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 Dans l'ombre des arcades, rôdent les louves [PV Fanny]


Ven 28 Déc - 19:37

    Il fallait bien se promener un peu quand même, dégourdir ces petites pattes alors qu'on était resté toute la nuit à refaire ce titre de noblesse pour ce futur faux Comte de M***. Et oui, même pour vous lecteur, Erwan a des petits secrets. Discrétion, discrétion, c'était le maître mot dans le métier et dans la vie en général. Survivre c'était une affaire de tact, de talent. Parfois ce talent était la force brute, fort bien. Dans d'autre cas c'était l'esprit. Il y en avait même qui cumulait les deux. Ceux-là étaient les plus dangereux, les plus enviés. Et fort heureusement pour vous, et peut-être pour lui, notre bon nain ne faisait pas parti de cette catégorie, même si parfois il aimait en donner l'impression en payant à prix modique quelques gros bras sans cervelle pour taper sur la tête des gens qui en avaient une.
    Bref, tout cela pour dire, qu'Erwan se promenait pour dégourdir ses jambes. Même petites, même torves et encombrantes il fallait en prendre soin un minimum. Et puis se promener... C'était le moyen idéal pour attraper au vol toutes les petites nouvelles de la Ville. Les nouvelles plus larges, du genre où était le Roi, que faisait le Duc de machin chose, mais aussi plus particulièrement qui couchaient avec qui dans le quartier, ou encore qui était en manque d'argent, qui recherchait un faussaire...
    Bah oui la promenade c'était le moment où Erwan cherchait des clients. Un peu comme la gueuse qu'il venait de croiser, mais pas pour le même service, Dieu merci. Quoiqu'il était plutôt pas trop mauvais dans le domaine, il s'y connaissait plutôt, il avait profiter de pas mal de chose avec l'argent de ses escroqueries et de ses faux. Argent qu'il trouvait dans la poche de ses clients plus ou moins fortunés, mais généralement déterminés. La promenade c'était capital pour le nain. C'était la chasse de l'or. Mi-Bottes était un alchimiste il transformait les clients et les informations en or pour son propre petit service. A chacun sa matière, le plomb c'était pour les fantaisistes.
    Mais pour chasser il fallait un terrain de chasse, giboyeux bien sûr, suffisamment grand pour regrouper un maximum de personnes, au carrefour pour la diversité, et aussi pour pouvoir avancer en se dissimulant un minimum. Un peu de mauvaise graine accompagné d'une aristocratie qui s’encanaillait volontiers. Le palais du Louvre était le lieu privilégié pour retrouver les loups. Le Louvre puait le loup, avait toujours pué. Le nain n'était pas le seul à connaître ce terrain de chasse. Les filles de joie s'y trouvaient nombreuses sous les arcades, sales, entre les échafaudage alpaguaient les maçon qui faisaient presque ce qu'il pouvaient pour ignorer l'appel de ces sirènes. Parfois les gens d'arme venaient et repoussaient les jeunes, ou moins jeunes, femmes. Il y avait aussi les colporteurs, et autres charlatans en tout genre. Le nain aimait bien écouter leur discours. Il trouvait cela très drôle, surtout quand ils arrivaient à convaincre un pauvre client. Parfois Erwan s'amusait à glisser la seule phrase qui brisait toute l'argumentation et jetait au sol la confiance difficilement acquise du client crédule. Il disparaissait ensuite dans la foule, petite voix malicieuse au milieu des grondements incessant.
    Le nain regarda le palais des Rois. Vide. Voilà longtemps que le Roi n'était plus venu ici. Et il ne lui en fallait pas beaucoup pour deviner que le Roi n'y reviendrait sans doute jamais. Mi-Bottes le comprenait. Jamais il ne serait lui aussi retourné dans une maison où on l'avait piégé. Et la Fronde avait été un souvenir douloureux pour le Roi. D'où son abandon du Palais-Royal où le peuple avait pénétré avec tant d'impudence. Le monarque l'avait laissé à son frère, qui lui avait stupidement accepté d'y rester.
    Il vola une pomme dans laquelle il mordit, marchant lentement un rien rêveur, un peu fatigué aussi. La nuit avait été longue il n'avait pas encore dormit. Mais il aimait se trouver dehors au lever du soleil. Même dans le froid.
    Il resserra les pans de sa cape de fourrure élimée, retourna près des arcades. Il voulait jeter un œil aux putes, faire un petit repérage personnel. Peut-être que ce soir ou plus tard il en aurait envie. Il fallait voir s'il y avait des nouvelles parmi celles qu'il connaissait déjà.
    Il les regardait de loin, enfin, à une distance respectable, si respectable peu s'appliquer dans ce genre de situation. Puis il reprit sa marche sautillante, goguenarde et moqueuse, continuant de mordre sa pomme. Il fallait savourer la vie, et Erwan mettait un point d'honneur à appliquer ce principe chaque jour durant.
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Mer 30 Jan - 10:17

Fanny détestait ce quartier plus que tout. Elle en détestait les couleurs, les images atrophiées, le froid tirant par courants entre les colonnes, en haïssant jusqu’aux odeurs. Parfois, elle se croyait au cirque tant l’humain était capable de laideur et de méchanceté en pleine rue. Être enfermée dans sa chambre à attendre bourreau après bourreau au rythme des cris de la maquerelle était une chose. Il y avait l’espoir de voir entrer Esteban, le confort de ses draps quoique rêches, la sécurité au moins d’une chambre close qu’elle ‘choisissait’ d’ouvrir ou non. Mais être jusqu’à mi mollet dans la bourbe, à attendre qu’un de ces miséreux se tourne vers elle, en était une toute autre. Ici, elle se retrouvait avec ses compagnes de métier, le peu d’estime qu’elle avait encore pour elle par moment disparaissait jusqu’à la moindre once quand elle était avec elles. Elle faisait partie de cet amalgame de douleur et de vulgarité d’où toute féminité avait disparu dans la concurrence et dans la violence faite aux et par ces corps désacralisés. Cette journée n’avait pas été productive du tout et il ne restait à la autrefois jolie et blonde, aujourd’hui châtain et détruite, que le courage de s’assoir sur une marche immonde, appuyant sa tête contre la colonne. Une très forte envie de pleurer la prit et elle cacha son visage dans ses mains. Elle savait déjà ce qui l’attendait à la ‘maison’ : des hurlements, des injures, des coups. Les autres la regardèrent de travers et une italienne lui prit le bras le plus ‘doucement’ qu’elle en était sans doute capable et la releva. Fanny essuya ses larmes.

« Va-t’en Fanny. Tou mets les clients mal à l’aise. Inviati ! »

Mettre les clients mal à l’aise ? La plaisanterie était cocasse. Comme si soudain, ils prenaient à cœur le malheur des femmes qu’ils violaient, qu’ils décomposaient, qui sanglotaient le plus souvent déjà entre leurs mains. Néanmoins la jeune femme hocha la tête et se roula dans le maigre tissu qui la protégeait. Elle salua de la tête la Lisa et s’éloigna rapidement des colonnades maudites. Ses yeux emplis de larmes ne rendaient pas la tâche plus aisée. Il faisait terriblement noir et elle avançait d’un pas hésitant, les jambes engourdies par le froid. Au bout de quelques pas, elle vit une silhouette plus que reconnaissable à sa taille et en fut étrangement soulagée. Elle essuya ses yeux noircis par le khôl et les larmes avant d’accélérer le pas. Elle eut vite fait de le rattraper malgré l’engourdissement et l’interpella comme l’aurait fait une de ses camarades :

« Salut mon mignon, besoin de compagnie joli solitaire ? »

Elle eut un petit rire quand il se retourna et réduit un peu plus la distance qui les séparait encore pour marcher à ses côtés. Le personnage qu’était Erwan intriguait la Fanny : il était à la fois un client fervent des prostituées (que ce soit elle ou une autre), un ami ou du moins une connaissance de la terrible Maria, la maquerelle de la jolie blonde et mère de son grand amour, et pourtant un homme visiblement intelligent, rusé, avec un je-ne-sais-quoi de charmant/charmeur. Elle enfonça ses mains dans les poches de son épais jupon. Il n’était pas un client comme les autres. C’était le genre d’homme qui pouvait devenir un ami, un allié.

« Comment allez-vous ? Cela fait un moment que je ne vous ai plus vu par chez moi. »

L’envie, le besoin de discuter, de communiquer avec un autre être humain c’était faite pressante soudain et elle n’avait pu s’en empêcher. Elle regretterait sans doute car il s’imposerait à elle et la ramènerait chez Maria pour faire ce qu’ils faisaient quand ils se voyaient… mais ça avait été plus fort qu’elle. Et puis, ce n’était pas si dérangeant de lui faire l’amour. Certes il était déformé, trop petit. Mais son sexe était de taille convenable, ses mots et ses gestes n’étaient pas d’une trop grande violence et ils discutaient souvent avant ou après l’acte. Il était un des rares capable de tendresse. Vu l’ ‘intimité’ qui les liait, elle se permit de sortir sa main de sa poche pour lui voler sa pomme et la croquer avec gourmandise – vice qui était un luxe qu’elle ne pouvait pas s’offrir – avant de la lui rendre avec un sourire.

« Délicieux… » dit-elle avec un petit sourire entendu, avec le ton de quelqu’un qui ne parlait vraiment pas d’une pomme.
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Sam 2 Mar - 20:30

    Il marchait donc, regardait et dans sa tête faisait une liste des qualités et des défauts qu'il voyait. En somme : Oui, non; grosse, édentée, belle poitrine mais... Ah, de beaux cheveux, une belle peau... Pourquoi pas... Oui, non... Non... Oui...
    Et puis il fut soudainement arraché de sa petite liste par une voix aguichante et sensuelle. Bien sûr, il fallait bien que ça arrive à un moment ou un autre. C'était surprenant qu'il ait pas déjà été abordé avant ça
    Il allait se retourner son petit sourire aux lèvres pour refuser poliment mais éventuellement remettre à plus tard selon la beauté de la catin qui l'alpaguait.
    Il se contenta de hausser un sourcil, de sourire toutefois, amusé. Fanny. Joli bout de femme, bel esprit aussi. Il restait surpris qu'elle soit toujours aussi naïve malgré son métier et sa patronne. Il mordit dans sa pomme en la voyant arriver, l'attendit. Il venait de temps à autre chez Fanny, quand il voulait de la fraîcheur et de la douceur. Cette petite avait un petit côté touchant qui lui plaisait bien. Elle avait des rêves, malgré sa condition et se désespérait parfois. Erwan trouvait ça mignon. Un humain qui rêvait encore, dans leur petit monde... C'était assez inhabituel.
    Ce qui était aussi inhabituel c'était que Fanny vienne chercher un client de cette manière... Mi-Bottes se doutait quelque part que le travail n'était pas derrière cet enthousiasme.
    Il lui donna son sourire torve et goguenard.


    -C'est vrai ma p'tite Fanny... tu es venue me pousser à rattraper ça ?
    dit-il d'une voix maligne.

    Il la regarda prendre sa pomme, ne dit rien, gardant son sourire. Il ne l'avait pas payé tout d'abord, et puis la gamine aimait bien faire ces petites taquineries. Il n'y était pas insensible il fallait le dire.
    Ce qui était intriguant chez Fanny, c'était ce jardin secret... Sa naïveté n'était pas mise en première ligne, elle était soigneusement protégée à l'arrière et soutenait cette brave petite, derrière une sensualité et une attitude malicieuse qui n'était pas son véritable caractère. Erwan en était du moins arrivé à cette conclusion.
    Il récupéra la pomme avec son sourire lutin aux lèvres. D'un geste, ni tendre, ni violent, mais proche de la douceur, il essuya le jus qui y avait légèrement coulé. Ses doigts étaient gourds, mais agiles malgré tout à force de reproduire des documents complexes. Il passèrent donc doucement sur ses lèvres.

    -N'est-ce pas ?


    Il mordit à son tour dans la pomme, là où elle avait posé ses lèvres auparavant, d'un air tout aussi explicite que l'avait été le sourire de la jeune femme.


    -Comment je vais donc ? Eh bien, pas trop mal... Comme tu vois, je vis bien mieux que la vieille guigne royale.


    Il sourit, cela l'amusait beaucoup de parler ainsi de la famille royale.Il ne leur avait pas une rancune particulière, il s'en foutait même... Ça le faisait juste rire.


    -Et toi ? Tu n'es pas occupée ? Venant de toi ça m'étonne.


    Il continuait de manger sa pomme, et l'observait de son regard tranquille.
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