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 Philippe de Lorraine

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Sam 8 Déc - 20:10

Philippe de Lorraine-Armagnac





Métier/Titre(s) : abbé de Saint-Pierre à Chartres, dit Chevalier de Lorraine, "Archimignon" de Monsieur
Âge : 23 ans
Origines : Françaises
Langue(s) parlée(s) et niveau de maîtrise (uniquement dans le cas de personnage parlant d'autre langue que le français): Bon Italien - Latin médiocre
Orientation sexuelle : Bisexuel
Situation: Célibataire
Date de naissance : 13 septembre 1643
Religion: Catholique
Groupe : Noblesse
Personnage ayant existé?: Oui
Avatar : Chrys Rayner


Le Miroir ...

Il est rare que l'apparence soit à ce point éloignée de l'âme. Mais pour ce qui fut du chevalier de Lorraine, à "l'habit ne fait pas le moine", on pourrait rajouter que les ailes ne font pas les anges. Sans doute y a-t-il là quelque exagération, l'époque n'en étant pas avare. Et pourtant, quand l'un de vos ennemis déclarés, reconnu pour vous haïr du plus profond de son âme dit de vous que seriez "l'homme le mieux fait de France", il est difficile de l'accuser de vous brosser un tableau avantageux.
Pour cette raison, nous ne chercherons pas à vous détailler le personnage dans ses détails les plus attendus. Elles sont fort ennuyeuses ces listes de qualités lisses et finalement tant régulières qu'elles perdent en originalité. Précisons simplement que Philippe de Lorraine avait pour lui la taille, et, puisque vous pourriez aimer le savoir, qu'il avait les cheveux d'un brun tirant sur le miel.

Ceci étant dit, passons à ce qui est de plus d'intérêt : le jeu des expressions. A tout seigneur, tout honneur, nous commencerons par le regard. Moins menteurs que le reste du visage sans doute, si les yeux sont bleus, c'est d'un bleu profond et sombre. Hautement expressifs. Oui mais sans qu'il soit pour autant aisé de cerner exactement ce qu'on y voit : ce pétillement au fond des prunelles, est-ce de la dérision, un amusement sans conséquence ou le signe d'une complicité ? Ce plissement qui vous voile le regard d'ombre, est-ce une invitation ambiguë ou l'écho de pensées plus inavouables encore ? Ils flambent facilement de contrariété ou de fureur, comme de désir ou de gourmandise avant de se masquer encore de malicieuse ambivalence. Ils vous flattent d'un éclat appréciateur ou vous méprisent d'une indifférence amusée. Mais toujours changeants : le regard serait les portes de l'âme ? Celle-ci ne se laissera pas saisir si facilement.
Toute aussi expressive, la bouche. Moins équivoque mais sans doute plus menteuse. Elle se fait souvent support d'un éventail de sourires espiègles dont on ne sait pas toujours s'ils sont charmeurs ou simplement l'expression d'une plaisanterie faite quant-à-soi. Matois, ils peuvent bien souvent laisser place à des rires francs ou bien carnassiers, ou bien d'une innocence inattendue d'un tel personnage. Mais elle peut tout aussi bien prendre un pli boudeur ou cruel, pourvu que l'humeur lui en vienne.

Et enfin l'attitude, les gestes, la démarche. Allons à rebours : cette dernière a l'assurance des jeunes aristocrates qu'on a formé à la guerre, de ces nobles que la Cour nourrit plutôt qu'elle n'impressionne, d'apparence humble uniquement pour le théâtre des cérémonies et des royaux égos à ne pas froisser. Encore que les plus dévots trouveraient encore à y redire. Et pour cause, les gestes, de l'homme de cour et du militaire servent une attitude.... Une attitude sans doute trop... Trop. Trop séducteur souvent, trop moqueur fréquemment, trop menaçant parfois, trop léger et joueur journellement, trop provoquant, trop familier, trop indifférent, trop méprisant, trop malicieux, trop arrogant. Trop vous a-t-on dit. A se comporter comme si la vie présente était plus précieuse que la vie suivante, comme si l'existence tenait plus du jeu que du rachat de ses fautes... Blasphématoire jusque dans son immobilité.

... n'est pas le reflet de l'âme

A bien des égards Lorraine tient du chat. Vous en doutez ? Pourtant sensualité, gourmandise, fierté mal placée, élégance, cruauté joueuse, curiosité, indépendance, entêtement, séduction, affection capricieuse, jalousie, égoïsme, goût du confort.... Ne sont-ce pas là des traits bien partagés ? Et la liste n'est pas exhaustive, à vous le soin d'en découvrir la suite. La métaphore des griffes et de la patte de velours.

Plus que la beauté classique, c'est le ravissement des sens qu'il recherche, l'ivresse des sensations et le transport des émotions. Il faut sentir, encore et toujours. La vie est une chose bien fragile, et bien trop éphémère. Comment ne pas le savoir viscéralement lorsque la Mort vous est familière depuis l'enfance : ici la maladie emporte un enfançon à peine sorti de ses langes, là un boulet fauche les hommes les plus vigoureux, une femme meurt en couches la veille de l'exécution d'un criminel... Pas de temps à perdre ni de scrupule à avoir alors. Il faut goûter à tout ce qui vous éveille l'attention. Et la Cour lui procure à l'envie tout ce dont il a besoin : des œuvres aux personnages, des évènements aux divertissements, rien n'est immobile dans ce monde de lumières assumées et d'ombres dissimulées. Ne les lui rend-il pas d'ailleurs ? A participer si activement à ses mouvements et ses intrigues. Cela ne tient pas que de l'acte conscient, tant s'en faut, ni non plus que de la voracité. N'est-ce pas à l'origine qu'une vitalité débordante, celle-ci partagée sans y regarder à deux fois ? Elle s'offre involontairement : paradoxalement pourrait-on croire aussi bien cruelle que généreuse ; de la première sorte lorsqu'elle se sent menacée, naturellement de la seconde lorsqu'elle s'épanouit à son aise. Ceux qui ne regardent que par le petit bout de la lorgnette le qualifieront de débauché vipérin et venimeux, et n'auront pas tort. Mais ceux-là passent à côté de l'essentiel. Passion de l'existence pour elle-même. Plaisirs et sensations, voilà les maîtres mots, et si la chair y tient un rôle d'importance, elle n'a pour autant pas la primauté sur les autres, moins remarquables car sans doute moins scandaleux. Et comme il court les deux gents, il se pique tout autant de ces curiosités qui remplissent les cabinets, se passionne pour les débats esthétiques..
Quel Dieu cruel que leur créateur : faire tant de merveilles de ce monde et puis en interdire la jouissance. Plus que l'antithèse de l'ange, c'est l'antithèse du moine sincère.

Cet esprit si naturellement joueur est aussi vif à remarquer ces détails qui font les avantages, mais aussi le revers d'une médaille : ces petits défauts que tout un chacun aimerait oublier, il prend un malin plaisir à les mettre en valeur en petites phrases aux airs anodins mais qui vous blesse un égo, ou plus grave une réputation, sans guère de pitié pour les victimes qui en font les frais, s'en amusant effrontément et avec plus d'épices encore lorsqu'il s'agit d'adversaires avérés. Plaisir de piquer certes. Mais plaisir aussi de jouer avec les mots d'une si jolie langue, aux règles académiques encore jeunettes mais déjà si françaises : pleines d'exceptions ! Double et triple discours, références voilées où le jeu n'est pas que de toucher sa cible évidente, mais de créer des vagues dans l'auditoire. Qui aura vraiment saisi toutes les nuances ? Et quel pouvoir que la parole, celui qui parle sur celui qui l'écoute...

Aucune bride n'est passée à ses appétits et curiosités, à son imagination, si ce n'est celle de la prudence élémentaire. Il connaît sa place, n'oublie pas d'où il vient. Ni les risques de tomber. Ni les moyens de s'élever. Qui veut la fin, veut les moyens. Et les fins qu'il vise sont hautes et gourmandes en énergie à donner. Là non plus guère de scrupule. La séduction est à la fois un art et une arme et il en maîtrise le double tranchant. Elle lui est naturelle, complice de toujours qui sait si instinctivement comment et à qui sourire. A défaut d'avoir le titre et le sang pour mener son monde, il a les charmes pour réaliser ses desseins par des moyens détournés. L'esprit stratégique et la ruse également. La Cour vaut pour les champs de bataille en matière d'hostilités, plus vicieuses même puisque déguisées derrière les sourires faux, les fards et l'étiquette. Là les mots remplacent les balles, les réputations font office de cuirasse, les rumeurs de sape. Mais les risques sont bien mortels. Toute excitation belliqueuse mais sans les odeurs putrides et les spectacles immondes.
Et les sentiments trop forts valent ici pour des failles, ou du moins est-ce la raison invoquée en son for intérieur pour expliquer son refus de s'y soumettre. Y reconnaître de la rancœur ou les stigmates d'années malheureuses, serait de la dernière humiliation. Ne serait-ce que ce serait admettre un des plus terribles échecs qui soit. Or Lorraine est de ces fiertés farouches dont on ne tire pas grand chose à les attaquer trop frontalement.

La fierté. Certains en douteraient : comment pourrait-on être fier et "archimignon" ? Ce serait antinomique. D'autres diraient qu'elle est simplement bien mal placée. C'est le refus de la moindre faiblesse qui ne serait point factice et stratégique. A en maquiller toutes celles qui sont réelles et involontaires. A ne pas hésiter à se cacher derrière les masques les plus acides, les plus charmeurs ou les plus légers, les plus impitoyables ou les plus indifférents A battre en brèche ses propres doutes et hésitations, de se maltraiter l'âme et de la forcer à être ce qu'il faut bien qu'elle soit pour se hisser toujours, pour gagner encore. De là sans doute cette rumeur d'absence totale de conscience, qu'il se gardera bien de jamais démentir formellement. De toute manière cette conscience-là ne correspond pas non plus aux canons vantés par les sermons.
Ainsi si l'amitié donne joyeusement, avec ou sans arrière-pensée, elle reçoit avec une méfiance dissimulée.
Ainsi ce qui aurait pu être une qualité à mettre en valeur ne passe que pour un acte stratégique : la loyauté à son protecteur. Après tout, ce qui est bon pour le Prince est nécessairement bon pour lui, n'est-ce pas ? En tous cas il n'est pas question pour lui d'y reconnaître la moindre autre raison. Comme ce serait ironique et ridicule de s'être fait avoir à son propre jeu... Comme ce serait dangereux... Un grain de sable bien malvenu dans une machinerie si soigneusement, si patiemment conçue.


Dernière édition par Philippe de Lorraine le Ven 14 Déc - 18:52, édité 2 fois
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Sam 8 Déc - 20:11

On naît tous un jour ...


   
Chapitre premier

On en était à la cinquième passe d'armes, et les deux garçons qui se faisaient face, trempés de sueur, ne sentaient déjà plus le froid du matin. Haletant, le plus jeune ne pouvait empêcher les remugles du champ de bataille de lui emplir les narines, et avec elles, les réminiscences nauséeuses de la veille. Où était la gloire de la Guerre dans la scène d'hier ? Ça n'avait été qu'odeurs de tripailles nauséabondes, de sang épais, de pisse ; que gémissements insupportables à l'âme, râles arrêtés net dans un sifflement de fer, croassements des corbeaux ; gris, rouges et bruns sans éclat. Ruines putrescentes de ce qui, quelques heures plus tôt encore, avaient été des hommes, valides et vivants.
Ça n'avait pas été la première fois que le plus jeune des deux garçons étaient confrontés à ce constat terrible : apprendre la mort d'un-tel qu'on aurait cru immortel tant il tenait du minotaure, s'effarer des larmes de celui qui riait si fort la veille, ne pas pouvoir détourner les yeux de cette absence de la main qui avait gagné tant de duels de bras de fer. Fils d'un des chefs de guerre les plus reconnus de Sa Majesté, il avait grandi en bonne partie dans l'ombre des soldats. Sur un cheval, les guiboles à peine marchantes, une arme dans les mains avant la plume. Il était cependant toujours cantonné à l'arrière, à distance respectueuse des fronts fluctuants, du cœur des batailles et jusqu'alors, ses leçons de tirs et d'escrime restaient presque plus théoriques que celles de rhétorique, de latin ou d'étiquette.
Mais la veille... La veille cela avait été la première fois que la bataille avait déferlé jusque sur l'arrière-ban, contre toute attente. La première fois qu'elle s'était imposée à lui. Ça n'avait guère duré longtemps, tout juste quelques minutes avant d'être entraîné loin des combats. Mais tout juste assez pour goûter le chaos, la stupéfaction laissant place à la peur. Tout juste assez pour tirer du mousquet qui venait de lui avoir été offert pour son anniversaire, et dont il comptait évaluer l'efficacité sur quelque corbeau.
Fruit du hasard ou des entraînements, la balle avait fait mouche. Le souvenir de l'instant, la déflagration assourdissante, la douleur du recul de l'arme, l'homme qui tombe... Cela suffisait à lui faire sentir de nouveau la bile lui monter dans la gorge, se tripes se nouer de dégoût et d'excitation mêlés, épouvante et fureur de vivre.
Il n'en avait pas dormi de la nuit.


- En garde. … … Attaquez.

Agile, il parvenait à parer les coups, mais son frère était définitivement plus fort. Son bras à lui fatiguait d'avoir à encaisser cette force. Qu'importait dans le fond... On ne lui demandait pas d'être le meilleur – privilège de l'aîné – simplement bon. Simplement un adversaire valable assez pour que Louis puisse s'entraîner convenablement.
Nouveau coup : Philippe semblait avoir eu peine à recevoir celui-là, l'équilibre chancelait, mal rétabli par quelques pas précipités en arrière. Il n'en fallait pas plus à Louis pour se fendre et... Sentir la pointe de l'arme de son frère fermement appuyée sur son abdomen. Ce même frère qui mettant un genou en terre tenait son arme de la meilleure manière pour laisser son adversaire s'y embrocher royalement s'ils s'étaient battus avec des lames véritables. Ce même frère dont l'équilibre ne chancelait plus du tout.


- Il a triché !
- J'ai feinté !
- Ce n'était pas loyal ! Un véritable gentilho...
- Ce n'avait rien de déloyal. Même Lancelot aurait su que je feintais ! Vous avez perdu !
- Contre vous ? Il n'y a vraiment qu'un faquin pour appeler victoire une tricherie.
- Assez.


Philippe faillit s'étouffer avec le venin qu'il avait voulu jeter à la face de son aîné en réponse à l'insulte.
Mais le sénéchal n'avait pas eu besoin de crier. Sa voix rude avait l'autorité d'un joug : solide, calme, inerte. D'ordinaire, l'escrime leur était enseigné par un maître italien, mais accablé des mauvaises humeurs qui le maintenaient au lit tout suant de fièvre, il n'avait pu accompagner ses jeunes élèves. L'entraînement avait été confié au sénéchal, homme de moins de subtilité dans le jeu des lames, mais aux conseils terriblement pertinents pour ce qui était des stratégies à mettre en jeu. Stratégies pas toujours très honorables, mais très efficaces. Louis s'en plaignait sans cesse. Philippe en redemandait.


- Louis, sur le champ de bataille, vous seriez mort. Vous devriez être reconnaissant à votre frère de vous donner l'occasion de vous parfaire : la prochaine fois, vous réfléchirez avant de frapper, et votre coup n'en sera que plus mortel. Quant à vo..

L'homme fut interrompu dans sa réprimande par l'arrivée impromptue d'un cavalier, le cheval fumant d'avoir déjà probablement joué les Mercure plus qu'à son compte d'une place à l'autre du camp.

-Pardonnez. Vous êtes demandé par Monsieur votre père.

Guère plus de formalités : le cavalier était trop fatigué, trop pressé. Du reste, il n'y avait là personne qui le lui ferait valoir.
Cela ne s'adressait qu'à l'aîné, qu'un bras vigoureux aidait déjà à grimper en selle, plus que satisfait d'échapper aux leçons d'un homme qu'il méprisait et à la présence d'un frère qu'il ne supportait que mal. Le temps d'un salut rapide au sénéchal, le garçon était déjà enlevé dans un galop nerveux, duquel chacun s'esquivait comme il pouvait. Philippe aurait aussi bien pu ne pas exister. Henri de Lorraine ne demandait jamais son cadet, se contentant de s'enquérir de temps à autre des progrès, de s'assurer un rejeton présentable, assez respectable pour l'honneur de sa maison, qui saurait donner satisfaction dans la voie des armes ou celle des ordres. Les seules voies par lesquelles un puîné pouvait espérer s'élever. S'il avait toujours su que la seconde ne lui plairait jamais, depuis la veille Philippe était certain que la première n'était pas plus faite pour lui non plus. Il avait pu se rêver grand maréchal, militaire reconnu et toujours victorieux, un Alexandre aux stratégies imparables, un Marc-Antoine adorés de ses soldats, un Octave craint de ses ennemis. Il avait pu rêver de la gloire, de l'ivresse de la bataille. Des rêves sang et ors. Rien à voir avec la réalité. Excitation, oui, il y avait eu. Mais elle avait été malsaine. Et puis il y avait tout le reste. Inutile d'y revenir. Il n'y avait rien de bon à en dire.
Son père savait-il l'amour et l'admiration qu'il lui portait ? Sans doute. Sans doute aussi en faisait-il peu de cas. Plus Philippe tentait de s'attirer la reconnaissance du grand capitaine, moins cela semblait avoir d'effet. Pourtant Henri de Lorraine n'était-il pas cadet lui-même ? N'avait-il pas eu à s'élever par lui-même, au gré des batailles gagnées de haute lutte. Cela n'entrait pas en ligne de compte apparemment. Quand le garçon trouvait tant de facilité à plaire à qui ne lui importait guère, il se trouvait sans arme pour s'attirer l'attention de la personne qu'il aimait inconditionnellement. Leurs rapports gagnaient toujours plus en formalité, poussant son fils dans les affres d'une rancœur impuissante et malheureuse.

Il semblait que le garçon en eût oublié tout ce qui l'entourait, le regard porté vers la direction qu'avait pris son frère. Jaloux. Blessé d'être encore laissé derrière, de se sentir comme demi-mesure, d'importance moindre. Les bras ballants, l'épée pointe en terre. Bourru, le sénéchal se permit un geste familier, ébouriffant la tignasse de miel comme pour redonner du baume au cœur. Ce geste-là, il ne se le serait pas permis avec l'aîné qui s'en serait outré comme un coq dont on aurait voulu rabattre la crête. Mais ce geste-là, il n'aurait de toute manière pas eu envie de le faire pour Louis. Si l'aîné avait toute l'attention de son père, celui des enfants de Cadet la Perle, qui avait l'affection des soldats, c'était le second. Et pour cause. Il avait cherché leur compagnie, leur attention, su gagner leur complicité, leur sympathie, parfois même leur attendrissement. Et pourquoi  non ? S'échappant avec aisance de ses chaperons, l'enfant se faufilait jusque à eux : un visage d'ange à vous faire oublier les misères de la guerre, des yeux admiratifs aux récits de bravoure gonflés d'exagération, souriant à tous, le verbe malicieux, et ne jouant guère les paons gonflés d'importance comme son aîné.
Il se les était faits siens, à moitié naturellement, à moitié consciemment. Sans scrupule ni arrière-pensée. Comme pour compenser un manque d'attention blessant. Sans y parvenir jamais. S'attirer l'affection des soldats à défaut de celle du général. Y avait-il plus vain ?


- Vous ne devriez pas vous formaliser. Votre père vous appellera bientôt aussi. Je suis sûr que c'est au sujet des fiançailles de votre frère.
- Quelle perte de temps... Que fera-t-il d'une fiancée ? Mon frère sait à peine s'y prendre pour pisser. L'acte manque sans doute trop de noblesse pour qu'il daigne se pencher sur la question.


Le sénéchal en fut soufflé. Pas tant qu'il n'ait jamais entendu de grossièreté, loin s'en fallait. Ses oreilles avaient entendu plus gras et sa bouche en avait prononcé de bien belles aussi. Mais dans une bouche si jeune... Il en éprouva une culpabilité inattendue : à trop laisser l'enfant en compagnie de la soldatesque, celle-ci semblait avoir commencé d'exercer sur lui une mauvaise influence. A quoi ses jeunes oreilles avaient-elles été exposées ? Se pouvait-il même qu'on lui ait laissé voir... ?

Philippe tourna les yeux vers le sénéchal, d'une telle limpidité qu'on n'aurait pu douter de leur innocence absolue. Et pourtant, pourtant le sourire naissant était tellement plus ambigu. Un sourire de sphinx, un presque sourire, un rire franc retenu franchement. Le genre de sourires qui rendent impossible de savoir ce qui passe dans cette tête-là. Moqueur ou complice ?


- N'allez pas prononcer des mots pareils devant votre père...
- Moi ?...


Cette fois le garçon rit franchement. Et sans doute le rire d'un ange doit-il être communicatif puisqu'il réussit à tirer un sourire – un peu coupable, certes – de derrière les moustaches de son instructeur. Lequel avait fort heureusement oublié complètement ce malencontreux accès de mélancolie. Son œil pétillant n'en révélait rien, mais fier, Philippe l'était déjà trop pour supporter faire l'objet de pitié, fut-elle si gentiment attentionnée.

- Entraînez-moi encore, sénéchal. Je veux être le meilleur.

Pas seulement le meilleur. Il voulait plus, plus haut, mieux. Autre chose que des champs de bataille puants ou la pompe lourde des cérémonies. Il avait déjà de la vie un appétit vorace, dévorant, inextinguible.



Chapitre deuxième

Jouant du bout des doigts avec la flamme de la bougie la plus proche, la lumière semblait faire luire les yeux du portrait d'au-dessus de leur table. Il ne s'agissait pourtant guère d'un chef-d'œuvre. Vivre dans le cercle orléanais vous aiguisait le goût à ce sujet. Ce dont Lorraine ne se lassait pas, goûtant autant les détails exquis d'une ciselure ornementée de l'objet le plus utilitaire jusqu'au poli des marbres d'un Girardon, des fragrances des meilleurs vins jusqu'aux ballets enivrants des étoffes colorées dansant au gré des rondeaux et menuets, de la pompe d'une marche de Lully jusqu'aux soupirs d'alcôve. Comment pouvait-on vivre loin de ces merveilles qui vous flattaient tant les sens ? Là se trouvait son monde. Un monde qui semblait n'être jamais en peine de vous faire sentir si intensément vivant.
Là aucune hésitation : d'une facture médiocre, le tableau était sans charme de prime abord. Mais il s'animait fantastiquement avec les reflets des flammes, la chair en paraissant presque sensible, le regard profond. Infiniment plus que celui de son interlocuteur, rougissant au fil des godets vidés. Tout juste si ce visage de toile et de peinture n'appelait pas un baiser. Ou était-ce le résultat de l'absence absolue de toute sensualité chez son vis-à-vis qui par contraste faisait paraître le tableau si beau ?
L'homme qui lui faisait face n'avait même pas cette force de caractère dans les traits qui pouvait donner envie de toucher des visages pourtant dépourvus de beauté. Il était simplement sec et décrépi, sans relief, comme vidé de tout souffle vital. Sans doute le résultat d'une vie de chasteté et d'abstinence seulement compensée par l'ivresse du vin. De toute la faune peu recommandable qui s'observait dans cet établissement parisien où le Chevalier était sûr de ne pas croiser ses pairs, le diacre était sans nul doute celui qui était le plus dépourvu de charme. Mais à défaut d'attraction, sa tête recelait de précieuses informations. Et ainsi sa compagnie semblait plus tolérable. Encore fallait-il attendre que Bacchus lui fit un peu plus d'effet avant d'entrer dans le vif du sujet, sans s'attirer ni défiance ni retenue. Le diacre avait été plus que méfiant par l'approche du jeune homme et celui-ci ne regardait pas à la dépense pour le voir se réchauffer à son endroit en l'abreuvant plus que de raison.
Le menton appuyé dans une main, de l'autre, Lorraine fit de nouveau vaciller la flamme. Les pensées rendues baladeuses du peu d'intérêt qu'elles trouvaient aux ergottements qui lui chatouillaient les oreilles, d'une bougie elles passèrent à un cierge – une fois n'est pas coutume – allumé quelques semaines plus tôt.



Et dire que Guiche s'était chargé seul, de se perdre. Avec un tel éclat que Madame, elle-même, en avait été éclaboussée. Quelle plaisance... La menace s'était évanouie d'elle-même sans que Lorraine n'ait eu à y prêter la main. Non seulement son emprise sur Monsieur s'en tirait intacte, mais elle s'en trouvait encore renforcée. Comme cela promettait de beaux jours...


-Ce n'est point l'heure de l'office encore mon fils. Vous seriez-vous perdu ?

Autant les mots étaient affables, autant le ton et l'attitude du chapelain avait la froidure de l'hiver le plus rigoureux. A quoi Philippe de Lorraine répondit par un haussement de sourcil, ne feignant qu'à moitié l'innocence dont on le pensait visiblement dépourvu. A croire que celui-ci n'était abusé par les traits lisses de son vis-à-vis, qu'il se permettait de regarder de haut comme si une quelconque autorité naturelle suffirait à imposer la pénitence. Au fait des rumeurs d'une réputation qui ne paraissait déjà plus à faire, mais peut-être pas assez pour être conscient des risques de se faire les mauvais ennemis à la Cour. Au point d'avoir dans son attitude un accent de détestation et d'insulte mal déguisées. Mais le jeune homme était par trop amusé de ce manque cruel de subtilité de la part du prêtre, trop heureux encore des derniers évènements pour s'offusquer.

Se pouvait-il que ce fut la réponse à des prières qui n'avaient jamais été pensées que par habitude et mimétisme ? Se pouvait-il...


-Ne soyez pas si surpris mon père. Dans Son infinie bonté, Notre Seigneur a bien voulu exhausser les prières d'un humble pécheur. N'est-ce pas la moindre des choses de remercier Sa générosité par un cierge ? M'auriez-vous cru ingrat ?

Nul doute que des nombreux défauts dont le prêtre le paraît, l'ingratitude ne devait guère avoir la prime place.
Mais quant à Ce qui l'avait exhaussé... Les doutes semblaient partagés autant par le religieux que le chevalier. Dieu aurait-Il vraiment mis la main dans telle affaire ? Allons. Et si ce n'était Lui ? Un Autre ? … Personne ?
Que de sacrilèges pensées lui agitaient l'esprit alors que son aumône versée il allumait son cierge à la flamme d'un autre. L'acte, de pieux n'en devenait-il pas sacrilège lui-même ? Il en avait été pris d'une excitation quasi enfantine, de celle qui ne manque pas de vous faire battre le cœur dans la réalisation d'une bêtise irrésistible, vous impose paradoxalement une peur sacrée et une joie toute païenne. Mais rien. Ni foudre ni brasier ardent. Point de punition et ce report du jour du Jugement, ne pouvait jamais qu'être un encouragement à remettre à demain encore le soin de se repentir. Si tant était que ce moment viendrait jamais. Si tant était que son orgueil pût le lui permettre, même au bord du gouffre des promesses infernales. Comme d'autres hommes sont maintenus droits par leur sens moral ou leur honneur, sa fierté à lui l'empêchait de se détourner jamais de principes, admettons-le, très personnels et qui pour l'être n'en étaient pas moins exigeants que ceux plus communément admis.
Hors ça, lorsqu'il croisa le regard sévère et désapprobateur du chapelain, le sourire espiègle de Lorraine n'était pas que provocation, mais aussi la naturelle expression du plaisir d'avoir réalisé cette petite entorse au sacré sans en payer aucun frais. A charge de revanche ?
Le prêtre pinça les lèvres. Le sourire du jeune homme s'en élargit insolemment. L'humeur lui en devint carnassière et puisque les lieux n'offraient à chasser qu'une soutane figée de pudibonderie, sans même l'attrait d'une possible reconversion, qu'à cela ne tînt, le château offrait bien d'autres oiseaux autrement plus alléchants.




-On dit que Sa Majesté songerait à envoyer un contingent aider les Autrichiens contre la Sublime Porte.

Lorraine leva de nouveau les yeux vers le diacre, constatant avec agacement qu'il s'était laissé détourner par ses propres pensées.

Comme preuve qu'il y avait exception à toute règle, le Chevalier s'efforçait de garder son museau bien propre de toutes les royales affaires. Quels dommages c'eut été de ruiner tout ce qu'il s'était employé à soigneusement construire au cours des années, en posant le pied dans des eaux troubles. Plus d'un s'en était mordu les doigts et il n'était guère question de suivre leur exemple. Il est des pieds sur lesquels on ne marche pas et que l'on ne taquine que précautionneusement. Mais même ainsi, il est des devoirs auxquels on ne saurait échapper et au train où allaient les choses, celui de la Guerre semblait bientôt devoir s'imposer à nombre de nobles. Nombre desquels il ne pourrait pas plus se soustraire qu'à la campagne les ayant menés au siège de Turin quelques cinq ans plus tôt, tout portait de plus en plus à le croire. Guiche – lui encore – y avait perdu deux doigts. Philippe avait été quelque peu déçu du peu, et dans le même temps trop heureux de s'en tirer si bien lui-même pour s'en attrister longtemps. Preuve s'il en fallait que la chose n'avait rien d'un jeu. Allait-il falloir si tôt quitter les ors, les luxes et les plaisirs chéris de la Cour ? Tout risquer encore.
Son humeur s'en trouva aigrie et Lorraine balaya l'éventualité d'un geste impatient de la main. D'autres affaires les avaient menés là.


-Il se peut. Je n'ai pas l'heur d'être dans ces secrets-là. Peut-être en apprendriez-vous davantage auprès de Monsieur de Cosnac. J'ai ouï-dire que vous étiez de ses amis. Il m'a fait quelque éloge à votre endroit.

Il se passa quelque chose d'indéfinissable dans les yeux brumeux du diacre. D'impatience ou d'agacement face au sujet de la guerre, Lorraine avait-il amené le sujet trop tôt, trop brutalement ? Ou bien s'était-il trompé sur les relations des deux hommes ? Probablement non finalement : les brumes semblaient trop épaisses déjà dans la cervelle du diacre pour se montrer capable de méfiance. En fait, il ébaucha même son premier sourire, en réponse à celui, encourageant, que le jeune homme lui avait bien vite adressé pour effacer ses doutes potentiels. Naturellement, Cosnac ne l'avait pas entretenu des qualités du diacre, et pour cause. Mais si ce mensonge pouvait laisser entendre au religieux qu'il s'entendait bien assez avec l'aumônier, et si cela lui déliait un peu plus la langue, alors il n'éprouvait guère de scrupule à en faire usage.
Choisy aurait pu probablement l'informer. Sans doute avait-il bien mieux à fournir. Mais l'abbé était ami de Daniel de Cosnac et le Chevalier ne prendrait pas le risque d'informer cet ennemi potentiel de ce qu'il fourbissait déjà ses armes à son encontre pour la première escarmouche si celle-ci s'avérait nécessaire. Qu'il s'imaginât que Lorraine était aussi frivole qu'il était débauché, cela ne pouvait être qu'un atout. L'homme étant habile aux intrigues, mieux valait sans doute n'être pas le premier à déclencher les hostilités, le jeune homme estimant au vu de leurs positions respectives qu'il aurait plus à perdre qu'à gagner de ce premier mouvement. Tout au moins pour le moment, quand il manquait encore de leviers et d'armes valables. La guerre lui avait au moins appris ceci qu'on ne laisse pas ses adversaires connaître ses propres mouvements, et qu'il vaut mieux avoir toujours une longueur d'avance en matière de préparation et de munitions. La Cour n'était pas un milieu moins hostile, mais là était son territoire. L'aumônier se montrerait-il jamais plus menaçant pour ses intérêts, Lorraine serait prêt depuis longtemps à lui faire le tort qu'il mériterait. Le Prince était sien, et si de Cosnac avait dans l'idée de le lui enlever, à plus forte raison s'il faisait cause commune avec Madame, il apprendrait assez vite et à ses dépends ce qu'il en coûtait. Son ambition n'avait d'égale que sa possessivité, et leur somme que le refus catégorique et inquiet de se voir écarté de son monde circéen : aussi gare à qui rêvait de les entraver.
Buvez-donc cher diacre, parlez-donc. Parlez encore.
Qu'on s'étonne que Lorraine s'amusât de ses ennemis, c'est qu'à ces jeux cruels dont la Cour était l'arène, il n'avait pas de la vipère que la langue dont on le targuait.






Chapitre pénulième


L'exaspérant ici, c'était qu'au lieu de la familière et bienfaisante volupté qui succédait habituellement au point d'orgue de ses jeux favoris, sa tête s'emplissait déjà d'une inquiétude qui n'avait rien à y faire. Qu'inquiétude il y ait, en l'état, cela aurait pu paraître naturel, peut-être même assez raisonnable. L'épine résidait dans l'objet de l'inquiétude : c'était de lui-même qu'il aurait dû s'inquiéter, de projets mis en péril, de la faiblesse de son protecteur allégeant d'autant ses propres privilèges, augmentant d'autant les risques que lui faisaient prendre ses digressions. Mais non. Elle digressait encore et toujours vers le Prince. Il avait beau s'enjoindre à ne penser qu'à d'autres sujets, tenter de se piéger lui-même à orienter son agitation sur des cibles plus à propos, cela ne menait à rien.
Pire encore, cela semblait avoir l'effet inverse. Seules les activités mobilisant son attention semblaient parvenir à quelque chose, et pour cause, elles lui vidaient passagèrement mais totalement la tête. Mais si tôt que celle-ci s'agitait de nouveau... D'autant qu'il ne pouvait s'adonner aussi librement à ces plaisirs-ci depuis qu'ils s'étaient retirés de la Cour. Certes le train de la Maison d'Orléans n'était pas petit. Mais à qui s'était habitué à la Cour... Isolés. Et puis l'humeur ne s'y prêtait plus le moins du monde... Quelle aporie !
Peut-être cela aurait-il été plus simple sans signes avants-coureurs. Peut-être. Des accès de tendresse inattendus de sincérité, passait encore. Il pouvait tout aussi bien les mettre sur un trop grand sérieux mis dans son jeu, un acteur qui à force de jouer si soigneusement son rôle se prend à vivre son personnage. Mais s'inquiéter vainement lorsqu'il n'y avait guère de témoin pour lui servir d'alibi... Les symptômes semblaient pointer vers une même conclusion. Mais il se refusait de reconnaître le diagnostic final. Non.
A croire pourtant que toute sa belle volonté qui l'avait mené si haut ne servirait de rien cette fois... Puisque ces sortes de choses ne sont guère affaires de volonté.
Exaspérant. Il en secoua la tête comme pour en chasser cette agitation bourdonnante. Les sourcils à demi-froncés, la bouche boudeuse.
Le délassement semblant inatteignable, et le sommeil pas moins, dès lors il ne servait de rien de rester dans la chaleur des draps et des corps des deux délicieuses sœurs qui les lui avaient ouverts. A la lumière du feu mourant dans l'âtre, il entreprit de se rhabiller sans enthousiasme, insatisfait.

Courraient qui le voulaient bien après les passions les plus sentimentales, il n'y voyait, lui que des désagréments de toutes sortes. Pour commencer : comment pouvait-elles permettre de bien s'occuper de soi-même ? Et quel pouvoir vous donniez sur vous, de quelles libertés vous vous priviez !
Feindre lui tirait encore moins de scrupule que d'effort. Qu'importait au fond, qu'on vous crût épris ou au contraire sans cœur ? Mais la clé était qu'on ne sût jamais. Bon bon.. Cela au moins se pouvait contrôler. Il suffisait de mettre sous cloche tout ce qui n'avait pas à être su. Une jolie cloche aux multiples facettes, qui se suffisait en soi pour qu'on n'éprouve jamais l'envie d'aller voir ce qui se trouve dessous. Une jolie cloche avec de méchantes pointes venimeuses pour dissuader les plus curieux. La plus belle des protections restant encore qu'on la crût vide. A ce jeu-là il ne craignait guère de rival.
Le froncement de sourcils s'en effaça progressivement sans toutefois disparaître tout à fait : réfléchir distrayait sans balayer cette inquiétude tenace.
Exaspérant.



Au-dehors, la lune gibbeuse transformait tout en un paysage fantastique de bleus et d'argents. L'air paraissait cristallin, chaque feuille, chaque épine, des écorces aux pierres, tout était parés du plus élégant réseau de dentelle de givre et de perles de glace. Spectacle d'autant plus magique qu'on le sentait éphémère, tout près de mourir de l'arrivée du soleil. Spectacle qui lui aurait tiré en d'autres temps de la plaisance, à s'emplir fort les poumons des odeurs de pin et de fumée, de froid glacial. Mais du temps qu'il parcourut le trajet menant à la cour du domaine, il n'en éprouva que l'ombre. Il n'y avait pas que l'inquiétude, il y avait derrière elle, insidieuse, l'impression grandissante de se sentir en cage. Comme si la chape de deuil qui s'était abattue sur la maisonnée tentait de l'engloutir lui aussi.

Depuis le décès de la Reine-Mère, depuis qu'ils étaient à Saint-Cloud, Monsieur refusait de voir quiconque. Ce qui n'était pas pour améliorer les dispositions matinales du jeune homme. A ce point de notre histoire, vous ne serez sans doute plus surpris d'apprendre comme Lorraine goûtait peu les refus, les portes fermées et les rebuffades. S'inquiéter de l'état de qui se trouvait derrière les portes closes aggravait le tout. Jusqu'alors il n'avait pourtant pu faire plus que ronger son mords. Cela ne durerait pas : il était bien incapable de rester inactif trop longtemps. Il lui était tout aussi insupportable de voir le duc d'Orléans, et avec lui tout ce petit monde dont il était l'épicentre, dépérir ; toute cette belle vitalité comme mise en hibernation, glacée par le deuil et l'hiver. Cela ne pouvait rester ainsi : il fallait lui rendre ce souffle de vie, cette impulsion, cette étincelle qui saurait – il en était certain – suffire à rendre le Prince au goût de l'existence. De toute manière, cette ambiance mortifère, tout comme la réclusion princière, cela paraissait contre-nature : n'était-ce alors pas tout à fait naturel que d'y mettre de "l'ordre" ? La vieille cour s'était éteinte avec Anne d'Autriche : la jeune n'attendait plus que de rayonner.
Il s'agissait cependant d'agir au bon moment : trop vite – et il se savait impatient assez pour se mettre la bride haute – et il n'aurait qu'à accuser un humiliant échec ; trop tard et... Eh bien il y avait certes peu de risque pour ce "trop tard"-là, tant il lui tardait de secouer tristesse et désespoir pour voir renaître l'extravagance et la vie. Et se débarrasser de sa propre anxiété par la même occasion !

Le matin était déjà né depuis plusieurs heures, mais le ciel commençait tout juste de pâlir. Une heure pour la chasse. S'il avait peu de goût pour la chasse à courre, les traques en petit nombre avaient toujours su lui plaire, pourvu qu'il fût d'humeur à se lever à l'aube... Ou à ne s'y pas coucher. La rencontre d'un des gentilshommes attachés à la maison d'Orléans et de deux de ses gens semblant s'y préparer, l'emporta. Ayant lui-même donné les ordres nécessaires pour qu'on scellât son cheval, fait cherché le nécessaire pour être adéquatement pourvu, les premiers et timides rayons du soleil le trouvèrent en scelle, les talons prêts à lancer le galop.
Il en fut décidé autrement.


- Chevalier. Chevalier attendez !

Chevalier qui fronça les sourcils de surprise d'être appelé par... la gouvernante de la petite princesse Marie-Louise. Dans l'embrasure des Communs, souhaitant apparemment ne pas être vue, elle frissonnait de n'être pas couverte pour l'extérieur. Grelotante elle lui fit signe de la rejoindre. D'ordinaire, il aurait tardé à s'exécuter, à ce qui ressemblait trop à un ordre de la part de qui n'avait pas à lui en donner. Mais la curiosité était trop forte. Lorraine pria l'autre gentilhomme de partir sans lui, quitte à le rejoindre plus tard et gagna les communs où sa surprise s'accrût encore d'y trouver, dans l'ombre, et couvée de sa gouvernante, la petite princesse en personne, son jeune visage tout sérieux et tendu d'exigence.

- Altesse...

Écoutant la petite princesse, la surprise céda le pas à la malice, le sourire en coin déjà aux lèvres. La morosité semblait s'être dissoute avec la fin de la nuit. Ni trop tôt ni trop tard.




Dernière édition par Philippe de Lorraine le Ven 14 Déc - 19:37, édité 2 fois
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Sam 8 Déc - 20:12

Ôtez le masque !



Prénom (Pseudo) : Jiz † Âge : 25 ans † Comment êtes-vous arrivé jusqu'ici ? PRD † comment trouvez-vous le forum ? Je n'ai pas pu y résister... Ah la tentation... † Le code du règlement : OK by Antoine Un dernier mot ? Je risque d'étaler un peu l'écriture de ma fiche, vu les impératifs études/travail dont j'avais parlé en tant qu'invité. Mais a priori, 15 jours seront plus que suffisants pour finir.

test rp, un minimum de 300 mots est demandé:
 


Dernière édition par Philippe de Lorraine le Ven 14 Déc - 19:08, édité 1 fois
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Sam 8 Déc - 20:31

Ahhhhhhhhhhhhhhh Mon Dieu scream je redoutais tant ce jour Crying or Very sad
Le prince va être follement heureux :cryyy:
Sois le bienvenu Philippe de Lorraine-Armagnac hop hop yeah bouing , j'espère que nous pourrons nous divertir comme par le passé (historique) et exercer nos langues de vipère What a Face
Je lis ta fiche :study: et je reviens dès que possible, enfin si le prince ne te saute pas dessus entre temps Crying or Very sad
En tout cas, c'est chouette que tu sois arrivé et j'espère, non je suis persuadé que tu te plairas ici :waaa:

Et pis, je veux, non j'exige un lien fan attitude
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Sam 8 Déc - 20:42

Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!! Ducky chéri Kyaa yeaah

La bienvenue à toi !!!!!!!!!!!!! yeah

Bonne chance pour la suite de ta fiche !!

Si tu as la moindre question n'hésites pas à la poser, à demander, nous sommes là pour toi !! ^^
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Sam 8 Déc - 20:48

Ah oui, cela n'a rien à voir avec ta fiche, mais je te préviens à l'avance. Il y a une soirée chat le samedi 15 décembre. Si tu veux venir , on pourra s'éclater et dire du mal de tout le monde hi hi fan attitude
Pas besoin d'être validé car mon prince voudra sûrement ta présence tant il est fou de toi

Non seulement tu vas me voler mon prince Surprised mais en plus, tu écris si bien :haaa: :haaa:
Bon courage pour le reste de ta fiche
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Sam 8 Déc - 21:05

Bienvenue à toi! Very Happy Au plaisir de lire la fin de ta fiche et de RP avec toi plus tard fan attitude
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Dim 9 Déc - 11:26

    Oh quel accueil pour un si humble sujet que votre serviteur... Cessez de grâce, mon confesseur se plaint des longueurs que nécessitent nos entretiens, si vous me poussez au péché d'orgueil, ce peut que je ne sorte plus du tout du confessionnal.. devil


    Effiat, cher ami, nul besoin d'espérer, vous savez comme ma participation est toute acquise au plaisir d'exercer notre verve de concert aux dépens du premier quidam inspirant. yeah
    Et c'est avec joie que je satisferai votre exigence : non seulement c'est bien le moins que je puisse faire pour vous remercier de votre accueil, mais du Diable si l'envie n'est pas partagée. hop hop


    Merci ma charmante demoiselle Démieux et son non moins charmant canard en gutta-percha ! :waaa:


    Merci à vous Madame, au plaisir de vous satisfaire dans votre lecture future, et à celui de partager quelque sujet : au vu des protagonistes, nul doute qu'il sera des plus passionnants !
    What a Face




Et plus sérieusement : merci encore pour cet accueil ! balon C'est adorable ! Merci beaucoup. Pour les compliments et encouragements aussi. J'espère ne pas vous décevoir. Et je retourne à ma fichette vous écrire les épisodes suivants ! :taping:
Et pour l'invitation à la soirée CB, ce serait volontiers mais je ne sais pas encore si je pourrais. Je vous tiendrai au courant.
A bientôt !
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Dim 9 Déc - 11:47

Ne me tentes pas à flooder sinon je vais pas m'arrêter bah d'ailleurs si tu m'as tenté je vais aller flooder Ducky chéri je t'y invite par la même occasion mais pas ici, dans le flood ouvert aux nouveaux membres hop hop

Je vais essayer de te faire un vava ou deux pour que tu puisse varier les plaisir Wink Puis sinon notre merveilleuse marquise se fera une joie de t'en faire Kyaa

Pour le temps de ta fiche, comme nous l'avons dit, nous ne voudirons pas te presser

Mais plus sérieusement, de rien pour l'accueil, il est tout naturel Ducky chéri

Toutefois bien moins sérieusement, on reparlera de TA charmante mademoiselle Démieux (qui est plus celle de ton prince que la tienne mais bon bouing ) Toutefois on ne remettra pas en doute le fait que MON canard en plastique est charmant, pas vrai Ducky


Ducky chéri
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Dim 9 Déc - 11:56

OH.

MON.

DIEU !!!!!!!

fan attitude

MON PHILIPPE D'AMOUUUUR Tayaut

Je suis submergé par la joie je ne sais plus ou me mettre !! Vite vite il faut que je me change et que je me fasse beau et que je .... !!!!

Ah mon ange votre écriture me montre bien que mon amour pour vous est bien indigne de vous

Je vous donne tout mon soutient pour la poursuite de votre fiche prenez tout le emps qu'il vous faut pour écrire back hug

moi je vous donne la seule chose qui est juste en ce monde à savoir ces sublimes moutons
et pas ces canards moches


Dernière édition par Monsieur le Dim 9 Déc - 13:47, édité 1 fois
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À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
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Dim 9 Déc - 12:01

Qui vois-je ? Est-ce bien Monsieur de Lorraine !

Bienvenue parmi nous mon cher Lorraine, j'espère vous voir bientôt validé et prêt à bavasser avec nous tous. Votre début de fiche semble en tout cas prometteuse... balon

Je ne sais pour le moment, si je dois vous apprécier pour votre éloquence ou vous détester pour son acidité monsieur. Razz

... Nous verrons en temps voulu ! sauvage

EDIT :
Léanna Démieux a écrit:


Je vais essayer de te faire un vava ou deux pour que tu puisse varier les plaisir Wink Puis sinon notre merveilleuse marquise se fera une joie de t'en faire Kyaa


C'est mwaaaa la merveilleuse marquiseeeeuuuh * Flash Info : La tête de la marquise ne passe plus les portes d'aucun château désormais, et elle a détruit la porte d'entrée du Versailles de Loulou encore en construction... XD*


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Dim 9 Déc - 13:38

Je le savais bien que la fin de mon séjour à la cour devait prendre fin un jour Crying or Very sad
L'ingrat prince a dit :
Citation :
MON PHILIPPE D'AMOUUUUR
scream :cryyy:
Je m'en vais donc , je quitte la cour, soyez heureux sans moi :kill:
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Dim 9 Déc - 13:43

Effiat pleurez pas...

Gaby : Je te fais de la pub Ducky chéri
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Dim 9 Déc - 16:51

Ah oui, tu es le bienvenu sur le chat et le flood même sans être validé quand tu veux fan attitude
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Dim 9 Déc - 19:13

Oh mon Toinou ne pleurez pas je vous aime ! et j'aime ma soeur et j'aime Philippe et j'aime Léa et j'aime notre Lorraine tout nouveau tout beau
Bon j'aime tout le monde
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Dim 9 Déc - 19:16

Vous ne pouvez aimer tout le monde bagarre
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Lun 10 Déc - 8:26

Si parce que je suis gentille câlin
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Ven 14 Déc - 2:19

Vous savez comme j'aime vous menacer Philippe bouing mais eu égard à notre amitié souvent éprouvée mais toujours là (je tiens à vous l'affirmer je tiens trop à m'amuser et à médire d'autrui en votre compagnie fan attitude ) je suis prêt à vous accorder le délai d'une semaine afin de terminer votre fiche, soit le temps de mon absence la semaine prochaine jusqu'au 26 décembre minuit inclus. Laughing

Passé ce délai, le prince ayant refusé avec raison de vous valider, je tenterais quelque approche doucereuse auprès de lui afin de lui faire entendre raison - ou pas. Kyaa

Vous aurez ainsi quelque dette d'honneur à me restituer, encore que je ne sache pas si vous possédâtes jamais pareil présent dans vos petites affaires. Nous nous lancerons alors avec allégresse dans un rp de folie propre à ébahir Shocked les quelques curieux qui composent cette cour.
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Ven 14 Déc - 11:30

Bienvenue à toi cher Chevalier hop hop
Heureux de t’accueillir ici yeaah
J'espère que tu vas te plaire parmi nous et que Monsieur sera à la hauteur de tes attentes... *Non, je ne lui met pas de pression... Very Happy
Ce que j'ai lu de ta fiche est génial!! Bonne suite Smile
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Ven 14 Déc - 11:50

Merci pour ce délais mon cher marquis !
Normalement j'aurais fini dimanche soir au plus tard.
(parlons nous d'honneur ou de dettes ? Le premier j'en ai, je le sors parfois pour faire joli même s'il prend un peu la poussière le reste du temps ; les secondes en revanche... )
Quoi qu'il en soit la Cour n'a qu'à bien se tenir : le temps des grandes médisances approche ! :waaa: devil


Merci Stefano ! Very Happy
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Ven 14 Déc - 13:02

Médisances? Vous avez parlé de médisances??? J'arrrrriiiiiiiiveeeee king powa
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Ven 14 Déc - 14:57

Stefano Sforza a écrit:
J'espère que tu vas te plaire parmi nous et que Monsieur sera à la hauteur de tes attentes... *Non, je ne lui met pas de pression... Very Happy

Je suis toujours à la hauteur qu'il faut Sforza, mais avec vous c'est compliqué on ne peut pas s'élever bien haut



Antoine d'Effiat a écrit:
assé ce délai, le prince ayant refusé avec raison de vous valider, je tenterais quelque approche doucereuse auprès de lui afin de lui faire entendre raison - ou pas. :Kyaa:




Effiat vous affabulez, je n'ai JAMAIS dit quelque chose de cette sorte et je m'en vais vous pour votre insolence !
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Ven 14 Déc - 16:11

Ohh mon pauvre Prince, souhaitez-vous que je vous achète des échasses pour Noël??
Sachez que votre hauteur me convient très bien
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Ven 14 Déc - 19:38

"Au temple de l'amour règne Aphrodite sur son trône d'étoiles"

Autrement dit : j'ai fini !
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Ven 14 Déc - 20:01

Désolé, vous n'êtes pas validé Razz
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