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 Rencontre fortuite au détour d’un jardin {Pv Ninon.


Lun 3 Déc - 21:05

Alors qu’elle s’apprêtait à poser non sans une petite fierté la dernière carte sur le haut de la pyramide, la porte de la pièce s’ouvrit brusquement, faisant voler par le biais d’un courant d’air ce haut château qu’elle venait de s’amuser à construire. Se redressant d’un coup, elle lança un regard noir à celui qui venait d’entrer et qui par son geste venait de détruire un travail qui lui avait demandé au moins trente minutes de concentration et de minutie. D’abord quelque peu déconcerté de voir que la comédienne n’avait visiblement pas mieux à faire que de s’amuser à empiler les cartes, mais au final seulement à moitié étonné par la nouvelle lubie qu’elle s’était trouvée, la Grange prit finalement la parole.

- Heureusement que tu voulais être seule pour répéter, lui fit-il remarquer en premier lieu.
- C’est ce que je faisais jusqu’à il y a peu, répondit-elle en se levant d’un bond de sa chaise. Mais tu as troublé ma précieuse concentration et il m’est à présent impossible de travailler dans de si mauvaises conditions, ajouta-t-elle d’un air faussement désespéré d’avoir été dérangée.
Et avant qu’il n’ait le temps de lui demander quoique ce soit, car c’est sans doute d’une requête qu’il s’agissait, elle attrapa sa cape, le manuscrit qui trainait non loin et fila sans plus attendre. Alors qu’elle entendait au loin la Grange qui lui priait de revenir sous prétexte qu’il avait une chose bien importante à lui dire, elle n’y prêta pas la moindre attention et se hâta de longer les couloirs qui menaient à la sortie. Car à vrai dire, cet homme avait la fâcheuse tendance à venir la voir à chaque fois qu’il n’avait pas le temps –ou l’envie- de faire quelque chose ayant rapport avec la troupe. Et bien cette fois tant pis, il se débrouillerait sans elle et n’aurait qu’à aller lui-même supplier la du Parc de cesser ces jérémiades ou encore prier les couturières de finir les costumes plus tôt que la date butoir qui leur avait été annoncé. Si certes il n’était pas désagréable de se sentir indispensable, il y avait des jours où elle ne sentait pas d’humeur serviable. Car après tout, elle n’avait pas signé pour jouer les médiatrices ou encore les portes paroles.

C’est donc d’un pas rapide que Madeleine quitta le théâtre pour prendre un peu l’air après avoir passé une journée enfermée, oscillant entre l’apprentissage d’un nouveau texte et des activités d’une utilité moindre, en témoigne ce beau château de cartes qui venait d’être détruit.
En sortant du bâtiment, elle fut prise d’un frisson au sentir de l’air frais qui s’abattit sur elle. Diable, il y avait des jours où elle regrettait de n’être pas restée dans le sud du pays qui, à défaut de proposer des scènes prestigieuses, avait le monopole du beau temps.
Pour se réchauffer lui vint alors la bonne idée de faire un petit détour par une boulangerie qu’elle affectionnait tant afin d’y faire l’acquisition d’un petit pain brioché, un de ses péchés mignons. De son âme d’enfant, Madeleine avait gardé beaucoup de choses, à commencer par une gourmandise toujours insatisfaite. Maintenant en possession de cette gourmandise encore tiède, elle prit le chemin du jardin du Luxembourg. Assise sur un banc, elle regardait avec attention tous ceux qui passaient par ici en cette après-midi, s’amusant à faire et défaire les couples. Ce petit jeu très simple consistait à imaginer cette grande dame qui se voulait donner des allures de princesses, mais qui au final ressemblait plus à un dindon qu’à autre chose, au bras de ce petit bourgeois qui était d’un ridicule à faire mourir de rire avec ses vêtements trop serrés et sa moustache qui rebiquait à l’excès. Cette activité fort divertissante l’occupa un bon moment, après quoi, quand elle eut fini de refaire la société, la comédienne entreprit de se plonger dans ce manuscrit qu’elle avait emporté avec elle afin d’apprendre quelques répliques de cette toute nouvelle pièce tout droit sortie du brillant esprit de Molière. Il était toujours plus facile d’apprendre un texte lorsqu’on était dans de bonnes dispositions. Et au grand air et après de longues minutes de divertissement, Madeleine se trouvait dans de parfaites conditions pour ressasser ces répliques qu’elle devrait mémoriser au plus vite.
Mais quand dans une pulsion de bonne volonté elle s’apprêtait à se plonger finalement dans cette pièce, elle aperçut non loin d’elle une silhouette qui lui parut familière. Curieuse de savoir si son intuition était la bonne, elle se leva pour se diriger vers cette femme dont l’identité ne lui resta pas inconnue bien longtemps. Il s’agissait en effet de cette chère Ninon de l’Enclos qui comme elle profitait sans doute de cet air frais qui dit-on était vivifiant. Sourire aux lèvres, Madeleine ne tarda pas à engager la conversation avec cette amie de longue date.

- Quelle agréable surprise de vous trouver ici, s’exclama-t-elle.
Tant pis pour son texte, elle trouverait bien vite une autre occasion de l’apprendre. Après tout, les rencontres pouvaient être fortuites, cela ne les rendait pas pour autant désagréables.
- Cela me paraît une éternité que nous ne nous sommes pas croisées. Comment vous portez-vous ?
Les deux femmes s’étaient certainement vue il n’y avait de cela pas très longtemps, mais ces derniers temps, Madeleine s’était faite une peu moins présente dans le salon pourtant si prisé de madame de l’Enclos. Et quand on avait l’habitude de croiser une personne à intervalles très réguliers, ne pas entendre sa voix pendant une semaine pouvait sembler bien long.
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Dim 30 Déc - 9:44

Ninon avait passé une nuit fortement agitée. Elle avait rencontré un très beau poulain lors de son dernier salon. Elle nommait poulain les jeunes hommes qui n’avaient jamais conne de relations sexuelles. Ce jeune Marquis lui courrait après depuis quelques mois. Mais il avait toujours eu du mal à approcher Ninon. La timidité avait eu raison de lui. Il réussit cependant à vaincre sa peur et à aller l’aborder. Mais Ninon ne tomba pas dans ses bras aussi facilement, lui apprenant ainsi les difficultés de l’approche. Elle lui expliqua qu’une femme est une chose fragile avec laquelle il faut faire attention. Elle lui apprit également à écrire des poèmes afin de mettre toutes les chances de son côté. Oui, Ninon avait envie de faire l’éducation de ce jeune homme qui était beau comme un Dieu et qui avait toutes les chances de son côté. Mais un jour qu’elle revenait du marché où elle avait était faire l’acquisition de tissus pour son prochain salon, quelle ne fut pas pas sa surprise lorsqu’elle vit une malle dans son hall. Étrange, elle n’attendait aucune venue et elle n’avait passé aucune commande. Elle regarda cette malle un instant et déboutonna sa cape. Elle appela rapidement une de ses bonnes.

-Nanette ? Nanette ? Allons venez ici je vous prie.

La petite bonne arriva en se tenant son jupon afin de courir rapidement sans tomber. Elle venait tout juste de commencer à entrer dans le monde du travail. Elle était encore un peu maladroite pour certaines choses, mais Ninon l’appréciait malgré le fait que cette dernière était toute jeune et belle. Mais ceci est un autre sujet. La petite Nanette arriva devant Ninon toute essoufflée.

-Oui Madame.

-Puis-je savoir à qui appartient cette malle ?

Nanette se mordit la lèvre. Ninon en voyant ce geste, devina que la réponse n’allait pas lui plaire. Et en effet, la réponse ne lui plût pas du tout… Cette malle appartenait au jeune Marquis à qui elle faisait son éducation. Il se trouve qu’il était tombé amoureux d’elle et Ninon ne l’avait pas vu venir. Le jeune Poulain pensait que les sentiments de Ninon étaient pareils et il avait envie de vivre une belle histoire d’amour avec elle. Mais Ninon ne l’entendait pas de cette oreille. Elle monta donc à l’étage et décida d’aller lui parler car il ne fallait pas que ce dernier se fasse de faux espoirs. Une violente bagarre se déclencha entre eux. Ninon avait beau lui expliquer qu’elle n’était pas amoureuse de lui et qu’il ne se passerait jamais rien, il ne l’entendait pas de cette oreille. Elle tenta pourtant de lui parler gentiment mais on ne pouvait pas dire que ce fut évident pour lui. Il ne voulait pas partir, la traitait de menteuse, lui disait qu’elle avait simplement honte de lui à cause de leur différence d’âge. Mais Ninon ne voulait pas passer sa journée à se prendre la tête. Elle décida donc de s’en aller tout en lui précisant qu’à son retour il devrait être parti.

Comme il faisait un temps superbe, elle décida de se rendre aux jardins Là, il n’y aurait pas de bagarre et elle pourrait profiter du soleil et surtout du silence. Elle s’y rendit à pied. Au bout d’une bonne demi-heure de marche, elle arriva dans les jardins. Elle repéra un banc vide qui ne devait attendre qu’elle. Elle s’assit et retira sa cape qu’elle posa à côté d’elle. Elle ferma les yeux et soupira. Elle avait connu de meilleures journées… Elle espérait que son poulain serait parti car elle ne se sentait pas la force d’une nouvelle confrontation. Elle était fatiguée de tout ça. Elle ouvrit les yeux et prit sa bourse dans laquelle elle avait caché une petite bouteille d’alcool. Elle en but discrètement une gorgée et referma la bouteille qu’elle remit dans sa bourse. Elle sentit le breuvage descendre dans sa gorge. Il s’agissait d’une excellente eau de vie qu’elle utilisait pour se calmer. C’était donc un peu trop souvent ces derniers temps. Elle était perdue dans ses pensées lorsqu’elle entendit son prénom et une voix familière. Il s’agissait de cette chère Madeleine Béjart. Ninon n’avait pas beaucoup d’amies femmes car elles les voyaient toutes comme des ennemies mais pas Madeleine. Elle sourit et se leva pour lui faire face.

-Madeleine, quelle belle surprise. Je ne m’attendais pas à vous voir en ce lieu. Cela fait longtemps que je ne vous ai vue.

Comment elle allait ? Mieux valait ne pas lui répondre car elle allait devenir un excellent sujet de potins… On dirait que l’araignée est en train de se faire prendre dans sa propre toile.

-Je vais très bien comme vous pouvez le constater. Et vous ? Aurais-je bientôt la chance de vous voir sur scène ?

Ninon adorait le théâtre mais elle aimait par-dessus tout le talent de Molière et se sa troupe. Il fallait dire que cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait eu le temps d’aller les voir en représentation.
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Ven 11 Jan - 19:00

Plutôt que de s'étendre sur ses états d'âme, Ninon se contenta de lui répondre qu'elle se portait très bien avant d'enchaîner sur une question. Question dont la réponse paraissait d'ailleurs évidente. A moins d'être alitée ou en grave dépression, ce qui jusqu'à maintenant ne lui était jamais arrivé, Madeleine ne manquerait jamais une représentation. Et même si depuis un moment elle préférait endosser des rôles d'une importance moindre, il restait impensable qu'elle puisse se contenter d'être spectatrice. Bien que ces derniers temps plutôt occupée à faire les comptes -du moins quand elle ne préférait pas s'enfermer pour faire des châteaux de cartes- elle restait avant tout une comédienne.

- Évidemment, répondit-elle immédiatement. Mais c'est plutôt de votre présence dont on pourrait douter. Il me semble que cela fait quelque temps que je ne vous aies pas aperçu dans le public, ajouta-t-elle en fronçant les sourcils comme si elle lui faisait un reproche. Bien sûr elle ne lui en voulait pas le moins du monde. Si elle devait un jour blâmer Ninon, ce ne serait assurément pas pour son manque d'assiduité aux représentations théâtrales. Sauf si un jour il lui venait l'idée saugrenue de boycotter la troupe de Molière pour ne se rendre qu'à l'hôtel de Bourgogne. Mais jusqu'à preuve du contraire, le cas ne se présentait alors pourquoi même y penser ?

- Enfin, reprit-elle en levant les yeux au ciel, qui pourrait vous blâmer avec l'emploi du temps plus que surchargé que vous devez avoir.
Cela n'avait rien d'un reproche, il s'agissait plutôt d'une constatation. Entre ses heures à tenir l'un des salons le plus prisé de la capitale, des nuits qu'on disait très agitées et sans doute d'autres passe-temps que la comédienne ignorait, Ninon était assurément une femme occupée.
Plutôt que de rester bêtement debout, Madeleine s'assit sur le banc qu'occupait jusqu'alors la demoiselle de l'Enclos. Elle ne s'était à aucun moment fait la remarque que peut-être Ninon préférait rester seule plutôt que d'avoir à tenir la conversation. Après tout, qui apprécierait plus une triste et morne solitude que l'agréable compagnie d'une amie. Les névrosés peut-être. Ce qu'aucune des deux femmes n'étaient. Du moins jusqu'à preuve du contraire. Maintenant assise, comme à son habitude un large sourire sur les lèvres, elle put prendre le temps de regarder un peu mieux son interlocutrice. Aujourd'hui, comme toujours d'ailleurs, elle était assurément séduisante dans cette élégante tenue. Et cela, n'importe qui pourrait en témoigner. A commencer par toutes ces femmes qui, au delà d'un mépris souvent ouvertement affiché pour la femme de lettres, cachaient souvent une jalousie maladive. Car non seulement Ninon avait la beauté, mais en plus elle avait l'intelligence. Chose qui manquait cruellement à certaine de ces dames dont les plus beaux atours du monde ne pourraient jamais arriver à cacher à quel point elles étaient vide sous leurs couches de maquillage. Et hélas, le point commun qu'avaient bon nombre de ces femmes était que leur stupidité n'avait d'égale que leur méchanceté. Car savaient pertinemment que jamais on ne les regarderaient avec les yeux pleins d'admiration qu'avaient les hommes pour Ninon, elles préféraient se complaire dans la critique plutôt que de reconnaître qu'elles n'avaient aucun talent pour l'art inouï qu'était la séduction.
Mais au delà de cette apparence soignée et d'un sourire qui semblait à première vue sincère, il sembla cependant à la comédienne que son amie n'était pas aussi rayonnante qu'à l'habitude.

- Mais vous m'avez l'air quelque peu fatiguée. Vos nuits seraient-elles trop agitées, demanda-t-elle avec un sourire entendu. Si c'est le cas je vous envie. Je suis en ce moment aussi seule le soir qu'au petit matin.

Quel sujet indécent ! Ces vieilles douairières crieraient au scandale si elle entendait Madeleine parler ainsi sans complexe de ses soirées qu'elles jugeaient trop plates. Mais à moins de s'y contraindre lorsqu'elle se trouvait en société, elle n'avait pas pour habitude de censurer sa pensée. Et puis s'il y avait à Paris une personne ouverte d'esprit, il s'agissait assurément de Ninon.
Mais derrière le ton léger et libéré que Madeleine prenait pour évoquer ces amis intimes qui ne lui rendaient pas visite se cachait la question qu'on posait souvent mais dont on n'écoutait que rarement la réponse : « Êtes-vous réellement certaine que tout va bien ? ».

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Sam 13 Avr - 9:06

Ninon fut heureuse de savoir que cette chère Madeleine ne manquerait pas une occasion de monter sur scène et de faire ainsi profiter de son talent à toutes les personnes qui seraient ainsi présente dans la salle. Elle avait toujours trouvé Madeleine très douée dans les rôles qu’elle tenait. Mais la jeune femme lui posa une question qui lui effaça son sourire… Elle était surprise de ne plus trop la voir en ce moment. Ninon savait que Madeleine appréciait lorsqu’elle venait la voir. Mais il fallait bien avouer qu’en ce moment elle n’était pas vraiment dans son assiette… Oh elle aimait bien sa vie la question ne se posait même pas. Mais elle était un peu égrie de la vie sans vraiment trop savoir pourquoi. Elle savait qu’elle pouvait tout confier à Madeleine car s’était une amie qui lui était vraiment précieuse et elle tenait à leur amitié. Il faut dire que ces dernières se font plutôt rare, alors lorsque vous en trouver une et que vous êtes sûr de vous, surtout ne laisser pas tomber la personne. Elle décida donc de se montrer sous son vrai jour et poussa un soupir.

-Vous avez raison, je ne peux pas vous nier mon absence, mais je vous promets que je vais très vite et très bientôt me rattraper. Ninon n’allait pas lui révéler qu’après avoir murement réfléchi, l’amour était peut être une chose qui lui manquait un peu dans sa vie après une longue réflexion. Elle avait l’impression de devenir faible avec l’âge. Un jour, une personne qui était venue lorsqu’elle tenait salon lui avait dit qu’arrivée à un certain âge, elle allait regretter de n’avoir ni mari ni enfant. Oh mais Ninon avait un enfant, elle avait eu un fils avec un de ses amants qui avait décidé de le reconnaître d’ailleurs. Mais il est vrai que cette dernière n’avait pas de mari. Enfin pas d’homme fixe plutôt. Ninon était et resterait très probablement volage mais elle était en train de ressentir des sentiments vraiment très fort pour un homme. Elle ne pouvait pas lutter contre ça même avec la meilleure volonté du monde… Et le pire était que non seulement elle ne lui avait encore rien dit mais qu’en plus ce dernier venait souvent lorsqu’elle tenait salon. Son emploi du temps chargé ? Mon Dieu si elle savait… »

Ninon apprécia que Madeleine décide finalement de s’assoir à côté d’elle sans qu’elle ne lui donne l’autorisation. Elle avait vraiment besoin de parler à quelqu’un. Mais allait-elle pouvoir se confier librement à Madeleine ? Certes, cette dernière était vraiment pour Ninon l’une de ses seuls amies très importantes pour elle sur qui elle pouvait toujours compter. Mais toute la réputation de Ninon tenait dans ce secret qui la pesait et qu’elle trainait avec elle depuis quelques temps déjà. Si sa faiblesse se savait qu’allait-elle devenir ? Elle savait très bien que si Madeleine le révélait à qui que ce soit, ce serait purement involontaire. Elle ne voulait pas être méchante avec Ninon bien au contraire. Notre chère Dame de lettre ne savait pas vraiment comment se tirer de ce mauvais pas. Devrait-elle quitter Paris pendant quelques temps ? Histoire de se remettre les idées en place ? Elle ne savait pas trop comment gérer cette fâcheuse situation qui lui gâchait la vie et lui faisait en plus passer de mauvaises nuits. Pourtant Ninon adorait la nuit. Il s’agissait de son moment préféré de la journée car s’était à ce moment précis que ses amants la rejoignaient dans ses appartements privé. Mais malgré tout, tout ceci lui semblait monotone et le piquant de ses relations interdites était en train de s’envoler. Elle savait qu’elle ne pourrait pas cacher son malaise encore bien longtemps, mais elle ne savait pas comment faire autrement ni vers qui se tourner. Comme Madeleine fixait Ninon, cette dernière essaya de sourire mais il ne put s’empêcher d’être un peu crispé malgré toute la meilleure volonté du monde. Les femmes qui passaient dans le jardin ne pouvaient pas s’empêcher de fixer Ninon. Et pour une bonne partie d’entre elles, s’étaient très loin d’être admiratif. Ninon reconnaissait les hommes qui étaient à leur bras. Des amants réguliers qui avaient une femme et des enfants et qui avait parfois un peu besoin de sortir de leur routine. Ninon s’en occupait alors. Parfois elle les revoyait et parfois non. Tout dépendait si leurs femmes soupçonnaient quelque chose ou non. Pourtant, les relations hors mariage étaient presque une chose normal pour certains d’entre eux. Elle avait aussi des militaires qui partaient loin de leurs épouses pendant des mois et qui, même s’ils aimaient leurs femmes plus que tout, ne pouvait s’empêcher d’aller voir ailleurs. Alors Ninon s’occupaient d’eux. Son salon était de plus en plus connu et malgré toute la bonne ampleur que a prenait, elle n’arrivait pas à s’en réjouir. Pourtant, elle aurait pu se vanter à qui voulait l’entendre que même Monsieur le frère du Roi s’y rendait assez souvent. Il y avait aussi ce très cher Lully que Ninon appréciait tout particulièrement. Elle avait un faible pour les Italiens. Elle avait même partagé le lit de ce dernier à plusieurs reprises. Ninon regardait donc toutes ses femmes mais elle évita son sourire en coin satisfait qu’elle leur lançait d’habitude.

-Je ne pensais pas que ça allait se voir tant que ça. J’ai pourtant accentué mon maquillage d’avantage aujourd’hui. Oui mes nuits sont agitées en ce moment mais pas de la manière dont vous pensez…


Elle voulut continuer sa phrase mais ce que lui dit Madeleine la coupa dans son élan. Son amie se retrouvait seul du matin jusqu’au soir ? Mais que se passait-il ? La deuxième chose préférée dans la vie de Ninon après les hommes étaient les potins et les ragots. Mais là, la situation était relativement délicate car il s’agissait de son amie.

-Souhaitez-vous en parler ma chère ? Je suis d’une oreille attentive comme vous le savez et je ne supporte pas de vous savoir ainsi abandonnée. Vous savez que vous pouvez tout me dire.

Elle aurait pu lui proposer la compagnie d’un amant. Mais elle savait que ce n’était pas vraiment le genre de Madeleine. Elle posa sa main sur la main de son amie et la regarda avec un air de compassion. Peut-être que Ninon se faisait des idées et que le mari de Madeleine était bien trop occupé pour pouvoir s’occuper de sa femme. Il fallait être fou pour laisser à l’abandon une perle comme Madeleine. Mais avant d’émettre un jugement, Ninon attendait l’explication de Madeleine.
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Mar 23 Avr - 16:49

Ninon était de ces personnes qui inspiraient à Madeleine la confiance. Bien qu'elle fût réputée comme aimant les rumeurs -et si la comédienne n'en était pas particulièrement friande il lui fallait reconnaître qu'elle tendait souvent l'oreille lorsque Ninon abordait ce sujet- la femme de lettres savait tenir sa langue quand il le fallait. En somme elle était une véritable amie et non pas de ces vipères qui prétendaient vous apprécier pour mieux vous poignarder dans le dos par la suite, utilisant ce que vous leur aurez confié pour vous discréditer. Car elle gardait beaucoup de secrets et qu'elle savait que ces odieuses hypocrites pullulaient à Paris, Madeleine avait un jour pris la décision de ne pas se laisser aller aux confessions à moins d'être certaine de la capacité de son interlocuteur à se réduire au silence. Bien que les paroles de Ninon, qu'elle jugeait sincères, lui assurèrent de nouveau qu'elle n'avait pas à craindre d'échos, elle hésita cependant un instant. Car à force de tout garder pour soi on en arrivait à un point où se plaindre paraissait d'une futilité déconcertante. De plus, avouer ce qu'elle avait sur le cœur lui était ainsi une chose difficile. Presque douloureuse. Se laisser aller à la confidence était après tout une manière d'avouer que derrière ce sourire qu'elle affichait partout se cachait une femme pleine de peines et de faiblesses. Et quiconque faisant preuve d'un minimum de bonne foi avouerait qu'il était plus plaisant de se sentir perçu comme quelqu'un de joyeux et sûr de soi que comme une personne en proie à se laisser ronger par les angoisses de la vie.
Mais devant le regard bienveillant de Ninon la Béjart finit par ouvrir la bouche, tentant cependant de conserver une attitude guillerette, comme si elle parlait d'une banalité qui la faisait sourire.

- Oh, ce n'est pas grand-chose, commença-t-elle en haussant les épaules. Simplement... De nouveau elle hésita quelques secondes. Puis elle se tourna vers son interlocutrice pour la regarder dans les yeux. Avez-vous déjà eu la sensation d'arriver à ce point de votre vie où vous rendez compte de tout ce qui vous manque ? Je ne dis pas être malheureuse, loin de là, reprit-elle aussitôt, mais il y a des jours où je sens comme un vide. Après tout je ne suis pas mariée. En effet, toute sa vie Madeleine l'avait passée en tant que célibataire. Aimant pendant des années un homme déjà marié, refusant ensuite catégoriquement de prendre le nom d'un autre qui lui pourtant était libre.
- Je n'ai pas d'enfant. Ou du moins elle c'était comme si elle n'en avait pas. Comme si elle n'avait jamais vraiment été mère et qu'elle ne le serait jamais. La petite fille à qui elle avait un jour donné la vie et qui était morte en bas âge n'était plus qu'un très lointain fantôme. Et cela faisait maintenant plus de vingt ans qu'elle prétendait être la sœur de son autre fille. Pourquoi mentir ainsi sur sa filiation ? Pourquoi prétendre ne pas être parent alors que c'était faux ? Pourquoi avoir toujours refusé d'avouer que de ses amours était née une fille qui aujourd'hui l'avait profondément trahie et que pourtant elle continuait d'aimer ? Pour la protéger dirait-elle. Car elle n'aurait jamais eu d'avenir souhaitable si on avait appris qu'elle été issue d'un adultère. Aujourd'hui Madeleine commençait à se demander si elle n'aurait pas dû agir autrement. Mais il était beaucoup trop tard pour regretter alors elle continuait tout simplement de mentir. C'était un secret qui la suivait depuis trop longtemps maintenant pour qu'elle puisse se résoudre à en parler.
- Et je sens que les hommes que j'ai aimés commencent à se détourner de moi... Il suffit que je me regarde dans un miroir pour comprendre que ma jeunesse m'a abandonnée depuis longtemps et qu'à présent ma vie m'échappe peu à peu.

Qu'il était étrange de voir Madeleine de la sorte. Elle qui d'habitude ne jurait que par la bonne humeur et pestait contre ces esprits pessimistes qui auraient selon elle gagnait à être un peu plus joyeux se retrouvait à regarder dans le vide, une lueur de nostalgie brillant dans ses prunelles azur.
Après s'être tue quelques secondes elle releva les yeux vers son amie. Maintenant qu'elle y faisait un peu plus attention et que celle-ci le lui avait fait remarquer elle constatait en effet qu'elle paraissait quelque peu plus fatiguée qu'à l'ordinaire. Et pourtant elle dégageait toujours cette incroyable fraîcheur et les traits de son visage conservaient ce charme qui faisait tomber n'importe quel homme. Si elle adorait Ninon et que pour rien au monde elle n'aurait voulu gâcher ce lien d'amitié qui les liait, il y avait cependant eu des jours par le passé où elle s'était surprise à l'envier. Sentiment détestable qu'elle balayait de son esprit dès qu'elle se rendait compte qu'il s'y était immiscé. Certes Ninon était une femme exceptionnelle mais au nom de cette amitié Madeleine s'était absolument toujours refusée à se laisser aller à la jalousie. Cela aurait été d'une bassesse incomparable.

- Alors je vous regarde et vous vois si rayonnante et admirée de tous. Elle laissa échapper un léger rire nerveux. Il y a quelques jours encore Molière me rappelait à quel point vous étiez belle et talentueuse. Et il avait d'ailleurs raison de le faire. On ne le dirait jamais assez mais Ninon de L'Enclos avait un esprit au piquant délicat et masquait si bien les minuscules défauts de son physique qu'on arrivait à penser qu'elle n'était faite que de qualités. La comédienne lui lança un sourire qu'on pouvait deviner légèrement crispé. Ce genre de sourire qui signifiait que vous étiez au courant que la situation ne donnait en rien à pleurer et que pourtant cela vous affectait, même si vous vous efforciez de le cacher. Car si elle ne pouvait se résoudre à le dire à voix haute son ego ne pouvait être que touché lorsque l'homme qu'elle épaulait depuis ce qui lui semblait être une éternité lui répétait à tout vent qu'une femme avait sans doute plus de talent qu'elle. Jalouse ? Non. Pas vraiment puisqu'elle s'était jurée que jamais elle n'éprouverait ce sentiment à son égard. Simplement blessée.
- Et pas plus tard qu'hier il me rappelait d'ailleurs qu'il lui faudrait venir vous demander conseil rapport à quelques corrections qu'il aimerait apporter à l'une de ses pièces.
Elle se leva du banc pour faire quelques pas en rond avant de se retourner brusquement vers Ninon.
- Mais que je suis pitoyable à me plaindre de la sorte, réalisa-t-elle soudain en ouvrant de grands yeux, presque effrayée par elle-même et sa capacité à faire preuve de cette nostalgie épouvantablement déprimante. Croyez bien que je suis désolée de vous avoir imposé cela, lui assura-t-elle en se rasseyant près d'elle et en lui prenant les mains, comme pour lui prouver sa sincérité. Alors oublions donc mes états d'âme sans intérêt et parlez-moi un peu de vous. Y a-t-il du nouveau dans votre quotidien que je mériterai de savoir ?

Au fond Madeleine s'en voulait légèrement d'avoir tant parlé d'elle alors que Ninon également avait sans doute l'esprit rempli de problèmes qui lui étaient propres. Se sentant presque égoïste d'avoir ainsi monopolisé l'attention de son amie elle voulait donc lui assurer qu'au lieu de parler pour ne rien dire d'intéressant, ou si peu, elle était également capable d'écouter.

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Dim 28 Avr - 16:09

Ninon connaissait Madeleine depuis suffisamment longtemps pour savoir qu’elle n’allait pas tarder à lui livrer ce qui lui pesait lourd sur la conscience. Elle ne voulait pas la forcer à lui dire quoi que ce soit. Ninon adorait vraiment les potins mais pas lorsqu’il s’agissait d’une amie. Elle pourrait très bien lui tirer les vers du nez, mais pas avec Madeleine. Malgré sa réputation, Ninon pouvait être une confidente de qualité. Elle avait toujours connu Madeleine très courageuse. Elle ne se plaignait jamais et elle gardait toujours tout enfouit en elle. Mais ce n’était pas forcément une bonne chose. Il aurait été mal venu de la part de Ninon de lui faire la moral à ce sujet tout en sachant qu’elle était pareil de son côté. Elles vivaient dans un monde où certaines émotions peuvent être considérées comme des faiblesses. Il fallait donc toujours avoir une apparence parfaite, toujours être souriante et agréable, un peu comme si nous vivions dans un monde parfait. Mais ce monde parfait n’existe pas. Un bon nombre de femmes devenaient très facilement dépressives voir même alcooliques pour les moins chanceuses, et pouvait parfois même aller jusqu’au suicide. Lorsqu’un drame comme celui-ci arrivait, on essayait toujours de dissimuler la cause avec une autre raison aussi ridicule qu’elle pouvait être. Ninon savait pertinemment que Madeleine n’était pas faible de caractère et que ce genre de chose ne lui arriverait pas. Combien même ce serait le cas, elle serait là pour remettre son amie sur les rails afin de s’assurer qu’il ne lui arrive rien. Puis, sans prévenir, Madeleine commença à lui parler et à lui dire ce qu’elle avait sur le cœur. Ninon la regardait en étant compatissante et sans l’interrompre. Madeleine allait très certainement se sentir mieux une fois que tout ce qui la rongeait serait sorti.

Elle commença par lui dire que ce n’était pas grand-chose. Si ça avait été le cas, elle ne serait pas dans cet état. Ninon haussa donc un sourcil mais sans l’interrompre Les nuits blanche Ninon les connaissait bien. Plus elle prenait de l’âge et plus la nuit blanche et elle devenait inséparable. Oh certes, le fait qu’elle ne dorme pas n’a aucun rapport avec son âge. C’est juste que plus Ninon en prend, plus elle pense à des choses auxquelles elle ne pensait pas avant. Jusqu’à maintenant, elle avait toujours vécu au jour le jour sans se prendre la tête, sans obligation, et sans se poser de questions. C’était un peu la vie que la plupart des femmes souhaitaient car lorsque vous étiez enfant, on décide tout pour vous sans vous demandez votre avis. Votre destin est donc tout tracé et vous n’avez rien le droit de dire, vous devez juste le subir et faire bonne impression. D’une certaine manière, Ninon a eu de la chance. Lorsque sa mère décède, elle fait ce qu’elle veut et vie sa vie comme elle l’entend. Pas d’obligation, pas de mari rien du tout. Elle eut d’ailleurs son premier amant à l’âge de 16 ans. Elle eut un sourire en y repensant. Elle ne cessa de les collectionner par la suite à tel point que Walpole la surnomma plus tard « Notre Dame des Amours ». Elle classait ses amants en « payeurs », « martyrs » (soupirants sans espoir) et « caprices » (élus du moment). Sa vie se résumait ainsi et elle n’en était pas vraiment mécontente après tout. Ses amants étaient un délicieux élixir dont Ninon ne pourrait jamais se passer. Elle en était devenue accro. Toujours sans rien dire, elle continuait d’écouter Madeleine. On avait l’impression que cette dernière était en train de jouer dans une pièce. La pièce de sa vie en fait. Il n’y avait pas à dire, elle était vraiment douée car si on n’avait pas suivi le début de leurs conversations, on aurait vraiment pu croire que Madeleine était en train de faire une démonstration de ses talents à Ninon. Mais c’était très loin d’être le cas.

Elle parla ensuite d’un vide qu’elle ressentait dans sa vie. Le fait de ne pas être mariée. Ah mais le mariage n’avait jamais et ne manquerais jamais à Ninon. Elle était le genre de femme à avoir une sainte horreur de l’engagement, et le mariage en faisait partie justement. Le fait qu’un homme vous dicte un peu votre conduite lui donnait la nausée déjà en règle générale. A certains moments, ses amants essayaient de lui donner des ordres où de lui dire ce qu’ils attendaient d’elle. Mais Ninon s’empressait de les remettre à leur place car elle vivante, aucun homme ne lui dirait comment se comporter ou quoi que ce soit d’autre d’ailleurs. Elle secoua donc négativement la tête.

– Oh non je vous assure que je ne suis pas fait pour être une femme mariée. J’aurais trop l’impression de m’enfermer dans une routine et je ne supporte pas que l’on me dise ce que je dois faire ou comment je dois me tenir. Donc non merci, je suis très bien en célibataire endurcie et vous verrez ma chère, quand vous prendrez de l’âge, la solitude devient une excellente amie d’une certaine manière.

C’est vrai qu’elle avait quand même eu une période un peu sombre où elle enviait les couples qu’elle croisait. Mais ça lui passa aussi vite que c’était apparu. Elle aborda ensuite le sujet des enfants. Elle ne connaissait pas le secret de Madeleine au sujet de sa fille. Elle n’avait rien à lui dire à ce sujet-là d’ailleurs car Ninon avait un fils, le chevalier Louis de la Boissière, qui deviendra brillant officier de marine, fruit de ses amours avec Louis de Mornay, marquis de Villarceaux et proche du roi Louis XIV. Le Marquis le reconnut d’ailleurs. Mais Ninon n’avait pas beaucoup de lien avec son fils. Ils s’écrivaient de temps en temps mais leur relation n’allait pas plus loin. Il était bien souvent en déplacement et Ninon se disait qu’il devait avoir honte d’elle. Avoir une mère qui passe la plupart de son temps à tenir Salon et à coucher avec une ribambelle d’inconnu ne faisait pas vraiment la fierté de ce dernier. Elle préféra rester silencieuse car elle ne voulait pas vanter son fils auprès de Madeleine. Car même s’ils ne s’écrivaient pas souvent, Ninon était fier de son fils comme toute mère le seraient à sa place.

Madeleine lui avoua ensuite qu’elle se sentait délaissée par les hommes. Mais comment diable pouvait-elle se plaindre ? Ninon trouvait que contrairement à elle, Madeleine ne faisait pas son âge. Il est vrai que Madeleine avait 2 ans de plus que Ninon mais 2 ans ce n’est rien. Elle avait une apparence encore très jeune et elle était aussi belle que Ninon.

–Allons ma chère, je ne suis plus toute jeune moi non plus et un bon nombre de choses m’échappe également. Mais il faut profiter de la vie pour autant que nous le pouvons encore et que nous soyons en bonne santé. Il y a bien plus d’homme qui vous regarde que ce que vous croyez. Venez me voir à mon Salon, je vous en ferais connaître. Les jeunes hommes aiment les femmes comme nous car nous avons un bon nombre d’expériences et c’est précisément ce qu’ils recherchent. Vous vous posez beaucoup trop de questions Madeleine. Si je suis rayonnante, et vous me flattez en me disant cela, c’est parce que je prends soin de ma peau et de mon corps mais je ne puis lutter contre les rides qui arrivent bien plus vite que ce que je pensais Molière a toujours su parler aux femmes, vous êtes bien placés pour le savoir non ?

Et elle lui fit un clin d’œil avec un petit sourire complice. Mais la plupart des questions que son amie se posait, Ninon se les posait aussi mais elle ne le montrait pas non plus. D’une certaine manière, c’était un peu lâche de sa part car Madeleine était en train de lui dire tout ce qu’elle avait sur le cœur et Ninon ne lui disait rien sur elle. Il n’y avait que dans son Salon que notre chère Dame de lettre aimait être le centre d’intérêt. Ninon aimait beaucoup Molière, il avait un talent incroyable et elle adorait voir ses pièces. Elle aimait aussi le talent que possédait Madeleine.

-C’est toujours un plaisir de l’aider. Vous venez quand bon vous semble. Ninon la regarda se lever et la suivit du regard. –Mais pourquoi vous excusez vous enfin ? Je suis votre amie et je suis là pour vous. Ça fait du bien de parler, ça rend notre conscience plus légère même si vous n’avez absolument rien à vous reprochez.

Madeleine vint se rassoir et lui prit les mains. Ninon garda les mains de son amie dans les sienne et lui caressa le sommet de la main avec son pouce. Ça allait maintenant être à son tour de parler mais elle ne sait pas si elle pouvait le faire. Elle avait confiance en Madeleine, il ne s’agissait pas du tout de cela, Ninon avait toujours était l’épaule où s’appuyer si elle en avait besoin. Alors échangez les rôles allait être difficile pour Ninon. Elle regarda les mains de Madeleine dans les sienne puis, elle leva le regard vers elle.

-Eh bien je ne sais pas vraiment comment vous dire ça sans passer pour une idiote. Je ne sais pas non plus par quel bout commencer et je trouve que ce serait plutôt mal venu de ma part de vous parler de mes préoccupations alors que vous avez les vôtre.

Mais après quelques minutes de réflexions. Elle décida de se jeter à l’eau. Elle avait besoin de parler elle aussi et Madeleine était la seul personne à qui Ninon pouvait tout dire. Même si pour Ninon, il était un peu étrange de se retrouver en confidente.

– Comment vous faire comprendre ce que je ressens. J’aime ma vie, je l’ai toujours aimé mais même si je vous ai prétendu le contraire, je ressens quelque chose que je mettais jurée de ne jamais ressentir. C’est un sentiment qui est merveilleux normalement mais pour moi, il est effrayant et je ne sais pas du tout comment le prendre. Je me sens complètement perdue et il me gâche l’existence depuis quelques mois.

Elle s’arrêta pendant un instant et ferma les yeux. Elle prit une grande respiration et essaya de se calmer et de ne pas trembler. Il y a quelques mois, elle avait revu le père de son fils, le Marquis de Villarceaux. Ils avaient toujours gardé contact, mais ce soir-là, ils avaient recouché ensemble avant que ce dernier ne reparte. Des vieux sentiments avaient refait surface chez Ninon durant ce fameux soir. Elle avait passé une nuit absolument fantastique. Le même genre de nuit que la première fois qu’ils étaient jeunes amants et qu’ils avaient couché ensemble dans le plus grand secret. Puis elle tomba enceinte et la suite on la connait. Ninon n’avait pas pleuré devant le Marquis. Elle avait entendu qu’il parte et que personne ne l’entende. Elle ouvrit les yeux et regarda Madeleine.

–Il y a quelques mois, j’ai revu un homme qui est très important pour moi et nous avons passé la nuit ensemble. Mon souci est que durant cette nuit, des sentiments que j’avais enfoui au plus profond de ma personne. Je me suis toujours interdit d’être ou de tomber amoureuse. Mais depuis cette fameuse nuit, je ne cesse de penser à lui… Je crois bien que je suis amoureuse Madeleine et c’est une véritable catastrophe. Je ne peux pas être amoureuse ni de lui, ni de qui que ce soit d’ailleurs. L’amour est une chose qui peut être belle mais aussi destructrice. Depuis qu’il est parti je ne dors plus, je n’arrive plus à penser à autre chose et ce n’est pas faux d’essayer pourtant…

Elle avait tout dit à Madeleine. Mais il fallait se montrer méfiant maintenant. Car Madeleine avait là un très lourd secret qui pouvait mettre fin à la réputation de Ninon en un simple claquement de doigts. Ninon serra doucement les mains de son amie dans les siennes. –Je vous en prie Madeleine, il va falloir garder tout ceci pour vous. Je vous fais entièrement confiance. Tout ce que je vous ai dit ne dois pas être redis à qui que ce soit il faut que vous me le promettiez. C’est vraiment très important. Si une personne l’apprend, je risquerais de perdre ma réputation et mon salon. C’est tout ce qu’il me reste. Elle avait des tremblements dans la voix.

Elle espérait vraiment que Madeleine allait tenir sa promesse car elle ne voulait pas que sa seul amie devienne sa pire ennemie..
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Ven 24 Mai - 11:07

Qu'il était agréable de se sentir comprise. Douée qu'elle était avec les mots, Ninon savait quand et quoi dire. Elle domptait les syllabes avec une facilité déconcertante et de quelques paroles elle était tant capable de clore le bec à un insolent, charmer un homme dont le regard était à faire perdre la tête, ou soutenir une amie qui demandait humblement à ce qu'on lui tende la main. Si bien qu'elle tira même un léger rire à Madeleine lorsqu'elle lui suggéra de passer à son salon afin de se laisser aller auprès d'hommes qui, selon la femme de lettres, la regardaient avec intérêt. Quelle entremetteuse elle ferait ! Mais si la comédienne se rendait avec toujours beaucoup de plaisir chez son amie, elle n'avait que moyennement envie de se donner pour une passade de quelques heures seulement. S'il n'était pas faux qu'elle avait connu un certain nombre d'hommes et qu'elle se plaisait à lancer çà et là un regard enjôleur pour le simple plaisir qu'on lui rende un sourire, il fallait, pour qu'elle se laisse effleurer avec une tendresse plus qu'amicale, qu'elle ressente une sincère affection pour la personne qui se trouvait face à elle. Elle avait cette tendance à s'attacher qui faisait que toutes les liaisons qu'elle avait connues avaient duré quelques mois au moins et étaient au pire basées sur une amitié qui dépassait l'instant charnel. A y réfléchir à deux fois elle se trouvait elle-même pleine de contradictions. Car alors qu'elle prônait que sans attachement elle ne pourrait se résoudre à partager son lit, elle ne voyait pas d'inconvénient à coucher un soir rue Saint-Honoré et le lendemain à l'autre bout de la ville.

Comme Madeleine s'y attendait, Ninon hésita à son tour lorsqu'il s'agit de confier ses états d'âme. Tout aussi actrice que l'était la Béjart, elle portait à merveille ce masque plein de charme et cultivait l'art de paraître. Elle savait être espiègle, douce ou tranchante mais comme chaque femme de haut rang elle cachait toute émotion qu'elle jugeait indigne d'être montrée en public derrière en rideau qu'elle ne tirait finalement jamais ou presque. Si bien que lorsque face à elle se trouvait quelqu'un qui ne souhaitait rien sinon apporter son soutien, en supposant qu'elle en aurait besoin, la noble se trouvait à tergiverser. Madeleine s'en rendait bien compte. Alors que quelques minutes auparavant elle aurait juré que tout allait pour le mieux, l'hésitation de son amie lui laissait croire qu'elle ne se sentait pas aussi bien qu'elle voulait le faire croire. Mais plutôt que de forcer la belle Ninon à lâcher le secret de son mal-être à grand renfort de paroles sèches et insistantes, elle se contentant de plonger son regard dans le sien dès que la demoiselle releva la tête vers elle. Parfois plus éloquents que n'importe quelle parole, ses yeux azur traduisaient sa pensée et ainsi, faisait comprendre à Ninon qu'elle n'avait aucune raison de craindre un quelconque jugement émanant de la comédienne. Sans doute l'eut-elle compris car elle finit par ouvrir la bouche.
Lorsqu'elle lui conta cette histoire qui était sienne, jamais Madeleine ne l'interrompit, se contentant de l'écouter d'une oreille attentive. Et il lui fallait avouer qu'elle se trouvait bien surprise. S'il y avait une chose qu'elle savait de Ninon c'était qu'elle aimait la compagnie des hommes et ne s'en cachait d'ailleurs pas. C'était pour cela même qu'elle fut pour le moins étonnée lorsqu’arriva à ses oreilles cet aveu. Ninon était amoureuse. Elle n'alla pas jusqu'à donner un nom, et Madeleine ne se risqua bien sûr pas à en demander un, mais il s'agissait visiblement d'un homme qu'elle connaissait de longue date. Peut-être s'agissait-il de quelqu'un que Madeleine connaissait. Savait-on jamais.
Avant de revenir sur ce qui venait d'être dit, la comédienne prit soin de rassurer Ninon sur un fait.

- Pensez bien que jamais je n'oserai vous trahir, affirma-t-elle en serrant un peu plus les mains de son amie dans les siennes. Je souffrirai trop de voir briser notre amitié pour quelques mots que je n'aurais su tenir. Alors quoique vous me disiez personne n'en saura jamais rien, je puis vous l'assurer.

Cette précision étant faite, elle pouvait à présent s'attachait à ce secret qui venait de lui être confié. Beau secret s'il en était. Ce genre de secret qu'on se sentait heureuse de savoir, non pas car il satisfaisait notre curiosité mais plutôt car il nous donnait la joie de connaître une nouvelle facette de la personne qui se tenait en face de nous. Et qu'il était agréable de voir une Ninon en proie à un amour qu'elle semblait pourtant bien décidée à repousser.

- Mais Ninon, souffla-t-elle à voix basse en levant vers elle un regard plein de petites étincelles, vous me semblez effondrée alors que je ne vois aucunement le mal à ce sentiment que vous me décrivez. Certes vous avez peur de souffrir et je ne vous comprends que trop. Je ne puis que vous approuver lorsque vous m'affirmer que l'amour est une force comme nulle autre lorsqu'il s'agit de nous détruire. Et pourtant il faut croire qu'au fond je suis plus optimiste que vous. Car oui. Vous êtes amoureuse et c'est selon moi merveilleux. Comme elle était heureuse pour Ninon, quand bien même cette dernière se refusait à l'être. Madeleine se leva soudain et fit un tour sur elle-même en fermant les yeux, comme l'aurait fait une jeune fille qui pensait à ce galant qui lui plaisait tant. Elle s'éloigna ensuite de deux pas avant de revenir s'asseoir avec un air quelque peu rêveur. Au delà de toutes les déceptions que ce sentiment peut nous causer, y a-t-il une chose plus belle que de sentir son cœur battre pour quelqu'un, lui demanda-t-elle alors qu'intérieurement la réponse était pour elle toute formulée. Par ailleurs, qui que soit cet homme il est bien chanceux d'avoir ainsi touché votre âme, ajouta-t-elle avec une voix qui semblait se perdre dans l'air, ce sourire toujours sincère et bienveillant niché au coin de ses lèvres.
Le genre humain était loin d'être capable de vivre d'amour et d'eau fraîche mais la vie était tellement plus agréable lorsqu'elle était agrémentée de ce sentiment plein et puissant qui nous faisait perdre la tête autant qu'il était responsable de cette palpitation de nos sens.

- Vous dites vous-même qu'il nous faut profiter de ces belles années qu'il nous reste alors faites. Aimez-le. Tendrement, avec folie ou passion, secrètement si c'est là ce que vous désirez réellement. Dans son intonation la rêverie avait cédé la place à la fougue. Mais je vous en prie, ne vous levez pas un matin de plus en souffrant de ce sentiment qui non avoué doit affreusement entraver votre cœur. Elle fit une pause de quelques secondes avant de reprendre sur le ton de la confidence mais beaucoup plus légèrement, se penchant un peu plus vers son interlocutrice tout en mettant sa main sur le côté de sa bouche comme pour s'assurer que personne ne l'entende. Et entre nous, rien ne vous empêche de vibrer d'amour pour l'un et de laisser aux autres la joie de contempler votre décolleté. Et plus si affinités.

La forme était à l'humour mais le fond n'était cependant pas dénué de sérieux. Après tout, en acceptant de faire face à ses sentiments qui échappaient à son contrôle, Ninon ne signait pas pour autant un contrat de mariage. Et on n'avait nul par prouvé que la fidélité était une valeur nécessaire au bon fonctionnement d'un couple. Quand certains juraient que la jalousie inhérente à l'infidélité était ce qui tuerait l'amour aussi sincère prétendait-il être, d'autres -moins nombreux certes mais dont la pensée ne devait pour autant pas être négligée- prétendait qu'aller voir ailleurs n'était au final qu'un moyen de mieux se retrouver.

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Dim 7 Juil - 11:56

Ninon espérait que Madeleine accepte son invitation. Il est vrai que le fait qu’elle rencontre un homme ou deux ne lui feraient certainement pas de mal. Mais même sans forcément cette raison, Ninon aimerait bien que Madeleine vienne la voir car sa dernière visite remontait à trop longtemps dans son souvenir. Il fallait bien avouer que Ninon adorait la compagnie de Madeleine. Elle était une amie sincère qui la regardait sans la détestait. Madeleine était une personne sincère et Ninon avait toujours appréciait ça chez elle. Non seulement Ninon adorait la compagnie de Madeleine, mais elle aimait par-dessus tout pouvoir se confier à elle-même si certaines choses étaient difficile à dire. D’habitude, lorsque Ninon n’allait pas bien, elle se contentait tout simplement de coucher avec un de ses amants et tout allait mieux ensuite. Mais depuis quelques temps, ça ne fonctionnait plus…Elle se sentait tellement mal qu’elle avait même essayé d’oublier son mal être en se mettant à boire avant d’aller se coucher afin d’être certaine de dormir d’une traite sans se réveiller durant la nuit et passer des heures à chercher le sommeil. Mais elle se résigna car elle n’avait pas envie de devenir alcoolique. Finalement, le fait de se confier à Madeleine avait était un remède agréable, rapide et efficace. Elle avait quand même de la peine à comprendre comment elle pouvait retomber amoureuse elle qui s’était juré que ça ne lui arriverait plus jamais. Mais personne n’est infaillible.

L’amour était une chose magnifique mais très dangereuse. Elle pouvait faire souffrir ou au contraire, nous faire nager dans un bonheur sans limite. Ninon en souffrit beaucoup d’ailleurs. Elle eut énormément de peine à s’en remettre lorsque le père de son fils finit par la laisser. Elle avait eu l’impression que l’on venait de lui arracher le cœur. Comment avait-il pu lui faire une chose pareille ? Ils avaient passé tellement de bons moments tous les deux. Ninon n’avait jamais été aussi heureuse qu’avec lui. Elle avait même connu les joies d’être mère. Elle était pourtant certaine qu’il l’avait aimé car il avait reconnu leur fils. On ne sait pas ce qu’il se passe dans la tête d’un homme mais la logique ne devait pas être là en tout cas… Ninon reprit donc sa vie après le départ de celui qui avait était et qui restera à jamais, l’amour de sa vie. Au tout début qu’elle avait son salon, elle devint un peu mauvaise. Elle charmait des maris afin qu’ils trompent leurs épouses ou leurs fiancées. Elle se disait que si elle n’avait pas le droit au bonheur, alors les autres non plus. Mais elle se rendit compte de ce qu’elle était en train de faire et lorsque elle constata que ces hommes en redemandaient encore, la culpabilité s’en alla aussi vite qu’elle était arrivée. Ninon continua donc à collectionner les amants sans le moindre remords, avec même beaucoup d’amusement d’ailleurs.

Lorsque Ninon termina d’avouer à Madeleine ce qui lui tenait à cœur, elle ne put s’empêcher de constater qu’elle se sentait beaucoup mieux. Elle ne comprenait pas pourquoi elle avait douté de tout lui dire. Madeleine était sa plus fidèle amie et elle ne ferait rien pour lui nuire. Mais le souci est qu’il faut malheureusement se méfier de tout de tout le monde. Car en règle générale, ce sont parfois les personnes qui vous sont le plus proches qui vous donne un coup de couteau dans le dos que vous ne voyez pas arriver. Ninon n’avait donc pas pu s’empêcher de se poser la question si elle pouvait avoir confiance en elle ou non mais elle était quand même persuadée que oui. Madeleine détenait à présent un secret qui pourrait nuire à Ninon et mettre fin à sa carrière. Ninon adorait les potins cela ne faisait aucun doute, mais de là à en devenir un…son regard se posa donc sur Madeleine qui prit la parole.

-Je suis tellement soulagée de vous l’entendre dire. Elle regarda les mains de Madeleine dans les siennes. Je ne supporterais pas de me faire trahir et encore moins par vous. Votre amitié est vraiment très importante pour moi Madeleine. Elle regarda à nouveau Madeleine et lui sourit.

Ninon se sentit plus légère. Elle avait eu la confirmation que son amie ne la trahirait pas. Elle savait que Madeleine était une personne sincère et non fausse. Elle espérait qu’elle pourrait la conseiller sur ce qu’elle venait de lui dire. Ninon ne savait pas comment faire pour que cet homme lui sorte de la tête. Il fallait qu’elle pense à autre chose mais toutes ses pensées étaient tournées vers lui. Ninon se demandait comment elle pourrait faire pour l’oublier mais elle ne voyait malheureusement aucune solution à son problème. Madeleine lui conseillait de continuer de profiter de la vie. Ninon savait qu’elle avait raison mais la pratique allait être plus compliquée que prévu.

-Je sais que vous avez raison et que je me trouve de bon conseil. Elle ne put s’empêcher de sourire. Mais je me suis bien amusée durant toute ma vie et je me rends compte que malgré tous les hommes que j’ai pu rencontrer, il est le seul pour qui j’ai eu des sentiments plus que sincère. J’aimerais tellement que ce que je ressente pour lui soit pareil de son côté. Mais il a dû refaire sa vie. Je n’ai jamais de nouvelle de lui… Elle soupira doucement. Avec mes amants ce n’est pas la même chose. Je ne ressens pas de sentiments amoureux mais simplement de l’attirance physique. Je me sens perdue Madeleine.

Ninon aimerait bien le retrouver mais ça ne servirait à rien. Elle savait parfaitement que s’il l’aimait comme elle l’aimait, il y a bien longtemps qu’il se serait manifesté. Mais ce n’est pas le cas et ce ne sera probablement jamais le cas d’ailleurs. Madeleine avait raison, il ne fallait pas qu’elle s’empêche de vivre pour autant. Elle avait bien réussi jusqu’ici mais elle n’arrivait plus à faire semblant. Notre célèbre Ninon avait donc une faiblesse. Allait-elle donc cesser de tenir Salon comme elle le faisait jusqu’ ici ? Non elle ne pouvait pas faire cela car son salon était toute sa vie.

-Mais vous avez raison quand vous dîtes que je ne devrais pas me priver d’être heureuse pour autant. Pensez-vous que je devrais essayer de renouer des liens avec lui afin de voir s’il pense à moi aussi ? Si ça se trouve il est dans la même situation que moi et si ni lui ni moi ne prenons le soin de faire le premier pas rien ne se fera jamais.

Elle voyait déjà ses retrouvailles avec son amant. Un peu comme dans une jolie histoire romantique. Elle espérait tellement que tout pourrait se faire. Elle ne voulait pas finir sa vie en étant malheureuse.
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Dim 14 Juil - 16:31

Depuis toutes ces années qu’elle connaissait Ninon, il lui semblait que c’était la première fois qu’elle la voyait ainsi désemparée. Cette femme pleine d’assurance se transformait en une jeune fille emmêlée dans une pelote de sentiments. Qui tentait de défaire un à un les fils mais finalement incapable de résoudre ce casse-tête. Elle tirait sur l’amour et elle le retrouvait emmêlé avec la peur, souvent même avec l’orgueil. Heureusement, elle venait de mettre le doigt sur l’amitié dont on disait qu’il était nécessaire lorsque l’on voulait défaire les nœuds. Bien sûr ce n’était pas la seule variable dont on avait besoin, il fallait également avoir à portée de main un peu de courage et de chance. Mais c’était un bon début. Cela ne pouvait que faciliter les choses. Alors que les autres fils risquaient de s’effriter avec le temps et à force d’être manipulés, l’amitié, la vraie, restait intacte. Savait résister aux années, faire face aux crises.
Lorsque la belle de l’Enclos lui demanda s’il lui fallait avouer ses sentiments à l’homme qu’elle disait aimer, Madeleine n’hésita pas une seconde à propos de ce qu’elle devait lui répondre.

- Il s’agit du meilleur conseil que je pourrais vous donner, affirma-t-elle d’un air très sérieux. Allez le retrouver et confiez-lui ce que vous avez sur le cœur. Il est fort probable que vos sentiments soient partagés et, qu’à votre image, il n’ait jusque là pas eu le courage de vous le dire.
C’était selon la comédienne tout à fait probable. Après tout pourquoi l’homme en question se serait-il risqué à avouer à Ninon qu’il ne pouvait vivre sans elle. La mondaine avait une réputation telle qu’il ne devait sans doute rien espérer sinon de se faire rire au nez. Car quand on savait que la femme de lettres passait rarement la nuit seule et n’hésitait pas à changer de partenaire comme on changeait de paire de chaussures, il n’était pas anormal de penser que l’amour était pour elle quelque chose de désuet. Mais elle était au fond une femme qui, derrière les apparences, avait un cœur tendre et loin d’être imperméable aux sentiments.  

- Et si par malheur de n’était pas le cas, reprit Madeleine après une pause de quelques secondes, au moins vous serez fixée et pourrez tenter de passer à autre chose.
Cette dernière possibilité était tout ce qu’il y avait de moins souhaitable mais il était insensé de totalement l’écarter de la liste des issues possibles. Tout optimiste qu’était Madeleine quant à la tournure qu’allait prendre l’affaire de Ninon, il n’empêchait qu’elle ne pouvait se résoudre à lui prédire un avenir parfaitement rose. Car il n’y avait au fond rien de pire que les faux espoirs. C’était toujours lorsque l’on croyait que tout était possible et que rien ne pourrait entraver notre bonheur qu’on finissait au fond de son lit à pleurer toutes les larmes de son corps. Déjà qu’il était difficile de passer outre une déception amoureuse quand on s’attendait à une issue malheureuse, cela devenait une épreuve quasi insurmontable si on s’était laissé éblouir par de vaines perspectives de prospérité inconditionnelle.

- Oh, Ninon, soupira la comédienne avec un demi-sourire et un regard à la fois désolé et pétillant. Ce regard si particulier qui mêlait pointe de compassion et soupçon d’heureuse euphorie. J’ai tant de peine à vous voir en proie à de tels tracas que de joie à vous savoir touchée par la grâce amoureuse. Et bien sûr vous vous doutez ô combien j’espère que votre affaire sera couronnée de succès.
Madeleine ne pouvait être plus sincère. Elle ne souhaitait à Ninon rien sinon d’être heureuse et elle était bien placée pour savoir que l’amour était de ces choses qui rendaient le quotidien plus savoureux. Certes quand il s’évaporait au milieu des sanglots il avait le pouvoir de nous briser comme on rompt une brindille. Mais quelques années d’un bonheur plein valaient tous les sacrifices. Si Madeleine goûtait parfois à une nostalgie amère en pensant à ces décennies où elle avait vécu de théâtre et de passion couleur coquelicot, ces souvenirs toujours intacts la nourrissaient et faisaient d’elle ce qu’elle était. Une femme dont les sourires un jour doux et mélancoliques et le lendemain pétillants et rieurs traduisaient tant son désir de ne pas oublier le passé que sa joie de vivre dans le présent. Elle avait été heureuse et elle l’était toujours. Simplement de manière différente.

- Je suis persuadée que nous nous verrons bientôt –si vous voulez bien de moi je passerai sans doute de part chez vous d’ici quelques jours-, mais n’oubliez pas de m’écrire afin de me conter l’avancée de cette histoire.
Quand bien même elles vivaient à quelques rues d’écart, les deux femmes n’avaient pas l’occasion de se croiser tous les jours et la correspondance était ainsi le meilleur moyen de se tenir au courant. D’autant qu’il était parfois plus facile de se confier par écrit plutôt que de vive voix. Car on ne se sentait pas directement jugé, les plumes se perdaient sur le papier pour laisser libre cours à un sentimentalisme éclairé. Et il fallait également avouer qu’il n’était pas désagréable de recevoir, dans la journée, un papier écrit avec style et qui nous rappelait que la vie ne s’arrêtait pas aux obligations du quotidien.
Ceci étant dit, Madeleine se leva et, attrapant la main de Ninon, la força peu subtilement à se mettre sur ses jambes à son tour. Sans lui laisser le temps de réfléchir elle la prit dans ses bras afin de l’enlacer affectueusement. Genre de geste qu’on disait peu convenable pour la noblesse, Madeleine le savait pertinemment, mais après tout elle n’en faisait pas partie. Et si en temps normal et face à une personne lambda elle ne se le serait jamais permis, elle jugeait que la situation le lui autorisait. Puis cette étreinte ne dura que quelques secondes, après quoi elle fit un pas en arrière tout un laissant un rire s’échapper de ses lèvres pour aller se briser sur le froid cristallin de l’hiver parisien.

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Sam 27 Juil - 12:22

Il fallait quand même se rendre à l’évidence, Ninon était soulagée de pouvoir se confier à Madeleine. Elle avait l’impression d’être dans une barque. Il y avait parfois des tempêtes et parfois l’eau était très calme et la vie suivait parfaitement son cours. Mais Ninon avait été prise dans une tempête qu’elle n’avait pas vu venir. Sa barque ne s’était pas brisée mais elle s’était retrouvée perdue en mer. Elle allait baisser les bras lorsqu’au loin elle vit une lumière. Cette lumière était là pour lui indiquer comment elle devait s’y prendre pour rentrer chez elle sans faire trop de dégât. Cette lumière n’était autre que Madeleine. Ninon buvait chaque conseil que cette dernière le lui donnait. Il fallait dire que Ninon connaissait elle aussi la réponse à sa question, mais avoir un deuxième avis peut être utile parfois. Et elle constata avec joie, qu’elles étaient toutes les deux sur la même longueur d’onde.

-J’espère vraiment que vous avez raison et que je ne suis pas en train de faire une bêtise en voulant rentrer à nouveau en contact avec lui. Elle se mordit la lèvre. Il avait peut être refait sa vie depuis toutes ces années.
Mais Ninon préférait se dire qu’il en aimait une autre. Ce serait plus facile de se réjouir dans le sens inverse. Elle préférait donc imaginer qu’il n’ l’aimait plus. Elle sentit son cœur se serrer. Cela faisait des années qu’elle n’avait plus ressenti ça. Ou plutôt, qu’elle s’était juré de ne plus ressentir ça. Car c’est bien connu, l’amour fait souffrir. Elle avait donc voulu se protéger et décider de ne plus jamais retomber amoureuse de qui que ce soit. Elle avait réussi à ne plus y penser mais depuis quelques mois, ce sentiment et le père de son fils lui étaient revenu en pleine figure sans crier gare. Elle n’était donc pas certaine d’arriver à passer à autre chose pour autant qu’elle ne savait pas ce qu’il ressentait pour elle.

-Merci ma chère Madeleine, elle souria tendrement à son amie. Elle se sentait mieux depuis qu’elle savait que Madeleine la soutenait et qu’elle pouvait vraiment compter sur elle. Elle était une amie vraiment précieuse sur qui Ninon pouvait s’appuyer sans avoir besoin de se méfier d’elle. Vous n’imaginez pas le bien que cela m’apporte de pouvoir me confier à vous. Il est vrai que je ne sais pas quoi faire car s’il récent la même chose que moi, je ne sais pas ce qu’il va advenir de mon salon et de ma réputation. Je n’ai rien contre le fait de vivre heureuse avec lui mais je tiens quand même énormément à mon salon.
Ninon n’avait pas pensé à ça. Elle était tellement obsédée par son Marquis qu’elle ne s’était pas posé la question au sujet de l’avenir de son salon. Si elle se rangeait elle allait tout perdre et cette idée lui était insupportable. Son salon était tout pour elle. Et elle était surtout connue grâce à lui. Lorsque l’on parlait de salon, le nom de de l’Enclos allait avec. Ninon et son salon ne faisait qu’un. Ninon ne savait rien faire d’autre. Elle adorait les potins et elle aimait que l’on parle d’elle. Donc dire au revoir à tout ça allait être plus que difficile et même le soutient de Madeleine ne pourrait rien y faire. Après tout, c’était peut-être pour ça que son Marquis l’avait laissée. Il disait qu’il n’était pas jaloux mais il pensait peut être le contraire. L’adultère était une chose normale à l’époque. Mais quand Ninon connu son Marquis, elle connut aussi le sentiment de la jalousie et elle aimait l’avoir rien que pour elle. C’était agréable et désagréable à la fois car quand il partait, elle se demandait toujours s’il allait retrouver une autre femme ou si il lui avait vraiment dit la vérité.

-Oh mais j’espère bien que nous allons nous revoir bientôt. J’ai trop besoin de vous pour que cela se passe autrement. Bien sûr que je veux de vous. Comment pouvez-vous en douter ? Je vous écris dès que j’ai des nouvelles c’est promis.
Ninon n’aimait pas vraiment écrire car elle avait toujours peur que ses correspondances tombent dans de mauvaises mains. Mais l’avantage était qu’elles ne vivaient pas loin l’une de l’autre et que par conséquent, Ninon donnerait la lettre à sa femme de chambre en qui elle avait une entière confiance. Elle serait ainsi certaine que la lettre arriverait à bon port. Mais elle mettrait sûrement un peu de temps car il fallait déjà que Ninon arrive à écrire à son Marquis et elle ne savait pas vraiment par où commencer.
Madeleine prit la main de Ninon et cette dernière serra sa main dans la sienne. Elle se leva et Ninon en fit de même. Madeleine l’enlaça. Ninon fut surprise sur le coup mais elle referma ses bras sur la taille de Madeleine et ferma les yeux un instant. Elle avait apprécié son geste même si normalement, ça ne se faisait pas. Elle ne put s’empêcher de rire avec Madeleine car elle avait un joli rire et il était communicatif.

-Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi. J’ai vraiment beaucoup de chance de vous avoir. Je vais devoir vous laissez car l’heure tourne et j’ai des choses à faire.

Ninon devait préparer son salon car le soir même, elle recevait beaucoup de personnes et il fallait que tout soit parfait. Elle était très exigeante sur tout. Il fallait que tout soit parfait car elle allait recevoir des invités de marques. Monsieur le frère du Roi et Jean-Baptiste Lully allait être de la partie. Ce n’était pas la première fois qu’ils venaient, mais il fallait qu’elle supervise le tout.
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Dim 28 Juil - 12:06

Le salon survivrait. C’était une certitude. Comment le beau monde pourrait-il un jour se lasser de cet endroit où bon goût et discussions de qualité se mêlaient, quand bien même la maîtresse des lieux venait à s’assagir ? Ceux qui cultivaient les apparences, et il y en avait beaucoup, ne manqueraient jamais de chic au point de cesser de se montrer au sein de ce nid de beaux esprits qu’était la demeure de Ninon de l’Enclos.
Il y eut un instant de silence avant que Ninon ne prenne conscience du temps qui venait de passer. Femme occupée qu’elle était, il lui fallait à présent prendre congé afin de s’occuper de tout ce que la tenue d’un salon rendait nécessaire. Avant cela elle prit cependant le temps de remercier Madeleine, ce qui sur le moment lui fit assurément plaisir. Comme si au fond d’elle venait de s’allumer une petite flamme qui lui chatouillait le cœur et lui donnait des ailes. Et cette sensation qui la prenait à chaque fois ou presque qu’on lui glissait un mot dont la sincérité amicale était palpable n’allait pas en une intensité décroissante au fil des mois et des années.
Car il n’y avait au fond rien de plus gratifiant que de se savoir utile. Théâtre ou vie quotidienne, applaudissements ou simple « merci », finalement il n’y avait aucune différence. L’important, pour se sentir vivant, était de savoir qu’humblement on participait à rendre son entourage ou de parfaits inconnus un peu moins malheureux. Un corps qui s’animait avait beau laisser supposer que notre santé physique était au beau fixe, étaient du royaume des morts ceux dont l’âme ne savait s’élever.
Aujourd’hui, Madeleine n’avait pas changé la face du monde de par un discours enflammé sur l’égalité des peuples, mais du haut de sa petite existence elle avait au moins aidé une amie. Et depuis le temps qu’elle avait compris qu’elle ne serait pas de celles qui feraient de grandes choses, cette tragédienne s’en contentait largement au quotidien. Au mieux on se rappellerait d’elle comme étant ce qu’elle était -c'est-à-dire l’une des plus brillantes comédiennes de son temps. Sans aucune modestie, reconnaissons le- durant une petite décennie encore. Mais plus probablement, du moins c’était là son point de vue, on l’oublierait et son nom ne serait inscrit non pas dans les mémoires mais simplement sur une pierre tombale. Cette certitude finalement intégrée, elle pouvait vivre heureuse, profiter de l’instant présent et savourer chaque petit sourire qu’on lui renvoyait. On avait beau dire, une pointe de fatalisme ne faisait pas grand mal. Bien au contraire. A cela on devait la fin des désillusions et l’acceptation d’une existence qu’il ne tenait qu’à nous de rendre meilleure.
Cependant, les digressions philosophiques et ô combien trop pompeuses étaient à bannir lorsqu’on ne se trouvait pas au milieu d’un aréopage dans lequel on souhaitait à terme siéger.

- Bien sûr. Acquiesça la comédienne alors que Ninon s’apprêtait à rentrer chez elle. Je devrais également songer à repartir vaquer à mes occupations. Durant quelques petites secondes elle leva les yeux afin de se remémorer ce qu’il lui fallait encore faire. Absolument rien qui ne revêtait un caractère original. Dommage, mais elle ferait avec. Elle faisait toujours avec.
- Je vous dis donc à très bientôt, charmante Ninon. Ses mots s’envolaient avec une extrême douceur de sa bouche pour se briser contre l’air tranchant de cette journée dont Madeleine ressentait pour la première fois le fond glacial. Et si jamais vous avez besoin de moi vous savez que je ne suis jamais très loin.

Aux alentours du Palais-Royal, au plus loin –et occasionnellement seulement- à Saint-Germain ou encore du côté de cet immense chantier qu’on appelait Versailles. Cela faisait en effet des années que Madeleine n’était pas bien difficile à trouver pourvu qu’on sache où chercher. Et celle-ci ne doutait pas que Ninon soit bien placée pour toujours deviner par quelle rue il fallait s’engouffrer.
Un dernier sourire à mademoiselle de l’Enclos et sans plus de cérémonial inutile, la Béjart tourna les talons et partit en soupirant vers la sortie de ce jardin dont elle remarquait à présent la beauté hivernale. Givre et souffle glacé du vent avaient emprisonné dans une prison de froid des végétaux dont on distinguait de faibles lueurs de vie sous un doux duvet encore blanc. La sensation qu’il ne lui fallait que tendre la main et piquer du bout du doigt la feuille d’un arbre pour qu’il fût pris d’un souffle nouveau tira un rictus amusé à Madeleine. Mais elle ne s’adonna pas à plus ample contemplation et hâta le pas afin de se glisser au plus vite dans un intérieur à la température un tantinet plus clémente.
Alors qu’elle s’était levée persuadée que cette journée aurait tout d’ordinaire, elle se rendait compte qu’au moins elle n’avait pour le moment pas été mauvaise. Loin de là. Ne restait qu’à espérer que cela continue ainsi. Pour Madeleine comme pour Ninon.

Fin.

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QUELQUE CHOSE APPROCHANT COMME UNE TRAGÉDIE† Un spectacle ; en un mot, quatre mains de papier. J’attendrai là-dessus que le diable m’éveille.  (c) P!A
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Rencontre fortuite au détour d’un jardin {Pv Ninon.

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