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 Une rencontre malencontreuse dans un jardin français


Ven 7 Sep - 17:40

Le vent glacial de ce matin d'hiver cinglait mon visage comme une gifle magistrale que m'aurait infligée quelque amant mécontent ou rendu furieux par un manque évident de fidélité. La froidure et la cruauté d'un vent du Nord qui venait de se lever y avait déposé une couleur rouge sang que je n'avais pas l'habitude d'y voir et encore moins d'y aimer. Je tentai de couvrir mes joues à l'aide de mes gants en velours noir afin de protéger une carnation pâle et fragile qui me seyait fort bien et qui plaisait tant à mon prince. Mon teint délicat, la couleur troublante de mes yeux bleus, l'agrément de ma personne et la tendresse que je lui vouais depuis tant d'années était le garant de ma bonne fortune auprès de Monsieur. Risquer de ruiner mes chances de voir enfin sourire le destin des Coëffier de Ruzé après tant de drames et de coups du sort était inacceptable, ne cessait de me répéter mon père. Je devais à mes parents et à mes ancêtres l'honneur de mon nom, la promesse de ma bonne fortune et jusqu'à ce titre de Marquis d'Effiat qui, pour peu élevé qu'il était, représentait tant à mes yeux.
Je revenais des fameuses Grandes Ecuries du Roi, émerveillé et encore ébahi d'avoir pu admirer ces glorieux et somptueux équipages de Sa Majesté qui logeaient près du château comme de véritables princes du sang, courtisés, ménagés, bichonnés mais surveillés par crainte de les voir appartenir à d'autres. Le Roi voulait toujours ce qu'il y avait de plus grand, de sublime et d'unique, non par amour de ce qui était beau mais parce que cela rehaussait son prestige et sa renommée de grand Roi.
Mais Louis pervertissait la beauté des choses à vouloir posséder ce qui ne se pouvait mettre en cage, comme un bien qu'il fallait acquérir, posséder et montrer en signe de trophée. Ce Roi orgueilleux et méprisant avait tort de penser que toutes les oeuvres d'art dont il parait et embellissait ses châteaux, toutes ses parures dont il aimait à se revêtir pouvaient faire de lui un Roi majestueux et incomparable.
Louis était devenu une statue en or, rigide, froide, dure, distante et menaçante.
Je savais bien tout au fond de mon coeur que les plus belles choses du monde, les émotions les plus fortes, les instants rares de joie simple et intense se mariaient rarement avec le besoin de domination, la soif de richesses et la volonté opiniâtre d'un roi déterminé à vouloir tout domestiquer.
Mes fonctions de Grand écuyer de Monsieur m'avaient fait entrevoir ce qu'était réellement la seule vraie richesse pour l'homme, un bien que nous autres humains, partagions avec nos amis racés de la race équine. La liberté. Une liberté sans entrave aucune, le droit inaliénable de diriger ses pas et son regard vers des horizons souriants et accueillants, sans qu'aucune force ni aucune loi ne vous contraigne à demeurer là, soumis et malheureux, obéissant par devoir à un homme devenu Roi par la force des choses et le hasard d'une naissance.

***

Le Roi, fort occupé à sa promenade dans les jardins du château-neuf qui le ravissaient, offrant une perspective magnifiée par les abords de la vallée de la Seine, arrivait à ma rencontre avec les courtisans et dames de Cour, non pas qu'il eût assez de courtoisie pour moi ou que j'occupasse un rang à la Cour tel qu'il eût pu me faire cet insigne honneur. J'aurais voulu l'éviter que cela m'était à présent impossible car l'architecture des jardins du château était telle qu'elle ne me laissait, hélas, pas d'autre choix que d'aller au devant de lui, de le saluer et de m'incliner devant lui, quoi qu'il m'en pût m'en coûter.
Après avoir obéi aux rites d'usage de cette célébration royale qui me blessait le coeur, je relevai la tête effrontément et lui dis, le regardant alors de mes immenses yeux bleus et faussement candides :


-Sire , je suis venu admirer dans votre Grande Ecurie vos magnifiques chevaux de parade dont une seule de ces admirables montures ferait la joie de votre frère pour peu que vous songiez un jour à lui faire un royal présent, connaissant votre générosité de coeur et la bonté de votre âme.

Je n'en pensais pas un traître mot et je craignis l'espace d'un instant avoir fait passer dans mon regard toute l'animosité et la haine que m'inspirait un Roi aussi peu courtois et dépourvu de cette bonté d'âme que possédait son frère.
Je détenais en outre ce défaut impardonnable que n'avait pas su corriger mes parents de ne pas savoir me taire quand la situation et surtout mes intérêts l'exigeaient.


- Je passais dans vos merveilleux jardins, Sire, afin de m'en retourner chez votre frère mais vous apercevant, je me devais de venir saluer mon Roi sachant que de ces hauts lieux d'histoire, vous en êtes l'incontournable obstacle.

Mon regard s'alluma d'un drôle de lueur que je masquai immédiatement en baissant la tête en signe d'une hypocrite soumission.

- Votre Majesté aura bien entendu compris avec toute l'intelligence et la finesse d'esprit qui est la sienne que je faisais référence au monde du dressage qui fait partie de mes attributions de Grand écuyer de Monsieur, une bien honorifique fonction qu'occupait déjà mon oncle le si vertueux Marquis de Cinq-Mars auprès de votre père. Il s'agit là d'une véritable passion dans notre famille. N'en doutez pas, Sire.

Il était à présent impossible que le Roi devant sa petite cour restreinte mais si friande de scandales et d'humiliations ne s'en prenne pas à moi. Je l'avais provoqué et s'il m'arrivait malheur, je ne pourrais m'en prendre qu'à moi-même.
Mais j'avais tant de douleur et de colère en moi depuis ce fatal jour du 12 Septembre 1642 où le destin tragique et sombre m'avait arraché à un oncle merveilleux qui m'aimait et que je vénérais que la haine m'aveuglait en cet instant précis.






Dernière édition par Antoine d'Effiat le Sam 29 Sep - 12:20, édité 1 fois
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Lun 10 Sep - 10:31

Louis déambulait dans les jardins de Saint Germain en Laye. A son bras, une splendide créature toute vêtue de perles, de rubans et de lourds velours. Elle semblait ennuyée du discours d’André le Nôtre, le grand architecte des jardins de Versailles. Mais dans les yeux de Louis, on pouvait lire un intérêt décuplé par la petitesse du parc de son actuelle royale demeure. Il rêvait de larges espaces pour courir le cerf, de hautes haies pour cacher les secrets d’alcôves, de massifs de fleurs pour épier sans être découvert, de grottes agrémentées de statues de bronze pour abriter ses amours illicites. Louis était roi et chacun de ses désirs architecturaux se transformait en réalité sous l’œil pointu et la pointe aiguisée du maître jardinier. Il ne bougea pas lorsque la dame à son bras pouffa une fois de plus. Puis il finit par tourner lentement la tête vers elle, la dominant de toute sa majesté.

« Si l’établissement de ma future demeure ne vous sied point, madame, rien ne vous retient à mon bras » dit-il avec un sourire où pointait toute la méchanceté qu’il pouvait bien mettre dans cette unique phrase qui tombait tel un couperet sur la tête de l’aimable duchesse. « Madame, si vous voulez bien » dit-il alors en tendant sa main à une autre femme de l’assistance, qui se dépêcha de venir prendre place à son bras, sous le regard ébahi de la jeune femme.

Louis aimait ces retournements de situation qui n’étaient dus qu’à ses sautes d’humeur et son goût prononcé pour le pouvoir qu’il possédait. D’un geste de la main, même furtif, il pouvait enlever la vie, défaire des alliances, fomenter un complot contre un noble en disgrâce, sonner le glas d’une favorite. Voir toute la Cour s’affairer à ses pieds pour conserver une place à ses côtés n’était pas pour lui déplaire. Egocentrique, orgueilleux, présomptueux, Louis se savait ainsi. Mais il en jouait, puisque personne n’était autorisé à lui faire remarquer son caractère d’enfant gâté, malgré ses vingt-sept ans.


« Que dîtes-vous d’une promenade dans les jardins de Saint Germain, mon cher Le Nôtre ? » dit-il alors, relevant la tête vers son architecte.
« S’il sied à votre majesté » répondit l’homme de cinquante-trois ans s’inclinant avec respect devant son souverain, lui laissant le choix d’une direction.

Louis opta pour le jardin des canaux. Tout en marchant, le crissement des talons sur le gravier de l’allée emplissait l’air hivernal d’un doux bruissement. Le petit groupe atteignit rapidement la fontaine du jardin des canaux. Les dames s’extasiaient devant la beauté des poissons qui avaient survécu à l’hiver, tandis que Louis vantait la beauté des jardins à venir, sur le terrain de l’ancien pavillon de chasse de son père. La magnificence du parc en construction, l’éclat des nouvelles ailes du bâtiment, Versailles allait être d’une beauté royale à couper le souffle. Une représentation parfaite de l’ego et de l’amour de l’art d’un roi encore jeune. Au détour d’une allée, Louis vit se profiler la silhouette familière d’un homme qu’il exécrait. Le marquis d’Effiat. Comment son frère pouvait-il s’accoutumer de la présence d’un tel bouffon ? Un homme dont la famille avait trahi la royauté et qui avait largement mérité le malheur et l’opprobre jeté sur le nom des Coiffier de Ruzé. Lorsqu’il s’inclina à son passage, Louis vit rapidement que l’échange ne s’arrêterait pas en si bon chemin. Lorsque le petit marquis releva la tête, le roi vit tout l’éclat de sa jeunesse et de sa haine briller dans ces si belles prunelles bleues qui avaient dû charmer son jeune frère. Les répliques tombèrent de la bouche du jeune homme, cinglantes. Un sourire amusé aux lèvres, Louis écoutait. Il aimait cette verve si prompte à dire tout et surtout les choses les plus stupides. Car le jeune marquis devait bien se rendre compte que chaque mot quittant l’enclos de ses lèvres devenait une raison de plus de le faire enfermer au Châtelet. Mais Louis s’amusait d’une si vaine tentative d’offense. Il avait au moins le mérite d’y mettre tout son cœur et toute sa haine. Mais c’en était assez. On n’insultait pas ainsi son souverain en présence de courtisans. D’ailleurs, ces derniers s’étaient tus. On savait tout à la Cour du mépris du roi pour le mignon de Monsieur. Et chaque échange entre ces deux hommes était devenu un véritable délice.


« Mon maître Ecuyer sera ravi d’entendre que vous portez une si grande estime à ses chevaux. Une estime que vous ne portez visiblement qu’aux animaux et non aux hommes. Ils sont à la disposition de Monsieur que je gâte comme il me sied, monsieur. L’unique obstacle que je vois en ces jardins est votre présence indue à cette heure. Vous rendre chez Monsieur n’induit pas de faire obstacle à ma promenade. Ni offense à ma personne. Quant à votre oncle, monsieur le marquis, sa vertu dont vous semblez si persuadé s’est envolée en même temps que sa tête » finit Louis, le visage de marbre.

Les insultes du marquis commençaient sérieusement à l’échauder. En lui, son caractère espagnol lui hurlait de faire enfermer ce petit hobereau et de le décapiter. Seulement, sa charge de roi et son sang allemand lui murmuraient de garder son sang-froid et de ne pas céder ainsi à la vivacité. Il s’était juré, bien des années auparavant, de faire ployer la noblesse à ses pieds. Et ce n’était pas le neveu d’un Frondeur qui allait mettre à mal ses résolutions.


« Votre impudence n’a d’excuse que votre jeunesse, marquis. Tâchez d’y remédier où je me verrai dans l’obligation de signer une lettre où figurera un Coiffier de Ruzé, tout comme l’a fait mon père avant moi. »
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Sam 29 Sep - 16:50

Petit, les parents d'Antoine Coëffier de Ruzé avaient enfoncé dans sa tête avec force obstination et sévérité que la personne du Roi était sacrée et que nul ne pouvait la mettre en cause sans faire état d'une petite déclaration de guerre contre la France et s'exposer à une condamnation pour haute trahison. Un tel acte de rébellion signifiait un crime de lèse-majesté et conduirait toute personne assez folle pour s'y abandonner dans une prison sordide pour des années ou la conduirait à une mort certaine.

- Antoine, tu nous feras mourir de honte. Souhaites- tu rejoindre ton oncle et poser ta tête écervelée sur le billot toi aussi ? Notre famille n'a-t-elle pas été assez déshonorée ?

Aux paroles acerbes de sa mère, Antoine baissait la tête et laissait couler silencieusement des larmes de tristesse. Personne ne comptait plus pour cet enfant que le jeune Marquis de Cinq-Mars, son oncle chéri et adulé, exécuté froidement par la volonté d'un cardinal cruel et de son pantin de monarque le vieux Louis XIII. Antoine était déchiré entre le souvenir attendri de ce jeune Marquis qui avait ébloui son âme d'enfant, cet oncle si beau, si brillant et si bon pour lui et son devoir d'obéissance au Roi. La personne royale était sacrée pour un noble comme le jeune marquis d'Effiat et y porter atteinte ou seulement ombrage revenait à déchoir. Or Antoine était fier de ses origines.

Pourtant, quand Louis XIV s'attaqua à la mémoire du marquis de Cinq Mars de façon aussi désinvolte et cynique, Antoine eut la sensation que le monde tournait autour de lui à une vitesse vertigineuse, semblable à un tourbillon fou et d'une violence inouïe qui le happa brutalement et l'entraîna comme un fétu de paille. Antoine chancela sous l'effet du coup porté. Son coeur se serra horriblement et un froid terrible envahit tout son être. Le jeune marquis ne put s'empêcher de frissonner à l'évocation de la tête de son cher oncle posée sur le billot et de la peur qui avait dû être la sienne à ce moment-là. Une terreur sourde, insoutenable, inhumaine avait poussé ce jeune homme de vingt-deux ans, condamné et sacrifié sur l'autel de la raison d'état à chuchoter avant de mourir : « Mon Dieu, qu'est-ce que ce monde «  ?
Antoine hésitait entre laisser couler des larmes amères, blessé par les paroles cruelles et cyniques d'un Roi au coeur d'airain, ou sauter à la gorge de ce monarque méchant et cynique. Le jeune homme le haïssait plus que jamais et aurait tant souhaité le tuer de ses mains. Oh oui, Antoine Coëffier de Ruzé aurait pris tant de plaisir à l'étrangler, le voir s'étouffer, lui faire ravaler sa morgue et son mépris pour sa famille. Hélas, le jeune marquis d'Effiat savait qu'il n'existait pas de crime plus abominable qu'un régicide et que l'honneur de sa famille ne s'en relèverait pas.

-Sire, la tête de mon oncle ne s'est pas envolée. Elle est tombée lourdement et avec fracas près du billot recouvert de son sang. Toutefois si je porte en mon coeur encore aujourd'hui les traces d'une telle affliction, je ne saurais l'imputer à votre Majesté ni à votre père.

Antoine mentit effrontément, ne sachant que trop à qui il s'adressait.

- Votre Majesté doit savoir que jusqu'à ses derniers instants, le jeune et infortuné Marquis de Cinq-Mars a aimé et respecté son Roi, votre père qui a été si bon pour lui. Mon oncle détenait assez de cette grandeur d'âme qui avait su capter l'attention et l'affection de votre père. Ne doutez pas un seul instant, Sire, que ma famille a toujours servi fidèlement et loyalement la vôtre.

Antoine savait que le Roi allait réagir, qu'il se devait de le faire. Il regarderait le jeune homme tout en l'écrasant de son royal mépris afin de lui rappeler que sa famille surpassait la sienne en richesses, titres et pouvoirs. Il était contraint d'humilier Antoine en public s'il comptait garder la face auprès de cette Cour qui n'écoutait qu'eux, les regardant et attendant avidement de voir qui mordrait la poussière. Ce ne pouvait être que le marquis. Ce ne saurait être le Roi-Soleil. Antoine aurait voulu se taire mais n'y parvint pas hélas. Il s'arrêta, cherchant une respiration qui vint à lui manquer. Il ferma les yeux, tentant de retrouver un calme qu'il perdait toujours en présence de Louis. Le marquis s'inclina respectueusement devant le Roi.

-Majesté, si je vous ai offensé en quelque façon par mes propos maladroits, je m'en excuse auprès de votre royale personne avec tout mon coeur et de toute mon âme. Il n'y avait aucune malveillance dans mes propos. Ce n'étaient que propos stupides que nous autres écuyers aimons à nous échanger dans l'intimité de nos écuries. C'était oublier un peu vite qu'un Roi de France ne saurait goûter ce genre d'humour de peu de finesse. Veuillez pardonner mon arrogance, Votre Majesté.

Antoine étouffa une violente bouffée de haine sous des paroles pleines de douceur. Il entoura un sourire plein de miel comme il savait si bien le faire afin d'endormir sa méfiance et sa souveraine colère.

-Sire, il ne m'appartient pas de juger des intérêts suprêmes du Royaume. Je ne suis pas stupide. Je sais que mon oncle a trahi son Roi et comploté contre lui. Il méritait une punition, je le sais bien. Le métier de Roi est inhumain, lourd à porter, épuisant et doit causer bien des dilemmes dans le coeur d'un homme devenu un monarque éclairé. Je vous demande pardon au nom de ma famille.

Le jeune Marquis d'Effiat mit un genou en terre devant tous puis baissa la tête, en signe de contrition, le coeur gros de devoir se rabaisser devant le fils du tyran qui avait tué son oncle . Il releva ensuite la tête et regarda le monarque de ses grands yeux bleus pâles langoureux sous le coup d'un brusque revirement d'émotions dont lui seul avait le secret et qui causait tant de ravages dans sa vie. Son regard n'était plus allumé par cette lueur de haine qui avait failli le perdre. Antoine était désemparé et secoué visiblement par une violente émotion.

-Ne m'envoyez pas au châtelet , Majesté. Ne le faites pas pour moi. Faites-le pour Monsieur. Votre frère en serait si malheureux. Vous ne sauriez le peiner davantage, lui qui souffre atrocement de la mort de sa mère, la très regrettée reine mère Anne d'Autriche. Son affliction et son désespoir fait peine à voir et me cause une grande inquiétude. Il a tant besoin qu'on l'aime et qu'on veille sur lui aujourd'hui bien plus que jamais. Laissez-moi ce rôle, par pitié, sire.

Le jeune marquis regardait Louis, éclatant de magnificence, surchargé de dorures et de pierreries, écrasant ses sujets de sa morgue et de son mépris, s'efforçant de paraitre davantage qu'un homme et masquant son humanité sous un masque glacé et factice. Louis était devenu un personnage figé d'or. Pourtant, Antoine avait beau le haïr , il n'y avait plus ni haine, ni ressentiment dans son regard. A peine pouvait-on y lire une supplique adressée à un monarque omnipotent et omniprésent.

Il n'était pas inquiet pour lui mais pour Philippe. Antoine n'ignorait pas que son prince dissimulait une douleur incommensurable derrière des semblants de fêtes et de fols déguisements. Le duc d'Orléans, effondré et inconsolable, venait de perdre une mère dévouée et aimante. Louis y avait gagné son indépendance. Celle d'un Roi. La critique présente dans l'apostrophe qu'Antoine venait d'adresser au Roi était à peine voilée et sonnait comme un reproche. Mais le jeune homme s'en moquait. Philippe avait besoin de son frère, même s'il s'agissait du Roi. Le marquis avait trop aimé le sien pour ne pas savoir combien l'amour fraternel est nécessaire dans de tels moments de détresse. Il était prêt à mettre en péril sa liberté afin que son doux prince parvienne enfin à s'extraire de sa mélancolie et de son désespoir. S'il lui fallait supplier le Roi , il le ferait. S'il lui fallait renoncer à sa fierté et à tout ce qui pouvait faire de lui un homme comblé, riche et chanceux il le ferait. Le frère du Roi avait tant apporté au jeune homme et pas uniquement des bienfaits, des pierreries et des honneurs. Antoine se sentait si heureux avec lui mais le lui avouer l'aurait fragilisé. On ne dévoile pas ses sentiments à la cour du Roi. Antoine sauverait Philippe d'Orléans afin qu'il le sauve lui-même de sa mélancolie avec ses fêtes dispendieuses, folles et amusantes, ses présents, son argent qui coulait à flots et sa tendresse à son égard. Il le pourrait encore. Sauver Philippe pour le marquis revenait à se préserver lui-même et à se sauver par la même occasion.








































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