle, le Sombre Marquis resta sans voix. Tout le monde avait rivalisé d'imagination et de luxe pour les différents déguisements, si bien que le pauvre Sébastien crut se trouver en plein rêve. les gens n'auraient certainement aucun mal à le reconnaître, alors que lui peinerait certainement un moment, avant de percer à jour l'un ou l'autre des invités.
Avançant de sa démarche féline quoiqu'un peu entravée par le khiton, le jeune homme prit un verre sur le plateau d'un domestique et s'arrêta un instant pour savourer les regards posés sur lui.
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Lun 30 Juil - 2:14

Le bal battait son plein, les costumes étaient tous d'une beauté surprenante. Les participants n'avaient pas hésité à être original, fallait-il se retenir chez Monsieur? Celui-ci aimait l'excentricité, le kitsch alors tout le monde avait osé. Plusieurs costumes avaient retenu l'œil de l'Italien quand il s'était promené dans les différentes salles. Les femmes arboraient de magnifiques robes en tissu rare.

Une demoiselle retint son regard, Madame De Thianges. Elle portait un splendide ensemble représentant la nature dans toute sa splendeur. Le corset couleur eau était brodé de perles argentées qui devaient sûrement représenter l'écume. La robe tombait à ses pieds en magnifiques vagues qui battaient sur un marbre sombre. La pauvre femme était collée par Monsieur de Béthune, un incroyable ingrat qui la suivait depuis trop longtemps à voir les grimaces que faisait la belle demoiselle.

Stefano détourna son regard trente secondes pour prendre un verre de boisson alcoolisée sur le plateau en argent d'un serveur qui parcourait les salles et quand il se retourna pour voir ce qu'il se passait, il vit Gabrielle le bras tendu, et le chevalier recouvert de liquide, quel gâchis, surtout pour cet homme. Cette scène fit rire le danseur, madame De Thianges n'avait donc pas perdu son caractère bien trempé et son répondant.

Cependant ce bougre monsieur ne semblait pas vouloir la lâcher, serait-ce le moment d'entrer en scène? Sûrement et en plus elle devrait le reconnaître par sa taille, car peu de personnes arrivaient à le regarder dans les yeux. Le jeune homme s'avança alors vers la jeune demoiselle d'un pas sûr et galant et lui saisit le bras doucement

-Bonsoir ma belle demoiselle, comment allez-vous ce soir? Puis-je vous aider à vous débarrasser de cet impotent? dit Stefano en regardant l'homme qui la suivait.
Si l'Italien avait été dans la normalité, certainement qu'il serait tombé sous le charme de cette magnifique dame à la peau douce. Il la lui enviait, tout comme ses magnifiques lèvres. Il fallait maintenant faire croire à ce bougre qu'il était le cavalier de la sublime Marquise.

-Voulez-vous bien me suivre dans cette danse ma chère cavalière, dit-il bien assez fort pour que le chevalier puisse l'entendre. Laissez-vous porter au son harmonieux de la musique, je ferai le reste.

Il prit alors la main de la jeune femme, y glissa la sienne et plaqua l'autre contre le bas du dos de sa compagne. Il commença à bouger les pieds lentement puis gradua pour arriver au même rythme que les autres couples.

Quand il regardait la Marquise dans les yeux, il avait l'impression de revoir sa mère. Il faut dire que celle-ci l'avait bien aidé ces derniers temps dans la Cour, étant sa confidente, il osait tout lui raconter. Elle savait beaucoup de choses sur lui. Les deux amis étaient très complices et cela se ressentait dans leur façon de danser.

Stefano avait toujours cette impression d'être dans une bulle avec sa cavalière, seuls, mais ce soir, ce n'était pas le cas. Pendant qu'ils tournaient, le jeune danseur observa Monsieur de Béthune qui s'en alla vite, il ne devait plus se sentir à sa place, le pauvre. Cette pensée arracha un petit sourire au jeune Sforza.

-Je crois que vous en êtes maintenant débarrassée ma chère…, susurra-t-il à son oreille.
Il continua de danser jusqu'à la fin de la mélodie dans toute sa grâce. Les gens autour d'eux s'écartaient pour leur laisser la piste. Leur couple dégageait quelque chose de spécial et il ne fallait pas les arrêter.
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Mer 5 Sep - 18:02

    Serait-il gagné par l'ivresse ? Serait-il perdu dans la joie et la douceur de sa seule amante ? La fête le prendrait-elle au corps et lui arracherait le cadavre qui s'agrippait à ses jambes ? Après tout, Monsieur était particulièrement doué pour s'abandonner dans les bras frivoles de cette déesse si attirante, qui le séduisait mieux que personne. Il lui revenait toujours, même dans les rares fois où Monsieur était écœuré par elle, ce qui restait bien rare au demeurant.
    Bien rare car Monsieur parvenait toujours d'une manière ou d'une autre à s'imposer, à devenir indispensable. Il était convaincu que ce n'était pas lui qui recherchait la fête et les réjouissances. Mais c'était elles, elles qui venaient toujours le trouver.
    Il ne se faisait pas longtemps prier, juste ce qu'il fallait pour pouvoir se sentir désiré. Et à sa grande satisfaction ce soir c'était effectivement le cas. Les yeux d'Effiat ne mentaient pas, ou du moins en avait-il l'impression.

    Le désarroi de son ami le fit sourire derrière son éventail. En spectateur, il le regarda s'enfoncer dans son abîme de malaise. Pourtant il n'avait pas été si virulent, il avait même été clément et à vrai dire il n'avait pas vraiment pensé que son tendre le prendrait de cette manière. Le marquis connaissait pourtant bien le Frère du Roi : ses petites rancunes n'en étaient jamais véritablement, ce n'étaient que des coups de vent qui disparaissaient aussi vite qu'ils étaient apparus.
    Ses yeux noirs pétillants, la jeune femme observait donc, avec un amusement attendri, la réaction de son galant.
    Le brave Antoine, le bon, le fidèle. Oh bien entendu, et comme tous les jeunes gens qui tournaient autour du Duc d'Orléans, la couche d'Antoine n'était pas réservée au seul Frère du Roi. Mais depuis tant d'années qu'Antoine supportait les caprices de son Prince, Monsieur se plaisait à y voir une certaine loyauté. L'amour était une chose si difficile et incertaine, Philippe ne parvenait pas à savoir si Effiat avait un véritable intérêt pour sa personne. Combien de fois le marquis lui avait-il réclamé des bijoux, de l'or... L'avait presque forcé, l'avait fait chanté.
    Monsieur se pliait de bonne grâce, avec néanmoins quelques oppositions, histoire de montrer qu'il était toujours le prince, mais rarement il refusait une faveur à son tendre marquis.
    Antoine s'arma d'un verre. Comme il semblait brave avec ce cristal brillant dans ses mains fines. La jeune Dame regardait le beau marquis reprendre contenance, reprendre confiance dans cette gorgée de vin, cette source d'énergie. Les lèvres de la précieuse s'avancèrent dans un sourire, amusé tout d'abord, puis qui se courba dans une ligne cynique.


    -C'est que son Altesse et moi nous croisons toujours et pourtant jamais, jamais nous ne parvenons à nous trouver dans la même pièce. Aussi n'ai-je jamais pu voir cette cruauté que vous lui reprochez, et je dois vous avouer que j'approuve cette liberté que vous vous donnez. Qui sait, une compensation peut se trouver partout, fit-elle les yeux papillonnant, peut-être même simplement derrière cet éventail. Il serait bien dommage de les repousser.

    L'invitation était sans ambages, la voix avait porté avec sensualité et volupté les douceurs attendues d'un soir, un murmure souriant et qui caressait l'âme. L'orgueilleuse précieuse gloussa au regard du jeune homme, de ce regard qui, sans le moindre doute possible le mettait à nu dans l'esprit du marquis.
    Pourtant derrière son sourire, Monsieur écoutait, et avait parfaitement compris le petit appel de son mignon. Ah ! Il arrivait encore à se demander, savait-il réellement à qui il s'adressait ? Philippe pensait que oui, mais il ne parvenait pas à effacer cette hypothèse. Après tout rien n'avait été confirmé. Ni nom, ni titre, rien.
    Monsieur s'appuyait simplement sur la liberté que ne cessait de prendre le sublime souvenir d'Henri II avec lui.
    Il écouta sa demande, pouffa du défaut qui était pointé et qu'il savait vrai, mais surtout... Monsieur rougit du compliment qui lui était adressé. Monsieur rougissait comme le faisait Madame, et l'éventail s'agita légèrement devant son visage pour dissimuler les rougeurs qu'il sentait naître sur ses joues rondes, tout en se redressant néanmoins, gonflé par ce sentiment qu'il éprouvait souvent lorsqu'il était flatté. Vanitas.


    - Le Prince n'en saura rien... Je protège les amours, je les fais fleurir et je ne voudrais pas qu'une "bouderie" gâche votre idylle. Vous avez ma bénédiction, charmant adorateur.

    Philippe n'avait pas quitté des yeux le jeune garçon, le jeune homme qu'il voyait. Il n'avait pas non plus perdu la voix d'Antoine qui susurrait à son oreille. Et Madame regardait, suivait les courbes belles et gracieuses. La vue et l'imagination se liaient, la voix du marquis et les mouvements de l'éphèbe frémissaient dans son esprit. Monsieur sentait le désir rôder et s'éveiller après une longue nuit. Elle regarda le marquis du coin de l'oeil lorsqu'il s'interrompit, et fut amusé de le voir si désireux lui-même, peut-être davantage. Antoine, le passionné, celui qui se laissait emporter avec une pureté troublante malgré les débauches du personnage. Elle reporta son regard sur le jeune homme, se prêtant au jeu avec délice et amusement.

    -J'observe marquis, souffla la jeune femme dans un murmure, j'observe et je vois, je comprends le plaisir de la cour, de votre maître cruel.

    Elle leva les yeux vers le marquis et sourit. Allez chercher le bel enfant des dieux qui se trouvait là ? Bien sûr ! Ce serait péché que de le laisser s'enfuir et disparaître à jamais. Monsieur avait le sentiment de reconnaître un rien la tournure de ce corps sculpté de marbre. Qui était sous ce masque ?

    - Dois-je vous appeler mon fils ? Mon petit Cupidon, mon tendre Amour ? Car vertu de ma vie fils aimé, ce soir vous enflammez les coeurs et les esprits.

    Elle tourna le regard vers le marquis, sourit de toute sa candeur bouclée, de toute son innocence dentelée, de toute sa grâce enrubannée. Voir le sourire d'Antoine amenait le sien, il n'était jamais plus heureux que lorsqu'il faisait la joie de ses mignons. Devant ce sourire et ce visage, Monsieur ressentait la tendresse et la douceur qui habitait le marquis d'Effiat, cette beauté fragile et implacable. Sans se retenir, sa main se leva jusqu'à sa joue, ses doigts caressèrent sa peau fine.

    -Seulement si cela vous amuse et vous plaît aussi mon fils. Tirez votre flèche dans le coeur de ce Ganymède. Il doit être emporté par les dieux à son tour.

    Elle avait souri et retiré sa main qui s'était aventurée dans les cheveux noirs du jeune homme. Elle se recula, et vit derrière Antoine, derrière l'éphèbe, un couple de deux danseurs. Comme c'était beau et bien cadencé, comme c'était joli et parfaitement agencé. Calypso dansait avec un génie terrestre, du moins l'interprétait-il de cette manière en regardant le géant qui guidait sa cavalière avec adresse. Philippe reconnut l'extravagance de Gabrielle de Thianges et la sobriété calculée de Stefano Sforza.
    Il en sourit. Il fallait toujours saluer la beauté lorsqu'on la voyait. Et tout ce soir n'était que beauté. Comme son marquis, comme le doux Ganymède qui les attendaient.
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À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
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Jeu 6 Sep - 22:02


Le bal était organisé et était le thème principal de toutes les conversations depuis déjà une bonne dizaine de jours. Athénaïs, contrairement à ses amies, le redoutait, mais feignait d'être comme tout le monde bien impatiente. Bien sûr qu'elle aimait paraître en société, danser dans les bal, s'enivrer de musique et de vin de Champagne, oui elle en raffolait. Cependant, un bal de cette envergure, costumé et masqué, risquait d'être fatal à la bourse peu remplie de la marquise. Son mari n'était pas encore rentré de campagne, Dieu seul savait s'il avait enfin réussi à faire quelque chose de brillant, de quoi couvrir les frais qu'il avait eu et les dépenses qu'elle avait dû faire. Bref, Athénaïs devait au plus vite trouver comment se vêtir pour cette soirée qui promettait d'être mémorable. Mais comment faire pour trouver de nouveaux atours sans avoir à dépenser des deniers qu'elle ne possédait point? Alors que cette question la taraudait depuis des jours, l'un des galants qui la suivait sans cesse tel un toutou lui fit venir une idée. Une lueur de malice apparut dans son regard, et alors que ses quinze prétendants se pressaient autour d'elle, elle leur fit faire silence à la manière d'une oratrice et déclara: "Celui qui me proposera la plus belle tenue pour le grand bal costumé se verra accorder la première danse."
Une idée de génie! Que n'y avait-elle pas songé plus tôt? La semaine se passa et chaque jour elle recevait un paquet contenant une robe ainsi que tous les accessoires qui allaient avec le costume, accompagnés d'un petit mot de l'un de ses galants. Elle n'avait que l'embarras du choix! Le coeur léger, Athénaïs se sentait soulagée d'un poids. Elle bénit alors ses parents de lui avoir donné, en plus de sa beauté, une intelligence qui lui permettait de s'en servir bien à propos.

Le jour J arriva, et la belle marquise se préparait dans sa chambre. Elle avait choisi la tenue qu'un marquis lui avait offerte: elle serait costumée en Iris, avec une robe en soie blanche ornée de galons dorés et des petites ailes brodées. Elle était ainsi la messagère des dieux et surtout d'Héra. Un loup blanc et doré surmonté de plumes blanches pour parfaire le tout, ne laissant apparaître que l'azur de ses yeux et le rose de ses lèvres. Ses cheveux châtains méchés de blond avaient été relevés à la mode des divinités grecques ne laissant retomber que quelques boucles sur ses épaules dénudées. Elle était divine. Ses galants qui ne juraient que par elle la reconnaîtraient-il? Le seul qui le pourrait assurément serait celui qui lui avait fait livrer cette tenue, et s'il voulait sa danse, il lui faudrait la retrouver.

Athénaïs arriva devant la salle de bal et entra, guidée par la douce musique qui s'en dégageait. Elle ne put s'empêcher de sourire en passant devant un grand miroir qui surmontait une console en marbre, repensant à l'angoisse qui fut la sienne lorsqu'elle apprit que ce bal était organisé, et à quel point ce sentiment d'il y avait une semaine contrastait avec la joie qu'elle éprouvait en cet instant. Le soir, la fête, la danse, la Cour, tout ceci était son monde à elle. Que dirait son mari s'il la voyait? Il la trouverait lumineuse, sublime, mais ce n'était pas son monde et il finirait pas jalouser chaque homme qui poserait les yeux sur elle. Cette image la fit soupirer et elle la chassa aussi vite que le son sortit de sa bouche. Elle entra un peu plus dans la salle et scruta les personnes qui se trouvaient dans sa ligne de mire. Comme tout un chacun, la première pensée qui lui traversa l'esprit était: "Le roy est-il déjà là?", et bien entendu "en quoi sera-t-il costumé?". Elle tâcha de repérer sa soeur et son frère, mais autant chercher une aiguille dans une meule de foin. Il fallait pourtant qu'elle parle de son ingénieux stratagème à Gabrielle, cela la ferait beaucoup rire. Elles étaient si complices toutes les deux.

La marquise vit alors passer le domestique qui portait le plateau sur lequel le marquis de Ragny, dont elle ignorait l'identité puisqu'il était masqué, prit une coupe, et elle en fit de même. Elle porta le verre en cristal à ses lèvres pour les y tremper afin de goûter la douce liqueur qu'il contenait. Un vin de Champagne absolument divin. Les fêtes royales étaient toujours si parfaitement réussies. Athénaïs était consciente de la chance qu'elle avait d'être ici. Si son mari était rentré, il lui aurait probablement interdit de venir, lui même ne pouvant y assister. Ou alors, il aurait poussé la folie jusqu'à braver l'interdit et venir quand même, prétextant que le bal était masqué et qu'ainsi tout était permis... Mais connaissant son caractère fantasque, il aurait commis une bêtise l'obligeant tôt ou tard à retirer son loup, et lui attirant donc des soucis supplémentaires...

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Ven 14 Sep - 22:56

Les portes du paradis venaient de s'ouvrir grâce aux clés magiques que m'avaient confiées mon beau prince. Le chemin vertigineux et romantique qui devait me conduire jusqu'aux douces lèvres du bel éphèbe qu'avait repéré Monsieur de son regard expert et acéré en ce domaine me semblait tout à coup accessible et tout tracé.
Suite aux petites contrariétés de Monsieur comme je me plaisais à appeler les tendres récriminations de mon prince, j'avais attrapé au vol un second verre de ce nectar qui me fit oublier derechef ma mauvaise humeur. S'il aimait tant à me les faire, c'est que je ne parvenais pas toujours à surmonter ma susceptibilité et que je finissais toujours par me fâcher. Tout cela l'amusait fort, le réjouissait au plus haut point. Constater mon trouble, me voir me perdre dans ce gouffre d'incertitudes l'amusait en toute simplicité sans que l'on pût y ajouter la moindre méchanceté. Monsieur était d'une nature bonne et douce, tout le contraire de son.... Je soupirai l'air un peu triste. Mes bouderies ne duraient jamais que le temps d'une seconde ou d'une éternité tant j'éprouvai une peine immense qui me semblait durer toujours. Pourtant, j'aimais Monsieur, mal sans doute mais néanmoins je l'aimais. Mon amour pour lui n'avait rien à voir avec ma soif de richesses, mes exigences et mes caprices, les scènes de jalousie que je lui faisais quand j'étais le premier à l'imiter, pas plus que mon désir de m'abreuver de champagne et de m'abrutir de fêtes. Seul Monsieur me le permettait. Seul Monsieur tolérait mes excès en me laissant rester à ses côtés. Je souris, ému par la pensée réconfortante d'appartenir à ce jeune prince et je voulus le remercier. Je le soupçonnais de n'avoir point encore deviné si je l'avais clairement identifié et je choisis de laisser planer le doute. Un doute qui le rendrait joyeux, une incertitude qui maintiendrait son excitation en éveil et lui ferait oublier l'espace d'un instant sa profonde tristesse. Je souhaitais lui faire oublier le temps d'un bal costumé et de ses agréments, les angoisses de petit garçon qu'il devait éprouver à l'idée de devoir passer le reste de sa vie sans accueillir un seul des suaves baisers de sa mère, entendre ses tendres reproches ou apercevoir son charmant sourire. Jamais plus il ne la reverrait et cette pensée lui était insupportable. Pour l'heure, il se divertissait et j'en étais heureux pour lui.


- N'accordez aucune foi à mes propos, belle étrangère. Mon prince n'est pas si cruel que ça, juste inconséquent. Ah je vous avouerai qu'il m'arrive bien de m'échapper de temps à autre de ses bras pour goûter d'autres appâts. Il le sait et le tolère. J'aurai bien mauvaise grâce à lui reprocher ce que je fais moi-même avec tant d'hypocrisie.

Je baissai la tête en signe de contrition, tournant la tête de côté afin de lui voler ses impressions ou ses réactions. Mais le prince était plus fin stratège que moi. La belle dame n'afficha aucun trouble.

- Et puisque je suis désormais plus qu'un ami pour vous, puisque vous m'accordez le bonheur de me considérer comme un fils, alors je profiterai de la chance qui m'est offerte. Je crois que la chance va me sourire ce soir et avec votre bénédiction, je m'en vais rejoindre ce Ganymède. Je saurai bien reconnaître le prince si jamais je devais le croiser dans quelque autre salon et me garderai de sa jalousie.N'ayez crainte, ma belle amie. A plus tard, donc.

Je ne doutais plus qu'il s'agissait bien de mon prince. Ses longs et fins doigts de prince étaient venus errer sur la douce peau de mon visage en guise de caresse. Puis, consciemment et tendrement, à la façon d'un enfant que l'on rassure, Monsieur m'avait électrisé en effleurant ma chevelure avec affection. Ce geste me rendait fou et me faisait fondre. Mais de cela, le prince n'en avait jamais douté.

Fort de cette permission accordée par Monsieur de m'envoler vers les cimes du plaisir et de jouir en toute impunité de la fête, je m'enfuis, heureux, léger et insouciant. J'avançai l'air guilleret, le coeur en joie , enfin délesté de la mélancolie qui s'était logée en moi depuis de si ongues années et y avait trouvé un hôte compréhensif et peu pressé de l'en expulser. Je traversai les groupes comme autant d'obstacles pour accéder au nirvana. Je ne quittai pas mon objectif des yeux, de peur qu'il ne m'échappe. J'étais devenu le chasseur et lui, ma proie. La chasse, occupation royale que j'exécrai en dépit d' habitudes ancestrales profondément ancrées en moi n'était pour moi que plaisir cruel et sadisme. Le Roi ne m'avait-il pas reproché à la promenade l'autre jour d'aimer davantage les animaux que les humains ? Pourtant la réjouissante perspective de traquer un beau spécimen m'exaltait au plus haut point.

Je m'arrêtai dans ma course au plaisir en plein élan, le coeur soudain battant. La Marquise de Thianges évoluait au son de la musique, divine, heureuse et comblée par un magnifique danseur qui ne pensait qu'à elle en cet instant, ne dansait que pour elle, n'avait qu'elle dans ses pensées . Il la serrait étroitement par le bas de la taille d'une façon identique à celle dont il me tenait quand nous nous promenions tous deux dans les jardins glacés de Saint-Cloud en cette fin d'hiver, enlacés, amoureux, seuls au monde. L'homme que j'aimais, Stefano Sforza dansait avec une autre que moi et les voir ensemble me fit mal. Je n'étais pas jaloux de son métier, j'en étais même fier mais je ne l'avais jamais vu danser ainsi. J'eus envie de pleurer mais je préférai avaler un verre de vin, un autre, un troisième, un verre d'oubli et de réconfort. Je me sentis mieux, vite revigoré par ce doux breuvage qui commençait à distiller sa douce ivresse dans mes veines.

J'approchai doucement, inéluctablement et loin de me révéler les mystères d'un sublime Ganymède, la distance qui s'amenuisait me fut une agréable révélation. Bien qu'il fût vêtu de façon magnifique à la manière d'un jeune éphèbe grec rempli de cette audacieuse promesse que la jeunesse pouvait tout se permettre quand elle s'unissait à la beauté, la première chose qui emprisonna mon regard fut la marque d'un crayon khôl enserrant deux remarquables yeux bleus. Deux prunelles bleues qui ne m'étaient pas inconnues. Le corps sublime et digne de celui d'un Dieu était revêtu d'une musculature dentelée et m'éblouissait. J'avais envie d'y poser les mains et d'en suivre avec délices les bienheureuses frontières. Son visage était beau mais il l'avait toujours été. Je venais de reconnaître le marquis Sebastien de Ragny, un de mes amis et l'ancien amant de Sforza . Je lâchai un sourire de satisfaction. Comme je bénissais Monsieur pour son goût sûr en matière d'homme qui m'avait dirigé vers lui. Je plongeai mes yeux piqués de curiosité dans son regard cerné de khôl et je lui souris d'un air attendri. Je gratifiai mon ami Sébastien de Ragny d'un sourire cajoleur et coquin, où j'essayai d'y mettre tout la tendresse et le charme que je crus être capable. M'avait-il déjà reconnu ?


- Monsieur ! Que voilà une apparence bien cruelle pour un coeur tel que le mien qui s'éprend aussi facilement de la beauté et de la perfection faite homme.Hélas ! Je ne suis que l'heureux messager de la sculpturale jeune femme que vous voyez là-bas et qui se languit d'un sourire de vous, d'un simple hochement de tête. Si seulement vous m'autorisiez à vous délivrer le délicat message qui est le sien, je serai le plus comblé de tous les hommes sur cette terre.

Puis, sans lui laisser le temps de me refuser la grâce que je lui réclamai avec tant de candeur, je me penchai sans ostentation vers lui pour lui chuchoter les mots exacts de la missive de la belle. Du moins, c'est ce que je voulus lui faire croire. Je trouvai excitant de jouer le rôle du porteur de nouvelles romantiques. Finalement, je choisis de convoiter sa tendre peau plus que son oreille et je lui volais un doux baiser dans le creux de son cou. Je remontai la tête jusqu'à son joli conduit auditif et lui chuchotai :

- C'est cela que j'étais venu vous dire, mon doux Marquis.







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Mer 19 Sep - 17:42

Soit. L’ignorant et l’imbécile qu’était Monsieur de Béthune, demeurait persuadé qu’il avait là devant lui une parfaite inconnue... La suite des événements fit succinctement comprendre à Gabrielle que l’homme songeait également s’être doté d’une sotte, car c’est désormais amère et révulsée qu’elle observait une main gantée de soie incandescente effleurer sa hanche d’une manière se désirant sensuelle et plaisante. Hélas ce toucher ne l’était aucunement pour Madame de Thianges, qui perçut alors une désagréable bile lui monter aux lèvres. C’est donc avec une étonnante soudaineté, qu’une moue satisfaite les orna… Une brillante idée lui était venue.

-Seriez-vous Lucifer descendu des enfers, l’archange que vous êtes me semble de bien peu de sagesse et de trop audacieux pour avoir son siège au côté du Seigneur Dieu. Sa voix était suave, son intonation sucrée à l’excès pour mieux duper sa victime laquelle semblait vouloir l’attirer plus à lui encore. Permettez-moi chevalier d’absoudre vos plus vils péchés… En vous baptisant sur l’instant !

Et c’est ce qu’elle fit, déversant l’entièreté du liquide ambré contenu dans sa coupe sur le dessus du crâne de l’angelot factice. L’homme se révéla d’abord comme décontenancé, puis un éclair de reconnaissance anima ses sombres pupilles et une intense colère ne tarda pas à s’y introniser.

-Vous… Ébaucha le chevalier, sa chevelure imbibée de la sainte liqueur.

Le rire charmant de la marquise s’éleva pour se perdre aussitôt dans le brouhaha constant de la présente liesse. Avant que Béthune ne puisse formuler sa pensée du moment - certainement fort imagée -, un homme à la haute stature vint saluer Gabrielle avec égard.

Sa silhouette élancée, son délicat accent ainsi que ses gestes d’une élégance rare trahirent son sauveur, Madame de Thianges savait avec assurance quel gentilhomme s’était précipité à son secours. De plus, qui d’autre que son précieux ami Monsieur Sforza se bornerait encore à la nommer demoiselle ? L’homme était savant jusque dans les compliments.

-Bonsoir Monsieur, je me porte plutôt bien et vous remercie… Elle s’empressa de reprendre à son attention uniquement. Il me faut en effet vous confier que je me porterai encore mieux si par le plus grand des miracles vous parveniez à nous éloigner de cette présence importune.

Le bel Italien prit tout son temps pour détailler avec un mépris visible Monsieur de Béthune, qui plus enragé que jamais - après avoir goûté à la brusque façon usée par Madame de Thianges pour lui donner congé – ne semblait guère enclin à oublier le geste offensant.

Il n’était pas difficile de comprendre pourquoi la marquise appréciait Stefano Sforza, sur bien des points ils étaient similaires. Leur suspicion adressée aux autres, leur retenue à accorder leur confiance, leurs blessures secrètes… Jamais Gabrielle n’aurait pu croire possible rencontrer au sein de cette médiocre comédie qu’était la cour, une personne franche à l’intégrité presque intacte.

Désormais face au chevalier, son ami s’imposa de toute sa hauteur. Son port altier - une chose naturelle sur laquelle il pouvait compter en tout temps - se fit plus évident encore… Presque oppressant.

Finalement, il se détourna de Béthune pour adresser un sourire charmant à Madame de Thianges et mander d’une voix forte et assurée une danse à sa cavalière impromptue.

-Votre cavalière, vraiment ? Murmura-t-elle avec malice lorsqu’elle s’approcha un peu plus du talentueux danseur.

L’étonnement amusé de la marquise n’était que simulation. Elle ne doutait pas que son cher Stefano prisait bien plus la compagnie d'un cavalier que celle d'une cavalière en cette nuit… Monsieur Sforza ne répondit rien. À la place, il tenta de la rasséréner sur ce qui allait suivre.

Même si Gabrielle goûtait moins l’art de la danse que son ami ou Monsieur, s’en plaindre présentement serait du plus mauvais effet : le jeune homme venait tout juste de lui offrir la liberté et aussi longtemps qu’elle demeurait entre ses bras, elle suivrait ses pas ainsi que la douce musique, leur guide.

Une main délicate aux doigts fins s’attacha à la sienne et lentement s’y glissa, une autre – rassurante – s’apposa au bas de son dos. La marquise laissa sa main libre de toute emprise, continuer son ascension bien au-delà de l’épaule de son confident. Jusqu’au creux de sa nuque, espérant par ce geste soutirer un regard interloqué qui ne vint pas. Stefano connaissait trop bien Madame de Thianges et ses espiègleries pour s’y laisser prendre. Deux prunelles d’un ocre sombre s’illuminèrent avec facétie et bientôt, un rire inhabituellement discret se fit entendre. Feignant la déception, Gabrielle guida sa paume vers un emplacement plus commun et convenable.

Monsieur Sforza conduisait avec grâce leurs mouvements. Pour quelques minutes, la marquise devenait marionnette et laissait reposer toute sa confiance en quelqu’un d’autre. Le marionnettiste s’était fardé avec une minutie familière, ses paupières légèrement ombragées, ses lèvres peintes soigneusement, nota Gabrielle.

Le regard profond de son ami se perdit subitement dans le sien… Que pouvait-il y lire ? Madame de Thianges l’ignorait.

Elle ne pouvait ignorer en revanche, ses traits préoccupés. Les orbes ténébreux de l’Italien suivirent une ombre en retrait, disparaître progressivement. Un sourire victorieux se dessina brièvement sur son visage puis il se pencha un peu sur le côté, afin d’être à la hauteur de son oreille. Béthune était parti, quel soulagement !

-Que deviendrais-je sans vous, c’est à se demander ne croyez-vous pas ? Plaisanta à demi la marquise avant de s’obliger à plus de sérieux. Merci infiniment, Monsieur Sforza.

Le danseur et elle-même ne cessaient de virevolter, toujours en rythme avec la mélodie… Laquelle ne tarderait pas à s’éteindre.

Certains s’écartaient pour mieux les laisser poursuivre, saluant silencieusement leur passage.

Stefano Sforza rayonnait comme toujours, néanmoins avec un éclat plus fade que pour d’autres danses. Le demi-masque bleuté de Madame de Thianges ne suffit pas à couvrir son inquiétude, lorsqu’elle s’enquit :

-Cher ami, vous dansez avec tant de beauté que moi-même j’avoue en avoir été dupée un instant… Une chose vous trouble, n’est-ce pas ?

Non loin des deux confidents, la marquise remarqua une figure féminine costumée en Iris immaculé. Perdue dans la foule et dissimulée sous un loup blanc - agrémenté de plumes de même couleur -, elle était tout simplement sublime.

… Serait-ce ? Et si oui, comment ?

Gabrielle esquissa un léger sourire. Il faudra qu’elle lui conte cette histoire, pour l’heure la marquise se questionnait toujours sur l’identité des autres convives. Elle allait justement consulter son cavalier improvisé à ce sujet, quand brusquement Madame de Thianges sentit la main de celui-ci se contracter sur la sienne et son corps se figer de stupeur.

Stefano Sforza zyeutait quelque chose, quelqu’un par-dessus l’épaule de son amie. Il lui apparut comme emporté par une étrange apathie et curieuse d’en savoir davantage sur la raison de cet état, elle pivota entre ses bras afin de jeter un œil critique sur la scène se jouant devant eux.

Quelque peu à l’écart, Henri III semblait s’être violemment épris d’un jeune éphèbe grec... Ou plutôt de l’engageante enveloppe charnelle de ce dernier.

Quoi qu’il en soit, cela n’expliquait en rien l’attitude du danseur… Elle scruta le minois du jeune homme à ses côtés, sa bouche pincée et ses yeux brillants. Trop brillants. Brillants de quoi ?

De colère… Ou de larmes ?

Des deux possiblement. C’est ainsi que Gabrielle de Thianges réalisa.

-D’Effiat…



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Situation : Mariée, mère de trois filles et d'un petit garçon...

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Dim 14 Oct - 16:33



- "Sous quelle apparence se cache son Altesse à votre avis ce soir ?" Questionna Héloïse à l'adresse de son frère alors qu'ils pénétraient tous les deux dans la grande salle du bal.

-"Hum... Eh bien, Monsieur depuis notre arrivée nous a d'ores et déjà habitué à quelques excentricités et j'imagine qu'il nous réserve quelques surprises lors de ces réjouissances... Il a l'air de ne pas manquer d'imagination alors je suppose et vu que, vous aurez pu vous en rendre compte, c'est lui qui donne le ton en matière de bon goût, nous pouvons nous attendre à une parure si raffinée et si peaufinée dans les moindres détails, qu'il sera certainement facile de le démasquer vu qu'elle tranchera directement avec les autres tenues !"

- "Et le Roy viendra-t-il ?"
Poursuivit de nouveau la brunette.

- "Je l'espère ! Je ne pense pas qu'il pourrait laisser ces réjouissances s'achever sans nous faire profiter de sa présence ! Ce serait fort regrettable ! Nous n'avons pas eu l'occasion de le croiser depuis notre arrivée."

Pénétrant dans le Palais, marchant côte-à-côte, ils faisaient leur entrée au sein de la salle où se déroulait le Bal. Mathis balaya cette dernière de son regard bleu à travers son masque noir brodé de strass qui ne cache que la partie haute de son visage aimant en laisser une partie visible aux yeux des invités mais tout en laissant un certain mystère...

Certains regards se tournèrent immédiatement sur leur passage. Il faut dire que leur allure ne passait point inaperçue ! Ils ne faisaient pas vraiment dans l'excentrique mais ils n'étaient pas contre attirer quelque peu l'attention. Comme on dit : "Mieux vaut faire envie que pitié" ! Et il y avait sûrement beaucoup d'envie dans ces regards.

Hum... Il faut dire que les costumes qu'ils s'étaient choisis leur seyaient merveilleusement bien !
Ce grand chapeau de feutre couleur parme à larges bords aux contours noirs rehaussé de plumes dorées, ce col bouffant noué composé de dentelles blanches, ce long pourpoint gris clair ceinturé par une pièce de satin parme assortie à l'ensemble quelque peu estompé par cette longue veste de même couleur dotée de broderies dorées ainsi que de dentelles blanches prolongeant les manches, ce pantalon court gris clair, ces bottes noires à revers, cette longue perruque noire bouclée quelque peu différente de celle qu'il porte habituellement, ce masque noir brodé de strass qui magnifie le bleu de son regard, posé sur son visage après être sorti de sa chambre accompagné de sa chère soeur ainsi qu'un étui porté en diagonale accueillant une épée indispensable au rôle qu'il a décidé d'endosser ce soir... Vous l'aurez peut-être déjà deviné... Un Capitaine pirate ! Oui, ce personnage viril , flibustier fendant les mers, faisant ressortir son côté mauvais garçon, le rendrait sûrement sexy en diable aux yeux de la gent masculine de la Cour et si cela plaisait à Monsieur, cela serait la cerise sur le gâteau ! Puis, il aime se sentir désiré et désirable plus particulièrement aux yeux du beau sexe, mais cela c'est une autre affaire qui ne doit en aucun cas paraître ici !


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Ainsi, fier de son allure, il se comportait à la manière du " Capitaine Mathis alias le Redoutable Prince des mers" et s'avançait vers un serveur afin de se saisir d'une coupe de champagne et d'en proposer ensuite une à sa soeur. Sa soeur qui, déjà sublime habituellement, l'était davantage ce soir ! Oui, n'était-elle pas tout bonnement délicieuse et follement séduisante dans sa belle robe à fines bretelles légèrement rosées assorties au haut du bustier ainsi qu'aux manchettes retombant en fins voiles laissant transparaître la peau laiteuse de ses bras et de la fine dentelle constituant le contour du bas de ses atours de même couleur, le rose de sa toilette se dégradant jusqu'au bas pour devenir bleu, le corset lacé ? Et pour porter une touche finale à ce tableau, un chapeau bleu en forme de lune cousue en dentelles délicatement rosées ainsi qu'un nœud sur le devant s'accordant parfaitement à l'ensemble, un masque vénitien tout en dentelles noires féminin au possible, le cou serti d'un collier bandeau avec en motif une tête de mort ? En n'omettant pas les bottes couleur noires tirant vers le gris, bien entendu ! Facile de l'imaginer voguant sur un fier navire pirate, ses cheveux bouclés pour l'occasion ondulant au gré du vent.

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Les couleurs de leurs tenues respectives n'étaient pas celles des pirates traditionnels mais plus douces et plus sobres pour s'accorder à l'atmosphère endeuillée qui régnait encore malgré la gaieté apparente.

Soudain, le regard du beau brun fut attiré par un couple qui dansait merveilleusement bien. Il admirait avec quelle fluidité, légèreté et grâce, ils évoluaient au rythme de la musique. Il était comme hypnotisé par la scène qui se déroulait devant ses yeux. Son côté artistique s'exprimait à ce moment-là. Il crut apercevoir le regard du danseur fixer quelque chose mais il n'en fit pas cas, accaparé par la qualité de la performance.

C'était leur premier Bal à la Cour et déjà il aimait ce qu'il y voyait : les gens étaient tous parés de leurs plus beaux atours, l'ambiance battait déjà son plein, le cadre était resplendissant, les mets avaient l'air plus appétissants les uns que les autres. Seul petit bémol peut-être... N'y avait-il pas trop de faste ?




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Dim 28 Oct - 22:52

Le jeune homme était subjugué. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait pas assisté à une telle fête. Bien sûr, il s'était beaucoup diverti, avait abusé de tout pour essayer de noyer sa douleur, mais c'était la première fête de cette envergure à laquelle il participait. Non seulement, il était temps qu'il reparaisse à la Cour, autrement que pour sa charge de Gentilhomme de la Chambre de Monsieur, mais sa mère et ses amis l'avaient exhorté à se détendre. C'était d'ailleurs pour cela qu'Elise lui avait envoyé ce costume que tous semblaient admirer. Ou bien n'était-ce pas l'habit qu'ils admiraient, mais ce qu'il révélait ? Sébastien s'en moquait, à vrai dire. Il était là pour s'amuser et s'enivrer de danse, de musique, de sensualité et de vin. Telle était la vie à la Cour de France : on dansait et on oubliait.
Soudain, il sentit quelqu’un lui prendre son verre avec douceur et lui poser la main sur l’épaule. Il se tourna vers son cher Celestino Dioli, arborant un superbe costume de Bacchus et un sourire dont lui seul avait le secret. Le Marquis lui rendit son sourire et retint un petit frisson en sentant la main de son favori s’égarer sur sa nuque et son dos.

« - Ô magnifique Ganymède, gardez-vous des aigles ou autres cygnes, car votre beauté attire de nombreuses convoitises. » lui murmura le Génois à l’oreille.
« - Grand Bacchus, vous me voyez fort honoré que le Dieu-même des Plaisirs se soucie de moi. Ou peut-être ne dites-vous cela que pour me garder à vos côtés ? » répondit le jeune éphèbe en reprenant son verre d’un geste nonchalant et en buvant une gorgée du délicieux vin proposé aux invités de ce bal somptueux.
« - Loin de moi une idée si égoïste, mon cher Adonis. D’ailleurs, pour vous prouver ma bonne foi, permettez-moi de vous laisser au beau jeune mignon digne des plus grands rois que voilà. Nous nous verrons plus tard. »
Cette dernière phrase fit rire le jeune Marquis qui effleura légèrement le bras de l’Italien tandis que ce dernier partait en direction d’un autre bel homme. Tout en buvant une nouvelle gorgée de nectar, il jeta un regard au jeune homme qui arrivait. Physionomiste, l’Insaisissable crut reconnaître le Marquis d’Effiat, mais il n’en n’était pas sûr. Et si c’était lui, l’avait-il reconnu ? Peu importait.
Il gratifia le nouvel arrivant d’un sourire des plus doux et l’écouta avec beaucoup d’attention.

« - Monsieur ! Que voilà une apparence bien cruelle pour un coeur tel que le mien qui s'éprend aussi facilement de la beauté et de la perfection faite homme. Hélas ! Je ne suis que l'heureux messager de la sculpturale jeune femme que vous voyez là-bas et qui se languit d'un sourire de vous, d'un simple hochement de tête. Si seulement vous m'autorisiez à vous délivrer le délicat message qui est le sien, je serai le plus comblé de tous les hommes sur cette terre. »
Le compliment était fort bien dit et très galant. Tout en écoutant les paroles de bel Adonis, le Corbeau regarda dans la direction qu’il lui indiquait et observa un peu la jeune femme qu’il avait mentionnée. Un doute le saisit : il lui semblait reconnaître la belle, mais d’où ? Serait-ce… ? Non, cela ne se pouvait… N’est-ce pas ?... Si ?
Il n’eut pas le temps de s’interroger plus longtemps, car son vis-à-vis se pencha pour lui murmurer, soi-disant, le message de la demoiselle et en profita pour l’embrasser dans le cou, lui arrachant du même coup un petit gémissement de délice mêlé à de la surprise.
« - C'est cela que j'étais venu vous dire, mon doux Marquis. »
Le Marquis de Ragny eut un petit rire et, après avoir bu une gorgée de vin, lui répondit de sa voix la plus sensuelle :

« - Eh bien, Monsieur, le compliment me va droit au cœur. Veuillez assurer cette gracieuse damoiselle de mes hommages respectueux et lui transmettre ma réponse que voici. »
Il se pencha à son tour à l’oreille d’Effiat et lui rendit son doux baiser avant de se redresser et de plonger son regard dans le sien.
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Ven 21 Déc - 22:31

    Quel visage terrible que celui de l'Hiver... Et plus encore lorsqu'il a été dessiné par un Charles Lebrun. Le peintre n'avait pas été difficile à convaincre : les flatteries l'adoucissaient miraculeusement, et celles-ci n'étaient pas difficiles à trouver. Quant à l'opportunité de voir son œuvre prendre matière et s'afficher toute une nuit aux yeux des courtisans... L'artiste en avait eu les yeux brillants derrière ses airs sérieux. En fait il avait même insisté pour dessiner le reste. A quoi il avait fallu mettre quelques réserves car quoi que le résultat aurait été d'une incomparable superbe, il y aurait fallu trop de temps à la mise en œuvre. Sans compter que cela n'aurait guère été confortable alors qu'il voulait pouvoir se mouvoir tout à son aise. Dommage. Mais nombre d'idées ne s'étaient pas perdues.
    Les sourcils froncés de fureur rigoureuse, marquant de rides profondes le front de la plus vieilles des saisons, on aurait presque pu croire à un lion de mauvaise humeur. Un méchant dieu oriental. Les pommettes hautes et émaciées évoquaient les pires rudesses, mais le creux des joues était compensé par la puissance de la mâchoire. Puissantes comme le vent du Nord. Un visage de vieux guerrier. De derrière le masque, les cheveux surgissaient comme autant de branches givrées, enneigées, couverts qu'ils étaient de poudre d'argent, de blanc et de noir., couronnés de branches de houx tressées. Elles avaient été vernies pour les solidifier et leur donner un aspect de givre. Tout comme les brindilles ornant ses gants : bois mort imitant des phalanges squelettiques.
    De ce tableau terrible une chose détonnait. Ce n'étaient pas les yeux du Génie de l'Hiver qui brillaient de trop de malice : chacun sait comme cette Saison aime à jouer des tours. Au bleu des prunelles répondait le bleu du fard faisant le lien avec la figure de staff peint. Non tout cela paraissait aller de soi. En revanche cette bouche qui affichait les sourires les plus insolents de plaisance entre les deux crocs de l'Hiver, cette bouche-là n'était-elle pas plutôt celle du Printemps ? Symbole volontaire ou non ?
    Qu'importait ! Qu'importait ! Ce soir était à la fête ! Ce soir était aux faux-semblants ! Ce soir était aux charmes et aux sens, aux jeux et aux danses. Et il n'était que temps ! Le deuil avait trop duré. Gris, bleus noirs et blancs se mouvaient au rythme des violes, secouant le givre de fils d'argent et de minuscules perles, froissement soyeux du lierre grimpant une jambe bottée et ceinturant la taille.
    Et n'était-ce pas là le propre du plaisir à porter des masques : jouer qui l'on n'est pas ? La jeunesse dissimulée par la vieillesse, le chrétien – quand bien même plus de nom que de cœur – derrière l'allégorie païenne, l'homme de Cour derrière une figure de la Nature la plus sauvage et hostile à toute civilisation, l'angélisme derrière la rudesse impitoyable et cruelle de l'hiver... Ou n'était-ce au contraire qu'une forme de franchise déguisée ?
    Renoncement à la séduction ? Oh non... C'aurait été mal le connaître. Mais ce qui se pouvait aisément faire dans la subtilité, il fallait désormais l'audace, la force, l'humour, l'intensité d'un regard, la grâce d'un geste... Défis à relever avec une délectation joueuse. D'autant qu'il n'était pas seul à jouer. D'autres esprits malicieux s'étaient ce soir là incarnés dans des masques, les uns dont l'identité se devinait, et les autres semblant profiter de leur anonymat pour se permettre ce qui ne leur était admis de coutume.
    Quant à lui il ne laissait rien deviner : s'il n'avait craint la chaleur, par jeu il se serait couvert plus encore.

    Pour l'heure c'était une Flore à la chair aussi rosée que le Printemps et le décolleté tout aussi généreux, qu'il faisait danser sur une gavotte. L’œil effronté la jolie Flore, et les gestes tout autant. Mais à cela il répondait avec une gourmandise égale. Avant-goût seulement : ce n'était que le prologue d'une fête attendue, et il aurait été presque sacrilège de trop brusquer les choses. Comme un bon vin, il fallait la goûter d'abord. L'ivresse viendrait plus tard. Aussi lorsque les instruments jouèrent les dernières notes du morceau, ils se séparèrent sans hésitation : juste un regard qui disait qu'on se souviendrait. Et l'on partait déjà à d'autres chasses.
    Ah Seigneur qu'il allait être difficile de choisir, parmi toutes ces couleurs, ces nuques se courbant gracieusement, ces épaules à la musculature révélée, ces gorges qui s'offraient, danseurs, nymphes, dieux, magiciennes, héros...

    -Monsieur... Pard..
    Surpris, le jeune homme tourna – trop brusquement sans doute ? – la tête vers qui venait de l'interpeler. Lequel sembla en perdre ses mots. La vue du masque ? Pour sa part Lorraine ne reconnaissait ni les yeux ni les traits du visage que laissait paraître le loup de son vis-à-vis. Ils paraissaient jeunes. Le costume lui était d'une facture... très passable. Difficilement reconnaissable... Se serait-on perdu ? Premier bal masqué de la Cour ? Le pauvre Orphée – si c'était bien là l'identité du costume – balbutiait des excuses qu'on ne lui avait pas demandées. Excuses bredouillantes qui n'arrivaient qu'à amener à l'Hiver, résolument silencieux, un sourire narquois de plus en plus marqué. Et le pauvre Orphée commençait d'en suer quelques gouttes traçant des sillons dans le fard, jetant des regards éperdus alentours pour se chercher du secours, et ne sachant de toute évidence pas s'il pouvait laisser là son terrible interlocuteur ou non tant que celui-ci ne lui avait pas encore adressé un mot. Qu'il était à croquer ce regard qui appelait à l'aide ? Viendrait-on le secourir ? Ce ne serait en tous cas pas de Lorraine qu'il faudrait attendre le moindre secours.



[HRP : c'était mon test rp à l'origine, et puis j'avais changé d'avis. Mais finalement.... J'espère que le sujet est toujours d'actualité et que je n'ai pas commis d'impair ? ]
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Lun 31 Déc - 14:35

    Monsieur regardait l'échange entre Effiat et le bel éphèbe. Ah comme il aimait se sentir dieu... Déesse de l'amour, déclencher des petites amourettes qui devenaient des échanges passionnés, viriles et beaux. Comme il aimait sentir le tissu tomber en cascade autour de lui, sentir aussi le regard des hommes qui le suivait parfois, la jalousie des femmes qui lui brûlait la peau. Il en gloussait d'aise et de satisfaction, la tournure de sa petite fête était délicieuse.
    Il regardait les danseurs tournoyer, s'aimer ou se marcher sur les pieds. Ces derniers étaient rares pourtant, Monsieur n'avait pas encore vu de faux pas, et heureusement. Il ne fallait pas de bémol à cette si douce réunion.
    La belle dame déplia son éventail dans un geste indolent, regarda la salle autour d'elle dans un battement de cil. Les fragrances des fêtes emplissaient ses narines frémissantes, les frissons de plaisir et d'insouciance glissaient sur sa colonne vertébrale comme autant de caresses.
    Il pensa alors à Lorraine. Où pouvait-il être ? Même Monsieur ignorait le costume de son amant. Le Prince se doutait que Philippe lui en revanche avait certainement déjà compris quel était le déguisement de son royal amant. Bah qu'importe. Monsieur saurait bien se taire la prochaine fois... Peut-être.
    Le Duc d'Orléans n'avait pas envie de quitter cette salle pour le moment il s'y sentait bien, à observer en silence en attendant le retour d'Effiat ou la venue du bel antique. Il était rare que Monsieur supporta le silence. Rare et bref. En l’occurrence la chose fut brève.


    -Vous, approchez ! dit Madame d'un ton impérieux et amusé en pointant du doigt un jeune valet qui tourna autour de lui pour s'assurer que c'était bien à lui qu'on s'adressait. Oui, vous... Venez... Allons.

    Le garçon s'approcha timidement, elle pointa son éventail sous son menton, avec une douceur malicieuse.


    - Voilà plusieurs minutes que je n'ai pas de verre à la main, et vous ne venez pas me servir...
    - Vous... Vous sembliez pensive Madame... Je ne voulais pas vous déranger...
    - Avec un visage comme le vôtre mon garçon, me déranger devient un devoir.


    Pour accompagner sa voix de velours, la grande Dame avait passé une main douce sur la joue du jeune homme. Derrière le voile fin recouvrant son visage -petit caprice esthétique du Prince- le valet baissa ses yeux et avait rougit excessivement, embarrassé.

    - Vous êtes au service de Son Altesse ? Je ne vous ai pourtant jamais vu ici auparavant.
    - C'est tout naturel Madame, on m'a engagé pour ce soir... Je remplace Benoît qui est malade.


    Monsieur n'avait aucune idée de qui pouvait être ce Benoît dont parlait le jeune homme. Mais cela n'aurait pas été la première fois que le frère du Roi oubliait le nom d'un de ses domestiques. La Dame sourit.


    -Vous pourrez dire à ce... Benoît... qu'il est définitivement remplacé. Vous prenez sa place.
    - Madame, protesta le valet, je ne...
    - On ne se permet pas d'être souffrant durant l'une de mes fêtes
    , coupa-t-elle d'un ton doucereux. Vous vous présenterez demain au maître de quartier.

    Le jeune homme était stupéfait, et puis ses yeux s'écarquillèrent alors qu'il comprenait à qui il avait affaire.


    - Vous êtes le...

    L'éventail vint se poser sur ses lèvres pour le faire taire, Monsieur un petit sourire en coin hocha doucement la tête.


    -J'attends toujours mon verre, dit Philippe dans un sourire.

    Il le lui tendit. Elle prit le breuvage dans un geste précieux, tenant le cristal du bout des doigts.


    - Allez déranger d'autres assoiffés maintenant, vous me reviendrez plus tard.


    Il avait vu Effiat, du coin de l’œil, quitter le bel éphèbe, partir de la salle. Pourquoi ? Monsieur se détourna du valet pour faire quelques pas. C'était amusant comme il était seul actuellement. Cela aussi était rare, éphémère, Philippe d'Orléans recherchant toujours la compagnie qui occulterait son angoisse de la solitude. Encore une fois, cela fut bref.

    -Madame...?

    Une main tendue et un sourire, pour une simple demande de danse. Le Prince ne s'était pas fait prier. L'homme, selon toute vraisemblance au vu de la profondeur de sa voix, avait belle allure, son habit n'était peut-être pas le plus recherché, ce qu'il déplora, mais il avait des lèvres et des yeux charmants. Cela lui suffit.
    Il dansèrent, tournoyèrent, Philippe adorait danser et il dansait bien. Au Roi la danse masculine, au Prince la danse féminine. Chacun pouvait ainsi être maître dans son domaine sans avoir à écraser l'autre, l'avantage étant à un certain L.
    Lorsque la danse s'arrêta, le frère du Roi fit une parfaite révérence et se retira. Il ne voulait pas rester avec cet homme, c'était une question de principe que d'échapper à son cavalier après la danse. De principe, et d'amusement. Il serait plaisant que son cavalier le retrouve plus tard.
    Philippe déambula encore, la tête lui tournait légèrement. Il s'assit dans un sofa, se retint de s'y affaler comme il le faisait le plus souvent. Il ne fallait pas que sa couverture vole en éclat, Monsieur appréciait de pouvoir s'amuser comme il le voulait sans qu'on le reconnaisse.
    Machinalement il porta sa main à son bras, sourit en sentant des perles sous ses doigts. Le collier de sa mère. C'était le deuxième bijou qui lui tenait à cœur... Mais il devrait le donner à Louis ce soir. Il avait accepté à contrecœur, c'était pour sa naissance que son père avait offert ce collier à sa mère. Henriette et Louis s'était violemment disputé ce collier lorsque sa mère en avait fait son testament. Elle voulait le donner à Philippe, Louis le réclamait pour sien, Henriette défendait ses intérêts. Finalement la vieille Reine avait décidé de le donner à son fils cadet, mais que Louis rachèterait le bijou à son frère. Le résultat était le même, Monsieur devait s'en séparer.
    Aussi Philippe le portait-il pour la dernière fois sans doute ce soir, et l'avait mis autour de son bras, retenu par une belle broche d'or et d'argent. Il trouvait cela parfaitement élégant.
    Monsieur jouait machinalement avec les perles du collier. Il trouvait que sa tête était anormalement lourde. Le vin sûrement... Mais si vite ? Habituellement il lui en fallait plus que cela, Lorraine, Athénaïs et les autres pouvaient en témoigner.
    Monsieur mit cela sur le compte de son long exil. Il avait perdu l'habitude...
    Enfin... Tout de même... C'était étrange

    Monsieur eut un moment d'absence. Il sentit vaguement que quelqu'un s'asseyait à côté de lui. Une... Ou deux personnes... Il sentit des mains passer sur ses bras, comme des caresses, entendit ce qui semblait être un baiser. Ils étaient deux donc, et s'embrassaient au-dessus de lui. Fort bien... Certes... Eh bien soit il participait, soit ces importuns disparaissaient.
    Il n'eut pas la force de rouvrir les yeux. Il sentit simplement une main sur son torse, sur ses bras. Ah, il participait donc... de manière étrange. Philippe se sentait inconfortable. Il était à la merci d'autrui... Il voulait voir et agir parbleu !
    Et puis ce fut fini. Il les sentit se lever et le quitter.
    Tout était bref ce soir.

    Philippe prit un moment avant de pouvoir redresser la tête. Il porta la main à son visage, c'était une gueule de bois qu'il avait ou rêvait-il ? Tien... Sa main était légère... Il ouvrit les yeux.


    -Nom de... !


    Plus de bague, plus de bracelet... Plus rien. Son cœur se mit à battre à tout rompre. Le collier ?!


    -On m'a volé ! Au voleur !! Gardes ! Par le sang du Christ ! Gardes !!!

    Il s'était levé en titubant, encore sous le coup du narcotique. Le valet n'avait pas eu à chercher longtemps pour trouver sa proie.

    -Je vais vous faire fouetter !! Envoyer aux galères !! Bandes d'incapables !!! Trouvez-les !! Ils ne sont pas loin !


    Les vociférations de Philippe se faisaient entendre dans toute la salle, dans tout le palais. Il se laissa retomber sur le sofa.


    -Le collier, le collier... Louis va être furieux,
    souffla-le Prince dans une plainte

    La fête était achevée.


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À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
Titre/Métier : Fils de France, Frère unique du Roi, Duc d'Orléans
Billets envoyés : 4140
Situation : Marié à Henriette d'Angleterre

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Lun 31 Déc - 17:34

    CHÂTEAU-VIEUX, APPARTEMENTS DE MLLE DE LA VALLIÈRE

    Ce soir-là, Louise n'avait aucunement le coeur à la fête. Devant son miroir, son joli minois doux affichait une mine profondément ennuyée. La camériste qui passait le balai dans sa petite chambre attenant aux appartements de Louise, voyant la mélancolie de sa maîtresse, demanda franchement:

    - Madame a-t-elle besoin de quelque chose?

    - Non non, je vous remercie, Marguerite.

    La camériste n'était pas dupe. De son armoire, elle sortit quelques oranges bien fraîches et les plaça devant sa maîtresse. Son visage jeune était empreint d'une douceur maternelle.

    - Dites-moi ce qui va pas. Mangez un peu, au moins. Je les ai achetés au marché aujourd'hui, comme j'avais une de ces prémonitions. Allez, Sa Majesté, à part celle qu'il doit danser avec la Reine, va sûrement danser toutes les autres avec vous! Et où est donc cette broche qu'il vous a donnée pour l'occasion?

    La camériste fouilla un peu dans la boîte à bijoux de Mlle de La Vallière pour sortir une magnifique broche, avec un rubis taillé en forme de coeur. Ce coeur était entouré de diamants. Louise sourit gentiment à sa camériste et épingla la broche en haut de son corsage, comme la mode l'indiquait. Elle passa nerveusement la main sur sa robe blanche, ou si vous préférez, son déguisement de marguerite, pour enlever des faux plis inexistants.

    - Allez demander une voiture, je vous prie, Marguerite.



    PALAIS-ROYAL

    Tout le long du petit trajet en voiture, Louise tentait de se composer un visage joyeux. Elle avait vraiment un mauvais pressentiment, ce soir-là. Peu à peu, sa grossesse commençait à provoquer des nausées chez elle, et elle avait une peur bleue de s'évanouir durant le bal. Mais, désormais, son titre de favorite royale avait fait en sorte que Louis l'oblige à être présente. Il avait lui-même remarqué que, ces derniers temps, son amante était de plus en plus triste et il espérait qu'elle retrouve un peu le sourire. Louise réalisait de plus en plus que Louis pouvait très bien être capable de se détacher d'elle si elle continuait à être aussi morose. Mais le pli qu'elle avait reçu, quelques semaines plus tôt, annonçant que l'enfant qu'elle avait eu du roi était mort, l'avait anéantie. Et maintenant... maintenant, elle en attendait un autre. Qui allait lui être arraché... et peut-être qui allait mourrir comme les deux autres.

    Pourquoi ces deux enfants étaient-ils morts? Avaient-ils été maltraités? Malnourris, battus? Louise aurait tout donné pour le savoir. Mais peut-être que mieux valait, justement, qu'elle ne sache rien. Cela la ferait souffir encore plus.

    Lorsqu'elle était entrée, après les coups de canne du chambellan annonçant: "Louise de La Baume Le Blanc, duchesse de La Vallière et de Vaujours", une nuée de courtisans, telle une nuée de mouches, s'était abattue sur elle, lui faisant ronds de jambe, petites demandes à l'apparence innocente, tout en supputant leur demande désespérément... Elle se contentait de sourire, de répondre à la manière royale: "Je verrai", pour croiser un regard décu, hostile ou moqueur.

    Elle avait cependant réussi à s'esquiver. Elle arriva dans un petit salon retiré, où, épuisée, elle s'assit sur un fauteuil, où elle fut prise d'une forte nausée...

    - Oh non, pas maintenant! Bon, c'est mieux que je sois seule ici que en pleine salle!

    La nausée devint si forte que Louise perdit connaissance.

    Lorsqu'elle se réveilla, Louise clignota des yeux et regarda attentivement autour d'elle. Se levant, une pétale d'organdi de son costume de marguerite tomba à terre. Ce n'était pas trop grave. En regardant attentivement sa tenue de plus près, elle remarqua que la broche qui était à son corsage n'était plus! Paniquée, la favorite royale sortit en trombe du salon et atterit sur Monsieur, le frère du Roi, passablement énervé lui aussi, criant au voleur. Probablement que lui aussi s'était fait volé quelque chose... Louise rougit brusquement, intimidée par la colère de Monsieur, et fit une profonde révérence. Monsieur n'était pas son ami. Enfin, ce n'était pas un ennemi non plus, mais... Il s'était toujours montré d'une indifférence polie à son égard. Elle eut cependant le courage de dire:


    - Votre Altesse... je crois que vous n'êtes pas le seul à avoir été volé.



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Mar 1 Jan - 15:20

-Je ne sais que mettre ce soir. Quel déguisement me siérait ? Serais-je mieux en Diane ou en homme. Une belle épéiste serait parfait. Mais, se serait un peu déplacé.

Tout en parlant, je me déplaçais dans la pièce. J'attrapais une robe, et tournoyais en la collant devant moi. J'hésitais longtemps, me travestir m'empêcherais de porter des bijoux. Or, j'avais toujours aimé les bijoux. Je m'assis sur mon lit, dépitée de tant de choix. Finalement, je pris la décision de m'habiller en soldate. Une divine mousquetaire, dirons-nous.

-Amélie, viens m'aider à m'habiller. J'ai choisis mon déguisement et je suis en retard.

Je me suis encore retrouvée en retard. Et l'on ne fait pas attendre le frère du roi. Ni même le roi. Je suis sortie, montée dans un carrosse. J'avais un pantalon marron clair. Une chemise d'homme blanche et une veste sans manches au-dessus. J'avais une épée à taille et des bottes très confortables. J'ai retenu mes cheveux blonds sous un chapeau. J'ai à mon doigt une chevalière en or. Avec dessus mes armoiries. Le seul bijou en rapport avec mon déguisement. De loin, je ressemble à un homme. Mais, il ne faut pas trop s'approcher.

J'arrive enfin, je passe la porte. Il y a de nombreuses personnes, des déguisements fantastiques. C'est une fête de Monsieur, et elles sont toujours sublimes. Je commence à boire un verre, puis deux. L'effet de l’alcool commence à se faire sentir. Je m'assois sur un fauteuil. Je ferme les yeux quelques secondes. Juste le temps que mes idées se remettent en place. Soudain, un cri rompt mon état comateux.

-Je vais vous faire fouetter !! Envoyer aux galères !! Bandes d'incapables !!! Trouvez-les !! Ils ne sont pas loin !

Je me retourne, c'est une femme avec une voix d'homme. A bien regarder, je me rends compte de la supercherie. C'est un homme, Monsieur même. Pourquoi hurle-t-il. Je vérifie ma tenue, j'ai tout. Non, il me manque ma chevalière d'or. La chevalière d'or de Christian IV. Celle d'un roi de l'étoffe de Louis XIV. Un roi grand et bon. Mon grand-père. Je m'écroule, nul ne fait attention à moi. Un homme ne doit pas montrer de faiblesses. Je me relève et va vers la porte, désormais fermé.
-Qui qu'il soit. Il va le payer, parole de danoise.
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Mar 1 Jan - 21:38

Que de belles étoffes. Les yeux de Madeleine semblaient emplis de petites étincelles, tel le regard d'une petite fille devant un énorme gâteau sucré à souhait. Bien que désormais habituée à porter quelques beaux costumes de scène, il n'empêchait qu'elle continuait de s'émerveiller lorsqu'on lui présentait ce genre de superbes robes. Ayant gardé une certaine âme d'enfant, la comédienne ne se lassait jamais de ces tissus délicatement brodés, de ces quelques dentelles fines et de ces petites perles à la forme parfaite.

- C'est tout simplement splendide, s'exclama-t-elle en se tournant vers le comte. Je ne sais pas quoi dire.
- Ce serait bien la première fois que les mots vous manqueraient, lui répondit l'homme en riant. Mais nous ferions mieux de nous hâter si nous ne voulons pas finir en retard. Il s'approcha de Madeleine pour déposer un baiser sur son épaule dénudée avant de la laisser seule afin que, comme lui, elle puisse se changer tranquillement. Une fois seule, comédienne, se mit à sautiller sur place tout en poussant un petit cri d'hystérie. Elle qui connaissait si bien la cour sans trop y mettre les pieds allait ce soir pouvoir prendre part à la mascarade organisée par Monsieur, le frère du roi. Elle se contentait bien souvent de croiser les courtisans lors des salons parisiens auxquels elle prenait souvent part, et plus régulièrement encore de les railler sur scène. Mais elle n'avait au final que peu l'occasion de se mêler aux divertissements dont tous ces nobles raffolaient.
Une dizaine de minutes plus tard, Madeleine était pratiquement habillée, ne manquait plus qu'à resserrer ce corset dont elle se serait cependant bien passée. Une fois son costume revêtu, elle s'assit face au miroir et comme si elle était chez-elle -mais elle l'était presque- entreprit d'user des produits qui étaient à sa disposition pour improviser maquillage et coiffure qui irait avec sa tenue de dame de pique. Elle poudra son visage, rougis légèrement ses joues et ses lèvres et posa une mouche de taffetas noir au coin de sa bouche. Sans aide, elle n'avait pas la possibilité de faire preuve de génie artistique concernant ses cheveux et se contenta donc de les relever en un chignon duquel s'échappaient quelques mèches peu enclines à la coopération. Au moment où elle déposa sur sa tête un discret diadème dont la couleur dorée se confondait avec le blond de sa crinière, on frappa à la porte. Sachant pertinemment qu'il s'agissait du comte, elle lui signifia d'entrer et se leva à son tour. D'un geste de la main, elle lui fit signe de venir vers elle afin qu'il resserre son corset pendant qu'elle-même réglait quelques détails d'ordre capillaire à renfort de petites pinces. Fin prête après une longue préparation, elle se tourna vers lui, un grand sourire sur les lèvres.

- Un dernier détail et vous serez parfaite, assura-t-il en sortant de sa poche un petit écrin qu'il tendit à cette comédienne qu'il aimait gâter. Celle-ci eut le souffle coupé lorsqu'elle découvrit une paire de magnifiques boucles d'oreilles serties de petites pierres rouges qu'elle supposait être des rubis.
- Vous êtes fou, s'écria-t-elle en lui donnant une tape sur le bras. Il lui répondit par un léger sourire en coin. Absolument conquise par ce présent qui était très certainement un des plus beaux qu'elle n'avait jamais reçu, elle les accrocha à ses oreilles et se regarda en dernière fois. Sa robe d'un rouge profond, était rehaussée de quelques broderies dorées représentant alternativement la figure du pic ou une petite rose. Madeleine trouvait qu'elle faisait une Pallas plutôt convaincante. Au bras d'un Hogier fidèlement interprété par le comte, elle était persuadée de se fondre parfaitement dans l'ambiance de ce soir. Une fois qu'ils eurent tous deux attaché un loup en velours derrière leur tête afin de ne pas être reconnu, ils sortirent enfin.
La salle de bal était éblouissante. Définitivement, Monsieur était bel et bien le prince de la fête. Après quelques secondes durant lesquelles elle resta bêtement immobile à observer le spectacle qui s'offrait à elle, Madeleine prit le comte par la main pour le tirer jusqu'au buffet qui lui faisait particulièrement envie. A l'image de cette foule masquée et qui commençait à reprendre quelques couleurs après une longue période de deuil, de longues tables étaient recouvertes de sucreries aux parfums divers et variés. D'un regard, la dame de pique qu'elle était balaya l'assemblée. Derrière ces kilomètres de tissus, ces bijoux sans doute aussi lourds qu’étincelants, ces coiffures recherchées et ces masques ou loups délicats, il était impossible de reconnaître qui que ce soit.

- Me ferez-vous danser, glissa-t-elle à l'oreille de son cavalier alors qu'elle entendait un morceau se terminer. Plutôt que d'user de longs discours pour lui répondre, il la pris par la taille pour l'amener au milieu des danseurs qui se pressaient de se mettre en place. Commença alors une superbe soirée. Elle dansa, encore et toujours, changeant de partenaire à chaque nouvel air qui se faisait entendre. Même si au quotidien, elle voyait la vie comme une comédie interminable qu'il fallait vivre avec rire et passion, elle avait la sensation de ne pas s'être autant amusée depuis bien longtemps. Cachée derrière ce loup qui masquait les petites rides qui s'étaient nichées au coin de ses yeux, et enchaînant les pas de danse avec agilité, elle se sentait plus jeune que jamais.
Soudain, alors qu'elle venait de quitter la piste de danse pour attraper un macaron, une voix s'éleva dans la salle. Tournant brusquement la tête, mademoiselle Béjart chercha d'où pouvaient bien provenir ces hurlements qui criaient au voleur. Ne parvenant pas à trouver l'origine de ces vociférations, elle eut alors le réflexe de porter une main à ses oreilles et à son plus grand malheur, elle constata que ses boucles avaient disparues. Diable ! On avait du lui dérober alors qu'elle se laissait aller à la danse, ou peut-être pendant les quelques minutes qu'elle avait passées à se reposer. Toujours était-il que le cadeau qu'on lui avait fait seulement quelques heures auparavant était à présent envolé. Intérieurement, elle pestait contre ce maudit voleur qui fort heureusement allait sans doute être arrêté sous peu. Après tout, il ne pouvait pas aller bien loin maintenant que toutes les portes étaient fermées. Mais plutôt que de se laisser prendre par l'angoisse de ne pas retrouver son précieux cadeau, elle se força à garder un large sourire sur les lèvres, laissant ainsi penser que son esprit était toujours à la fête et que ce qui venait de se passer ne l'importait pas. Alors qu'elle cherchait à présent le comte qu'elle avait perdu de vu depuis un moment déjà, elle bouscula sans le vouloir un jeune épéiste qui jurait de se venger du voleur. Ou plutôt une jeune épéiste. Voilà un costume quelque peu osé songea la comédienne. Avec un léger sourire elle s'excusa auprès de la demoiselle qu'elle fit mine de ne pas avoir démasqué.

- Pardonnez-moi beau mousquetaire, lui dit-elle avec un léger sourire amusé malgré les circonstances. Mais il semblerait que le voleur ait à s'inquiéter avec un gentilhomme tel que vous à sa recherche.

L'ambiance n'était peut-être plus très festive, mais une pointe d'humour dans une telle situation ne pouvait pas faire de mal.

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QUELQUE CHOSE APPROCHANT COMME UNE TRAGÉDIE† Un spectacle ; en un mot, quatre mains de papier. J’attendrai là-dessus que le diable m’éveille.  (c) P!A
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Jeu 3 Jan - 12:53

Athénaïs s'était fixé deux missions pour cette soirée: la plus importante, trouver Sforza pour lui donner la lettre compromettante d'Henriette, et la seconde, plus amusante, trouver Philippe d'Orléans avant qu'il ne la trouve. C'était leur petit jeu traditionnel des bals et soirées costumées et masquées: se trouver avant l'autre. Philippe gagnait toujours à ce jeu-là, la marquise n'avait pour ainsi dire gagné qu'une seule fois, et ce n'était pas une franche victoire puisque, étant sous l'emprise de l'alcool, elle avait aperçu Philippe au loin discutant avec Lauzun, et en s'approchant elle l'avait confondu avec Lauzun. Cette fois, elle avait décidé de ne plus se laisser distraire et ne plus boire outre mesure tant qu'elle n'aurait pas démasqué son ami. Après tout, ce soir, la seule personne qui pourrait assurément connaitre son identité était son bienfaiteur, celui qui lui avait fait livrer sa belle tenue d'Iris, messagère des dieux. Et elle espérait ne point être trouvée par lui, car assurément il ne la lâcherait pas d'une semelle... Et l'haleine de cet homme avait quelque chose qui se rapprochait de l'odeur des boucs, aussi la marquise préférait ne point trop avoir affaire à lui en privé.

Scrutant donc chaque invité qui passait près d'elle, afin d'y reconnaitre ou Stefan, ou Philippe, la marquise évoluait dans cet enchantement de tissus précieux qui virevoltaient ça et là au rythme d'une musique des plus adorables. Après quelques instants d'investigation, son bienfaiteur la trouva. Tâchant de masquer sa déception, Athénaïs lui sourit.


-Eh bien, dansons puisque je vous l'ai promis.

Elle n'avait qu'une parole. Au moins, pendant qu'ils dansaient, il ne parlerait pas, ou bien peu, ce qui éviterait à la belle dame de souffrir cette haleine nauséabonde qui émanait de la bouche de ce marquis. La danse achevée, la marquise parvint à s'échapper poliment. Elle s'éloigna un instant du centre de la salle de bal, étouffant un peu parmi tous ces convives. Adossée au mur près de la porte qui donnait sur l'un des nombreux petits salons qui entouraient la salle, elle continuait à observer les convives, espérant y reconnaitre l'un de ses deux amis qu'elle avait pour but de trouver ce soir. Pensant apercevoir Stefano, la marquise sortit la lettre de Madame de sa bourse et fit un pas en direction de l'italien. Mais un page vint se mettre devant elle avec un plateau de verres de vin.

-Non merci, pas maintenant.

Alors que le page se poussa pour la laisser passer, celui qu'elle avait pris pour le milanais avait disparu de son champ de vision. La marquise soupira et regarda autour d'elle. Envolé! Déçue, elle recula pour se retrouver à son point de départ. Là, un homme s'approcha d'elle, un grand brun, de la carrure de l'italien. Etait-ce lui? La lettre toujours dans sa main, Athénaïs sourit. L'homme lui tendit un verre de vin rouge. La marquise refusa poliment d'un signe de tête.

-Non, mon ami, je dois encore trouver Philippe et je ne voudrais pas y manquer à cause de cela. L'avez-vous vu d'ailleurs?

L'homme ne répondit pas et insista en lui tendant muettement la coupe en cristal. Surprise par tant d'insistance, Athénaïs se demanda s'il s'agissait bien là de Sforza.

-Stefano, est-ce vous?

L'homme hocha la tête, mais la marquise avait toujours un doute. Cette attitude n'était guère la sienne. L'inconnu ouvrit alors la porte du salon adjacent et lui fit signe de le suivre. Athénaïs se dit alors que ce comportement mystérieux avait un but, peut-être souhaitait-il être plus discret quant à l'affaire qui les liait. Il avait sans doute vu qu'elle avait la lettre à la main et ne souhaitait pas qu'on les voit se l'échanger. Soit, c'était intelligent de sa part. Machinalement, la marquise entra dans le salon à la suite de lui qu'elle pensait être son ami. Il referma la porte derrière elle et s'approcha.

"Etes-vous certaine de ne point vouloir gouter à ce nectar?"

Cette voix... elle ne lui était pas familière du tout! Qui était-ce?

-Vous n'êtes pas Stefano... Qui êtes-vous donc monsieur?

L'homme ne semblait pas déterminé à révéler son identité et continua à s'approcher d'elle, sa coupe de vin toujours à la main. La marquise commença à s'inquiéter sur le but de cet inconnu, que lui voulait-il à la fin et pourquoi insistait-il pour qu'elle boive ce vin? Il voulait sans doute l'empoisonner!

-Si vous vous approchez encore, je hurle!

Mais l'homme était conscient, tout comme elle, que ce ne serait pas d'un grand secours. La musique et le bruit de la salle de bal couvrirait le plus fort de ses cris et il y avait bien peu de chances que quelqu'un l'entende et vienne à son secours. A force de reculer, la marquise se trouva dos au mur, près de la cheminée. Prise de panique, Athénaïs attrapa le tisonnier disposé devant la cheminée et le pointa face à l'inconnu. Celui-ci éclata de rire face à la vision de cette jeune dame qui tentait de le menacer avec un tisonnier, elle qui n'avait probablement jamais tenu d'armes de sa vie entre ses blanches mains. Il attrapa l'autre extrêmité du tisonnier et s'en servit pour la pousser en arrière. La tête d'Athénaïs heurta le rebord de la cheminée, et celle-ci s'effrondra au sol, évanouie.

Reprenant connaissance quelques instant après, elle vit le tisonnier au sol à coté d'elle, la coupe de vin renversée non loin de là et la porte du salon à l'opposé, entrouverte sur la salle de bal. Combien de temps était-elle restée inconsciente? Probablement quelques secondes ou minutes, mais l'homme avait filé. Que voulait-il? La marquise se releva difficilement, la tête lui tournait encore et une douleur certaine lancinait sur son crane. Heureusement, elle ne saignait pas. Voulait-il la voler? Elle ne portait d'autre bijou que son alliance et les pendants d'oreilles assortis à la robe, que son bienfaiteur lui avait envoyé. Ces pendants avaient disparu. Bon, ce n'était pas d'une gravité sans bornes, mais lorsqu'elle réalisa que la lettre d'Henriette avait également disparu, la marquise se sentit mal. Jusqu'où pouvait aller cette affaire si la lettre tombait entre de mauvaises mains? Le voleur avait surement reconnu le sceau et pensait sans doute en tirer grand prix... En fait, il ne fallait surtout pas que l'on sache que c'était elle qui avait été en possession de cette lettre, on l'accuserait de vol et l'affaire serait très grave. Le voleur l'avait-il reconnu? Savait-il son identité? La marquise toucha son visage, le masque n'avait pas bougé... En principe, le voleur n'aurait su la reconnaître. Elle se précipita vers la porte pour regagner la salle de bal. A peine y fut-elle qui'elle entendit les cris de Monsieur. Elle se rapprocha alors et le vit, hurlant qu'on l'avait volé. Elle vit alors Louise de la Vallière, qu'elle reconnut au son de sa voix, dire qu'elle aussi on l'avait volée. Combien y avait-il de voleurs dans cette salle de bal? Etait-ce l'oeuvre d'un bandit isolé rudement habile, ou bien étaient-ils plusieurs? Qu'allait-il se passer à présent? Athénaïs s'approcha de Louise et lui fit comprendre qu'elle aussi avait été victime du ou des voleurs. Elle s'approcha ensuite de Philippe et le regarda avec compassion. La chose qui avait disparu devait avoir une bien forte importance pour qu'il se mette dans pareil état.
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Lun 21 Jan - 16:07

    Le jeu l'amusait terriblement. Celui qui lui faisait face sombrait dans l'embarras le plus total, s'évertuant sans y parvenir, à exprimer une mésaventure qui, – pouvait-on sans doute le deviner en recoupant ce bout de phrase-ci avec ce bout de phrase-là -, semblait lui être tout juste arrivée. Régulièrement l'Orphée jetait des regards alentours, tentait un pas dans une direction pour se trouver plus aimable interlocuteur. Mais avec une malice un peu cruelle, Lorraine, se trouvait toujours sur son passage, profitant de chacun de ces mouvements pour réduire la distance d'avec celui qu'il tourmentait avec légèreté, augmentant d'autant la gêne du pauvre homme, n'ouvrant la bouche que pour prétendre un intérêt feint, faussement encourager son interlocuteur à mettre des mots sur ce qui lui pesait. En somme, une autre forme de danse que celles qui avaient repris plus loin : à demander autant de précision, presque de grâce, et un peu plus de jeu.
    Ah mais comment pouvait-on se laisser ses moyens se perdre si facilement ? Pauvre Orphée : autant de malchance qu'il semblait l'être de sa bourse. Ainsi allait l'expression de Lorraine, ou plutôt ce que le masque en laissait voir tantôt une moue : de la presque pitié – partageant sans doute trop de traits d'avec la gourmandise d'ailleurs - , tantôt un amusement carnassier, tant il peinait à retenir ses rires moqueurs derrière un sourire toujours plus large sur des dents sagement serrées.

    Orphée déglutit, réussit un pas en arrière, reprit son souffle, et sans doute un peu de courage afin de parvenir à exprimer plus de trois mots dans un ordre cohérent :

    -Voyez-vous je crois que l'on ma vo'.. Que j'ai perdu mes...
    -Mes bagues ! On m'a volé mes bagues !!


    Tout à côté d'eux. L'Astrée qui venait de s'exclamer ainsi, avait pour le moins pris moins de gant que l'Orphée : mais l'un dans l'autre leur problème semblait être le même. Alentour, tous ne semblaient pas encore avoir pris la mesure, la voix de la victime étouffée par la musique, les rires, les conversations. L'indifférence qui ne le cédait qu'à la curiosité. Mais déjà s'épanouissaient les remous, vaguelettes dans la foule, rumeur de conversations gonflant ou soufflées mais dont la nature semblait d'une toute autre nature que la légèreté qui avait auparavant présidé. Le vent venait de tourner.
    Envolés les sourires. La bienvenue aux froncements de sourcils... Inquiet soudain, Lorraine lâcha l'Orphée des yeux tout de bon, vérifiant... Oh il n'avait pas été nécessaire de vérifier longtemps, le costume qu'il portait, exceptionnellement se prêtait peu aux parures. Mais de celles qu'il avait eues ce soir-là, des ferrets il avait été allégé.


    -Sanguie..


    Le juron passant ses dents serrées de fureur fut coupé net. Il ne s'était pas passé une minute que l'Astrée avait crié au voleur que l'on percevait déjà, bien plus loin, d'autres cris et d'une portée infiniment plus audible. Philippe d'Orléans venait de mettre un terme aux festivités et sonner le haro sur les voleurs du même coup. Tout ce joli monde s'agita soudain comme le blé mûr sous la bourrasque.

    Il n'avait rien senti, rien vu. Quand ? Comment ? Pris d'un soupçon venimeux, Lorraine leva brusquement les yeux de nouveau vers l'Orphée : cette fois aucune ambivalence, aucun amusement, aucune malice dans le regard. L'homme leva les mains en dénégation à l'accusation silencieuse mais virulente qui lui était portée, ou prévenant un mauvais geste peut-être, roulant des yeux et bégayant de nouveau à vous en saouler les esgourdes. Si c'était lui le voleur, il le cachait fort bien, tout nerveux et suant qu'il était. Il n'y avait en tous cas rien à en tirer présentement. De toutes manières si c'était lui il n'irait pas bien loin : déjà les gardes barraient chacune des issues. Mais voilà maintenant que ces salmigondis en devenaient exaspérants : cet Orphée-là ne savait donc pas plus se taire que parler...


    -Ah !

    Frustration et colère. Lorraine écarta donc sans ménagement celui qui de jouet ne lui était plus devenu qu'un obstacle horripilant, et entreprit de fendre la foule bigarrée, rejoindre l'épicentre du drame qui se jouait, l'esprit en feu. Qu'on lui fît l'affront du vol, aurait suffi déjà à lui faire grincer des dents. Mais ce vol-là... Pas celui-là ! Pour une fois la valeur ne se trouvait nullement dans la préciosité du métal, dans son travail et dans ses rehauts. Nullement dans la rareté ou la référence. Ah ventredieu ! Pas ceux-là...
    Le sang lui roulait furieusement dans les veines.

    Nul doute à avoir sur l'identité de cette jeune femme assise dont il ne voyait encore que les boucles noires et les épaules. La façon dont tous se tenaient autour était éloquente en soi. Même de le voir de dos, à l'attitude et à la position du Duc, il était aisé au Chevalier de percevoir le bouleversement, le trouble, l'émotion. Sa fureur mauvaise s'en trouva freinée soudain, non tue mais reléguée, grondant discrètement, au second plan. Remisés également, les pensées galopantes sur le vol, les voleurs, et surtout, surtout, la façon de faire payer.
    Un peu trop familière d'ailleurs, cette inquiétude qui damait le pion à la colère. Il se serait volontiers privé de sa compagnie, à laquelle il avait trop longtemps goûté au cours de janvier.. Compagne incommode et embarrassante dont il n'interrogerait pas la présence. Après tout, les circonstances ne s'y prêtaient pas.
    Tandis qu'il contournait le sofa sur lequel le prince était assis, il posa une main encore gantée sur une épaule nue. Pas tout à fait caresse, pas tout à fait soutien : un entre-deux qui empruntait tant à l'un qu'à l'autre et donnait de même. L'ambiguïté, naturelle, on aurait eu tort en revanche de croire qu'elle était la marque de prudence ou d'une pudeur jetée aux yeux du public.

    -Avez-vous été malmené ?

    Sans doute cette douceur était-elle gâchée par le masque, mais dans la précipitation des derniers évènements, il en avait oublié celui qui lui couvrait toujours le visage.
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Mar 29 Jan - 21:30

Le bal se déroulait bien. Les gens s’amusaient, riaient, buvaient. Tout le monde était là, toute la Cour. La représentation que Monsieur avait souhaité faire devait bientôt se dérouler. Il l’avait préparée depuis plusieurs semaines avec ses danseurs, dont Stefano. Ces longs entrainements avaient débouché sur un magnifique spectacle que les artistes se réjouissaient de danser.

Le Milanais s’amusait à chercher qui pouvait être sous quel costume. Il reconnut quelques personnes de suite, alors que d’autres déguisements cachaient bien leur propriétaire. Pendant qu’il tournait avec la belle Gabrielle, il vit un de ses amants en mauvaise situation. Le pauvre avait bu plus qu’il n’en fallait et n’arrivait presque plus à tenir droit.


-Ma chère amie, je dois vous laissez un instant, je vous rejoins dès que possible. Un ami à moi est en mauvaise posture et je dois aller l’aider.
Sur ces paroles, le danseur lâcha sa compagne dans une dernière pirouette et prit la direction de l’homme qui avait besoin de son aide. Mais sur le chemin, un cri l’arrêta net. Il lui était très familier. Cette voix stridente était reconnaissable par cent. Monsieur !

-Nom de... ! On m'a volé ! Au voleur !! Gardes ! Par le sang du Christ ! Gardes !!! Je vais vous faire fouetter !! Envoyer aux galères !! Bandes d'incapables !!! Trouvez-les !! Ils ne sont pas loin !

Tout le monde était choqué et la foule commençait à être mouvementée. Tous regardaient s’ils leur manquaient quelque chose : une bague, un collier ou encore des boucles d’oreille. Au vu du brouhaha, plusieurs personnes ont dû se faire arracher des biens. Les gens commençaient à se mouvoir. On pouvait entendre plusieurs personnes crier.

-Au voleur, au voleur, mes bijoux

-On m’a tout prit, que Dieu envoie ces vils en enfer.


Chacun dévisageait son voisin, espérant retrouver un de ses bijoux, ou les voleurs. Ces derniers devaient être des plus habile, car il faut avoir du talent pour réussir un coup tel quel. Quelle idée d’oser voler le Prince. Ils s’attaquaient à un gros poisson, le plus gros de France, si ce n’est le plus gros au monde…

L’Italien eut le même reflexe, contrôler si tout ce qu’il avait mis ce soir-là était toujours présent. Son cœur battait plus vite que jamais. Il priait les cieux que personne n’ait touché ses vieux gants offerts par sa mère. Il se souvenait maintenant de plusieurs mains indiscrètes pendant la soirée, le long de son bras, de son bassin. On lui avait volé ses bracelets !

Et d’ailleurs qu’en était-il de Gabrielle ? Avait-elle aussi été volée ? Et Athénaïs, où pouvait-elle bien être ? Ces lettres ne devaient surtout pas être tombées dans les mains de n’importe qui ! Stefano commença alors à crier et à la chercher.


-Gabrielle? Athénaïs?
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Sam 2 Mar - 19:23

    Comment dire cela clairement ? Monsieur avait beau regarder autour de lui, avec désespoir, avec espoir, puis avec consternation. Le collier, répétait-il inlassablement, Louis va être fâché, oh, mon Dieu. Parfois cela s'alternait d'un juron que ne renierait pas une poissonnière. Affalé dans une pose tragique qui exprimait son profond malaise, Philippe d'Orléans restait là consterné, plaintif. Puis les cris qui se multiplièrent alentours, lui firent relever ses yeux noirs qu'il avait dissimulé derrière sa main.
    Il n'était pas le seul ? Son visage rouge de colère devint blême de honte. On était chez lui... Chez lui... Les vols s'étaient produit chez lui... Pour la première fois de sa vie le Duc d'Orléans voulu disparaître de la surface de la planète, devenir souris et se glisser dans la première faille du mur ou du parquet pour fuir loin d'ici et nier toute existence de ce... Malencontreux.. hum... de cette calamité sans nom.
    La dame éplorée releva les yeux et son regard noir tomba dans celui d'Athénaïs de Montespan. En voyant Louise de la Vallière à ses côtés, en comprenant que toutes deux avaient perdus quelque chose, Philippe sentit ses yeux se troubler... Oh non il devait maintenant se retenir de pleurer...
    Il avait baissé les yeux vers le sol en se prenant les cheveux dans les mains. S'il se réveillait, mais oui... Il se réveillerait et tout ne serait qu'un cauchemar.
    Une main se posa sur son épaule, il se redressa farouche, prêt à repousser, ou à exprimer fortement son mécontentement.
    Il se retrouva face à un visage presque monstrueux, ce qui manqua de lui faire tourner de l’œil, mais qui le fit sursauter et reculer certainement.


    -Ventre Saint Gris !!!


    Il posa une main sur son visage. Après coup il reconnaissait la voix, la caresse de son amant, et si son premier réflexe aurait été de se jeter dans ses bras, le second fut de se mettre bien plus en colère qu'il ne l'avait été.


    -Malmené par vous !! Retirez votre visage par la malemort ! Le temps n'est plus aux plaisanteries vous ne le voyez pas !!?!


    Il l'aurait presque frappé, ayant levé la main pour l'abattre sur sa joue. Sa force le quitta dans le même mouvement et sa main se posa sur l'épaule de son Chevalier alors qu'il se réfugiait contre lui.


    -Le collier de ma mère... Philippe... On me l'a prit...

    Il avait si bien travaillé pour pouvoir le rendre à Louis ce soir... Depuis son retour il savait que son frère désirait récupérer ce collier de perle.


    -Il faut le retrouver... On doit le retrouver...


    Sa voix était celle d'un petit enfant, malheureux, un rien apeuré aussi. Il ne voulait pas décevoir son frère et... Il se redressa, sa colère revenant. Ce n'était pas sa faute ! C'était celle des gardes qui n'avaient pas fait leur office ! Pourquoi ?


    -Et Saverne qui n'est jamais là quand il le faut !!


    Le capitaine s'approcha de Monsieur, s'inclina prudemment.


    -Monseigneur...
    -Eh bien !!? Parlez ! A-t-on retrouvé ces... ces...


    Le pauvre homme était particulièrement mal à l'aise, il se mit à bafouiller, se reprit, lorsque le prince le foudroya du regard.

    -Votre parole ne vous a pas été dérobée palsambleu ! Parlez !!
    -N... Non, Altesse... il n'y a rien... Ils se sont volatilisés, aucune trace...


    Monsieur n'explosa pas davantage, c'eut été signer son apoplexie prématurée. Il fut en revanche d'un calme soudain, qui n'annonçait rien de bon au pauvre capitaine. Monsieur fut prit de la vive envie de le gifler, et fit un premier pas dans cette intention.

    Avant qu'il n'ait abattu son courroux sur le pauvre homme, sa main fut arrêtée par une poigne ferme, un regard bleu sombre, un masque blanc.


    -Cessez de vous donner en spectacle, gardez votre dignité Monsieur mon frère.


    Philippe écarquilla les yeux en sentant son coeur bondir dans sa poitrine, en LE reconnaissant. Il baissa le regard en le tournant vers le sol, faisant une révérence profonde et humble, féminine.

    -Je prie Votre Majesté de me pardonner...


Dernière édition par Monsieur le Dim 24 Mar - 13:59, édité 7 fois
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À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
Titre/Métier : Fils de France, Frère unique du Roi, Duc d'Orléans
Billets envoyés : 4140
Situation : Marié à Henriette d'Angleterre

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Ven 15 Mar - 6:40



Give a man a mask and he'll tell you the truth

Cela faisait maintenant une trentaine de minutes que j'étais sortie de la salle où se tenait le bal. Je déambulais dans les couloirs, allant et venant sans réel but précis. Mathis et moi venions d'arriver et nous n'avions pas encore eu le temps de visiter le château. Alors, je m'étais décidée à faire la visite aujourd'hui. Et que cela plaise ou non à Mathis que j'avais laissé en plan à la soirée, sans le prévenir. Je savais que j'allais me faire engueuler par mon grand frère. Comme une petite enfant. Mais je n'en avais cure. Dans cette ville de St Germain, dans cette Cour royale, tout semblait possible. Tout était démesuré. A l'image de ma personne, d'une certaine manière. Oui, j'étais démesurée dans ma façon d'être moi, de vouloir être libre. Et j'assumais totalement. Même si parfois cela pouvait être douloureux. 21 printemps et toujours pas mariée et encore mois mère. Je passais pour un genre de créature surnaturelle auprès des femmes fermées d'esprit de cette Cour. Remontant ma robe sur mes bottes à talons, je courais un peu. Enfin, j'avançais rapidement. Mes talons claquaient sur le sol, marquant le rythme de mon avancée. Pensive, je me dressais face à une fenêtre. La nuit était tombée et la lune brillait au loin. Posant une main sur la vitre froide, je laissais tomber ma tête en avant, mon front venant rejoindre ma main. Je fermais les yeux et soupirais longuement. Le palais était calme. Étrangement calme. Comme si tout le monde était mort. Et bizarrement, j'aimais cette idée. J'aimais ce calme. Cela me rappelait ma ville natale. Celle où j'avais passé toute ma vie jusque là. Le calme. L'air frais. Un endroit où l'on pouvait tout faire sans se soucier des ragots. Par les bords de la fenêtre, l'air froid entrait, venant caresser ma peau d'une blancheur parfaite. Mes cheveux détachés tombaient au milieu de mon dos. Ils caressaient doucement mes épaules dénudées. Je souriais. Ces sensations me ramenaient à ma vie d'avant. A ma vie de bonheur. Rouvrant les yeux, je fixais mon reflet avec attention. Mes traits étaient fatigués, je le savais bien. Et ce même si le maquillage le cachait aux yeux des autres. Je ne dormais pas beaucoup. Alors que je pensais que la vie ici allait nous rapprocher Mathis et moi, elle faisait tout le contraire. Mathis passait beaucoup de temps avec ses nouveaux amis. Il réglait des affaires. Nous étions séparés quasiment tout le temps. Et j'en souffrais. J'en souffrais à un point innimagineable. Dans ma poitrine, mon coeur se brisait. Mon frère me manquait. Ma vie me manquait. Je ne me sentais pas faite pour cette vie. Comme tout le monde ici, j'avais des secrets. Plusieurs. Et les garder était difficile. Surtout pour certains d'entre eux. Pinçant mes lèvres, je sentis alors une présence derrière moi. Regardant son reflet flouté dans la vitre, je reconnus Mathis. Je soupirais en décollant mon front de la vitre.

- Vous êtes venu me disputer ?

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Dernière édition par Héloïse de Fontanges le Dim 24 Mar - 13:56, édité 2 fois
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Lun 18 Mar - 18:18

Athénaïs s'étant approchée de son ami le Prince, tout comme la plupart des invités, elle ne tarda pas à entendre son prénom ainsi que celui de sa soeur aînée prononcés par le danseur milanais. Elle le chercha alors du regard. Son visage n'était plus masqué, et il ne tarderait pas à la reconnaître. Plusieurs personnes semblaient inquiètes, beaucoup s'étaient vues dérober quelques chose... Et la pauvre Gabrielle, sa soeur chérie, elle aussi aurait-elle perdu un objet de valeur dans les mains d'un vil truand? Bien que ce sujet l'inquiéta, la marquise avaient bien plus urgent et important à traiter... Le petit tour qu'elle et Sforza voulaient jouer à Madame risquait de se retourner contre eux... Que dans le privé des appartements royaux, le contenu d'une lettre de la main de l'épouse du frère du roy dans laquelle l'anglaise critiquait ouvertement la famille royale, circule et fasse son petit effet de colère envers l'auteure, passe encore, mais que ses écrits devienne connus de tous, il y avait une marge dangereuse à ne point franchir. Si par malheur quelqu'un arrivait à prouver que c'était la marquise de Montespan qui avait, par l'intermédiaire d'un domestique, intercepté la missive, elle serait fortement inquiétée, voire expulsée de la Cour... Comment allait réagir Stefano en apprenant cette fâcheuses nouvelle?

Tout en cherchant du regard son ami italien, la belle Athénaïs pouvait entendre son ami Monsieur jurer tel une poissonnière de bas quartiers, ce qui en temps normal l'aurait beaucoup amusé. Mais l'heure n'était pas à la plaisanterie. Après quelques instants de recherche visuelle silencieuse, la dame de compagnie de la Reine trouva le milanais. Elle l'attrapa vivement par la manche, son coeur battant toujours la chamade. Elle se hissa sur la pointe de ses petits pieds pour lui chuchoter à l'oreille:


-Stefano... c'est une catastrophe! Je ne l'ai plus... Elle m'a été dérobée.

Une pointe de panique ponctuait l'intonation de sa phrase. Elle aussi aurait voulu que tout cela ne soit qu'un cauchemar. Mais malheureusement, il n'en était rien, tout ceci était la pure réalité. Athénaïs se voyait déjà radiée de la Cour, obligée de vivre à la campagne dans le sombre château de son mari, à devoir élever leurs deux enfants si ce n'était d'avantage, et vivre une vie morne, dénuée de toute joie ou de tout amusement... Plus de bals masqués, plus de représentations de ballets ou de théâtre, plus vie de Cour, tout simplement... Ceci était impensable pour elle! Elle faisait partie de ceux qui ont besoin de briller, jamais elle ne pourrait souffrir l'obscurité! Non, il fallait absolument retrouver la lettre, et la détruire s'il était impossible de lui faire atteindre le dessein prévu par les deux complices.

-Qu'allons-nous faire, mon ami?

Pourvu qu'il ne l'abandonne pas! Car après tout, pour l'heure il n'était pas inquiété de l'affaire! Rien ni personne ne pouvait prouver qu'il avait un quelconque lien avec cette lettre si jamais celle-ci venait à être découverte au grand jour... Rien n'obligeait donc Stefano à continuer de soutenir la marquise, si ce n'était leur amitié.

Alors que la marquise continuait de se torturer l'esprit avec cette affaire de lettre volée, elle dut s'écarter pour laisser passer le capitaine des gardes de Monsieur qui s'approcha de son maître, fort mécontent de son serviteur qu'il tenait pour responsable des vols de la soirée. C'était le juger bien sévèrement, mais après tout il était de son devoir de veiller à la sécurité, même si ce n'était point une mince affaire. Et à en juger par le calme soudain du prince, il y avait fort à parier que leur échange finirait par un geste de violence de Philippe...
Elle redoutait d'entendre sa main claquer sur la joue du pauvre Saverne qu'elle appréciait beaucoup, d'autant qu'un jour il lui avait sauvé la vie, mai alors elle dut s'écarter une seconde fois pour laisser passer quelqu'un d'autre... Le Roy! Elle plongea alors dans une révérence, tout comme les autres convives, et put entendre, alors qu'elle était encore penchée, la réfléxion de sa majesté à son frère.
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