Partagez | 

 Fin de service [Monsieur] FINI


Mer 5 Sep - 22:53

La journée avait été des plus harassantes. Athénaïs avait dû se lever plus tôt que d'habitude puisque la veille, elle avait couché à Paris, son mari étant rentré de campagne militaire. Et lorsqu'il rentrait, il voulait avoir sa femme auprès de lui. Bref, le chemin entre Paris et Saint-Germain prenait un temps certain, il avait donc fallu que la marquise prenne soin de se réveiller de bonne heure afin de pouvoir se préparer comme il se devait. Ajoutons à cela une journée bien chargée, passée à écouter la reine geindre en espagnol, tâcher de lui inculquer quelques notions de français ce qui n'était pas une mince affaire lorsqu'on connaissait le personnage... La reine n'avait de "reine" que le titre... Elle ne soignait guère trop son apparence et ne faisait rien pour s'intéresser aux coutumes de sa terre d'accueil... Les dames de compagnie en perdaient leur latin parfois. Athénaïs avait toujours un mot amusant pour dédramatiser la situation et amuser la galerie. La reine ne comprenait pas toujours ses plaisanteries, ce qui était d'autant plus drôle. En revanche, chacune comprenait quand la reine insultait ou dévalorisait en espagnol cette pauvre Louise de la Vallière qui n'avait aucun répondant. La reine était cornue et en était consciente, ce qui l'énervait passablement.

Avec la mort de la reine mère, la reine Marie-Thérèse avait perdu sa plus précieuse alliée. Sa belle-mère, qui était également sa tante, l'appréicait fort. Elles se ressemblaient d'ailleurs comme deux gouttes d'eau. Le décès d'Anne avait attristé beaucoup de personnes, à commencer par la mère d'Athénaïs qui en était proche, elle avait été des années durant sa dame de compagnie. D'ailleurs, Athénaïs l'avait rencontrée étant enfant, au même moment où elle avait fait la connaissance de Monsieur. C'était Anne d'Autriche qui les avait présentés, afin qu'ils jouent ensemble. Ils s'étaient entendus dès les premiers instants. Ils avaient exactement le même âge et la même passion pour les belles choses.

Bref, le décès de la reine-mère avait rendu Marie-Thérèse d'autant plus insupportable qu'elle pleurait sans cesse. Sa tristesse était tout à fait compréhensible, mais une dame, et d'autant plus une reine, se devait de faire montre d'une certaine prestance, même dans la douleur et la tristesse... Et ce n'était guère le fort de notre espagnole. Aussi, la journée avait-elle été des plus fatigantes. Athénaïs était donc ravie que le coucher de la Reine se soit vite achevé. Toutes les dames de compagnie s'étaient dites "au revoir" dans l'antichambre et étaient parties regagner leurs quartiers. Mais ce soir, la marquise rentrerait de nouveau sur Paris pour faire plaisir à son mari. Mais elle n'en avait guère l'envie. Il allait encore la sermonner sur le plaisir qu'elle prenait à être à la Cour, le fait qu'il n'y était pas pour voir qui lui tournait autour, qu'elle ne passait pas assez de temps avec leurs enfants... Elle lui rétorquerait qu'il n'était guère plus présent, qu'il gaspillait tout l'argent du ménage pour des jeux stupides auxquels il perdait toujours et qu'il n'était pas fichu de faire son travail correctement... Encore une soirée heureuse en perspective...

Toutes les dames étaient sorties et Athénaïs décida de s'asseoir quelques instants sur une bergère. Elle avait bien le temps après tout. Tout le monde était parti souper puis se coucher, elle se retrouvait seule. Mais soudain, des bruits de pas se firent entendre. Qui donc pouvait encore passer? Elle se leva donc, afin d'être à même d'accueillir comme il se devait la personne. La porte s'ouvrit et un visage familier apparut. Il s'agissait de Monsieur, le frère du roy! Athénaïs s'inclina comme le voulait l'étiquette face un membre de la famille royale. Mais Philippe était plus que cela, c'était également son ami. Et cela faisait un certain temps qu'ils ne s'étaient revus... Pas depuis le décès de la reine mère. Athénaïs savait son ami fort sensible et très peiné par cet événement. C'était tout à fait compréhensible d'ailleurs. Elle se releva de sa révérence et lui fit un sourire amical, attendant qu'il rompe le silence.
avatar
Invité
Invité


Ven 7 Sep - 18:24

    Monsieur voyait bien que le mois agonisait. Que les jours profitaient pour une dernière fois de leur association au mois de février. La neige avait déjà commencé à fondre, il avait cru voir des perce-neige depuis ses fenêtres. Pour les rares fois qu'il avait pu en voir, il n'avait jamais aimé ces fleurs. Trop impatientes, trop ambitieuses. A vouloir être les premières, elles se mettaient dans une situation idiote, perdues dans le froid de l'hiver mourant, glacées le jour et la nuit, et elles mouraient avant même d'avoir vu le printemps. Il trouvait ces fleurs fanfaronnes, même pas jolies, sans grâce ni élégance. Pâles, sans couleurs, hormis ce mauve pastel qui sauvait un peu ces bourgeons gonflés de vantardise et qui évoquait dans l'esprit de Philippe les gros bourgeois parisiens, ou surtout les parlementaires drapés de leur dignité suffisante. Monsieur s'entendait bien avec les premiers, il méprisait les seconds, héritage d'une Fronde de jeunesse.
    Enfin, de là où il se trouvait, il ne pouvait rien voir. Ajoutons à cela le fait que la nuit était tombée depuis plusieurs minutes déjà et que donc fort heureusement il ne pouvait voir depuis la fenêtre royale ces petites insupportables fleurs qui se pressaient au balcon, comme pour apercevoir le roi son frère. Comme s'il n'y avait pas assez du regard des courtisans durant la journée...
    Quel intérêt que ces fleurs me demanderez vous ? Aucun. Philippe s'était tout simplement perdu une nouvelle fois dans ses pensées. Il s'était levé et déplaçait machinalement les meubles de son frère. Monsieur adorait faire cela, redécorer, ou au moins ici ré-agencé de manière correcte, fine et subtile les appartements de son aîné, comme un simple domestique médiraient certains. Il savait que Louis aimait le grand air, les fenêtres, l'espace qu'il n'avait pas, aussi avait-il déplacé un lourd fauteuil devant une des fenêtres. Là. Au matin le soleil tomberait sur ce petit espace, et Louis s'y asseoirait, regarderait les jardins qu'il aimait, rêverait un instant. Et les courtisans l'observeraient, il serait majestueux par son port, par son regard, mais aussi par la place qu'occupait cette chaise. Philippe savait mettre son frère en valeur et ne se privait pas de de mettre ses talents à contribution.
    Louis n'était pas là, plus là. Les deux frères s'étaient poliment quittés il y avait quelques instants de cela. Sans se justifier, sans s'expliquer. Et pourquoi l'aurait-il fait ? Monsieur n'avait pas besoin d'en connaître les raisons, et généralement il savait s'effacer de lui-même et quitter le Roi avant que celui-ci n'ait à le chasser. Il fallait admettre que parfois le Duc d'Orléans prenait un malin plaisir à taquiner son Roi de frère, et quittait la pièce en traînant les pieds, en tournant lentement sur lui-même, en remarquant un détail sur un mur...
    Ce soir, Louis avait quitté la pièce avant lui. Pour les affaires d'Etat c'était toujours à Philippe de laisser place, de partir par la petite porte comme un voleur presque. En revanche pour les affaires de cœur, de corps... Louis partait en chasse et ne traquait pas toujours son gibier dans sa chambre. Et comme Monsieur avait vu deux trois choses qui l'avait agacé dans cette chambre, il profitait de l'absence du monarque pour bouleverser un rien l'organisation de cette chambre qui en avait un grand besoin comme nous le disions.
    Enfin il fut satisfait, enfin il recula légèrement et contempla son œuvre. Là, c'était mieux, bien mieux... Philippe trouvait qu'il manquait d'un tableau hollandais ou deux, mais Louis n'aimait pas les hollandais. Il préférait la gravité et la froideur des Italiens. Le Prince s'en désola un court instant. Un ciel d'orage dans cette chambre aurait été parfait. Mais allez mettre un simple paysage dans la chambre d'un Roi. Il soupira et se détourna avec un sourire satisfait. Louis ne verrait pas immédiatement les changements, il ne les constaterait que le lendemain en se levant, en allant dans ce fauteuil dans lequel Monsieur était convaincu qu'il s’assiérait immanquablement. Ce ne serait qu'à cet instant qu'il réaliserait que son frère était passé par là, cela l'amusait. Il sortit de la chambre, salua d'un sourire et d'un hochement de tête Alexandre Bontemps, Premier valet de quartier.


    -Bonsoir Monsieur Bontemps.
    -Bonsoir Votre Altesse.
    -Ne dites rien à mon frère surtout... Pas immédiatement.
    -Bien sûr. Comme toujours mon Prince.


    Philippe eut un léger sourire. Il appréciait Bontemps pour sa fidélité, sa discrétion, pour sa bonté et son calme. Et il avait toujours vu cet homme, toujours ou presque. C'était un des rares dans cette Cour qui n'avait aucune visée hypocrite. Comme c'était rare, et Monsieur aimait les oiseaux rares.


    -Comme toujours donc. Je vous souhaite une excellente soirée et une bonne nuit, bien que courte je n'en doute pas. Profitez-en, ce sont les meilleures.
    - Je me fierai aux conseils de mon Prince,
    fit Alexandre dans un sourire serein et calme, mais j'espère simplement que la nuit sera plus longue, ajouta-t-il en relevant ses yeux gris vers le Prince. Le sommeil délivre de bien des maux.

    Le digne Valet s'inclina dans une révérence respectueuse, alors que le Frère du Roi le regardait intensément. Le diable de Bontemps, l'homme qui en savait tant, trop. Monsieur n'avait pas pensé pourtant que le valet sache qu'il ne dormait que trop peu depuis quelques jours... Il crispa sa mâchoire dans un léger sourire et inclina la tête.

    -Vous avez sans doute raison Monsieur... Bonsoir.


    Philippe d'Orléans avait dit cela en quittant la pièce sans rien ajouter d'autre. Il pensait vaguement au Premier Valet, pensait à Louis, revint sur cette chambre qu'il avait transformée. La porte s'ouvrit il pénétra dans une antichambre, et...
    Il avait légèrement écarquillé les yeux et relevé la tête. Le jeune prince avait immédiatement reconnu son amie, sa chère amie. Son sourire naquit de lui-même, coquin, malicieux. Il la regarda faire sa révérence, s'avança à grands pas vers elle, de sa démarche fine et chaloupée qui lui était si propre.


    -Vous voilà seule et abandonnée ma chère amie, ce n'est pas courant que vous arrive-t-il, deviendriez-vous ermite ?


    Il lui prit les mains pour l'inviter à se relever, le regard brillant et le sourire aux lèvres.


    -Décidément, je vous quitte un mois seulement et vous décidez de prendre la robe ? Monsieur votre époux avait peut-être raison en fin de compte... Mais je n'aurai pas cru votre amour pour moi si passionné.


    Ah, comme le soleil des enfances était perdu, oublié, mort dans son cœur blessé. Philippe embrassa la main blanche de la marquise, exagérant son attitude galante. Comme les femmes avaient espéré que les rumeurs à son sujet fussent fausses, qu'il n'était pas atteint du vice italien. Car Philippe était doux, tendre, drôle, un joli galant. Mais non, Mazarin en avait décidé autrement...


    -Je vous en prie ne faites pas cela, la tenue noire ne vous siérait pas, croyez-moi, alors que... regardez celle-ci : vous êtes si belle dans ces couleurs et ces dentelles. Restez dans le monde des hommes. Avec moi.


    Il n'y avait pas eu de formule de politesse, Monsieur s'en était allégrement passé comme il était le seul à se le permettre, le seul à le tolérer de lui-même.
avatar

À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
Titre/Métier : Fils de France, Frère unique du Roi, Duc d'Orléans
Billets envoyés : 4140
Situation : Marié à Henriette d'Angleterre

Voir le profil de l'utilisateur

Sam 8 Sep - 9:51

Voir Philippe était toujours un ravissement. Il était son ami le plus proche, il fallait dire qu'ils se connaissaient de longue date. Athénaïs, du temps où elle s'appelait Françoise, et Philippe s'étaient immédiatement entendus, dès leur première rencontre alors qu'ils n'étaient que des enfants. Et depuis, que de rires échangés. Lorsqu'ils se croisaient à la Cour, le plaisir de se retrouver effaçait toutes les choses négatives qui obscurcissaient l'âme de la marquise, le temps de leurs retrouvailles. Peu de personnes avaient ce pouvoir, et Philippe avait toujours le don de la faire rire, et cela semblait réciproque. Athénaïs lui devait tant. Ainsi donc, il lui demanda de la manière la plus naturelle si elle ne devenait pas ermite. Cette réflexion arracha un rire à la marquise.

-Certes non mon ami. Je quitte à l'instant la Reine et les dames.

Voir le sourire de Philippe était cher au coeur de la marquise, surtout ces derniers temps. Avec l'épreuve qu'il venait de traverser, la perte de sa mère, le sourire du prince était rare. D'ailleurs Athénaïs ne l'avait plus revu depuis. Elle avait eu l'occasion, il y avait quelques jours de cela, de croiser Stefano Sforza, qui était dans l'entourage proche de Monsieur et qui lui en avait donné des nouvelles. Mais Athénaïs était pressée d'en prendre par elle-même, aussi cette rencontre fortuite était une véritable aubaine.
Amusée par le thème que prenait la conversation, Athénaïs décida de continuer en ce sens
.

-Eh bien puisque tel est votre souhait, je vous en fais la promesse. Et vous savez que je n'aime aucune couleur tant que le bleu. Aussi, si j'eusse été dans les ordres, il m'aurait fallu lancer une mode qui forcerait l'habit à être de cette teinte.

Elle ponctua sa phrase d'un sourire malicieux. D'autant que le souvenir de la jalousie de son mari envers Monsieur lui donnait une envie irrésistible de rire tant elle était ridicule. En revanche,lorsque l'affaire devint sérieuse et qu'il voulait l'obliger à repartir avec lui sur ses terres afin d'empêcher Philipe soit-disant de la toucher, elle avait beaucoup moins ri et avait été obligée de supplier Monsieur de parler à Louis-Henry et qu'il lui ordonne de n'en rien faire. Mais aujourd'hui, ce sujet prêtait à rire car l'affaire était derrière eux désormais.

-Vous savez, monsieur mon mari étant souvent loin, il s'inquiète de ce qu'il ne voit pas. Et comme de ce fait il ne voit rien...

D'ailleurs il était mal placé pour parler, Athénaïs savait parfaitement que lorsqu'il était en campagne il n'hésitait pas à fréquenter les paysannes pour assouvir ses besoins. Alors venir douter de la fidélité de son épouse qui n'était pourtant pas tournée vers la galanterie, et de plus avec un homme réputé pour son vice italien, c'était tout de même assez risible.

-Je resterai donc avec vous, comme vous le souhaitez, mon ami. Et quel plaisir que d'être en votre présence. Vous revoir me ravit le coeur et l'esprit.

Athénaïs se douta que si Philippe était ici en cette heure, c'était qu'il avait eu à s'entretenir avec son royal ainé. La marquise n'avait point vu le roy depuis quelques jours. Il fallait dire que ces temps-ci la reine était particulièrement insupportable et que visiblement Sa Majesté se passait très bien de la voir en journée.

-Comment se porte Sa Majesté, monseigneur? Je présume que vous devisiez à propos du bal dont tout un chacun ne fait que parler... Savez-vous déjà quelle sera votre tenue?

Athénaïs était toujours en admiration devant le goût si raffiné de son ami. Qu'il se vêtisse en homme ou en femme, il portait toujours les étoffes les plus fines et les plus délicates, tout lui allait si bien, il ressemblait à un dieu (ou une déesse) lors de chaque festivité qu'il donnait. Et la marquise était toujours bien curieuse de savoir quelle originalité il allait ou avait encore inventé. Cette fête tombait à point nommé et aiderait sans doute Philippe à sortir de sa mélancolie. Il avait toujours tant aimé les fêtes. Elle savait aussi que Philippe aimait à entretenir le mystère, mais parfois il lui lâchait des indices concernant ses costumes, et le jeu de l'enquête durait jusqu'au jour de la représentation. Elle essayait de le piéger pour qu'il se trahisse, et lui tâchait de retenir son excitation de décrire ses merveilleux atours. C'était leurs petites jeux.
avatar
Invité
Invité


Jeu 13 Sep - 22:34

    Il souriait, Monsieur souriait toujours, mais d'un sourire fade, mort dont il ne parvenait pas à se défaire depuis un mois. Ce n'était pourtant pas difficile de contracter les muscles de ses lèvres et de ses joues pour former ce que tous semblaient chercher sur son visage. Et visiblement Philippe ne le faisait pas comme il le fallait puisqu'il percevait toujours dans les regards cette pitié qui l'horripilait. Personne n'avait ces regards pour son frère, lui en était paré tout au long de la journée.
    Mais comment pouvait-il renier la douleur qu'il éprouvait ?
    Peut-être qu'il fallait vivre avec, attendre qu'elle s'atténue d'elle-même. Ou bien de l'oublier absolument et totalement comme l'avait laissé entendre le Roi. Il avait pourtant le sentiment de faire quelque chose de mal... Mais Louis ne voulait pas de deuil dans sa Cour de brocart et d'or.
    Monsieur non plus par ailleurs.
    Paradoxalement, cette pitié le rassurait. On le plaignait, chose impensable pour un sujet de haine, ou de mépris. On plaignait dans un élan de sympathie, de compassion. Par cette pitié qui l'irritait le Duc d'Orléans sentait néanmoins qu'il était aimé.
    Aussi, et pour une fois, sourire à Athénaïs de Montespan ne lui semblait pas ici insurmontable. Il éprouvait un véritable ravissement de la rencontrer, de lui parler ; il y avait effectivement si longtemps qu'il n'avait pas vu la jeune précieuse.

    - Oh vraiment ? dit-il d'un ton dégoulinant d'innocence. Moi qui vous pensais avec mon épouse.

    Un papillonnement de cils et une moue candide accompagnait le mouvement qui permettait à la marquise de se redresser et de pouvoir regarder son royal ami dans les yeux.
    Et leurs mains se levaient ensemble, Monsieur portant Athénaïs regardait le goût certain de son amie et détaillait chaque parcelle de sa tenue. Il y avait bien longtemps, trop longtemps ne cessait-il de penser. Il gloussa en imaginant les sœurs dans d'autres habits que ces teintes noires et blanches, désespérément tristes et solennelles mais qui, il fallait le reconnaître leur donnait une telle dignité que Philippe se sentait toujours pris de respect pour ces gens qui offraient leurs vies à Dieu pour le salut de leur âme... et de la sienne.


    - Si vous réalisiez votre projet ma chère amie, je serai l'apôtre de votre religion et rejoindrai votre condition le jour-même.

    Dans un sourire il avait achevé l'ascension de sa main vers ses lèvres, et l'embrassa dans un frôlement malicieux. Il se redressa, croisa les bras comme il aimait le faire dans une attitude hautaine et superbe. Comme il avait ri, mais ri. Jamais Monsieur n'avait autant ri de sa vie. Lui ? Amant d'Athénaïs ? Seigneur mon Dieu, il avait cru que ses côtes allaient lui arracher le cœur, lui déchirer ses muscles et le laisser là haletant, continuant de glousser par-delà la mort. Il avait eu mal pendant des heures, les larmes coulant de ses yeux et il n'avait pu se retenir de pouffer et de s'esclaffer tout au long de la journée dès qu'il repensait à cette folie qui avait pris l'esprit de ce bouillant Montespan. Un rien avait provoqué son hilarité, et aujourd'hui encore, cette petite pensée provoquait son hilarité. Comme il avait eu du mal à se contenir lorsqu'il avait dû aller remettre les pendules de ce barbon à l'heure et bien expliquer la situation. C'était dur, au début... Puis devant l'obstination du Montespan, il s'était un rien agacé et avait fini par expliquer la situation dans un sourire, dans une voix froide.
    Tout avait été réglé sans scandale, sans ombrage... Comme cela avait été ennuyeux.


    - Huhu...On ne peut pas dire que la clairvoyance fasse partie des qualités de votre époux en effet. Mais entre nous... Un mari trop clairvoyant est un véritable fardeau.

    Son sourire avait été coquin, lourd de sous-entendus et il était impossible qu'Athénaïs connaissant si bien Philippe ne puisse passer à côté de cela. Oh oui il lui était bien plus facile de sourire. Philippe redressa le regard vers son ami et se gonfla d'importance à l'évocation de son frère, lui qui était celui qui en savait plus qu'Athénaïs, ce dont peu de gens pouvait se vanter, lui qui préparait actuellement une fête qui avait peine à garder son mystère. Monsieur ne savait pas garder un secret ou très difficilement, sauf quand il s'agissait de ses sentiments les plus profonds ou... de ses fêtes les plus préparées.

    - Je suis honoré d'avoir pour ma seule personne la belle et sublime Athénaïs de Mortemart, et pour répondre à votre première question, Sa Majesté se porte... à merveille, dit-il doucement. Quant à la deuxième...

    Son sourire s'élargit, il la regardait de ses yeux noirs pétilllants comme chaque fois qu'il abordait ces sujets qui lui tenait à coeur.

    -... ma tenue est effectivement toute trouvée, et je ne voudrais certainement pas vous gâcher la surprise et vous priver du jeu de me débusquer n'est-ce pas ? Ce serait cruel je pense... Et vous me connaissez trop bien pour savoir que cela ne fait pas partie de mes vices... Ou du moins presque pas.

    Il sentait l'excitation de la jeune femme, il connaissait aussi parfaitement sa curiosité, une curiosité que les deux amis partageaient et employaient bien volontiers pour le malheur d'autrui, lorsqu'ils ne la retournaient pas contre leur complice.
avatar

À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
Titre/Métier : Fils de France, Frère unique du Roi, Duc d'Orléans
Billets envoyés : 4140
Situation : Marié à Henriette d'Angleterre

Voir le profil de l'utilisateur

Lun 17 Sep - 11:48

Philippe et Athénaïs, du temps où on l'appelait encore Françoise, avaient toujours été sur la même longueur d'ondes, ils s'étaient toujours entendus à merveille et avaient partagé beaucoup de goûts communs. Aussi la marquise ne fût-elle pas étonnée de la réponse de Monsieur lorsqu'il dit qu'il rejoindrait immédiatement sa condition quant à l'adoption de la couleur bleue pour l'habit de religieuse. Elle le connaissait aussi suffisamment pour savoir que ces temps-ci, plaisanter et sourire lui étaient difficiles, aussi fût-elle ravie de voir qu'il pouvait, avec elle au moins, se détendre quelque peu et en oublier son chagrin, ne fût-ce que l'espace de quelques instants.

L'évocation du mari d'Athénaïs était toujours un sujet fort amusant pour ces deux amis qui, une fois le malentendu passé, en avaient ri à gorge déployée. Il fallait dire que le marquis de Montespan n'écoutant jamais autre que sa folie, n'avait guère compris à quel point il se fourvoyait, ce qui l'avait rendu ridicule au possible. En effet, la clairvoyance n'était pas son fort...
Athénaïs rendit son sourire à Philippe qui évoqua alors le fait qu'un mari trop clairvoyant pouvait se révéler être un fardeau. Or, clairvoyant ou non, Louis-Henri n'avait guère à s'inquiéter des agissement de son épouse qui, pour l'heure, était fidèle au possible, contrairement à lui d'ailleurs. Philippe le savait, Athénaïs n'avait que des galants, certes nombreux, qui se contentaient de lui faire la cour, ramasser son mouchoir et la faire danser, rien de plus. Mais le frère du roy ne semblait pas désespérer de voir un jour son amie se dévergonder un peu plus
.

-Et vous considérez-vous comme un fardeau pour votre chère et tendre épouse?

Elle avait bien sûr insistér sur les qualificatifs, histoire de rendre sa phrase plus ironique encore. Chacun savait que Philippe et Henriette ne s'entendaient absolument pas. Cela tombait bien, à présent Athénaïs ne l'aimait guère plus non plus, ce qui faisait un point commun supplémentaire pour les deux amis. Philippe n'était jamais avare de compliments envers son amie, ce qui la touchait toujours beaucoup.
Le roy se portait bien selon les dires de son frère, et cela n'étonnait guère la marquise. Il avait pris avec beaucoup plus de recul et de sérénité le décès de leur mère. Soit il cachait beaucoup mieux ses émotions, et il n'avait guère le choix à la place qu'il occupait, soit il n'en avait pas autant que son cadet. Toujours était-il qu'il ne voulait pas porter le deuil et continuer à faire s'amuser sa Cour. D'où le futur bal costumé masqué qui aurait lieu prochainement, et duquel Athénaïs commençait de s'inquiéter. Comme à son habitude, Philippe la ferait languir et ne lâcherait aucun indice. Soit, le petit jeu serait d'autant plus amusant, ils devraient mutuellement se retrouver lors de la soirée. Ce ne serait pas facile, mais tellement amusant. Il fallait juste espérer ne pas se confondre avec quelque personne non souhaitée
.

-Vous êtes un incorrigible plaisantin, je suis certaine que vous me trouverez le premier, comme la plupart du temps. Vous souvenez-vous qu'au dernier bal de cette sorte, j'étais persuadée de vous avoir reconnu en la personne du Comte de Lauzun qui pour une fois avait quitté sa perruque blonde. Il fallait dire que Vivonne m'avait fait boire quantité de vin de Champagne et que j'aurais été bien incapable de reconnaitre mon frère lui-même! dit-elle en riant.

Cette fois-ci, il faudrait à la marquise bien plus d'attention afin de débusquer son ami. Elle ne se laisserait pas distraire par son frère ainé qui, une fois qu'il l'aura trouvé, n'aura de cesse de vouloir la faire boire autant que lui. C'était son jeu favori lors des bals. Mais non, elle s'était fixé un objectif et cette fois, rien ne l'en détournerait. Elle était bonne joueuse mais n'aimait pas perdre.
avatar
Invité
Invité


Mer 7 Nov - 20:50

    Fallait-il se demander si le paradis perdu était celui de l'enfance ? Le Prince avait médité sur la question le jour où Armand de Gramont, Comte de Guiche, avait brisé ses plus folles illusions. Dans un moment de rage impuissante, il avait voulu se souvenir des temps doux et tendres avec ce comte aussi fou que beau. On donnait aux enfants cette innocence si douce et recherchée, nostalgique d'un monde que Dieu avait arraché aux hommes. L'âge le plus heureux c'était celui de l'enfant, c'était le court instant où Adam et Ève revivaient originels dans les esprits de leurs descendants.
    Pour Philippe c'était les rires avec Athénaïs, les robes avec Timoléon, la main de Petit Louis tenant la sienne, les lèvres de Mancini, les prouesses de Guiche, les bras de maman pour l'aimer, l'insouciance du petit Féfé pour toute la Cour.
    Mais finalement, quand il y repensait, quand il s'y replongeait, l'enfance c'était les « Sire mon frère » sans sourire, le peuple hurlant de haine dans Paris, la faim de la guerre, le froid des nuits sans couvertures, la Fronde, l'angoisse de faillir à chaque instant.
    A son grand regret le frère du Roi avait dû se rendre à l'évidence. Jamais. Jamais il n'avait connu le paradis.
    Tout cela n'était que des fadaises, une amertume de plus dans un monde cruel. Un monde qu'il aimait pourtant et en cet instant sa rencontre avec la jeune marquise ne faisait que confirmer ce sentiment. Au diable l'amertume. Il souriait.


    - Vous me savez trop bon gentilhomme pour vouloir accabler ainsi une digne princesse, mon épouse de surcroît, dit-il d'un ton doucereux et affecté. Je suis pour elle aussi léger qu'une plume, et ne pèse que lors de nos devoirs les plus sacrés. Ce qui, vous le savez, me déchire le cœur.

    Était-il nécessaire de préciser ? Philippe se l'était inconsciemment promis, Henriette se fanerait, perdrait sa beauté fragile qui avait attiré de manière insensée son doux Armand. Avec ou sans son consentement, lorsqu'il jugeait que le moment était venu, lorsqu'il rassemblait suffisamment de courage, ou de rage, Philippe trouvait la jeune femme, accomplissait son devoir d'époux. Qu'elle refuse seulement et... Ah oui elle se fanerait ! il y veillerait, et agirait. Autant de fois qu'il le faudrait, tant qu'il en aurait la force. Vraiment... Il était vraiment dommage que porter un enfant soit si dangereux pour une femme, bien plus encore lorsque sa santé était fragile. Il en aurait pleuré.
    Vil, bas, perfide, lâche, infâme.
    Monsieur savait que cette manœuvre lui valait bien ces noms. Mais pourquoi baiserait-il la tête devant elle ? Avait-elle seulement reculé elle ? Avait-elle pensé à lui un seul instant lorsqu'elle caressait Guiche ? Avait-elle eu une once de remords ?
    Au souvenir de ses moqueries et de son rire caustique, Monsieur en doutait. Maintenant oui, le remord devait la prendre mais non pour les mêmes raisons.
    Lui n'était pas un Montespan, et il savait comment mettre bas ses ennemis, ses bourreaux. Henriette avait fait la terrible erreur de penser qu'il se soumettrait comme il se soumettait à son frère, comme il se soumettait à Lorraine, à Effiat, à d'autres encore qui touchaient son cœur, qui le brisait et le menait à leur guise.
    Son épouse avait touché, avait brisé. Mais mal. Elle avait pourtant eu toutes les cartes en main pour le garder aussi doux que l'agneau, il aurait même été tendre, serviable, aimant peut-être.
    Léger comme une plume, aussi parce que Monsieur avait fait preuve d'un manque de clairvoyance alarmant, d'un aveuglement volontaire qui avait presque été à toute épreuve, presque. On lui avait finalement ouvert les yeux.
    Philippe était loin de penser à cela alors qu'il parlait à Athénaïs. Il sourit en se souvenant de ce soir mémorable. Mémorable car il s'y était tant amusé, mémorable car c'était le dernier soir où sa mère était apparue en public.


    -Comment l'oublier ma chère ? Je n'étais pas même masqué, et vous trouvez l'audace de me confondre avec Lauzun. Je vous remercie belle inhumaine. La pointe a été rude. Et suivant votre exemple et les conseils de votre frère, j'ai abandonné mon humiliation dans les bulles de vin de Champagne à mon tour, vous rejoignant dans l'ivresse.

    D'un ton faussement courroucé et outré, le frère du Roi la toisait tendrement du regard. Il mentait, Vivonne ne l'avait en rien conseillé. Monsieur se conseillait assez bien lui-même et fréquemment de surcroît. Le résultat était le même.

    -C'est donc pour un dessein -ô combien exécrable- de revanche, dans le seul but de venger cet affront et le mal de tête qui m'a assaillit le lendemain, que vous devrez me trouver sans indice aucun le soir de Carnaval très chère.

    Le sourire avait été éloquent, lutin et malicieux. La marquise aimait jouer, et jouait bien. Il fallait donc corser le jeu et pour cela Monsieur comptait bien trouver lui-même Athénaïs avant qu'elle ne le trouve. Ainsi pourrait-il la fuir, la tourmenter avec délice et amusement, aidé par ses petits sucres et chéris. Il avait hâte que ce bal arrive, il prévoyait d'y faire tant de chose. L'appétit du monde l'avait rongé pendant ces trois semaines, autant que l'avait dévoré le deuil de sa mère. L'un devait l'emporter sur l'autre et Philippe avait depuis longtemps choisit son favori. Il devait simplement piper les dès pour vivre à nouveau. Rien de bien compliqué n'est-ce pas ?
avatar

À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
Titre/Métier : Fils de France, Frère unique du Roi, Duc d'Orléans
Billets envoyés : 4140
Situation : Marié à Henriette d'Angleterre

Voir le profil de l'utilisateur

Jeu 15 Nov - 9:30

Petit à petit, Philippe se détendait. La marquise son amie remarquait bien qu'il sortait peu à peu de cet état de morosité dans lequel chacun le voyait depuis des semaines. Athénaïs était ravie de pouvoir aider son cher ami. Entre l'évocation de l'épouse de Monsieur, et l'anecdote sur l'attitude incroyablement inappropriée du mari de la marquise, il fallait dire que les sujets de moquerie ne manquaient guère.

Mais voilà qu'un sujet qui les intéressait encore plus tous deux était entré dans la conversation : les bals somptueux auxquels ils assistaient. Ainsi, après l'évocation du souvenir du premier bal masqué au cours duquel Athénaïs n'avait su retrouver Philippe, voici que ce dernier la mettait une nouvelle fois au défi de le retrouver... La blondinette se doutait bien qu'encore une fois, elle partirait perdante, quoi qu'elle mettait un point d'honneur à ne jamais abandonner tant qu'elle ne se trouvait pas officiellement vaincue. Cette fois-là ne dérogerait donc pas à la règle, et la marquise se plierait bien volontiers aux règles du jeu. Monsieur ne voulait pas lâcher d'indices ? Soit, elle ferait de même. De toutes façons, elle ne savait elle-même ce qu'elle porterait, ce qui lui causait d'ailleurs souci : le manque d'argent dont elle souffrait l'empêchait d'avoir le choix, tout simplement. Elle trouverait bien un stratagème pour se confectionner à moindre coût une tenue de carnaval digne de ce nom malgré tout, il le fallait
.

-Ah, vous aimez me torturer de la sorte, mais sachez, cher Monsieur, que cette fois je ne commettrai plus les mêmes erreurs. Remarquez d'ailleurs de la fois dernière, je fus sur le point de vous démasquer lorsqu'arrivant vers vous mon cavalier cita mon nom. Je n'avais alors point gagné, mais vous non plus.

Son regard était des plus malicieux. Ce match nul de la fois précédente les avait tous deux laissés sur leur faim, Philippe avait toujours un point d'avance, et Athénaïs devait absolument gagner cette fois, sans quoi le retard qu'elle avait serait irrattrapable.

-Je ne me sens point guère responsable de votre mal de tête car l'erreur que j'ai commise lorsque je vous pris pour Lauzun, n'était point de mon fait, la tête me tournait tant que je crus vous voir lorsqu'il fit un mouvement de coté. Or vous étiez à son autre coté, aussi ma vision troublée aura-t-elle assimilé votre visage au sien un bref instant, juste celui de me faire faire erreur. Certes je l'avoue, j'ai bien du remords de m'être ainsi fourvoyée et de vous avoir confondu avec un être qui n'égale en rien votre éclat, cependant grâce à vous ce Comte se sera senti valorisé un bref instant, c'est au moins l'aspect positif qu'il faut en tirer : j'ai fait ainsi de vous un bienfaiteur.

Ah, que ne fallait-il pas jouer sur les mots pour justifier une erreur aussi impardonnable... Athénaïs était passée maître en l'art de tourner une situation désespérée en sa faveur. Ceci dit, Philippe excellait également dans cet art, aussi s'amusaient-ils souvent tous deux de ce genre de circonstance.

Le plaisir qu'elle avait à être avec ce cher ami n'avait aucune mesure, cependant l'heure tournait, et l'hiver étant ce qu'il était, la nuit était déjà bien avancée et il lui fallait rentrer sur Paris. L'air bien désolé, la marquise prit la main de son interlocuteur avec un regard bienveillant.


-Mon prince, je dois malheureusement prendre congés de vous. A cette heure avancée de la soirée, je devrais déjà me trouver en mon logis, et je connais quelqu'un qui sera bien grognon s'il arrive avant moi. Je vous en prie, ne soyez pas fâché après moi de devoir vous quitter déjà, vous savez combien la joie d'être en votre compagnie m'anime. Nonobstant il ne faudrait point que ce retard soit le prétexte pour me priver du bal dont nous causions et qui sera pour sûr l'occasion de nous divertir d'avantage.
avatar
Invité
Invité


Mar 4 Déc - 9:23

    Louis aimait la chasse, Monsieur aussi. Mais une chasse plus précieuse, poudrée, raffinée, loin des barbaries salissantes auxquelles s'adonnait son frère chaque jour ou presque. Et Philippe avait un bon équipage pour cela. Il avait ses rabatteurs, ses chiens. Les premiers lui débusquaient sa proie, les seconds l'acculaient. Il ne lui restait généralement plus qu'à achever le gibier.
    Ce n'était pas tricher. Tricher aurait été de commencer le jeu avant même le soir du bal. Cela c'était tricher. Le Prince ne faisait là simplement que l'emploi des moyens qui lui permettait de l'emporter sur la jeune femme qui elle-même ne se privait pas de quelques adjuvants. Cela corsait le jeu, donnait l'occasion de créer de fausses pistes. Jouer seul était d'un triste... Plus on est de fou plus on rit, et si Monsieur ne se voyait pas comme fou il appliquait très régulièrement cet adage.


    - Vous avez beau jeu de me dire cela ma chère. Car pour sûr c'est moi qui allait dévoiler votre identité aux yeux de tous. Sachant votre perte vous avez miné notre petite partie. Je vous pardonne,
    dit-il d'un ton facétieux et taquin, mais de grâce la prochaine fois prenez meilleur cavalier, plus habile au moins. Encore un point de différence entre nous et vous ne me rattraperez plus.

    Il savait bien qu'Athénaïs n'avait pas pipé la partie, mais il aimait le lui faire croire et s'amuser de sa réponse, la taquiner comme elle le faisait lui-même et lui souligner l'avantage qu'il avait actuellement sur elle dans leur petit jeu.
    Il haussa un sourcil amusé en l'entendant, et se mit à rire. Athénaïs savait quels mots suffisaient à flatter son orgueil un rien exacerbé mais aussi à éveiller son cynisme et ses rires sarcastiques. Philippe n'était pas complétement dupe de sa superbe personnelle, sachant bien qu'elle était vaine, éphémère. Pourtant il s’enorgueillissait des courbettes des courtisans à son égard, des visites qu'on lui rendait. A tel point d'ailleurs que les visiteurs avaient compris la manœuvre, ne jamais dire à Monsieur qu'on ne faisait que rendre les hommages en passant pour aller chez le Roi, car dès lors le Prince se désintéressait totalement de ces visites qu'il considérait comme affreusement hypocrites.

    -Que de justifications marquise, gloussa-t-il. Et je veux récompenser vos tours de tête et de mot. Vous faites de moi un bienfaiteur malgré ma nature rancunière et austère, aussi je vous pardonne une nouvelle fois. Toutefois je maintiens notre jeu et les règles que je vous ai édicté, pour votre plus grand malheur je le sais bien. Il n'y a plus qu'à espérer que, cette fois, je ne vous ferai point perdre la tête.

    Son ironie était, bien que piquante, douce Athénaïs la connaissait si bien. Elle saurait tirer le vrai du faux de cette phrase.
    Philippe sentit poindre sa déception de voir son amie le quitter si tôt. Mais elle avait raison, et Monsieur oubliait bien souvent les histoires de simple logistiques pour empêcher les ennuis comme, exemple pris au hasard, partir à une heure décente et pas au beau milieu de la nuit pour éviter les rencontres désagréables. Il ne put s'empêcher de rire à l'évocation du grognon.


    - Il n'oserait pas ? s'indigna-t-il en serrant doucement la main de son amie. Quoi que s'il osait cela donnerait lieu à une scène d'enlèvement fort divertissante.

    Il avait eu un sourire malicieux, porta la main d'Athénaïs à ses lèvres et l'embrassa.


    -Comment pourrai-je jamais me fâcher contre vous Madame ? dit-il en toute innocence, faisant mine d'oublier que cela avait déjà été le cas. Et je ne puis qu'admirer la raison et la mesure qui s'expriment par vos douces lèvres. On me reproche trop souvent de ne pas en faire emploi. Partez ! Puisqu'il le faut ! Je vous regretterai amèrement jusqu'à notre prochaine rencontre.

    Il s'était légèrement reculé en portant sa main à son front dans un geste théâtral qui accompagnait le lyrisme de sa voix. Il la regarda dans un léger sourire, redevint plus calme.

    -Je ne voudrais pas vous apporter plus d'ennui que je ne vous en ai déjà procuré ma chère amie. Ce serait bien mal vous rendre la joie que vous venez de me donner et je ne souffrirai pas de vous voir mise ainsi en difficulté par votre cher barbon. Que Dieu vous garde, peut-être nous verrons-nous demain.

    Il lui fit un nouveau baise main en bonne et due forme, s'inclina légèrement pour la saluer d'un hochement de tête. Encore une fois son sourire s'était levé pour dissimuler ses regrets. Sa personne et ses rires allaient lui manquer.
avatar

À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
Titre/Métier : Fils de France, Frère unique du Roi, Duc d'Orléans
Billets envoyés : 4140
Situation : Marié à Henriette d'Angleterre

Voir le profil de l'utilisateur


Contenu sponsorisé

Fin de service [Monsieur] FINI

Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» monsieur Jambou
» Une bibliothèque virtuelle au service du Droit
» [Validée]Godwrath D. Alexander [Fini]
» Requête auprés de Monsieur le frére du roi
» Avant de reprendre son service.. [Pv Fabien]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vexilla Regis :: Le grand divertissement :: Anciens Rp-