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 Des effets du chant des sirènes - Libre


Ven 14 Déc - 23:21

    Seigneur comme il était difficile de supporter ces terribles fausses notes. Mais qui irait demander de cesser à la Princesse de Condé ? Difficile de ne pas rire non plus de ce parterre de courtisans qui se donnaient les airs de la plaisance tandis que l'on torturait leurs éminentes oreilles.
    Profitant de l'interlude durant lequel la princesse se désaltéra avant de reprendre la démonstration de puissance de sa voix, Lorraine décida qu'il était plus que temps de s’éclipser. Comme pour lui-même, la discrétion de principe mais sans aucun effet – comme il aurait été malheureux que cette réflexion soit perdue pour d'autres... - il laissa tomber  :


    -Si les sirènes avaient pareille voix, … qui douterait encore que leurs chants suffirent à causer tant de naufrages... De peur de sombrer à mon tour, je vous abandonne. Mesdames..


    Quelques vagues, des sourires, des rires dissimulés derrière des battements d'éventail ou des froncements de sourcils réprobateurs et des remarques acides feutrées... Quelle que fût la réaction, inavouable ou pas, ceux-là goûtaient sans doute fort la distraction qui les soustrayait provisoirement à l'épreuve des vocalises de la princesse. Alors qu'il s'échappait de ces eaux si dangereuses -vite, avant qu'elle ne reprenne –, le jeune homme en exprima un sourire matois, à peine rentré.
    Sourire qui se figea dans l'instant où il croisa le regard de qui semblait l'avoir attendu au-dehors de la pièce. Louis, son frère. Il en aurait presque grincé des dents. De quoi souhaitait-il encore s'entretenir ? A le voir, la mine se voulant sévère, ce serait encore des reproches. Il ne se passait pas un mois sans que son aîné tentât de le sermonner. Oh sans doute était-ce qu'il ne se passait pas un mois sans que Louis ne ressentisse l'impression d'être éclaboussé par les nouvelles frasques et scandales murmurés dans les couloirs au sujet de son frère. Pas un mois ne passait non plus que ses doctes amis lui en fissent la remarque.
    Mais le moyen d'en être sûr ? Aucun, il pouvait tout aussi bien s'agir d'une affaire de réelle importance. Soit. Puisque cela ne pouvait être esquivé... Caprice fier et excès d'humeur, il ne rejoignit pas son frère mais l'embrasure d'une fenêtre où il attendit que celui-ci vint à lui, le visage congestionné d'avoir à être celui qui se rend à l'autre. Mais entre eux il n'était aucune pique qui fût assez basse pour qu'ils daignassent s'épargner. En outre, la suite confirma assez bien Philippe dans sa mauvaise volonté : ce ne fut tout d'abord que leçons moralisatrices et instantes exigences de lui voir faire preuve d'au moins plus de discrétion avant d'en venir au cœur du sujet. Louis revenait d'Alsace : la santé de leur père se dégradait. Des mesures devaient être prises. Celles qu'on attendait de tout enfant naturellement. Et puis les autres, celles qu'on attendait de tout ambitieux. Et ainsi de revenir aux sermons tant Louis estimait que par ses agissements son frère portait ombrage à ses propres appétits. Comme s'il n'y trouvait pas son compte aussi, tant et tant...



    -Vous ne rougissez de rien.
    -Et vous vous plaignez mon frère ?

    Et qu'aurait-il pu répondre cet aîné ? Lui qui y avait gagné aussi parfois à ce qui, selon lui, aurait dû faire naître le rouge aux joues de son interlocuteur.

    -Vous pourriez avoir cette élégance.
    , poursuivit-il malgré tout avec entêtement.
    -Ah !

    Cette fois c'était Philippe qui se trouvait forcé de ne rien répondre, ne réagissant que d'un regard de dédain dont l'amusement, nullement ressenti, ne visait qu'à faire enrager son vis-à-vis. Il y aurait eu tant à dire pourtant. Élégance... Comme le mot était ironique dans la bouche de son frère.
    Louis n'avait pas gagné à prendre en âge et en maturité. Si son visage n'avait que molli sans grâce, cela aurait été peu de chose. Mais les années ne cessaient d'accentuer un strabisme convergent qui lui donnait l'air d'un benêt lorsqu'il souriait et d'un fat lorsqu'il se fâchait. Sans compter sa démarche par trop rigide ou son attitude pompeuse. Ah ! à lui le rouge lui montait aisément, et pas qu'aux joues. Pourtant il fallait faire bonne figure : n'avaient-ils pas le même sang ? En commun les intérêts de leur Nom, de la maison de Lorraine. Chacun y veillant par ses armes propres, et comme de façon prédestinée : le premier au sein de la maison du roi, et le second au sein de celle de son frère. Bon an mal an, ils restaient attentifs à se soutenir si cela s'avérait nécessaire, encore que cela ne tint que du devoir et du sens pratique, et guère de l'attachement. Cela seul maintenait le
    statu quo et pouvait les voir travailler de concert. Car les deux frères ne se vouaient guère d'affection, l'un jalousant les charmes et l'aisance de son cadet, celui-ci ne remâchant jamais assez de n'être que le second, de n'avoir jamais eu l'attention paternelle : ce qui venait d'ailleurs tout juste de lui être rappelé. Tout autre que son aîné lui aurait tiré autant de détestation viscérale, Philippe n'aurait pas retenu son fiel le plus venimeusement mis en mots, et celui-ci coulait dru aux dialogues en absence de témoin. Mais à la Cour... Il fallait offrir une figure différente. Oh personne n'aurait su être dupe du désamour de ces frères, mais au moins n'offraient-ils pas de prise à qui aurait pu vouloir profiter de leur mésentente. Logique de corps probablement héritée du père. Sans doute, oui, mais elle était tant plus douce à vivre lorsqu'il s'agissait de leur benjamin, Charles. A croire que Philippe ne pouvait montrer de mesure envers les membres de sa propre famille : autant qu'il haïssait son aîné, il chérissait son cadet. Affection qui devenait la voie d'une mauvaise influence, pernicieuse. Seulement pour cette fois au moins, ce n'était pas volontaire.
    Trop d'oreilles alentours déjà, trop qui se rapprochaient à mesure que chacun quittait le poste qu'il avait occupé pour le récital, semblant achevé. Fiel il fallait garder derrière ses dents donc.
    Au travers des années Louis restait, de loin, la personne la plus capable d'effacer les fameux sourires de son cadet, la plus capable de lui rendre l'humeur ombrageuse, sans avoir beaucoup d'énergie ou d'imagination à mettre en œuvre. Aussi, puisqu'il n'y avait plus rien à se dire, et comme son frère, l'air chafouin plus balourd que jamais, s'en retournait auprès de ses amis...
    Sans élan ni mouvement non plus, ceux-là. Figés dans leur ors et soieries comme des coqs pompeux qui craindraient de perdre les plumes de paon dont ils se seraient parés... La langue peut-être moins piquante que d'autres, mais aussi prompts à juger les âmes de leurs semblables que s'ils étaient baignés de la sagesse divine. En somme : ridicules. Car on est bien plus risible à vouloir jouer les grands, à vouloir jouer les élégants, à vouloir jouer les saints, lorsqu'on n'en a au mieux que l'apparence, que de jouer d'extravagance, de provocation ou de libertinage. Au moins assume-t-on la part du jeu. Au moins n'est-on pas prisonnier du regard des autres. Irrésistible l'envie de le souligner dans l'instant, et dans le dos de son frère détourné, Philippe salua de loin le groupe, avec ce qu'il fallait d'emphase pour y laisser poindre la moquerie, le sourire malicieux et l'éclat du regard juste assez évocateurs et ambivalents pour provoquer le rouge aux joues de celui qui avait croisé son regard : comte dont il s'amusait récemment à décompter les déboires auprès de la gente féminine. Voilà les avantages d'une réputation scandaleuse : l'on pouvait se permettre parfois de ne provoquer que d'un regard. Quelle économie.. Que le comte s'imaginât bien ce qu'il voulait... Pourvu que son orgueil s'en portât mal, Lorraine n'en demandait pas plus. Après tout, il y avait bien des raisons aux nombreux échecs de séduction du comte...
    A lui de vaquer à des compagnies plus agréables désormais. Le jeune homme se retourna et parti d'un même élan pour s'éloigner de la scène, manqua renverser un témoin inattendu. … Importun ?
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Jeu 20 Déc - 10:23

Il était de connaissance publique que Claire-Clémence de Maillé, Princesse de Condé, chantait aussi bien qu'une théière. Mais depuis qu'elle et son mari étaient à nouveau en grâce il y avait de cela cinq ou six années, suite à l'épisode de la Fronde et leur soumission à Anne d'Autriche et Mazarin, ils s'étaient à nouveau trouvés tels des poissons dans l'eau, aussi à l'aise à la Cour que s'il ne s'était rien produit jamais. Soit. La Princesse donc prenait grand plaisir à se produire devant public, ne ménageant guère les pauvres oreilles qui avaient le déplaisir de l'écouter. Lully en personne s'y était fait piéger une fois, et il avait semblé qu'on ne l'y reprendrait plus.

Fort heureusement pour ses dames, la Reine Marie-Thérèse avait décliné l'invitation, prétextant une affaire bien plus urgente. Les duchesses, marquises et comtesse à son service s'en réjouissaient, connaissant la réputation de cantatrice médiocre dont jouissait la Princesse. Après avoir passé plusieurs heures à regarder la Reine s'amuser avec ses chiens, ses nains, ses tasses de chocolat, avoir en vain tenté de lui proposer quelque lecture française histoire d'améliorer son accent à couper au couteau, les dames se voyant quelque peu désespérées, avaient chacune pris un ouvrage, soit de broderie, soit de lecture ou d'écriture, puisque leur maîtresse ne les sollicitait en rien. Mais soudain, il vint à l'espagnole qu'elle souhaitait savoir qui avait eu le courage d'aller écouter sa parente par alliance. Sentant venir l'ordre d'espionnage, chacune des dames se regardaient, espérant ne pas être la désignée qui devrait s'y rendre. Qui allait-ce être ? Certainement pas la douce Louise de la Vallière, cette « puta » qui lui volait son mari, certainement pas la Duchesse de Richelieu, un peu âgée pour passer discrètement, sûrement pas Olympe Mancini, surintendante de la maison, approche point discrète du tout... Alors que le regard de la Reine passait silencieusement de l'une à l'autre de ses dames, la marquise de Montespan prit la parole.


-Votre Majesté, souhaitez-vous que je me rende discrètement en ce lieu de représentation afin de satisfaire la curiosité de Votre Altesse ? Je pourrai toujours y prétexter le souhait de m'entretenir avec mon frère Vivonne, certainement présent, sur une affaire familiale.

Prête à tout pour s'extraire de l'ennui que lui procurait la Reine, Athénaïs était même résolue à jouer les espionnes d'un moment. D'ailleurs, cette activité, bien que probablement désagréable à l'oreille, finirait par devenir amusante, quand on savait comme elle s'amuser d'un rien. Visiblement, la Reine fut enchantée de cette spontanéité et applaudit vigoureusement, manquant de renverser la tasse de chocolat qu'elle avait déposée sur la petite table ronde près d'elle. Ni une ni deux, la marquise attrapa ses jupes et sortit après une cascade de révérences à reculons jusqu'à atteindre la porte.

Les couloirs étaient presque déserts, toute la Cour avait dû se rendre à la petite représentation de la Princesse, ou s'occuper à d'autres choses plus intéressantes comme suivre le roy à la chasse. Ces couloirs vides laissaient passer de glacials courants d'airs, en cette période hivernale, et la marquise se hâtait, afin de ne point prendre froid. Si bien que presqu'arrivée au but, elle manqua de peu d'entrer en collision avec un homme qui semblait se précipiter dans la direction opposée à la sienne. L'évitant de justesse, elle s'arrêta nette afin d'observer l'identité de cet homme. Elle le reconnut immédiatement, il s'agissait du Chevalier de Lorraine, amant chéri de son ami le duc d'Orléans, et amant d'une bonne partie de la Cour à ce que l'on disait, d'ailleurs. Elle lui sourit alors en braquant son regard azur sur lui.


-Bien le bonjour, Chevalier. Je ne sais si je dois vous présenter des excuses ou en attendre de vous et vous gronder pour la frayeur que vous venez de me faire.

La marquise n'avait pas vu le frère du chevalier qui venait de s'éclipser, mais remarqua qu'il était non loin de la porte qui les séparait de la Princesse de Condé et de sa représentation musicale.

-Mais je vois, à l'allure à laquelle vous tentez de fuir, que l'organe de la Princesse vous a quelque peu échauffé les oreilles ?

Son ton se voulait amusé et quelque peu railleur, car en effet Lorraine était connu pour se sortir de situations bien embarrassantes comme personne. Comment donc avait-il réussi à s'extraire de ce vivier sans outrage ? Quelle pirouette connue de lui-seul avait-il utilisé ? La marquise était bien curieuse de le savoir.
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Sam 29 Déc - 16:56

    Et la marquise de Montespan ce fut.
    Bien plus charmant spectacle que celui dont il venait de se détourner, et ce d'autant plus qu'elle semblait n'être que tout juste arrivée : ces jolies oreilles n'avaient probablement rien entendu de fâcheux. On ne pourrait tout à fait en dire autant si la marquise s'avisait d'écouter les vocalises de la princesse de Condé. Or, pour l'heure, elle n'en risquait rien, attirant d'ailleurs les regards des premiers spectateurs quittant le Salon, de ceux qui avaient sans doute trop souffert ces dernières minutes pour vouloir prétendre rester plus que nécessaire à complimenter Claire-Clémence de Maillé. Pas de surprise ici : la marquise de Montespan était de ces jolies fleurs qui faisaient la Cour. Parmi les plus remarquables et les plus douces au parfum, mais toutefois pas – encore ? - la première de toutes. La jeune femme avait néanmoins les pétales et les épines nécessaires à telle entreprise, et il était plutôt bien placé pour le savoir. Elle avait d'ailleurs aussi de ces sourires enfantins, coquins, qui animant la bouche d'une femme enchantent si aisément les hommes. Or si elle aimait fort à les enchanter, la dame de compagnie de la Reine ne leur donnait pour autant jamais rien de plus que ses sourires.

    -Marquise...

    Le jeune homme salua son interlocutrice comme il se devait, en profitant pour ne pas répondre immédiatement ni au petit reproche qui lui avait été fait, ni à la question qui lui était posée. Que ce fut jeu d'adversité ou de complicité, il semblait impossible à Lorraine de mettre le mors à ses envies joueuses en présence de l'altière marquise, ne serait-ce qu'une si légère taquinerie à ignorer les demandes de la dame.

    -Vous êtes aussi exquise qu'à votre habitude..

    Du regard caressant ce qu'il ne pouvait toucher, lorsqu'ils retrouvèrent ceux de la marquise, les yeux de Lorraine semblèrent pétiller plus encore tandis que son sourire se faisait un peu plus malicieux.

    -Toutes mes excuses ma chère. Je ne voulais pas vous causer de frayeur. Et cependant... vous auriez raison de vous inquiéter si vous comptiez assister à un récital de la princesse... A moins de bénéficier de la même fine et remarquable écoute dont bénéficie le duc de Lesdiguières, je crains que vous n'alliez vers de terribles dangers : vous pourriez perdre votre ouïe.

    Le duc de Lesdiguières, à soixante-dix printemps passés, ne passait pas pour l'oreille la plus fine de la Cour, pléonasme. Il fallait parler fort si l'on voulait se faire entendre de lui. Mais plus grave encore, il n'avait pas attendu de devenir à moitié sourd pour se montrer un piètre amateur en matière de musique. Il s'était laissé entendre que les compositeurs redoutaient son avis favorable tant aux yeux du monde cela aurait valu pour une certification de médiocrité. On racontait que la Princesse de Condé elle-même avait pincé le nez en apprenant l'enthousiasme du vieux duc d'assister à son récital. Mais enfin... Il était devenu presque sourd... Sans doute n'appréciait-il plus la voix de la Princesse que pour sa puissance, et n'y fallait-il pas voir plus. Ce que devait parfaitement savoir la Marquise de Montespan, ainsi que chacune des dames de cette Reine à qui l'on pouvait reprocher beaucoup, mais certes pas de ne savoir se montrer prudente.
    Lorraine se déporta d'un pas sur le côté, faisant de nouveau face au groupe qu'avait rejoint son frère aîné. Frère qu'il ignorait superbement. Le jeune homme se pencha à l'oreille de la marquise, complice de ce dont il la savait friande : ces petites médisances qui ne se goûtaient bien qu'entre amateurs.


    -D'un autre côté... Si vous comptiez sur ces messieurs pour compenser par l'œil ce que vous perdez à l'oreille...reprit-il en faisant un très léger signe de menton en direction des gentilshommes pour les désigner sans erreur. Voyez comme ils se paonnent de peu de chose... Je crois le duc de Lude très fier de cet... opulent jabot.. Un pélican qui se prendrait pour un aigle n'aurait pas moins fière allure.. Et son voisin... Si je ne le savais homme, je pourrais croire qu'il souhaiterait cacher de ces maladies qui durent neuf mois tant il peine à cacher sa bedaine d'une ceinture trop courte...

    Des yeux se croisèrent de nouveau : saluts de convenance, sourire faux et moqueur d'un côté, grincement de dents de l'autre. Et n'était-ce pas aussi un peu d'envie, un peu de jalousie de le voir lui, insolent personnage, en aussi bonne compagnie ? Une beauté reconnue et un esprit à la hauteur : pouvaient-ils se targuer d'autant ? Certes non. Les choses en resteraient là cependant : point d'esclandre. Et les raisons y étaient nombreuses. La peur du ridicule pour certains. Pour d'autres l'assurance de se montrer dignes en se drapant dans une fierté réprobatrice. La présence d'Athénaïs y faisait réfléchir à deux fois : les risques de blessure d'égo étaient soudainement doublés. Et puis enfin, Lorraine n'était pas, loin s'en fallait, simple "chevalier".
    Prince étranger par l'héritage des Guise. La maison de Lorraine s'enorgueillissait de ce titre-là, et Philippe ne faisait guère exception. Il profitait allègrement de ce rang si particulier qui était le sien, s'amusait de ses privilèges, gardant jalousement ses prérogatives, comme tout bon courtisan.
    Rang dont bénéficiait aussi bien le reste de sa famille mais il semblait que la nouvelle génération ait un appétit et une ambition communs à chacun de ses membres, mâles ou femelles, par le sang ou par l'alliance. Et tout exceptionnel qu'il était, ce rang-là ne se suffisait pas. On songeait à plus haut déjà. Ce dont on se gardait bien de rêver à haute voix, naturellement, pas trop vite : chaque chose en son temps. D'autant que leurs pions étaient parfaitement placés, inutile de tout gâcher.
    Mais l'heure n'était pas aux machinations. Et ayant salué de loin la marquise, tout ce charmant petit groupe de gentilshommes entreprit dès lors de feindre d'ignorer l'attention dont ils étaient l'objet.

    -J'espère qu'ils ne sont pas de vos amis, Marquise., fit-il mine de s'inquiéter. Mais le sourire espiègle, qu'il ne retenait pas, démentait toute contrition sincère.
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Ven 4 Jan - 12:29

La marquise sourit au compliment du chevalier, qui savait flatter comme personne. Le chevalier s'excusa, et à mesure qu'il parlait, la dame de compagnie de la Reine regarda autour d'eux. Quelques personnes avaient également fui, et commençaient à se grouper pour discuter probablement du désastre auditif auquel ils avaient assisté. Mais le plus grand nombres des auditeurs devait encore de trouver à l'intérieur, à en juger par la poignée de courtisans présents dans ce couloir. Elle reporta ses yeux azurs sur son interlocuteur qui s'était relevé de sa petite révérence.

-Rassurez-vous, je ne comptais guère plus que vous assister à ce concert. Je cherchais par tous les moyens un prétexte pour échapper à l'ennui que peut procurer Sa Majesté lorsqu'elle est lasse. Je laisse cela à la Comtesse de Soissons et les autres dames, tandis que je trouvai l'excuse de satisfaire la curiosité de la Reine en allant enquêter sur l'identité des personnes suffisamment peu attachées à leurs tympans pour avoir accepté l'invitation de ce jour.

Un petit sourire en coin avait orné ses lèvres, et ses yeux s'emplirent de malice lorsqu'elle vit son propre frère, Louis-Victor de Vivonne, s'extraire le plus discrètement possible de la salle de concert improvisée. Il grimaçait et tenait la porte à quelqu'un. Lorsqu'Athénaïs vit sortir à sa suite une jeune femme, autre que Madame de Vivonne, la marquise comprit que son aîné s'était fait piéger en acceptant d'accéder à la requête d'une demoiselle qui, ignorant tout du danger auquel elle s'exposait, avait dû supplier Vivonne de l'accompagner. En tant que séducteur né, l'héritier Mortemart n'aurait su refuser.

-Et je vois que mon frère, en bienfaiteur qu'il est, n'aura rien su refuser aux doux yeux de cette dame qui a probablement en cette heure perdu l’ouïe.

La marquise contempla avec Philippe de Lorraine, qui s'était placé à coté d'elle pour mieux abserver également, un petit groupe de courtisans. Le chevalier les railla comme à son habitude, ce qui ne manqua pas d'amuser la marquise, dont les lèvres roses s'étaient ornées d'un sourire malicieux.

-N'est-ce point votre frère que je vois parmi eux ?

Elle ne put s'empêcher de rire, le plus discrètement possible, derrière son éventail, des réflexion du chevalier qui savait si bien trouver métaphore pour représenter les victimes de ses dires. La marquise se retint à chaque passage de visages à saluer, et reprenait de plus belle ses rires une fois qu'ils étaient passés, tant ils s'obligeaient à paraître et avoir l'air satisfait du récital auquel ils venaient d'assister. Car oui enfin, le tour de chant de la princesse s'était achevé, et les victimes ne se faisaient visiblement pas prier pour sortir.

Le groupe dont se moquait allègrement le chevalier venait de la saluer, Athénaïs leur adressa alors un sourire poli et un signe de tête courtois avant que de se replacer face à Lorraine. Devant sa mine faussement inquiète, Athénaïs prit un air sérieux.


-Comment pouvez-vous penser que je n'apprécie guère au plus haut point ces personnes ? Ne voyez-vous pas à quel point leur fierté, leur allure, leur tenue, et même jusqu'à leur sourire -au même moment l'un des marquis venait de faire une grimace des plus risibles- sont à la hauteur des rois eux-même ? Non, je trouve que vous les jugez bien méchamment alors que ces hommes des plus charmants méritent qu'on les reconnaissent à leur juste valeur.

Ce groupe n'était alors formé que de vieux marquis ou comtes à l'allure décrépissante, comparable à une façade sur le point de s'écrouler, toujours le mouchoir à la main à tousser bruyamment, la peau rongée par la maladie, qu'ils tentaient de masquer par diverses poudres ou mouches, mais personne n'était dupe, sans parler de l'état de leurs dents, pour ceux qui en avaient encore. Bref, rien de bien ragoutant. D'ailleurs la marquise, qui avait alors bien du mal à garder son sérieux après cette tirade dont elle ne pensait guère un mot, ne tarda pas à éclater de rire, encore une fois le plus discrètement possible, il ne fallait guère non plus attirer l'attention outre mesure.
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Ven 25 Jan - 12:23

    La vue de Vivonne et de sa naïve compagne lui tira un sourire en coin, frère de celui qu'arborait la Montespan. Peut-être un peu plus équivoque, tandis qu'il jaugeait le couple à l'intimité affichée : Vivonne serait-il bien regracié de l'effort qu'il venait de fournir ? L'avait-il déjà été ? Nul doute qu'il le méritait. Les suggestions que lui fournissaient sa propre cervelle sur la façon dont on pouvait se faire pardonner d'avoir infliger à quelqu'un un récital de la Princesse de Condé, bien que méritant une attention délicieuse, furent cependant rapidement écartées comme sa charmante interlocutrice attirait son attention sur une personne bien moins intéressante.
    A la mention de son propre frère au milieu de cette troupe sans élégance, Lorraine se contenta de lever un sourcil légèrement dédaigneux, le sourire assorti aux lèvres comme semblant dire "Les voies du Seigneur sont décidément bien impénétrables : il est malaisé de voir partout les bienfaits de Sa générosité." Car si Dieu avait bien mis à la main à la création de ces oiseaux-là... Quel curieux sens de l'humour Il avait. On aurait pu en disserter des heures....
    Mais comme la Marquise se plaça de nouveau face à lui, le Chevalier se fit un devoir de prendre un air aussi sérieux qu'elle, attentif.


    -Ah marquise vous m'accablez... Saurais-je attendre dimanche pour me confesser de ces vilaines paroles.. Croyez-vous qu'ils me pardonneraient les épithètes dont je les ai méchamment affublés si je les leurs avouais ?

    Il ne se donna pas même la peine de prendre un air contrit, préférant répondre au rire de la Marquise par un sourire matois. Quelle jolie scène ce serait encore : demander publiquement le pardon comme prétexte à insulter. Mais pour le coup, le bedonnant vicomte risquait de gonfler encore à en perdre quelques boutons. L'imaginer était toutefois assez réjouissant en soi. Les occasions ne manquaient pas de s'amuser de ces fats, inutile d'aller encore leur chercher de nouvelles noises.

    Le flux des spectateurs sortant de la pièce mitoyenne s'était quasiment interrompu, ce qui ne pouvait signifier qu'une chose : ne restaient plus à l'intérieur que le cercle des intimes de la Princesse. Que ce cercle allait bientôt sortir. Y compris celui pour qui il avait risqué ses propres oreilles. Lorraine était venu sans plan précis, espérant que les circonstances lui en fourniraient un. Mais le chant insupportable de la Condé laissait peu de loisir à la concentration stratégique. Le Chevalier avait renoncé à tirer son épingle du jeu ce jour-ci. Et pourtant... Pourtant maintenant qu'il avait la superbe Athénaïs de Montespan sous les yeux, les idées lui venaient enfin.
    Quoi de surprenant après tout : chacun sait comme les jolies femmes sont sources d'inspiration.
    Mais il fallait faire vite alors, et ne pas laisser le poisson filer quand il sortirait. Ce qui ne pouvait plus tarder. Aussi le jeune homme reprit-il le fil de leur conversation sans plus attendre :


    -Puisqu'il est question de mes cas de conscience... Seriez-vous capable de garder aussi bien un secret qu'un prêtre, ma chère amie ? Ce n'est pas très chrétien, je le crains. Encore que vous me retireriez une épine du pied...

    Comme réalisant soudain qu'il aurait été sur le point de faire une bêtise, Lorraine se mordit la lèvre, plissant les yeux. Espiègle, il feignit l'hésitation sans chercher à la rendre crédible vraiment, jaugeant des yeux le regard de pervenche fraiche de la Montespan. Guettant l'étincelle de curiosité qu'il brûlait de faire naître.

    -Ah non oublions cela. Je ne voudrais pas mêler votre si charmante personne à de basses affaires numéraires. Les affaires pécuniaires... C'est d'un vulgaire..

    Ignorait-il les difficultés de la Marquise ? Bien sûr que non... Encore qu'il n 'en ait pas l'ampleur en tête, il était aisé de savoir comme il était difficile de suivre le rythme imposé par la Cour lorsque vous n'étiez pas l'une des plus grandes fortunes du royaume. Fortunes qui étaient toutes naturellement connues. Et au tableau duquel les Montespan ne s'affichaient guère. Sans compter qu'il était un peu plus au fait des affaires de cette famille-là, depuis qu'il s'était trouvé des intérêts partagés auprès de la sœur aînée.
    Alors non bien sûr, ça n'avait pas été anodin du tout cette petite allusion à des gains éventuels. Une allusion seule : non seulement il s'agissait d'être prudent, mais il ne fallait pas non plus se montrer insultant.
    Des scrupules ? Pourquoi en aurait-il eu ? Ce n'était pas un mensonge : elle pourrait y gagner une somme coquette à jouer la petite scène qu'il montait à l'improviste. Sans compter l'amusement certain. Oh oui : cela au moins était tout acquis. Quant à la réputation... Ah ça... Mais la Cour raffolait des esprits retors et se moquait comme d'une guigne des mouches qui se laissaient prendre aux plus jolies toiles. L'honneur, lui, ne risquait rien alors pourquoi se priver ?

    Encore fallait-il qu'elle accepte... Et quand les dernières paroles du Chevalier prétendaient le renoncement, assuraient ne s'inquiéter que de la bonne conscience de la Marquise, tout le reste de sa personne disait le contraire, et jusqu'au regard, complice, gourmand, tentateur. Demandeur. Ah Montespan.. Vous n'êtes pas de ces fades plantes sans aucun attrait : ni couleur, ni formes ni odeurs, et qui sèchent à ne rien faire et à ne servir de rien. De ces oies qui s'affolent de l'imprévu. Vous, vous êtes aventureuse. Vous, vous êtes douée. Jouez donc avec moi, Marquise...



[HRP : désolée du délai de réponse, j'espère que ce post rattrape un peu le retard ^^]
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Lun 22 Avr - 12:06

A la vérité, le chevalier de Lorraine n'avait pas son pareil pour amuser, dire les choses les plus drôles ou les plus insolites, tout en gardant un sérieux et un sang-froid à toute épreuve, et c'était ce qui amusait d'autant plus la marquise qui elle, une fois lancée dans un fou-rire, avait toutes les peines du monde pour s'en extraire. Aussi la dernière phrase de son interlocuteur la fit pouffer de plus belle derrière son éventail. Tâchant encore de reprendre son sérieux pour lui répondre, elle se racla la gorge.

-Je les sens d'humeur prompte au pardon... dit-elle en lançant un dernier regard à cette petite assemblée de vieux nobles aigris, dont l'un d'ailleurs commença à hausser le ton sur un autre membre du petit groupe qui visiblement l'avait offensé.

Cette réaction tombait on-ne-pouvait mieux, ce qui fit d'autant plus rire la marquise. Elle ne tarda cependant pas à se ressaisir. Philippe de Lorraine venait de taquiner la curiosité d'Athénaïs en lui demandant de garder un secret. Apparemment quelque chose qui le concernait. La marquise était de ces femmes d'une curiosité incomparable, toujours prête à bien des choses pour connaitre les secrets des uns et des autres... Et voilà qu'on lui en servait un sur un plateau? Elle n'allait certainement pas refuser!

-Chevalier, vous connaissez mon inclination à toujours vouloir aider mon prochain... Allons, confiez-vous sans craintes... ajouta-t-elle avec un petit sourire charmeur.

Mais égal à lui-même, le chevalier, après lui avoir fait miroiter les délices de la connaissance d'un secret dont le contenu semblait compromettant, se ravisa. Il lâcha cependant que le secret impliquait des questions d'argent... Le regard de la marquise redoubla d'intensité, bien qu'il en fut déjà tout pourvu tant sa curiosité était grande. Que pouvait bien cacher, comploter ou posséder le chevalier de Lorraine et qui était digne d'en devenir un secret?

Aventureuse, joueuse, douée, Athénaïs l'était. Elle prit d'un geste leste le bras de son interlocuteur et le fit l'accompagner de quelques pas vers le bord opposé du couloir, où personne encore n'était.


-Allons, Philippe, vous en avez déjà trop dit. Me pensez-vous personne à vous trahir? Ai-je déjà montré des signes vous permettant de juger que je ne saurai vous venir en aide si je le pus?

Il n'aurait su répondre par la négative sans l'offenser, d'autant que ç'aurait été mentir. Athénaïs avait toujours été la discrétion-même concernant les autres, jamais elle n'avait vendu mèche sur les secrets de ses proches. Le chevalier n'était point homme à courroucer les dames sur leur honnêteté de manière gratuite, la marquise le savait. Elle pressentait tout de même une légère point de calcul derrière ces affirmations. Se moquait-il d'elle? De toutes façons, elle finirait bien par le savoir, aussitôt qu'il ouvrirait la bouche. Ce jeu-là lui plaisait, il fallait qu'il continue. Parlez-donc, chevalier, nous vous écoutons.

[HRP: A mon tour je te demande pardon pour ce retard désastreux et honteux que je t'inflige, je suis impardonnable d'autant que ma réponse n'est pas lumineuse, j'avoue que ces temps-ci je suis peu inspirée mais je ne saurais te faire attendre d'avantage... Encore sorry Embarassed ]
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Lun 2 Déc - 21:26

    Qu'il aimait les femmes aventureuses et sûres d'elles... Elles ne vous décevaient jamais.

    -Ah vous êtes un ange ma Dame. Eh bien je me soumets à votre jugement et m'en remets à votre indulgence alors. Sans doute connaissez-vous de nom Henri de Béthune ? L'archevêque de Bordeaux. L'homme souhaite faire un présent à Madame de Magny. Vous saviez qu'elle était sa maîtresse, naturellement ? Je m'en voudrais d'éventer un secret si bien gardé.

    Est-il bien besoin de préciser comme ces derniers mots étaient chargés d'ironie malicieuse ? Bien entendu, certains ignoraient que la prude et guindée comtesse de Magny, riche mais avare comme Harpagon, ouvrait un peu plus que son âme à l'archevêque de Bordeaux. Mais qui savait voir et entendre, avait pu comprendre depuis longtemps de quoi il retournait, avant même la première ombre de la première rumeur. Personne ne se trahissait aussi joliment que les rigoristes. Et naturellement Lorraine s'était déjà fort amusé à commenter les goûts de la Magny en matière de … robes. Ecclésiastiques naturellement.

    -Tant de personnes lui font un tel portrait de sainteté qu'elle porte haut le menton et sermonne à l'envi toutes les autres femmes. A croire qu'être bigotte, pingre et sèche suffit à vous offrir l'auréole. Mais je suis certain que vous n'en avez pas été dupe. Et pourtant il faut croire qu'il ne sait plus lui dire la messe comme elle l'aimait, parce que cette chère Madame de Magny semble vouloir aller se trouver un nouveau confessionnal. Chacun sait quel esprit cultivé elle est... Après tout chacun doit bien avoir au moins un don. Et comme elle aime les œuvres des Vénitiens, notre bon ami l'archevêque s'est piqué de devenir un amateur. Bien malheureusement pour lui : jusqu'alors il n'a réussi qu'à se faire rouler et n'a offert à sa maîtresse que des copies. D'assez mauvaise facture d'ailleurs. Ce qu'elle a fort mal pris.

    Au souvenir d'une certaine scène – mais Seigneur comment l'archevêque avait-il bien pu confondre "ça" avec un Véronèse ? - Lorraine fut obligé de se mordre la lèvre pour retenir un rire spontané. La somme que Béthune avait versée pour la dite-chose était elle aussi du plus grand ridicule.
    Mais allons, un peu de sérieux, que Diable. Le jeu en valait la chandelle si la délicieuse marquise de Montespan acceptait d'y jouer sa part.


    -Et néanmoins, il y a peu et par quelque miracle, de Béthune s'est porté acquéreur d'un Titien splendide. Personne n'en sait rien encore car il veut en faire le point d'orgue d'une réception qu'il donnera en l'honneur de sa dame dans quelques semaines à Paris... Officiellement pour la regrâcier de ses bonnes œuvres pour les pauvres ; j'admire leur humour, vraiment. Toutefois, je ne peux m'empêcher de déplorer la perte de cette œuvre... Qu'elle passe aux mains de cette femme, on peut être certain qu'on ne la verra plus jamais. On ne revoit jamais les tableaux dont elle est propriétaire. Je crains qu'elle ne les place tous dans des coffres obscurs.

    Certes il forçait un peu le trait. Il était plus probable qu'elle se fut fait construire une galerie personnelle dans sa demeure provinciale. Néanmoins le problème restait le même : il ne pourrait plus jamais admirer l'œuvre magnifique dont il n'avait eu qu'un aperçu trop bref. Montrer sa collection n'était pas seulement une façon de se faire valoir. De fait, ceux qui n'en possédaient que dans cet unique but n'étaient que des fâts incapables d'apprécier ce qu'ils avaient sous les yeux. C'était aussi faire partager des trésors inestimables à ceux dont les sens étaient assez développés pour en apprécier les subtilités. Montriez-vous votre Poussin si chèrement acquis, on vous offrait en retour la chance de savourer un Raphaël. Mais cette sorcière de Magny voulait sceller ces merveilles. Il n'était pas question qu'elle hérite du Titien ! Il finirait bien par mettre la main dessus. Et alors... Quel amusement ce serait d'inviter la prude comtesse à venir l'admirer...

    -Pourtant... Si... pour quelque raison... l'archevêque devait être dans l'obligation soudaine de revendre son bien... Je sais à qui il fera appel pour cela, je sais pour quel prix. Je sais aussi qu'il y a quelques autres objets de valeur que cet imbécile s'est approprié sans savoir ce sur quoi il mettait la main et qu'il pourrait bien revendre par la même occasion à un prix ridiculement bas. Ils pourraient être vôtres, ma chère. Ou bien être offerts à Madame de Magny qui ne saura qu'en faire tant elle est déjà entourée des plus riches atours. Pourrait-on imaginer sainte plus différente de Marie-Madeleine ?...

    Ayant posé la question, son sourire ironique se mua en moue enfantine, dans le plus pur style de ceux qui font fondre leur monde. De celles qui ne sont utilisées que lorsque le charmant bambin est sur le point de commettre une bêtise dont il aimerait être pardonné d'avance.

    -Devrais-je abandonner mon projet, marquise ? Ou auriez-vous la générosité de m'offrir votre aide ? Rien de plus que quelques mots prononcés en présence des bonnes oreilles.

    C'était maintenant que les dés étaient véritablement jetés et qu'Athénaïs de Montespan devenait seule maîtresse du jeu. Elle avait fort à y gagner en acceptant d'y jouer car au moins sur ce point le chevalier n'avait pas menti : il se savait capable d'obtenir quelques objets d'une valeur certaine à un prix bien bas et comptait en faire profiter la marquise si toutefois elle l'aidait dans sa petite machination. Le choix s'offrirait alors à elle : les garder ornerait sa demeure, mais les vendre garnirait mieux encore ses coffres. Qu'importait au fond. Il lui savait une espièglerie qui pouvait faire d'elle sa complice du jour. Il n'y avait pas que les gains matériels en jeu : à coup sûr ils s'amuseraient fort aux dépens de l'archevêque. Le pari se situait ailleurs. Où se trouvait les limites de la jeune femme ? Quels étaient les plus mauvais tours que sa conscience accepterait de jouer à d'autres ? Voilà où se trouvait l'incertitude.
    Tant de personnes sortaient désormais du salon des sirènes. Béthune ne tarderait plus. Pourvu seulement qu'elle acceptât...



[HRP : j'espère que ce n'est pas trop mauvais. Je ne me rends pas bien compte depuis le temps ^^''']
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Mer 11 Déc - 15:32


Enfin Lorraine déliait sa langue, et la marquise écoutait attentivement, hochant la tête ça et là aux diverses informations, soit qu'elle connaissait déjà, comme l'identité de Béthune et la nature de ses relations avec la comtesse de Magny. L'évocation d'un "secret si bien gardé" arracha un sourire en coin à la Montespan, qui, se retenant de rire, pencha la tête de coté. A la cour, les petites coucheries des uns et des autres étaient de ces sortes de secrets que l'on confie à une personne de confiance qui bien sûr jure de ne le répéter à personne et qui, à son tour le confiait à quelqu'un dont il était sûr qu'il se tairait, et ainsi de suite de telle sorte que tout un chacun était au courant en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire. C'était d'ailleurs bien amusant de constater que les personnes les moins propices, de prime abord, aux ragots, pouvaient se montrer les pires des commères.

Ecouter Philippe de Lorraine conter tout cela était d'un amusement terrible, et Athénaïs avait bien du mal à ne pas rire en imaginant les différentes scènes décrites par son interlocuteur, tant il les dépeignait avec la précision du pinceau de Mignard. Elle s'y voyait, contemplant la scène qui eut pu avoir lieu entre la comtesse découvrant le cadeau de son archevêque qui, fier comme un paon de lui offrir un authentique véronèse, s'eut dû voir ridiculisé par la réaction de son amante qui l'aura assurément incendié et traité de tous les noms d'oiseaux pour l'affront qu'il lui fit.

Mais la marquise reprit rapidement son sérieux, entendant Lorraine proclamer que Béthune avait finalement appris de ses erreurs, ou tout simplement et plus plausiblement avait été chanceux, et s'était dégoté une oeuvre originale. Et pis que tout, il allait encore en faire cadeau à sa comtesse qui, certes plus connaisseuse que lui en matière d'Arts, était d'une antipathie à faire pâlir un gardien de prison. La Montespan, tout comme Lorraine, était passionnée par les arts et se plaisait à contempler une belle peinture, et l'idée de savoir cette oeuvre originale et rare enfermée dans une galerie d'un château de cette femme, sans avoir jamais la possibilité de la revoir, non cette idée la révulsait. Cette pensée la fit froncer les sourcils sur son regard azuré qui s'assombrit alors. Lorraine avait raison, il fallait faire quelque chose. Et l'aventure promettait d'être amusante.

Le chevalier semblait avoir déjà tout prévu dans sa tête, aussi bien la marche à suivre que les prix à proposer à l'archevêque, et cette perspective était rassurante pour la marquise, qui sentit son regard s'illuminer lorsque Philippe prononça ces mots "ils pourraient être vôtres, ma chère.". Elle, qui ne possédait quasiment plus rien, pourrait se porter acquéreur d'oeuvres d'arts d'une valeur non négligeable... Que voilà une idée bien alléchante. Mais même pour une somme dérisoire, la marquise n'aurait pas les moyens de s'offrir quoi que ce soit, c'eut été folie de sa part. Elle s'apprêtait à répondre à son ami lorsque celui-ci ajouta que quelques mots de sa part suffiraient. Un sourire orna alors ses lèvres et elle hocha lentement la tête.


-Je vois, chevalier. Votre projet me semble avoir été mûrement réfléchi, et j'aime qu'ils le soient lorsque j'y participe. J'approuve absolument votre point de vue, ces sortes de personnes ne doivent pas avoir tant de chance. J'ai peu croisé l'archevêque, mais la comtesse est une femme insupportable tant elle est imbue d'elle-même, et la simple idée d'être l'une des raisons de sa prochaine crise de rage me plait au plus haut point.

Elle lui adressa un sourire plein d'espièglerie en le regardant droit dans les yeux.


-Je marche avec vous, chevalier.

Et soudain, un flot incroyable de monde sortit de la pièce voisine. La marquise scruta les hommes qui en sortaient, espérant y voir leur "victime".

-Le voici! souffla-t-elle à l'attention de Lorraine.

Elle attrapa alors le chevalier par le bras et se dirigea vers l'archevêque de Bordeaux.

-Monsieur de Béthune! lança-t-elle joyeusement en sa direction, son visage orné de son plus beau sourire.

Si cet homme avait pu tomber sous les charmes de la comtesse de Magny, il ne résisterait certainement pas au charmant minois de la marquise et à son sourire. Athénaïs se savait dotée d'un certain pouvoir de séduction, autant s'en servir pour une cause qu'elle jugeait bonne.
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Ven 27 Déc - 12:23

    De sibyllin, le sourire de Lorraine se fit tout à fait franc lorsqu'il reçut enfin l'agrément de la marquise, répondant à l'espièglerie qu'elle lui lançait dans un battement de longs cils soyeux par une complicité toute aussi malicieuse.

    -Combien vous méritez les œuvres que vous allez gagner Madame...

    Alors qu'il s'apprêtait à lui faire part de son plan, le salon adjacent sembla tout soudain se vider. Parmi les nombreux sortants, la marquise reconnut leur proie et les entraîna immédiatement à sa rencontre. Pris de court, le jeune homme se laissa emporter, un instant perdu de ne pouvoir présenter aucune stratégie à sa complice. Le plan qu'il avait élaboré, précis, minutieux et imparable, tombait à l'eau. Qu'à cela ne tienne ! Il en improvisa un nouveau ! Plus aléatoire et risqué, mais... inévitablement plus excitant justement. Peut-être pourrait-on en tirer encore plus de profit...

    L'archevêque arbora un sourire enchanté à se trouver interpellé par une si jolie créature, ne cherchant guère à connaître les raisons qui auraient pu la pousser vers lui tant il y trouvait gratification, et il la salua plus profondément que l'étiquette ne l'y obligeait. Comme il ouvrait la bouche pour faire part de son plaisir à la jeune marquise, il remarqua enfin qui l'accompagnait et son sourire se figea.

    Autant les regards que s'étaient échangés la marquise et l'archevêque jouaient de caresse et de flatterie, autant les regards que s'échangèrent les deux hommes jouaient les nuances de l'hostilité : détestation bilieuse et outrée d'un côté, mépris dédaigneux et insolent de l'autre. En présence d'une aussi charmante jeune femme que la marquise de Montespan, ces bons sentiments ne s'exprimèrent néanmoins pas plus loin.

    - C'est inutile ma chère, commença Lorraine comme poursuivant une conversation entamée plus tôt. Je vous assure que Monsieur de Béthune n'y entendra rien.
    - Vous vous autorisez de bien hâtifs jugements
    , Chevalier, cracha en retour l'archevêque, ironisant sans subtilité le titre. Auriez-vous l'obligeance de ne pas gâter les bons sentiments que Madame la Marquise montre à mon égard ?
    - Ah je ne voudrais pas vous fâcher, Monsieur
    , rétorqua Lorraine, l'œil brillant d'une malice moqueuse démentant bien ses propos. Mais vous n'êtes pas de ceux à qui je demanderais conseil pour trouver la perle rare. En fait, je ne serais pas surpris que vous soyez déjà un client assidu de cet.. Italien tout juste débarqué.. Comment se nomme-t-il déjà ?
    Le Chevalier se tourna vers la jeune femme à son bras comme pour chercher son aide :
    - Dugati ? Dugali... Degasi...
    - Degasti ?
    , proposa sans réfléchir de Béthune.
    - Degasti, c'est cela ! Vous connaissez donc cet infâme vendeur de faux et de breloques... Quelle surprise... Que vous disais-je ma chère ? Je suis certain que ce filou vénitien a déjà fait fortune en vendant ses foutaises à tout ce que la Cour compte de profanes et d'ignorants en matière d'Art.
    - Monsieur !


    L'archevêque s'était empourpré sous le coup de l'insulte, car tout ignorant des choses de l'art qu'il fût effectivement, il était cependant assez fin pour avoir compris que Lorraine le plaçait sans hésitation dans la catégorie des "profanes et d'ignorants en matière d'Art". Lequel Lorraine, malgré son air d'arrogance dédaigneuse et amusée, s'était bien gardé pourtant d'avoir poussé plus loin la pique. Il ne fallait surtout pas trop blesser Béthune, ne pas lui donner un prétexte de s'en aller avant que la délicieuse marquise ne vint à entrer dans la partie.
    Confiant, le jeune homme comptait bien qu'Athénais de Montespan ait compris le jeu qu'il venait de lancer, qu'elle prendrait le parti de Béthune tout en critiquant consciencieusement le marchand Italien.
    Car c'était là le but de la manœuvre : faire croire à l'archevêque que l'extraordinaire et merveilleux Degasti n'était qu'un voyou vendeur de faux. Et pour cela, quoi de mieux que le mépris d'un jeune homme mieux fait que lui et le soutien d'une superbe créature qui saurait assurer que jamais ô grand jamais, Béthune n'aurait été suffisamment stupide pour faire appel à l'Italien. Il s'agissait de faire naître tant de vergogne dans les tripes de l'archevêque qu'il n'oserait s'ouvrir à personne des achats qu'il avait réalisés dans la boutique du Vénitien, qu'il prétendrait même mépriser le marchand et enfin ferait tout pour se débarrasser de ses acquisitions le plus rapidement possible. Vite, avant que quiconque, et surtout pas Madame de Magny, ne puisse se rendre compte qu'il s'était fait avoir une fois de plus.
    Naturellement, en réalité Degasti n'avait rien d'un charlatan, bien au contraire. Arrivé seulement quelques semaines plus tôt à Paris, moins de deux mois auparavant, sa boutique avait fait une telle impression sur Lorraine que le Chevalier s'était étonné que la réputation du Vénitien ne se soit pas promptement répandue. Et puis il s'était fait la réflexion qu'il était probable que les rares privilégiés, comme lui, ayant eu le loisir de découvrir l'échoppe aussi tôt, comptaient bien garder le plus longtemps possible le secret d'un tel trésor et ne pas laisser à d'autres le loisir de mettre la main sur ces richesses, quel qu'en soit le prix. Le Vénitien semblait s'en amuser autant qu'en profiter, vendant fort cher les raretés précieuses qu'il faisait venir d'Italie, de Grèce et d'Orient. Amateurs véritables et marchand trouvaient pour le moment leur compte dans ces affaires d'initiés.
    Lorraine restait curieux de la personne qui avait bien pu conseiller Béthune d'aller se rendre chez le Vénitien, mais cette question trouverait plus tard sa réponse. Tout ce qu'il pouvait espérer, c'était que cette personne n'eût pas toute la confiance de l'archevêque de Bordeaux et qu'on put même faire naître la suspicion.

    L'archevêque ouvrit la bouche comme un poisson sorti de l'eau, furieux et bien pressé d'en découdre verbalement, mais hésitant encore sur la manière, rendu hésitant par l'évidence avec laquelle Lorraine avait décrié Degasti et s'en trouvant déstabilisé. L'homme, après la suite d'échecs qu'il avait essuyée, ne se sentait guère à son aise sur le terrain de la connaissance des arts, malgré les airs qu'il se donnait. Son malaise était d'autant plus présent qu'il n'était pas question pour Béthune de perdre la face devant la sublime Athénaïs.
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Ven 3 Jan - 0:07


Le jeu promettait d'être amusant, et la marquise s'en frottait les mains d'avance. Rien que les éclairs de malice que lançaient les yeux de Lorraine suffisaient à rendre Athénaïs plus espiègle encore. C'est sourire en coin vers le chevalier, et regard compatissant vers Béthune, que la belle dame s'empara du bras du pauvre ignorant, feignant de fustiger Lorraine pour les vilaines paroles, ô combien erronées, qu'il venait de prononcer.

-Oh, chevalier! Comment pouvez-vous, ne serait-ce qu'une seconde, imaginer qu'un homme aussi distingué, doté de tant de goût, et d'une allure aussi... -elle regarda de haut en bas celui dont elle venait s'attraper le bras, et fixa ensuite Lorraine pour éviter d'éclater de rire - aussi séductrice ait pu se faire berner par un charlatan comme ce Degasti? Cela se voit à des lieues qu'il ment comme un arracheur de dents!

Elle dévisagea le favori de Monsieur avec un sourire en coin visible de lui seul. Elle avait bien du mal à s'empêcher de pouffer de rire tant cet imbécile de Béthune semblait se rapprocher du piège avec la facilité la plus désarmante. Mais il ne fallait pas perdre sa concentration, cette dernière était bien trop précieuse. La marquise tâcha de reprendre son sérieux. Elle trouva une astuce pour laisser malgré tout échapper son rire qui ne pouvait plus tenir à l'intérieur de sa gorge, sans que celui-ci ne passe pour moqueur vis-à-vis de Béthune.

-Tout de même... Etre italien n'est pas forcément synonyme d'artiste!

Puis elle plongea à nouveau ses iris azurés dans le regard de veau de l'archevêque. La marquise minaudait comme personne. En un battement de cils, elle envoûta presque le pauvre homme.

-J'ai bien failli me faire berner par ce vile individu... Mais cela ne me serait pas arrivé si j'eus été accompagnée d'un fin connaisseur tel que vous... Heureusement que j'y ai regardé à deux fois. A présent, l'on ne m'y prendra plus, je ne saurai faire confiance à d'autres que des personnes avisées comme vous l'êtes pour me conseiller en matière d'Art.

Athénaïs poussa alors un long soupir à fendre l'âme, regard dans le vague et la mine la plus triste du monde, à tel point qu'on lui aurait volontiers présenté un mouchoir en soie. Puis elle tourna à nouveau son charmant minois vers la pauvre victime.

-Moi qui étais si heureuse de me porter acquéreur d'une toile charmante, me voilà sans rien. Rien, me direz-vous, est toujours mieux qu'une pâle copie, mais enfin, je devrais sans doute attendre un long moment avant que l'occasion ne se représente.

Sitôt sa phrase achevée, elle la ponctua d'un nouveau battement de paupières qui fit manquer de souffle l'archevêque. Celui-ci jurerait bientôt qu'il n'avait jamais vu de sa vie cet italien, il y avait fort à parier là-dessus. Et que ses acquisitions étaient assurément certifiées vraies par les meilleurs connaisseurs, cela allait sans dire. Peut-être alors, pris d'une charité chrétienne incroyable, se proposerait-il de vendre à la marquise l'une de ses pièces authentiques à moindre prix, afin de la consoler de son achat manqué? Ou trouverait-il tout autre prétexte pour se débarrasser de sa toile qui lui vaudrait encore une fois de passer pour un ignare devant la Comtesse qu'il cherchait à impressionner? Les hommes de cette sorte étaient si aisés à duper... Mais ce jeu était toujours aussi amusant pour la marquise. Elle regarda ensuite Lorraine, se demandant quelle autre flèche il allait tirer. Cet homme était toujours plein de ressources, et c'était ce qui plaisait à Athénaïs.
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Lun 13 Jan - 22:35

    Elle était parfaite dans son rôle. On n'aurait osé rêvé mieux. Plus Athénaïs défendait l'archevêque, avec force coups d'œil circéens, plus celui-ci semblait perdre ses moyens comme le dernier des compagnons d'Ulysse. Béthune, qui hors les arts était un esprit vif et retors, semblait soudain confus et incapable de percevoir le piège où on le poussait avec doigté, la provocation à laquelle il aurait fallu ne pas répondre. Comment expliquer un tel succès ? Sans doute par le manque d'habitude évident de l'archevêque à subir les assauts ensorceleurs des jolies femmes, plus fraîches et aux parfums plus capiteux que la rose asséchée à laquelle il s'était attaché parce qu'elle était la seule à lui permettre de la toucher, toute pleine d'épines qu'elle fût. Mais aussi par l'indubitable art avec laquelle la jeune marquise jouait les ingénues, avec une spontanéité si sincère que la moindre de ses moues semblaient faire chavirer le pauvre Béthune. Lequel, oubliant la présence de témoins qui se feraient un plaisir de rapporter son comportement à la Magny dans l'heure, rit stupidement en réponse à la moquerie légère de la jeune fille à l'égard des Italiens, incapable de comprendre que le seul dindon de la farce qui se jouait, c'était lui.
    Elle était parfaite parce qu'alors même que les deux comploteurs n'avaient eu l'occasion de dresser ensemble leurs plans, elle offrait soudainement à Lorraine un angle d'attaque sur les flancs de son ennemi dont rêverait n'importe quel général. La promesse d'une victoire assurée. Philippe ne laissa donc pas la moindre opportunité à l'archevêque de changer l'ordonnancement de sa défense et le coupa avant même qu'il ait pu répondre le moindre mot à l'ensorceleuse Montespan.

    -Allons Marquise, ma chère amie.. Ne désespérez pas. En attendant la fortune de posséder votre perle, vos beaux yeux peuvent toujours déguster d'autres œuvres. Mes collections vous sont ouvertes, comme toujours, et je suis certain que Monsieur de Béthune se fera une joie de vous ouvrir les portes de sa galerie. Peut-être poussera-t-il même la générosité à vous offrir la primeur de ses dernières acquisitions. On dit Monsieur qu'on a vu de nombreuses caisses parvenir chez vous. Est-ce là quelque trésor dont vous souhaiteriez faire la surprise ?
    -Eh bien..
    , commença l'homme pris de court par la soudaine proposition comme par la promiscuité troublante de la jeune fille à son bras.
    -Ah ne dites rien, l'interrompit insolemment Lorraine. Les surprises ne doivent pas être éventées. Qu'en dites-vous Marquise ? Vous pourriez vous rendre chez Monsieur de Béthune dès samedi et puis me rendre visite le lendemain. Ainsi vous seriez pleinement en mesure d'affirmer que l'archevêque a véritablement le goût que vous lui prêtez. J'en doute toujours. Mais si vous le confirmez dimanche, alors je m'inclinerai.
    -Ah ça Monsieur ! Mais c'est que je ne pourrais malheureusement pas accueillir Madame la marquise samed..
    -Plus tôt alors ?
    -Encore moins encore moins !
    , s'affola Béthune.
    -Et pourquoi donc ? Je vous ai entendu demander votre congé au Roi pour retourner à Paris...
    -Je n'ai pas à me just..
    -Voyez marquise...
    , coupa de nouveau Lorraine, un sourire de chat aux lèvres comme il prenait la délicieuse Mortemart à parti. Monsieur de Béthune manque de quelque chose. Ou bien c'est la galanterie dont tout gentilhomme se doit de faire preuve à votre égard. Ou bien de charité chrétienne pour une amatrice d'art privée du plaisir de voir. Ou bien..., - le sourire de chat devint celui de serpent tandis qu'il se tournait venimeusement vers l'archevêque - de goût, qui le sait et qui craint qu'on le sache... Quelle surprise...

    Lorraine ponctua sa fausse surprise déçue par un haussement de menton dédaigneux et un sourire de malice hautaine.
    Béthune passa du blanc au rouge en moins d'une seconde. Il ne manquait plus qu'une pichenette pour qu'il se fît un devoir de faire mentir l'insolent personnage, qu'il mît tout en œuvre pour qu'Athénais vînt bien chez lui le samedi prévu pour n'y découvrir aucune œuvre de Degasti, mais bien de somptueuses pièces provenant tout droit des marchands parisiens les plus réputés. Il ne manquait plus qu'une pichenette pour qu'il en oubliât la dépense. Il ne manquait plus qu'une pichenette pour qu'il ne pensât qu'à se séparer au plus vite de ses dernières acquisitions et dans la plus grande discrétion.
    Une pichenette... Ou plutôt un battement de cils des jolis yeux pervenche d'une certaine marquise...
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Sam 15 Fév - 17:12


L'affolement de Béthune face aux assauts de Lorraine qui ne laissait nul temps à son adversaire de se défendre, mettait la marquise au bord de l'éclat de rire. Elle dût faire un rapide travail sur elle-même, inspirant profondément et le plus silencieusement possible pour calmer cette irrésistible envie de rire qui la prenait et semblait ne guère vouloir la quitter. Que le chevalier était fort à ce jeu! Il était admirable d'impétuosité et d'insolence. Et l'enjeu de toute ce stratagème fit regagner à la belle dame son sérieux, et ses beaux yeux bleus allaient de l'archevêque au chevalier, à mesure que leur dialogue, ou plutôt le monologue de Lorraine ponctué des quelques interjections de Béthune, s'écoulait et produisait son petit effet. Athénaïs prit un air faussement offusqué lorsque Philippe émit l'hypothèse que ce dont manquait Béthune, c'était de galanterie, et jeta un regard inquisiteur à cette pauvre victime qu'était l'archevêque et qui se défendit en secouant vivement la tête, les yeux ronds comme des soucoupes. Puis, la marquise, après avoir tourné son regard vers Lorraine, écarquilla les yeux en direction du tiers interlocuteur lorsque le chevalier spécula qu'il manquait peut-être de charité chrétienne. Elle ne put s'empêcher de lacher un:

-Vous?!

Enfin, la supputation du manque de goût de l'archevêque arracha un sourire qu'elle ne put plus retenir, mais qu'elle braqua en direction de son complice afin qu'en aucun cas le dindon de la farce n'en soit témoin. Elle lança un regard plein d'étincelles à son ami, inspira en closant les paupières pour reprendre un peu de concentration, et tourna vers Béthune des yeux mouillés de larmes de crocodile, implorants.

-Oh monsieur de Béthune, je vous en prie, dites-moi que le chevalier de Lorraine se fourvoie en énonçant ainsi ce qu'il pense de vous. Je me refuse à croire qu'une âme telle que la vôtre puisse se voir affublée de tels qualificatifs...

Ses talents de comédienne avaient repris le dessus sur son amusement, le jeu en valait la chandelle et il fallait que l'archevêque tombe dans le panneau, il fallait qu'il cède. Athénaïs avait grandement besoin de l'argent que représentait l'acquisition d'une telle merveille de l'Art que celle qu'il possédait.

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Mar 4 Mar - 20:48

    La fierté, il était trop bien placé pour le savoir, vous faisait commettre un nombre incalculable de bêtises, plus ou moins graves et dangereuses. Vous pouviez bien voir à des lieues que vous plongiez droit dans un piège, la bataille la plus mortelle, que vous alliez goûtez aux voluptés d'un vin empoisonné, ça ne changeait somme toute pas grand chose à l'affaire. Parce que la fierté, ou plutôt l'Orgueil, vous interdisait rigoureusement de faire marche arrière : échec ou réussite, il fallait se battre pour, avec toutes les armes à disposition fussent-elles les plus vicieuses. Mais la reddition n'était plus une option dès lors que vous aviez un peu trop tendance à lever haut le menton. Naturellement Lorraine était conscient de tous les désavantages qu'il y a avait à être trop fier, étant un peu trop pourvu de ce défaut-là et s'en étant mordu les doigts aussi souvent qu'il s'en était fait... une fierté.
    Mais il savait également qu'il fallait faire la différence entre la fierté et l'arrogance, et plus encore, la vanité. Car cette sœur-là de la fierté, était souvent moins consciente des déboires à prévoir et surtout beaucoup plus regardante quant aux moyens à mettre en œuvre pour vaincre orgueilleusement sans y perdre trop de plumes. Là où la Fierté acceptait de faire face au danger d'un air de témérité inébranlable tout en usant fébrilement de toute sa cervelle pour lui survivre malgré tout, la Vanité niait le danger et se portait jusqu'à son bourreau avec une absence de peur admirable, certes, mais qui lui coûtait souvent très cher. Tout en crachant dédaigneusement sur tout stratagème qui aurait pu nuire à son vernis de noblesse immaculée.
    Et Béthune avait tout d'un vaniteux. La beauté souriante de la jeune Montespan lui était un miroir caressant et flatteur par les regards éperdus qu'elle lui lançait. Il ne pouvait douter que son charisme seul fût à l'origine de l'admiration tendre qu'il percevait dans les prunelles de la marquise. Comme il devait déjà se bercer d'illusoires conquêtes irrésistibles... Tandis que d'un autre côté, il ne pouvait souffrir les attaques répétées d'un jeune coq portant un peu trop haut la crête, blessant son orgueil en public. Il lui fallait faire fermer ce bec et au plus vite. Et oui... L'archevêque était de ces oiseaux de basse-cour qui n'était pas capable d'imaginer que le joli geai bleu ne condescendrait jamais à s’accommoder d'un chapon, ni que les ergots de l'épervier, pourvus de serres plus acérées que les siens, n'attendaient qu'une opportunité propice à le plumer.
    Aussi n'était-ce pas bien surprenant de le voir déglutir d'un air décidé, relever le menton, carrer sa mâchoire, relever ses épaules et bomber le torse pour finir par lâcher :


    -Madame..., l'archevêque semblait chercher son souffle entre le regard irrésistible dont le couvait la marquise et l'humiliation qu'il peinait à combattre.
    Puisque vous me faites l'honneur de votre confiance absolue, alors je ferai tout mon possible pour vous recevoir samedi... Je prendrai mes dispositions pour mettre mes affaires de côté pour le plaisir d'être votre hôte et ainsi faire mentir le.. Chevalier.

    Décidément Béthune n'arrivait pas à prononcer ce mot sans éprouver, très visiblement, des remontées bilieuses qui amusaient terriblement le si peu chevaleresque personnage.

    -Je gage que vous n'aurez aucun mal à trancher quand vous aurez eu le plaisir d'apprécier ma collection.
    -Au moins ne pourra-t-on vous reprocher votre manque de courtoisie. Néanmoins... Si vous me permettez un conseil Monsieur, n'oubliez pas de déposer un cierge en partant : pour un miracle c'est le moins que vous puissiez faire. Madame, nous y allons ?


    De la petite troupe qui avait subi les vocalises de la Princesse de Condé, il ne restait plus que quelques membres qui s'attardaient encore dans les lieux. Dans un ballet de serviteurs armés des manteaux et gants qu'ils portaient à leurs maîtres, la plupart rejoignait déjà les jardins pour profiter d'un des premiers véritables rayons de soleil de l'année. D'un léger signe de main, Lorraine avait déjà enjoint à son valet de s'empresser d'aller chercher ses propres effets. Comme la plupart de ses pairs, connaissant mieux chaque méandre du château que la foule de comtesses et de marquis, et n'étant ralenti par aucune dignité à maintenir, il ne lui faudrait probablement pas longtemps pour le rejoindre sur le parcours avant qu'ils n'aient rejoint les extérieurs. Pas qu'on s'attendît à un service moins efficace de toute façon.
    Lorraine entraîna donc à leur suite la jeune marquise, loin de l'archevêque, de ses pensées concupiscentes et de son anxiété toute neuve à trouver un moyen d'impressionner la demoiselle par une collection qui ne contiendrait que des chefs-d’œuvre avérés... et aucune pièce provenant de chez Degasti.


    -Je m'en veux de vous avoir obligée à visiter ce triste personnage, reprit Lorraine sans le moindre signe de contrition, dès qu'ils furent assez loin pour ne pas être entendus de Bétune. Mais je suis sûr que la vue de ces nouvelles.. possessions vous amuseront assez pour me pardonner.

    Puis, presque sans la moindre transition, le Chevalier ne put s'empêcher de poser la question qui lui venait subitement aux lèvres, déjà étirées en un large sourire espiègle et joyeux :

    -De quelle couleur croyez-vous qu'il soit si nous nous retournons ? Rouge ? Ou blanc ?

    Qu'elle rie donc ! Enfin libérée du masque à garder. Il avait vu comme ses yeux avaient brillé, les battements de son éventail pour cacher l'amusement qu'elle peinait à dissimuler à l'archevêque qu'elle menait par le bout du nez. Ce n'était qu'un petit remerciement pour le rôle qu'elle venait de jouer et qui leur offrirait, à coup sûr, les nouvelles sublimes acquisitions de Béthune.
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