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 Les mouches s'envolent, les boites s'enterrent... [Monsieur et Gabrielle de T année 1650]


Lun 17 Sep - 16:19

[HJ: si j'ai fait une bêtise en commençant le sujet, n'hésitez pas à le virer xD]

-L'effrontée!
-La galante!
-L'EFFRONTEE!
-LA GALANTE!!!
...
...
...
...

Les petites voix suraiguës des deux enfants énervés, furax, et rouges à cause de la dispute se faisaient entendre dans le corridor attenant à la pièce. Une dispute partie d'un rien. Le petit Choisy avait eu le malheur de dire que sa maman l'avait giflé parce qu'il avait fait tomber l'une de ses mouches au sol, mouche faite pour être posée sur le menton et qu'il avait appelée "la généreuse". La petite Françoise de dix ans, soit quatre de plus que le jeune Choisy, s'était alors empressée de lui dire qu'il faisait erreur et que cette mouche ici placée se nommait une "effrontée". Le petit Monsieur à son tour la coupa pour lui dire qu'elle faisait tout autant erreur que le jeune Choisy et que le nom de cette mouche n'était autre que la "galante".
Cela faisait à présent plus d'un quart d'heure que les deux jeunes amis se chamaillaient à savoir qui aurait le dernier mot... mais au vu des caractères de ces deux enfants, aucun des deux n'admettrait qu'il avait tort, étant chacun persuadé qu'il était dans le vrai.

Françoise et Philippe étaient tous deux rouges comme des tomates à force de crier l'un sur l'autre, et le pauvre petit Choisy se contentait de les regarder tour à tour. Choisy, lorsque Françoise était à la Cour avec le petit Monsieur, leur servait beaucoup de souffre-douleur. Pour une fois, ce n'était pas sur lui qu'on criait et l'enfant devait sans doute savourer cet instant bien qu'ayant probablement quelques bourdonnements aux oreilles à force d'entendre crier ces deux-là. Il était pourtant rare que ces deux enfants du même âge et d'une telle complicité se disputent. Mais là, la conversation avait mal tourné et Françoise ayant un tel caractère, ne s'était pas laissée faire.


-Pour quelqu'un qui me vole mes rubans, je vous trouve bien sûr de vous! Auriez-vous aussi volé UNE EFFRONTEE à la mère de Choisy, pour être aussi certain que cette mouche se nomme une galante?

Cette réflexion n'avait bien sûr pour autre but que d'énerver encore plus Philippe, qui semblait déjà au bord de l'explosion. Françoise aussi d'ailleurs, et si leurs mères respectives les voyaient ainsi, il y avait fort à parier qu'ils se prendraient l'un et l'autre un sermon. Anne d'Autriche et Diane de Grandseigne, épouse du marquis (non encore duc) de Rochechouart de Mortemart, étaient des femmes pieuses au calme posé, et n'auraient certainement pas apprécié de voir leurs enfants crier comme des poissonnières, alors que leurs rangs les obligeaient à une éducation irréprochable.

A présent à bout de souffle, les jeunes gens avaient une respiration haletante et tâchaient de reprendre leurs esprits. Françoise prit une grande inspiration, et soudain se rendit compte du ridicule de la situation, alors elle éclata de rire en voyant le petit Monsieur encore tout rouge, sourcils froncés. Cet éclat de rire sans doute l'énerverait d'autant plus, mais tant pis, s'était dit la demoiselle, c'était bien trop drôle.
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Sam 6 Oct - 1:54

    Il la détestait ! Elle était stupide et moche et en plus de ça le rouge qu'elle portait sur sa robe était délavé, ou en tout cas pour lui le rouge était définitivement délavé, passé, fini, importable ! Et après cela prétendait avoir des connaissances en esthétique et en costume ? Et cela prétendait savoir s'habiller ? Non mais c'était impensable ! comment avait-il pu supporter d'avoir une telle amie ?
    Une amie ? Non ! jamais plus ! Ah non !
    Il ne parlait pas aux imposteurs ! Un Prince comme lui s'avilissait au contact d'une telle engeance, et jamais plus il n'admettrait à ses côtés une coquine d'une telle sorte et qui le trompait sans aucun scrupule, qui le trahissait dans son amitié ! Par le cul du démon c'était une affaire d’État et fouchtra ce qu'on en dira il réglerait ce problème de lui-même. Il ne sera pas dit que lui Philippe d'Anjou fils du Roi de France, Frère du Roi de France, Fils de la Régente de France, Neveu du Roi d'Espagne (ce qu'il préférait parfois oublier pour des raisons de bienséance politique), que lui dont la famille était si glorieuse et qu'il connaissait pratiquement sur le bout des doigts, que lui Philippe héritier de la couronne du plus beau royaume sous les Cieux... lui...
    Où voulait-il en venir déjà?...
    ...
    Ah oui ! Lui si bien informé de la mode et de ses dérives, dont le goût était déjà loué par beaucoup, voire tous, n'allait certainement pas prendre des leçons d'une fille! dont la famille certes ancienne n'avait pourtant aucun fouchtra de sang royal dans les veines.
    Une femme ça n'avait pas son mot à dire, il l'avait entendu d'oncle Gaston, et un homme qui sentait aussi bon que son oncle, et qui s'habillait aussi bien, mais qui sifflait horriblement, enfin bref un homme comme Gaston avait forcément raison ! D'ailleurs voilà, fouchtra c'était fait, Philippe en avait maintenant la preuve et il se rangeait derrière l'avis si clairvoyant du Grand Monsieur. Or si une femme c'était le summum, alors la fille lui était subordonnée et donc avait encore moins le droit de parler, c'était imparable !
    Imparable oui, sauf que Françoise ne semblait pas vouloir en prendre compte. Et il s'égosillait pour lui imposer son point de vue, oh oui, de toutes ses forces et de toute la puissance de sa petite voix fluette. Fouchtra de fouchtra de fouchtra -depuis quelques jours et depuis qu'il avait entendu le capitaine des gardes, auvergnat de sang, employer ce juron qu'il avait trouvé particulièrement drôle, le jeune prince ne cessait de l'employer à tort et à travers. Quoi qu'il en soit, elle devrait admettre qu'il avait raison ou sinon... Ou sinon il irait voir mère et se plaindrait voilà !


    -Je vous vole vos rubans moi ? MOUA !? Mais l'effrontée c'est toi ! Les rubans que tu portes là ce sont ceux que je t'ai prêté !! Je ne fais que récupérer ce qui m'appartient, ingrate ! Et si tu continues c'est ma main qui va te donner une galante que tu n'auras pas volé !

    Tout cela bien sûr s'accompagnait de frappements furieux de pieds, de joues rougies et d'une respiration presque essoufflée qui achevait le spectacle désordonné de ses jolies boucles noires.
    Ils se regardèrent en chiens de faïence, Philippe remit rageusement une mèche de ses cheveux qui le gênait, ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il vit Françoise se mettre à rire. Non mais... Il rêvait ce n'était pas possible. Il fronça les sourcils, et recommença à taper du pied.


    -Ne ris pas ! Foutre (fouchtra étant trop drôle pour être employé ici, c'était du sérieux nom de...) ne riez pas ! Je vous l'interdis !! Tu m'entends !? Timoléon dis-lui d'arrêter !! Dis-lui !

    Ah comme il voulait la faire taire et la frapper, mais ce n'était pas galant, et Mère avait bien dit qu'il fallait rester galant et pire encore courtois en toutes circonstances. N'empêche c'était idiot ! Ses yeux se mirent à chercher la première chose qu'il pourrait briser au sol et il s'arrêta sur une petite boîte de bois rouge. Il plissa les yeux et s'en approcha pour la saisir et la jeter avec violence contre le mur... Du moins était-ce là le plan initial. Car en le prenant dans ses mains, il l'ouvrit accidentellement et le rattrapa du bout des doigts de justesse, vit ce qui était à l'intérieur, en fut stupéfait. Il se tourna vers Timoléon, la jolie petite fille avec qui il jouait toujours, et le regarda.

    -Tu as ramené le coffret de mouches de ta mère ?


    Il n'attendit pas la réponse et regarda Françoise.


    -Allons, approchez... Petite Choisy faites profiter des mouches à Françoise, vous les avez bien méritées,
    dit-il en souriant presque à la jeune Mortemart. Mettez-les, je vous en prie... Je ne voudrais pas vous les voler. C'est un cadeau de réconciliation...

    Le Petit Monsieur regarda le timide Choisy, après hésitation, s'emparer de la boîte puis aller déposer délicatement une première mouche sur le visage de l'orgueilleuse jeune fille.


    -Encore, dit impérieusement le jeune garçon, il en faut encore!

    Une autre fut posée avec hésitation. Philippe leva les yeux au ciel.


    -Vous faites votre timorée, donnez !

    Il s'empara du coffret et prit de nouvelles mouches qui allèrent s'ajouter au reste. Il en vida la boîte, et finalement il n'en resta plus qu'une qu'il prit délicatement entre l'index et le majeur et qu'il montra à Françoise.

    -Eh bien ? Seriez-vous prête à parier avec moi que ceci est une effrontée, comme vous le supputez, et non une galante comme je l'affirme avec bon sens ? Un gage, n'importe quoi que vous mettriez en jeu, mes rubans contre... Votre collier par exemple. J'adore votre maquillage par ailleurs, il n'y a pas de comparaison vous êtes charmante, le jour et... la nuit.

    Il avait eu un petit sourire, la mouche dans la main, observant le visage de Françoise qui avait presque disparu sous les petits morceaux de tissus. Philippe sentit que c'était à lui de rire, et il ne s'en priva pas.


Dernière édition par Monsieur le Mer 14 Nov - 11:48, édité 1 fois
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Mer 14 Nov - 11:13

Philippe d'Anjou était peut-être prince de sang, frère cadet du roy de France, mais cela ne faisait guère de lui un enfant omniscient, contrairement à ce qu'il semblait croire. Françoise était forcément plus au fait des choses de la mode, c'était sa grande passion que de voir se faire vêtir sa mère ou encore sa sœur aînée lorsqu'elle avait la chance de pouvoir les voir se parer. Surtout sa mère qui avait un poste important auprès de la reine-mère. Anne d'Autriche trouvait d'ailleurs la petite Françoise délicieuse, figure de la petite fille qu'elle n'a jamais eue, et c'était pour cela que lorsque la petite Mortemart avait l'opportunité d'accompagner ses parents à la Cour, elle la faisait jouer avec son fils cadet. La plupart du temps, les deux enfants s'entendaient à merveille. Mais c'était lorsqu'il n'y avait pas de divergences d'opinions. Or là, nous étions loin de l'entente cordiale...

Voilà à présent qu'il la traitait de menteuse ! Elle, une Mortemart ! L'une des familles nobles les plus anciennes, les plus illustres, les plus respectées, les plus.... Elle avait oublié le dernier qualificatif que son père avait évoqué lors d'une conversation. Bref, comment osait-il, lui le petit Monsieur, la traiter ainsi ? Après tout, il n'était pas Monsieur, pas encore, il n'était que le « petit » Monsieur, cela disait bien ce que cela disait ! Outrée donc de passer pour une vile menteuse, surtout devant témoin, puisque malgré tous leurs cris, les deux enfants n'en oubliaient pas le petit Timoléon, Françoise se remit à s'égosiller, surtout que Philippe venait également de la menacer physiquement. Quoi, quelqu'un oserait lever la main sur elle ? Cela n'était encore jamais arrivé, et ce n'était certainement pas à ce prince de s'y mettre
.

-OH !!!! Comment OSEZ-VOUS ? Mais pardi vous vous moquez ! Ces rubans sont les miens, et ceux qu vous portez présentement sont ceux que j'ai eu la clémence de vous prêter hier, sans quoi vous vous seriez mis à pleurer ! Oui, parfaitement, à pleurer !! Et si vous ne voulez pas que j'aille répéter à qui veut l'entendre qu'un si grand prince que vous pleure pour obtenir des rubans, et qu'en plus vous avez l’indélicatesse de me menacer, j'exige que vous me présentiez des excuses !!!! Sans quoi... sans quoi je me verrai dans l'obligation d'en informer... votre mère !!

Oui, à mesure qu'elle criait, la demoiselle cherchait des arguments, et elle feignait de reprendre son souffle afin que les saccades dans ses phrases ne paraissent pas suspectes.

Mais alors elle n'eut pas le temps de dire quoi que ce fut d'autre, qu'en un  rien de temps, sans qu'elle n'ait compris, elle s'était retrouvée assise sur une chaise, le jeune Monsieur en train de lui coller des mouches ça et là sur le visage, Timoléon n'allant guère assez promptement à son goût
.

Voilà à présent qu'il faisait son fier. C'était à parier. Le prince, en sa qualité de prince, avait toujours le dernier mot et obtenait toujours ce qu'il voulait. Que pouvait-elle faire, elle, fille du Duc de Mortemart, contre le fils de la Reine... Soit, la demoiselle se retrouva donc le visage couvert de mouches, si bien qu'on aurait pu la croire atteinte d'une sévère maladie de peau, à tel point qu'il avait fallu dissimuler toutes ces cicatrices... La dernière mouche se trouvait sur le doigt du prince qui avait un regard et un sourire que Françoise n'appréciait guère puisqu'ils la toisaient.
Il voulait parier ? Ils parieraient, foi de Mortemart ! Elle était sure d'elle-même et de son affirmation, elle n'avait aucune crainte de perdre
.

-Parfait ! Lâcha-t-elle, sourcils froncés, en décrochant son petit collier de son cou fin et délicat. Prenez donc ce collier. Et même si vous gagnez, vous n'aurez l'air de rien avec.

Françoise regarda autour d'elle. La boite à mouches étaient à présent vide et ouverte, dans les mains de Timoléon. La demoiselle y déposa le collier et prit les rubans des manches de Philippe.

-Nous mettrons ces gages dans cette boite que nous enterrerons quelque part. Un lieu connu de nous seuls, personne d'autre ne devra savoir où elle se trouve. Et lorsque nous aurons la réponse, apportée par une personne de confiance qui n'aurait jamais l’indécence de nous tromper, ni vous ni moi, nous déterrerons la boite et le vainqueur remportera les biens mis en jeu.

Comme Philippe avait encore la dernière mouche sur son doigts, Françoise n'y put résister.

-Une dernière chose encore...

Elle attrapa fermement le poignet de son interlocuteur et le fit plier de telle sorte que le bout de l'index de l'enfant vint se plaquer sous sa bouche, la mouche s'y collant alors.

-Voilà pour un fripon comme vous, dit-elle calmement avec un sourire triomphal.
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Mar 23 Avr - 16:34

    Il fallait tout de même avouer que le caractère semblable de Philippe et de Françoise était fait de telle sorte qu'il fut surprenant qu'un tel éclat ne se fit pas plus fréquemment. A vrai dire, l'entente entre les deux enfants était le plus souvent harmonieuse, dissonante sur le pauvre Choisy qui avait de tout temps été le souffre-douleur aimé de ces deux garnements. Choisy était aimé, pour son esprit raffiné... et sa soumission face aux descendants de famille si illustre. Son regard était doux, son sourire fait de soie et de satin, ses dents comme de l'ivoire se montraient timidement dans ses rires qu'il avait clairs comme une fillette. Ses cils, qu'il avait déjà longs, dissimulaient des yeux d'un bleu stupéfiant et dans lesquels le Petit Monsieur aimait beaucoup se perdre. Ils devenaient plus sombres sous le coup de la colère, plus clairs sous l'effet des larmes.
    En l'occurrence ils tremblaient et frissonnaient, craignant ces éclats qui déchiraient ses tympans délicats. Il regardait le Prince devenu rouge de son courroux et Françoise rouge d'indignation. Il regarda le Petit Monsieur, se demandant s'il oserait frapper Françoise... Le jeune Prince n'était pas violent... Cela n'était pas dans ses habitudes. Enfin pas souvent... hum rarement... Du moins... Il regarda Philippe d'Anjou écouter Françoise de Rochechouart, froncer les sourcils, pincer les lèvres. Timoléon reconnaissait bien cette moue, elle indiquait le souffle d'une colère terrible.


    -Pleurer ! Moi ? Seulement parce que votre stupidité ferait verser des larmes à Charon lui-même ! Dites-le à mère ! C'est vous qui devrez vous excuser !!!

    Le Prince s'était détourné brusquement pour prendre cette boîte.
    Pouffant de rire il regardait Françoise qui restait face à lui. Parbleu quelle figure elle avait là. Digne de la diablesse qu'elle était ! Il s'amusait beaucoup de la voir rester ainsi impuissante, lui qui était prince, frère du Roi, et qui était tout et elle qui n'était que demoiselle et qui n'était rien. Dans ces moments de colère vile, de bassesse hautaine le prince oubliait aisément tous les beaux principes qu'il révérait habituellement, la Fronde lui ayant bien appris que la noblesse même la plus ancienne pouvait engendrer les êtres les plus odieux. Il suffisait de voir ses cousins Condé et Conti. Des bâtards au sang bleu voilà ce qu'ils étaient. Tous des révoltés des chiures de...
    Il s'éloignait du problème le plus urgent.
    L'insolent petit Prince regarda Françoise, une moue dédaigneuse sur les lèvres. Il était certain de ce qu'il avançait. A-BSO-LU-MENT certain. Alors qu'avait-il à perdre ? Il considéra la jeune fille de son air suffisant.


    -Hum... Ma foi... Cela me semble raisonnable... Venant de votre part cela m'étonne.

    En l'entendant il haussa un sourcil, et n'eut pas le temps de comprendre ce que voulut faire Françoise. Il écarquilla les yeux et loucha sur le bout de tissu noir avant qu'il ne disparaisse de son champ de vision. Par réflexe il donna une tape sur la main de la petite fille, faisant tomber le coffre de bois qu'il tenait jusqu'alors ce qui arracha un glapissement au pauvre Choisy, ne voulant pas abîmer le coffret de sa mère.
    Philippe foudroya Françoise du regard, les lèvres pincées, inspirant profondément, la regardant en chien de faïence comme cherchant la marche à suivre la plus appropriée. Elle lui avait fait mal la bougresse !
    Pourtant, le visage noir de la jeune fille retint la gifle qui s'était profilée au bout de sa main fine. Il eut un sourire doucereux et répondit d'une voix mielleuse :


    -C'est de bonne guerre, un fripon contre tous les vices du sexe faible... Il faut combattre le mal par le mal... Allons ! Timoléon donnez cette boîte, nous allons faire comme l'a dit Françoise, fit-il en retirant ses rubans tout en se tournant vers le jeune garçon qui s'était précipité pour ramasser la boîte et s'assurer qu'il n'y avait aucun accroc sur le bois rouge.

    Timoléon en entendant la voix fluette du Prince se figea et blêmit, regarda ses deux aînés, hagard.


    -La... La boîte ? Mais...
    -Dépêchez-vous Choisy !
    il leva les yeux au ciel. Décidément vous m'irritez tous les deux. Une fois cette histoire terminée et cette galante enfin nommée, je me passerai de vos services pour les jours à venir. Cela vous apprendra.

    Le pauvre garçon baissa les yeux, se releva, penaud, et tendit le coffret ouvert au Duc d'Anjou qui le regardait de son air de colère hautaine et se voulant pourtant d'un calme froid, comme le faisait si bien son frère, et que lui singeait plus qu'autre chose. Un mignon petit reflet.
    Dans des gestes précieux, larges et grandiloquents, il déposa les rubans de soie et de velours, tendit la main dans un mouvement impérieux vers Françoise pour prendre le collier et l'y déposer. Il le tendit ensuite à Timoléon, parce qu'il ne fallait pas non plus abuser, et invita la petite fille à sortir dans une imitation galante de son oncle qui avait toujours été pour lui l'exemple de l'élégance et du raffinement.


    -Si Mademouaselle de Tonnay-Charentes veut bien se donner la peine... Elle connaît le chemin qui mène vers les jardins.

    Son sourire était mauvais et lutin. Bientôt il aurait raison aux yeux de tous et Athénaïs ravalerait sa superbe et toutes les mouches qui allaient avec.
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Lun 4 Nov - 19:27



Dehors, dans les Jardins Royaux il faisait bon et beau. La suite de la Reine Anne d'Autriche s'extasiait à chaque parterre de bluets ou de jonquilles qu'elle avait plaisir à rencontrer sur son chemin, à chaque point d'eau ou sculpture qu'elle venait à croiser. L'ennui contenu que provoquait cette obsession - majoritairement florale - chez Mademoiselle de Mortemart, imprégnait progressivement ses traits et allait même jusqu'à modifier sa posture qu'elle avait usuellement parfaite.

Précisons pour sa défense qu'à chaque dernier massif de fleurs dépassé, la jeune Gabrielle devait endurer la conversation que soutenaient la Reine et Diane de Rochechouart de Mortemart - sa dame d'honneur -, sans souffler mot. Si ladite conversation avait tourné autour de brocarts et de dentelles, elle lui aurait été supportable et peut-être même aurait elle eut l'occasion de briller de par ses connaissances en motifs et étoffes... Cependant il avait fallu qu'en plus d'éprouver une vive et subite passion pour la végétation environnante les Dames de son altesse s'inquiètent de son avenir marital.

En sa présence.

Sa présence plus qu'inutile, observa Mademoiselle de Mortemart qui suivait en retrait le cortège : assez près afin que cela demeure convenable mais définitivement de ne pas assez loin, pour pouvoir faire fi de certaines suggestions ridicules.  

Mais parce que leur offrir son avis aurait été d'une impertinence sans nom, Gabrielle se contentait de songer ce qu'elle aurait pu répondre. Plusieurs noms d'hypothétiques époux avaient déjà franchi les lèvres de plusieurs caméristes mais rien n'avait été encore sérieusement proposé, lorsque la voix d'Anne d'Autriche s'imposa avec naturel et ainsi fit taire le chahut.


- Le premier fils du seigneur de Courtimont est en âge de prendre épouse il me semble...

Un fils de petit seigneur ? Mademoiselle de Mortemart retint une grimace dont la grâce aurait sans doute fait fuir à tire-d'aile le ban complet d'hirondelles, lequel picorait désormais avec application aux pieds de Son Altesse. C'est là tout ce dont il fut nécessaire pour faire ces Dames s'émerveiller, une fois de plus. Toutes sauf la Reine et sa mère la marquise, qui à la grande horreur de Gabrielle semblait considérer ce qui venait d'être dit.

- L'aîné de la Maison de Rougé, fit Diane perdue dans ses pensées. Je ne voudrais certainement pas froisser Son Altesse en m'opposant à ce souhait, mais cette Maison n'est-elle pas de simple extraction chevaleresque ?

Parce qu'il en était encore question. Allons bon, c'était une plaisanterie ! Unir une Mortemart à moins qu'un marquis... S'entendaient-elles ?

- Ma Reine, je crois savoir que le premier fils du seigneur de Courtimont a déjà choisi une épouse en la personne d'Anne de Vaurimare et que leurs noces sont prévues ce printemps même, ajouta promptement l'une des accompagnatrices d'Anne d'Autriche.

Cette dernière laissa paraître un léger dépit à cette nouvelle, tandis que Mademoiselle de Mortemart louait silencieusement le ciel et espérait maintenant le sujet clos.

- Monsieur de Frontenac cherche toujours femme et ne m'a pas paru insensible aux charmes de votre aînée, renchérit Son Altesse en s'adressant à sa dame d'honneur.

Les yeux azurés de Diane de Mortemart – dont Françoise-Athénaïs avait hérité -, s'arrondir sous l'effet de la surprise... Frontenac était ancien. Ancien dans le sens antique même, cela faisait trois épouses qu'il enterrait. Gabrielle quant à elle, aurait bien fait part de l'étendue de sa détresse si elle avait pu prononcer ne serait-ce qu'un mot : La Reine Anne lui portait-elle si peu d'estime. Elle savait bien qu'elle n'était pas la première dans son cœur, mais tout de même...

Il était temps d'agir, décida la jeune fille. Faisant appel à ses talents de comédienne, elle haleta d'abord doucement puis plus fortement. Une de ses mains se porta à son front et l'autre s'accrocha soudainement au bras d'une domestique, Hortense. La servante alerta aussitôt l'équipée qui rompit la discussion pour se tourner vers elle.


- Mademoiselle semble mal, balbutia Hortense avec inquiétude.

La marquise, sa mère s'empressa de venir la rejoindre pour l'examiner. La Reine même si sincèrement contrite, ne s'approcha que de quelques pas.

- Peut-être aurions-nous dû parler de cette affaire dans le privé de mon cabinet, Madame de Mortemart, admit-elle avec sollicitude.

Diane hocha la tête un instant puis libéra le visage de sa fille, concernée. Gabrielle la rassura aussitôt d'un faible sourire et l'enjoignit à poursuivre la promenade tandis qu'elle, resterait là pour se reposer. Le cortège de Son Altesse Anne ne tarda pas à s'éloigner... Et Mademoiselle de Mortemart fut enfin libre de ses mouvements.

La température commençait à se faire lourde. Alors que Gabrielle se demandait s'il ne serait pas mieux de rentrer à l'intérieur, elle entendit une suite de pas maladroits et l'écho d'une discussion animée. Elle reconnut d'abord le timbre indistinct de sa jeune sœur, Françoise-Athénaïs. La petite était agacée, détermina rapidement Gabrielle... Et le petit Monsieur – si c'était bien de lui qu'il s'agissait -, l'était encore plus. S'ils poursuivaient sur ce ton, Son Altesse Anne d'Autriche et Diane de Mortemart ne tarderaient pas à les entendre et ils finiraient punis tant leurs paroles devenaient irrespectueuses.

C'était plutôt rare que les deux enfants se chamaillent, ils s'entendaient habituellement à merveille. Parfois bien sûr, l'un était jaloux de l'autre ou le contraire... Mais jamais jusqu'à aujourd'hui, en étaient-ils venus aux jurons et aux menaces. Les cris se rapprochèrent et s'éteignirent immédiatement lorsque derrière la haie, les petits diables aperçurent Gabrielle assise sur le rebord de la fontaine.


- Votre légendaire discrétion ne vous permet pas de demeurer ainsi cachés, rit franchement Mademoiselle de Mortemart, je suis bien heureuse de ne plus entendre vos injures... La Reine et notre mère ne se trouvent qu'à quelques pas et nul doute que si elles vous savez tel vocabulaire, votre correction serait à la mesure.

Ils sortirent des haies et Gabrielle put constater que le petit Monsieur et sa sœur – presque méconnaissable sous ses mouches -, n'étaient pas seuls : avec eux se trouvait le pauvre Choisy, lequel tenait entre ses mains tremblantes une jolie cassette.  

- Que vous êtes-vous encore inventé ? Interrogea-t-elle en un soupir ou se mélangeaient l'exaspération et l'amusement.

Françoise-Athénaïs et le petit Monsieur échangèrent furtivement un regard qu'elle n'identifia pas, avant de lui lancer un sourire trop brillant...

Mademoiselle de Mortemart ne savait pas si elle allait apprécier leur histoire.


Dernière édition par Gabrielle de Thianges le Lun 4 Nov - 23:38, édité 1 fois
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Lun 4 Nov - 19:59


Tout comme le jeune Monsieur le lui avait intimé, la petite Françoise ouvrait la marche, allant d'un bon pas, assuré, décidé, en direction des jardins, suivie de près par Philippe et Choisy. Ils allaient ainsi le long des allées, tout en continuant à bavasser.

-Je n'en reviens toujours pas de ce que vous avez osé me traiter de menteuse! Je ne mens jamais, vos devriez le savoir! Je ne m'abaisserai pas à pareil péché, et surtout pas pour vous! Fripon, c'est bien là le terme qui vous va le mieux! lança-t-elle finalement en tournant vers lui un visage amusé. Fripon, fripon, friiipon! rit-elle, sachant parfaitement que cela énerverait encore d'avantage le prince.

Elle en avait oublié qu'elle portait toutes ces mouches sur son visage. Fort heureusement, ils était sortis promptement et n'avaient encore croisé personne, sans quoi ils auraient probablement eu à fournir une explication. A mesure qu'ils marchaient, Françoise réfléchissait au lieu où ils pourraient cacher leur petit butin. Regardant droit devant elle, tout au bout de l'allée, après avoir passé une ou deux fontaine, ils atteindraient un arbre beaucoup plus haut que les autres. Elle se fixa et le pointa fièrement du doigts.

-Nous enterrerons la boite au pied de cet arbre! Il est plus haut que tous les autres, nous n'aurons ainsi aucun mal à le retrouver. Choisy, préparez-vous à creuser, lança-t-elle avant de reprendre la marche d'un air assuré.

Le petit Timoléon qui tenait toujours fermement la boite de sa mère, semblait vouloir protester de cette idée. Mais ni Françoise ni Philippe ne lui laisseraient le temps d'émettre un quelconque avis.

-Allons Timoléon, il suffit! Il n'est pas question que j'abîme mes mains délicates en grattant la terre, et imaginez-vous Philippe accomplir cette tâche? Soyons sérieux! Il ne reste que vous! Vous le ferez bien pour nous, n'est-ce pas Choisy? dit-elle avec un sourire enjôleur. Allez, pressez le pas, vous êtes aussi rapides que des limaces!

Françoise avait hâte que la besogne soit accomplie afin de s'enquérir de la réponse concernant le nom de cette fameuse mouche. Elle était si assurée de son coup, rien au monde n'aurait pu la faire douter. Alors qu'ils allaient atteindre la première fontaine, les allées de buis s'arrêtèrent et leur permirent de découvrir la silhouette de Gabrielle, la soeur aînée de Françoise. La jeune fille s'arrêta nette, manquant de se faire percuter par les deux garçons qui la suivaient de près.

-Gabrielle, vous ici... balbutia-t-elle.


Assurément elle les avait entendus depuis un moment. Ils ne s'étaient probablement pas rendus compte à quel point leurs paroles pouvaient être audibles. Et entendant que sa mère et la reine se trouvaient toutes proches, la jeune Françoise pâlit.

-Mère est ici, souffla-t-elle.

Elle tâcha cependant de se reprendre. Leur affaire ne pouvait attendre, il fallait la mener à bien. Et regarda furtivement Philippe avant de reporter ses iris azurs sur sa soeur, brandissant un sourire forcé et surtout suppliant.

-C'est que... voyez-vous, nous sommes sur une affaire des plus importantes! lança-t-elle avec un ton qui voulait se donner de l'importance. Il nous faut atteindre discrètement cet arbre, là-bas, afin d'y enterrer cette boite.

Oui... prononcés à haute voix, ces mots parurent bien insignifiants. Gabrielle allait certainement la penser folle. Elle chercha alors l'aide de Philippe en lui lançant un regard quelque peu désespéré. Lui seul savait faire passer sa fantaisie pour légitime et non pour folie. Assurément il parviendrait à trouver les mots pour convaincre l'aînée des Mortemart de l'importance de leur mission.
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