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 Quelques jours loin de la Cour [PV : Monsieur et Philippe de Lorraine]


Mer 10 Avr - 19:29

Les jours se suivent et se ressemblent, la pluie ne semblait pas vouloir nous laisser tranquille. Oh bien sûr nous bénéficions de quelques éclaircies de temps à autre, cependant la grisaille prédominait et créait, selon moi, une atmosphère pesante, voire quasi irrespirable. Cependant, aujourd'hui je respirais mieux, peut-être était-ce dû au fait que je ne me trouvais pas avec la Cour. Oui, vous avez bien vu, aujourd'hui, je n'étais pas à Saint Germain en Laye, mais à Saint-Cloud, dans la demeure de Monsieur. C'était un endroit réellement somptueux, le Prince avait un goût sûr pour la décoration et ce château était un véritable bijou. Les jardins n'étaient pas encore complètement achevés, ils n'en demeuraient pas moins ravissants. De toute manière, quelque chose me dit que Son Altesse n'en aura jamais vraiment terminé en ce qui concerne l'embellissement de sa demeure.

Ce bâtiment est un présent que Sa Majesté a fait à son frère. Il arrive parfois que Monsieur ne décide d'y emmener qu'un nombre restreint de personnes et c'est le cas aujourd'hui, nous ne sommes que quelques-uns à être du voyage, des mignons pour la plupart. Cette petite pause loin du tumulte de Saint Germain ne pouvait pas mieux tomber, je n'avais toujours pas solutionné le problème de ma présence à l'enterrement de ma mère. Les conseils de ma bonne amie, la Marquise de Montespan, résonnaient encore à mes oreilles et je ne savais lesquels mettre en application. Néanmoins, je me décidais de plus en plus pour demander audience à Sa Majesté. Si j'avais un ordre de sa part, mon père ne pourrait aller contre ma présence, il n'oserait pas défier le Roi. D'un autre côté, j'ignorais si mêler Sa Majesté à des affaires d'ordre privé était un choix judicieux. Athénaïs m'avait également conseillé d'en parler à Monsieur, je trouvais ce choix beaucoup plus raisonnable, le Prince trouverait aisément quelques moyens pour que je me rende à ces funérailles, cependant, étant donné la douleur récente qu'il a ressenti à la perte de sa bien-aimée mère la Reine Anne d'Autriche, cela ne serait peut-être pas très...comment dirais-je...délicat de ma part de remuer de si mauvaises émotions.

Il me restait donc la troisième solution, celle d'y aller incognito. Je crois, après mûres réflexions, que c'est celle-ci que je choisirais. A part Athénaïs, personne n'est au courant de ce malheur qui me frappe, pas-même Stefano et pour l'instant, je trouve que c'est très bien ainsi. Je n'ai jamais vraiment aimé étaler mes humeurs à la face du monde. N'allez pas imaginer qu'il s'agit d'un manque de confiance de ma part envers mes amis, non, ce n'est pas cela, au contraire, je remettrais ma vie entre leurs mains, c'est juste que je n'ai pas été habitué à extérioriser ce que je ressentais, j'ai toujours plus ou moins peur de déranger lorsque je me confie. Bref, comme vous pouvez le constater, mon esprit est un peu confus et j'avais grand besoin de cet intermède.

Le temps qu'il faisait dehors nous contraignait à rester à l'intérieur, mais nous ne nous ennuyions pas pour autant, il y avait toujours des jeux de cartes ou bien l'on pouvait écouter de la musique ou tout simplement se promener à travers les nombreuses pièces du château. Nous étions libre d'errer là où bon nous semblait. J'étais, pour ma part, en train de marcher dans les couloirs, près des grandes fenêtres, si bien que je pouvais contempler les jardins qui s'étendaient un peu plus bas. S'il avait fait un peu plus beau, je me serais risqué à l'extérieur pour aller voir la Grande Cascade, mais inutile de se faire mouiller pour aller contempler quelques jets d'eau. Mes pas me menèrent dans un des salons et j'eus le plaisir de le voir occupé uniquement par Monsieur et Philippe de Lorraine. Je restais dans l'encadrement de la porte, prenant quelques instants pour les contempler et ce faisant, je me rappelais comment avait eu lieu ma rencontre avec Philippe de Lorraine, à l'époque, j'avais très vite compris que si je voulais "durer" auprès de Monsieur, je devais devenir ami avec le Chevalier de Lorraine.

Cette amitié ne m'empêche cependant pas de ressentir un peu de jalousie, souvent exacerbé avec un malin plaisir par Monsieur, lorsque je les vois ensemble. Je n'y peux rien, je sais que la force des sentiments que j'éprouve pour Monsieur, n'est pas partagée par ce dernier. Je sais qu'il m'aime bien, mais il ne m'aimera jamais autant que Philippe, cela est certain. Parfois, je me "venge" de Monsieur, mais ce n'est jamais bien méchant et puis, le Prince arrive toujours à se faire pardonner. Tandis que je les observais discrètement, j'hésitais sur la conduite à tenir, allais-je m'avancer et les rejoindre ? Ou bien allais-je faire demi-tour et reprendre ma promenade ?

Une domestique qui arrivait avec un plateau mit fin à mon questionnement, de toute manière peu importait à dire vrai, car j'avais l'intention d'entrer, oui, en ce moment, j'avais besoin de me changer les idées, j'avais besoin de le voir...j'allais donc les voir. J'avançais dans la pièce, un fin sourire étirant mes lèvres et, lorsque je fus près du Prince, je fis la révérence, respectant ainsi scrupuleusement l'Etiquette puis je me redressais et me tournais vers Philippe que je saluais en inclinant doucement la tête. Mon regard se porta de nouveau sur le Prince.


- Pardonnez-moi de cette interruption, mais je me promenais dans le château et mes pas m'ont porté jusqu'ici, cependant, si je vous dérange, je peux repartir.

Bien sûr, intérieurement j'espérais qu'il me dise de rester.
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Jeu 6 Juin - 19:09


    Fallait-il véritablement penser ? Oui penser, réfléchir, construire des raisonnements, comprendre des interrogations et en poser de nouvelles, agir en conséquences. Quel besoin, quelle nécessité ? La société vous répondrait-on, la civilité, l'ambition, le salut, la survie. Ah, mais s'il n'y avait pas de réflexion, il n'y aurait pas de société. , il n'y aurait pas ce besoin d'exercer son esprit, de le tordre dans tous les sens pour pouvoir briller ou astreindre son corps. La société ce n'était jamais que l'hypertrophie d'un éclat de pensée survenu lorsque l'homme s'était élevé au-dessus des autres créatures dans la nuit des temps. Une aliénation sordide, voire même morbide, et qui torturait l'esprit du Prince ce matin. Il regrettait d'être doté d'une telle malédiction qui lui pesait et qui l'alourdissait, l'engourdissait. Monsieur ne voulait pas penser, c'était trop fatiguant, trop harassant, trop décevant. Il ne connaissait rien des philosophes et ne voulait rien en connaître, il en entendait parfois déjà trop par souffle et cela lui suffisait. Il avait simplement retenu d'un homme qu'on disait illuminé ou saint -selon son point de vue- que les divertissements détournait l'homme de la mort et de la vision de Dieu, ou quelque chose de cet ordre-là. Il l'avait retenu parce qu'il devait avouer qu'il approuvait tout à fait cette idée et que s'il pensait à cela c'était qu'il ne se divertissait pas assez.
    Il fallait donc y remédier.
    Le Roy avait enfin donné son accord pour que son jeune frère organise une fête à St Cloud. Philippe jubilait, il dansait presque, esquissant quelques petits pas de danse sur les parquets de son beau château, faisant claquer ses talons rouges en tourbillonnant avec ses petits mignons chéris. Le Duc d'Orléans allait sortir sa cour de son pourrissement quotidien. Les festivités seraient aussi grandiose qu'à Vaux-le-Vicomte ou dans les jardins de Versailles, il prévoyait même de les dépasser, reléguant ces évènements à de simples sauteries. Il était temps de recréer un cycle, de créer un renouvellement: les intrigues trouveront un terrain fertile et florissant, les amours pourront se cacher aux yeux de tous avant d'être découvert, et dans cette agitation la lassitude de Monsieur s'évanouirait peut-être. Cette passion pour les célébrations cachait sous le velours de sa cape un profond sentiment de vide. Il s'y emmitouflait pour voiler son mal-être croissant et se perdait dans les délires festifs à la recherche de ce qu'il ne parvenait pas à attraper et que personne ne semblait pouvoir combler. Et cette petite autorisation lui avait aussi rappelé son statut de "prisonnier", enfermé comme dans un couvent il ne pouvait quitter la Cour sans l'accord de son frère aîné, il ne pouvait sous aucun prétexte manquer les apparitions publique de Louis. Toutes les fêtes, les cérémonies et toutes les étapes de l'étiquette ne pouvaient être oubliées dans les tréfonds de la vie mouvementée du prince de sang et cela faisait parti de son devoir royal que de faire acte de présence auprès du monarque, de le suivre partout, pour l'image d'une famille soudée et régnante, pour l'image du royaume.
    Une image par ailleurs souriante, aux couleurs vives et plus que voyante ce soir là. Monsieur était malgré tout content et cela était visible dans ses yeux ébènes. Il avait tout de même donné une touche plus sobre à sa joie en appliquant cette perruque noire qu'étrangement il affectionnait. Le pourpre sombre de sa cape voltigeait derrière lui et il riait à gorge déployée. Embrassant l'un de ses derniers petits mignon fougueusement, puis un autre de ses courtisans, il s'arrêta et repris une très légère touche de sérieux.
    Mais il ne voulait pas rester avec eux... Du moins pas tous. Un seul lui suffisait...


    -Allez mes petits amours. Préparez-vous pour notre petite gâterie future.

    Les mignons s'envolèrent comme une volée d'oiseau, pourtant Philippe en rappela un.


    -Pas toi Chevalier, fit-il dans un sourire. Viens près de moi.

    Il le regarda, caressa doucement sa joue.


    -Je te préfère à côté de moi...


    Passa sur sa nuque.


    -... voire très près.


    Des bruits de pas lui firent redresser légèrement le menton. Mais il sourit en voyant qui se trouvait là. Effiat... Son tendre marquis. Le sourire du prince était joueur, charmeur.

    -Mais non Marquis, restez vous aussi. Votre promenade peut bien s'attarder ici n'est-ce pas ?


    Il eut un petit sourire en regardant son Chevalier.


    -Je serai ravi d'avoir votre compagnie.

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À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
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Jeu 22 Aoû - 15:22

Tandis que j'attendais la réponse de Monsieur,  je ne pouvais empêcher mon regard de se promener sur le visage du Prince, puis sur le reste de son corps. Si Sa Majesté est reconnu comme étant le plus bel homme du royaume, je trouve pour ma part que son frère n'a absolument rien à lui envier. Je me rappelle encore les premiers sentiments qui furent les miens lorsque, âgé de quatorze ans à peine, je fis la connaissance de ce Prince dont la réputation n'était déjà plus à faire.  A cette époque, j'étais si désespéré, c'était juste après le renvoi d'Armand par ma mère, mon cher Armand...qui sait ce qu'il pense de moi à présent, s'il savait que je n'y suis pour rien dans toute cette histoire... j'ai malheureusement peur du contraire. Ma rencontre donc, lorsque j'ai vu Monsieur arriver, dont le titre était alors le Petit Monsieur, je sentis que mon cœur allait déborder de ma poitrine, je me fis la réflexion que je n'avais jamais aimé jusque-là, non, je ne savais pas ce que c'était que d'être amoureux avant que mon regard ne se pose sur le frère du Roi. Malgré les années, cet amour ne s'est jamais épuisé, bien au contraire. Oh bien sûr je sais très bien que la force des sentiments qu'il a pour moi n'égale pas la mienne,  loin s'en faut,  mais le principal c'est qu'il en ait tout de même à mon égard, non ? En tous les cas, je m'en contente et puis, je sais bien que personne ne pourra détrôner le Chevalier de Lorraine dans le cœur de Son Altesse, j'en suis parfaitement conscient et je m'y suis résigné, même si parfois une petite pointe de jalousie me traverse le cœur lorsque je les vois.  C'est d'ailleurs cette diablesse qui a fait que j'ai voulu les rejoindre dans la pièce alors même que tous les mignons du Prince s'en allaient, sur demande de celui-ci. Enfin, tous non...et si vous avez écouté ce que j'ai dit, vous savez lequel est resté.

Je m'étais donc avancé  vers les deux hommes, mais j'avais déjà dans l'idée que si le Prince préférait un tête à tête avec Philippe,  je ne m'imposerais pas. Heureusement, ce ne fut pas le cas.  J'esquissais un petit sourire et inclinais doucement mon buste.



-  Certes, cela peut se faire.

Son regard dévia vers le Chevalier tandis qu'il me disait qu'il serait ravi d'avoir ma compagnie,  je me retins de lever les yeux au ciel, il pourrait au moins me regarder lorsqu'il dit cela, mais sans doute le fait-il exprès, j'ai remarqué qu'il aimait beaucoup titiller ma jalousie, il avait certainement dû se rendre compte qu'il n'avait pas grand chose à faire pour réveiller en moi ce défaut. Oui, le Prince peut être très joueur parfois, mais pour le moment, faisons comme si de rien était.  Je m'installais donc tout naturellement  de l'autre côté du Prince.

- Vous savez que je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour vous satisfaire mon Prince

Pour attirer un peu l'attention de Monsieur sur moi,  je pris doucement sa main et en caressait tendrement le dos avec mon pouce.  Lorsque ses yeux rencontrèrent les miens, j'eus un doux sourire et penchais un peu la tête sur le côté.

-  Dites-moi,  est-il possible d'avoir quelques informations sur la réception que vous allez donner ce soir, ou bien souhaitez vous à tout prix garder le secret jusqu'au dernier moment ? J'aimerais par exemple savoir si nous devons nous vêtir d'une manière particulière ou pas.

Monsieur était connu pour être le meilleur organisateur de réception du royaume, même Sa Majesté faisait appel à lui lorsqu'il voulait organiser une fête, d'ailleurs c'était un des passe-temps favori du Prince, il n'y avait qu'à voir avec quelle minutie il s'occupait du moindre petit détail. Toutefois, n'en déplaise à certaines mauvaises langues, Philippe pouvait observer la plus grande des discrétions lorsqu'il s'agissait de ses « créations », je n'étais donc pas certain qu'il consente à me répondre, voilà pourquoi j'usais de la plus grande des douceurs. M'enhardissant, j'avançais doucement mon visage vers celui du Prince et embrassais délicatement ses lèvres tout en murmurant.

-  Remarquez, s'il faut venir aussi vêtu que le jour de sa naissance, cela réglerait le problème vestimentaire, non ?

Je me reculais doucement pour le fixer en ayant un sourire amusé.  Bien sûr, je plaisantais, je n'étais pas du genre à m’exhiber de la sorte, seules quelques rares personnes m'avaient vu dans le plus simple appareil et dans ces personnes, on ne dénombrait qu'une seule femme, en dehors de ma mère, naturellement.  
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Dim 13 Oct - 2:39

    Monsieur sourit au Marquis l'air innocent et joueur, reporta son attention sur le visage de son doux chevalier, caressa sa joue.
    Il se savait cruel avec le tendre Effiat, il ne pouvait l'ignorer. C'était pourtant un jeu qui s'était instauré de lui-même et duquel Monsieur aurait bien du chagrin s'il n'en appliquait pas les fausses règles qu'ils s'étaient tacitement imposée.
    Au grand dam du doux Marquis par ailleurs, le tendre Marquis comme se plaisait à l'appeler Monsieur. Il n'y avait qu'un homme parmi ses familier pour porter le titre de tendre et il était de notoriété publique qu'il s'agissait d'Effiat.
    Tendre, l’appellation était parfois ironique, il n'y avait jamais plus mordant qu'Effiat pour faire souffrir le Prince. C'était avec le Chevalier de Lorraine le favori le plus grassement couvert de présent par Philippe d'Orléans et lorsque cela ne le satisfaisait pas... Le doux marquis allait jusqu'à faire chanter le jeune Prince, à la limite de la violence. Et si certains s'en indignaient, Monsieur les regardait dans un sourire amusé, riait de sa faiblesse et de son affection pour ces hommes. Il aimait les passionnés, que voulez-vous, et Antoine était certainement le plus passionné de tous.
    Plus que cela Monsieur reconnaissait aussi chez lui cet amour dévorant qu'il éprouvait lui-même sans pour autant qu'il ne soit dirigé sur le marquis mais bien sur son divin Chevalier.
    Il arrivait parfois au Frère du Roi de regretter ne pouvoir répondre sincèrement à l'amour que lui portait Effiat. Cela eut été mérité mais loin d'être éclatant de vérité. Aussi Philippe préférait ne pas laisser de véritables espoirs au Marquis, s'amusait en toute légèreté de son amour insatisfait. Ainsi, lorsque enfin le jeune Prince daignait poser son attention sur son Tendre... Cela apparaissait comme une récompense, une douce éclaircie dans la vie tourmentée du Marquis d'Effiat.
    Sombre avez-vous pensez ? Voyons... Non. Comment une vie pouvait-elle sombre lorsque l'on se trouvait dans l'entourage du Duc d'Orléans ? Il n'y avait pas de place pour l'obscurité... Plus de place. Elle s'était frayé un chemin dans l'âme du Prince durant ces trois longues semaines à Saint-Cloud, loin de tous, la mort sur le cœur. Tout cela était maintenant... oublié.


    - Je le sais,
    murmura-t-il dans un sourire en regardant d'abord sa main puis son visage, suivant sa caresse délicieusement. Et cela me convient fort.

    Il regardait Antoine en souriant, de ce sourire de chat qu'il avait éternel et qui pourtant se fissurait parfois sur son visage. Cette fois son sourire s'élargit, il gloussa en portant sa main lourde de bijoux devant ses lèvres de jeune fille. Il vit venir ce baiser, le devança de peu en souriant.


    - Ma foi mon Tendre vous savez me tenter,
    répondit-il sous le souffle de la fausse confidence. La surprise est toujours si douce mais les préparatifs créent toujours le transport, bien plus que la fête parfois et je voudrais vous voir transporté comme je le suis et le serai.

    Il suivit son geste du regard alors que le Chevalier gardait comme toujours son sourire mais de manière moins habituelle le silence aussi, tout en observant son rival et ami.
    Monsieur eut un nouveau gloussement qui eut fortement agacée feu sa mère mais précisément... N'était-elle pas morte ? Ne devait-il pas se défaire d'elle ?


    -Vous savez bien mon cher que si cela ne tenait qu'à moi... et seulement à moi... Vous seriez toujours vêtus du plus simple appareil de nuit comme de jour.
    -Je doute que Votre Altesse ait pourtant mis cette idée de côté,
    fit la voix souriante de Lorraine. Du moins, je crois que dans ce cas Effiat et moi-même en serions fort marris.

    Monsieur se mit à rire en frappant légèrement dans ses mains gantées, tournant le dos à Lorraine, s'adossant presque contre lui, regardant Effiat de son sourire radieux.


    -Point Messieurs, point ! Car je serai le plus marri de nous tous si ce projet je devais abandonner.


    Il embrassa la nuque du Chevalier.


    -Je suis maître chez moi,
    sourit-il, et j'ai la ferme intention de faire oublier une fâcheuse soirée dont nous ne parlerons plus après celle-ci. Votre présence marquis, fit-il en le regardant, sera la seule manière particulière de ce soir. Mais pas de fantaisies... Pas trop de fantaisies... Pas encore.

    Son regard se voila l'espace d'un instant alors qu'il pensait à un certain corps à Saint-Denis. Jamais il n'irait là-bas, jamais. Son sourire revint lentement alors qu'il caressait rêveusement la jambe de Lorraine et qu'il chassait ces mauvaises pensées.
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Mer 4 Déc - 22:10



    Il demande après ses enfants et après vous.
    Ca n'était qu'une simple phrase, une suite de mot. Et voilà que parce que derrière ce "il" se cachait son père, ces simples mots tombaient comme une pierre dans la vase, troublant l'eau la plus claire. Ce n'était pas tant d'apprendre par l'abbé de Royaumont que la santé d'Henri de Lorraine déclinait de manière inquiétante. Ce n'était plus une nouvelle depuis quelques mois. Non c'était cette requête qui fissurait l'excellente humeur matinale de Lorraine. Dont il ne savait même pas si elle avait été réellement émise par son père – version la moins crédible – où si elle était l'œuvre d'un abbé plus subtil que d'autres et qui avait su choisir les bons mots pour tenter son lecteur et le pousser à céder. Ce n'était pas la première fois que l'abbé l'enjoignait de passer quelques jours à Royaumont avant que son géniteur ne passe outre, et que chacun se pardonne ce qu'il avait à pardonner avant l'inévitable, en bons Chrétiens qu'ils étaient tous censés être. Mais le Chevalier avait toujours rétorqué avoir trop à faire. Lorsqu'il répondait. De là à imaginer que l'abbé avait simplement changé de stratégie, il n'y avait qu'un pas.

    Et quand bien même ! Même si ça avait été la vérité, même s'il s'agissait vraiment d'un souhait paternel, n'était-ce pas au contraire une raison plus forte encore de ne pas y répondre ? C'était plus tôt, bien plus tôt, qu'il aurait fallu demander.
    Mais si c'était vrai...
    Il lâcha la lettre à terre dans un claquement de langue exaspéré et se laissa couler dans le fond de la cuve de cuivre, plongeant la tête profondément sous l'eau comme pour noyer les pensées contradictoires.
    Depuis longtemps il avait décidé de la façon dont il réagirait. Il avait décidé que lorsque le jour viendrait, il ne pleurerait pas. Il garderait les yeux secs et ce, qu'il y ait témoin ou non. Il ne sacrifierait au deuil que le noir de l'habit, et pas plus longtemps que nécessaire. Peut-être même moins. Et il opposerait les sourires les plus insolents aux regards réprobateurs. La douleur se garderait dans les tripes, là où personne ne la pouvait voir, là où elle s'étoufferait d'elle-même. Il l'enterrerait et l'y oublierait pour toujours. Comme toujours.
    La lumière dansait là-haut, floue, aquatique.

    Il demande après ses enfants...
    Maudit abbé...
    Il n'irait pas.
    Il émergea dans une grande aspiration d'air accueilli par l'exclamation réprobatrice de sa chambrière qui s'empressa d'accourir avec un linge épais qu'elle frotta avec poigne. Aussi vigoureux ses doigts étaient-ils, ils étaient maniés avec expertise. Babeau avait été une employée des bains parisiens, avant que celui où elle travaillait ne fermât et qu'elle ne fût entrée au service d'un tout jeune cadet de prestigieuse famille et qui, à l'époque, n'avait aucune réputation d'aucune sorte.

    Le bain, il y avait pris goût précisément à Paris, dans l'un de ces plus en plus rares établissements de bains publics. Parce qu'ils avaient si mauvaise réputation... Il est vrai qu'on ne se contentait pas que de s'y laver à l'eau, que les vigoureux frictions savonneuses et massages huilés des charmantes employées des lieux avaient de quoi vous ouvrir l'appétit. Encore que tout cela fut bien exagéré : chacune avait sa profession en propre et comme disait Babeau, "on ne mélangeait pas les linges et les essuyettes". Et oui il savait bien tout ce qui se disait sur les risques qu'on prenait à s'immerger trop souvent, les malaises que les médecins leur attribuaient, eux qui ne juraient que par la toilette sèche pour chasser les mauvaises humeurs. Mais un risque de plus ou de moins, un nouveau vice, une autre entorse au bien-vivre et bien-faire, qu'importait vraiment. C'était bien trop plaisant de s'alanguir dans une étuve chaude, sentant fort le cuivre et les herbes odorantes, sentir tout son corps se délasser dans des vapeurs voluptueuses.

    Il manquait quelque chose. Il n'entendait plus le violon. Tournant la tête, Lorraine constata que le tout jeune violoniste jetait un œil curieux à la lettre encore au sol. Où Babeau l'avait-elle bien déniché celui-là ? Philippe n'en avait pas la moindre idée. Il avait émis le souhait d'écouter de jolies mélodies durant ses ablutions et la chambrière était partie capturer un musicien, ou du moins en avait terrorisé un pour qu'il acceptât de la suivre. Dans le château de Saint-Cloud, ce n'était point surprenant qu'elle ait ramené ce jeune Italien aux yeux si doux qu'ils pouvaient faire oublier ce nez un peu de travers. Encore que Lorraine lui trouva un air trop bêtement ovin pour lui reconnaître d'autre intérêt que celui de savoir jouer de son violon. Violon dont on ne jouait précisément plus.  Parce qu'on portait un peu trop d'intérêt à une certaine lettre.

    "Suona, suona !"

    Surpris par l'injonction et le regard noir qu'on lui lançait, le garçon écarquilla un instant les yeux. Trop de secondes gâchées de l'avis de la chambrière. Babeau se retourna pour menacer d'une main le pauvre joueur de violon. D'une main qui aurait pu être un battoir à viande : mais pouvait-on s'attendre à moins d'une femme qui savait vous dénouer les muscles les plus crispés comme personne ? D'une main que le jeune Italien avait des raisons de craindre. Un peu plus tôt, le garçon avait pu tâter de cette force-là, lorsqu'il avait tenté d'expliquer qu'il était attendu ailleurs. Sa requête avait été interrompue par une belle taloche de la part de la chambrière, sans rien provoquer d'autre que l'indifférence la plus absolue de la part de Lorraine. La reprise de la musique fut un peu tremblotante, ce qui eut au moins le bénéfice de tirer un sourire à un chevalier qui avait toujours accordé plus d'intérêt à Mordred qu'à Lancelot.
    L'eau fraîchissait à mesure que la musique gagnait en assurance, mais Lorraine n'était vraiment sensible ni à l'un ni à l'autre, plongé dans des pensées qu'il avait cru pouvoir chasser sous l'eau en une décision irrévocable. Ce qu'il lui fallait c'était un environnement qui ne lui laissât pas le temps de se tourmenter inutilement les méninges. Et il était dans le plus parfait endroit pour cela, il fallait juste briser l'isolement. Fin du bain. Il se redressa aussitôt prise cette nouvelle résolution, et sans plus tergiverser, s'attirant de nouveau les reproches de Babeau. Certes le feu ronflait fort dans la cheminée mais pourquoi son "jeune prince" – comme elle n'avait jamais cessé de l'appeler – ne lui avait-il pas ordonné d'amener tout de suite les linges pour le sécher avant de sortir de l'eau ?
    Lorraine se laissa sécher sans répondre, laissant son regard vaquer et rejoindre de nouveau le joueur de violon, lequel avait, une fois de plus, cessé de jouer. Ce n'était plus la lettre qui l'avait détourné de son jeu, mais le Chevalier lui-même et sa sortie impromptue de l'eau. Le musicien en rougit violemment. Oui vraiment, ce n'était pas surprenant de trouver ce violoniste-là dans ce château-ci...
    Un autre moment, la gêne qu'il avait provoquée aurait sûrement amusé Lorraine. Pas cette fois-ci. Il renvoya le garçon vers qui devait probablement avoir cessé de l'attendre depuis longtemps.



    La solution choisie avait été la bonne, sans le moindre doute. Mais Lorraine avait sans doute sous-estimé le temps nécessaire à chasser complètement ses pensées parasites. La faute à une fierté trop développée probablement, et qui n'admettait pas qu'il puisse être victime de dilemmes qu'il estimait stupides. Quelques heures plus tard, il fallait pourtant reconnaître qu'en dépit des conversations, des rires, des jeux, les agaçantes réflexions revenaient encore bourdonner.
    Il n'était pas sujet à la mélancolie. Néanmoins les quelques mots lus plus tôt avaient eu assez d'impact pour que son esprit s'échappe bien trop souvent de l'instant présent. Bon comédien, il savait depuis longtemps se donner les airs qu'il fallait pour que sa distraction ne se vît pas trop, affichant ses éternels sourires de sphinx quand il le fallait, lâchant ici et là un trait d'esprit avec le naturel que confère l'expérience. Ou lançant une œillade équivoque à qui aurait pu le dévisager avec un peu trop de sagacité.
    Non il n'était pas sujet à la mélancolie et derrière le masque, son naturel reprit peu à peu le dessus, stimulé par le monde orléanais, jouant et feignant de moins en moins tandis qu'il étouffait férocement les mots de la lettre qui lui tournaient dans la tête à coup d'indifférence mordante et volontaire.
    Il les avait presque définitivement achevés à l'arrivée du marquis d'Effiat, et l'insistance d'une caresse princière n'y était sûrement pas étrangère.
    Ah Effiat... Pauvre marquis dont le cœur ne serait jamais comblé. Oh ce n'était que des mots pensés avec amusement, épicés de cruauté légère et d'un peu  tendresse. Lorraine n'avait aucune inclinaison pour la pitié et la compassion, autant pour les autres que pour lui-même. Il avait une affection certaine pour le marquis, complice de bien des aventures de toute sorte. Mais elle ne pouvait lui tirer aucune culpabilité ni aucune empathie d'aucune sorte, égoïste assumé qu'il était. Et si jamais il avait senti le moindre risque de voir le "tendre" marquis lui faire de l'ombre... Toute amitié aurait été brûlée plus vite qu'un feu de paille. Le fait était, d'ailleurs, qu'il goûtait avec une gourmandise voilée les accès de cruauté du Prince d'Orléans. Le plaisir du spectateur tient toujours un peu de la conscience légère de Ponce Pilate. C'est encore meilleur lorsque l'un des personnages vous fait profiter de charmantes attentions...

    Répondant à  une caresse par une autre, du revers de la main du dos il remonta flatter une épaule trop couverte. Mais la caresse fana au bout de ses doigts comme le Prince faisait ses recommandations quant à la réception à venir, et Lorraine s'écarta d'un pas, faisant désormais face aux deux hommes.


    -Pas de fantaisie.

    Le sourire fut retenu mais tout en paradoxe à la manière lorraine, la retenue affichée donc, fossette bien  creusée comme pour démentir toute contrition sincère. Et comme prenant le Ciel à parti – Celui-ci ayant la grande qualité de ne jamais vous dédire clairement - , du bout de ses chaussures il releva le regard vers le plafond dans un presque soupir déçu :


    -C'est bien dommage... Quelques-unes m'étaient venues à l'esprit mais si elles ne sont pas à leur place...

    Joueur, Lorraine prit une inspiration profonde, haussa légèrement les épaules et, une main dans le dos, l'autre sur le cœur, le dos bien droit mais le sourire en coin, annonça la bonne résolution :

    -Je serai sage alors. La Tempérance incarnée...

    Et derrière des prunelles pétillant d'espièglerie, le souvenir amer de la lettre du matin expira sans un bruit.
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Jeu 17 Avr - 17:14

    L'amour peut être un sentiment cruel. Je ne voudrais pas avoir l'air de me plaindre de quoi que ce soit, car enfin depuis le début la relation que j'entretiens avec Monsieur est ainsi, je l'aime bien au-delà de ce que les mots peuvent décrire et lui me porte une grande tendresse, il n'y a d'ailleurs qu'à entendre le titre qu'il m'attribue de temps à autre. "Tendre"..certes, je le suis, mais parfois, cette tendresse se mue en ironie acéré, parfois je veux lui faire mal, pour lui montrer à quel point le jeu qui s'est installé implicitement entre nous me blesse. En y repensant, je dois avoir des penchants un peu masochistes, parce que je n'aime pas le voir souffrir trop longtemps, alors même si j'exerce parfois à son encontre quelques chantages, je ne pourrais jamais le blesser au point qu'il ne veuille plus me voir. Je sais les limites à ne point franchir, il ne faut pas oublier qu'il est le frère du Roi, on ne peut pas dire n'importe quoi en sa présence. En y réfléchissant bien, ce n'est pas le fait qu'il excite ma jalousie qui me fait m'énerver de temps en temps, c'est plutôt qu'il le fait en présence des autres...du Chevalier plus particulièrement et je sais très bien que même si Lorraine et moi sommes..amis..complices, Philippe s'amuse beaucoup à voir Monsieur malmener ainsi mes sentiments. Comme je le disais tout à l'heure, c'est un jeu pour le Prince, ce n'est pas fait méchamment, voilà pourquoi j'arrive souvent à supporter ses provocations, comme celle qu'il est en train de faire en ce moment, appuyé contre Philippe alors que je viens à peine d'effleurer ses lèvres par un baiser. Baiser que Monsieur a d'ailleurs devancé. Voyez, tout n'est pas négatif, j'ai quelques compensations. Aujourd'hui, je savais que quelque soit les provocations du Prince, je ne réagirais pas violemment, non, aujourd'hui, je voulais laisser des pensées agréables envahir mon esprit, ne plus penser à l'enterrement de ma mère, au fait que mon père faisait barrage à ma présence. Oui, je voulais oublier tout cela. Je souriais à la déclaration de Monsieur.

    - Oh, mais je sais d'avance que je serais transporté. Après tout, vous êtes si passionné dans ce que vous faites lorsque vous préparez une réception, que votre joie, votre excitation sont communicatives et que tout ceux qui sont dans votre entourage ne peuvent qu'en être touchés.

    Je ne pus empêcher un petit rire de sortir de ma gorge lorsque le Prince m'exposa le fait que sans les convenances, nous serions nus à longueur de journée. J'imaginais aisément le tableau, nous aurions fiers allure si peu vêtu, à n'en pas douter.

    - Je suis d'accord avec Lorraine sur ce point, mais remarquez, cela pourrait lancer une mode.

    Naturellement, ce n'était là que plaisanterie de ma part, je m'imagine très mal complètement nu à longueur de journée. Vous imaginez pour les promenades à cheval ? Seigneur, quel inconfort, il n'est déjà pas très agréable de chevaucher pendant des heures en étant habillé, alors nu...mon Dieu je n'ose imaginer le résultat.

    J'avais gardé la main du Prince dans la mienne, continuant machinalement la caresse de mon pouce sur le dos de sa main et j'inclinais doucement la tête en souriant lorsque Monsieur me parla. Je regardais Philippe s'écarter et s'incliner devant nous. J'eus un sourire amusé lorsqu'il parla.

    - Tempérance ? Allons mon cher chevalier, ne me dites pas que vous savez ce que signifie ce mot, je n'y crois pas un seul instant.

    A mon tour je m'écartais de Monsieur, lui lâchant ainsi la main et, riant, j'entraînais le Chevalier dans une petite danse, esquissant quelques pas.

    - Pas de fantaisie n'est-ce pas ? Je fis un clin d'oeil en direction de Monsieur. La danse n'est pas une fantaisie Monseigneur, nous pourrons donc danser tout notre saoul. J'arrêtais ensuite cette danse et me plantais devant Monsieur. Pour danser, il faut de la musique, cela va sans dire. Nous disons donc de la danse et de la musique, deux ingrédients nécessaires pour une soirée réussie. Est-ce que ce sera un bal costumé ?

    Tandis que je faisais le fanfaron, quelques paroles, que j'avais entendu il y a quelques jours au cours d'une conversation entre deux courtisans, me revinrent en mémoire, ces deux personnes disaient que Philippe de Lorraine était fait comme un ange et que de mon côté, j'étais son âme damné. Un ange et un Démon, le Prince était bien entouré assurément.

    - Peu importe, nous serons sage, je vous le promet également, même si, une fois encore, je suis de l'avis de Lorraine, un peu de fantaisie ne fait pas forcément de mal. Nous réserverons cela pour plus tard...n'est-ce pas ?

    J'arborais une moue enfantine, comme un petit garçon qui attendrait qu'on lui dise ce qu'il avait comme présent pour noël. Je le savais en entrant dans cette pièce, ma morosité s'était envolée, cachée pour un temps sous le désir de distraire Monsieur, de lui plaire. Je regardais également Philippe en souriant, amusé par la situation. Oui, même si je ne serais jamais premier dans le coeur du Prince à cause de Philippe, je ne ferais rien qui pourrait le contrarier, il a tellement d'influence sur Monsieur que je crains qu'il ne lui suffise de quelques mots pour m'éloigner de Son Altesse si un jour Lorraine et moi avions des maux et puis j'aime à le compter parmi mes amis.
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Sam 31 Mai - 0:44

Peut-être qu'en un autre temps le Fils de France aurait-il pu éventuellement remarquer que son Chevalier n'était pas dans son humeur particulière. Monsieur n'était pas fait de la même étoffe que Lorraine, un oubli et le visage du Prince devenait un livre ouvert pour qui le connaissait suffisamment.
Sans parler de Louis, Philippe et Antoine était au compte de ces personnes là.
En revanche pour ce qui était de Lorraine, Monsieur avait souvent eu pour jeu de deviner ses pensées, d'y parvenir parfois, d'échouer le plus souvent. Quoique pour la réussite on pouvait aussi se demander si le Prince lorrain ne mentait pas pour flatter le semblant de perspicacité de son protecteur.
C'était à peine s'il avait remarqué donc les silences un peu trop nombreux de Philippe de Lorraine, une présence non pas éteinte, car jamais il ne cessait de rayonner, mais un silence profond qui n'avait pas même effleuré l'esprit du frère du Roi, lui-même trop occupé à faire en sorte que celui-ci ne soit pas trop encombré d'images et de pensées noires.
Et par des caresses langoureusement échangées, l'un et l'autre œuvrait à la disparition de ces damnées pensées.
Assit sur le sofa, il regarda Effiat dans un sourire, laissant ses doigts caresser le bras de Lorraine.

-J'espère toucher chez vous bien d'autres choses encore mon Tendre, explorer la carte dont vous portez le nom et m'assurer que ma passion sera parfaitement transmise.


Contrairement à Lorraine, Monsieur lisait sur le visage du marquis ce qu'il avait envie d'y voir, à savoir de l'envie et de l'amour. La souffrance était un dommage collatéral. Une souffrance qui pouvait devenir sienne lorsque le Marquis décidait de faire payer son obéissance à ce capricieux prince.

-Les modes vont et viennent nous le savons tous trois... Et je serai fort fâché que celle-ci s'en aille. Nous devons en faire une coutume et alors nous serions assuré de sa pérennité,
sourit-il en s'amusant d'imaginer une partie de la cour en tenue d'Eve et d'Adam. Mais il nous faudra établir des règles strictes pour éviter la vue horrible de... Gros-René pour ne citer que lui.

Il gloussa avant de rêveusement se tourner vers Effiat. Monsieur se perdait dans les contacts et les oublis qu'il lui procurait. Il joua donc avec a main du Marquis qui était non loin de lui. C'était toujours un jeu chez lui, depuis que Philippe Mancini lui avait appris les règles il n'avait cessé d'y jouer.
Il regarda Lorraine se lever et comme il s'y était attendu, réagir à cet ordre qui ne ressemblait pas au Frère du Roi.

Comme il aimait son sourire mutin, sans compassion. Son sourire de démon et d'être sans vertu chrétienne. Son sourire et son air insolent faussement dissimulé derrière un respect tout protocolaire.
Philippe d'Orléans eut un sourire amusé en écoutant la déclaration du bel ange.
Il joua avec a dentelle de son jabot tout en écoutant l'avis du marquis.
Quoique puisse en faire leur rivalité, Monsieur ne les voyait presque que comme les deux faces d'une même pièce. Quoiqu'une des face fut beaucoup plus importante que l'autre.
Il fronça légèrement les sourcils à l'évocation de bal costumé On ne pouvait pas dire que cela évoquait chez lui de chaleureux souvenirs.

-Non, pas de bal costumé. On ne fait pas de bal costumé sans masque. Non.


Il avait été un peu trop sec mais il n'avait toujours pas avalé le drame de la précédente soirée et qui semblait l'entacher pour l'éternité.
Le prince se reprit rapidement en regardant son Tendre qui lui donnait un regard innocent. Il lui rendit un sourire espiègle. Il était évident que plus tard, loin des regards, toutes les fantaisies habituelles seraient de mise.

-Je vous promets que nous serons divertis,
décréta-t-il d'une voix lourde d'assurance et de morgue. Vous savez que sur ce point il m'est rarement arrivé de manquer à mes engagements. D'autant plus qu'à présent, je suis impatient de voir cette performance Chevalier. J'espère être déçu.

Il avait sourit de nouveau. C'était si facile de sourire avec eux. Trop facile peut-être même. Mais qu'importe, c'était ce dont il avait besoin.
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À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
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Titre/Métier : Fils de France, Frère unique du Roi, Duc d'Orléans
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Situation : Marié à Henriette d'Angleterre

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Mer 4 Juin - 12:28

    La mode de la nudité... Pour intéressante que l'idée fût, il faudrait qu'elle soit courte. Bien entendu ce serait plaisant de voir chacun sans aucune protection, exposé à tous les regards sans plus aucun moyen d'embellir des mollets trop secs, de rehausser une poitrine jugée trop fluette, de serrer un embonpoint trop embarrassant... Impossible de dissimuler toutes ces petites particularités délicieusement hors des règles et des canons académiques.
    Le revers de la médaille, c'était qu'une telle mode impliquerait l'abandon de nombreux jeux et rituels épicés, dont Lorraine se passerait mal. Trop dévoiler vous coupait le goût de découvrir et savourer.
    Les mots du Prince le sortir de ces considérations.


    - Gros-René ? …. Ce serait tout à fait obscène..., avait-il glissé, un sourire gourmand aux lèvres et les yeux brillants d'anticipation. Puisque l'idée avait été évoquée désormais, il faudrait satisfaire cette nouvelle curiosité. A quoi pouvait bien ressembler cet homme sans ses oripeaux ? Son anatomie devait être particulièrement originale... Même vêtu, l'homme était visiblement velu au-delà du commun. Avec sa silhouette rendue informe par la constriction de sa graisse, on pouvait imaginer qu'il tenait plus de l'ours que de l'homme... Ou bien d'une autre bête encore, dont on ne connaissait encore pas grand-chose...

    Mais laissons-la ces considérations superficielles pour revenir aux bonnes résolutions balayées par les doutes.
    Doutes du marquis d'Effiat d'abord, qui inspirèrent une moue faussement boudeuse au jeune Chevalier, malgré la courte danse dans laquelle il se laissa entraîner. Son orgueil n'était guère piqué. Après tout ce n'était jamais qu'une réponse attendue à sa plaisanterie de la part de qui le connaissait bien, peut-être mieux encore que quiconque. Plus qu'aucune autre personne, Antoine avait eu l'occasion de voir les nombreuses facettes de Lorraine. Pas toutes. Jamais toutes ne seraient montrées à une seule et même personne, sous peine de perdre à jamais sa liberté d'action. Mais beaucoup : assez pour que le Grand Ecuyer se doutât bien qu'une telle remise en question ne pouvait rester sans conséquence.
    Doutes du duc d'Orléans ensuite, plus subtilement formulés. Un bon signe en soi, après ce court passage ombrageux qu'avait suscité l'évocation d'un bal masqué. L'humeur restait rayonnante, les tourments résolument éloignés. Puisqu'il n'y avait guère d'inquiétude de ce côté-ci, alors rien n'empêchait de lancer un jeu...

    -Que de doutes à mon égard. Très bien : je relève le défi. Je serai donc un modèle de tempérance ce soir. Bossuet lui-même n'aurait rien à redire de mon comportement. Pour toute une nuit. Mais pour bien faire il faut une récompense et un gage, pour la réussite ou l'échec. Je prends vos suggestions. Car en matière de gages... Effiat...

    Passant derrière le siège du Prince, Lorraine jeta un regard évocateur à son rival et plus proche complice. Le défi et la détermination s'y lisaient sans ambiguïté. Puis se penchant par-dessus le dossier il releva d'un doigté possessif le visage du Duc vers lui, plongeant ses yeux dans le regard sombre qui s'offrait à lui.

    -Altesse...

    A l'assurance de relever la gageure, s'ajouta cette fois dans ses prunelles plus de provocations encore, reflet de ce que sa propre imagination pouvait inventer en guise de palmes de victoire et de dettes en cas de défaite. Dans un cas comme dans l'autre, Philippe d'Orléans ne perdait jamais vraiment. Mais c'était un jeu de volonté et d'inventivité qui se nouait là.
    Lorraine n'avait pas la moindre intention de le perdre et comptait bien que les risques fussent suffisamment sensibles pour qu'il puisse sentir l'excitation d'un certain danger. Et pour cela il fallait savoir tenter ses arbitres et challengers. A ce jeu-là...


    -Il se pourrait bien que n'ayez plus jamais occasion si belle de me faire votre obligé. Si certains que vous êtes tous deux de mon échec. C'est l'occasion ou jamais de me voir contraint à vos caprices...

    Le prince espérait être déçu ? Espérer était trop faible, il fallait qu'il décide, qu'il s'y détermine, qu'il s'y applique, qu'il y mette toute sa personne. La proximité de ces lèvres qu'il affectionnait autant que la bride qu'il lâchait à son imagination inspira au jeune homme un baiser qu'après une ébauche il refusa finalement, tant à lui-même qu'à celui qui le lui avait évoqué. Une nouvelle façon encore, de marquer les enjeux, autant que la force de sa propre volonté.
    Et puis à trop offrir, on perdait le plaisir de prendre.
    De possessive sa prise se fit plus caressante avant de reposer la main sur le bois doré, s'y appuyant solidement. Ce faisant il restait toutefois toujours penché nonchalamment à quelques pouces seulement du visage de son protecteur. Ses yeux retrouvèrent le marquis d'Effiat dans un sourire carnassier et joueur comme il annonça :


    - Je me choisirai moi-même une récompense à la mesure de vos ambitions. Osez...

    Plus qu'une incitation, cette dernière injonction tenait du défi lancé en retour. De la tentation offerte derrière son parcours d'obstacles. Les deux hommes ne manquaient pas non plus d'imagination, n'était-il pas bien placé pour le savoir ? Lorraine se délectait déjà de ce à quoi il faudrait échapper, de la frustration qu'il comptait faire naître par là-même, et qu'il faudrait ensuite, tout aussi naturellement, calmer d'une autre manière.
    Une performance, c'était bien ce que cela serait, tant la tempérance n'était effectivement pas dans sa nature mais surtout par ce que le pari lui inspirait d'excitation, laquelle ne pouvait certes pas aider à faire justement preuve de mesure. Mais là se trouvait tout le plaisir du paradoxe.
    D'ailleurs, tempérance n'était pas synonyme d'ennui, et Lorraine songeait déjà au moyen de tirer parti de son exceptionnelle bonne résolution.
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Quelques jours loin de la Cour [PV : Monsieur et Philippe de Lorraine]

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