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 Rencontre au fruit de la passion ~ PV (pour Monsieur) ~ Terminé


Lun 28 Mai - 21:11

La loge des artistes, lieu mythique du théâtre, rempli de rumeurs sur ses occupants ephemères, mais la réalité n'avait rien à voir avec celle qu'on laissait courir dans le peuple. C'était une petite pièce sombre et humide, éclairée par des bougies qui délimitaient les vieux murs de pierres et le miroir. Un simple rideau avait été placé comme une porte, pour garder l'intimité des prestateurs. Les gens couraient dans les couloirs, maquilleuses, tailleurs ou encore metteur en scène. Tous s'activaient dans la chambre d'à côté, où le frère du Roi se préparait. Toute l'attention lui était portée, la horde de servants tournait derrière lui telles des abeilles derrière leur Reine.

Stefano était assis sur une vieille chaise en bois, il saisit sa poudrière fétiche et commença à se maquiller. Il ne fallait pas trainer, le spectacle allait commencer dans moins de trente minutes. Il prit un crayon noir et contourna ses yeux verts émeraudes pour mettre en valeur son regard. Quelques-unes de ses amies danseuses lui avaient appri un procéder fort utile pour cacher les rougeurs: utiliser une poudre verte avant d'appliquer une sorte de font de teint. Depuis qu'il connaissait cette tricherie, il n'a pas passé un soir de représentation sans l'utiliser. Il alla vite enfiler son costume, qui n'était pas difficile à mettre: un simple collant noir opaque moulant. Puis il revint devant le miroir pour effectuer les dernières retouches. Il rajouta de quoi cacher un grain de beauté et ouvrit un pot d'une mixture étrange quand une voix tonna
.
-Je veux tout le monde à sa place dans 15 secondes, pas une de plus, pas une de moins, dit le metteur en scène.
Le jeune danseur planta ses deux doigts dans une sorte de pâte grise et l'appliqua sur ses cheveux, tout en courant pour aller retrouver ses équipiers. Il eut juste le temps de prendre ses chaussons et un petit verre avant de partir de sa chambre. La plus vieille danseuse l'attendait avait une bouteille dans la main, elle lui servit un verre.
-Toujours en retard mon minet, dit-elle avec dérision, mais une pointe d'énérvement. Levons nos verres à cette représentation, bonne chance à tous, ajouta-t-elle.

Depuis l'arrière de l'estrade, on entendait le brouhaha qui régnait dans la salle. Il était clair que le petit théâtre du Palais Royal accueillait aujourd'hui les plus influantes personnes de toute la France, toutes venues pour voir Philippe d'Orléans danser. Le ballet fut ouvert par de magnifiques ballerines au talent presque inimitable, enchainant pirouettes, pointes et figures demandant une agilité et un contrôle corporel inhumain. Pendant ce temps, Stefano prit le temps de bien attacher ses chaussures à pointe et commença à s'échauffer quand les femmes rentrèrent.
-Bonne chance, chuchotèrent-elles en coeur.
Ensuite, se fut au tour des danseurs, ils n'étaient que cinq, car Monsieur n'apparaissait pas sur cette chorégraphie, histoire de se faire attendre pensait Stef'. La première note sonna et son esprit s'envola, comme ses membres. Cette sensation était la même depuis qu'il avait commencé cet art, la mélodie lui apportait une sorte de transe, un moyen de s'évader. Un petit univers se créa, ayant pour limites les bords de la scène. Seuls ses partenaires étaient visible, il ne voyait plus rien d'autre. La lumière revint quand ses derniers enchainements furent fini.

Maintenant, il fallait être rapide, car après ces cinq minutes de pause, il retournera sur scène, mais avec le frère du Roi. Philippe avait choisi deux danseurs, les meilleurs avait-il dit avant de tous les voir et de les sélectionner. Ils l'accompagneraient sur son solo, avait-il dit, et le fait d'être choisi rempli l'Italien d'honneur et de bonheur car il ne s'y était pas du tout attendu. Il utilisa ses dernières minutes pour revoir un ou deux enchainements compliqués et faire un ou deux ettirements, histoire de s'échauffer quand il sentit une main douce se poser sur son épaule.
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Dim 10 Juin - 2:46

    L'envie l'en avait prise. L'envie l'avait saisie. Alors il lui avait donné voix, et d'autres lui avait donné corps pour son plaisir. On ne contredisait pas ses désirs depuis qu'il était revenu à la cour, Philippe le faisait bien assez lui-même. Pas suffisamment néanmoins et l'idée d'un ballet avait été trop forte. Oh rien d'extraordinaire, un ballet seulement pour les plus intimes. Le Roi le faisait bien, pourquoi Monsieur devrait-il s'en priver ? Il était déjà agacé par tout les racontars qui le disaient inconsolable -ce qui était vrai – et donc affalé sur un canapé, pleurant, chouinant comme un enfant, toujours un verre à la main une friandise à la bouche, voire autre chose parfois pour les plus médisants. C'était cette dernière partie qui le dérangeait. En fin de compte cela ne changeait pas beaucoup de ce qui se disait habituellement sur le Duc d'Orléans, mais il éprouvait une colère sourde à l'idée que tout ceci soit associé au deuil de sa mère. Elle était à la droite du Père, là où elle méritait sa place assurément, il ne permettrait pas qu'on puisse par l'entremise de son fils dire de quelque chose qui puisse atteindre sa dignité.
    Il était évident que Philippe ne pouvait rien faire contre ça... rien de tangible et d'éclatant. N'ayant aucun pouvoir il restait impuissant comme à son habitude. Alors il se vengeait dans l'obscurité de l’Étiquette qu'il savait si bien maîtriser, dans les ombres des théâtres et des spectacles qu'il appréciait tant. L'idée du ballet l'avait sorti de ses rêveries et l'avait fait sourire lorsque Lorraine et Effiat l'évoquèrent autour d'une table abondante et garnie. N'avaient-ils pas laissé en plan à la mort de la Reine-Mère une chorégraphie déjà presque apprise ? Il suffirait de quelques jours pour tout remettre en place et Son Altesse retrouverait le divertissement qui lui conviendrait. Et puis l'intimité permettait d'éviter de trop grands préparatifs, d'avoir une certaine simplicité inhabituels dans les divertissements du Prince. Philippe avait néanmoins réclamé son pesant de froufrou, de costume... il le fallait bien.
    C'était un divertissement.
    De l'éblouissement.
    Du spectacle.
    Son monde.

    C'était pour cette raison que le Duc d'Orléans faisait lentement tourner ses mains dans un sourire, assouplissant ses poignets dans des gestes gracieux et taquins alors que ses petits chéris continuaient de s'agiter autour de lui, le poudrant, le coiffant, l'habillant. Monsieur déjà en spectacle dans les coulisses, debout sur une petite estrade qui lui permettait de surplomber la petite salle. Il y eut quelques échanges et quelques rires, Monsieur avait vu la première partie de la danse puisqu'il n'y participait pas lui-même.
    Cela avait été ordonné, joli, suave. Monsieur s'y connaissait en ballet, il le fallait bien avec un frère aussi passionné de danse que Louis, sa seule passion avec les femmes. Et puis... Il fallait l'avouer, Philippe avait toujours aimé cet art lui aussi. Il permettait de dévoiler les corps, féminins comme masculins, ou les deux à la fois avait-il pensé en regardant un jeune danseur sur la piste, retenant un sourire. Maintenant c'était à lui de se dévoiler. Oh ce n'était pas la première fois, ce ne serait sans doute pas la dernière.
    Sans aucun doute possible même.
    Et puis il y était si habitué, il se dévoilait toujours, Monsieur était incapable de garder un secret, une émotion, une colère. Ou alors c'était un miracle. Comme pour la petite pâtissière. Il sourit au mignon qui lui avait attrapé délicatement une main pour y mettre une bague, et qui venait d'y déposer un baiser tendre. Monsieur retourna sa main, lui caressa les lèvres puis la joue.


    -Gardez votre appétit voyons... Que ferai-je si je suis dévoré avant même d'avoir été sur scène ? Danserez-vous vêtu de ma peau pour tromper le public ? Vous n'abuserez personne, car vous danserez mieux que moi.

    Après les habituelles flatteries, les vives oppositions et les derniers ajustements, Philippe d'Orléans descendit de son piédestal. Il chassa dans un rire ses petits sucres, il ne fallait pas qu'ils ratent son entrée, ce serait vraiment dommage.
    Incroyablement seul, le frère du Roi tourna lentement sur lui-même, habillé « simplement ». Il avait enroulé autour de son corps des rubans de milles couleurs et factures auxquels avait été accroché diverses pierreries qui scintillaient paresseusement au gré des mouvements du Prince et des jeux de lumière. Entre intime il n'y avait pas besoin d'imposer par un lourd costume, mais de séduire par... Le visage maquillé, pailleté de poudre d'argent, Philippe se regarda dans un miroir. Un petit défaut était dans ses cheveux, il régla ce léger problème, regarda ensuite ses mains, pouffa. Elles étaient noires, d'un noir sombre et obscurs qui s'éclaircissait pour disparaître totalement au milieu de ses avants-bras ; cela relevait la préciosité des bagues et bracelets qui l'ornait, cela faisait ressortir le pantalon d'un vert profond qu'il portait assorti à sa coiffe de plume et de perle, le liait au noir de la tenue de ceux qui danseraient avec lui, et rappellerait le deuil de sa mère.
    D'intime, le ballet avait été ouvert aux amis ; puis aux amis des amis ; aux amis des amis des connaissances des amis, et ainsi de suite.
    Qu'importe, cela n'amoindrirait pas son plaisir. Le souvenir de sa mère en revanche...
    Il écarta les rideaux qui l'isolait des coulisses, entendait le frottement patiné et sauté des danseurs sur scène, les chants des instruments. Il sentait poindre en lui la tension qui rôdait avant toute entrée en scène, celle qui saisissait ses entrailles jusqu'au dernier instant, jusqu'au moment où il se déployait sur scène et où tout se déroulait sous ses yeux et dans chaque fibre de son corps.
    Maîtrise. Grâce. Puissance.
    Dans leur jeunesse, Louis répétait souvent cette litanie avant de faire ses apparitions. Philippe ne doutait pas que le Roi se le répétait désormais à chacun de ses pas, à chaque inspiration.

    Philippe d'Orléans, sur ses talons outrageusement hauts, toisait le monde de sa petite taille. Tout en marchant, il échauffait son corps, et faisait nonchalamment des étirements qui l'éloignerai de toute douleur. Il savait exactement les pas qu'il enchaînerait, nul besoin pour lui de se les rappeler, il craignait davantage en faisant cela d'embrouiller tout ce qu'il avait appris.
    Visiblement d'autres n'étaient pas de son avis.
    Il regarda le danseur qu'il reconnut après quelques instants, sourit malicieusement. Stefano Sforza était un homme qui l'amusait beaucoup, à ses dépends et à ceux du Duc d'Orléans. Il aimait taquiner cet homme plus que de raison, allant même jusqu'à se contredire pour le faire enrager. C'était un Italien, un homme au sang chaud, comme le Prince par ailleurs, un homme passionné. C'était si drôle de le titiller. Alors Philippe avait décidé mépriser cet art qui faisait la vie de Stefano. C'était une certaine cruauté, il fallait l'admettre, mais Sforza en était une victime charmante... Et c'était presque à croire que le jeune homme recherchait parfois cette cruauté du Prince. Mais une cruauté qui lui était rendue, de temps à autre, sous un regard, une pique, une critique sur sa manière de danser. C'était d'ailleurs de là que tout était venu. C'était pour cela qu'il l'avait réclamé à ses côtés ce soir.
    Monsieur s'avança doucement de sa démarche de femme, étendit sa main noire au-dessus du dos de Sforza, la déposa sur son épaule.


    -Craignez-vous une chute Monsieur ? Je vous croyais pourtant assuré, certain...


    Le frère du Roi souriait avec malice, il le regarda se redresser, sourit davantage. En voilà un qui serait aisément dévoré cru et cela faisait un moment que Philippe l'avait remarqué. C'était la première chose qu'il avait remarqué comme à son accoutumée. La musculature gracieuse, recouverte d'une fine pellicule de sueur avait dû faire frisonner plus d'un homme, plus d'une femme. Mais ces dernières n'auraient jamais entre leurs mains ce plaisant danseur. En revanche... lui...
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Jeu 14 Juin - 22:13

Un cliquetis de talon sur le bois sonnait, maîtriser, régulier. La démarche était féminine, gracieuse, mais ce n'est pas ces pas qui trompait l'Italien. Dans le néant, le bruit de tous ses bijoux sonnait telle une mélodie gracieuse, triste mais belle. Stefano était sorti de scène quelques minutes auparavant, une fine couche de pellicules de sueur recouvrait la peau mate du danseur, comme la rosée du matin. Il revit quelques enchainements compliqués qu'il avait appris pour danser à côté du frère du Roi. Il était entrain de faire ses étirements pour ne pas souffrir plus tard, ou en tout cas moins souffrir de ses satanées courbatures. Tout y passait: les jambes, les bras, le bassin, la nuque et les bras. Il ne fallait rien oublier, sa concentration était au plus haut point quand une sensation de chaleur arriva sur son épaule. La peau de cette main était d'une douceur extrême, cela ne pouvait être que Philippe, pensa le jeune Sforza. L'attention que cet homme portait à cet organe était impressionnante, mais compréhensible. Il achetait des quantités faramineuses de pots de crème et de breuvages dans le but de se sentir comme de la soie. Quoi de plus agréable qu'une enveloppe charnelle douce?

Depuis leur première rencontre, les deux hommes s'étaient liés d'une amitié, mais aussi d'une rivalité. C'était lors de l'audition que Stefano était allé passer. Le jeune Italien avait réussi les premiers passages sans trop de peine, mais vint le moment où il avait fallut danser avec Monsieur.
Ils n'étaient plus que huit, sept concurrents dangereux, mais Stef' voulait cette place. Quand ce fut son tour, il se plaça à côté du frère du Roi et ils commencèrent les enchainements. L'Italien s'arrêta net, à la fin d'un saut, Philippe regarda son confrère confus. Les voix autour d'eux s'activèrent.

-Vous avez inversé le saut, il faut commencer par la droite puis atterrir sur la gauche en dépliant le pied de la pointe au talon.
Tous les regards se tournèrent vers lui, comment avait-il osé? Il avait fait un reproche sur la façon de danser de Monsieur, de plus est, sur sa chorégraphie…

Philippe le regarda de haut et l'Italien savait qu'il avait eu tord de le corriger, mais sa avait été plus fort que lui. Ils reprirent là où ils s'étaient arrêtés. Stefano s'appliqua et ne laissa aucune erreur paraître, il ne marqua aucun mouvement. Il devait être parfait. Après leur dernier enchainement, ils se séparèrent, l'un allant vers le mur où il était adossé, l'autre allant parler avec ses juges. Sous la demande du Prince, ils se mirent tous en ligne. Monsieur passa devant eux en les regardant superficiellement, puis arrivé au bout de la ligne de danseurs il s'arrêta. Le frère du Roi nomma les prénoms un à un, donnant son verdict. Les quatre premiers partirent, il ne resta plus que Stefano, Jean-Baptiste et Louis. Quand Jean-Baptiste s'avança, la voix lui dit qu'il avait été pris. C'était maintenant entre lui et son camarade… Louis fut appelé. Le jeune homme se dirigea vers son destin d'un pas rempli de doute. L'Italien baissa la tête, ne voulant pas connaître le résultat d'une telle manière…

Quelque chose avait changé dans la façon d'agir de Monsieur, certainement depuis qu'il avait remarqué que le monde de Stefano tournait autour de la danse, d'ailleurs, malgré son amour pour cet art, il décida de le mépriser devant le jeune Italien. Ce qui le faisait souvent monter les tours, les gens du sud ont le sang chaud… Plus le latino s'énervait, plus il critiquait la manière de danser du Duc d'Orléans, d'un côté, pourquoi épargner quand on a du talent? Philippe était doté d'un don pour l'expression corporelle et il ne l'exploitait pas, c'était le point qui méprisait le plus le jeune Sforza. Comment pouvait-on rester comme ça, assis, telle une larve dans son canapé, toute la journée à ne rien faire alors que l'on pourrait exceller dans un domaine. Il faut travailler pour arriver à l'apogée de la danse, et il savait de quoi il parlait. Malgré son niveau, il lui manquait encore quelques années pour arriver à ce qu'il voulait. Peut-être était-ce à cause, ou plutôt grâce à cette arrogance et volonté que Monsieur aurait choisi Stef' pour se produire avec lui à ses côtés.

Un léger frisson qui était dû au contact s'échappa du corps de Stefano faillit le faire tomber
.
-Craignez-vous une chute Monsieur? Je vous croyais pourtant assuré, certain
-N'ayez crainte monseigneur, mes jambes sont des valeurs sûres
Le jeune danseur se releva avec toujours la main du Prince sur son épaule. Il se retourna et vit les membres noirs de Philippe. Ceux-ci le choquèrent car il ne s'y était pas attendu. Toute sa magnifique peau était devenue plus sombre que la prunelle de ses yeux. Mais quand on est couvert de bijoux comme il l'était, il fallait s'y attendre. D'ailleurs sa tenue lui allait à merveille, il brillait de milles feux. Ce n'était pas du tout le genre de costume que l'Italien aimait mais il devait avouer que l'ensemble était resplendissant. Des rubans de toutes les couleurs recouvraient son corps, à quoi bon tous ces attirails, pensait le jeune danseur. Toute la beauté des gestes ne suffisait-elle pas? Ce n'était que fioriture, mais Monsieur aimait ça…
Ses fins pantalons mettaient ses jambes androgynes en valeur, de quoi le rendre encore plus féminin, sans parler des talons qu'il portait et qu'il avait réussi à en faire porter à Stefano. Comment? C'était une bonne question, les mauvaises langues diront que le Duc d'Orléans a utilisé de ses charmes… ce que Stefano vous confirmera. Il avait fallu les porter pendant une semaine sans arrêt, ce fut une période de calvaire pour l'entourage de l'Italien qui n'avait fait que de se plaindre, de crier et de s'énerver. Mais Stefano avait réussi à négocier leur tenue, à lui et à son compagnon: un simple collant noir qui recouvrait leurs longues jambes perchées sur des talons, tandis que pour le haut, ils danseraient torse nu. Ce dernier détail convenait à merveille au jeune danseur, quoi de mieux qu'exposer une belle musculature? Il savait que Monsieur avait déjà laissé ses yeux s'aventurer sur son torse et que ses formes athlétiques ne laissaient pas le Prince indifférent.
Ils se dirigèrent alors vers les rideaux.
Ce spectacle allait être réussi
Cette prestation magnifique
Le divertissement total

Le rideau se leva…
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Mar 19 Juin - 23:37

    Il senti le frisson sous sa main, son sourire se fit plus large, amusé et taquin. C'était toujours drôle de sentir et de voir autrui réagir à ses actions, à ses caresses, à ses paroles. Cela lui donnait l'impression d'exister, d'agir sur le monde. Le regardant se relever, ses lèvres s'écartèrent dans un sourire malicieux.
    A son humble avis il n'y avait pas que les jambes de cet Italien qui était une valeur sûre, et le regard du frère du Roi le laissait suffisamment entendre dans un air espiègle, qu'on aurait dit moqueur mais qui ne faisait que traduire son amusement.
    Tout n'était qu'amusement, divertissement ce soir, et Philippe d'Orléans pouffa légèrement en voyant le regard de Stefano sur sa peau, sur son corps, sur ses mains. Il s'amusa de sa surprise. Bien cela voudrait dire qu'il ne serait pas le seul à réagir de cette manière, et c'était bien là l'objectif. La main sur son épaule glissa lascivement sur le torse du jeune homme, caressant sa peau mate avant de s'envoler et de retrouver sa place aux côtés du candide Duc d'Orléans.
    Monsieur regarda les jambes de Sforza, pour la simple et bonne raison qu'il était particulièrement satisfait d'y trouver, plus bas, à ses pieds, les talons qu'il lui avait imposé. Pas de danse sans talons voyons, c'était à se demander où l'Italien avait pris cette habitude. D'ailleurs à la tête qu'avait fait Sforza, Monsieur avait définitivement décidé d'ajouter les talons à la tenue générale de ses partenaires de scène. Juste pour voir l'expression de l'Italien. Il n'avait pas été déçu.
    Et puis bien entendu cela en avait valu la peine, les talons soulignaient les muscles puissants des mollets, leur donnait une courbe nouvelle et gracieuse. Philippe d'Orléans ne pouvait croire que le jeune danseur regrettait cela. Monsieur ne le regrettait pas.
    En échange il s'était incliné et leur avait concédé à tout deux des costumes d'une simplicité qu'il avait d'abord trouvé navrante, puis qu'il avait trouvé à son avantage. Lui resplendissant, et eux présent dans leurs corps sublimes.

    Cela avait été un choix difficile, tous avaient un corps... de rêve. Philippe d'Orléans les avaient observé avec attention. Tous, sans exception. Et d'une manière totalement arbitraire il avait premièrement rejeté ceux qui avait trouvé en eux un défaut quelconque. Même ce premier choix avait été difficile, Monsieur avait rit en voyant quelques-un de ses petits chéris partir pour consoler ceux qu'il avait refusé dans un sourire aimable.
    Maintenant il fallait que sa décision soit plus technique, un peu plus réfléchie. A ce stade ils arrivèrent à une petite quinzaine de candidats. Puis cela avait été si amusant de les voir tous s'escrimer, Monsieur avait sourit entre quelques verres et sucreries alors qu'il regardait et jugeait d'un œil expert, d'une voix aiguë, le duels de danse qui se déroulaient sous ses yeux.
    Sept avaient survécu.
    Maintenant il fallait juger fermement. Pour cela, Monsieur avait décidé de danser.
    Les uns après les autres, chacun son tour. Philippe en profitait. Mais il restait d'une exigence lourde derrière ses rires légers.
    Debout au milieu de la salle il avait regardé le prochain prétendant s'approcher, ce Sforza. Le sourire de Monsieur ne l'avait pas quitté depuis le début de l'exercice, et bien que légèrement essoufflé d'enchaîner les danses, il s'amusait follement. Son sourire s'était fait plus large et taquin lorsque l'Italien s'était positionné à ses côtés. Monsieur avait gracieusement levé la main dans un sourire, la danse avait commencé.
    Il était bon, indéniablement, excellent même. Monsieur n'était pas surprit de le retrouver ici, et Sforza ne faisait que confirmer ce que le frère du Roi avait déjà observé et constaté.
    Mais était-il aussi bon que son visage arrogant d'Italien voulait l'afficher? Aussi excellent que son corps charmeur voulait le montrer?
    Philippe retint un sourire avant de se lancer dans un saut élégant, parfait... S'il avait été fait du bon pied. Il retrouva le sol avec grâce, et allait continuer. Sforza n'avait pas suivit. Il s'était figé. Il le critiqua.
    Le frère du Roi leva son menton, le toisa froidement.


    -La chose est possible, dit-il d'un air peu convaincu, hautain. Reprenez.

    La suite fut simple, sans embûches, sans pièges.
    Le choix ne fut donc pas aussi difficile que Philippe l'avait craint. Il suffisait à présent de désigner les vainqueurs. Et il riait intérieurement, tous étaient suspendus à ses lèvres, la sensation en était toujours charmante. Et du haut de sa petite taille princière, Philippe les toisait de son sourire, les regarda une première fois. Les noms coulèrent de ses lèvres, d'autres mignons quittèrent le groupe, rejoignirent les danseurs.
    Et Monsieur regardait les trois braves parmi les braves. Il prit son temps, nomma une première fois, dans une caresse onctueuse. Celui-ci danserait avec lui.
    Plus que deux.
    Le frère du Roi une main sur la hanche se redressa d'importance solennelle.


    -Louis... venez, approchez.

    Lorsque le danseur fut devant lui, Philippe lui sourit doucement, caressa sa joue. Il s'approcha, posa ses lèvres sur les siennes, lui sourit encore, et sans un mot de plus le dépassa pour s'avancer vers l'Italien d'un pas déterminé, presque menaçant. Comme c'était drôle qu'il baisse la tête.
    Il se planta devant lui, et au bout d'un instant ses doigts fins relevèrent les yeux verts du jeune homme, le poussant à le regarder. Philippe était gonflé de suffisance et d'orgueil, et même si le jeune homme sans talon le dépassait déjà, Monsieur ne se privait pas de le regarder de haut.


    -Je ne saute donc pas comme il le faut Monsieur?


    Il renifla dédaigneusement, garda son visage froid encore un instant. Puis son sourire tendre prit place sur ses lèvres, il se mit à rire.


    -Vous ferez donc en sorte que je ne recommence plus Monsieur Sforza. Vous serez présent demain à la même heure avec Jean-Baptiste.


    Monsieur se retourna dans une vague de dentelle et s'éloigna.
    Le piège avait été doux. Sforza n'avait pas vu plus tôt le sourire satisfait de Philippe au cœur de sa fausse indignation outrée.
    Soyons clair, chacune des danses qu'il avait accompli avait possédé sa petite erreur. Fine, imperceptible, vicieuse, différente à chaque fois mais présente. Aucun ne l'avait remarqué, et ils se disaient danseurs. Monsieur s'était désolé.
    Aucun sauf lui.
    Le dédain avait été fait pour le jeu.
    Monsieur n'avait pas besoin de compagnon docile, il avait besoin de partenaire pour ce ballet, pas des moutons, des alliés.
    Et il comprit pourquoi il avait été le seul à se dresser et à se révolter. La danse était tout pour Stefano, il n'avait pas eu besoin de beaucoup pour le comprendre. Comme s'était amusant de titiller sur ce domaine, comme il prenait cela à cœur. il y avait beaucoup d'amusement à retirer de cet Italien au sang chaud.
    Beaucoup.

    Monsieur fit danser ses bracelets dans un petit geste de ses mains, se dirigea dans une pirouette vers la scène. Il regarda Jean-Baptiste les rejoindre, lui sourit avant de reporter son attention sur Sforza.


    -Des valeurs sûres, il gloussa doucement. Prouvez-le moi en ce cas, je ne me souviens pas avoir vu une telle chose chez vous. J'ai dû vous choisir au détour d'un songe... Dieu me garde.

    Un sourire aux lèvres, il s'inclina dans une révérence gracieuse qu'il figea, sa tête inclinée vers le sol, les bras tendus avec grâce devant lui. Il ferma les yeux et inspira profondément.

    Le monde se dévoila, le rideau s'envola.
    Le silence se fit pendant quelques secondes alors que les spectateurs voyaient les trois hommes sur scènes. Les poudres s'enflammèrent, et des feux d'artifices crépitèrent, se perdirent dans mille couleur.
    La mélodie se fit.
    Monsieur se redressa lentement, le regard porté devant lui. Ses bras s'animèrent, il tourna sur lui-même, s'avança. Ses jambes glissaient sur la scène, dans de lentes arabesques, le haut de son corps se mouvait tendrement, se dressait vers le ciel. Pouvait-il atteindre sa mère comme cela?
    La danse pouvait être perfection.
    Elle devait l'être.
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Mer 20 Juin - 1:33

A peine l'Italien s'était relevé que Monsieur était déjà parti tout en gloussant et balançant ses bras pour faire sonner ses bracelets pour se positionner sur la scène deux mètres plus loin. Le danseur Français les rejoignit d'un pas léger, Stefano le suivit du regard, tout comme Monsieur, puis, ils se placèrent correctement. Ce sera sa première représentation avec le frère du Roi, devant un public fait principalement de nobles. Que rêver de mieux qu'une représentation unique devant le parterre le plus influant de France. Cela allait le faire connaitre, et même plus, peut-être allait-il le recommander. Philippe se retourna vers le bel Italien et le défia du regard.
-Des valeurs sûres, gloussa-t-il doucement. Prouvez-le-moi en ce cas, je ne me souviens pas avoir vu une telle chose chez vous. J'ai dû vous choisir au détour d'un songe... Dieu me garde.
Ceci était encore certainement une de ces piques que le Prince aimait tant lancer, toujours pertinente. Philippe d'Orléans maitrisait les mots comme son corps: magnifiquement bien. Mais ce n'était pas le temps de répondre. Non, pas maintenant, maintenant c'était le temps au spectacle.
Le moment de l'amusement.
Le rideau se leva


Combien de têtes dans ce théâtre? Cinquante, cent, deux cents? Il ne fallait pas se concentrer là-dessus, ce n'était pas le plus important. Tout ce qui importait c'était la chorégraphie, s'en souvenir pour ne pas se brouiller dans ses pas et détruire ce monument. Toute l'intention était braquée sur ces trois corps, il fallait briller, tel le soleil dans le ciel, se lever comme une étoile dans l'univers infini. La première note de violon sonna dans le silence, le cassant. Elle envahit l'esprit du jeune homme et le transporta ailleurs, dans son esprit. Il ferma les yeux et tout commença.

Ses muscles devinrent légers, plus facile à bouger dans le rythme de la musique. Sa vision lointaine se troubla car il ne se concentra plus que sur lui et ses deux compatriotes. La première partie était de simples pas de biche pour avancer sur scène, bien sur, Monsieur était plus avancé, il fallait un équilibre et former une ligne droite était devenu tellement banal que le changement semblait évident. Ils se replacèrent en de simples déboulés exécutés en première et en cinquième sur les demi-pointes. Le fait de placer huit temps de ce pas était osé, mais l'ensemble était resplendissant.

Les deux danseurs durent appliquer un développé pour finir en arabesque, chacun de la jambe opposée à Philippe d'Orléans. Puis ils rabaissèrent leurs jambes, en s'arrêtant au milieu du mouvement en cinquième et devait attendre le premier temps pour reprendre la chorégraphie avec le frère du Roi. Pendant ce temps, celui-ci exécutait un flic-flac d'une finesse impressionnante et s'arrêta net deux temps avant ses camarades.

Une courte pause où ils ne bougeaient pas se passait. Ils étaient dos rabaissés, la tête en direction du sol. Une gambe jouait un magnifique solo, entrainant, mais le choix de ne pas l'accompagner de mouvement était intéressant. C'était une façon de donner de l'importance à la musique qui nous accompagnait, qui était un phénoménal mélange d'instruments joué au sol. Puis quand le clavecin reprit, les deux danseurs se lancèrent dans un jeté impressionnant. La distance parcourue était étonnante. Philipe d'Orléans se leva dans une grâce qui lui était habituelle puis monta sur ses doigts de pied et effectua deux tours. Jusqu'à maintenant, tout était parfait, les enchainements se suivaient sans aucune embûche. L'ensemble était fluide, ce devait être beau à voir.

Les costumes étaient resplendissant, et le fait de danser en talon ne déplu pas autant à l'Italien, mais il n'en dira rien car cela pourrait plaire à Monsieur, et il ne voulait pas lui plaire, en tout cas pas dans ce genre de cas. Ces chaussures l'avaient embêté au début, mais maintenant elle fait partie de ses jambes, comme une prolongation. Mais c'était difficile, car il était déjà grand, alors sur des talons il paraissait immense, mais il avait trouvé une solution. Il avait juste dû mettre des aiguilles plus courtes alors que ses compères mirent des chaussures compensées.

Maintenant, plus de la moitié du spectacle avait été fait, la suite allait être tout autant divine
...


Dernière édition par Stefano Sforza le Mer 20 Juin - 8:59, édité 1 fois
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Mer 20 Juin - 6:00

    Il y avait toujours un accomplissement qu'il fallait ressentir lors d'une danse, la sensation de toucher quelque chose, de divin ou d'ineffable, dans tout les cas cette quête de perfection était toujours là.
    Et Dieu savait comme il était obsédé par celle-ci.
    C'était un besoin qui ne l'abandonnait jamais, qui le harcelait, le poursuivait. Comme un monstre réfugié en lui et qui s'éveillait pour le guider vers ce qui était le plus souvent une illusion, un pâle reflet. Il s'en contentait, pendant un temps, avant que le monstre ne s'éveille à nouveau, avant qu'il ne soit dévoré d'envie, dévoré par ce manque. La recherche d'un reflet du temps avant la faute.

    Et même dans ces mouvements éthérés, alors qu'il levait le bras vers le firmament qu'il se redressait et tendait tout son corps vers le ciel fermé, même dans ce qui devait le rapprocher d'un état second, il y avait toujours cette douloureuse absence.
    Où était la perfection?
    Certainement pas dans son propre corps. L'impression de légèreté qu'il offrait au yeux de tous n'était justement qu'une impression et lorsqu'il s'envolait dans des sauts maîtrisés, Philippe avait le sentiment de retomber plus durement encore et de briser le plancher de la scène. Il se sentait par trop humain en ce moment, trop de chair, de muscle, de tendons... Trop de pensées.
    Pourquoi ne sentait-il pas l'harmonie? Etait-il le seul à ne pas ressentir cette union de danse qu'il avait recherché? La danse ne lui faisait habituellement pas cet effet là.
    Il s'avança, caressa l'air de ses jambes avec finesse. Il se sentait grossier, presque informe. Une masse énorme et gélatineuse qui se mouvait sur scène. Pourtant il dirigeait ce ballet, ses deux partenaires remplissaient leurs rôle parfaitement et ne se troublaient pas de sa laideur. Il n'y avait pas d'accroc, pas de dissonance entre les trois danseurs semblait-il. De plus, Philippe saisissait bien dans les yeux des spectateurs ce qui était bien plus qu'une simple admiration flatteuse et affichée.
    Le frère du Roi s'était figé, comme il le fallait, gardant son regard fixé devant lui. Le menton relevé, le port dignement malicieux, noblement espiègle. Il afficha un sourire lutin, il devait cacher son malaise. Monsieur ferma les yeux et écouta la mélodie s'élever, danser seule sur scène et dans les esprits.
    Pourquoi l'absence et le manque étaient-ils plus présent encore qu'ils ne l'avaient jamais été?
    Il senti le saut de ses deux compagnons, les deux élus. Ils avaient été parfaits jusqu'à présent. Dans chacun de ses gestes, Jean-Baptiste avait une douceur fragile qui avait fait frémir le jeune Prince; Sforza quant à lui possédait une force gracieuse, surprenante de sensibilité. Et lui Philippe d'Orléans... devait être la grâce noble et malicieuse qui peuplait la Cour de son bon goût et qui en faisait une nouvelle démonstration sur scène en ce soir de février. Devait seulement, il n'avait pas du tout l'impression d'être celui qu'il avait été durant les répétitions.
    Personne ne semblait s'en rendre compte.
    C'était donc qu'il dissimulait parfaitement... Ou que tous mentaient admirablement. Alors il était perdu. Il se redressa, tourna sur lui-même à deux reprises. Là serait le moment de vérité, le moment le plus périlleux. Il fallait sauter, sauter juste et être reçu dans les bras de ces deux charmants danseurs. Ce n'était vraiment pas la partie la plus désagréable de la performance, loin de là. A chaque répétition Philippe d'Orléans en avait profité pour un sourire, une caresse... Arriverait-il seulement dans leurs bras aujourd'hui?
    Il pensait, pensait trop.
    Il vida son esprit, dans une première enjambée de faune s'avança, dans une envolée se lança corps et âme vers les deux hommes qui devait le rattraper. Il y eut des exclamations dans le public. Les souffles s'étaient arrêtés. Se fut de l'admiration qui s'exprima lorsque les respirations ressuscitèrent. Monsieur avait accomplit son pas il se redressait à présent dans un mouvement fluide qui le guida au milieu de la scène. De là il tournoya sur lui-même, fit un premier geste rapide à sa droite, revint, en fit de même à sa gauche. Sans regarder les deux autres, qui faisaient ce qu'ils avaient à faire, Philippe leva le bras au ciel encore une fois après avoir glissé la main le long de son torse. Il avait au passage saisit un ruban qui se détacha doucement et accompagna l'ascension de la main. Un deuxième fut saisit, il l'écarta de son corps en baissant les yeux vers le sol.
    Il s'avança encore, un premier pas qui croisa Jean-Baptiste, un deuxième qui croisa Sforza. Les mouvements de ses bras faisaient ondoyer les rubans qu'il semblaient s'être arraché de lui-même. Une idée qu'il avait eu sur le tas.
    Il avança sur le devant de la scène comme il le devait, posant ses yeux d'un noir brillant sur les spectateurs. Il y manquait quelqu'un.

    Ce fut à cet instant que vint la vérité.
    Son manque l'avait rongé, son besoin s'était creusé et était devenu un abîme. Il avait soudainement comprit pourquoi. Anne d'Autriche. Jamais plus il ne saisirait ses regards au détour d'une pirouette. L'absolu déjà lointain s'était enterré avec sa mère. Il devait creuser avec ses propres mains pour le ramener, déchirer ses mains sur le sol gelé de février. Il se sentit pris de vertige, et son regard se perdit un instant. Un court instant.
    Assez cependant.
    Ne pouvant deviner que Monsieur resterait figé, Jean-Baptiste avait continué de danser comme il le devait. Philippe se rendit compte de son erreur, pas assez vite néanmoins. Les deux hommes se frôlèrent et ne s'attendant pas à cela ni l'un ni l'autre, il y eut un léger vacillement. Un frémissement imperceptible. Ce fut tout. Ce fut suffisant.
    Le trouble s'était effacé, avait à peine été perçu par ceux qui n'avaient jamais vu. Il avait été flagrant et cuisant pour le frère du Roi.
    Son regard s'enflamma, il avait blêmi de colère sous le blanc du maquillage, et s'était redressé, profondément irrité. La peine et la douleur avaient trouvé leur protection dans la colère et l'indignation. C'était cruel, injuste, Philippe s'en moquait.


    -Des soufflets ont été donné pour moins que cela Monsieur.

    La voix aiguë et blanche du frère du Roi avait dominé la voix douce et mielleuse des instruments. Le silence se fit, beaucoup sans savoir pourquoi le Prince s'était soudainement enflammé. L'appel du sang avait fait taire les autres, Monsieur fixait Jean-Baptiste comme un morceau de viande faisandée. Sa moue se fit hautaine, méprisante.

    -Poursuivez... Vous êtes si bon dans votre domaine, poursuivez.


    Il plissa les yeux, attendant une réaction de Jean-Baptiste qui restait tétanisé. Monsieur renifla avec dédain. Il siffla entre ses dents et sans ajouter un mot de plus, fila dans les coulisses. Il sentait qu'il allait pleurer à nouveau, et se réfugia dans sa loge, écartant les rideaux sur son passage. Il s'assit sur l'estrade qui s'y trouvait et resta là, ne réalisant pas véritablement ce qui venait de se produire.
    Lui qui était si heureux... Ou du moins qui était parvenu à oublier. Pas pour très longtemps.
    Son souffle restait court dans sa poitrine, pourquoi cet idiot de danseur avait-il ressenti le besoin de souligner la disharmonie qui était née? Philippe trouva qu'il avait été bien trop magnanime, bien trop doux. Il lui venait des phrases encore plus assassine maintenant qu'il était au calme.
    Le frère du Roi se releva marcha dans la pièce, il s'arrêta devant le miroir. Il se regarda, le visage proche des larmes, les lèvres implorantes. Il fallait refaire le maquillage. Il s'approcha de la table qui portait encore les différents cosmétiques.
    Quel idiot, abruti, fat... égoïste. Lui. Lui-même.
    Il envoya valser d'un geste furieux les poudres et les boîtes précieuses qui s'envolèrent dans des nuages blancs. Monsieur en fit de même avec la petite table de bois tendre. Elle se brisa dans sa chute.
    Pourquoi était-elle morte!? Pourquoi l'avait-elle abandonné!

    La fureur qui le saisissait parcourut la salle, il n'épargna que le miroir. C'était précieux, fragile et puis si on les brisait... Cela portait malheur. Et Monsieur en avait suffisamment sur la conscience pour ne pas se rajouter de poids supplémentaire.
    Il retrouva bientôt l'estrade sur laquelle il s'appuya, les bras tendus, les yeux fixés sur ses mains. Noires comme l'enfer, noir comme ses yeux sans doute. Il se mordit les lèvres et retint un sanglot.
    Soudainement le cliquetis de la porte se fit, Philippe se retourna, farouche. Qui pénétrait chez lui? Pourquoi avait-il quitté le refuge de son Saint-Cloud adoré? Le frère du Roi plissa les yeux en voyant qui venait à lui.
    Il se redressa, s'adossant contre l'estrade et releva dédaigneusement le menton.


    -Je ne vous ai pas appelé. Sortez.

    Le Duc d'Orléans toisait de sa superbe la plus orgueilleuse, la plus vaniteuse. il avait levé les boucliers pour protéger sa peine et ne comptait pas les baisser de sitôt.


Dernière édition par Monsieur le Jeu 21 Juin - 16:04, édité 3 fois
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À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
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Mer 20 Juin - 22:10

Tout se passait magnifiquement bien, les enchainements se suivaient sans faute, le public était passionné, absorbé par le spectacle qui se donnait. Leurs visages suivaient les petites acrobaties des danseurs. Il laissait entendre des exclamations, des murmures, surpris lorsqu'ils exécutaient des pas risqués. Il ne restait pas beaucoup de temps sur la scène, plus qu'une minute où il fallait briller comme jamais, tel le soleil. C'était le moment où tout se jouait. Le public devait partir émerveillé, des étoiles plein les yeux, conquit par Monsieur et par eux. Ils ne pouvaient pas se permettre de se tromper devant ce public.

Mais un orage arriva au milieu de ce ciel qui était si clair. Philippe devait s'accroupir et appliquer quelques pas de déplacement simples. Cependant, le Prince resta au sol, comme agrippé par une main invisible. Son esprit devait divaguer dans l'immensité de ses pensées. A quoi pouvait-il bien penser, lui le frère du Roi? Ses yeux étaient rivés sur le public, presque perdu dans le néant. Malheureusement, l'esprit de Philippe ne s'accrocha pas à la note où il aurait dû. Stefano fut le seul à remarquer l'erreur du Duc. Jean-Baptiste avait continué la chorégraphie sans faire attention à ce qui l'entourait. Les deux hommes se frôlèrent et évitèrent un contact catastrophique, mais aucun des deux ne s'y était attendu et un léger vacillement vint casser la perfection. Il la brisa en mille morceaux, tel un vieux vase qui était tombé d'une immense armoire. La faute commise par le Prince avait été autant frappante qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine chinoise.

Pourquoi était-ce arrivé? Qu'avait-il pu attirer l'attention de Monsieur à ce point? Était-ce la mort de sa mère qui était revenue sonner à son esprit? Cela était étrange, Philippe aimait la précision et le détail, et ce soir ces deux éléments n'avaient pas été exploité au maximum de leur capacité. Quelque chose était venu gêner sa divine expression corporelle, ses gestes étaient plus lourds que d'habitude, sa grace moins présente, mais rien d'alarmant pour le jeune Italien.

Le maquillage blanc du Prince ne suffisait plus à cacher sa colère, son sang était monté rapidement et il était devenu rose, sa peau était devenue comme celle d'un petit porc. Il était droit comme un "i", l'irritation était plus que visible sur son visage féminin. Cette faute était impardonnable et allait résonner dans toute la France pendant de longs mois. Le Prince se retourna vers le danseur qui l'avait frôlé, le fusillant du regard. Ses yeux étaient plus noirs qu'un ciel de soirée sans étoile et un feu plus ardent que ceux de l'enfer y brillait. Stefano n'aurait pas voulu se retrouver à la place de Jean-Baptiste.

-Des soufflets ont été donné pour moins que cela Monsieur…

Les instruments et leur douce mélodie mielleuse furent coupés par la voix aiguë et intransigeante du frère du Roi. Tout son énervement se ressentait par ses cordes vocales. Dès qu'il eut ouvert sa bouche, toute la musique s'arrêta. Le public fut surpris, comme s'il ne s'y était pas attendu. Est-ce que la plus grosse faute de Monsieur avait été de laisser son caractère fort prendre le dessus sur son sang froid? Certainement. De plus, Philippe dévisageait le pauvre danseur qui n'était même pas fautif et regardait de haut. Quel culot pensa Stefano. Le pauvre ne savait plus où se mettre.

-Poursuivez… Vous êtes si bon dans votre domaine, poursuivez.

Le pauvre qui était la cible des piques de Monsieur était tétanisé. Les paroles qui sortaient de la bouche du Prince était violentes, mesquine et le ton utilisé était méprisant et hautain. Le Duc d'Orléans monta sur ses grands chevaux, regarda encore une fois sa pauvre victime qui devait être mille pieds sous Terre et se dirigea vers les coulisses en courant d'un pas léger, une larme en coin de l'œil. Se soir il n'aura pas été parfait...

Le principal acteur quitta la scène, laissant ses deux compatriotes seuls. Il allait trop loin, mais tout le monde le connaissait pour être lunatique. Même ses boucles étaient plus stables quand il courait que son humeur. Jean-Baptiste courut directement derrière le rideau pourpre pour s'y cacher, il avait été humilié de la façon la plus disgracieuse et surtout devant un public de noble et pour ne pas arranger le tout, par le Prince du royaume de France.

Le jeune Italien se retrouva alors seul devant un parterre surpri et déçu. Comment rattraper une telle faute? Stefano regarda alors les musiciens en leur faisant un signe de la tête pour qu'ils reprennent où ils en étaient restés. Levant le visage vers son public, il leur fit un sourire dont il était le seul à avoir le secret pour tenter de calmer l'ambiance qui régnait dans la salle et qui devenait pesante. Des hommes s'étaient levés pour s'en aller, mais dès que la danse recommença, ils se replacèrent.

La scène était à lui et il fallait impressionner le public et le toute par une improvisation totale. Stefano mit tous ce qu'il avait dans le ventre. Sa représentation était énergique, ses mouvements calculés et d'une grâce impressionnante. Tout semblait être lié alors que le cerveau de Stefano suivait simplement son inspiration et la mélodie. Ses jambes longues et musclées volaient pour faire des arabesques ou d'autres positions qui étaient presque parfaite.
La fin arriva avec les cinq derniers huit. Que faire? Une idée farfelue apparut dans le cerveau du jeune Sforza, tourner sur lui-même d'une rapidité impressionnante avec de différentes positions de bras. Ce serait culotté, comme le reste et comme Monsieur l'aurait aimé. Mais le point qui clochait était les talons, allait-il réussir avec cet obstacle en plus? Est-ce qu'ils tiendraient à cette ultime barrière? Il s'enchaina, de toute façon il ne risquait plus rien, les orages de Monsieur étaient maintenant en coulisse.

Premier tour, les bras levé, les doigts dirigés vers le ciel.
Deuxième tour, les bras au niveau du torse, les jambes légèrement accroupies.
Troisième tour, les bras tendus contre le sol.
Il tournait telle une girouette, face à un vent violent.
Le beau danseur s'arrêta net, le bras droit en dessus de la tête, légèrement plié alors que son homonyme gauche arborait la même position mais contre le bas. Le visage levé contre le ciel.
La pression redescendit avec la dernière note.
Il releva la tête et regarda son public.

Tous étaient bouche bée par la prestation de l'Italien. Leurs yeux étaient fixés sur lui, épiant ses moindres gestes. Un premier applaudissement tonna, puis un deuxième et le parterre se leva dans un brouhaha faramineux.
L'improvisation avait été parfaite.
Les rideaux se fermèrent

Stefano courut vers Philippe qui s'était réfugié dans sa loge. Il bouscula les gens qui s'étaient agglutinés devant la porte du Prince pour pouvoir rentrer. Pourquoi restaient-ils là devant sans rien faire, que leur passait-il dans la tête? Des cris et des bruits forts se faisait entendre dans la pièce, mais les rideaux étaient toujours fermé.

Un ouragan était passé dans la salle, et il s'appelait Philippe. Encore un de ses sauts d'humeur pensa Stefano. Tout avait été retourné, rien n'avait résisté à la colère du Prince. Sur le tapis gisaient les restes de la jolie petite table en bois. Il avait même jeter tout son maquillage, ses magnifiques crayons d'une qualité exquise étaient par terre, cassé, sa poudre de riz retournée et le reste... Dans cette apocalypse avait tenu le miroir, toujours à la même place. C'était le seul élément survivant qui avait survécu au Duc.

Stefano referma la porte derrière lui. Le Prince était sur l'estrade, le visage démaquillé. Il releva la tête dès qu'il remarqua un signe de vie autre que le siens dans la pièce. Quand il remarqua qui état avec lui, devint aggressif.


-Je ne vous ai pas appelé. Sortez, dit-t-il d'un ton encore plus hautain au pauvre Italien qui n'était venu que pour le soutenir.

Mais il en fallait plus pour décourager le jeune Sforza, et malgré tout, Monsieur était aussi un ami et un peu plus. Il avait besoin d'être aidé dans son deuil, même s'il ne le désirait pas.

Le danseur Milanais s'avança tout de même d'un pas lent mais sûr en direction du Duc d'Orléans. Il allait à l'encontre de la volonté du Prince et il pourrait le payer très cher...

-Ce n'est pas avec moi que vous allez jouer à ce jeu monseigneur... Malgé le peu de temps que nous avons passé ensemble, je vous connais, je vous connais pour savoir ce qui vous tracasse actuellement et surtout ce qui vous a occupé l'esprit sur scène. Vous cacher derrière vos gros boucliers ne vous sera d'aucune utilité avec moi, dit-il de sa voix la plus mieleuse possible.

Il s'arrêta un court instant et fit quelques pas.

-Ne croyez-vous pas que ce serait le moment de laisser votre coeur se confier à quelqu'un pour qu'il puisse se vider de ses peines, les partager et rendre le poids qui l'occupe plus léger. Vous souffrez le martyre, et malgré que je connaisse ce sentiment, je n'oserai pas prétendre savoir votre souffrance.

Le jeune Italien recommença à s'avancer vers le Prince, d'un pas toujours très lent, il ne resentait pas de la peur, mais plus un sentiment comme de la crainte envers la colère du Duc.

-Je ne suis pas comme toute ces personnes qui sont dehors mon cher, mon honnêteté et ma capacité d'écoute d'autrui n'est que plus élevée que celle de ces autres personnages qui sont à vos bottes que pour avir votre attention, alors que moi je vous offre l'oreille et le réconfort d'un homme honnête, qui n'attend rien en retour, comme le ferait un vrai ami...
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Ven 22 Juin - 18:02

    Fallait-il vraiment que quoi qu'il fasse personne ne l'écoute? Que quoi qu'il fasse on se moque de son autorité, qu'on se moque de lui donc. Et Monsieur se redressait encore si cela pouvait être possible, toisait davantage, comme il était seul capable de le faire. Le mépris dont pouvait faire preuve le frère du Roi était le fruit d'une longue pratique et observation du monde qui l'avait forgé. Pourtant derrière son caractère tendre, aimable, Philippe ne faisait que rarement preuve d'un dédain aussi froid, aussi flagrant et violent. Aujourd'hui était la première fois depuis qu'il avait rejeté Armand de Guiche.
    Les poings se serrèrent, les poings noirs. Aussi noirs que ses yeux, aussi noir que sa peine. Ou que sa colère. Il ne parvenait plus à faire la différence de toute manière.
    Comme tétanisé, la poitrine soulevée par sa respiration profonde, courroucée, il le regarda s'approcher de lui. Monsieur fut bientôt submergé par les paroles du jeune danseur.
    Le connaître? Comment osait-il dire une telle chose?! Homme vaniteux et orgueilleux! S'il voulait "jouer ce jeu" là il le ferait avec ou sans l'accord du jeune homme, d'ailleurs plutôt sans qu'avec. Et puis dans tout les cas, qu'est-ce que cela faisait de différent chez cet homme? Etait-il VRAIMENT si difficile de ne pas deviner qu'il était encore et toujours dévoré par le cadavre de sa mère, qu'il se décomposait de concert avec lui. Vraiment, le ssssignor Sforza se croyait au dessus du commun des mortels sans en avoir une véritable raison. Et le ton moelleux, l'irritait encore, il avait le sentiment d'être considéré comme un enfant et d'être traité comme tel, alors même que des deux l'enfant n'était autre que Stefano! Monsieur était plus vieux que lui de 3 années. Il n'avait pas de leçon à lui donner!
    Les pensées du Duc s'agitaient, tourbillonnaient et il se sentait gagné par une ivresse furieuse. Ses yeux auraient crachés des éclairs s'ils l'avaient pu.


    -Je me moque de votre avis et de ce que vous croyez connaître. Sortez!


    Il pirouetta dans un tintement de perles, et monta sur l'estrade en deux enjambées furieuses, se retourna alors que Sforza reprenait. Ne lui avait-il pas dit de sortir à deux reprises?! La deuxième ayant presque été criée. Et malgré cela il restait? Pire encore il continuait!?
    Monsieur allait se dresser violemment contre Sforza. Il s'était d'ailleurs redressé de toute sa taille et aidé par la hauteur de l'estrade, il regardait l'Italien comme s'il allait l'écraser du bout de son talon en vulgaire et insolent insecte qu'il était présentement à ses yeux.
    La colère aveugle et blessée du Duc allait s'abattre sur le jeune Italien qui allait retrouver sa terre natale beaucoup plus violemment qu'il ne l'aurait pensé. Quoi de plus simple que d'obtenir un exil, c'était sa voix contre la sienne, et il était évident que la voix de Philippe avait bien plus de portée que Sforza. Le jeune danseur serait foudroyé dans son orgueil. Martyr de sa cause.
    Martyr.
    Vous souffrez le martyre.
    Philippe était suffoqué par l'audace de l'Italien. Et plus Sforza parlait plus Monsieur se sentait furieux, dévoilé surtout. L'orgueil du Duc d'Orléans ne pouvait admettre que cet homme voit sa faiblesse alors que le frère du Roi s'amusait tant à jouer avec les siennes. Il ne fallait qu'un seul sens. Mais... ces quelques mots, "vous souffrez le martyre", ces quelques mots l'avait brusquement ramené sur lui-même. Sa souffrance ne devait pas être vue! Il n'était pas à la cour pour cela... Il venait pourtant d'en faire l'éclatante démonstration, à tel point que n'importe qui (comprenez ici Sforza) pouvait décrypter ce qu'il ressentait et qu'il avait tenté d'enfouir au plus profond de lui-même.
    Que dira Louis lorsqu'il l'apprendra?
    Il sera déçu, il le dénigrera encore.
    Le regard que le frère du Roi portait sur l'Italien s'était transformé visiblement. Ses traits furieux s'étaient affaissés, adoucit légèrement dans sa peine et d'un noir furieux, les yeux de Monsieur étaient devenus une ombre mélancolique.
    Simplement le danseur eut les quelques mots de trop. L'indignation du frère du Roi revint. Il plissa les yeux en entendant la suite. L'outrecuidance de l'Italien et sa vanité lui avait fait rater une marche essentielle qui lui aurait permit de calmer l'inconstant Duc d'Orléans. On ne touchait pas ou peu les amis de ce dernier. Monsieur était un infidèle en tout, mais il conservait toujours au moins son amitié et son amour à ceux qui se trouvaient à ses côtés. Ses narines frémirent doucement alors qu'il baissait le menton comme pour charger.


    -Ces personnes dehors "mon cher", ont au moins le respect de leur prince, et m'ont été pour la plupart des amis précieux, bien avant que vous-même ne posiez le pied dans le Royaume de mon frère.

    Ou comment rappeler que le Roi de France était son aîné. Il avait redressé le menton, croisé les bras dans une attitude fermée. Philippe d'Orléans laissait parler sa colère et son amertume. Sa voix était blanche, mielleuse d'une méchanceté ouverte.


    -Votre offre est charmante assurément, mais il se trouve que vous n'êtes pas le seul honnête homme à mes yeux et à mes côtés. Ajoutons à cela le fait que je ne verrai pas ce que je devrai vous confier, hormis le fait que je souffre actuellement votre présence avec une grrrrrande difficulté.

    Un vrai ami avait-il dit... Il fallait reconnaître que Monsieur avait été surpris, touché et qu'il ne s'était pas attendu d'une telle chose de la part de Stefano. Mais :


    -Enfin si vous saviez le nombre d'amis véritables qui se sont déjà présentés à mes pieds, sans rien attendre de moi... Vous seriez sans doute surpris du nombre d'"ami" que je puis trouver en sortant de cette salle. Votre attention est louable, mais ne croyez pas être le premier à l'avoir tentée.

    Philippe se laissa tomber de l'estrade, atterrit sur le sol avec une certaine grâce. Si l'Italien voulait se trouver à ses côtés fort bien, il devrait en supporter les conséquences et la position de bouc-émissaire.


    -Allez donc retrouver Jean-Baptiste... Il sera sans doute heureux d'avoir un "vrai ami", pour le guider et le consoler de sa maladresse et de son incompétence alors que vous marcherez vers la belle Italie.

    Il s'était rapproché de lui d'un pas lent, carnassier. Ce n'était que grâce à ses talons qu'il pouvait regarder Sforza dans les yeux sans avoir à lever la tête et qu'il pouvait aussi laisser planer cette menace qu'il avait achevé sur un sourire mauvais. une menace bien futile quand on connaissait le frère du Roi, mais une menace malgré tout. Car le Duc d'Orléans luttait contre une menace plus intime, qui lui piquait les yeux et le gênait. il ne fallait pas que les larmes dépasse la barrière de sa colère, il ne fallait pas qu'elles s'allient.
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Sam 23 Juin - 15:43

Stefano ne s'était pas attendu à une tâche facile, surtout que le caractère de Monsieur était fort et sa fragilité mentale n'aidait en rien. Il était devenu plus fragile depuis la mort de sa mère. Sa bipolarité ne s'était que plus aggravée depuis ce tragique événement. Il l'avait plongé au plus profond de son être et il n'arrivait pas à se débarrasser de ce fantôme qui le hantait maintenant depuis un long mois. Ses changements d'humeur se faisaient plus fréquents et surtout plus forts. Philippe était en colère et plongé dans une violente tristesse. La Reine-Mère n'aurait pas souhaité tant de malheur pour son pauvre fils, elle l'avait tellement aimé.

L'Italien était maintenant nez à nez avec le Prince, il le regardait dans les yeux, il ne fallait pas qu'il se montre faible sinon c'était la fin, la fin de sa chance de pouvoir aider quelqu'un. Ce trait de caractère avait toujours été présent chez le jeune Sforza, depuis sa plus tendre enfance. L'entre-aide était une valeur chère pour ce jeune homme. Les yeux de Philippe montraient de la haine, ils étaient noirs comme le charbon, mais il y avait quelque chose qui ne trompait pas l'œil de l'Italien, c'était leur brillance. Ils luisaient tel le dessus de l'océan par une belle journée ensoleillée et ce phénomène était synonyme de larmes. Elles étaient prêtes à couler. Certainement qu'il se retenait, il ne faut surtout pas montrer ses sentiments à la Cour, paraître fort. Tout le monde le jugera s'il pleurait en public, et son frère serait dessus.

Le Duc d'Orléans pirouetta sur l'estrade et lui cria une fois de plus de sortir, il se montrait sûr de lui et il ne voulait personne à ses côtés, souffrir seul dans son coin, comme une brebis galeuse. Mais quand l'Italien commença à parler des sentiments profonds qu'il avait ressentis chez le Prince, celui-ci eut une expression différente, mais dès que le danseur parla des "amis", il se referma. Avait-il été trop loin? Non, il fallait passer par là pour lui expliquer son point de vue. Philippe se dirigea violement contre Sforza et s'arrêta. Il le regardait comme un simple jouet dont il pouvait se désister à tout moment. Son regard était méprisant et hautain. Stefano remarqua qu'ils faisaient la même taille en ce moment, il dut se retenir de sourire, sans quoi il aurait perdu toute sa crédibilité. Il baissa les yeux, puis remonta la tête en direction de son interlocuteur.

-Je ne doute en aucun cas de l'amitié des gens qui vous entourent monseigneur, ils sont certainement là depuis plus longtemps que moi, je souligne juste que le fait d'être ami ce n'est pas qu'accepter mais c'est aussi de braver pour prouver à l'autre qu'il puisse avoir tord. Un ami est quelqu'un qui vous dira tout, franchement et sans détoure, sans vous vouloir de mal bien sur…Et pour ce que j'en ai vu, personne dans votre entourage n'ose faire cela, sauf que je le fais car c'est comme cela que je suis et que j'ai été élevé.

Il se rapprocha un peu plus du fils du Royaume de France.

-Votre nombre d'amis et leurs sentiments envers vous m'est égal, tous ce que je souhaite c'est votre bien, vous voir mieux, sans ce poids sur vos épaules, qui vous oppresse terriblement. Je ne vous propose pas qu'une simple amitié, loin de là. Plutôt une relation basée sur la confiance de l'autre, où l'on peut presque tout se dire sans avoir peur de la personne qui se retrouve en face.

Le Prince sauta de l'estrade d'une façon amusante, remplie de grâce et vint se poser à côté de Stefano.

-Allez donc retrouver Jean-Baptiste... Il sera sans doute heureux d'avoir un "vrai ami", pour le guider et le consoler de sa maladresse et de son incompétence alors que vous marcherez vers la belle Italie, dit Monsieur plus tranquillement.

Certainement était-il fier de sa pique, mais pourquoi voulait-il renvoyer le jeune Sforza en Italie, avec Jean-Baptiste. Qu'y gagnerait-il? Sa dignité serait sauvegardée pendant quelques mois avant qu'un autre écart se produise?

-Je n'ai rien à faire de Jean-Baptiste, il s'en remettra, c'est un bon danseur et une personne bien. Je connais bien sa femme et elle saura le consoler et le relever. Mais vous, par contre, vous avez besoin d'aide dans vote chemin et je vous propose la mienne.

Et puis, pourquoi s'en voudrait-il, il n'a rien loupé, c'est juste Philippe qui a loupé son tour, qui n'a pas bougé, puis qui s'est enfuit en montrant toute la maladresse de son geste en se jetant sur un de ses danseurs, pensa Stefano.

-Vous pouvez certes nous renvoyer en Italie, bien que ce ne soit pas le pays d'origine de ce cher Jean-Baptiste et démontrer votre pouvoir qui est grandiose, mais ce n'est pas le meilleur moyen de vous faire oublier ce qui c'est passé. Pourquoi refuser de parler, la parole est si simple, elle est peut-être destructrice, mais elle aide aussi à la reconstruction et le fait de partager sa peine avec autrui n'est que bénéfique.

L'Italien avait perdu maintenant tout le miel de sa voix, sa ne servait à rien avec une âme trop blessée. Il voulait retourner en Italie, mais le pauvre ne pouvait pas. Tout ce qu'il avait eu là-bas lui manquait, mais maintenant il reconstruisait une nouvelle vie, sa nouvelle vie et il ne laissera personne le lui interdire, même pas le frère du Roi. La menace était pesante, mais sortant de la bouche de cette personne cela paraissait naturel. Plusieurs gens avaient raconté à Sforza que le Prince menaçait souvent pour se rendre supérieur et taire ce qui ne lui plaisait pas.

-Mon Prince, laissez ce martyr sortir de votre corps, libérez votre âme de ce poids qui vous appuie depuis si longtemps sur les épaules. Cette discussion restera entre nos quatre oreilles, vous savez, tout le monde a des peines et il faut les confier à quelqu'un. Je vous jure le secret infini monseigneur si vous acceptez de me faire par de votre souffrance, dit l'Italien d'un air des plus convaincant qu'il le pouvait.

Ses yeux étaient encore plus luisants qu'au début, les larmes allaient certainement commencer à couler

- Laissez-les sortir monseigneur, il sera bon de les laisser couler sur votre peau, vous verrez, Vous vous sentirez plus léger après…

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Mer 4 Juil - 20:23

    Monsieur chassait, guettait chaque regard de Stefano, le moindre vacillement, la moindre faiblesse. C'était un expert en la matière, Monsieur avait bien de l'expérience, car c'était toujours ce qu'on lui avait dit de dissimuler aux yeux de tous, de tous, sauf du Roi et de sa mère. Certes il avait encore des progrès à faire pour dissimuler ses propres hésitations et faiblesses, beaucoup de progrès même... Mais il reniflait toujours la défaillance quand elle se trouvait sous son nez.
    Et à son grand dam il la sentait davantage en lui que chez le jeune Italien, et Monsieur tentait de la cacher derrière son menton dédaigneusement levé. La lèvre agitée d'une moue rageuse, il fusillait du regard le pauvre Sforza, qui ne semblait pas si pauvre et si démuni que cela. Et qui de surcroît rajoutait une nouvelle couche à tout ce qui avait précédé.
    Et Monsieur écoutait, fit une moue dédaigneuse. Les amis, il en avait une vision bien précise, il savait lui! Ou presque, enfin il lui semblait. N'en était-il pas certain?
    Qu'était-ce qu'un ami? Un véritable ami?
    Un ami c'était celui qui dans son enfance s'était fardé et habillé avec lui, qui se moquait des grosses mégères et de leurs habits, qui le faisait avec lui encore aujourd'hui. Un ami c'était une demande subtile et douce, des faveurs et des exigences, c'était des sourires hypocrites et obséquieux mais qui lui plaisait. Un ami c'était la peur de le voir partir, de ne jamais le retrouver. Un ami c'était celui qui pouvait déplaire au Roi, qui pouvait être chassé. Un ami c'était quelqu'un qui pouvait le faire souffrir parce qu'il partait avec sa propre épouse, en oubliant tout ce qui avait été fait auparavant.
    Monsieur pinça les lèvres. S'il n'avait pas été de si mauvaise foi, il aurait dû convenir qu'il n'avait en vérité aucune idée de ce qu'un ami pouvait être. Le Roi n'a pas d'ami, son frère ne pouvait en avoir davantage, et en bon prince, Philippe avait tenté tant bien que mal de se faire sa propre conception de ce qu'était l'amitié. Mais sa vision était érroné, i l ne connaissait que le monde superficiel de la Cour, rien de solide donc. Et puis d'une manière générale l'amitié ne s'attachait pas à sa personne, on l'engageait toujours sur les extrêmes. Monsieur savait qu'on se prenait d'affection pour lui, mais pas davantage ou lorsque c'était le cas on passait directement au stade de l'adoration - ce qui au vu de sa superbe personne était tout à fait naturel, s'amusait-il à penser-. Que Sforza se réclame être son ami seulement après quelques mois, alors même que certains de ses mignons n'osait imaginer la chose après avoir pourtant passé un certain nombre d'années à ses côtés, était quelque chose qui traînait entre le risible et l'admirable.
    Et il lui proposait.
    Philippe eut le goût amer de la pitié sur sa langue. Alors qu'il était dans un telle détresse, le jeune homme pensait qu'il était complétement désespéré et abandonné, qu'il n'y avait personne pour l'écouter. Bon, ce n'était pas totalement faux, mais il avait déjà pleuré sur l'épaule de son ange, de son chevalier, il avait gémit à l'adresse d'Effiat aussi... Il confierait ses peurs les plus terribles à un homme qu'il ne connaissait que depuis 6 mois?

    -Soyez comme vous le souhaitez Monsieur Sforza, proposez ce que vous souhaitez. Je vous le répète : votre attention est louable et je vous en remercie, mais je vous interdit de me prendre en pitié... J'ai assez de cela pour ne pas en subir davantage, et je ne supporterai pas un tel regard de vous ou de qui que ce soit sur ma personne.

    Le Prince avait adoucit son ton sans vraiment le réaliser, mais il ne pouvait s'empêcher de rester menaçant, grondant. La meilleur défense selon lui était l'attaque et il ne se privait pas en ce moment de l'appliquer.
    Sa menace était futile, même lui n'y croyait pas. Il ne voulait pas renvoyer Jean-Baptiste de la Cour, c'était un homme de talent, et il en allait de même pour Stefano. Monsieur ne pensait pas ses cruautés. Après sa pique, le frère du Roi se détourna pour se retrouver devant le miroir qu'il avait laissé indemne et contempla son reflet.
    En vérité comment ne pas avoir pitié de lui-même, pensa-t-il. Il était vraiment pathétique.
    La voix de Stefano le rappela et il contempla le reflet du jeune homme d'un air dédaigneux. Et il sentait les larmes encore qui perçaient au cœur de son indignation, de sa colère. Pourquoi ne voulaient-elles pas partir et le laisser en paix? Il ne voulait pas pleurer devant Sforza. Ses paroles lui étaient insupportable, il serrait les poings, sentant le poids de l'or pur de ses bagues déchirer les paumes de ses mains. Et puis finalement, il tapa du pied violemment encore en se retournant vers le danseur, criant à plein poumon.


    -Je l'ai laissé sortir!! Pendant trois semaines, sans relâche, sans repos!! Vous devriez le savoir, j'ai été quelque peu absent ces dernières semaines, ajouta-t-il sur un ton sardonique. Je n'ai de secret pour personne!, cela aussi vous le savez.

    Il avait dit ces dernières phrases dans un éclair furieux, de ce ton mielleux de haine brûlante. Il s'était à nouveau avancé vers Sforza

    -Je n'ai plus rien à pleurer, plus rien à regretter, à plaindre, à gémir! Plus rien! Il n'y aura rien le long de ma peau! Rien, rien, RIEN!

    Et alors qu'il criait, ivre de colère, il sentit couler bien malgré lui les larmes qu'il avait retenues jusqu'alors. Philippe d'Orléans se retourna aussi brusquement qu'auparavant vers le miroir. Il ne voulait pas. Il ne fallait pas.
    Il se mordit les lèvres aussi fort qu'il le put, serra les poings encore. Non non, cessez de glisser le long de ses joues et de salir de traînes noire le blanc de la poudre de riz, de filer entre les paillettes et la poudre d'argent. Monsieur trembla légèrement, luttant contre lui-même, ne parvenant pas à prendre le dessus.
    Il baissa le regard au sol, tournant toujours le dos à Sforza, qui devait certainement le voir dans le reflet du miroir, les yeux fermés pour tenter d'arrêter ces larmes qui l'horripilait.
    Le Prince se laissa glisser au sol, assit en tailleur comme un enfant, entoura sa poitrine de ses bras, la respiration lourde de sa peine. Il n'y parvenait pas ses larmes se moquaient de lui et coulaient malgré tout. Monsieur retint un juron, et releva les yeux vers le miroir. Il se sentit soudainement épuisé, vidé. Il ne voulait plus être en colère, il était fatigué. Le frère du Roi eut un rire nerveux, un rire qu'il ne parvint à réprimer que difficilement. Il essuya ses larmes d'un doigt délicat avant de dire dans son rire mourant :


    - La vie paraît bien sotte... Elle ne sait jamais quoi répondre à la mort qui a réponse à tout.

    Il regardait Sforza dans le reflet du miroir, puis regarda ses bagues qu'il fit scintiller à la lumière des bougies.


    - Et il n'y a qu'un sot pour pouvoir le comprendre, avant de l'oublier à nouveau.


    Les lueurs sur ses bagues étaient jolies, elles l'apaisaient, il les regardait pris d'une soudaine fascination.
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Ven 6 Juil - 0:51

Monsieur s'était retourné face à son miroir, que cherchait-il? S'était-il perdu dans son contemplement? Ce qui était sûr, c'est qu'il était nerveux, très nerveux, tout le montrait. Il se mordait les lèvres, avait les points serrés mais surtout il jouait avec ses bagues, les faisant tournoyer autour de ses fins doigts agiles, comme les enfants qui ont besoin d'un jouet pour évacuer leurs sentiments. à y penser, Philippe était resté très enfant, il aimait se déguiser, jouer avec les autres et certaines de ses réflections étaient très enfantines, mais depuis trois semaines, tout ça était parti, depuis la mort de la Reine ses rires enfantins s'étaient évaporés, comme la vapeur fuit le froid.

Depuis où l'Italien était, il pouvait voir les moindres gestes du Duc d'Orléans et il vit des larmes commencer à couler. Elles étaient lourdes, remplies d'un chagrin inhumain résultant de la perte de sa mère. Ces gouttes trainaient le maquillage noir sur ses joues blanches, recouvertes de poudre de riz. Il regardait le sol, avait-il honte de ce qui se passait? Certainement, il se plaisait tellement à jouer avec les autres et à leur cacher ses sentiments et là, c'était lui qui était inoffensif. Le Prince se laissa glisser parterre et regarda sa main avec fascination, tout en parlant de la mort et de la vie, comme s'il les avaient frôlé les deux.

Sa voix avait changé, pour devenir plus douce, elle avait perdu toute son agressivité. Il ria même, était-ce encore un de ses masques? En tout cas ce n'était pas le même que celui d'il y a quatre mois

Le danseur prit son courage à deux mains et alla s'assoir à côté de son ami, pas trop près pour ne pas l'offenser
.
-Monseigneur, je ne prétends pas connaître votre peine, mais je ne pense pas que la mort soit une solution, elle apporte certainement paix à l'âme, mais personne ne sait ce qu'il se trouve de l'autre côté, c'est pourquoi il faut profiter de la vie qui vous est offerte ici bas, sur Terre. Il reprit une respiration avant de continuer. Votre douleur ne partira pas en un claquement de doigts, mais le temps l'effacera petit à petit. Je ne veux pas vous faire de mal en vous parlant de votre mère, mais en toute honnêteté, pensez-vous qu'elle se plait à vous voir de la sorte? Je suis sûr qu'elle voudrait vous voir comme avant, souriant, riant, dégager une joie de vivre.

Stefano se releva et tourna dos au Prince, mais n'avança point. Il voulait que le Philippe le retienne de force et lui parle. C'était un moyen de lui faire croire qu'il avait encore le pouvoir, car il pensera que l'Italien allait rester contre son grè, mais est-ce que Monsieur allait tomber dans le panneau, connaissait-il cette façon d'agir? Le jeune Sforza le verrait assez vite. Il pria pour que cela fonctionne et qu'il obtienne des confessions, non par pur égoisme, mais pour aider, ou tenter d'aider quelqu'un


-Je m'en vais Monseigneur, comme vous me l'avez demandé, je retourne chez moi en Italie, comme vous me l'avez ordonné, en prenant Jean-Baptiste, nous prendrons le temps de vous écrire quand nous serons arrivé à Gènes ou à Milan. Je vous souhaite de guérir de votre peine cher Duc, vous le méritez!

Est-ce que ce changement de situation allait faire le faire réagir? Il l'espèrait, car il ne pouvait pas retourer en Italie et il faudrait reconstruire toute une vie. De plus Jean-Baptiste était de bonne companie, mais ce n'était pas le genre d'homme avec qui Sforza aimait passer toutes ses journées. Une petite voix dans son esprit résonna:
-Tu es fou mon petit, tu es fou...

Il commença à marcher, d'un pas lent, pour laisser Monsieur réfléchir et il évita les débris causé par la colère passée de Philippe car il ne voulait pas se blesser. La porte se rapprochait de plus en plus, pourquoi avoir agit comme ça et ne pas l'avoir laissé seul comme il l'avait demandé?

Comment allait se passer l'avenir?
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Mar 31 Juil - 13:40

    Il gloussa encore doucement, continuant de regarder ces belles lueurs sur ces jolies bagues. Son rire mourut une nouvelle fois, il finit par détourner le regard de ses doigts. Fatigué, las, il regarda à peine l'Italien s'asseoir au sol à ses côtés. Il ramena ses jambes contre lui, le menton posé sur ses genoux, le regard éteint.
    Monsieur ne pensait pas que la mort était la solution à sa mélancolie et à ses autres problèmes d'une manière plus générale. Il aimait trop vivre pour cela et pour aller chercher le repos. Mais cela faisait si mal, si mal. Il voulait simplement panser ses blessures, à l'abri, en paix, aussi longtemps qu'il le faudrait.
    Il fut soudainement frappé par les mots de Stefano. Si sa mère le voyait... Oh oui elle aurait honte, voilà ce qu'elle ressentirait. Il n'avait pas le droit d'exprimer ainsi ses sentiments les plus profonds, combien de fois le lui avait-elle dit pour Guiche, pour Henriette, et même pour elle. Mais si elle n'était pas morte... Il serait encore tout ce que lui énumérait Sforza. Elle ne serait pas morte il se sentirait encore entier, encore enfant, encore innocent. Il serait encore comme elle aurait voulu qu'il soit.
    Monsieur se figea, redressa le menton, assaillit par une nouvelle idée que le terrifiait et l'excitait tout à la fois.
    C'était à lui maintenant de choisir, c'était à lui de se construire et de choisir ce qui il allait être D'être comme il le souhaitait, comme il l'entendait. Sa mère n'était plus là pour lui imposer une figure qu'il se devait de maintenir. Il n'avait plus la peur de ses colères, de ses déceptions, de ses soupirs lassés.
    Son visage se baissa une nouvelle fois vers le sol, dépité, ou rassuré.
    Non. Il y avait quelqu'un d'autre, quelqu'un d'autrement plus important. Bien plus que sa mère même.

    Il avait oublié Sforza et lorsqu'il se releva, Monsieur fut tiré de ses pensées et l'on pu lire l'incompréhension sur son visage. Partir ? Mais où et pourquoi ?
    Monsieur se souvint de ses paroles amères et regarda son reflet à nouveau. Les derniers mots de l'Italien ramenèrent des larmes et il se mordit les lèvres pour ne pas se remettre à pleurer. Il l'entendit s'éloigner, se frayer un chemin parmi le chaos que le frère du Roi avait semé derrière lui.


    -Non...


    Il n'avait pu levé qu'un murmure au cœur de cette vaste pièce. Sforza avait-il pu seulement l'entendre ?

    -Non,
    répéta-t-il un peu plus fort. Ne partez pas... Tout le monde part, tous me quittent...

    Il détourna le regard, serrant le poing, faisant définitivement disparaître les belles lueurs de ses bagues.


    -Il n'y a que Lui.


    Ce Lui qui revenait si souvent, qui s'imposait toujours à son esprit et qui avait conditionné toute sa vie. Ce frère qu'il aimait tant, qui lui donnait et lui retirait tout. Philippe ferma les yeux et les lèvres aussi fort qu'il le pouvait. Il ne devait pas être comme il le souhaitait lui, mais comme le voudrait et l'exigerai son Roi.
    Monsieur se releva, s'épousseta, faisant danser les perles et les plumes de sa coiffe qu'il retira et abandonna sur l'estrade, libérant ses longues boucles noires dans une cascade de reflets ébènes. Il la contempla un moment avant de se tourner vers Sforza et de marcher vers lui, de lui sourire doucement.


    -Allez dire à Jean-Baptiste que je lui parlerai ce soir,
    dit-il d'une voix redevenue calme, où les échos de l'enfance retrouvaient un abri sûr mais éphémère. J'aimerai refaire avec vous deux une danse pour le carnaval que je donne dans quelques jours en mon Palais-Royal.

    Philippe caressa la joue du danseur dans un sourire.


    -En attendant, Monsieur Sforza, j'irai retrouver mes amis qui doivent... sans doute... s'inquiéter pour vous.


    Le frère du Roi posa sa main noire sur la poignée de la porte sans l'ouvrir toutefois, il regarda Stefano une nouvelle fois plongeant son regard noir dans le sien. Tout semblait si irréel.

    -Grazie signor Sforza.


    Son accent n'était pas mauvais, pas aussi bon que son accent espagnol néanmoins. Il avait en lui du sang italien, mais c'était davantage l'âme des Médicis que la langue qui lui était parvenue. Monsieur avait sourit au jeune homme, l'avait regardé avant de gloussé comme un enfant et de sortir de la pièce comme s'il ne s'était jamais rien passé, se dirigeant vers ses courtisans, les accueillant à bras ouvert dans un rire.

    -Vous ais-je manqué mes tendres ? Me voilà, me voilà ! Cachez ces mines inquiètes voyons ! Je n'ai pas une telle expression moi ! Changez cela, changez!

    Ainsi va la Cour, aujourd'hui les pleurs, demain les rires. Monsieur allait simplement un peu plus vite que cela. Il le devait
    .
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Sam 11 Aoû - 0:48

Monsieur était assis, comme s'il était seul dans son monde. Son regard souverain était perdu dans le vide, comme attiré par quelque chose d'invisible. Son visage d'enfant était toujours rempli de tristesse, au bord des larmes mais il se retenait de ne pas pleurer, de ne pas exploser. Ce sang froid impressionnait Stefano, Le prince était vraiment maître de ses expressions. Cela était certainement normal, le frère du Roi ne pouvait pas se permettre de laisser paraitre ses sentiments, surtout ses faiblesses. Stefano avait utilisé tous ses arguments et ne se sentait plus apte à continuer, de plus certainement qu'il n'aurait pas supporté une remarque de plus.

Citation :
Non, répéta-t-il un peu plus fort. Ne partez pas... Tout le monde part, tous me quittent...
Il détourna le regard, serrant le poing, faisant définitivement disparaître les belles lueurs de ses bagues.
Il n'y a que Lui.

Lui, qui était-ce? Qui avait bien pu rester avec Philippe pendant tout ce temps, peut-être un membre de sa famille, sa mère qu'il croirait à ses côtés? Pourquoi n'avait-il pas dit son nom, Stefano savait que le Duc d'Orléans aimait faire planer les mystères dans son entourage, jouer, mais jouer maintenant n'avait aucun sens. Était-ce pour faire croire à l'Italien que le Duc avait quelqu'un de proche qu'il ne connaissait pas et que le danseur avait eu tout faux depuis le début? Ce simple mot de trois lettres le perturba, il le laissa perplexe. A quoi cela pouvait bien servir de garder ce nom secret? Cette énigme allait être un nouveau point sur lequel Stefano allait se pencher

Le Prince l'arrêta net dans son élan, que lui voulait-il après ce qu'il venait de se passer. Il venait de le menacer de le renvoyer en Italie à cause de son arrogance et maintenant il quémandait ses services. Philippe se releva dans des mouvements toujours autant gracieux.
Le Duc d'Orléans passa sa main sur la joue de Stefano avec un sourire qui faisait fondre le jeune Italien. Monsieur avait toujours eu cette petite fossette qui attirait le danseur. Sa peau était aussi douce que celle d'une femme et elle électrifiait les nerfs du Sudiste.

Le Français planta son regard dans celui du jeune danseur et lui demanda d'aller vers Jean-Baptiste pour lui confier un message: il devait retrouver le Duc d'Orléans et l'Italien ce soir même pour parler.

Citation :
J'aimerai refaire avec vous deux une danse pour le carnaval que je donne dans quelques jours en mon Palais-Royal.

Le Prince voulait-il se rattraper envers ses deux danseurs, en tout cas la proposition était forte intéressante, le carnaval qui allait être fait allait être beaucoup plus grand que ce ballet et allait regrouper plus de personne influente de toute la France. C'était encore un moyen de danser à côté de Philippe, quelle chance! Ceci était un cadeau du ciel, de plus c'était l'occasion de danser devant son nouvel amant, Antoine d'Effiat, qui avait toujours voulu le voir danser.

Citation :
En attendant, Monsieur Sforza, j'irai retrouver mes amis qui doivent... sans doute... s'inquiéter pour vous.

Monsieur jouait avec ses nerfs, dix minutes auparavant, il voulait faire rentrer le jeune Sforza dans son pays d'origine, là où il serait tombé dans la pègre, où il aurait tout perdu et maintenant il lui demande de danser au carnaval avec lui. En tout cas il n'avait pas perdu son arrogance et son sens de la répartie. Le prince décolla, et dans un dernier regard en saisissant la porte s'adressa à l'Italien.

La joie subjugua Stefano, mais il ne le laissa pas paraitre. Une chaleur se repartit dans son corps, la pression baissa d'un coup, tous ses muscles se décontractèrent. Il ne retournera pas en Italie, en tout cas pas aujourd'hui. Il faudra fêter ça, avec Antoine et avec J.B avant, l'inviter, n'importe où, c'est le geste qui comptait.

Citation :
Grazie signor Sforza.

Son accent italien n'était pas mauvais, loin de là, mais malgré les efforts il se faisait toujours sentir. Celui-ci lui donnait un petit charme en plus qui émoustillait Stefano. Sur ces derniers mots, il ouvrit la porte et se dirigea vers ses mignons pour les calmer.

Après le départ de Monsieur, l'Italien resta un moment dans la salle pour éviter ses camarades et les questions, puis il se dirigea vers l'endroit où il avait vu Jean-Baptiste en dernier. Sur le court chemin, il remercia la chance de l'avoir laissé faire sa vie en France. Il ne voulait pas retourner chez lui, il était bien en France, dans la Cour.

Quand Stefano arriva, le jeune homme se trouvait toujours dans la même position, assis, le visage dans les mains, ses sanglots avaient cessé mais il était resté figé dans le temps. Son corps était parcouru par des genres de petits spasmes.

-Jean, Monsieur le frère du Roi veut nous voir toi et moi ce soir pour nous parler d'une seconde représentation qui se ferait lors du carnaval qu'il souhaite organiser.

Son compagnon leva lentement sa tête et planta ses yeux dans ceux de Stefano, ils étaient remplis de tristesse. Il se leva et alla se lover dans les bras du jeune Sforza. Il avait eu peur, peur pour sa famille, qu'ils soient renvoyés. L'Italien avait eu les mêmes craintes, mais il ne les laissait pas paraitre, en tout cas pas devant son ami. Le jeune Sforza invita son ami à manger pour fêter cette occasion, histoire de marquer le coup et de partager leur joie de pouvoir danser à nouveau au près du Prince.

Le ballet était fini, mais la danse allait reprendre…

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