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 Entre farce et civilité [P.V Ninon de L'Enclos]


Mer 16 Jan - 0:28


    Le frère du Roi était honteux. Honteux de ne pas même être capable de protéger la mémoire de sa mère, honteux de ne pas avoir compris immédiatement qu'il avait été dérobé, de s'être laissé manipulé aussi grossièrement. Honteux que ses invités aient partagé son sort. Honteux que cela se soit passé sous son propre toit.
    Monsieur s'était lamenté longuement. Qui oserait jamais revenir dans la demeure du Prince alors qu'on pouvait être dépouillé sous les yeux même de la royauté ? Qui ne moquerait pas la maison Orléans d'être un tel courant d'air ? Qui n'aurait pas de sourire narquois en pensant à cette déplorable, affligeante, désastreuse soirée ?
    Philippe n'en aurait pas, il conserverait pour longtemps un goût amer, une rancune et un mépris accrus pour ces culs terreux qui avaient pénétré chez lui et qui avaient profané la douce quiétude de ses festivités.
    Comme pour se faire pardonner, Monsieur avait multiplié les divertissements depuis le début du mois de Mars. Des divertissements intimes néanmoins, il voulait d'abord se faire pardonner auprès de ses plus proches amis. Par corrélation les autres suivraient bien assez tôt.
    Au milieu du dîner qu''il partageait avec ses petits sucres, Philippe d'Orléans avait soudainement déclaré qu'il voulait se rendre à la Comédie. Sachant que Molière et sa troupe étaient occupés ailleurs, et que Monsieur n'avait aucune envie de voir les Italiens qui partageaient la salle du Palais-Royal avec le dramaturge, il fut décidé qu'on se rendrait dans la Ville même pour pouvoir profiter des petites drôleries qui s'y donnaient.
    Monsieur ne voulait pas de tragédie, pas encore. Habituellement, il les évitait, ne les regardant qu'avec son frère, ou encore avec son épouse. C'était pour lui une obligation, bien que sur le moment il apprécia la beauté des vers déclamés et des sentiments transcrits. Mais cela lui retournait bien trop le sang, les larmes noircissaient sa peau de lait. Monsieur avait trop d'empathie pour pouvoir apprécier les tragédies. La Comédie, voilà où se trouvait la vie.
    D'autres fois pourtant, Monsieur vous déclarait avec une assurance troublante que la Tragédie c'était le sang, les pleurs, la colère, l'horreur... La Tragédie était la vie.
    Tout variait sous le flot des humeurs du Duc.
    Il avait pourtant une nette préférence pour la Comédie.
    L'après-dîner était rayonnante...Monsieur avait eu le sentiment qu'il n'avait pas vu le soleil depuis une éternité, ou peut-être l'avait-il occulté dans sa peine et l'ombre de sa mère. Il faisait beau donc et Monsieur riait sans trop de difficulté. Il laissait vagabonder son regard dans le ciel de Paris, loin des pouilleux et autres mendiants de la même espèce. Il ne voulait pas lire dans la fange et la boue des veines parisiennes les rires sardoniques et les grimaces moqueuses de moins que rien qui en d'autre circonstances aurait levé vers lui un regard envieux, proche de l'admiration.
    Philippe n'avait aucun mal à s'imaginer leur regard. Envieux, toujours, c'est la définition même d'un mendiant, mais cette pointe de satisfaction perverse... Celle-là n'était pas dans l'ordre naturel des choses.
    Ah vite, par pitié, qu'ils arrivent au théâtre.

    Les chevaux piaffèrent en arrêtant le carrosse. Monsieur descendit, leste et alerte, tourbillonnant de couleurs et de plumes chatoyantes de deuil. Sa cape virevoltait autour de lui dans des étincelles de perle alors qu'il tournait en tout sens pour prendre sous ses bras ses plus doux amis du moment.
    L'effervescence n'était d'ailleurs pas le seul  attribut du Duc d'Orléans, son arrivée imprévu avait provoqué la frénésie au sein même du théâtre, on déplaçait les occupants de la corbeille, on préparait en hâte les collations que ne manquerait pas de réclamer le frère du Roi, si friand de gâterie en tout genre, la chose était bien connue.
    En riant Monsieur s'installa dans le gros fauteuil qui lui avait été donné selon le respect de son rang. Il laissa ses yeux espiègles se promener ingénument sur les autres balcons, et regarda avec plus d'intérêt encore le parterre. C'était là qu'il y aurait le plus d'animation, qu'il y aurait le plus de vie. Que des hommes, aucune femme n'était permise dans ce bouillonnement de passions viriles et simples. Il s'amusait d'avance, et Monsieur promettait d'être un spectateur qui ne respecterait pas le silence. Du silence ! Pendant une Comédie ! Où irait le monde !
    Et puis ses yeux s’arrêtèrent sur une spectatrice. Ses lèvres s'étirèrent dans un sourire surpris.


    - Mais... C'est la Ninon parbleu !
    - Vous ne l'aviez pas vue à la sortie du carrosse Monseigneur ?
    - Quoi ? Elle était là ?
    - Juste à votre dr...


    Monsieur fit un geste large d'éventail, agitant dentelles de nacre et bouclettes noires, interrompant sans ambages.

    - On ne refuse pas une telle compagnie, allez allez ! Montrez-vous galant pour une fois et invitez-la à venir nous rejoindre !

    Le jeune homme se leva, un rien réticent, craignant qu'un autre prenne sa place près du Prince, ce qui serait sûrement le cas une fois qu'il serait parti. Après une rapide et boudeuse révérence il s'éloigna.
    Monsieur gloussait d'aise. Comédie et bonne compagnie... Mais que demander de plus ?
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Lun 6 Jan - 13:06

Il est vraiment difficile de faire croire que tout va bien alors qu’intérieurement ce n’est pas le cas. Ninon n’était pas vraiment en forme depuis quelques semaines, mais elle ne le montrait pas bien évidemment. Elle avait une réputation à tenir. Il n’était donc pas facile pour les femmes d’intériorisé tout ce qu’elles ressentent. Ninon savait donc faire croire que tout allait bien.

En plus de ses soucis, Ninon avait reçu une jeune femme chez elle qui avait des soucis de cœur et donc besoin de ses conseils, elle lui avait donc donné les conseils qu’elle pensait. Elle s’était aussi confiée à sa meilleure amie et la personne en qui elle avait toute confiance, Madeleine Béjart. Ça lui avait fait du bien, et Ninon savait qu’elle pouvait lui faire confiance.

Mais elle n’avait pas encore eu le courage de mettre les conseils de sa chère amie en pratique. Elle risquait gros sur ce coup-là. Il fallait donc qu’elle réfléchisse à tout ça. Car elle ne pouvait pas se permettre de perdre son salon et encore moins de ternir sa réputation.

Il fallait donc qu’elle trouve un moyen de se changer les idées. Elle mit à chercher des occupations. Ce matin-là, un rayon de soleil qui traversa le rideau de sa chambre la réveilla. Elle ouvrit un œil et regarda autour d’elle. Son amant dormait à point fermé. Ninon se redressa doucement et le regarda. Il avait le sourire aux lèvres. Ninon ne put s’empêcher d’hausser un sourcil. Elle retraça sa nuit et elle ne put s’empêcher d’être déçue. Elle était tombée sur un Marquis qui s’était  mis à fréquenter son salon depuis plusieurs mois. Pourtant, plusieurs choses avaient attirée Ninon dans ses bras. Il avait de l’esprit, de la conversation, de l’humour et il était très bel homme. Il avait tout pour plaire. Mais il était réputé pour être un mauvais coup. Ninon voulait s’en assuré et elle n’eut aucune peine à l’attirer dans son lit. Mais elle fut vraiment déçue des performances de ce cher Marquis.
Elle se leva sans faire de bruit et ferma doucement la porte de sa chambre. Elle alla faire sa toilette dans une autre chambre et se regarda dans un miroir. Elle constata que la vieillesse était en train de la rattraper. Sa servante entendit du bruit et frappa à la porte. Ninon la fit entrer. Elle était en train de se mettre de la crème sur le visage. Sa servante prit une brosse et se mit au travail. Ninon choisit une toilette saumon qui faisait ressortir la couleur de ses yeux. Elle aimait qu’on la regarde et voulait en profiter au maximum car le temps était en train de la rattraper et elle ne pouvait rien y changer. Elle voulait donc profiter de la vie et la croquer à pleine dent sans la moindre retenue.  Une fois prête, elle sortit de la chambre. Son amant dormait encore et c’était tant mieux.

Ninon s’arrêta devant le miroir qui se trouvait au-dessus de la cheminée de son salon. Elle se trouvait quand même encore assez désirable et les amants qu’elle collectionnait le prouvaient aussi. Mais elle avait l’impression d’avoir quand même moins de succès qu’avant. Ce n’était peut-être qu’une idée. Elle ne voulait pas passer la journée avec son amant.  Cela faisait un petit moment qu’elle ne s’était plus rendue au théâtre. Une bonne comédie serait la bienvenue donc pourquoi pas. Elle passa une cape car il y avait un petit courant d’air qui pourrait suffire à la rendre malade. Elle se rendit donc dehors et monta dans son carrosse. Il faisait beau mais pas très chaud. Elle aurait bien voulu marcher mais on ne sait jamais sur qui on peut tomber. Elle connaissait un raccourci pour se rendre au théâtre mais la rue n’était pas très fréquentable donc il valait mieux le faire en carrosse.
Elle était perdue dans ses pensées et ne s’était même pas rendu compte qu’elle avait fini par arriver sur place. C’est  le cochet qui la tira de sa rêverie lorsqu’il ouvrit la porte du carrosse et lui tendit la main. Elle sursauta et sourit. Elle prit la main du cochet et descendit. Elle entra dans le théâtre.

Elle savait qu’il était encore tôt, mais au moins elle serait bien placée. Elle s’assit donc dans une rangée qui était encore vide. Qu’elle ne fut pas sa surprise de voir un couple arriver dans sa direction. L’homme ne lui était pas inconnu, et pour cause, il s’agissait d’un de ses anciens amants. Il fit comme s’il ne la connaissait pas. Ce qui était logique, il se trouvait avec sa femme.

Le théâtre commença gentiment à se remplir. Et Ninon regardait autour d’elle. Elle aimait regarder les toilettes des femmes et le comportement qu’elles avaient. Mais tout d’un coup, tout le monde se mit à courir dans tous les sens un peu comme des petites fourmilles. Ninon se demandait ce qu’il se passait. Elle entendit un homme dire qu’une personnalité royale était là. Serait-ce Le Roy ? Ce serait amusant ce dit Ninon.  Mais il y avait peu de chance pour que ce soit lui. Une femme qui parlait à sa voisine dit qu’il s’agissait de Monsieur le Frère du Roi. Ninon en fut contente car cela faisait un moment qu’il n’était plus venu la voir dans son salon. Mais elle n’avait pas envie d’aller à sa rencontre car elle ne voulait pas le déranger. Il devait très certainement être avec ses Mignons donc elle irait le saluer une fois la pièce terminée.

Le Mignon de Monsieur interrompit les rêveries de Ninon. Il lui chuchota  à l’oreille que Monsieur avait envie de la voir. Elle se leva donc avec grâce et alla le rejoindre.

-Monsieur, quelle joie de vous voir dans ce théâtre. Nous avons eu la même idée. Comment vous portez-vous ?

Les personnes qui n’appréciaient pas forcément Ninon se mirent à parler entre eux tout en la regardant parler avec Monsieur.
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Sam 22 Fév - 1:15

    Quel nom que celui de Ninon de l'Enclos. Quel monstre de salon. Elle plus que tout autre en connaissait les trésors, les déviances, les secrets. Elle rôdait dans les salons depuis son plus jeune âge, en était une étoile immortelle et incontestée. Quel dommage que sa mère eut contre elle une rancune qu'il n'avait jamais véritablement comprise et qui exilait Ninon loin de la Cour. Monsieur se doutait par ailleurs que la brillante dame s'en contentait fort bien. Son monde, son univers était à Paris, ses amis orbitaient autour d'elle lorsqu'ils ne le faisaient pas autour du Roi. Que demander de plus ? Cet esprit n'avait alors pas besoin d’accomplir de courbette au plus grand monarque du monde.
    C'était pour le mieux sans doute.
    Philippe aimait rencontrer cette Dame, au détour d'un sofa, au coin d'un buffet. Chez lui ou chez elle, qu'importe puisque le Prince se plaisait à rendre visite à ses amis lorsqu'il venait, régulièrement, à Paris. Au reste même si Monsieur était le plus souvent au Palais-Royal, il n'était pas rare que ses soirées se fassent au gré des salons dont il écumait le plus de conversation possible avant de passer au suivant.
    Aussi avait-il l'occasion de la rencontrer régulièrement et en était toujours ravi. Ces derniers temps bien entendu, Monsieur était davantage resté à Saint-Germain. Louis rechignait encore de voir son frère quitté la Cour qu'il avait si longtemps renié pour pleurer sa mère. Aussi Philippe ne recommençait-il qu'à peine ses visites à Paris, à retrouver la vie qui avait été la sienne auparavant.
    Et il accueillit sa plus brillante incarnation d'un sourire.

    -Ma chère Ninon ! ne dit-on pas que les grands esprits se rencontrent ? Les proverbes ont toujours leur vérité.

    Il fit un geste agacé à l'un de ses mignons pour qu'il se lève.

    -Allez allez je vous ai assez vu, laissez-moi parlez avec ma chère amie.

    Pouvait-on parler de véritable amitié ? Dans le cas de Philippe d'Orléans, oui. S'il avait fallu répondre non, alors dans ce cas, le Duc d'Orléans n'aurait eu de sa vie ou presque aucun ami comme on peut l'entendre dans un monde idéal et hors d'un système de clientèle particulièrement poussé, d'une débauche de plaisir alimentée par les plus riches et animée par les plus puissants.
    Philippe reporta ses yeux sur la salle rectangulaire qui se trouvait devant lui, les baissa vers le parterre qui déjà s'agitait avant même le début de la pièce. C'était pour la vie qui se dégageait du théâtre que Philippe avait eut le besoin d'y revenir. Pour cette chaleur et ces passions qui tourbillonnaient avec ardeur, cette bassesse même parfois. Il n'y avait rien de plus vivant que le public d'un théâtre.
    Le Prince regarda Ninon qui ne semblait pas décidée et sourit.

    -Asseyez-vous Madame, asseyez-vous je vous en prie vous avez tant de choses à me dire et tant de vérité à m'apprendre autrement que par la vérification de phrases populaires... De grâce ne me faites pas languir. Que la Reine de Paris me rapporte les nouvelles de son fief... J'en porterai les honneurs jusqu'à Saint-Germain foi de gentilhomme !

    Philippe lui souriait avec grâce et une énergie à peine feinte. Il voulait oublier tant de choses, tant de choses.
    Ninon et le théâtre lui serait un Léthé parfait, il s'y abreuverai goulument avant d'oublier sa pauvre vie de mortel et de renaître une nouvelle fois.
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Mer 30 Avr - 21:28

Ninon était heureuse de voir Monsieur. Il fallait dire qu’il se faisait rare depuis quelques temps. La dame de salon se doutait qu’il ne devait pas être en très grande forme. Mais elle n’allait pas lui poser de questions, ça aurait été malvenu de sa part. Elle avait de la chance de le compter dans son cercle d’ami si on pouvait dire ça. Elle avait la chance de recevoir des personnes assez haut placées dans son salon. Monsieur, Jean-Baptiste Lully, Molière et bien d’autres. Elle était une personne connue et reconnue et arrivait même parfois à être dans les conversations. Elle avait toujours rêvé d’être admirée et d’être le centre d’attention.
Elle avait réussi. Ah si sa pauvre mère la voyait.
Pour Ninon, s’était toujours un plaisir de pouvoir parler avec Monsieur. Elle adorait la façon dont il avait de se vêtir, mais elle aimait encore plus l’entendre parler. La pièce de théâtre allait être encore plus intéressante que prévu.  La Dame de Lettre ne put s’empêcher de jeter un petit coup d’œil discret vers les Mignons de ce dernier. Ils étaient en train de la dévisager de haut en bas. Ninon ne se gêna pas de leur faire un immense sourire pour leur faire comprendre qu’elle les avait surpris en train de la dévisager.
Ninon était quand même rassurée de voir que Monsieur allait mieux. En apparence du moins, car il faut toujours se méfier. Mais il venait se changer les idées et c’était une excellente chose. Ninon en était vraiment ravie. Elle espérait le voir ainsi revenir dans son salon.

-En effet, les grands esprits se rencontrent. Nous en sommes la preuve.  Monseigneur, qu’il est bon de vous revoir. Je vois que vous vous portez fort bien.

Elle rangea son éventail dans sa bourse. Car on ne s’évente pas devant un membre de la famille Royal.  Elle regarda en direction du Mignon.

Elle était heureuse de passer la soirée avec lui. Elle savait qu’elle faisait des jaloux car personne ne prenait vraiment au sérieux le fait que Ninon et Monsieur soient amis. Ninon n’avait pas beaucoup d’ami mais Monsieur en faisait vraiment partie. Elle le comprenait et il la comprenait aussi. Ninon comprenait tout à fait le choix de vie de Monsieur et elle était là pour lui s’il avait besoin d’elle. Ninon ne mettait jamais de rumeurs sur Monsieur bien au contraire. Par contre, elle savait très bien qu’il y aurait des rumeurs et des commérages sur elle et Monsieur. Elle n’avait pas que des amis dans ce théâtre. Mais qu’importe. Elle jeta un coup d’œil vite fait dans la salle. A cette hauteur, on aurait vraiment dit que des petites fourmilles travaillaient dans tous les sens.

-Eh bien Monsieur, je suis heureuse de voir votre bonne humeur.  Mais je n’ai guère de nouvelle à vous donner… Je n’ai pas été très présente ces derniers temps. Mais je vais mieux à présent. Je vais donc organiser d’autres soirées dans mon salon et j’espère que vous vous joindrez à moi et à mes invités.

Elle lui sourit tendrement .Elle ne voulait pas lui dire ce qui lui arrivait mais elle n’était pas vraiment dans son assiette. Il avait bien assez de souci comme ça sans qu’elle lui parle de ses états d’âmes.
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Lun 2 Juin - 0:57

L'éventail lui fournissait l'air dont il avait besoin et lui épargnait les relents qui émanaient du parterre déjà agité. Il était vrai qu'on les faisait attendre, Monsieur était presque sûr que Quatorze heure avait sonné.
Monsieur doutait qu'on ne les fasse attendre davantage, sa seule présence pressait sans doute les comédiens et les incitaient à ne rien faire contre leur représentation alors qu'ils pouvaient avoir la chance d'obtenir du Prince une récompense à la hauteur du plaisir qu'ils lui auraient procuré. Vêtements luxueux ou bourse, les deux leur allaient parfaitement. Ce serait toujours de prit.
Les Comédiens du Roi de l'Hôtel de Bourgogne n'étaient pas de mauvais bougres mais Philippe s'y rendait de temps à autres bien plus pour donner un frisson d'angoisse à la troupe de Molière plutôt que pour y prendre de véritable plaisir. Il fallait toujours leur faire craindre de voir leur faveur tourner vers d'autres troupes que la leur et que Molière dorme sur ses lauriers. C'était le grand jeu du frère du Roi, rappeler au dramaturge que sa situation était précaire, chose qu'il savait très certainement déjà à n'en pas douter. L'autre point était que depuis peu Racine avait quitté la troupe de Molière pour celle de l'Hôtel de Bourgogne, Racine le protégé d'Henriette.
Monsieur ne supporterai pas de voir ce théâtre devenir le fief de Madame.
Aussi lui fallait-il le garder sous sa coupe et s'éviter une reconquête fastidieuse.
Il était par exemple heureux de savoir que Ninon ne passait pas tant de temps que cela en compagnie de son épouse. Et ce n'était pas pour lui déplaire.
La Grande Dame avait connu Monsieur depuis son plus jeune âge, car oui il était un temps où la rancœur d'Anne d'Autriche n'existait pas, bien qu'il sembla au jeune homme qu'elle fut de tout temps. Peut-être un mot de trop, un regard insolent entraperçu, ou des rumeurs... Monsieur en connaissait foule depuis le temps.
Ninon avait déjà empoisonné celles qui l'avaient humilié. Ninon avait un breuvage concocté à partir de sang de nourrisson pour garder cette énergie juvénile. Ninon était en réalité un homme (celle-ci avait beaucoup fait rire et intéressé le Prince). Ninon avait séduit le Roi, le présent et l'ancien. Ninon avait eut affaire avec untel et untel, untel et unetelle. Ninon était une disciple de Sapho. Ninon, Ninon... Ninon.
Il avait pouffé en l'entendant, la regardant de ses deux yeux noirs qui brillaient d'amusement.

-Comme un charme Madame, comme un charme, mais pas autant que vous.


Il avait évacué d'un geste agacé et impatient le mignon qui était assis à côté de lui. Ce dernier avait légèrement pincé les lèvres mais s'était exécuté de mauvaise grâce. Après la main il n'aurait pas été improbable que le Prince eut fait emploi de l'éventail qu'il tenait dans main et qu'il savait parfaitement manier.
Monsieur détestait la violence uniquement en forêt. C'était par trop fatiguant de chasser ces bêtes, il laissait cela à d'autres qu'à lui. D'autant plus que la chose était salissante. Louis était dejà revenu à plusieurs reprises la chemise blanche tâchée de rouge après avoir abattu sa proie et en avoir découpé des bouts pour ses chiens.
Ce n'était pas fréquent que le Roi se salissait, pour ses mâtins il le faisait pourtant volontiers.
Monsieur quitta ses bois et ses forêts pour revenir sur celle qui peuplait l'Hôtel de Bourgogne. Une foule de pieds qui piétinaient le sol et les bruissements des éventails qui imitaient les brises champêtres. Il manquait malheureusement l'odeur. Paris n'était pas réputée pour son parfum. C'était une des rares choses que lui reprochait le Frère du Roi.
Philippe n'avait pas la même rancune que son frère pour la capitale et c'était au Palais-Royal qu'il y avait eu son enfance, il aimait cet endroit, il aimait combien cette ville était vivante et grouillante, au moins de loin. Pas quand elle s'introduisait chez elle par exemple. Pas quand elle lui volait le collier de perles de sa défunte mère.

-Seigneur ! auriez-vous été souffrante sans que l'on m'en dise rien ?


Il tourna un regard réprobateur à l'encontre de ses petits sucres qui détournèrent les yeux ou firent mine de rien.
Philippe exagérait un peu trop sa voix aux accents suraiguës et féminins pour être véritablement sincère.
Mais ainsi avait toujours agit le Duc d'Orléans, car il fallait bien dire que plus que de l'inquiétude pour Ninon, c'était le fait de ne pas avoir été informé qui le scandalisait davantage.

-Mais enfin que vous est-il arrivé ma chère ? Je ne puis croire que ce soit votre cœur qui vous fasse souffrir, vous êtes par trop rompue à l’exercice galant pour ne plus laisser votre cœur saigner de la perte d'un amant.


Dernière édition par Monsieur le Lun 25 Aoû - 0:37, édité 1 fois
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Dim 24 Aoû - 21:28

Ninon était vraiment charmée de revoir Monsieur. On ne s’ennuyait jamais avec lui. La Dame de lettres ne comprenait pas pourquoi le Roi le traitait comme un pestiféré. Philippe avait une sacrée personnalité certes. Mais Ninon l’aimait pour ça. Malheureusement, dans ce monde, dès qu’une personne sort un peu de l’ordinaire, on préfère la mettre à l’écart. C’était une chose que Ninon ne savait que trop bien. Elle aussi sortait un peu de l’ordinaire et elle savait que ça ne plaisait pas à tout le monde. Elle et Philippe étaient deux personnes uniques en leur genre. C’était pour cette raison qu’ils se comprenaient et s’entendaient aussi bien. Le Roi avait horreur qu’on le fasse attendre. Philippe s’en fichait. Il n’aimait pas spécialement ça, mais il était amusé de voir les gens courir dans tous les sens. Elle adorait venir au théâtre, même si pour elle, la vie était une pièce de théâtre. Tout le monde avait un rôle bien précis et pour certaines personnes, on baissait rapidement le rideau et on mettait fin au spectacle. Une manière assez poétique de dire que notre dernière heure venait de sonner. Elle était heureuse que Monsieur soit venu seul. Elle savait que l’épouse de ce dernier ne l’appréciait pas du tout. Elle se fichait complètement de ça d’ailleurs. Ce n’était ni la première femme ni la dernière par qui elle serait méprisée et détestée.

-Vous êtes un incorrigible flatteur.

Elle était contente de partager ce moment avec Monsieur. Il était un de ses plus fidèles amis. Ninon ne tint pas compte du regard que lui lança le Mignon de Monsieur. Elle savait que s’était de la jalousie et elle n’en tenait pas compte. Mais le public commençait à s’impatienter. Les hommes tapaient du pied avec énergie sur le sol ce qui faisait grincer le plancher. Quant aux femmes, elles s’éventaient avec beaucoup plus de vigueur et se tortillaient sur leurs chaises. Leur corset devait très certainement être trop serré pour elles. Ninon sourit d’amusement. Mais le plus drôle était de voir certaines femmes faire un scandale à leur mari qui regardait Ninon en souriant. La soirée allait vraiment être intéressante. Ninon aura de quoi raconter lors de son prochain salon. Elle imaginait d’ores et déjà ses convives pendu à ses lèvres attendant qu’elle révèle la fin de l’histoire. Elle adorait laisser planer le doute ou se lever en prétextant quelque chose afin de les laisser imaginer la fin de l’histoire. Mais il fallait en premier lieu qu’elle rassure le Frère du Roi. Elle trouvait touchant qu’il se fasse autant de soucis pour elle.

-Allons calmez-vous, je vais bien. Je n’ai pas été souffrante physiquement. Et combien même cela aurait été le cas, vous savez pertinemment que je ne vous aurais touché mot. Vous avez bien plus important que moi à penser.

Ninon savait que les Mignons de Philippe ne lui aurait rien dit même si elle avait été au bord de la mort. Il l’aurait soit appris par une autre personne, soit il l’aurait su trop tard. Mais ne parlons pas de malheur. Elle allait bien en apparence du moins, et il fallait qu’elle se reprenne rapidement. Sans le vouloir, Philippe venait de toucher en plein dans le mille. Maintenant, deux solutions s’offraient à Ninon. Soit elle disait la vérité à Philippe, soit elle ne disait rien et lui parlerait plus tard sans la présence de ses Mignons. Il fallait qu’elle fasse un choix.

-Rien de bien grave je vous assure. C’est juste des souvenirs que je croyais enfouit pour de bons qui refont leurs apparitions. Mais je vais me reprendre. Enfin, je vais essayer du moins.

Ninon ne se reconnaissait pas. Elle n’était jamais aussi nostalgique que depuis ces dernières semaines. Elle ne savait pas comment faire pour redevenir comme avant. Pourtant, elle ne demandait que ça. Après tout, Madeleine avait peut-être raison, il fallait qu’elle aille voir le Marquis de Villarceaux et qu’elle lui dise tout ce qu’elle avait sur le cœur. Ainsi, elle serait fixée.
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Lun 10 Nov - 10:22

Son sourire s'élargit sur ses lèvres. Sans doute était-il un rien trop flatteur cela était vrai mais il s'amusait beaucoup de ces flatteries qu'il laissait tomber comme autant de traits lancés plus ou moins au hasard pour toucher une cible dont il n'avait souvent pas cure.
Philippe d'Orléans ne s’embarrassait pas de flatterie lorsqu'il s'agissait de véritablement toucher au but. Du moins presque... il était toujours bon de flatter son roi de frère pour obtenir une bourse, une place à sa droite lors de la promenade. N'échappant pas au système impitoyable de la cour qui s'était étendu autour d'eux, Philippe jouait le jeu et son rôle avec une grâce tout à fait exceptionnelle. N'était-il pas amusant de glisser dans son compliment un soupçon de doute qui permettait à Philippe d'adresser à Louis un sourire taquin et matois. Ne jamais arriver jusqu'à l'insulte mais faire de sa flatterie un compliment bien trop parfait ou bien y pointé de menus défauts. Dans ses bons jours Louis esquissait un sourire, avançait une réponse. Dans les mauvais il rappelait son jeune frère à l'ordre d'un regard sombre, et le dardait d'une ignorance muette. Lorsque Monsieur le Duc dépassait les bornes, ce qui pouvait arriver plus souvent qu'on ne le pense, la chose était accentuée quoique le mutisme puisse devenir un rappel à l'ordre sec aussi claquant qu'un coup de fouet.
C'était le jeu auquel Philippe se livrait et il en acceptait les règles avec un certain délice. Il n'avait pas véritablement d'autres distractions dans ces moments-là.

-Incorrigible certainement,
minauda le Prince dans un sourire, mais je ne puis être flatteur alors que tous constatent la vérité de mon chant pour vous... Le "très" humble et "très" dévoué ami que je suis n'est pas le seul à féliciter et admirer votre grâce.

L'insistance sur les superlatifs, le léger roulement des "r" laissait bien entendre l'amusement qui se lisait dans les yeux du Frère du Roi. Son dithyrambe parfaitement exercé trouvait donc des accents matois dans son sourire, dans le mouvmeent de son éventail qui allait et venait devant son visage oblongue et fardé de blanc qui dissimulait une peau douce et conservée avec attention et soin. Philippe n'avait bien entendu rien d'humble et de dévoué, du moins en aucun cas sa dévotion s'approchait-elle d'une flamme galante et d'un coeur en mal d'amour et de reconnaissance... Dans le cas de Ninon, ou d'une femme quelconque bien entendu.
Quoique, et Philippe s'amusait encore beaucoup à cette pensée, s'il y avait eu une femme capable de détourner le Frère du Roi du chemin inhabituel qu'il avait emprunté dans les affaires de l'amour, Ninon aurait très certainement pu être celle qui aurait ravit le cœur et l'affection du très jeune Duc d'Anjou. Anne avait pourtant, intentionnellement ou non, fait en sorte que cela ne se produise pas.
Aujourd’hui, en souvenir de cet amour qui n'exista jamais, Philippe avait pour Ninon une affection particulière liées à des souvenirs d'enfance lointains et doux. Les enfants Bourbon avaient toujours eu ce penchant pour la Reine de Paris. Louis avait bien nommé sa chienne favorite du nom de cette dernière. Ceci étant à prendre ou non comme une insulte était à voir, le Roi était parfois si maladroit dans ses compliments.

Son regard s'était de nouveau perdu dans le parterre. Que de monde, que de vie. Sale, sordide certes, mais c'était pourtant cette agitation qui poussait fréquemment le Duc d'Orléans à vadrouiller dans Paris d'une fête à l'autre même au cœur de la nuit. Il n'avait pas conservé cette peur rancunière qui s'était glissée dans le cœur de son aîné et s'était transformée en haine de la ville.
Son regard se releva et croisa brièvement celui de Madame de Fiennes. Femme dont il ne savait s'il l'adorait, ou s'il la jalousait avec violence, ce qui valait à la jeune dame un jeu d'équilibriste dont il dire qu'elle exécutait avec brio. Il n'était pas dupe et savait comme tout le monde qu'elle partageait sa couche avec l'homme qu'il admirait toujours plus depuis la chute d'Armand de Guiche. Après un bref sourire poli, un léger froncement de sourcil en pensant à son tendre Prince étranger dans les bras de Claude de Fiennes, Philippe haussa un sourcil en entendant Ninon. Il pouffa, bien plus important. Certainement... Il revoyait un corps jeune et superbe qui se tendait sous ses mains de femme. Et cela le faisait frémir.Il n'eut pas besoin de beaucoup insister pour sourire en réponse.

-Fi Madame, ne dites pas cela... Si la chose était vraie, je ne serai point ici à attendre la comédie. Je laisse les choses importantes à de biens meilleurs juges que moi-même et préfère de loin porter mon esprit sur vous. J'y trouve bien plus d'intérêt.


Les choses importantes étaient entre les mains de Louis... Et il était vrai que Ninon ne faisait de toute façon pas partie de ces choses importantes. Comme lui-même n'en faisait fréquemment pas partie alors qu'il observait de loin, frôlait au mieux et ne conseillait jamais.
Ninon poursuivit et il haussa cette fois ses sourcils de de surprise, se tourna vers elle en penchant la tête pour pouvoir l'observer et la jauger, l'air incrédule, croisant les jambes avec élégance.

-Comment Madame... Serait-ce vraiment de mal d'amour dont nous parlons-là ?


Son sourire naquit de nouveau, dessina le coin de ses lèvres alors qu'il continuait d'observer Ninon. Il referma l'éventail d'un geste souple, d'un bruit sec en se radossant contre son fauteuil dans un rire.

-Vertudieu mais il semblerait bien que oui !


L’œil ravivé, le prince regarda de nouveau la Reine de Paris.

-Dites-moi tout ! vous ne pouvez décemment me priver d'une galanterie qui semble vous être revenue sur le cœur par surprise ! Et qui parvient à troubler le cœur puissant et altier de la noble et belle Ninon.


Au grand dam de la Comédie qui débutait enfin au parterre, l'intérêt du Frère Unique du Roi venait de lui être dérobé dans un battement et un aveux murmuré à mi-voix. Philippe comptait bien entendre cette histoire de bout en bout, ne semblant pas, il est vrai, se soucier le moins du monde de la peine qui semblait alourdir l'humeur de Ninon de l'Enclos.

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Entre farce et civilité [P.V Ninon de L'Enclos]

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