Partagez | 

 Au détour des jardins [PV : Athénaïs ]


Jeu 28 Mar - 21:27

Aujourd'hui, je me sentais bien, la faiblesse qui s'était saisie de ma jambe il y avait quelques jours m'avait enfin laissé tranquille, il faut dire aussi que je me suis beaucoup reposé ces derniers temps. Mis à part les promenades que nous devons faire pour accompagner Sa Majesté, je ne suis pas beaucoup sorti, mais en même temps, on ne peut pas dire que le ciel s'y prête beaucoup, les pluies sont vraiment abondantes. Cet après-midi cependant, une accalmie semblait vouloir durer un peu, je mis donc ce temps à profit pour aller faire quelques pas et réfléchir. Oh je n'ai pas d'inquiétudes en ce moment...enfin pas pour l'instant, peut-être la lettre que j'ai dans la poche de ma veste et que j'ai reçu ce matin changera cela. Je ne l'espère pas. Je me dirigeais vers un banc, situé à l'ombre d'un arbre et entamais la lecture de cette missive. Elle venait de mon père. Ma mère venait de nous quitter, il ne souhaitait pas que je me rende à ses obsèques parce que, selon lui, je lui avais causé trop de soucis et j'étais, en quelque sorte responsable de ce décès. Je ne savais pas réellement quoi penser. J'étais évidemment très peiné d'apprendre le décès de ma mère, même si elle ne m'avait pas témoigné beaucoup d'affection, elle a toujours oeuvré pour mon bien, mais c'était l'attitude de mon père qui me surprenais, il a toujours été si effacé devant elle que je n'aurais jamais pensé qu'il serait du genre à m'interdire de lui faire mes adieux. Si j'étais marié au jour d'aujourd'hui, c'était bien à cause de mon père, ce fut la seule chose qu'il fit pour moi, il aurait mieux fait de s'abstenir, mais passons.

A cette heure-ci, il n'y avait pas grand monde dans les jardins, mis à part deux ou trois promeneurs, j'étais seul et cela m'arrangeais, ainsi, personne ne me surprendrais en position de faiblesse. Je sentais quelques larmes rouler sur mon visage. Je savais que je devais me ressaisir, je ne devais pas me laisser aller ainsi, après tout, il était écris que je ne pouvais pas y aller alors je ferais tout aussi bien de faire rapidement mon deuil. Plus facile à dire qu'à faire. J'avais donc bien besoin de ce petit aparté. Tandis que je tentais de reprendre mes esprits, mes pensées s'envolèrent vers mon passé, tous les moments passés avec ma mère me revenaient en mémoire, la plupart du temps, c'était les leçons qu'elle m'enseignait, les salons que nous fréquentions et bien sûr, le jour où elle me surpris en compagnie d'Armand, ce fameux jour où je tombais littéralement devant ma mère. Encore une chance que je ne me sois rien cassé. C'est grâce à elle si j'étais à la place que j'occupe aujourd'hui, c'est elle qui m'introduisit dans le cercle assez fermé des proches du frère du Roi. J'ignore encore à l'heure actuelle comment elle a bien pu s'y prendre, je n'ai jamais sû qui avait proposé mon nom lorsqu'il se murmurait qu'on recherchait de la compagnie pour le Prince. Ma mère connaissait beaucoup de monde, mais je crois que je ne saurais jamais à qui je dois ma recommandation.

Je me redonnais peu de courage en pensant à Monsieur que j'aimais follement, un amour qui dépasse la raison, mais qui me permets de supporter pas mal de choses. Je ne sais pas la nature exacte des sentiments que le Prince me porte, je sais qu'il m'aime un peu plus que ses autres "mignons", mais son amour le plus fort va au Chevalier de Lorraine, il faudrait être sot ou souffrir de cécité pour ne pas s'en rendre compte et je ne suis ni l'un, ni l'autre. Je pense également à Stefano. J'ai fait la connaissance de ce bel Italien il y a une semaine à présent, mais je me sens si bien en sa compagnie. Dès le premier jour de notre rencontre nous avons échangé des baisers passionnés et, depuis il ne se passe pas un jour sans que nous nous voyions au moins une fois. Même si j'aime sincèrement Stefano, il ne remplacera jamais le Prince dans mon coeur, non cela est tout bonnement impossible.

J'en étais là de mes pensées lorsque je décidais qu'il était temps pour moi de rentrer au château, je voulais revoir le Prince, je voulais être près de lui, j'en avais besoin. Je me levais donc du banc et achevais de m'essuyer les yeux pour afficher un air un peu plus présentable. Je commençais à marcher tout en repliant consciencieusement la missive de mon géniteur et rangeais ce bout de papier à sa place initiale. Cependant, je ne regardais pas où j'allais et, ce qui devait arriver, arriva. Je bousculais quelqu'un. Alors que je relevais la tête dans le but de m'excuser, je reconnus immédiatement la personne avec qui je venais "d'entre en contact", c'était , par chance une de mes amies. La Marquise de Montespan. J'esquissais un sourire désolé.

- Oh bonjour Chère Athénaïs, je suis vraiment navré de vous avoir bousculé ainsi, mais j'étais un peu perdu dans mes pensées. J'espère au moins que je ne vous ai point blessée.
avatar
Invité
Invité


Ven 29 Mar - 12:18

Cet hiver, décidément, était bien ancré, impossible de s'en défaire! Il n'avait cessé de pleuvoir, les sols étaient bien boueux et par conséquent glissants. Il fallait être un promeneur averti et aguéri pour pouvoir s'aventurer dans les jardins sans craindre de tomber à la renverse et de se salir. Mais Athénaïs aimait beaucoup la nature. Les jardns, c'était ce qui lui plaisait le plus, outre bien sûr le luxe ambiant des châteaux royaux. Elle trouvait ces bosdquets, ces buissons, ces arrangements floraux si bien pensés, bien joliment agencés, que c'en était un plaisir chaque fois nouveau pour les yeux, et même pour les oreilles lorsque le vent y passait ou lorsque quelqu'oiseau s'y posait, ou que les abeilles butinaient. Mais on était loin de ces saisons où les petits animaux se frayaient un passage discret dans les feuillages, c'était plutôt le temps des gouttelettes d'eau qui ruisselaient sur les feuilles mortes, le vent qui passait entre les branchages... Mais quoi qu'il en fut, Athénaïs aimait les jardins, en toutes saisons!

Et c'est pourquoi, malgré la grisaille et la boue, la marquise se rendit, lors d'une pause donnée par la reine, dans le jardin en dentelle, sans conteste son préféré du château-neuf, comme on l'appelait. Comme elle s'y attendait, les lieux étaient déserts. Déserts, en réalité pas tout à fait: un individu se trouvait lmà, assis sur un banc. La dame d'honneur de la reine ne tarda pas à le reconnaitre, il s'agissait de son ami et fidèle de Monsieur, le marquis d'Effiat. Ravie de trouver quelqu'un qu'elle appréciait pour partager sa promenade, la belle martquise alla d'un pas assuré vers lui. Celui-ci ne sembla pas l'avoir entendue arriver, et se leva de son banc comme un seul homme avant de la percuter de plein fouet alors qu'elle arrivait à sa hauteur.

Le choc ne fut pas d'une violence inouïe mais suffit à faire basculer la marquise qui, dans un réflex, se raccrocha au bras d'Antoine. Se redressant, celle-ci éclata de rire, un rire qui retentit dans les jardins que nulle autre présence humaien ne comportait.


-Eh bien mon ami, en voilà des façons de saluer les dames! dit-elle, riant toujours.

Voyant que celui-ci était tout désolé de son acte non prémédité, elle s'amusa à feindre une réaction avec un geste très théâtral.

-Oh si, je souffre affreusement, jamais je ne m'en remettrai et tout est de votre faute!

Puis elle rit à nouveau avant de prendre son ami dans ses bras. Salutation fort peu commune à la Cour lorsqu'on se trouvait en public, mais pour l'heure ils étaient seuls, et amis, alors ils pouvaient en profiter.

-Je suis bien aise de vous rencontrer aujourd'hui, il semblerait que la Cour ait décidé de se terrer à l'intérieur, mais vous connaissez mon besoin d'air, je ne saurais me résoudre à passer toute une journée enfermée, il me faut voir l'extérieur au moins une fois la journée. Et vous, qu'est-ce qui vous amène seul en ces lieux? J'espère ne vous avoir point importuné... Si c'est le cas, je vous prie de m'en excuser.
avatar
Invité
Invité


Ven 5 Avr - 20:55

Si je suis venu dans cette partie des jardins, c'est parce que je sais fort bien que l'on y trouve pas grand monde en temps ordinaire et la raison en est fort simple, c'est un endroit un peu "reculé" par rapport au reste du château, mais je sentais que j'avais besoin d'un peu de solitude pour prendre connaissance du contenu de la missive que j'avais entre les mains et la suite me prouva que j'avais raison. Aujourd'hui le temps s'accordait à merveille avec mon état d'esprit, je devais cependant me ressaisir et ne point me laisser abattre, la roue tourne pour tout le monde et je suis persuadé que d'une manière ou d'une autre, mon père regrettera l'affront qu'il vient de me faire, oui, je suis certain que le Seigneur y pourvoira. Ceci étant, mon envie de solitude disparue rapidement et c'était pour cela que je m'étais levé afin de retourner au château, je voulais voir Monsieur et, peut-être même l'embrasser, oui, en cet instant, je n'avais besoin que de cela. J'étais si empressé que je bousculais malencontreusement quelqu'un. Vous imaginez à quel point mon soulagement fut grand lorsque je reconnu en cette personne la Marquise de Montespan, une amie qui m'est très cher. Cela n'empêchait pas qu'elle faillit tomber, mais elle eut le réflexe de se rattraper à mon bras. Je lui fis un petit sourire malicieux.

- C'est une façon bien étrange il est vrai. Toutefois, cela me permet de faire en sorte que les gens se souviennent de moi.

Même si je faisais le fanfaron, je craignais tout de même qu'elle fusse blessée de quelque manière que ce soit, aussi je fus bien aise lorsqu'elle mima le désespoir et la douleur dans un geste très théâtrale digne des meilleures comédies de Monsieur Molière. Je pris un air effrayé et tournais la tête de tous côtés.

- Mon Dieu Madame, dites-moi où se trouve le puits le plus proche afin de m'y jeter pour réparer le préjudice que vous avez subi par ma faute.

Je ris avec elle et lui rendis son étreinte. Certes cette manière de saluer n'était pas très en vogue à la Cour, les convenances voulaient que l'on fasse montre d'une plus grande réserve, cependant, lorsque nous sommes seuls, comme c'était le cas actuellement, nous avions le droit de nous autoriser certains débordements. Mon sourire se fana un peu au fur et à mesure qu'elle parlait.

- Tranquillisez-vous mon amie, vous ne m'avez point dérangé, bien au contraire, je viens d'apprendre, par une missive qui se trouve actuellement dans la poche de ma veste, une bien triste nouvelle et un affront sur lequel je vais avoir du mal à passer et j'ai bien besoin de compagnie, aussi vous me voyez également fort aise de vous voir.

Je lui offris galamment mon bras l'invitant ainsi à faire quelques pas en ma compagnie.

- Comme vous l'avez si justement dit tout à l'heure, tout le monde semble vouloir rester à l'abri. Cela tombe bien, j'aurais besoin de vos conseils, si cela ne vous ennuie pas. Laissez-moi vous résumer rapidement la situation. Ma mère n'a jamais été un modèle de tendresse, je savais pourtant qu'elle m'aimait, mais elle ne me l'a jamais expressément montré, cependant elle a toujours agi pour mon bien. Preuve en est que c'est grâce à elle si je suis auprès du Frère de Sa Majesté à l'heure actuelle et croyez-moi si je vous dis que je lui en serais reconnaissant à vie. Mon père de son côté n'a jamais été présent pour mon éducation, la seule chose qu'il ait faite c'était de m'imposer ce mariage que j'exècre au plus haut point. Maintenant que vous savez cela, dites-moi comment vous réagiriez si vous receviez une lettre venant de votre géniteur, vous apprenant le décès de votre mère et si, quelques lignes plus loin, celui-ci vous interdisait de vous rendre aux funérailles, vous rendant responsable de cette tragédie. Pour une fois mon amie, je suis perdu, je ne sais comment agir.
avatar
Invité
Invité


Mer 10 Avr - 10:02

Antoine d'Effiat était un homme tout à fait charmant avec qui la marquise prenait souvent plaisir à discuter. Il savait se montrer original dans ses propos et dans ses actions, tout comme le montrait sa justification à sa drôle de manière de saluer les dames (qui en fait ne l'était pas, mais il cherchait simplement à répondre à la remarque de son amie). Athénaïs ne put qu'en rire de nouveau tout en lui prenant doucement le bras qu'il lui proposait afin qu'ils marchent un peu ensemble.

-AH mon ami, jamais je ne pourrai vous oublier, comment le pourrais-je? Surtout après une telle rencontre où je manquai de peu de perdre la vie par votre faute! ajouta-t-elle en riant toujours.

A son tour il se mit à jouer la comédie comme si son acte avait été irréparable et des plus effroyables, cherchant alors un puits afin de s'y jeter. La marquise en rajouta une couche en plaquant le dos de sa main sur son front dans un geste d'autant plus théâtral que seules seules spectateurs étaient les plantes dénudées par l'hiver, avant que d'ajouter:

-Ô, Antoine, je vous en prie, ne m'abandonnez pas dans cette détresse dans laquelle je me trouve! Je ne saurai m'en remettre seule!

Puis elle éclata à nouveau d'un rire sonore mais charmant qui résonna alors dans le jardin déserté par la cour.
Puis ils avancèrent ensemble dans ces jardins déserts qui alors pouvaient leur appartenir. Antoine ne tarda pas à lui confier les raisons de sa promenade solitaire. Ainsi donc, une lettre l'affligeait, et l'auteur n'était autre que son propre père, lui annonçant l'effroyable nouvelle du décès de sa mère, et lui interdisant de se rendre aux obsèques. Athénaïs en était horrifié, et son visage si jovial quelques instants auparavant, avait perdu son sourire et affichait une mine sincèrement compatissante pour son ami.
Elle arrêta alors leur marche pour se placer face à lui, et poser délicatement sa main sur la joue du marquis, dans un mouvement tendre et amical.


-Oh Antoine, je suis sincèrement désolée pour vous, je vous présente toutes mes condoléances et ne puis que comprendre votre peine. J'ai moi-même perdu ma mère au mois de février. S'il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour alléger votre peine, n'hésitez pas à me le mander.

Perdre sa mère était toujours quelque chose de difficile, peu importait les relations que l'on pouvait avoir avec elle. Certes les nobles n'élevaient guère eux-même leurs enfants, surtout dans les hautes branches, mais une mère avait toujours un rôle fondamental à jouer. Antoine semblait en avoir été plus proche que de son père, et le fait que ce dernier lui interdise d'aller à ses funérailles paraissait bien cruel à la marquise.

-Qu'allez-vous faire? ...Je veux dire... Monsieur votre père a beau être votre père, il ne peut vous interdire de rendre un dernier hommage à votre mère. Si votre désir est réellement de vous y rendre, que n'y allez-vous pas? Vous pourriez peut-être y aller incognito? Ainsi votre père n'en saurait rien et vous seriez soulagé.

L'idée pouvait paraître saugrenue, mais après tout il s'agissait là de sa propre mère, si Antoine avait le fervent désir de lui faire ses adieux, personne n'avait le droit de l'en empêcher pardi! Sauf peut-être le roi, mais certainement pas son père!

-Peut-être pourriez-vous solliciter une audience auprès de Sa Majesté qui vous fournirait un passe-droit pour braver l'interdiction de votre père? Peut-être pourriez-vous demander à Monsieur son aide?

Athénaïs cherchait par tous les moyens à aider son ami, car elle pouvait comprendre sa peine. Elle avait connu la même il y avait peu, et elle imaginait fort bien dans quel était de détresse elle se serait trouvée si on lui avait interdit de faire ses adieux à sa mère.
avatar
Invité
Invité


Lun 22 Avr - 19:41

Cette chère Marquise de Montespan. Athénais est une personne que j'apprécie énormément, elle est une des rares amies féminines que j'ai. Certains la juge très mal parce qu'ils ne prennent pas le temps de voir ce qu'il y a derrière le masque qu'elle arbore de temps en temps. Elle ne fait cela que pour se protéger et je le comprends aisément. Lorsqu'elle vous a accordé sa confiance et son amitié, alors elle devient la plus délicieuse des personnes qui soit, toujours prompte à vous aider et à vous conseiller si vous la sollicitez comme je le fais en ce moment. Pour l'heure, j'étais amusé par ses mimiques et j'entrais aisément dans son jeu.

- Si cela était arrivé ma chère, que vous ayez perdu la vie d'une façon si atroce, sachez que je ne m'en serais jamais remis. Je n'étais pas aussi doué qu'elle pour le théâtre, cependant, j'avais quelques rudiments grâce aux pièces que j'avais pu aller voir.

Elle surenchérit et je devais me mordre les lèvres pour ne point rire. Je la regardais avec toute la détresse que je pouvais feindre, puis je tournais la tête sur le côté et à mon tour, je mis ma main sur mon front, mimant ainsi le désespoir.

- Puisque vous me le demandez et, en ma qualité de gentilhomme, je ne puis vous laisser dans ces cruelles conjonctures que j'ai moi-même crée, je consens donc à ne point livrer mon corps aux profondeurs du premier puits que j'aurais pu trouver.

Mais à présent l'heure n'était plus à la plaisanterie, j'avais exposé à mon amie les raisons de ma promenade et elle en fut touché, sincèrement, je le vis dans ses yeux lorsqu'elle posa sa main sur ma joue. Je lui fis un doux sourire en guise de remerciement et ce fut là que j'appris la mort de sa propre mère. Je lui pris délicatement la main et y déposais un respectueux baisé.

- Je vous remercie Athénaïs, veuillez je vous prie accepter également mes condoléances, certes un peu tardives, mais sincères, pour votre mère. J'ignorais son décès. Quand au fait d'alléger ma peine, demeurez ce que vous avez toujours été pour moi, ma plus chère amie et je serais réconforté. J'ai toujours su que je pouvais compter sur vous, mais j'espère que vous n'ignorez pas qu'il en va de même pour moi...je veux dire que si d'aventure vous avez besoin de quoi que ce soit, d'une oreille attentive, de conseils ou bien quoi que ce soit que je sois en mesure de vous donner, je répondrais toujours présent à votre appel, sans aucune hésitation.

Avec cela, il était certain que la Marquise était très bien placée pour comprendre ce que je ressentais. J'écoutais ses propositions et elles étaient toutes excellentes, j'allais avoir matière à réfléchir. Il y avait cependant une proposition que je ne pourrais prendre en compte, lorsqu'elle me dit que peut-être Monsieur pourrait faire quelque chose, intervenir, d'une quelconque manière que ce soit, je savais déjà que ce ne serait pas l'option que je choisirais et la raison en est fort simple, Philippe...enfin le prince a déjà été si éprouvé par la mort de la Reine-Mère que je ne voudrais pas raviver chez lui une telle douleur. Je sais, cela peut sembler stupide, mais peu importe, je ne voudrais pas qu'il s'enferme de nouveau dans ses appartements comme il le fit après la mort d'Anne d'Autriche. Je souffrais de le voir ainsi. C'est sans doute égoïste de ma part, mais c'est ainsi.

- Effectivement, vous avez raison, mon père n'a aucun droit de m'interdire de me rendre aux funérailles. Je vais réfléchir à vos solutions mon amie et me déciderais pour celle qui me conviendra le mieux, je vous remercie en tout cas pour votre aide. Toutefois, je peux d'ors et déjà vous dire que je ne choisirais pas la dernière option. J'esquissais un petit sourire. Vous allez sans doute trouver ma raison égoïste ou bien sotte, mais Monsieur a ressenti tellement de peine lors du décès de sa propre mère que je m'en voudrais énormément de raviver de tels souvenirs. Rappelez-vous combien de temps il est resté dans ses appartements, refusant de voir le monde, n'acceptant que Philippe, de temps à autre. Je me sentais si impuissant que je me suis juré que le jour où il sortirait enfin, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour qu'il ne ressente plus l'envie de s'isoler ainsi.

Je baissais un peu la tête, gêné. Je n'avais jamais été très habile à dévoiler mes sentiments et c'était la première fois que je m'ouvrais à quelqu'un sur ce qu'il s'était passé à ce moment-là. Je me repris cependant et relevais la tête pour plonger mon regard dans celui de la Marquise.

- Voilà donc pourquoi je n'en parlerais pas à Monsieur. Il me reste donc le choix d'y aller incognito ou bien faire intervenir Sa Majesté. Pour l'heure, je pense que ce serait cette solution qui aurait...comment dire...le plus de poids, car mon père est comme il est, mais il n'est pas sot au point de défier le Roi. Je dois me hâter de prendre une décision, mais je pense que je vais laisser passer une nuit ou deux sur ces idées pour avoir l'esprit un peu plus clair, on m'a toujours dit que la nuit portait conseil, je saurais si c'est vrai.

J'adressais à Athénaïs un sourire un peu plus grand.

- A présent, parlons d'autre chose voulez-vous ? J'ai encore un petit conseil à vous demander, il s'agit d'une tout autre affaire, mais elle me touche tout de même de très près. C'est un peu délicat comme question et je ne voudrais point vous paraître inconvenant, mais il me semble que vous êtes la plus à même de m'aider. Voilà, comment vous dire, cela concerne ma femme. Vous n'ignorez pas à quel point je déteste ce mariage, je n'ai aucun attrait pour la gente féminine et mon épouse ne m'aide pas à en avoir, quoi qu'il en soit, elle demeure tout de même ma femme et je me dois de prendre soin d'elle. C'est-à-dire que je le ferais certainement si je savais ce qu'elle avait. Ces derniers temps, elle a des nausées et se plaint de maux de ventre ou d'estomac, mais sa servante ma rapporté que souvent, la nuit, elle demande à ce qu'on lui mène toute sorte de nourriture qu'elle associe sans goût aucun. L'autre jour je lui ai conseillé d'aller consulter son médecin, mais elle m'a répondu qu'elle savait ce qu'elle avait et que cela passerait dans quelques temps, que je n'avais pas à m'inquiéter. Ce qui est étrange c'est qu'en me disant cela, elle devenait rouge, comme si elle avait honte de quelque chose. Je sais fort bien que vous n'êtes pas médecin mon amie, mais en tant que femme, avez-vous déjà eu ce genre de...symptômes ?

Ce n'était un secret pour personne, je n'étais pas amoureux de mon épouse, cependant j'essayais de faire en sorte de vivre avec elle en bonne amitié. Elle savait que j'allais trouver du bonheur dans d'autres bras, d'ailleurs c'était déjà le cas avant que notre mariage n'ait lieu, mais même si je ne ressentais aucun sentiment amoureux pour elle, je ne la détestait pas au point de ne pas me faire du soucis pour elle. J'espérais que ce qu'elle avait n'était pas trop grave.
avatar
Invité
Invité


Mer 24 Avr - 8:54

L'événement qui touchait Antoine était tragique, infiniment tragique. Athénaïs en était d'autant plus consciente qu'elle l'avait vécu peu de temps auparavant. Son ami lui présenta à son tour ses condoléances, et la marquise les accueillit avec un léger sourire et le regard dans le vague. Sa mère était bien différente de son père qu'elle adorait, mais elle l'aimait aussi beaucoup. Elle avait un peu des deux en elle, le coté original, aventurier, ambitieux de son père, et le coté pieux et dévoué de sa mère, mais point autant poussé à l'extrême.

-Merci Antoine.

Non, certes non la marquise n'aurait pas supporté qu'on lui refuse l'accès aux funérailles de sa mère, qui donc pouvait se montrer assez cruel pour procéder à pareille interdiction? Surtout si mère et enfant n'étaient pas en froid. Décidément, les réactions du père Effiat pouvaient être bien incompréhensibles. Athénaïs se sentait pour le coup bien chanceuse d'avoir le père qu'elle avait, même si elle n'en écoutait pas toujours les conseils. Et elle était heureuse également d'avoir un ami tel qu'Antoine, qui lui mandait être prêt à tout pour lui venir en aide si un jour elle en avait besoin. Il ne se rendait certainement pas compte à quel point elle en aurait besoin dans peu de temps; Elle non plus d'ailleurs. Les paroles d'Antoine l'avaient touchée au point qu'elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Sa voix s'en ressentait plus émue.

-Merci infiniment. Vous êtes réellement un ami rare, une personne sur qui l'on peut compter, et je sais combien ce genre d'ami est difficile à trouver. Sachez bien évidemment que la réciproque est vraie mon ami, ajouta-t-elle en lui prenant la main entre les deux siennes.

Voilà à présent le marquis d'Effiat regonflé à bloc et prêt à tout pour se rendre à l'enterrement de sa génitrice. Cependant il fallait envisager les solutions. Y aller incognito ou demander l'aide expresse du roy lui semblait des idées envisageables. Mais demander quelque secours au Prince son aimé, il ne l'envisageait pas. Au début, la marquise n'avait pas compris pourquoi. Puis, à mesure qu'Antoine parlait, elle comprit. Il ne voulait pas lui rappeler la grande douleur qu'il avait lui-même traversée à la perte de sa mère, aussi préférait-il prendre le risque de ne lui pas demander son aide. C'était tout à son honneur, la générosité d'Antoine d'Effiat et son altruisme étaient sans bornes.

-Oh Antoine, vous êtes bien honnête de vouloir épargner ainsi Philippe. Le Prince peut se flatter d'avoir un ami tel que vous au milieu des crabes qui siègent autour de lui. Cette réflexion est tout à votre honneur, mon ami, je vous admire.

Antoine avait donc résolu de probablement demander l'autorisation du roy pour se rendre aux funérailles sans être inquiété de son père. Cependant il se donnait encore une nuit ou deux de réflexion. Ce délai paraissait bien long à la marquise. En principe, un enterrement ne tardait guère plus de quelques jours après le décès, or il l'avait appris par lettre donc cette nouvelle datait au moins de la veille ou de l'avant veille...

-Je ne voudrais surtout pas vous brusquer, très cher, mais ne pensez-vous pas que d'attendre d'avantage risquerait de vous faire arriver bien trop tard? Pensez avec moi: vous avez reçu cette lettre aujourd'hui, ce qui veut dire qu'elle a été envoyé soit hier soit avant-hier. Si vous attendez encore un ou deux jours avant que de faire votre demande au roy, et le temps que celui-ci y consente, l'enterrement de feu votre mère risque d'être déjà passé... Non... Si je puis me permettre un dernier conseil, ce serait de courir demander une audience à Sa Majesté dans les plus brefs délais, invoquant le peu de temps que vous avez pour formuler votre requête.

Cependant, et elle le comprenait, son ami souhaitait changer de sujet de conversation. Il est vrai qu'il existait de bien plus joyeux prétextes à converser que les décès tragiques et malheureux des membres de la famille. Étonnamment, ce n'était pas un sujet bien réjouissant pour lui qu'il choisit: son épouse. Athénaïs, comme tous ceux qui connaissaient Antoine, savait qu'il n'était absolument pas attiré par la gente féminine et que ce mariage lui faisait horreur. Cependant, Antoine était la personne la plus gentille du monde, et malgré que son couple soit dénué de tout sentiment amoureux, il mettait un point d'honneur à bien traiter sa femme et à veiller qu'elle ne manque de rien. Semblant s'inquiéter de sa santé, il manda à la marquise les symptômes dont était touchée cette dame, entendu qu'en tant que femme, elle aurait peut-être déjà ressenti les mêmes.

-Oh mon ami, oui, je me suis déjà vue ressentir ces mêmes symptômes... Deux fois. En effet, votre épouse a raison, ce n'est pas grave et cela passera au bout de quelques temps... quelques mois, dirais-je avec plus de précision. Je mettrais ma main à couper que votre épouse est grosse, mon ami. Réjouissez-vous, avec un peu de chance, vous aurez un héritier, et ainsi vous serez libre de ne la plus toucher que si vous en ressentez vraiment l'envie, ajouta-t-elle avec un petit sourire.

Elle savait pertinemment qu'Antoine ne se prêtait à cet exercice que le moins souvent possible, seulement le minimum requis pour "assurer" une descendance. La marquise se réjouissait que les efforts de son ami paient enfin.
avatar
Invité
Invité


Mer 1 Mai - 11:16

Les mots qu'Athénaïs prononça m'allèrent droit au coeur. Oui, j'avais une réelle amie en la personne de la Marquise de Montespan et c'était un fait très rare dans cette Cour pour être souligné. Ici, les amitiés sincères sont vraiment difficiles à nouer. D'ordinaire, les gens se lient entre eux simplement si les deux parties peuvent en retirer un certain avantage. Oh mais ne soyez pas surpris, les choses sont ainsi depuis que le monde est monde, voilà pourquoi il faut tout faire pour entretenir ce genre de relation lorsque par bonheur vous en avez une et c'est bien ce que je m'emploie à faire depuis que je connais Athénaïs. Je lui souris lorsqu'elle m'assura qu'elle-même serait toujours là pour moi. Enfin elle ne le dit pas ainsi, mais c'était ce que ses mots voulaient dire. Les trémolos que je pouvais entendre dans sa voix achevaient de m'assurer de sa sincérité, bien que je n'en avais jamais douté.

- Merci ma chère amie.

Lorsque j'avais expliqué à Athénaïs la principale raison pour laquelle je ne pouvais envisager de demander de l'aide à Philippe pour aller à l'enterrement de ma mère, je pensais que, peut-être, elle n'aurait pas jugé cette raison opportune, mais même si cela avait été le cas, elle ne m'en aurait rien dit. Quoi qu'il en soit, ce fut le contraire qui arriva, les compliments qu'elle me fit me mirent un peu mal à l'aise, non pas que je n'aimais pas que l'on m'en fasse, non ce serait idiot, c'était juste que je ne trouvais pas réellement ce qu'il y avait de si extraordinaire à vouloir épargner de grandes souffrances à l'être que vous aimez plus que tout. J'esquissais un sourire un peu gêné.

- Merci, mais je ne fais là rien de bien extraordinaire, je pense qu'il serait inutile que Philippe souffre de nouveau et sachant un peu comment il réagit dans certaines situations, je sais qu'il ferait tout pour m'aider, mais qu'une fois que je serais parti, il sombrerait dans une tristesse infinie et cela, je ne pourrais le supporter, tout simplement. J'eus un petit sourire. Humm... dit ainsi, cela pourrait presque me faire passer pour quelqu'un d'égoïste.

Les gens peuvent penser de moi ce qu'ils veulent, seul l'avis de mes amis compte pour moi et seul eux savent comment je suis. Lorsqu'Athénaïs me pressa un peu de prendre une décision, m'expliquant les raisons de cet empressement, je me sentais soudain bien sot. Je n'avais pas réfléchi quand au fait que la lettre n'était pas écrite d'aujourd'hui et que donc, le temps qu'elle parvienne jusqu'à moi, l'échéance des funérailles se rapprochait de plus en plus. En pensant à cela, d'autres idées, encore moins agréable me vinrent en tête.

- Vous avez mille fois raison mon amie, tout à ma peine, je n'avais point vu les choses sous cet angle, par ailleurs, il se pourrait même que l'enterrement ait déjà eu lieu. Voyez, pour comprendre cette pensée, il faut connaître mon père, savoir comment il agit dans telle ou telle situation et un homme qui interdit à son fils d'aller rendre un dernier hommage à sa mère est tout à fait capable d'avoir écrit la lettre annonciatrice du décès quelques jours après les funérailles. Ainsi donc, je vais tout de même y aller, je m'y rendrais incognito et, si d'aventure l'enterrement avait déjà eu lieu, alors je me rendrais sur la tombe de ma mère pour lui faire mes adieux. Je crains de ne pas avoir le temps de demander une audience à Sa Majesté, quand bien même je réussirais à l'obtenir dans l'heure. Je partirais donc ce soir, je préfère voyager de nuit. Merci encore Athénaïs pour tous vos précieux conseils.

Ensuite, j'avais évoqué le sujet de ma femme, de l'inquiétude qu'elle me donnait quand à son état, j'espérais que la maladie dont elle souffrait n'était pas grave et lorsqu'Athénaïs m'éclaira sur ce qu'elle avait, c'était comme si le sol s'ouvrait sous mes pieds, je sentais la terre m'engloutir, c'était une sensation atroce. Oh bien sûr, à la Cour tout le monde sait que le Marquis et la Marquise d'Effiat font chambre à part et vont chercher du bonheur dans d'autres bras, mais je n'aurais cependant pas imaginé que ma femme puisse avoir l'audace de faire un enfant avec un de ses amants. Je fis une petite grimace de dépit.

- Me réjouir ? Certes, cette idée me réjouirait, à condition que ce soit moi le père de l'enfant qu'elle porte. Hors cela fait plus d'un an que mon épouse et moi n'avons pas...enfin vous voyez. Cet enfant est donc bâtard. Que puis-je faire ? Pensez-vous que je doive le reconnaître comme étant mien ? Je veux dire...tout le monde sait que ce n'est pas le grand amour entre elle et moi, mais je ne pensais pas qu'elle irait jusqu'à avoir un enfant avec un de ses amants. Je sais, ce que je dis est idiot, je suppose que c'est impossible d'éviter ce genre "d'incident" pour une femme, mais je suis un peu perdu.

L'annonce que m'avait fait Athénaïs n'avait pas eu l'effet escompté, j'étais encore plus désemparé que lorsque j'étais dans l'ignorance.
avatar
Invité
Invité


Jeu 2 Mai - 9:27

Antoine et Athénaïs étaient rassurés sur la réciprocité de leur amitié qu'ils s'étaient une fois de plus déclarée. Qu'il était bon d'avoir un ami tel que cet homme, aussi sincère, gentil et dévoué. La marquise pouvait s'en flatter et en était fière, car cette homme était plein de mérite.

Elle remarqua que ses réflexions sur les funérailles qui risquaient de lui passer sous le nez, firent l'effet d'un coup de fouet à Antoine qui alors se décida à partir le soir-même. Et Athénaïs ne pouvait qu'acquiescer, en effet c'était la décision la plus sage à prendre. Le pauvre marquis était si attristé par la nouvelle qu'il n'avait sans doute pas réalisé ces détails pourtant importants. Ah les hommes... ils avaient beau avoir le vice italien, ils aurait toujours besoin des femmes pour leur rappeler certaines choses.

Et en parlant de cela, Athénaïs se sentit soudain bien bête d'avoir annoncé aussi joyeusement à Antoine que d'après ce qu'il lui décrivait, elle était probablement enceinte. Son ami venait de lui avouer que si c'était le cas, cet enfant n'était assurément pas de lui. La marquise écarquilla les yeux et mit une main sur sa bouche. Elle avait, encore une fois, parlé trop vite. Voilà qu'elle avait, sans le vouloir, causé une peine supplémentaire à son ami. Décidément... Ah, comme elle s'en voulait. La main qui était sur sa bouche comme pour se faire taire un peu tardivement, passa ensuite dans la main d'Antoine qu'elle prit affectueusement.


-Oh, mon ami, je suis désolée, je ne savais pas...

Il était à présent perdu quant à la marche à suivre. Devait-il reconnaître l'enfant? De toutes façons, l'avortement était formellement interdit par la loi, donc il n'avait que deux solutions: le reconnaître ou ne pas le reconnaître. En l'occurrence, telle était la question.

-Eh bien... à vous de voir. Tout ce qui sort du ventre de votre épouse est à vous, même si l'origine ne vous incombe pas. Aussi, si cet enfant est un garçon, vous pourriez avoir à y gagner de le reconnaître, vous aurez un héritier sans avoir eu besoin de faire quoi que ce soit. Si vous préférez avoir le vôtre, en ce cas faites-le adopter, mais il vous faudra tôt ou tard... accomplir votre devoir conjugal.

La vie était bien compliquée pour les hommes qui n'aimaient pas les femmes. Un an qu'il n'avait pas touché son épouse. Cela paraissait une éternité à Athénaïs qui se demandait si alors elle tromperait son mari si ce cas s'était présenté à elle. Certes non! Leur relation n'était plus ce qu'elle était, et même si Louis-Henry lui déclarait sans cesse un Amour éternel, pour elle c'était à présent différent. Mais en aucun cas elle ne le tromperait, ça non. Elle avait prêté serment à l'Eglise.
En tout cas, la situation de la femme d'Antoine expliquait bien les raisons de cet air gêné qu'elle avait eu lorsque son mari lui demandait ce qu'elle avait.


-La décision vous revient seul, Antoine. Réfléchissez-y à tête reposée. Vous avez bien le temps d'y penser de toutes façons. Mais je vous conseille d'en parler avec elle, tout de même.

La marquise songea que Mme d'Effiat avait bien de la chance d'avoir un mari tel qu'Antoine, car avec un autre, sa situation aurait été bien différente et probablement qu'elle se serait vue insultée voire battue. Mais Antoine était la bonté et la douceur-mêmes, aussi ne risquait-elle rien.
avatar
Invité
Invité


Ven 24 Mai - 21:25

Non, bien sûr qu'elle ne le savait pas, comment pouvait-elle le savoir d'ailleurs. Comme je l'ai dit tout à l'heure, il était de notoriété publique que mon mariage n'était pas un mariage d'amour et que ma femme et moi n'avions partagé notre lit que très peu de fois, seulement le temps nécessaire pour remplir nos devoirs conjugaux, cependant, ce n'était pas vraiment une réussite et, après quelques tentatives, sept pour être précis, nous avions décidé elle et moi de faire...comment dire...une petite pause et d'aller un peu voir ailleurs. Même pendant que nous tentions d'avoir un enfant, j'allais voir ailleurs, mais ma femme ne voulait pas le faire et puis, elle en eut assez de ces échecs, elle se sentait même responsable, je la réconfortais comme je le pouvais en lui disant que ce n'était pas vrai, qu'elle n'y pouvait rien, que c'était le Seigneur qui l'avait voulu ainsi. Après tout, même si je n'étais pas amoureux d'elle, je ne la détestais pas. Quoi qu'il en soit, elle aussi alla chercher du réconfort dans d'autres bras et cela ne m'a jamais dérangé puisque je faisais pareil. Enfin, cela ne m'a jamais dérangé jusqu'à aujourd'hui, comment vais-je faire avec un enfant qui n'est pas de moi ? Dois-je dire à ma femme que je suis au courant ? De toute façon, elle ne pourra pas me dissimuler son état bien longtemps. Peu importe les excuses qu'elle pourrait trouver pour expliquer les manifestations de sa grossesse, jamais rien ne pourra expliquer un ventre qui grossit en peu de temps. J'étais réellement perdu. J'esquissais un petit sourire en direction d'Athénaïs.

- Ne vous inquiétez pas mon amie, vous ne pouviez le savoir.

Je déposais galamment un baisé sur sa main. A présent que j'étais au courant de l'affaire, je devais réagir intelligemment. Certes je cours le risque d'être la cible des commères de la Cour, je les entends déjà d'ici, pérorer sur mon couple. Elles se demanderont certainement comment ma femme peut-elle se retrouver enceinte alors que nous ne faisons plus rien depuis un moment. Oh je ne veux pas dire par là que nous faisons cela en public, mais personne n'a vu ma femme sortir de mes appartements depuis bien longtemps, à l'inverse, on me voit assez souvent en compagnie du Prince ou d'un de ses mignons. Les mauvaises langues vont vite en besogne, croyez-moi. Remarquez, dans toute cette histoire, je suis certain que ce serait plutôt la réputation de ma femme qui en pâtirait et cela, je ne peux le permettre, aussi je pense qu'il serait préférable que je reconnaisse l'enfant. Je regardais mon amie en hochant positivement la tête. Encore une fois elle avait raison. Athénais de Montespan était vraiment une femme avec un esprit vif, une conversation agréable et de plus, elle était toujours de bon conseil. Je bénissais le ciel chaque jour d'avoir une telle amie.

- Ah ma chère, encore une fois vous avez raison. Je ne sais pas encore avec exactitude comment je pourrais annoncer à ma femme que je sais ce qu'elle a et, comment pourrais-je la rassurer en lui expliquant par exemple que je ne la chasserais pas, mais je suis certain que je finirais par trouver, même si ce n'est une conversation que l'on peut avoir entre deux portes.

Je plissais un peu les yeux, en proie à une intense réflexion. Soudain, une idée me vint. Oui, si je procédais ainsi, cela serait parfait. J’entraînais soudain Athénais près d'un bosquet, je cueillis une fleur que je lui donnais en remerciement de tous ses précieux conseils.

- Que ferais-je sans vous ma chère ? J'ai eu une idée, si j'organisais un repas dans mes appartements en tête-à-tête avec mon épouse, elle se doutera que je voudrais lui dire quelque chose d'important, mais comme elle ne sait pas que je suis au courant, alors elle n'aura pas trop peur, enfin je suppose et puis, ce n'est pas la première fois que je nous aurons un tel dîner et alors, une fois que la soirée sera bien avancée, je pourrais amener le sujet tout en douceur.

Tout heureux de ma trouvaille, j'interrogeais Athénais du regard, je voulais son avis en tant qu'amie bien sûr, mais également en tant que femme, que pensait-elle de ce genre de procédé ?
avatar
Invité
Invité


Lun 27 Mai - 16:34

Décidément, le sort s'acharnait contre ce pauvre marquis d'Effiat. Entre sa mère décédée, son père qui se montrait d'un amabilité sans bornes, et son épouse qui lui faisait l'enfant d'un autre dans le dos, Antoine avait de quoi être ravi! Et pourtant, il relevait la tête et souriait. Il trouvait la force de remercier son amie pour ses conseils. Oh, bien sûr Athénaïs n'attendait pas de remerciement, ni rien d'autre d'ailleurs. Le marquis était son ami, et elle mettait un point d'honneur à venir en aide aux personnes qui lui étaient chères autant que faire se pouvait. Dire ce qu'elle pensait le plus sûr de faire, donner un simple conseil ou avertissement ne coûtait pas bien cher et rendait parfois de grands services alors à quoi bon en être avare? Et ce brave Antoine semblait en avoir bien besoin. A tel point que la marquise de Montespan s'attendait presque, lorsqu'il l'amena près d'un bosquet, à ce qu'il lui sorte encore une autre mésaventure d'une tout autre sorte mais tout aussi fâcheuse. Mais il n'en fut rien. Antoine se contenta de lui baiser amicalement la main et de lui offrir une fleur, ce qu'Athénaïs accepta avec un beau sourire et un regard chaleureux et amical.

-Merci, mon ami. Vous savez, vous venir en aide est pour moi un plaisir. Non pas que je puise mon plaisir dans votre malheur, mais je me dis que si je puis être une bonne amie en vous offrant mon secours, alors vous m'en voyez comblée, et je sais, vous connaissant, que vous feriez de même pour moi.

Alors qu'Antoine semblait en intense réflexion pour trouver comment annoncer à son épouse qu'il était au courant de son état, voilà qu'une lueur éclaira son regard. Il avait trouvé et imagina d'organiser un dîner. L'idée paraissait plutôt bonne à Athénaïs qui, bien qu'elle ne connaissait guère très bien l'épouse du marquis, pensa qu'il valait toujours mieux discuter de choses personnelles dans un espace clos et familier. Elle hocha donc doucement la tête en souriant, après avoir sentit la douce odeur de la fleur fraîchement coupée par son ami.

-Eh bien cette idée me semble fort judicieuse. Votre épouse sera rassurée d'être dans un endroit qu'elle connait et sans témoin pour parler de cette chose qui pourrait l'embarrasser. Vous pourrez encore la rassurer sur vos intentions, et tout ira pour le mieux. Vous savez, Antoine, c'est réellement tout à votre honneur de vous montrer aussi prévenant. En pareille situation, je ne suis point sure que d'autres garderaient un tel sang-froid et une telle gentillesse. Ne serait-ce que mon mari, qui dit m'aimer comme il ne se peut point exister, je suis certaine qu'il entrerait en une rage folle si pareille aventure nous arrivait. Fort heureusement, il saut qu'il peut avoir confiance en ma vertu, mais je sais que si ce ne fut pas le cas... Enfin souvenez-vous du scandale qu'il a fait lorsqu'il s'imaginait que Monsieur et moi avions une relation plus poussée que celle de la simple amitié. C'était risible au possible et Philippe en rit encore.

Athénaïs souriait même si sur le moment lorsque c'était arrivé, cette histoire l'avait plutôt mise dans l'embarras. Mais à présent, elle pouvait bien en rire aussi, c'était passé depuis longtemps.

-Bon, vous avez moult choses à préparer ce me semble, aussi vais-je regagner mes quartiers. J'espère que vous me tiendrez informée des suites de tout ce dont nous avons parlé. Et si quelque tracas vous revenait, n'hésitez pas à m'en faire part, ma porte vous sera toujours ouverte ainsi que mon oreille.

Faisant une nouvelle fois fi des convenances, Athénaïs prit Antoine dans ses bras et l'étreignit quelques secondes afin de lui dire au revoir. Puis, elle desserra son étreinte avant de le lâcher complètement.

-Adieu mon ami.

Et dans un mouvement leste et vif, elle fit demi-tour et marcha le long de l'allée. La fleur toujours dans ses petits doigts fins, elle l'amenait de temps à autre vers son visage afin d'en sentir les doux parfums. Elle ne tarda pas alors à se soustraire à la vue du marquis d'Effiat, et mis quelques instants à regagner son petit appartement.


Dernière édition par Athénaïs de Montespan le Mar 11 Juin - 14:50, édité 1 fois
avatar
Invité
Invité


Dim 9 Juin - 15:14

SUJET TERMINE
avatar
Invité
Invité



Contenu sponsorisé

Au détour des jardins [PV : Athénaïs ]

Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Au détour des jardins [PV : Athénaïs ]
» Election - Grande Saline: Second tour necessaire!
» Tour de Farce
» La Tour du Savoir
» Entre éthique politique et mauvais tour de la communauté internationale

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vexilla Regis :: Le grand divertissement :: Anciens Rp-