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 Chronique du Grand Siècle - La Mort de la Reine-Mère (Saison 1)


Dim 5 Fév - 17:52

⚜ A mon lecteur ⚜



   
Toute la France est en deuil, en ce premier jour de Février de 1666 ... La Reine Mère est morte le 20 Janvier dernier, Anne d'Autriche n'est plus, elle a rendu son dernier soupir auprès de ses deux fils. Fou de douleur, Philippe d’Orléans, frère du Roi, s'était exilé de la cour le temps de panser ses blessures. Le roi, Louis XIV après s'être enfermé un court moment, donne l'impression d'avoir déjà tourné la page. C'est la délivrance, la disparition d'une chape de plomb maternelle, il peut être enfin roi à sa convenance, à sa mesure royale. La cour est plus passionnée et juvénile que jamais. Il a fait de Saint-Germain-en-Laye sa nouvelle résidence et vient de rappeler son jeune frère à qui il avait fermement demandé son retour à la cour. Le deuil a assez duré.
Monsieur obéit, de mauvais cœur, mais obéit.

Durant cette parenthèse, la cour même en deuil a continué de vivre, les rumeurs vont bon train, les mystères aussi ... Et au cœur de Paris une vie ne s'est pas achevée, ne s'est pas même dérangée. La Cour des miracles s'est à peine émue de la mort de la vieille Reine. Qu'est-ce qu'ils pouvaient bien en avoir à faire eux, ça ne change pas grand chose à leur situation et le roi Thunes est toujours celui qui règne en maître sur les truands de Paris et de France.

Deux cours pour un seul royaume, le roi n'ignore pas cela. Il est plus que temps de mettre un terme à cette infamie qui insupporte les honnêtes gens.

Arriverez-vous à trouver votre place dans l'une de ces impitoyables sociétés ? Préférez-vous le fil du couteau au détour d'une rue, ou la langue acérée au coin d'un salon? Courtisan ou truand? Ou simple spectateur peut-être balloté entre les deux mondes.

Je vous préviens,  dans les deux cas vous n'y survivrez pas car la cour, quelle qu'elle soit, reste sans pitié ...
   
   


Dernière édition par Deus Omnipotens le Ven 4 Sep - 11:28, édité 2 fois
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Ven 27 Avr - 21:36



Prologue



A l'adresse de ceux qui n'auront pas le courage de lire ce qui suit:
 

   
19 janvier 1666

   
Au cœur du palais des rois, Anne reposait dans un lit bien trop grand pour elle ; pâle à l'extrême, et hideuse elle n'en doutait pas un instant. Ses mains, ses bras son visage... Tout avait gonflé, elle était bouffie, grotesque, une ombre de ce qu'elle avait été. Il était temps de disparaître.
Dans le ventre grouillant de la ville, Quentin se tapissait dans les ruelles sombres et étriquées, haletant, apeuré, il devait avoir l'air d'un fou. Sa silhouette élancée était recroquevillée sur elle-même. Tout ce qu'il voulait c'était disparaître, il ne voulait qu'être une ombre dans la nuit.
L'obscurité entourait ces deux âmes, offrait pour l'un un abri rassurant, nécessaire et pour l'autre un inconnu qu'elle avait fini par accepter.

Du mouvement, des bruits, des sons qui se rapprochaient. Elle ne les entendit même pas. Il dressa le menton, les oreilles aux aguets, le regard agité.

Les paupières de la vieille femme avaient tout juste tressauté lorsque la porte s'ouvrit pour laisser entrer des pas lourds vainement discrets, comme pour ne pas l'éveiller. Quels idiots... Voilà des jours qu'elle ne dormait plus. Elle ne s'en souciait pas. Bientôt, plus rien ne pourrait déranger son sommeil.
Il avait sursauté en voyant du coin de l’œil une forme tomber des toits et atterrir près de lui. Bordel de Dieu ! Ils l'avaient retrouvé ! Le jeune garçon se remit à courir comme il l'avait fait ces dernières heures : comme un dératé.

Elle était si fatiguée, si lasse. Mais étrangement sereine. Et heureusement ! Treize mois que cela durait, elle avait largement eu le temps de mettre en ordre sa conscience, de faire ses comptes avec le Très-Haut et ceux qui se trouvaient ici-bas. Du moins le pensait-elle. Maintenant, elle attendait, dans la douleur, dans la peine. Tous les jours ils étaient venus, tous les jours ils avaient charcuté sa chair pour faire disparaître le mal avec leurs petites lancettes d'argent. C'était peine perdue, elle l'avait compris depuis longtemps. Depuis que son frère était mort ; elle savait au plus profond d'elle-même qu'elle allait le rejoindre. Trois mois étaient passés depuis cette certitude. Elle était devenue une mer d'huile, un océan de calme autant que la douleur le lui permettait, la liqueur de pavot, l'opium, ne l'apaisant plus depuis une éternité déjà. Elle n'était déjà presque plus rien et elle confiait son âme à Dieu. Anne d'Autriche mourait. Enfin !

Il était épuisé, mais alerte, prêt à tout. Son angoisse ne cessait de grandir. Rien n'avait été depuis le début de cette soirée, tout s'était enchaîné si rapidement. Il était effrayé, traqué, désespéré. Vers qui il  pourrait se tourner ? Qui pourrait le protéger ? Qu'est-ce qu'il avait fait pour merder comme ça ? Ses pensées étaient trop obscures, il ne les maîtrisaient plus et elles tourbillonnaient dans son esprit. S'il se faisait choper... Cette seule pensée lui donnait la force de courir à toutes jambes, son souffle blanc expulsé de ses lèvres dans une fumée opaque, gelées par le froid. Le jeune garçon avait maudit la neige qui laissait derrière lui les traces de sa course, à présent il n'y pensait plus. Il n'osait pas imaginer les tortures qu'on lui ferait subir avant de le tuer salement. Quentin "Fines-mains"ne voulait pas mourir. Jamais ! Ou en tout cas pas maintenant...

On lui parla à l'oreille, on lui chuchota des excuses pour les douleurs à venir, qu'elles ne seraient que passagères. Foutaises, Anne savait bien elle et la voix mielleuse du docteur Vallot ne changerait rien. On lui glissa un morceau d'éponge entre les dents. Le scalpel pénétra bientôt les chairs gangrenées et puantes. Elle avait honte de puer tant. Anne n'eut plus le temps d'y penser, le sang s'était remis à couler, accompagné de pus et de relents âcres. On affermit la prise autour de ses bras et de sa tête pour l'empêcher de se débattre. Elle gémit.

Il rencontra un mur, une montagne ; en fait un homme. Quentin ne l'avait pas vu... Ou du moins il était subitement apparu devant lui, silencieux comme une ombre. Sonné, il était tombé en arrière dans la boue de neige sale, portant une main à son front, déboussolé. Il releva les yeux et reconnut celui qu'il avait si brusquement rencontré et qui n'avait pas même vacillé d'un pouce. L'Ours le toisait froidement, le regardait pétrifié à ses pieds. Quentin sentait la peur à plein nez, la neige qui jaunissait sous lui pouvait l'attester. Et puis on le releva par les épaules, en lui enserrant les bras pour l'empêcher de s'échapper, on le bâillonna et le traîna sans douceur dans les entrailles de la cité, vers la Cour des miracles.

La douleur. Elle s'en était presque faite une amie depuis le temps qu'elles se côtoyaient toutes les deux, depuis le temps qu'elle s'était réfugiée dans son sein et ne l'avait plus quittée. Dans ses rêves fiévreux, dans sa souffrance glacée Anne lui parlait. Oh, elle l'avait d'abord ignorée, royalement même. Elle n'était pas douillette et sa longue vie lui avait donné bien plus de maux que cette légère pincée qu'elle ressentait dans sa poitrine. Trois années, trois années durant lesquelles il lui fut de plus en plus difficile de mépriser les dards qui la harcelait. Elle commença à lutter avec une hargne dissimulée, tout d'abord personne ne sut. Elle en chancelait et un jour elle chût. Il fallut alors tenter un compromis, la mort ne pouvait pas venir la prendre maintenant on avait encore besoin d'elle soufflait-elle rageusement, son fils se perdait dans son arrogance, dans ses jeux, dans ses plaisirs et désirs, il en oubliait Dieu. Elle devait rester à ses côtés pour veiller sur son enfant. Elle avait prié avec gentillesse de la laisser en paix, elle avait flatté, caressé. Elle avait voulu la séduire. Il fut un temps où les hommes les plus puissants d'Europe se battaient pour poser un baiser sur ses mains, les plus belles de France, les plus belles du monde. A présent qui en voudrait ? Ce fut un échec, cuisant. Elle l'avait sentie s’insinuer en elle, creuser un sillon de chair et de douleur. Elle l'avait haïe, l'avait insultée. Elle ne se serait jamais pensée si créative et pourtant tout y était passé. La vengeance se fit, toujours plus loin, toujours plus profonde. Alors Anne avait fait ce qu'elle n'avait jamais fait auparavant, ce qu'elle s'était toujours refusée. Elle avait supplié, comme une enfant.

La peur. Toujours présente, toujours là. Elle était son quotidien, et pourtant Quentin n'avait jamais pu s'y habituer. C'était comme sa misère, sa vie de gueux, de pouilleux. Il avait tellement rêvé de pouvoir rentrer dans ce palais par exemple, le Louvre, où se trouvait la famille royale depuis deux semaines. Ils n'y étaient jamais sinon. Qu'est-ce que ça leur ferait si lui et ses amis y habitaient ? Pas grand chose pour sûr, tant qu'on leur laissait une place royale ; c'était grand quand même comme bicoque et il y aurait sans doute une chambre pour lui. Il en voulait pas une grande, ou une dorée (quoique), juste une douillette, une qui soit chaude quand il reviendrait après une longue journée, une qu'il retrouverait sûrement tout les jours. On disait que le roi construisait un nouveau palais, une nouvelle maison. Un seul homme, même nobliau, même roi, pouvait-il posséder tant d'abris pour se chauffer alors que lui devait partager son trou avec cinq autres gars ? Il avait tout le temps peur, même quand il avait pris l'habitude de voler, il était habile d'ailleurs, d'où son surnom. Ouais, Quentin "Fines-Mains", et il en avait été fier, cette nouvelle signification dissimulait le premier p'tit nom : Quentin «Mains-Fines », Quentin aux mains de femmes. Mais merde ! Voler tout le temps ! Ben il en avait eu marre. Alors il avait essayé de se changer. Il était jeunot encore, tout pouvait changer. La vie pouvait encore lui sourire. Pouvait. Maintenant elle lui crachait au visage.

Il tomba sur les genoux, elle tomba sur l'oreiller. Tous deux soufflèrent de peine, de soulagement.

Quentin ouvrit les yeux, cligna des paupières, ébloui par la soudaine lumière des torches. Dieu qu'il avait peur. Il se redressa en serrant ses bras autour de sa poitrine.
Des chuchotements, et parmi eux une voix qu'elle connaissait bien, qu'elle avait toujours adoré, elle tenta d'ouvrir ses yeux verts.
- Ah ! Voilà le Roi mon fils.
Elle n'y arrivait pas. Il fallait pourtant qu'elle voit.

-Salut Fines-Mains.
Le brouhaha qui grondait jusque là était devenu une rumeur, dominée par cette voix qui l'avait fait frissonner.
-Tu m'avais manqué gamin ! Chui bien content de te voir.
Comment sentir l'ironie dans cette voix enjouée et grave ? Le jeune garçon n'avait pas besoin de le deviner, il le savait et priait de toutes ses forces, tétanisé devant la figure qui était assise sur un trône fait de bric et de broc en face de lui.
-Et toi ? T'es pas content de me voir ?
Trop lent, il se prit une volée de bottes dans la mâchoire. Quentin se redressa avec peine, et acquiesça lentement.

Sa main boursouflée et difforme fut soulevée avec douceur, un parfum de fleur accompagna ce mouvement qui s'acheva par un baiser. Avait-elle réussi à sourire ? Elle en doutait. Ses efforts pour parler et pour le voir l'avait affaiblie. Elle pouvait voir son visage, auguste, baigné de larmes. Et elle sentit la brise glacée du mois de janvier lui brûler les joues. Elle ferma les yeux, pas de douleur, mais de contentement. Il voulait toujours les fenêtres ouvertes même dans le plus grand froid. Comme elle le comprenait à présent. C'était un souffle de liberté et de vie comme les rois ne pouvaient en avoir.

La voix se mit à rire.
-Ah tant mieux ! J'aurai été sacrément triste tu vois. Et tu veux pas me rendre triste hein Quentin ?
Sa mâchoire le lançait douloureusement ; encore une fois en silence, il hocha la tête en signe de dénégation. Il frissonnait, il suait, il aurait pissé si ça n'avait pas déjà été fait.
-Mais alors dis-moi mon p'tit Quentin, mon brave petit Quentin, dis-moi pourquoi on me dit que t'es dev'nu un mouchard ?
Ils savaient, il était perdu.
-Non parce que tu vois t'es un bon type, alors j'ai d'abord eu du mal à croire que tu balançais les copains. Et tu sais comment ce genre de nouvelle me rend triste. Pas vrai les gars ?
Il y eut des approbations, des grognements, des ricanements. Il se sentait seul, tout l'avait abandonné et le roi Thunes n'aurait aucune merci.

Louis se pencha vers elle, essuya son front luisant de sueur du revers de sa manche et déposa un nouveau baiser. Elle savait qu'il revenait de ses divertissements coutumiers. Elle lui en avait fait le reproche lorsque l'idée de son agonie s'était imposée dans la durée, lorsqu'elle n'avait pas encore accepté sa mort. Elle lui avait reproché sa conduite ingrate et que si l'on apprenait qu'il se divertissait alors qu'elle mourait les peuples pourraient murmurer contre lui. Maintenant elle ne s'en souciait plus. Qu'il vive, qu'il fasse comme bon lui semble, même si cette manière de vivre n'était pas le reflet de ses vœux. Le roi était muet, elle se doutait que son cœur était brisé, égoïstement elle l’espérait, maternellement elle le déplora. Elle se sentit légèrement faiblir et poussa un soupir si long qu'elle-même crut que ce serait le dernier. Anne entendit un glapissement horrifié et des bruits de pas qui se précipitèrent, elle sentit son autre main être saisie fébrilement. Elle rouvrit doucement les yeux. Bien sûr. Lui aussi était là. Elle l'avait encore laissé dans l'ombre. Sa "petite fille" posait sur elle des yeux rouges d'avoir pleuré, un visage perdu, à genoux pour mieux la regarder et pour être humblement à sa vue. Philippe était resté à ses côtés aussi souvent qu'il l'avait pu, c'était lui qui avait écouté ses plaintes apeurées, l'avait apaisé dans ses craintes, qui avait fait preuve d'une sagesse qu'elle n'avait jusqu'à présent pas voulu lui permettre d'exercer. Le jeune homme au visage de femme serra ses doigts fins et parfumés autour de sa main qu'elle ne reconnaissait plus, la porta à son front désespérément et ferma les yeux. L'imaginait-elle quand elle était encore une coquette, une femme charmante et précieuse ? La femme qu'il avait toujours adoré et qu'elle n 'était plus que dans ses souvenirs.

Dressés près de lui, près d'elle, les deux rois contemplaient la mort. Les heures furent interminables pour Quentin, dénuées de temps pour Anne. Dans tous les cas elles furent douloureuses. L'horloge renouvela le jour au cœur de la nuit. Le 20 janvier avait débuté sa courte vie à la volée des cloches.

-T'entends ?
On lui releva la tête violemment par ses cheveux devenus poisseux de sang, son sang. Une de ses paupières ne s'ouvrait plus gênée par un œdème violacé.
-On sonne le bourdon d'Notre-Dame pour toi. T'en a de la chance Mains-Fines, petite garce. Tu vas mourir en reine.
Il tomba lourdement sur le sol. Il n'arrivait plus à se relever. Il resta cloué, désarticulé.

Louis avait redressé le regard vers la fenêtre. Il venait à peine de réaliser le fracas du bourdon qui sonnait depuis des heures déjà. Les yeux mi-clos Anne l'observait, puis regardait Philippe qui était resté au pied de son lit à genoux et refusait de quitter son chevet. Elle sentit une douce torpeur  la saisir, et la gagner, caressée par le froid de l'hiver. Sa tête glissa sur le côté.

-La Reine se meurt !

Il y eut des rires, des ricanements. Quentin se redressa en entendant cette pointe cynique. Pas une Reine ! Lui l'était un gars d'la rue ! Il avait cru qu'il pourrait être autre chose... Il aurait pas dû. Le diable emporte ce La Reynie et ses promesses, il lui avait fait miroiter un monde qui lui serait à jamais inaccessible et lui avait fermé les portes du seul qui l'avait accepté. Le Grand Coësre, maître des gueux, Roi Thunes, le dévisagea, un profond dégoût dans son regard. Il lui offrit une ultime semelle dans l'estomac, cracha, avant de s'éloigner et de quitter la salle de voûtes où s'était tenu ce semblant de tribunal. Une belle comédie.
Les souffles s'arrêtèrent, les visages se tournèrent avec angoisse. Anne sursauta à ce cri désespéré. Elle voulait simplement s'assoupir, sa mort viendrait bien assez tôt. En entendant un bruit étrange elle entrouvrit les yeux. Louis s'était redressé subitement, avait vacillé, incapable de se soutenir davantage. Elle vit son fils tomber dans les bras du Premier valet La Porte, fidèle, dévoué à sa Reine et qui s'était porté au secours de son suzerain. On sortit le Roi qui, évanoui, ne supportait plus un tel spectacle. Il avait raison pensa-t-elle, j'ai toujours été mauvaise tragédienne, et je pue de surcroît.

La mort n'est pas belle même pour les rois, aussi pouilleux, aussi dorés qu'ils soient, elle rappelle la fin inéluctable de leur règne. Ils la fuyaient sans se retourner.

Elle entendit de nouveaux chuchotements, près d'elle. L'agonisante comprit qu'ils se glissaient dans l'oreille de Philippe, qu'ils lui enjoignaient par ordre du Roi de sortir, de ne pas rester là. La voix chantante et fluette de son garçon refusa par deux fois. Il ne pouvait obéir à cet ordre, mais ce serait le seul qu'il enfreindrait promit-il dans un souffle déterminé. Anne resserra faiblement ses doigts devenus rouleaux de chair sur la main bijoutée de Philippe alors qu'il s'était remis à sangloter sur le corps déformé de sa mère. Ah, elle l'avait toujours gardé à ses côtés depuis qu'il avait vu le jour. Mais à présent, et pour une fois, il devait la laisser aller, la laisser mourir en paix, trouver le repos enfin.

On se demandait comment on pourrait le tuer. Il en aurait frémi un peu plus tôt, maintenant il voulait que tout s'achève. Allez bande de porcs, dépêchez-vous, il s'impatientait, lui. Il voulait que la souffrance s'arrête, que sa vie de gueux cesse. Même les bêtes étaient plus heureuses que lui. Tous ses malheurs seraient réglés en un instant. Il fallait simplement que ces abrutis se décident et donnent le coup de grâce au monceau informe d'os et de sang qu'il était devenu.

-Mon fils.

Par miracle sa voix n'avait pas été rauque, mais douce et aimante. Quelle tendresse elle était parvenue à mettre dans ces deux petits mots qui lui avaient demandé tant d'effort. Elle le sentit relever son regard d'enfant, elle le sentit aussi entrouvrir les lèvres pour lui rendre son amour. Il lui avait dédié une adoration aveugle qu'elle avait détourné, qu'elle ne méritait pas. Elle le regrettait. Tout avait été pour Louis, même si elle lui avait donné davantage d'affection et de tendresse qu'à son aîné. Il n'eut jamais le temps de répondre, quelqu'un lui avait tendrement soustrait le jeune prince en l'appelant avec gentillesse par son titre.

Enfin, ils étaient enfin tombés d'accord. On le traîna sans ménagement, et il ne put retenir un gémissement. Quentin fut suivi par une flopée d'enfants, de moqueries, d'insultes. Même ses amis, ses compagnons de rapine l'observaient d'un air dégoûté. Qui étaient-ils pour le juger ? Ils auraient fait comme lui. Tous... Sauf l'Ours peut-être. Mais il ne comptait pas, il était pas comme les autres. Les autres eux aussi auraient succombé. Mais bon il en avait plus rien à foutre maintenant. Quand on mourait sous les coups répétés, on s'en foutait ; quand le monde n'était plus qu'une grêle de poings, de pieds, on s'en foutait.

Anne reconnut sa plus chère amie. Madame de Sénécey... Les deux femmes s'étaient si bien connues et la vieille Reine savait que Marie-Claire veillait déjà sur ses fils. En fidèle amie elle lui permettait de s'éclipser, Philippe avait détourné le regard pour écouter puis questionner sans doute. Elle sut qu'il ne la reverrait plus jamais en vie. Anne avait senti le froid prendre possession de chaque parcelle de son corps, remonter le long des jambes, courir sur son ventre. Doucement, lentement, lui semblait-il mais le temps n'était déjà plus.

Ils n'avaient plus de prise sur leur enveloppe charnelle. Quelle sensation étrange. Tout s'était estompé. Le calme s'était fait, le silence... La mort.

Le son des cloches s'élevait dans le ciel de Paris, il était entre quatre et cinq heure du matin, un gueux et une reine partageaient leur mort dans l'ignorance la plus totale.
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Chronique du Grand Siècle - La Mort de la Reine-Mère (Saison 1)

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