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 Et alors, mais qu'est-ce que ça te fait ? ft. Monsieur


Mer 24 Avr - 14:40


Le soleil semblait s'être finalement établi dans le ciel resplendissant tant il était bleu. Le printemps était enfin arrivé, laissant sa douce chaleur venir caresser la peau des nobles se promenant ça et là dans les jardins du château. Et la jeune de Fontanges ne dérogeait pas à la règle. Pressant sa femme de chambre, "le dragon" ainsi que la nommait l'amant de la belle, Héloïse avait insisté pour porter en ce jour ensoleillé une robe colorée. Un doux bleu qu'elle savait mettre le noir de ses cheveux en valeur. Enfin, un noir qui ne l'était plus vraiment maintenant que l'astre solaire avait dessiné dans sa longue chevelure des reflets de feu et de lumière solaire. Fière de cette chevelure particulière, la brune avait décidée de la laisser libre, ses boucles épaisses tombant sur ses épaules et dans son dos que l'absence de châle ne cachait pas tant que cela. Assise sur son lit, elle s'empressa de lacer ses bottines de cuir brun et, se levant enfin, la de Fontanges adressa une révérence à son reflet dans le miroir, partant d'un petit rire qui reflétait tout de son caractère espiègle.

- Vous n'êtes qu'une enfant, mademoiselle ! Soupira Marie, la femme de chambre.

Peut-être, mais elle était faite ainsi et si ses parents adoptifs n'avaient jamais vu le moindre mal à laisser Héloïse agir ainsi pendant les 21 dernières années, la brune ne comptait pas changer sous prétexte qu'elle était à la Cour de France. D'autant plus que la belle n'était pas stupide et savait que cela plaisait aux hommes. S'emparant d'un éventail, Héloïse ne laissa pas même le temps au dragon de poser sur sa tête un chapeau que déjà elle disparaissait, désirant aller marcher un peu sur l'Esplanade que l'on disait agréable par ce temps. Se retenant de courir, elle adopta toutefois une allure rapide et fit attention à ne bousculer personne quand elle contourna des courtisans dans son empressement. Seuls témoins de son passage, le claquement de ses talons sur le sol et le froissement de ses jupons trahissaient son passage, elle qui ressemblait ainsi à une ombre bleue et brune.

Lorsqu'enfin elle sortit des couloirs couverts, Héloïse ouvrit son bel éventail dont la dentelle bleue était assortie à celle de ses manches. Agrippant sa main fine et pâle sur la rampe dont le métal était rendu chaud par l'astre solaire, elle la laissa glisser, descendant les quelques marches avec le même empressement et la même légèreté qui avait été sienne quand elle était passée dans les couloirs. Finalement arrivée sur la terre ferme, elle regarda autour d'elle. Plusieurs personnes laissaient leurs regards mauvais se poser sur sa frêle silhouette, mais elle n'y faisait nullement attention. Passant une main dans sa chevelure, elle commença sa marche en extérieur. Ce fut alors qu'elle vit droit devant elle une silhouette reconnaissable entre mille : celle de Monsieur, le frère du Roy. Ralentissant comme pour être sûre de ne pas le manquer, elle sourit devant le spectacle qu'offrait cet homme. Elle l'avait déjà vu dans les couloirs, mais jamais rien d'autre. Sans doute ne la connaissait-il même pas. Quoi que ... d'après ce qu'elle avait entendu, elle était l'objet de nombreuses médisances quant à son attitude que l'on disait peu louable pour la Cour de France. Alors que Monsieur passa devant elle, Héloïse de Fontanges s'inclina respectueusement, ne disant pas un mot tel que ses parents lui avaient appris. En présence d'un noble de plus haut rang que le nôtre, il faut toujours le laisser parler le premier.


Dernière édition par Héloïse de Fontanges le Sam 21 Déc - 3:27, édité 8 fois
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Jeu 6 Juin - 22:40

    -Allons mon ami. Sortez de votre cachette.

    Les talons hauts claquant sur le sol, Monsieur s'adonnait à un de ses jeux... un de ses jeux dont il est inutile de préciser leurs objectifs. Une sorte de chasse à cour, une traque se faisait dans les jardins avec pour renard, son mignon de la veille. Un air espiègle, coquin se dessinait sur les traits de la princière personne. Ils avaient joué à ce jeu de cache-cache depuis une bonne dizaine de minutes et Philippe commençait à se lasser de ne pas retrouver son "animal de compagnie". Il senti un mouvement brusque derrière lui et se retourna vivement courant dans cette direction. Une voix riante s'éleva et fit écho entre les parois de la grotte abritant son frère.... Enfin Apollon et les nymphes.

    -Monsieur ne m'attrapera pas. J'ai épuisé votre énergie la veille et vous ne vous en êtes pas remis.

    Piqué au vif, son esprit joueur ravivé, Monsieur se fit le plus silencieux possible enlevant ses chaussures à talons. Faisant le tour de l'origine de la voix, il marcha à bas de velours entre les bosquets. Là, caché derrière Apollon, concentré dans la direction opposée où se trouvait le prince, le jeune mignon était aux abois. Être le prédateur, surprendre une jeune biche, excitait le désir de Monsieur . Toute cette traque l'avait mis en appétit et il ne ferait qu'une seule bouchée du jeune prétentieux. Silencieusement il s'approcha de sa proie qui ne l'avait pas entendu et qui continuait de railler son poursuivant.


    -Monsieur se serait-il lassé? Vous n'êtes pas dans les faveurs de Diane en ce jour.
    -Qu'importe, Dieu m'a mené jusqu'à vous.


    En disant cela il avait posé sa main sur l'épaule du garçon qui s'était retourné surprit. Monsieur embrassa fougueusement sa victime et ils tombèrent à la renverse sur le sol, dans un entremêlement de corps et de vêtement offert aux regards d'Apollon et de sa suite.

    ***

    Il sorti de la grotte, se rhabillant impeccablement . Un air de satisfaction éclairait son visage et d'un ton doux et autoritaire il adressa au jeune homme des consignes pour le soir même. Le garçon parti, il s'assit sur un banc et remit ses chaussures, les cheveux légèrement décoiffés lui tombant devant le visage. Il finit par se relever et reprendre sa marche dans les jardins, sautillant presque. Et puis au détour d'un jardin, ses yeux noirs se posèrent sur une jeune femme. Il ne lui prêta pas la moindre attention, continua son chemin. Des visages inconnus il en croisait tous les jours. Inconnu... Peut-être pas. Il la regarda... Du bleu ? Un bleu aussi éclatant ? Et puis une idée de nom lui vint à l'esprit. Non. il l'avait déjà vu.


    - Ne croyez-vous pas Mademoiselle de Fontanges que ce bleu ne soit encore déplacé ?


    Sa voix était légèrement froide. Oui il l'avait déjà vu avec Mathis... Oui il l'a connaissait, oui il avait entendu parler d'elle. Et pas en bien.
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Dim 16 Juin - 2:56

Elle se redressa et adressa un sourire quelque peu moqueur au prince. Peut-être trouvait-il cela déplacé, mais Héloïse aimait cette couleur et elle savait qu’elle mettait sa peau blanche en valeur. Héloïse plia son éventail avant de le serrer dans sa main et de pencher la tête un peu sur le côté.

- Au contraire, Monsieur. Je trouve ce bleu parfaitement de mise par un aussi beau temps.

Dans sa voix, on pouvait entendre un brin d’espièglerie. Cette espièglerie en rien méchante mais qui la caractérisait et que tout le monde ici semblait prendre comme de la moquerie condescendante. D’où une part de la mauvaise réputation dont elle faisait preuve. Tout cela pour l’unique raison qu’elle était qui elle était et ne comptait pas changer pour ses gens. Ces personnes qui n’étaient rien d’autres à ses yeux que des suiveurs hypocrites, s’acharnant à copier les puissants dans le but de s’attirer des faveurs qui ne venaient pas pour la plupart, et ne viendraient sans doute jamais. A son poignet, un bracelet doré acheté sur un marché, pendant son voyage de Lugano jusqu’ici. Un bracelet qui cliqueta contre le bois de l’éventail. Un bracelet qui brilla aussi sous le soleil éclatant. Ajoutez-y un camé blanc et bleu et voilà les bijoux qu’elle portait en ce jour. Rajoutez un pendentif en argent et voici les seuls qu’elle possédait. Bien loin de ces hommes et femmes de la Cour qui portaient des bijoux à excès et en permanence. Ces personnes dont Monsieur semblait faire partie. Ils la faisaient tellement rire. Cet étalage de richesse, la jeune italienne le trouvait ridicule. Selon elle, il n’y avait rien de plus mauvais goût que cela. Et loin d’elle l’idée de suivre cette tendance. Elle regarda le frère du Roy et ne put s’empêcher d’avoir un sourire encore. Bref, mais bien présent. Ce personnage extravagant la faisait rire. Intérieurement, elle explosait. Oh non, elle ne lui manquerait jamais de respect de par son titre et ne se moquerait certainement pas de lui ouvertement. Mais tout de même… Il fallait dire toutefois qu’elle admirait quelque chose chez lui : cette façon de créer des styles devant lesquels tous semblaient s’extasier et que tous tentaient de reproduire, avec plus ou moins d’élégance. Il n’y avait pas de doute quand à cela : le prince était élégant. Mais peut-être un peu trop précieux. Surtout pour la jeune Héloïse plus habituée aux simplicités et aux détails presque invisibles tant ils étaient peu nombreux. Les seuls ornements qu’elle ajoutait à sa tenue étaient ça et là un foulard de couleur, ou encore un chapeau à la coupe tellement masculine mais qui venait de son frère de cœur le chapelier Jefferson Abbott. Parfois même, elle aimait à revêtir une tenue masculine et prendre son cheval pour aller se promener en forêt. Mais elle n’avait pas beaucoup d’occasions de le faire malheureusement dans cette Cour. C’était une chose qui la désolait. Enfin bref…

- Ne trouvez-vous pas que cette couleur attire le soleil ? Ria-t-elle un peu. N’est-elle pas simplement sublime ?

Elle passa une main lasse dans sa chevelure. Réflexe constant chez elle. Cette chevelure où l’astre solaire venait déposer de doux reflets couleur de feu. Elle quitta un instant du regard la silhouette de Monsieur, le laissant vaguer autour d’eux, caressant furtivement, sans s’attarder sur elles, les personnes qui les regardaient. Ces personnes qui, à la fois, prenaient un visage outré par l’attitude de l’italienne, mais qui riaient aussi pour certaines d’entre elles. Son comportement en choquait quelques uns et Héloïse aimait cela. Elle aimait être en dehors des convenances, dans une certaine limite des choses. Elle aimait à se rendre unique, spéciale. Un peu de vantardise, sans doute. Et une envie certaine de ne pas passer inaperçue. La beauté naturelle ne respectait toutefois les règles que sur un domaine : la blancheur de sa peau. Même si elle aimait laisser le soleil la tanner ainsi qu’elle l’avait fait pendant plusieurs été à Lugano, dans son adolescence, elle prenait un grand soin à couvrir de poudre toutes les parties visibles du haut de son corps à la Cour de France. Elle croisa le regard insistant d’un homme sur elle et lui lance un sourire séducteur avant de revenir au prince. Elle jouait un jeu avec les hommes et Dieu qu’elle aimait ça !


Dernière édition par Héloïse de Fontanges le Sam 21 Déc - 3:20, édité 8 fois
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Sam 22 Juin - 14:54



    En voyant le sourire, Monsieur ne fut pas dupe. Il savait reconnaître de la moquerie lorsqu'il en voyait. En d'autres circonstances le Prince n'y aurait pas prêté autant d'attention. A vrai dire, les moqueries étaient loin de lui être inconnues, il en avait fréquemment fait l'objet, l'était toujours mais ce sourire qu'il voyait sur les lèvres de la Fontanges... Ce sourire...
    A tout juste deux mois de Sa mort, de Son refroidissement définitif, le Prince jugea que cette moquerie n'atteignait pas sa seule personne, ce qui l'aurait simplement échauffé, mais elle atteignait aussi celui d'une vieille femme admirable, dévouée et qui avait été l'objet de toute son adoration. Monsieur le Duc pinça les lèvres dans un sourire froid et mordant.

    -En d'autres circonstances Mademoiselle je vous aurai sans doute suivit sur ce point.


    Il reconnaissait volontiers que ce bleu lui allait très bien au teint, c'était indéniable.


    -Mais, ajouta-t-il d'un ton de miel froid, ce n'était pas de ce temps-là qu'il fallait prendre compte...

    Les couleurs, qui mieux que lui connaissait les secrets les plus profonds, les pièges les plus redoutables de ces reliques de lumière. Il était si facile de passer de l'ensemble le plus exquis à la faute de goût la plus exécrable. Monsieur habituellement, et "en d'autres circonstances" , était toujours l'homme le plus coloré et chatoyant de l'assemblée. On repérait le Prince de loin, on le voyait apparaître et disparaître entre les courtisans dans des éclairs de couleur qui semaient son passage virevoltant. Question de mode, question de rang, question de stratégie pour affaiblir d'une aristocratie trop orgueilleuse et qui avait osé se révolter contre son Roi vingt ans auparavant. Maintenant elle payait non plus des armes mais de la dentelle et Philippe en était parfaitement conscient et satisfait.
    Bref n'est-ce pas, cela était en d'autres circonstances, car en d'autres circonstances sa mère n'était pas morte, en d'autres circonstances il aurait pu la prendre dans ses bras ou plus simplement baiser sa main fine et toujours belle malgré l'âge. En d'autres circonstances...
    En d'autres circonstances cette petite mijaurée ne l'aurait pas tant irrité.
    Les prunelles noires du Prince s'alourdissaient d'éclairs et sa lèvre se courbait d'une moue infime mais qui traduisait parfaitement son état d'esprit lorsqu'on connaissait les colères vives du Duc d'Orléans. Le rire de la jeune femme ne faisait qu'affaiblir sa position déjà fragile.


    - Vous avez raison elle est sublime. Votre arrogance brille de mille feux...


    Comment pouvait-elle oser avoir une telle suffisance ? Comment pouvait-elle oser lui rire à la figure, lui sourire en se moquant de lui ? alors que le deuil de sa mère était à peine achevé, alors qu'il souffrait encore douloureusement de son absence. Monsieur réalisait à peine qu'il ne verrait plus jamais sa mère, qu'il ne lui parlerait plus. Le fait de devoir taire sa souffrance rendait sa situation d'autant plus difficile qu'il était à fleur de peau. Il l'avait pleuré pendant trois semaines certes... Mais ce n'était pas suffisant, c'était loin d'être suffisant.

    -Vraiment Mademoiselle, vraiment vous avez aujourd'hui revêtu vos plus beaux atouts, siffla-t-il. Car en effet elle attire le soleil sur votre sottise et illumine votre manque total de savoir-vivre avec un éclat indéniable.

    Il ne voulait pas rester là, mais il ne voulait pas non plus la laisser partir sans qu'elle ne comprenne, sans qu'elle ne réalise. Il lui ferait comprendre, même si cela allait jusqu'à devoir l'humilier. Il ne permettrait pas que la mémoire de sa mère subisse un tel manque de respect.

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Mer 24 Juil - 13:04

Mais de quoi parlait-il donc ? Non, vraiment, la jeune femme ne comprenait pas. Autour d’elle, les gens commençaient à rire, à médire aussi. Autour d’elle, on se moquait délibérément, sans chercher à rien cacher. La brune se pinça les lèvres et baissa le regard sans savoir pourquoi elle était ainsi l’objet des moqueries. Brièvement, elle jeta un regard vers le Prince avant de revenir vers ses pieds. Cet homme dont elle avait toujours entendu dire qu’il aimait les tissus colorés était vêtu de couleurs bien sombres, comparé à ce à quoi la de Fontanges s’attendait, de par sa réputation. Comme tous le monde autour d’elle. Le soleil était haut dans le ciel et pourtant rien dans les tenues de ces gens ne faisait penser que le printemps prenait enfin sa place, s’installait. Comme s’ils étaient tous en de….oh mon Dieu ! Le visage de la brune se transforma. Elle y passa sa main, n’osant lever les yeux. Oui, c’était donc ça ! Il y avait peu de temps, la reine mère était décédée et, bien entendu, le deuil était encore en cours à la Cour de France. Et bien sur plus encore chez Monsieur que chez n’importe quel courtisan, cette femme étant sa mère. Mais pourquoi Diable Marie l’avait-elle laissé faire ? Elle savait que Héloïse n’aurait jamais du mettre cette robe. Elle savait ce qu’il se passait à la Cour.

- Oh mon Dieu ! Souffla Héloïse. Je … Je suis désolée.

Comme si ça allait suffire ! Non, bien sur que non. Après tout, Héloïse savait ce que cela faisait de perdre un parent. Elle avait perdu son père, il y avait quelques années maintenant. Trop peu d’années. La douleur de la perte était encore présente en elle, même si la jeune italienne se faisait un devoir de la cacher aux yeux de tous. Elle pouvait comprendre ce que devait ressentir Monsieur en cet instant précis.

- Je ne voulais pas. Je vous le jure.

Sa voix était faible, presque inaudible. Comme elle s’en voulait ! Elle avait été si stupide, si puérile. Grognant silencieusement contre elle-même, elle priait aussi pour que Mathis ne soit jamais mis au courant de cela. Si tel était le cas, elle allait se faire réprimander. Sévèrement. D’accord, son frère aurait raison d’agir ainsi. Mais quand même… Regard rivé toujours vers le sol, elle n’osait plus le relever. Une boule se forma dans son estomac. Une boule de honte, de haine contre elle. Marie allait l’entendre !


Dernière édition par Héloïse de Fontanges le Sam 21 Déc - 3:15, édité 5 fois
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Ven 23 Aoû - 22:21

    Monsieur aurait passé une charmante journée sans cette rencontre. Ses petites amusettes parmi les naïades et le dieu de pierre l'avait mis dans de parfaites dispositions pour profiter du jour et de la soirée.
    Héloïse s'était mise dans un situation délicate par son inconscience... Monsieur aurait pu éventuellement, dans une hypothèse peut-être probable, pardonner cette inconscience. "Errare humanum est".
    Mais... "Persistare diabolicum" disait la suite du dicton et il n'y avait rien de pire que de persister dans son erreur. Ces sourires moqueurs, cette condescendance. La jeune demoiselle ne semblait pas avoir compris que lorsqu'on était une ombre inexistante à la Cour, lorsqu'on était un visage perdu parmi d'autre, quand on était ignoré du Soleil et des Astres... Le silence et l'humilité étaient préférables et de loin.
    N'était-ce pas une base élémentaire de toute stratégie d'élévation ou au moins de survie ? Car si la demoiselle se considérait trop exceptionnelle pour faire comme les autres, au moins ne devait-elle pas s'imposer. Si elle n'était pas satisfaite de la Cour rien ne l'empêchait de retourner dans ses montagnes enneigées.
    Il la toisait froidement. Pensait-elle véritablement le tromper avec une telle comédie ? Il pinçait les lèvres et la méprisait du regard. Cette incompréhension qui était criante de fausseté et qui se voulait un mur contre les médisances bien plus que les moqueries qui se levaient dans le dos du Prince courroucé. Les rires étaient dissimulés de crainte que le Frère du Roi les prenne à son compte. En revanche les murmures désapprobateurs filait sous les éventails et sur les lèvres, en silence pourtant... Il fallait écouter la suite des événements et ce qui allait se dérouler.
    Philippe regarda l'incompréhension devenir connaissance. Pas un instant il n'en fut touché. La mâchoire serrée, il attendait. Et ne fut pas satisfait.
    Pathétique... C'était tout ce qu'elle trouvait ?


    -"Désolée" ? Je me demande bien de quoi Mademoiselle... De votre attitude parfaitement déplacée ou de votre esprit léger et volatile ? Vous êtes désolée ?


    Il releva le menton, souffla son dédain par ce nez bourbon qu'il partageait avec son Roi. Monarque qui apparaissait par éclair dans son attitude, dans ses ressemblances. Monsieur ressemblait énormément à son aîne lorsqu'il se fallait être sérieux.


    -Sachez que je le suis tout autant que vous... que la volonté et les intentions ne suffisent pas à la Cour.


    Il plissa les yeux en faisant un large geste.


    -Sachez que je suis désolé que votre ignorance aille jusqu'à mépriser le monde qui vous entoure, que vous vous croyez trop bonne pour lui. Je suis désolé,
    dit-il d'une voix devenue légèrement aiguë, que vous soyez incapable d'assumer les conséquences de vos actes dont vous êtes seule responsable.

    Il la regarda encore, s'approcha d'elle. Il était irrité par cette demande de pitié et d'indulgence alors qu'elle s'apprêtait à se moquer ouvertement de lui il y avait quelques secondes à peine.


    -Mademoiselle, apprenez que tout ce qui se voit, tout ce qui se dit, tout ce qui se transmet est ici jaugé, jugé, pesé, catalogué. Aussi désagréable que cela vous puisse paraître ainsi va la Cour... Ainsi vous irez tant que vous resterez parmi nous.


    Sans doute était-il cruel et sa réaction exagérée... Néanmoins, il ne supportait pas la moindre marque d'irrespect envers sa famille, envers sa mère. L'irrespect c'était la rébellion, la rébellion était l'embryon de la Fronde, la Fronde était le berceau de l'anarchie et il ne pouvait l'accepter et supporter.
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Jeu 12 Sep - 23:30

Entêtée. S’il y avait bien un mot qui pouvait définir la jeune de Fontanges, c’était celui-ci. Oui, elle l’était. Et jusqu’à la bêtise bien souvent, il fallait l’avouer. Une bêtise qu’elle reconnaissait être sienne, mais quand il était en général trop tard pour que la faute soit réparée. Et on pouvait dire que cet évènement ne dérogeait pas à la règle. Mais, en prendrait-elle suffisamment conscience pour changer au moins un peu sa façon d’être ? Certainement pas. Après tout, si Héloïse était mature, elle ne serait plus Héloïse… Enfin, elle doutait sérieusement – et à juste titre – que ce fait suffirait à Monsieur pour qu’il daigne sinon lui accorder son pardon, au moins calme sa colère justifiée envers elle. Alors qu’il lui parlait, sa voix laissant sentir ces sentiments qui étaient siens, l’italienne déglutit. Oui, son attitude avait été profondément déplacée, elle le savait. Oui, elle avait, une fois de plus, agie comme une enfant. Oui, elle allait devoir grandir et surtout murir si elle voulait demeurer à la Cour sans que son frère ne décide de la renvoyer à Lugano pour préserver l’honneur de la famille qu’elle mettait en danger avec son comportement. Oui, Héloïse savait tout cela. Mais non, elle ne l’avouerait jamais publiquement, bien trop fière pour cela. Encore un de ces traits de caractère qui faisaient d’elle une personne que l’on n’avait que trop peu envie de fréquenter et dont on se moquait bien souvent. Sa réputation à la Cour de France, la noble la connaissait. En elle, une petite voix que l’on pouvait appeler Raison lui intimait de s’excuser encore, et sincèrement cette fois-ci. Que ses excuses précédentes et tout fraîchement formulées ne sembleraient pas bien sincères aux yeux du Prince, étant donné les rires moqueurs qui avaient été siens peu de temps auparavant. Oui mais voilà, jamais – ou très peu – la jeune héritière des de Fontanges n’écoutait cette petite voix. Elle la trouvait trop ennuyeuse, trop sage. Et bien qu’elle sache les rumeurs circulant à son sujet ainsi que sa réputation dangereuses pour elle, il était hors de question qu’elle change qui elle était. Alors qu’elle levait les yeux un court instant vers le membre de la famille royale, elle le rabaissa aussitôt, le voyant s’approcher vers elle. Elle se pinça encore les lèvres, se mordit l’intérieur de la joue, tenta de ne pas rougir de la honte qui s’emparait d’elle. Toutefois, alors qu’elle écoutait les  paroles du prince, la jeune femme sembla discerner dans ses paroles comme une leçon profondément intéressante car profondément vraie. Comme si, malgré tout, malgré le ton qu’il employait à son égard, il voulait la faire réagir. Bien entendu, la brune était presque sûre que ce n’était pas là le but premier du frère du Roy. Mais elle savait aussi qu’il lui fallait écouter cela avec attention et ne pas prendre ses mots pour des paroles lancées au vent. Après tout, s’il y avait bien une personne ici qui connaissait la Cour et son fonctionnement à la perfection, ce ne pouvait être qu’un membre de la famille royale. Et voilà que l’un d’eux lui donnait une leçon. Elle serait bien stupide de la dénigrer. Et Héloïse était tout sauf stupide.

- Oui, je … Elle leva encore le regard pour le rabaisser une fois de plus. Je comprends.

Elle hocha la tête, comme pour attester encore plus de sa compréhension. Serrant nerveusement son jupon dans ses mains comme elle le faisait souvent, elle le lâcha alors, recula de trois pas et leva le regard en prenant soin de ne pas croiser celui de Monsieur. Marie disait souvent que l’italienne pourrait grandir un jour, mais qu’elle avait besoin pour cela d’un électrochoc, d’une situation, d’une phrase, d’une rencontre qui la ferait réfléchir. Peut-être venait-elle d’en entendre qui pourraient lancer le processus de changement chez la jeune femme. En tout cas, au fond d’elle, la brune sentait que cela n’allait pas être anodin. Jusqu’à la changer entièrement et faire d’elle une femme mâture et responsable en un claquement de doigt ? Il ne fallait pas rêver, non plus. Mais voilà !

- Je comprends, réitéra-t-elle. Je … vous ai manqué de respect. Je vous prie de m’en excuser.

Cette fois, la brune était sincère. Pour elle, mais aussi pour Mathis et la famille de Fontanges, Héloïse ne pouvait se permettre un tel type de comportement. Il en allait de sa famille, de son frère qu’elle aimait tant. Et même s’il lui semblait avoir compris que Monsieur appréciait Mathis, elle savait aussi que les idées ici pouvaient changer aussi rapidement que l’on changeait de chemise. Un autre faux pas d’elle et son frère pourrait vraiment lui en vouloir. Et s’il y avait bien une chose qu’Héloïse ne pouvait supporter et qui la rendait profondément triste, c’était bien de savoir que son frère lui en voulait.


Dernière édition par Héloïse de Fontanges le Sam 21 Déc - 3:08, édité 3 fois
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Ven 22 Nov - 11:38


    Il avait vu la Cour grandir, se métamorphoser. La Cour était sa vie, la seule qu'il eu vécu, la seule qu'il eu jamais connu. Même les rares moments où il avait supporté de longues nuits dans une tente, au milieu des soldats, même les rares moments où il avait été mort de froid, où il avait eu si faim que la douleur tordait son estomac qu'il en gémissait. Même ces moments là n'étaient que des passages éphémères; sa vie était la Cour et le serait toujours.
    Et à sa manière il en était même le forgeron, l'esclave.
    Il aidait son frère à construire une étiquette qui  harponnait chaque noble du royaume et les traînaient immanquablement à la Cour. C'était l'Etiquette qui les suspendait alors à un crochet de pension et de faveurs pour l'éternité. Ils restaient comme autant de cadavres, dégoulinant d'or et de servitude. C'était à celui qui aurait le plus beau crochet, le plus gros, le plus proche du Roi. Le plus grand boucher du Royaume.
    Et tout cela était magnifique.
    Philippe avait son propre crochet bien entendu. Un crochet de ruban, d'or et d'argent, de gemme, de fontaine et de jardins, de chair humaine. Un très très beau crochet qu'il aimait astiquer et nettoyer avec attention, qu'il aimait montrer en se pavanant avec gloire et grâce. Il fallait alors s'extasier avec son Altesse et apprécier à quel point ce crochet lui était naturel et combien il le glorifiait.
    Outre cela Monsieur conservait une gloire personnel et un caractère pré-Fronde assez prononcé. Son neveu lui-même dans quelques années n'oserait se permettre certaines fantaisies sur lesquelles Louis fermait les yeux pour Philippe. Il était son frère, il savait ce qu'il pouvait faire, ou ne pas faire, dire ou de ne pas dire.
    Certains ne semblaient pas capable de faire une telle distinction.

    Les lèvres pincées il regardait froidement et furieusement la jeune femme devant lui.
    Encore heureux qu'elle comprenait, si en plus de cela elle était stupide. Mais le Prince comptait bien faire comprendre bien plus qu'une simple honte passagère. Si elle ne le voyait pas elle réaliserait qu'elle était proche d'une mort sociale éternelle. Une mort véritable. C'était si facile de ne plus exister soudainement, de se frapper soi-même par arrogance ou maladresse, si ce n'était pas par l'aide d'autrui.
    La mâchoire crispée dans une moue hautaine et méprisante Philippe d'Orléans regardait la jeune femme s'excuser. Elle avait changé du tout au tout soudainement. C'était parfait. Elle réalisait peut-être son erreur, sa grossière erreur.


    - Vous m'avez manqué de respect... Mais s'il ne s'était agi que de moi Mademoiselle, croyez bien que jamais je n'aurai perdu mon temps avec vous.


    Il avait sourit, de son sourire hypocrite et mièvre, amer. Ses mots étaient sifflants, aussi durs que l'acier, aussi froid que la glace.


    -Pourtant je ne souffre en aucun cas que votre stupidité puisse atteindre la dignité de personnes qui me sont chères, encore plus particulièrement d'une personne au côté duquel vous êtes d'une insignifiance misérable, à qui le royaume doit son intégrité, son roi, sa paix. Lorsque des choses vous dépasse ne tentez pas de les bafouer ou de vouloir les surplomber... Icare ou Ajax vous diront que l'expérience est par trop douloureuse et ne vaut pas tant de peine. Les dieux ne pardonnent pas Mademoiselle de Fontanges. Ils châtient.


    Il garda le silence, sans attendre de réponse, puis Philippe s'appuya légèrement sur sa canne en se penchant vers elle.


    - Je suis néanmoins conscient de ne pas être de ces mânes célestes... Ou peut-être pas. Maintenant, dit-il dans un murmure, je vais vous faire la grâce de pouvoir quitter ma compagnie et vous me ferez le plaisir de retourner à vos appartements pour retrouver une tenue convenable...

    Un léger sourire souleva ses fines moustaches, plissa finement ses lèvres. Un sourire presque torve pourtant. Monsieur savourait toujours ses victimes avec beaucoup de goût et d'excellence. Son sourire accompagnait donc ce murmure qui n'en était jamais un lorsqu'il s'agissait de revanche et d'humiliation.


    -Un vert de forêt sombre vous ira parfaitement... Vous resterez sauvage en respectant les convenances.


    Il s'était redressé, les mains nonchalamment posées sur le pommeau d'ivoire sculptée de sa canne, la regardant de ses yeux aussi profonds qu'une nuit sans lune.


    -Je vous donne le bonjour Mademoiselle de Fontanges. Mes...amitiés à votre frère.

    Il savait un certain attachement de Mathis pour sa sœur, peut-être en était-elle jalouse de savoir son frère plus souvent à sa cour qu'à ses côtés. Monsieur ne faisait presque jamais rien au hasard. Il souriait et d'autres avec lui.
    Un coin de robe, un pied de canne. Les deux liés ensemble étroitement et la Fontange qui ne voyait rien et Monsieur qui faisait comme de rien.
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Sam 21 Déc - 3:13

La jeune Fontanges retint des larmes de honte, tout du long de la tirade princière. Elle se sentait si mal, à juste titre. Mais c’était sa faute. Enfin, la sienne et celle de sa femme de chambre. Mais, la sienne surtout. Héloïse était consciente du fait qu’il était de son devoir de se tenir au courant de choses telles que les couleurs de toilettes acceptées en temps de deuil. Elle aurait du savoir et dire à Marie de changer de robe. Mais malheureusement, elle n’en avait rien su jusqu’à maintenant. Et l’apprentissage de cette règle ne se faisait pas sans douleur. Une douleur psychologique forte pour celle que beaucoup jugeait dans cette Cour. L’italienne était au courant de sa réputation ici et savait qu’elle allait devoir faire des efforts pour répondre un tant soit plus à la norme de ces courtisans qu’elle haïssait, mais qui étaient tout à St Germain. Lorsque Monsieur se pencha vers elle, elle recula légerement le haut du corps, baissant le regard sur ses mains nouées devant elle. Elle ne vit toujours pas la canne du prince posée sur sa robe. Hochant la tête alors qu’il lui donna la permission de le quitter, elle redressa un peu le regard, prenant soin de ne pas croiser celui de l’altesse royale. Le membre de la famille royale prononça alors le nom de Mathis et Héloïse pinça ses lèvres. Mathis… D’un rapide regard, elle fit le tour de la petite assemblée s’étant formée autour d’eux et y chercha son frère. Enfin, l’absence de ce dernier, surtout. Il ne fallait pas qu’il ait vu cela. Elle n’en aurait que plus honte encore. Soulagée en voyant qu’il était bien absent de ce spectacle bien peu réjouissant, elle revint vers le prince et baissa la tête.

- Merci, monsieur.

Elle n’osa rien dire d’autre, ses joues rougies par la honte la chauffant affreusement. Se reculant d’un pas, elle tourna les talons pour faire demi-tour et regagner ses appartements où elle s’enfermerait pour pleurer et avança d’un pas. Ce fut alors qu’un bruit lui parvint aux oreilles. Un bruit de déchirement. N’osant regarder ce qu’il s’était passé, craignant qu’il ne s’agisse de sa robe, elle entendit alors les éclats de rire autour d’elle, moqueurs et blessants. Un regard en arrière l’assura de la chose. Sa robe, coincée sous la canne de Monsieur, avait été déchirée dans le bas. Morte de honte, elle ne retint plus les larmes qui s’écoulèrent de ses yeux chocolat sur ses joues blanches. Sans prendre garde à l’état actuel de sa toilette, la jeune femme s’empara rapidement de l’avant de ses jupons et se mit à courir le plus vite possible sous les éclats de rire, les pleurs devenant véritablement audibles et soulevant sa poitrine obstruée par le corset. Parcourant les couloirs jusqu’à ses appartements, elle bouscula quelques personnes, mais ne s’arrêta pas. Entrant enfin dans ses appartements, fermant la porte qui claqua dérrière elle, elle s’effondra sur son lit. Alors, la bonne Marie s’avança vers elle, inquiète et, s’asseyant sur le bord du lit, caressa maternellement les cheveux de la jeune femme en lui demandant ce qui s’était passé pour qu’elle soit dans un tel état. Les yeux rouges et les lèvres tremblantes, Héloïse la regarda.

- Je ne veux plus jamais sortir d’ici.
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Et alors, mais qu'est-ce que ça te fait ? ft. Monsieur

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