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 Que de beau monde dans les couloirs de ce palais. {Pv Athénaïs


Sam 19 Jan - 20:57

C'était une journée tout ce qu'il avait de plus ordinaire pour la troupe qui hantait le Palais-royal. On répétait joyeusement, sous les directives d'un Molière qui aujourd'hui semblait de bien bonne humeur. Tout le monde semblait d'ailleurs radieux. Pas de disputes, pas de prises de bec ou de soupir d'exaspération à l'entente d'une petite peste qui n'en faisait qu'à sa tête : tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le dramaturge, la Grange et Marotte étaient sur scène à lire leurs vers sous le regard de Madeleine et de sa sœur Geneviève qui s'étaient assises sur un banc du deuxième rang. Comme toujours, on échangeait sur le jeu des acteurs, riait des grimaces que faisaient les deux sœurs dès que l'une ou l'autre avait le dos tourné et soupirait lorsque Molière prenait un air sérieux pour les faire se remettre au travail. L'ambiance était somme toute bon enfant. Tout le monde se connaissait depuis de nombreuses années et quoiqu'il y avait parfois quelques petites tensions, on pouvait dire qu'on s'appréciait beaucoup.
Venant des coulisses apparût alors Catherine de Brie qu'on n'avait pas encore vu ce matin. Si les autres comédiens ne firent pas attention à elle et continuèrent comme si de rien n'était, un large sourire se dessina sur les lèvres de Madeleine.

- Oh, s'exclama-t-elle en voyant que celle qui venait d'entrer tenait une petite assiette dans laquelle s'empilaient des gâteaux qu'elle avait certainement faits elle-même. Elle se leva d'un bond de son banc pour se diriger vers Mlle de Brie et attraper une de ces petites douceurs.
- Étonnamment, j'étais certaine que tu serais la première à te jeter dessus, s'amusa Catherine qui connaissait, comme tous ceux qui étaient présents ici, l'amour de mlle Béjart pour le sucre.
- Tu es si prévisible, Madeleine, ajouta Geneviève en regardant sa sœur aînée croquer dans un biscuit.
- Moi je suis prévisible ? S'exclama l'aînée des Béjart d'un air soudainement outrée. Tu oses dire cela et ensuite prétendre être ma sœur, lui demanda-t-elle sur un ton accusateur quelque peu exagéré.
- Elle n'a pas totalement tort, lança alors la Grange qui s'était arrêté de déclamer son texte pour observer la petite scène qui jouait à présent. Tu n'as jamais été aussi calme que ces derniers temps. C'est d'ailleurs très reposant, n'est-ce pas, ajouta-t-il à l'intention des autres comédiens qui l'approuvèrent simultanément d'un hochement de tête.
En constatant leur réaction, Madeleine ouvrit de grands yeux étonnés et les interrogea un à un du regard. Tous la fixèrent avec une lueur d'amusement dans les prunelles en la voyant visiblement choquée qu'ils pensent une telle chose d'elle.
- Mais je suis offensée par de tels propos, s'exclama-t-elle. A vous entendre je deviendrai presque ennuyeuse.
- Les années défilent et tu t’assagis ma chère sœur, soupira Geneviève d'un air rêveur, faisant mine de se rappeler du temps passé. Il est loin le temps des frasques incessantes.
- Tu n'insinuerais tout de même pas que je serais... vieille ! Et avant d'attendre qu'elle lui réponde Madeleine, vexée, disparut dans les couloirs. Elle fit cependant demi tour pour prendre des mains l'assiette de Catherine, lança un regard noir à Geneviève et déguerpit du théâtre.
Vieille... Cet horrible mot résonnait dans les oreilles de Madeleine qui marchait à présent d'un pas rapide en direction de la sortie. Cela avait beau être dit sur le ton de la plaisanterie, elle l'avait assez mal pris. Certes, c'était assez paradoxal car elle était la première à se moquer de tout et de rien et à lever les yeux au ciel lorsque quelqu'un faisait preuve d'un flagrant manque d'humour. Mais s'il y avait une chose qu'elle supportait assez mal, c'est qu'on vienne de la sorte lui rappeler qu'elle n'était plus la jeune fille qu'elle avait été un jour. Enfin ce n'était pas temps le fait qu'on lui fasse se remémorer son âge qu'elle n'appréciait pas, mais plutôt qu'on sous-entende que la femme qu'elle était aujourd'hui n'était plus la même qu'elle était autrefois. Car il ne fallait pas exagérer, elle se sentait même parfois plus jeune aujourd'hui que 10 ans auparavant. Et puis les marques du temps sur son visage n'étaient pas si terrible.s Non, non, mille fois non : elle n'était pas vieille. Elle avait seulement une longue expérience de la vie.

Où allait-elle ? Bonne question. Là où elle pourrait se gaver tranquillement de gâteaux pour oublier ce qu'elle venait d'entendre. Elle déambula un moment à travers les longs couloirs et riches salons du Palais-royal, souriant vaguement à ceux qu'elle croisait mais sans plus, picorant de çà de là un biscuit. Sans être de l'humeur exécrable dont pouvaient être certaines dames de cour qu'elle n'appréciait pas beaucoup, la comédienne était cependant quelque peu moins radieuse que d'habitude. Et sa bonne humeur communicative s'était transformée en un aimable sourire de façade. Alors qu'elle passait dans une pièce parmi tant d'autres, elle s'arrêta devant un grand miroir. Posant son assiette sur le meuble à côté d'elle, Madeleine regarda fixement son reflet. En y prêtant une attention plus grande, elle constatait en effet que Geneviève n'avait pas vraiment tort. Sa jeunesse était bel et bien partie. Les traits de son visage lui paraissaient aujourd'hui particulièrement tirés. Les petites pattes d'oie qui accompagnées d'un large sourire lui donnait un charme certain lui faisaient à ce moment précis horreur et elle avait l'horrible impression que des cernes plus que visibles s'étaient dessinées subitement sous ses yeux. Elle laissa s'échapper de ses lèvres un long soupir. Peut-être sa beauté était-elle réellement en train de se faner. Quand elle se voyait dans cette glace, elle voyait une Madeleine qui ne lui ressemblait pas. Si elle reconnaissait au quotidien facilement que se trouvait dans son entourage des femmes bien plus jolies qu'elle et à la jeunesse rafraîchissante, elle ne s'était jamais rendu compte à quel point le fossé était grand entre ces jeunes demoiselles et elle. Apercevant une silhouette non loin d'elle, Madeleine se retourna brusquement, mettant fin par la même occasion à son instant de nostalgie.

- Excusez-moi, dit la comédienne, avec un léger signe de tête respectueux, à Athénaïs de Montespan sur laquelle elle venait de poser le regard. Je ne vous avais pas vu, ajouta-t-elle avec un sourire qui lui venait toujours instinctivement lorsqu'elle saluait quelqu'un. Quand bien même elle n'était pas d'une joie débordante, elle considérait de toute manière que les autres n'avaient pas à pâtir de notre mauvaise humeur et qu'un sourire était toujours plus agréable qu'un visage figé qui donnait à n'importe quel interlocuteur l'envie de fuir.

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Dernière édition par Madeleine Béjart le Dim 4 Aoû - 22:08, édité 1 fois
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Lun 11 Fév - 15:54

Quelques instants de répit, voilà qui n'était guère de refus. La reine avait souhaité demeurer seule durant le reste de la journée, laissant ainsi à ses dames de compagnie, excepté la pauvre surintendante, la comtesse de Soissons, leur journée de libre. Athénaïs en était ravie, car l'espagnole pouvait se montrer des plus ennuyeuses certaines fois, et ce jour ne faisait point exception. La marquise n'avait cependant pas la moindre envie de rentrer chez elle, elle y trouverait sa belle-mère ainsi que son mari qui s'occupaient des enfants, et ce genre d'activité l'ennuyait au plus haut point. Que n'avaient-ils suffisamment d'argent pour engager nourrices et gouvernantes, comme les autres nobles? Ah, parfois la jeune marquise se disait que son père, Gabriel de Rochechouart de Mortemart, avait eu raison de s'opposer au mariage de sa perle avec ce Montespan. Mais lorsqu'on est jeune et aveuglé par l'Amour, on n'écoute guère ses parents. A cette époque, Françoise de Rochechouart de Mortemart, que l'on appelait encore mademoiselle de Tonnay-Charentes, pensait encore que vivre d'Amour et d'eau fraîche lui suffirait... Mais quand on goûtait au fastes et au luxe de la Cour du Roy Soleil, rien ne pouvait rivaliser. Aussi Athénaïs maudissait le sort d'avoir infligé à son mari tant de soucis d'argents, de jeux, de malchance en guerre.

Soit, elle ne rentrerait pas chez elle tout de suite, elle avait choisi d'arpenter quelque peu les couloirs du palais royal qui était si beau et luxueux. Peut-être ferait-elle aussi une promenade dans les jardins à la française. Mais elle ne resterait pas une seconde de plus avec les autres dames, car tôt ou tard cette chouineuse de Louise de la Vallière viendrait la supplier de lui trouver quelque sujet de conversation à aborder avec le Roy. Athénaïs se demandait toujours comment cette pauvre colombe sans conversation et à la timidité maladive avait pu plaire à un homme aussi brillant que Sa Majesté... Mais bon, ainsi allait la vie, parfois, certaines choses ne s'expliquaient pas.

La marquise savait que la troupe de Molière répétait pour le prochain spectacle commandé par le Roy, cette pièce nommée "le Misanthrope" que chacun avait hâte d'enfin voir jouer. Avec un peu de chance, la marquise pourrait discrètement assister aux répétitions? Elle avait toujours beaucoup aimé le théâtre.
Alors qu'elle se hâtait, heureuse de son idée, en direction du lieu de répétitions, qui ne se trouvait point tout près d'ailleurs, quelque chose, ou plutôt quelqu'un la heurta, ce qui la stoppa nette, la faisant même reculer d'un pas ou deux. La personne s'excusa immédiatement. Il s'agissait de Madeleine Béjart, l'une des très talentueuses comédiennes de la troupe de Molière. Athénaïs lui rendit son sourire malgré le choc.


-Bien le bonjour Madame Béjart. Je tiens également à vous présenter mes excuses, je ne vous avais guère mieux vue que vous ne me visses, ajouta-t-elle avec un petit rire.
Je m’enquérais justement des répétitions du Misanthrope. Vous pourrez certainement me renseigner. Je sais Sa Majesté fort impatiente à ce propos...

Ah, être au service de la Reine, quelle aubaine! Voilà qui lui permettait de recueillir diverses informations, prétextant que c'était pour son compte... Marie-Thérèse d'Autriche assistait bien entendu aux représentations commandées par son illustre mari, mais à la vérité elle n'y comprenait guère les subtilités de langage... Alors que la marquise, elle, y était sensible. Les arts l'avaient toujours passionnée, que ce fut musique, théâtre, écriture diverses, peinture, sculpture, architecture, et même jardinage.


Dernière édition par Athénaïs de Montespan le Sam 30 Mar - 10:28, édité 1 fois
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Ven 29 Mar - 19:53

Il ne lui fallut pas longtemps pour mettre un nom sur le visage de la personne qui lui faisait à présent face. Quiconque connaissait un minimum la cour savait très bien qui était la marquise de Montespan. Digne représentante de cet esprit Mortemart qu'on louait partout à travers la France, Athénaïs brillait tant par ses mots au piquant exquis que par sa beauté qui ne passait jamais inaperçue. Même sans réellement la côtoyer, la comédienne savait tout pertinemment à qui elle s'adressait. Tout comme sans avoir jamais rencontré personnellement celle qui le portait, le nom de Madeleine Béjart était rarement totalement inconnu.
Plutôt que de pester contre cette artiste qui n'avait visiblement rien de mieux à faire que rester au milieu du passage comme aurait pu le faire nombre de courtisans absolument détestable et dédaigneux au plus haut point, la marquise parut au contraire fort aise d'être tombée sur Madeleine.
Sa première réaction fut d'ailleurs de s'enquérir de l'avancement des répétitions que la comédienne venait de quitter. Venant d'être tirée de ses pensées, il fallut à Madeleine quelques secondes avant de réagir, ouvrant d'abord de grands yeux comme si elle n'avait pas compris cette question pourtant simple.

- Elles avancent à bon rythme, répondit-elle soudain en retrouvant son sourire qui l'avait quitté l'espace d'un instant. Il était toujours agréable de tomber sur quelqu'un qui s'intéressait au travail de la troupe. Quoique nous ayons en ce moment quelques petits... différents disons, ajouta-t-elle avec une légère grimace. Après tout le groupe que formaient les acteurs était une grande famille. Globalement on s'adorait mais forcément il y avait des moments où les relations semblaient s'envenimer quelque peu. Heureusement cela ne durait jamais bien longtemps mais cela était assez rare et désagréable pour Madeleine le souligne lorsque ce genre de situation se présentait.

- Mais ne vous inquiétez pas, reprit-elle aussitôt en se rendant compte qu'il était de très mauvais ton de parler de ce qui n'allait pas plutôt que d'assurer que cette nouvelle pièce serait une réussite. Surtout devant une proche de la reine qui ne demandait sans doute qu'à être assuré de la fin prochaine des répétitions et de la présentation sous peu du fruit de leur travail.
- D'ici quelques semaines nous présenterons à leurs Majestés une nouvelle pièce qui, j'en suis certaine, les ravira. Madeleine croyait assurément à ce qu'elle disait et profitait de la présence de la marquise pour vendre son produit en espérant qu'autour d'elle la jeune femme fasse saliver d'impatience tous les amoureux du théâtre. Et par la même occasion qu'elle fasse soupirer d'exaspération ceux qui n'appréciait que peu la comédie et qui prenait comme une corvée d'assister aux créations de la troupe qui logeait au Palais-royal. En somme Madeleine était persuadée que madame de Montespan était la personne idéale lorsqu'il s'agissait de faire parler des comédiens. Après tout, on disait beaucoup à son sujet et notamment qu'elle était une femme raffinée qui adorait les lettres et les arts en tous genres. Loin d'être une de ces bigotes qui se scandalisaient lorsqu'on se moquait gentiment de la cour ou pire de la religion, elle était de ces femmes qui savait appréciait l'humour.
Ne sachant plus quoi dire -ou plutôt ne sachant pas quoi dire susceptible d'intéresser Athénaïs car bavarde comme elle était, elle aurait pu parler de tout et de rien des heures durant- Madeleine se mordilla les lèvres pendant qu'elle cherchait activement un sujet intelligent à évoquer. Ses états d'âme ? Sûrement pas. Pourquoi ne pas demander des nouvelles de la reine ? Non, on pourrait prendre cela pour de l’indiscrétion. S'étaler sur ses chagrins d'amour et autres histoires soporifiques ? Mauvaise idée. N'étant pas soudainement touchée par un éclair de génie, elle se rabattit sur la première chose qui lui passa par l'esprit et qui n'était pas totalement stupide, ou dans le cas présent, la première chose qui lui tomba sous la main. Posant les yeux sur l'assiette de gâteaux qu'elle avait posée sur la commode située à côté d'elle, la comédienne l'attrapa et la présenta à la marquise pour qu'elle en prenne un, son éternel sourire incrusté sur ses lèvres.

- Il paraît que les gâteaux ont des vertus magiques. Elle avait volontairement dit cela à voix basse et avec un air mystérieux, comme si elle révélait là un grand secret qu'elle avait trop longtemps gardé pour elle. Une oasis de réconfort au milieu d'un désert de désolation... Le biscuit est à l'âme ce que les diamants sont est la femme : cause d'émerveillement et plaisir dont on ne peut plus se passer une fois qu'on y a goûté. Philosophant sur le bien fondé du gâteau comme Machiavel l'aurait fait sur l'éducation du Prince, elle prit une expression qui se voulait penseuse, faisant mine d'être plongée dans une profonde réflexion qui ne dura cependant pas bien longtemps.

Madeleine et sa capacité à transformer n'importe quoi en une chose extraordinaire... Il ne se passait pas un jour sans qu'elle invente une histoire abracadabrantesque qu'elle racontait avec de grands yeux pétillants pour le simple plaisir de voir son interlocuteur lui sourire en retour. Pour ce qui était du gâteau, on était cependant loin de tous ce que son imagination avait déjà pu lui dicter. Mais il aurait été trop simple et affreusement morne, ennuyeux ou encore horriblement anodin de proposer un simple biscuit comme on en trouvait partout. Tout était plus agréable et amusant lorsqu'on autorisait son esprit à sortir des chantiers battus. L'imagination était le bien le plus précieux et Madeleine l'avait compris depuis longtemps déjà.

- Excusez-moi madame, j'ai tendance à m'emporter, admit-elle cependant en se redressant quand elle se rappela qu'elle ne s'adressait pas à n'importe qui mais bien à une marquise qui avait sans doute mieux à faire qu'écouter ses petites caricatures qui ne faisaient d'ailleurs pas toujours rire.


Hj : J'ai mis hyper longtemps à répondre et en plus je ponds un truc bien nul qui ne fait rien avancer... Je suis super désolée --'

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Jeu 20 Juin - 9:56



Madeleine venait de faire part volontairement ou non, des quelques différents qui semblaient opposer certaines personnes de la troupe. A ces mots, Athénaïs ne put s'empêcher de sourire, car elle ne savait que trop ce que c'était que de devoir supporter quotidiennement les mêmes personnes avec qui l'on se devait de travailler et de montrer bonne figure, sans pour autant avoir d'affinités avec elles. Oh bien sûr, il arrivait que des liens se forment, à force de côtoyer ces personnes, mais il se pouvait également que le contraire se fasse... Faisant partie de la Cour et de la maison de la Reine, Athénaïs et ses "collègues" ne pouvaient se permettre de se crêper le chignon comme de vulgaire chiffonnières, et chacune tâchait de garder au maximum sa dignité face aux railleries plus ou moins discrètes des unes et des autres, quoi que la marquise n'eut quasiment jamais à en subir, elle avait trop de répartie pour que l'on ose s'attaquer à elle. Mais elle se dit que si elle avait fait partie de la troupe de monsieur Molière, comme Madeleine, elle ne se serait pas gênée pour dire aux uns et aux autres sa façon de penser si quelque chose venait à lui déplaire. Rien que cette sorte de liberté lui donna un petit sourire en coin. Mais elle se ravisa bien vite et mit son sourire sur le compte de la déclaration positive quant à l'approche des premières représentations.

-Oh, fort bien, leurs Majestés en seront ravies. J'en ferai part à la Reine cette après-dîner.

La belle dame, elle aussi, était impatiente de voir ce nouveau chef-d'oeuvre. Elle était très friande d'arts en général, et le théâtre faisait partie de ce qui lui plaisait le plus. C'était réellement quelque chose de divertissant, quelques heures où l'on n'avait plus à paraître et jouer soi-même puisque toute l'attention était portée sur les comédiens qui s'affairaient à plaire et amuser son public.

Soudain, Madeleine proposa un biscuit à Athénaïs, vantant les propriétés magiques de ceux-ci. La marquise prit un air amusé et entra dans son jeu, car tout comme Madeleine, elle se plaisait à inventer toutes sortes d'histoires amusantes pour divertir son entourage. Et Dieu savait combien les pauvres dames d'honneur de la Reine en avaient besoin... Elle prit alors le même air mystérieux que Madeleine.


-Oui, j'en ai également entendu parler... Et certaines personnes devraient en user plus que d'autres... lâcha-t-elle en regardant un courtisan passer non loin d'elles, l'air pincé.

Elle se mit alors à rire et attrapa un gâteau dans l'assiette que lui tendait son interlocutrice.

-Je n'en prendrai cependant qu'un, non pas que j'eusse suffisamment de réconfort et d'émerveillement dans ma vie, mais une autre des propriétés magiques de ce charmant met est de faire gonfler les hanches... dit-elle avec un clin d'oeil. Et tout-à-fait entre nous, j'ai déjà eu bien du mal, après ma récente couche, à retrouver ma ligne.

Madeleine s'excusa, et Athénaïs en eut l'air désolé. Il lui plaisait tant de trouver des personnes aussi imaginatives qu'elles et qui s'amusaient d'un rien, ces personnes étaient tellement rares qu'elle les considérait comme d'heureuses rencontres.

-Allons, ne vous excusez-pas, vous êtes charmante d'ainsi chercher à me divertir, et je vous en sais gré.

Bien entendu, ce n'était pas forcément l'intention première de Madeleine, mais lui faire penser qu'elle le croyait permettrait de faire déculpabiliser la jolie comédienne. Athénaïs aussi avait plus d'une corde à son arc. La marquise était bien curieuse de savoir quelle sorte de différent opposait Madeleine à une ou plusieurs personnes de la troupe, et qui étaient ces personnes. Un incorrigible défaut que sa curiosité, mais qui parfois pouvait s'avérer utile. En l'occurrence, le savoir ne lui serait d'aucune aide pour quoi que ce fut, mais serait simplement un moyen de s'occuper l'esprit avec de nouvelles informations. Mais il aurait été bien indiscret de le lui demander, aussi fallait-il attendre qu'elle souhaite en parler, ce qui probablement n'arriverait pas. Il fallait alors trouver un moyen de la faire parler. Elle n'avait que peu de temps car elle n'aurait sans doute pas toute la journée pour retourner auprès de la Reine, et certainement que Madeleine devrait tantôt s'en retourner à ses répétitions.

-Votre présence ici signifie-t-elle que les répétitions du jour sont achevées, ou simplement que vous bénéficiez d'une petite pause bien méritée? Car je suis certaine que vous travaillez d'arrache-pied.

Athénaïs sourit et, attendant la réponse de son interlocutrice, porta à ses lèvres le biscuit qu'elle tenait entre le pouce et l'index afin de croquer dedans. Il était délicieux, et les vertus que Madeleine avait vantées se trouvaient vérifiées.



HJ: un million de milliards d'excuses pour cet impardonnable retard Sad
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Lun 1 Juil - 0:19

La remarque de la marquise, à la suite de cette légende du biscuit tout juste inventée, eut pour effet de laisser échapper un léger rire à Madeleine. Il était agréable de se trouver face à une femme ayant de l'esprit et qui ne s'offusquait pas lorsqu'on glissait çà et là quelques remarques que certains auraient pu juger d'enfantines. Belle et assurément dotée d'une intelligence certaine, cela amenait d'ailleurs à se demander ce qu'elle faisait avec ce mari qui ne lui arrivait pas à la cheville. Du moins si on croyait les quelques rumeurs qui circulaient sur son compte. La comédienne n'avait jamais rencontré le Montespan, et était presque certaine de ne pas même l'avoir déjà aperçu, mais des discussions à voix basses qu'elles avaient pu surprendre par le passé, le marquis était mal accordé à cette femme qui méritait assurément mieux. Enfin. Il était peu probable que cela soit un mariage d'amour, songea Madeleine, qui au fond ne savait de cette histoire rien ou presque. Après tout elle se gardait bien de participer aux commérages. Une chose néanmoins certaine : qui que soit l'homme dont Athénaïs avait le titre, il était bien chanceux.
Par ailleurs elle était de celles qui étaient soucieuses de leur apparence et qui ne fondaient pas littéralement devant un plat de douceur. Voyant que la marquise semblait bien décidée à ne pas prendre plus d'un biscuit, Madeleine eut l'envie soudaine de se débarrasser de ce qu'elle tenait entre les mains en jetant cette assiette aussi loin que ses forces le voudraient bien. Bien qu'elle était loin de rester inactive durant la journée, il n'en restait pas moins qu'il était assez culpabilisant de constater qu'elle était sacrément moins responsable qu'Athénaïs, alors qu'elle de loin son aînée. La mode était certes loin d'être à la maigreur, mais une femme pourvue de trop d'embonpoint n'était pas ce qu'il avait de plus plaisant à regarder. Les deux femmes étaient loin d'être hideuses -du moins Madeleine était persuadée que son interlocutrice ne l'était pas- mais mieux valait prévenir que guérir. C'est ainsi que la comédienne abandonna relativement discrètement son assiette sur une commode, n'ayant tout de même pas résiste à la tentation de prendre une dernière friandise.
La question de madame de Montespan concernant la fin des répétitions ramena la Béjart à la réalité.

- Je crains de vous décevoir en vous disant qu'il vous faudra être encore patiente avant d'assister à la première représentation. Elle haussa les épaules d'un air résigné. Cela faisait bien longtemps que la troupe n'avait rien présenté de nouveau, et Madeleine avait la sensation que chaque jour qui passait l'éloignait un peu plus du public. Mais ces derniers mois il avait fallu traiter avec les accès mi-hypocondriaques du dramaturge et maintenant que les comédiens se retrouvaient avec un nouveau texte entre les mains et la remise au travail entraînait quelques tensions.
- Ces répétitions sont loin d'être terminées et je me suis aujourd'hui simplement éclipsée. Il reste des corrections à effectuer et à vrai dire les rôles ne sont pas encore clairement déterminés. Pour ma part j'hésite encore. Elle s'arrêta quelques secondes et porta un doigt à son menton d'un air songeur. Oubliant un instant la présence de son interlocutrice, elle repensait à la scène qui avait précédé sa rencontre avec la dame de cour. Madeleine fit une moue lorsqu'elle songea qu'elle avait peut-être pris la mouche un peu trop facilement. Une remarque de ma sœur m'a fait réaliser que je ferai sans doute mieux de m'abstenir d'endosser un rôle dans cette pièce.

Les joies de la famille. A chaque fratrie sa façon d'être, Athénaïs était sans doute bien placée pour le savoir. Chez les Béjart on avait toujours été honnête mais quand bien la vérité était souvent dite sur le ton de l'humour, elle n'était aux oreilles de Madeleine pas toujours très agréable à entendre. Cela faisait plusieurs décennies qu'elle vivait entourée de cette famille constituée tant de ses frères et sœurs que des membres de la troupe, et il y avait des jours où cela avait un côté oppressant. Comme ce matin où elle avait senti le besoin soudain de partir, ne serait-ce que l'espace d'une petite heure.

- Mais comme ces histoires doivent vous paraître de peu d'intérêt à vous qui côtoyez des personnes si importantes, reprit Madeleine qui avait la sensation d'en avoir déjà trop dit.
Après tout les spectateurs n'appréciaient pas le théâtre pour les répétitions souvent trop longues et parfois ratées mais bel et bien pour ces représentations où les comédiens avaient la chance de briller dans des habits de lumière.

- Songeant à la position que vous occupez dans la maison de Sa Majesté, permettez-vous que je vous pose une question, madame ? Elle hésita à continuer mais sa curiosité l'emporta finalement. Cela fait un moment que je m'interroge et vous croiser ici est l'occasion de connaître enfin la vérité. La reine sait-elle réellement jouir des plaisirs du théâtre. Elle disait cela à voix basse, s'étant quelque peu rapproché de celle qui était au service de Marie-Thérèse afin de s'assurer que personne ne l'entende s'interroger sur la capacité de la reine à apprécier les comédies qui demandaient un peu d'esprit. Si tout à l'heure la marquise lui avait assurée que la reine serait ravie d'assister à une nouvelle pièce, Madeleine en doutait à vrai dire un peu.
Plus elle parlait et plus elle se rendait compte du manque de délicatesse, et surtout de l'impertinence de sa question. Mais elle qui tenait toujours sa langue lorsqu'elle était en compagnie de ces nobles auquel elle devait le plus respect, avait aujourd'hui envie de commettre une petite indiscrétion. Alors maintenant qu'elle avait commencé autant aller jusqu'au bout. La comédienne cherchait cependant une manière diplomate de dire les choses, ce qui dans le cas présent n'était pas chose évidente. Après tout elle ne parlait pas de n'importe qui mais bien de la femme la plus importante du royaume.
- Pensez bien qu'à aucun moment je ne me permettrais d'insulter l'esprit sans doute très subtil de Sa Majesté, mais de là où je me trouve durant les représentations, j'ai souvent eu l'impression qu'Elle n'appréciait que moyennement le travail qu'on lui présentait. Peut-être n'a-t-elle pas... Elle s'arrêta avant la fin de sa phrase afin de tourner différemment sa supposition. Ou plutôt a-t-elle gardé cette rigueur d'esprit dont on prétend que les Espagnols sont affublés.

Sans doute était-ce quelque peu déplacé et Madeleine osait espérait que ce qu'elle venait de demander ne serait pas mal pris par Athénaïs. Mais il fallait bien avouer que la parisienne n'aurait pas été étonnée que la dame de compagnie n'ait que peu d'affection pour celle qu'elle servait. Après tout, comment une femme dont l'esprit était tant loué pouvait-elle supporter à long terme une souveraine aussi terne et dont Madeleine remettait sérieusement les compétences linguistiques en question ? Comme cette pauvre dame devait s'ennuyer à longueur de journée !

hj : désolée, c'est un peu long xD

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Mer 28 Aoû - 16:18

La marquise ne put cacher un petit air de déception qui s'était traduit par un pincement de lèvres et une mine quelque peu renfrognée qu'aurait pu afficher un enfant déçu de son cadeau d'anniversaire. En effet, la comédienne venait de lui annoncer que les répétitions n'en étaient qu'à leurs prémices et qu'il faudrait encore patienter pour enfin avoir le loisir d'applaudir la troupe de Jean-Baptiste Poquelin-Molière sur scène à l'interprétation de cette nouvelle comédie.

-Je comprends. J'imagine combien le travail à effectuer, entre apprentissage des textes, des déplacements et mises en scène, doit être prenant.

Mais quelle ne fut pas sa surprise lorsque Madeleine avoua hésiter... Non pas dans le rôle qui serait le sien, mais tout simplement à en prendre un! Une pièce de Molière sans Madeleine Béjart sur les planches lui paraissait inconcevable... Qu'avait bien pu lui dire sa soeur pour que cette grande comédienne en vienne à hésiter sur un point aussi important? La marquise écarquilla les yeux et la fixa de son regard azur perçant.

-Vous hésitez à jouer? Allons bon, vous n'y pensez pas? Moi qui vous ai toujours admirée, je serais tellement déçue de ne pas vous voir sur les planches...

Même si elle n'était pas grand chose, Athénaïs se plaisait toujours à donner son avis... Même lorsqu'on ne lui demandait pas! Mais son caractère était ainsi, franc. Madeleine sembla soudain avoir honte des aveux qu'elle venait d'émettre et changea bien vite de sujet pour en aborder un qui touchait d'un peu plus près la marquise: la Reine! La belle dame acquiesça d'un hochement de tête lorsque son interlocutrice lui demanda si elle pouvait lui poser une question. Et quelle ne fut pas son envie d'éclater de rire lorsque l'intitulé de celle-ci fut prononcé! La comédienne s'interrogeait sur la Reine et sa réelle jouissance du théâtre. Athénaïs était rongée par l'envie de lui répondre: "Mais ma pauvre, la Reine n'y entend rien! D'ailleurs, elle n'entend rien sur rien!". Mais elle s'en garda, car d'une part, Sa Majesté était sa maîtresse et elle lui devait le respect, et en sa qualité de dame d'honneur, elle ne pouvait ainsi salir sa réputation. D'autre part, pour qui passerait-elle à ainsi dénigrer la Reine de France, d'autant plus qu'elle était à son service? Vraiment non, dans ce monde où l'on ne pouvait avoir confiance en personne, Athénaïs n'allait pas se risquer à de tels propos. Elle se contenta d'afficher un petit sourire en coin.

-Eh bien... Je dirai que Sa Majesté se réjouit, certes moins que le Roi qui réellement est très friand de théâtre, à l'idée d'assister à cette représentation. La Reine sait apprécier les qualités des comédiens... Et même si Elle ne rit pas toujours à gorge déployée, car la discrétion qui impute à son rang la freine, soyez assurée du goût prononcé qu'Elle porte à votre travail. En fait, Sa Majesté prend très à coeur son rôle de Reine et se refuse à tout épanchement public de ses émotions, à l'image de son royal époux à qui elle veut plaire plus qu'à quiconque. Mais encore une fois, soyez assurée du respect et de la reconnaissance de Sa Majesté qui s'amuse réellement beaucoup des comédies qui lui sont présentées...

Athénaïs espérait qu'ainsi Madeleine aurait sa réponse, et qu'elle ne serait pas vexée du peu d'émotion dont Marie-Thérèse faisait montre. En effet, il était rare de la voir rire. Sauf en privé, lorsqu'elle s'amusait avec ses nains et ses bonnes espagnoles... Mais ces scènes, seules ses dames en étaient témoins.

HJ: mille mille mille milliers d'excuses pour ce retard... J'étais persuadée d'avoir répondu... sans doute un excès de zèle de ma connexion qui aura planté au poste de celle-ci. Sad
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Ven 6 Sep - 23:35


Si on s’en tenait aux dires de la marquise on avait là confirmation que le rôle de reine était peu enviable. Toujours faire preuve de retenue et de discrétion, cela devait être difficilement supportable. Observer, se taire, toujours chercher à plaire et ce, il ne fallait pas être un proche de la famille royale pour le deviner, en vain.
Cependant, la réponse d’Athénaïs laissa Madeleine quelque peu perplexe. L’index de sa main droite tapotant le bout de son nez, les yeux levés comme si elle était absorbée par une observation minutieuse des détails du plafond, durant quelques secondes elle parut absente.
Au pire, qu’en avait-elle à faire que la reine de France sache apprécier ou non la comédie ? Qu’en avaient-ils à faire ? Ce n’était pas comme si elle avait une influence quelconque sur son époux. S’il y avait quelqu’un pour les chasser du Palais-Royal, ce n’était assurément pas cette espagnole qui n'avait goût à rien, quoique la marquise prétendait de façon moyennement convaincante qu'il n'en était rien... Absolument. Marie-Thérèse n’était, en pratique, pas de celles qui comptaient à la cour. Et puis il était plus flatteur d’être apprécié des gens d’esprit dont la Montespan se faisait la fière ambassadrice qu’à une souveraine qui, aussi titrée et couronnée soit-elle, n’avait pas à cœur de démontrer qu’elle était dotée d’une intelligence se situant au moins dans la moyenne. Comme la pauvre jeune marquise devait dépérir d’ennui à servir une femme qui paraissait si morne… Espérons pour elle que Sa Majesté savait se montrer plus avenante en privé qu’elle ne l’était en public. Mais selon la comédienne, rien n’était moins certain.
Après une courte réflexion, Madeleine en vint donc à la conclusion qu’elle se moquait éperdument de plaire ou non à la reine. Elle préférait de loin se souvenir du charmant compliment que lui avait, il y a un instant à peine, fait la belle Athénaïs, que du manque cruel d’expression de la femme dont la noble dame était dame d’honneur. Mais bien sûr la comédienne se garda bien d’évoquer ceci tout haut. Ou du moins sous de respectueuses paroles elle le déguisa.

- Bien sûr, se contenta-t-elle de répondre, ses yeux bleus de nouveaux posés sur sa charmante interlocutrice. Humble comédienne à la langue aujourd’hui trop pendue, je m’égare à d’indiscrètes questions et ai jusque la sottise d’oublier le devoir de réserve qui incombe aux grands de ce monde.

D’un grand geste de la  main elle fit mine de balayer sa bêtise, comme on aurait chassé une mouche.
Réponse mielleuse qui avait pour simple but de ne pas dévoiler le fond de sa pensée. Sans doute la marquise l’avait-elle deviné car Madeleine ne se donnait pas grande peine pour paraître sincère.

- Se laisser aller à rire, reprit-elle avec une voix tintée de cynisme. Impensable, assurément.

Derrière ses mots qui n'avaient rien d'irrespectueux, un haussement d’épaules et un léger rictus laissaient facilement à penser qu'il s'agissait d'une légère hypocrisie. Feinte politesse à l’égard d’une reine aux oreilles sifflantes.
Avait-elle seulement songé au fait que la marquise, devinant que Madeleine badinait avec le sarcasme, se sentirait offensée pour la femme qu’elle servait ? Si peu. D’une part car elle jugeait qu’à son âge avancé elle n’avait plus à se soucier de continuellement paraître quand par répit elle voulait se contenter d’être ; d’autre par car, quand bien même elle la connaissait peu, elle jugeait qu’Athénaïs de Montespan avait mieux à faire que de s’offenser pour un sous-entendu.

- Heureusement, l'humeur enjouée de jeunes dames de cour et les beaux esprits, dont on dit que celui des Mortemart est le plus brillant, contrastent avec la rigueur espagnole.
D'un compliment bien tourné et sincère on pouvait tout faire oublier. Ou presque.

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Lun 9 Sep - 11:11

C'était bien connu, un compliment bien tourné, ou simplement sous-entendu lorsque la subtilité de celui à qui il était adressé était suffisante, bref un compliment pouvait aisément faire tout oublier à la majorité des courtisans. Mais c'était sans compter la perspicacité d'un interlocuteur tel que la marquise de Montespan qui n'en était pas dénuée.
Celle-ci sourit en dodelinant légèrement de la tête, et regardant un court instant le mur derrière Madeleine. L'esprit des Mortemart était connu et reconnu pour ce qu'il était, brillant, mordant, piquant, amusant. La rigueur espagnole était tout aussi célèbre et tout un chacun semblait curieux de la maison de la Reine. Si Madeleine, de manière extrêmement détournée, semblait énormément douter de la Reine et son esprit, Athénaïs ne se faisait plus d'illusion depuis bien longtemps. Elle la respectait pour ce qu'elle était, sa souveraine et maîtresse, mais elle n'éprouvait aucune affection ni affinité pour elle. Cette femme lui paraissait fade au possible, et d'ailleurs ne faisait aucun effort pour se sociabiliser ou se franciser. Sa Majesté était cependant très pieuse, et la marquise respectait cela. Elle mettait un point d'honneur à être de toutes les messes et toutes les confessions, c'était à se demander ce qu'elle avait à confesser outre sa gourmandise, d'ailleurs. Mais en dehors de cela, la Reine ne montrait que peu d'intérêt pour le monde qui l'entourait. Athénaïs avait bien plus de points communs et de liens d'amitié avec Louise de la Vallière ou Bonne de Pons d'Heudicourt, ses collègues. Elle regrétait d'ailleurs fort la présence de sa protectrice, la duchesse de Richelieu, qui avait eu la mauvaise idée de mourir. Elle était depuis peu remplacée par une demoiselle de Saint-Méchin. Athénaïs devait bien vite se trouver une autre protectrice ou un autre protecteur, car les frais engendrés par sa fonction étaient bien trop importants pour elle, son mari étant un fieffé panier percé.

La marquise se souvint alors d'une fois où, voulant égayer un peu le cercle, elle avait voulu faire de l'humour en plaisantant sur un courtisan qui s'était quelque peu ridiculisé. Elle avait sorti une pique dont elle avait le secret, et toutes les dames de compagnie s'étaient mises à rire... Toutes sauf la Reine. Elles se turent alors, et Athénaïs se sentit rougir lorsque Sa Majesté, n'ayant visiblement pas compris qu'il s'agissait d'une plaisanterie, sortit une phrase pathétique disant que cet homme ne l'avait pas fait exprès. L'espagnole était dénué de tout second degré... C'était désespérant pour quelqu'un comme la marquise de ne pouvoir plaisanter à son aise et devoir modérer ses propos de peur de ridiculiser la Reine.

ce souvenir la fit sourire tout autant que le compliment de Madeleine sur qui elle reposa son regard bienveillant.


-Vous êtes charmante, madame Béjart. J'espère fort que nous aurons bientôt le loisir de nous revoir, car m'entretenir avec vous est un réel plaisir. Cependant je me dois à présent de vous abandonner et retourner auprès de la Reine qui, ne me voyant point revenir, s'imaginera que je l'ai oubliée. Je crois aussi que vous devrez retrouver votre troupe? En tous cas, soyez assurée que nous sommes toutes très impatientes de vous applaudir sur scène. Au plaisir de vous revoir, chère Madeleine.

Souriant toujours, elle hocha légèrement la tête en guise de salut avant que de se retourner et marcher en direction des appartements de la Reine. Il lui faudrait vraiment enseigner à Marie-Thérèse les subtilités de la langue française et du théâtre...

HJ: je suis désolée, j'avais écrit quelque chose de mieux, mais quand j'ai posté le net a planté Sad du coup j'ai dû recommencer pleure
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Sam 14 Sep - 13:37


Terre-à-terre, Athénaïs avait à l’œil l’heure qui tournait. Et en tant que dame d’honneur d’une tête couronnée elle ne pouvait se permettre d’errer trop longtemps dans les couloirs. Ainsi elle suggéra qu’il serait bon que toutes deux retournent vaquer à leur occupation. Ce qui fit se rappeler à Madeleine qu’elle avait finalement quitté cette répétition pour une raison complètement futile et qu’il serait bien puéril de garder rancune pour si peu. D’autant que quand on prétendait jouer la comédie il valait mieux savoir prendre les remarques au second degré. Qu’elle se comporte en adulte responsable et retourne se faire donner la réplique.
Cette discussion, bien que prompte, avait redonné le sourire à une femme qui l’avait momentanément perdu. La morosité avait laissé place à un regain de bonne humeur, une douce félicitée suppléait à l’exaspération. Assurément l’esprit joyeux et piquant de la marquise de Montespan savait se faire contagieux. Ou plutôt il chassait le fade et appelait à l’heureuse subtilité. En somme il était un remède dont l’efficacité était depuis longtemps prouvée.

- Nous aurons très certainement l’occasion de nous croiser de nouveau.
Les demeures royales avaient beau être nombreuses et grandes, il n’était pas rare d’y croiser par hasard une connaissance. Et quand bien même la providence ne voulait pas qu’elles se bousculent de nouveau au détour d’un couloir, les salons qu’elles fréquentaient toutes deux seraient alors lieux de retrouvailles. Les deux femmes auraient alors tout le loisir de converser plus longuement.
- Du moins il n’y a rien que je ne souhaite plus. Car quand on tombait avec ravissement sur une oasis de bon goût on voulait à tout prix éviter de s’en éloigner, de peur de se trouver à errer de nouveau dans un désert de médiocrité.
- Que votre journée soit aussi charmante que notre conversation l’a été, madame.

En compagnie de la reine il s’agissait sans doute plus d’une chimère que d’un souhait réalisable. Mais on pouvait toujours espérer. Elle s’inclina légèrement en signe de respect et une fois qu’Athénaïs s’en fut allée, à son tour Madeleine tourna les talons et retourna en direction du théâtre. Ayant bien sûr pris soin d’emporter avec elle cette assiette de biscuits qu’il aurait été criminel d’abandonner. Elle ne résista d’ailleurs pas à la tentation d’en prendre encore un. Tant pis pour les hanches.
Arrivant devant les portes du théâtre la Béjart s’arrêta cependant, prise d’un instant d’hésitation. Se devait-elle réellement d’y retourner maintenant ? Non. Au fond elle ne devait rien à personne. Et à l’instant présent elle n’avait ni envie de répéter, ni envie de se faire la critique des scénettes que ses camarades joueraient devant elle. En ouvrant légèrement un battant afin d’y passer discrètement la tête elle remarqua d’ailleurs que le travail allait bon train, ce qui rendait sa présence presque obsolète. Alors il fallait en profiter. En ce mois de mars la température était certes glaciale, mais aujourd’hui le soleil était au rendez-vous. Le temps appelait donc à la promenade dans un jardin. Et le souci de conserver une humeur radieuse la poussait à fuir à grandes enjambées en direction des extérieurs. Ce que Madeleine fit sans plus attendre.
Fin du topic

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Que de beau monde dans les couloirs de ce palais. {Pv Athénaïs

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