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 Sous la protection de Pantalon, Scaramouche et... [PV Maddy] TERMINE


Mer 17 Juil - 10:39


    Un enfant, il était comme un enfant. Pourtant se retrouver là dissimulé derrière le fût d'une lourde colonne semblait être aussi une activité de courtisan. Oh et puis... où était le problème. Les courtisans n'étaient jamais que de grands enfants. Cruels, égoïstes, turbulents, pitres souvent,  réservés sur leur secret, bavards pourtant parfois de véritables torrents, parlant sans queue ni tête, gourmands, affamés, voraces...Et lui était sans doute  le plus grand enfant de toute la Cour. Pourquoi pas, pensa le Prince, mieux valait être le plus grand que rien. Monsieur se voyait donc, en attendant la majorité de son cher neveu, comme étant le plus grand courtisan de la Cour de son frère. Il fallait donc remplir tous les besoins et toutes les exigences que demandait une telle posture.Se retrouver caché derrière une colonne donc en faisait partie.Pas n'importe quelle colonne par ailleurs mais une des nombreuses qui se trouvaient dans son bien-aimé théâtre du Palais-Royal. Théâtre dont il était si fier et où il aimait tant voir jouer ses Comédiens Français et Italiens.Du moins « ses » Comédiens, ceux du Roi pour ce qui était des Français et ce depuis l'année précédente. Pourtant Louis ne pourrait  pas lui retirer cette affection particulière qu'il portait à la troupe du Sieur Poquelin, dit Molière. Oh non, il appréciait trop l'homme pour cela, sans compter cette petite gloire personnelle d'avoir patronné le dramaturge dès son retour dans la capitale en 58 et de l'avoir ainsi accompagné dans ses succès grandissants. Un des premiers actes princiers du jeune homme qu'il était alors. Maintenant  il était vieux et commençait sans doute à pencher sur la pente dangereuse du non retour et ce n'était qu'en voyant Molière et ses talentueux comédiens que le Prince retrouvait un goût de jeunesse et de modernité liées.De la mélancolie chez Philippe d'Orléans ? Certes non, ce sentiment faisait très rarement partie de la palette sensible du frère du Roi, trop enclin a aimer la vie, à accepter l'instant présent et à l'adorer de toute son âme pour pouvoir se morfondre sur un passé qui avait pu être doux mais qui était désormais et pour toujours achevé. Non, c'était davantage un regard attendri sur les temps révolus, un léger sourire, ou une passagère grimace.Actuellement Monsieur était bien loin de toute pensée de ce genre. Il se devait de retenir des rires francs. Molière avait voulu lui dissimuler ce qu'il préparait. Eh bien soit ! Il irait voir malgré tout. Monsieur observait donc les comédiens dans un sourire malicieux et espiègle. Il gloussait par moment, tentant d'être  le plus discret possible ce qui était totalement à l'antithèse de sa nature. Monsieur discret dites-vous. Là, vous avez saisi le problème. Enfin, le frère du Roi reportait tout bruit suspect sur la faute du jeune mignon qui l'accompagnait. Après tout, impossible que le Duc d'Orléans ne fasse un faux pas ?Il avait été légèrement déçu. Toute la troupe n'était pas là, Molière devait fignoler les derniers vers... Hum, qu'importe, aujourd'hui il renierait tous ses principes et serait patient.


Dernière édition par Monsieur le Mer 17 Déc - 8:31, édité 1 fois
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Ven 19 Juil - 15:50

Just for you:
 


Qu'il devait être ennuyeux de ne pas être comédien. Le travail répétitif et dépourvu de réelle reconnaissante de la masse ouvrière était assurément particulièrement pénible, quand l'oisiveté de cette noblesse qu'on disait privilégiée donnait sans doute à terme des envies de fuir. Toute riche que pouvait être cette aristocratie qui pataugeait dans une mer de luxe entourée de plages de méchanceté et de bassesse, une grande partie de celle-ci menait une vie dépourvue de tout intérêt. C'était du moins là le point de vue de Madeleine Béjart, qui n'aurait pour rien au monde échangé sa condition de femme qui se disait libre. Pas même contre quelques pierres précieuses supplémentaires. Elle était beaucoup trop attachée à cette vie pleine de rebondissements que conférait le théâtre pour se résoudre à l'abandonner. Et si depuis quelques mois elle s'interrogeait sur la possibilité de laisser à d'autres sa place dans comédies originales que son ami de dramaturge écrivait, le simple fait de participer aux répétitions donnait un sens à ses journées. Du moins en théorie.
Car elle était pour le moment trop occupée à courir après sa filleule pour réellement se soucier de ce qui se passait sur la scène du Palais-Royal. Après avoir pourchassé la jeune enfant, dont elle avait ce jour la responsabilité, partout dans les coulisses, Madeleine déboula soudain sur les planches à sa suite, sans se soucier le moins du monde des quatre comédiens qui s'y trouvaient occupés à se donner la réplique. Ceux-ci s'arrêtèrent cependant net pour suivre des yeux la Béjart courant, jupes retroussées, après une fillette qui s'obstinait à lui échapper. La scène était à vrai dire plutôt comique, ce que les acteurs ne se privèrent pas de souligner de par leurs rires à peine étouffés.

- Reviens ici tout de suite. Mais la petite blondinette ne semblait pas prête à obéir et elle traversa la scène à vive allure, toujours suivie de sa marraine qui s'engouffra de nouveau dans les coulisses.
- Mais cesse donc cela. Supplication qui fusa de derrière les rideaux.
Et quelque secondes plus tard, elle réapparut, épuisée de ses pérégrinations et désespérée par cette enfant qui s'amusait à la faire tourner en bourrique.
- Arrête-toi immédiatement, pesta une Madeleine de plus en plus haletante.
Nouvel aller-retour.
- Tu veux donc ma mort ?
Heureusement le dernier d'une course qui s'acheva avec des comédiens riant aux larmes, une gamine toute fière d'elle, et une quadragénaire qui cherchait de l'air.
- Cette petite me tuera, soupira la comédienne en indiquant d'un geste de tête le petit monstre qui s'était finalement arrêté pour se coller aux jambes de La Grange.
Les mains appuyées sur ses cuisses, Madeleine mis quelques secondes à reprendre son souffle sous les moqueries peu méchantes de ses amis, qui soulevaient ironiquement tant sa forme physique que sa capacité à se faire obéir d'une demoiselle qui faisaient à peine la moitié de sa taille.
- Moquez-vous donc, siffla-t-elle en se redressant. Mais à présent c'est à votre tour de me faire rire. Et gare à vous, je sens que je pourrais aujourd'hui avoir la critique facile.
Disant cela elle partit s'asseoir dans la salle afin de se mettre à la place du public, prenant par la main la petite afin qu'elle l'accompagne. Et c'est sans broncher -car si Madeleine avait parlé non sans une pointe d'humour dans la voix, ils savaient bien qu'elle pouvait vite se trouver impatiente- que les quatre artistes présents aujourd'hui se remirent au travail.

Mais à peine fut-elle assise qu'un bruit suspect vint se glisser jusqu'à ses oreilles. Intriguée, elle laissa un instant la fillette seule afin d'aller trouver la source de cette espèce de gloussement. C'est sans trop de mal qu'elle la débusqua, assez mal cachée derrière une colonne. Pour signifier sa présence aux deux individus qui se trouvaient là, Madeleine toussa bruyamment, avant de se mouvoir dans une révérence bien dosée. Elle n'avait en effet eu aucun mal à reconnaître Philippe d'Orléans, frère unique du Roi et propriétaire du lieu, accompagné d'un jeune courtisan dont elle suspectait fortement l'appartenance au cercle intime du Prince.

- Monsieur, souffla-t-elle humblement avant de se redresser lentement. Car l'étiquette avait beau vouloir pousser aux courbettes à n'en plus finir, il était beaucoup plus aisé de tenir une conversation lorsque l'on n'était pas pliée en deux. Sans doute vais-je vous décevoir mais Molière n'est pas ici aujourd'hui. Cependant je me ferai un plaisir de lui signifier que vous êtes passé et qu'il lui faut aller vous voir, ajouta-t-elle avec un léger sourire amusé.

Car elle se doutait bien que lorsqu'on se cachait derrière un élément du décor, on ne souhaitait pas être vu.

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Jeu 1 Aoû - 14:05

tu m'as tué alors c'est mon tour :
 

    Si Molière n'était pas là, il avait sur scène un substitut qui satisfaisait grandement le frère du Roi.
    Son apparition fut si soudaine, si plaisante.
    Philippe regardait avec attention les comédiens, lorsque brusquement une petite biche sortit de l'orée des coulisses. Il avait haussé un sourcil en observant cela, se demanda si le canevas de la pièce était ainsi respecté.
    En voyant le regard des comédiens, il jugea que non, il avait affaire à une impromptue.
    Ses yeux s'écarquillèrent légèrement dans un sourire lorsque la déesse de ces bois surgit à sa suite.


    - N'est-ce pas Mademoiselle Béjart Monseigneur ?
    souffla le jeune mignon.
    - Comment pourriez-vous en douter, répondit le Prince sur un ton malicieux. Une telle autorité ne devrait pas vous tromper.

    Du moins Madeleine Béjart aurait sans doute voulut apparaître ainsi aux regards de cette jeune insolente, dans le but évident de la foudroyer sur place qu'elle ne puisse plus bouger.
    La réfractaire ne semblait pourtant pas de cet avis et Philippe eut sous les yeux une scène digne des plus grandes pièces de comedia dell'arte. Dieu il avait déjà du mal à ne pas rire de ses notes aiguës mais là... C'était un véritable supplice.
    Une torture.
    Cette petite était bien dans la droite ligne de l'esprit espiègle et malicieux de ces joyeuses gens qui composaient la troupe de son bon Molière.
    Comme il voulait rire, comme cela était difficile. Il gloussa en portant la main devant ses lèvres, lorsque l'enfant refit une nouvelle apparition. Philippe caressait la dentelle de son jabot sans se séparer de son sourire amusé, large et sincère.
    Il eut un rire presque étouffé à nouveau. Pauvre Béjart, il était vrai que malgré son apparence et son esprit juvénile, la pauvre femme était déjà d'un certain âge, elle aurait pu être sa mère...
    Monsieur pensa brièvement à ce qu'aurait été sa vie dans une telle situation. Il évacua rapidement cela. Trop de saleté, pas assez de bijoux, trop d'incertitude, pas de confort.

    Il regarda la vénérable comédienne, comme il aimait l'appeler, rattraper enfin sa petite biche et la ramener sous son giron, rabrouer les autres comédiens. Monsieur souriait en observant tout ce beau monde. Son palais serait bien vide, bien morne sans eux, et malgré cette période de deuil, Philippe était heureux de les savoir toujours chez lui. Toujours aussi vivant.
    Dans tous les cas le deuil serait bientôt achevé, mettant fin à ce temps de silence. Juste le temps qu'il fallait avant la relâche de Pâques et le mois du Carême. Le long mois du Carême, si contraignant pour Monsieur qui aimait faire fête et bonne chair.
    Enfin qu'importe dans le moment présent le frère du Roi se sentait parfaitement bien, ses gloussements ne cessait plus. En réalité il en avait presque les larmes aux yeux.
    Sentant qu'il ne pourrait se retenir plus longtemps il revint derrière sa colonne contre laquelle il s'adossa, la main sur son visage alors qu'il essayait vainement de retenir ses rires.
    Après un court instant il ressortit sa tête de derrière la colonne. Madeleine Béjart n'était plus ? Tiens... Elle avait pourtant dit qu'elle resterait pour surveiller ses compagnons.... Dommage... A moins que...
    Philippe ne sursauta pas en entendant Madeleine. Sa douceur l'avait prévenu d'une petite frayeur et quelque part il s'en était aussi douté. Lui tournant le dos, il se retourna légèrement dans un sourire pour la regarder du coin de l’œil. Le Prince se redressa après lui avoir fait un léger signe lui permettant de se relever de sa gracieuse révérence.
    Il lui fit face sans se départir de son sourire, la regardant avec amusement et bienveillance.


    -Je vous remercie Mademoiselle... Mais ne dérangez pas Molière pour cela vraiment... Je ne suis jamais que de passage et nous nous verrons bien assez tôt.


    Ou comment signifier qu'il ne voulait pas que Molière sache qu'il fut venu malgré sa demande. Le jeune homme s'était approché d'elle dans un sourire léger, après un regard et une brève caresse pour son mignon.

    -Je répondais simplement à l'impatience de Nicolas qui trouvait le temps long sans l'une de vos représentations...

    Le sourire de Monsieur et son apparence montraient bien que la vérité était tout autre, Philippe ne s'en cachait même pas. Madeleine connaissait le jeune Prince depuis bientôt presque dix années, le Duc d'Orléans n'en était pas à son premier « mensonge ». Un doux mensonge, un mensonge amusé, espiègle et aimant.
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Dim 4 Aoû - 21:51

Le duc d’Orléans ne souhaitait pas déranger le dramaturge... Comme c’était peu étonnant. Prévoir sa réaction, comme supposer à juste titre que demain encore il pleuvrait à Paris, ne demandait pas une perspicacité hors du commun. Amusée par cette situation qui était cependant loin d’être inédite, Madeleine laissa filer de ses lèvres un léger rire qui s’envola dans les hauteurs du théâtre afin de se mêler à tous ces éclats de voix qui avaient un jour résonné ici, mais qu’il était toujours possible d’entendre au loin pourvu d’y être attentif.  
Bien qu’au courant de l’actualité royale, la comédienne ne cherchait pas pour autant à chasser cette bonne humeur naturelle qui ne s’accordait pas nécessairement avec l’austérité d’une cour dont le pesant deuil s’effaçait avec peine. Mais quiconque pouvait se  vanter de connaître un minimum Madeleine Béjart savait pertinemment que les milliers de petites étincelles qui faisaient briller ses yeux, ses grimaces qui amusaient les enfants et les imitations parfois satiriques de quelques courtisans désagréables ne témoignaient pas d’un manque quelconque manque de respect à l’égard du Prince. Ou de n’importe qui, puisque son statut de simple comédienne supposait qu’elle devait régulièrement se plier humblement en quatre.

- Soit, je me tairai donc. Un clin d’œil entendu agrémenta cette réponse qu’elle formula à voix basse.

Et bien sûr, sa venue ici était indépendante de sa volonté puisqu’il avait simplement, dans un élan de gentillesse, répondu à l’envie irrésistible d’un de ses jeunes amis d’assister à l’avant première d’une pièce prochaine. Pitoyable menteur. Mais tout aussi amusant que sympathique. Ce fut donc sans mal qu’elle entra dans son jeu.
Ainsi Madeleine se tourna vers le coupable désigné. Constater que la main dénudée de bague d’une comédienne vieillissante qui se posait sur le bras couvert d’un précieux tissu du jeune homme eut pour effet de le faire tour à tour sursauter, puis rougir, était une merveilleuse incitation à onduler gracieusement son corps de manière à se rapprocher un peu plus de lui. Alors que sans méchante arrière pensée elle se délectait intérieurement de l’effet –pourtant peu flatteur- qu’elle produisait, Nicolas semblait complètement paniqué. Que lui avaient donc fait les femmes pour qu’à présent l’envie qu’il avait de s’enfuir en courant, dès que l’une d’elles l’effleurait en tout bien tout honneur, se lise si facilement sur son visage ? Mais peut-être était-ce une question qu’il vaudrait mieux poser à Monsieur.

- Eh bien quelle impatience, Nicolas, s’exclama-t-elle en ouvrant de grands yeux, feintant ainsi un étonnement peu modéré. Je crois qu’au nom de toute la troupe, il me faudrait me sentir flattée. Elle battit des cils et lança un sourire charmeur au jeune mignon, ce qui contrastait avec l’index accusateur qu’elle pointa soudain en sa direction. Mais je me dois de vous faire remarquer que vos grands éclats de rire ont troublé cette répétition qui jusqu’alors se passait à merveille.
Certes il fallait omettre l’interruption causée par une course-poursuite haletante et dont l’issue incertaine l’avait rendue pleine de suspense. Mais ce n’était qu’un détail.
De la prédatrice qui l’approchait dangereusement, tel le loup se glissait auprès du doux et innocent agneau, Madeleine se transformait en une mère grondant son impertinent de fils. Dans son immense bonté –et car, avouons-le, elle n’aurait sans doute pas osé-, elle n’alla pas jusqu’à asséner à Nicolas cette petite tape derrière la tête qu’il aurait pourtant mérité. Du moins si tous les torts dont on l’accusait avaient été vérifiés. Et approuvés.

- Heureusement que Son Altesse était présente afin de modérer vos ardeurs. Hochement de tête qui fit office de remerciement mensonger en direction de Cette dite Altesse.
Laissant souffler un instant sa proie du moment, elle se tourna vers celui qui était ici chez lui. Le royal propriétaire de ce lieu que la troupe de Molière hantait depuis quelques années déjà. Inutile de préciser que Madeleine ne pouvait apercevoir sans se sentir envahie d’une vague de gratitude à l’égard de ce Prince qui, pourtant si jeune, s’était fait le protecteur de comédiens partis trop longtemps en exil. Car on avait beau appeler cela une « tournée en province, ces longues pérégrinations théâtrales loin de Paries avaient surtout sonné comme la sentence résultant d’une incapacité passée à briller sous les feux de la capitale.  

- Cependant votre présence ici est un honneur tel, Monsieur, que j’en viendrai à devoir exprimer ma gratitude à ce jeune homme.
Petite flatterie amplement méritée, déclamée avec une sincérité qui ne cachait rien de faux, puis Madeleine se glissa, de deux sautillements de ballet, entre Monsieur et son mignon. De manière à ce que ce dernier se meuve dans le pas en arrière escompté.
- Mais serait-ce ma méchanceté aussi naturelle que légendaire qui effraierait votre ami, demanda ironiquement la comédienne à Philippe d’Orléans, d’une voix suffisamment étouffée pour sembler ne pas vouloir être entendue, mais assez fournie en décibels pour que son écho légèrement aigu atteigne les oreilles sifflantes de celui qui avait été évincé.

Un petit dernier pour la route:
 

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Jeu 29 Aoû - 13:21


    Mufufu Monsieur dans sa tête:
     

    Tranquillement, royalement, Monsieur affichait son regard et son sourire d'innocence pervertie.
    Il ne trompait personne et ne l'ignorait pas. Nicolas et Madeleine savaient parfaitement qui était l'origine de quoi. L'un pour avoir été présent avec le Duc, l'autre le connaissant depuis de nombreuses années et connaissant donc son caractère joueur, volage et faussement dissimulateur.
    Philippe savait qu'il pouvait trouver en la personne de Mademoiselle Béjart une complice vive, imaginative et éveillée, prompte à le rejoindre dans son vice au grand dam de quiconque se retrouvait pris au piège de leur espièglerie.
    Le Prince eut un léger gloussement à la réponse de Madeleine, lui sourit.


    -Votre silence sera précieux à notre bon Molière et sa pièce en devenir, et donc à mon plaisir. Je vous en suis reconnaissant Mademoiselle.


    Il caressa nonchalamment la dentelle de son jabot dans un regard joueur pour son adorable mignon, suivant Madeleine dans son geste.
    Il observait en silence se délectant de la gêne du pauvre jeune homme qui ne demandait pas tant de présence féminine. La dentelle blanche du Duc se soulevait régulièrement sous un rire silencieux.
    Comme Monsieur était cruel, inflexible pour son propre plaisir, amateur de tout ce qui pourrait le divertir. Et le malaise de son jeune ami en faisait, malheureusement pour ce dernier, partie.
    Nicolas aurait voulu reculer d'un pas voire deux même trois. Madeleine le retenait de son regard. Il voulut riposter, contre cette accusation perfide. Après tout il n'y était pour rien !
    Mais le regard amusé et hautain du Prince le retint de dénoncer le royal coupable. Alors il garda le silence et cet air d'agneau apeuré, surveillant du coin de l’œil la prédatrice mégère. Il la préférait sur la scène... Là où elle était loin, là où il y avait entre elle et lui une barrière de courtisans. Là il pouvait apprécier ses talents et se méfier de ses appâts sans trop de mal. Mais ici... Si près...
    Il se sentait définitivement proie et cherchait tant bien que mal de rejoindre Monsieur pour aller trouver sa protection.
    Malheureusement Madeleine était là...

    Philippe releva le menton dans un sourire en entendant la comédienne, regarda Nicolas profiter de la faille pour rejoindre aussitôt son protecteur mais non pas sauveur.


    -Vraiment Nicolas, insista Monsieur de sa voix de miel, grondant une fausse remontrance. Ne vous avais-je pas fait juré de garder le silence ? J'ai fait ce que j'ai pu Mademoiselle, dit-il en la regardant, mais la joie de mon petit sucre n'a pu être contenue, j'espère que vous lui pardonnerez.

    Il avait caressé la joue du mignon avec sa douceur habituelle, le regardant de ses yeux noirs malicieux. Son pouce passa sur les lèvres du pauvre Nicolas qui aurait voulu être prit dans ses bras et recevoir un baiser même chaste. Monsieur le sentait bien.
    Philippe n'avait pas fini de jouer, ayant fait mine d'avancer ses lèvres vers les siennes il se recula dans une moue coquette en tournant son regard vers la brillante femme qui leur tenait compagnie.
    Le Duc eut un charmant sourire. Il avait toujours été sensible à la flatterie, un peu trop, mais baste... Cela ne faisait aucun mal, surtout lorsque le compliment venait d'un comédien, encore plus lorsqu'il venait de Madeleine Béjart. Philippe avait bien vite appris que la grande majorité comédiens ne dissimulait que sur scène, contrairement à d'autre. Sans doute une lassitude bien compréhensible de vouloir vivre sa vie ailleurs que sur les planches.


    -Faites je vous en prie, peut-être ne se sentira-t-il plus coupable, car je vois bien que le remords dévore son âme.

    Il fut amusé de voir le regard désespéré de Nicolas s'évanouir derrière la belle chevelure de Madeleine Béjart. Philippe sourit, baissa légèrement les yeux avant de les relever vers son beau visage. Indéniablement la comédienne vieillissait mais si lui-même pouvait vieillir de cette manière là... Il ne serait pas contre.

    -Très chère, vous savez bien que votre réputation n'est plus à faire. Votre nom seul suffit à faire trembler. Par ailleurs je l'invoque régulièrement lorsqu'on m'a déplu... Minotaure que vous êtes je vous sais cruelle à point et parfaitement capable de semer la terreur chez les miens. Je les menace de les emmener avec moi au théâtre et de les livrer à votre verbe assassin.


    Philippe eut un sourire de chat qui fut suivit par un regard désolé, une mine perplexe d'incompréhension feinte.


    -Mais pour une raison que je ne m'explique pas... Les mécontentements se multiplient, les sottises ne cessent et vont croissantes... Il va me falloir appliquer ma parole donnée. Je vais être forcé de vous amener mes chéris très prochainement, les obliger à assister à une représentation. Pour l'exemple...


    Les yeux du Prince pétillaient de mille étoiles. Monsieur avait toujours aimé la comédie, avait toujours admiré le verbe et les talents offerts par Dieu. Il ignorait souvent les siens et se satisfaisait chez les autres. Cela lui convenait parfaitement.

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Sam 7 Sep - 10:42

Spoiler:
 


Le regard pétillant du prince donnait à sourire. Quand la joie qu'il avait d'abuser de son pouvoir sur un mignon qui n'osait dire mot devrait logiquement faire froncer les sourcils. Mais au théâtre du Palais-royal il n'y avait de logique que celle que l'on voulait bien se fixer à l'instant présent. Royaume des comédiens, si d'une envie soudaine ceux-ci décidaient un jour que le plafond était un bas et le plancher en haut, alors il en était ainsi. Jusqu'au moment où les tapis reprendraient leurs places sur les murs, et que les tapisseries seraient de nouveau tendues aux dessus des têtes.
Ainsi, si l'adulte responsable aurait pu pointer un index accusateur sur ce jeune homme qui prenait un visible plaisir à rire du malheur d'autrui, l'éternelle demoiselle en quête d'un public n'en fit rien. Au contraire, c'était sans hésiter qu'elle jouait avec Philippe d'Orléans pour taquiner un peu plus encore le dénommé Nicolas. Car la logique voulait qu'à ce moment précis la torture morale soit de bon goût. Ponctuelle réforme proposée implicitement par le duc et approuvée dans la pratique par la comédienne.

Mais à rire des autres il ne fallait pas oublier que l'auto-dérision était une vertu première. Ainsi, la respectable femme ne refréna rien sinon une envie d'éclater de rire lorsque la métaphore voulue qu'on fasse d'elle un monstre mythologique. C'était que Monsieur ne manquait ni d'imagination ni de répartie lorsqu'il s'agissait de satisfaire son sens de l'humour. Royal individu aussi capricieux qu'il pouvait se montrer généreux, dont on disait qu'il ne manquait pas de susceptibilité, mais qui également savait indéniablement faire preuve d'un talent avec les mots. Le fond au délicat piquant n'avait rien à envie à une forme qui appelait les rires. A défaut de jamais le voir sur scène -et gardons-nous bien de suggérer que le statut de simple amuseur de cour lui scierait-, il savait se faire l'épicentre du divertissement si tôt qu'il entrait quelque part. Contrairement à ces détestables courtisans qui, manquant visiblement d'esprit, tentaient par de bas moyens de se faire centre des attentions, le duc d'Orléans, si on occultait son titre, attirait les oreilles car savait se faire l'artisan d'une conversation légère et charmante. Pour ce qui était des regards, on conviendra aisément que tous les ornements de dentelles, fils d'or et autres perles avaient vite fait de les faire s'emplir d'une lueur tintée d'admiration et de jalousie.

- Qu'entends-je, s'exclama la Béjart d'un air outré une fois qu'il eut fini de tirer son élogieux portrait, une si terrible menace n'a pas eu l'effet escompté ? Alors n'hésitez plus, Votre Altesse. Qu'exemple soit donné... Qu'enfin il soit compris que le manque de soumission et le trop-plein de frivolités ne vont pas sans conséquence.

Index levé, elle se faisait savante afin de mieux se montrer convaincante lorsqu'elle défendait l'impartialité dont un dirigeant devait faire preuve quand il lui fallait punir. Avant de reprendre son rôle d'exécutrice de la sentence princière.

- Amenez-moi donc quelques sacrifiés. Éblouis par les beautés de la scène, comme tous leurs prédécesseurs ils en viendront à errer, pour finalement se perdre dans les dédales sombres d'un théâtre qu'une mystique créature hors d'âge arpente sans qu'on ne puisse ni la voir ni l'entendre.
Disant cela, elle s'était mise à marcher autour des deux visiteurs, frappant le sol de ses talons de façon à ce que sous ses pieds le parquet aille crescendo en une symphonie de grincements.
- Alors, quand on s'y attend le moins...
A cet instant elle passa derrière la colonne qui quelques minutes plus tôt les abritait des regards. La dissonante musique s'était tu et la voix de Madeleine s'était perdue en même temps que son corps avait disparu.
- Monstre surgi.
Toutes griffes dehors elle sauta devant Nicolas qui ne put retenir un hoquet de surprise. Sans se soucier le moins du monde de la réaction de ce dernier mais lançant un sourire entendu au duc, elle reprit sa marche ellipsoïdale, les mains sagement jointes dans son dos.

- Et pour mon plus grand plaisir les malheureux auront à répondre de leurs actes. A mon cœur plus noir encore que l'encre, à mes paroles caressantes et pourtant si amères aucun n'a jamais survécu.
La maîtresse de l'antre avait cessé ses pas dansant pour venir se planter entre Monsieur et son ami. D'un hochement de tête elle chercha l'approbation de Philippe quant aux circonstances troubles dans lesquelles ses précédents chéris avaient disparu. Puis elle reprit afin de conclure la narration de cette histoire qui avait tout d'un conte. Cruel souverain, bête mystérieuse, pauvres victimes... Mais ici personne pour venir sauver les âmes égarées.
- Tant qu'ils purent les charmants plièrent, souffla-t-elle en s'approchant de sa proie, pendant que ses doigts effleuraient le long de son dos, mais ce fut dans de terribles souffrances qu'ils finirent par rompre.

Sa voix, qui n'aurait pas été plus douce si elle s'était lancée dans une déclaration d'amour, se tût alors. Et après quelques secondes de silence pendant lesquelles elle arbora un sourire satisfait, un éclat de rire franc et sonore lui échappa.

- Ah, terrible Minos, lança-t-elle à l'intention de Monsieur. Vous pouvez désormais être assuré de la docilité de votre présent sujet.

Si le jeune mignon avait pu s'évanouir sans doute l'aurait-il fait. Mais l'ombre menaçante d'une bien vilaine sorcière qui viendrait s'immiscer jusque dans son sommeil sans rêve le convaincu assurément de rester bien éveillé.
Voyant que le pauvre agneau était définitivement traumatisé à l'idée d'être dévoré, Madeleine lança à celui qui n'était dans l'affaire pas totalement innocent -quoiqu'il aurait voulu faire croire!- un regard empreint d'un amusement mêlé d'une pointe de culpabilité. Si les genoux tremblants et les yeux exorbités de Nicolas donnaient à rire, la comédienne n'avait pas le cœur à le faire cauchemarder. Comme pour l'assurer que derrière ses mots qui ne l'avaient pas épargné ne se cachait aucune mauvaise intention, elle lui lança donc un clin d’œil. Non, Madeleine Béjart n'avait pas mauvais fond.

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Jeu 17 Oct - 2:30


    Il y avait longtemps que le Frère du Roi avait compris que le titre ne faisait pas tout, bien qu'il s'en glorifia outre mesure et en abusa pleinement et sereinement. Il y avait longtemps que Philippe, alors Philippe d'Anjou compris que dans la guerre, dans les guerre des corps, dans la guerre des mots, dans la guerre de l'esprit, le titre ne suffisait pas.
    S'il voulait être un Prince digne de son rang, l'image qu'il donnerait de lui-même devait suivre immanquablement. S'il voulait être un frère digne de son Roi, il devait se soumettre à toutes ses volontés.
    Et quelles pouvaient-elles être ?
    Pour Philippe elles étaient d'une simplicité et d'une limpidité effrayante. il lui suffisait d'obéir et de divertir.
    Obéir et divertir.
    Etait-il donc si différent que cela des comédiens et autres amuseur de cour ?
    L'illusion ne tenait pas, il connaissait parfaitement la réponse.
    Et il s'en contenait fort bien il fallait le dire, il prenait à cœur cette mission à la formulation aisée mais à l'application complexe.
    Le divertissement était une bête farouche, le plus souvent incivile, qui ne se laissait pas dominer par n'importe qui, encore moins lorsqu'elle rôdait au milieu des divertis.
    Le Frère du Roi avait pourtant appris l'essentiel pour la soumettre et le faisait avec talent.

    Madeleine Béjart était elle aussi une dompteuse incomparable.
    Les yeux noirs du Prince suivaient l'impétueuse comédienne qui immédiatement s'était glissée dans le rôle qu'il lui avait malicieusement jeté d'un verbe princier.
    Et elle jouait divinement bien.
    Il la suivait du regard, sachant que le silence lui était imposé et se taisait avec délice Il baissa les yeux, abattu de ne pouvoir imposer le respect et la crainte comme il l'aurait dû. Il suivait aussi les réactions de Nicolas du coin de l’œil qui, pauvre garçon, se sentait soudainement plus que perdu.
    Le jeune mignon se rapprocha du Prince qui contemplait le jeu de la comédienne sans pouvoir retenir son sourire naturellement hautain.
    Si le Prince ne bougeait hormis ses yeux, Nicolas lui s'était aussitôt rapproché de sa royale personne et tournait le regard et le corps en suivant la voix de la Béjart monstrueuse, de plus en plus inquiet de la tournure de cette tirade.
    Monsieur aimait les monstres, autant qu'ils le fascinait. Madeleine en était un. Un de ses monstres délicieux qui se confondait au plus près de la première signification du mot. "Monstrare". Celui que l'on montre à la foire. Monsieur adorait le latin et le pratiquait bien mieux que son frère. on y découvrait tant de choses. Il observait le talent de la Béjart irradier de son être, par ses lèvres, ses membres, son âme. Et même si la tendance de la pièce ici jouée tournait bien plus près de la roturière comédie que de la noblesse tragique, Philippe n'en avait cure, il avait toujours préféré cette première.
    La réaction de Nicolas bien plus que le surgissement de la créature, arracha au Duc un léger sursaut, qui pour se venger le gratifia d'une légère tape.
    Madeleine trouva un sourire pour lui répondre. Vraiment... Depuis un moment déjà il avait compris comment la demoiselle avait inspiré et inspirait toujours Molière. Elle était brûlante de vie et de passion, habitée par les muses.
    Il se régalait de la voir broder ainsi sur une telle improvisation. Finalement il aurait eu son petit spectacle de la journée.

    Il laissa le pauvre Nicolas aux griffes de Madeleine, souriant de la sensualité de sa voix, gloussant presque devant le regard de son mignon qu'il abandonnait sans aucun scrupule, restant distant et visiblement insensible à ses états d'âme tourmentées. Les bras croisés, ses doigts fins caressant rêveusement son menton et ses joues, il écoutait encore et toujours, s'abreuvait goulûment.
    Le silence fut pesant pour l'adorable agneau, le rire n'en fut pas plus salvateur.
    Philippe releva légèrement le menton lorsque Madeleine s'adressa à lui, la main figée dans sa légère caresse. Son sourire s'élargit.


    -Que peut un pauvre mortel face à vous, créature divine ? susurra-t-il malicieux. Minotaure de mon palais vous servez fidèlement et vous me servez bien. Nous, insista-t-il en regardant Nicolas, saurons nous en souvenir.

    Le garçon préféra s'incliner en silence, regardant toujours Madeleine, ne sachant plus sur quel pied de la réalité ou de la fiction il devait danser.
    Ce fut Philippe qui se tourna cette fois vers Nicolas et s'approcha de lui. Il caressa de nouveau sa joue et cette fois prit ses lèvres avec douceur. Monsieur savait mettre un terme à sa cruauté. Ou au moins une parenthèse.
    Philippe sourit en se reculant légèrement.


    -Mon petit oiseau vous êtes bien tremblant face à la sauvagerie civilisée de notre talentueuse comédienne. Gare Mademoiselle, gare ! cela ne s'applique uniquement si je vous en fait la demande.


    Il sourit en embrassant le cou de son mignon plus grand que lui, ce qui n'était pas d'une étonnante nouveauté, avant de se tourner vers elle.


    -Nous ne voudrions point trop les abîmer malgré tout.


    Il sourit encore, son sourire bien que fade ces derniers temps lui avait toujours été d'une facilité parfois déconcertante. Il sembla chercher quelqu'un ou quelque chose du regard, espiègle.


    -Mais... Nous avons pu voir tantôt que vous ne viviez seule dans les méandres de notre labyrinthe... Vous avez aussi avec vous une farouche Arianne n'est-il pas vrai ?


    La jeune fillette poursuivie plus tôt par Madeleine n'était plus à la place où l'avait sagement laissée la comédienne.


    -A moins qu'elle ne soit fille d’Éole,
    ajouta Philippe avec malice en se redressant face au constat de sa disparition.


Dernière édition par Monsieur le Mar 19 Nov - 11:20, édité 1 fois
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Ven 1 Nov - 17:18

- Bien loin de moi l’idée de vous déplaire, Monsieur. Ordonnez et j'exécute, quand sans mot de vous je me contente de roder.

Noble seigneur qu'il était, le prince jugea bon de rendre à son servile Minotaure une bien grande faveur en lui rappelant qu'il n'était ici pas venue seul. A sa première remarque la bête esquissa un sourire, ne s'inquiétant pas de ce qui se passait dans son dos. Mais mal l'en prenait de faire confiance, ce que Philippe sous-entendu non sans ce que Madeleine percevait comme un fond de plaisir. Rire, là était son maître mot. De son mignon ou de sa comédienne, qu'importait tant qu'on y trouvait amusement. Au fond son comportement ne dépassait pas de beaucoup celui d'un enfant qui toujours en demandait plus. Mais pouvait-on en vouloir d'avoir l'âme taillée pour le diversement ? Peut-être un peu, lorsque l'épuisement moral de celui dont on se moquait faisait dangereusement battre son cœur. Heureusement pour nous les acteurs étaient résistants à la pression.

Fille d’Éole... Comprenant vite l'allusion Madeleine fit volte-face et posa de grands yeux effarés sur le vide. La petite peste n'avait pas résisté à la tentation de jouer de nouveau avec les nerfs de sa marraine. Incapable de rester en place, elle finirait attachée à sa chaise, se jura cette dernière tout en refermant la bouche que sous l'effarement elle avait entrouverte. Cependant plus civilisée que sa filleule elle se retint de courir en pestant et se retourna vers le prince, arborant un sourire cependant un peu crispé.

- Ah! La mignonne aime à se faire l’allégorie de ces vents célestes et indomptables.
Vaseuse réplique qui faisait sans doute plus rire par son ridicule que s'extasier par sa beauté. Face à l’air amusé de Philippe la comédienne paraissait soudain moins sûre d’elle. Où diable était passé le vilain galopin ? Redoutant presque autant les farces de la petite qu’une première devant la cour, la sensation que la situation lui avait tout d’un coup échappée ne l’amusait plus guère. Quel cadeau empoisonné que de prendre soin le temps d'une demi-journée de cette Marie-des-enfers.
- Cependant, et pourtant ayant conscience que la vanité est un vilain péché, j’ai la soudaine et irrésistible envie de me frotter à l’exploit.
Tout en restant dans le registre de l’héroïque alors qu’elle trouvait une excuse pour partir en chasse, elle laissa échapper un prompt rire forcé. Une rapide révérence et elle s'enfuit ensuite à petits pas -se retenant de se précipiter mais incapable de ne pas se presser- en direction de la scène, bien décidée à demander des comptes aux comédiens qui n’étaient pas plus occupés à répéter qu’à observer ce qui se passait en dehors de leur discussion.

- A défaut de jouer vous auriez au moins pu garder un œil sur la petite, siffla Madeleine à l'intention de ces trois compères qui simultanément tournèrent vers elle des figures nonchalante. Où est-elle, continua-t-elle en s'étranglant à moitié tant elle leur en voulait et était inquiète. En harmonie ils haussèrent les épaules, visiblement peu préoccupés par cette disparition somme toute peu étonnante.
- Il vaudrait mieux pour vous trois que je la retrouve vite.
Devant le regard noir de la doyenne de la troupe, sa bouche qui se tordait en une grimace et son index menaçant, La Grange retrouva soudain l'usage de la vue et de la parole et lui indiqua que Marie se trouvait juste derrière elle. Brusque demi-tour et quelques pas afin de scruter le vide d'un regard sévère. Mais personne en vue. Se retournant en leur direction, elle fit alors face à des rires étouffés.
- Gardez l'humour pour les planches !
- Je t'assure, elle est juste là, lui répondit un autre tout en levant la main en sa direction.

Nouveau demi-tour. Et cette fois elle aperçut en coin des mèches blondes et capta les petits pas de souris qui résonnaient dans son dos. Ah! La vilaine. Après l'avoir faite courir à travers le théâtre la voilà qui se plaisait à la faire purement et simplement tourner en rond, se glissant dans son dos avec agilité afin de s'assurer de ne jamais être attrapée. Alors que l'une était embarrassée par cette robe dans laquelle elle se prenait les pieds, l'autre chahutait autour en gloussant de sa petite voix aiguë. Mais juste avant que Madeleine ne parvienne à lui mettre la main dessus, après avoir fait -d'un manière, reconnaissons-le, parfaitement risible- plusieurs tours sur elle-même, l'enfant s'agrippa soudain à sa jambe qu'elle refusait désormais de lâcher. La tête enfouie dans cette robe largement fournie en tissu, la blondinette se tenait à Madeleine avec autant d’abstinence qu'un coquillage sur un rocher.

- Mais... Lâche-moi donc, lui intima la comédienne d'une voix mêlée d'étonnement et de douceur amusée. Joueuse mais finalement attachante plutôt que sournoise, en vouloir à ces boucles blondes était bien difficile.
- Non, je suis un singe, répondit avec entrain la petite alors que Madeleine tentait de le décrocher à bout de bras.
- Allons demoiselle, les singes s’accrochent aux branches mais ne crapahutent pas dans les jupons. Découragée, songeant que le petit monstre finirait par se lasser, et s’en voulant instantanément d’avoir suggéré qu’il valait mieux grimper aux arbres, elle tourna la tête vers Monsieur et lui adressa un regard désolé. S’il s’ennuyait aujourd’hui il serait pour le moins rassasié de grotesque. Mais au fond, la perspective de se donner en spectacle ailleurs que sur scène et surtout de cette manière peu glorieuse faisait monter le rouge aux joues de la Béjart. Ce qu’il penserait d’elle… Traumatiser un pauvre mignon mais se laisser allègrement dominer par une gamine n’avait rien de triomphal. Enfin...
Pendant quelques secondes encore la fillette eut à cœur de ne pas lâcher sa marraine, avant de faire un pas en arrière et de tirer sa manche afin que celle-ci se baisse. Ne lui laisserait-elle donc aucun répit ? Soupirant, elle résolut cependant à s'accroupir, sachant pertinemment que Marie s'entêterait jusqu'à ce obtenir réponse à son attente. Ainsi elle put se pencher vers l'oreille de Madeleine afin d'y chuchoter sans que personne ne l'entende. Fixant le duc d'Orléans, elle semblait intriguée par ce drôle de personnage qu'elle n'avait jusque lors jamais vu.

- C'est le roi, demanda la petite qui, voyant que le Prince l'avait remarquée, eut pour réflexe de se cacher le visage de ses petites mains. Au vue de la richesse de son vêtement et de la façon tyrannique –disons le mot- dont il traiter les siens, Madeleine reconnu de bonne grâce que l'amalgame n’était pas impossible à faire. Elle attrapa les mains de la fillette, qui tourna de nouveau furtivement la tête vers le duc d'Orléans avant de revenir vers la Béjart.
- Alors de quel manque de respect tu ferais preuve ! Mais non, Monsieur n'est pas le roi mais bien son frère. Et nous nous sommes toutes deux montrées bien impolies à son égard. Elle baissa la voix afin que cet aveux reste entre elles. Si vous me le permettez, sournois garnement, je m'en vais rattraper votre sauvagerie en montrant que le théâtre ne dispense pas d'éducation.

Car nul ne saurait bafouer l'autorité la famille royale en manquant de politesse face à l'un de ses membres. Et il semblerait que se soustraire à une princière présence afin d'aller jouer à la chasseuse de singes improvisés se balance sur l'extrême limite entre le pathétique et le manque de manière. D'autant que quiconque connaissait un peu la cour savait que Monsieur était à cheval sur le savoir vivre autant qu'il détestait que sa femme le fut sur lui. Quoiqu'au nom d'une scénette non théâtrale mais tout aussi ridicule qu'une comédie la clémence le tenterait peut-être. C'était du moins ce que Madeleine soupçonnait -espérait?- silencieusement.
- Je peux venir avec toi ?
- Si tu me jure de te tenir sage.
La petite acquiesça d’un hochement de tête et l’accompagna en trottinant jusqu’à Monsieur, dont la journée n’aurait au moins pas été vaine en divertissement.

- J'implore votre pardon, mon Prince. A s’en user les genoux elle s’inclina de nouveau devant le fils de France. Timidement et lâchant un instant les jupes de Madeleine, la responsable du comique spectacle tenta de l’imiter, avant de retourner se cacher. A tout le respect que je vous porte s'est soustrait, et j’en suis bien honteuse, ma qualité de maîtresse de ce labyrinthe. Quand mes petits monstres manquent à l'appel il me faut donner de la voix avant qu’ils ne croient possible de bafouer toute forme d'autorité.
Le plus discrètement possible elle passa une main dans son dos afin d’administrer une tape sur la tête de Marie qui tirait désagréablement sur sa toilette.

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Dim 26 Jan - 3:18

    La voir se tourner ainsi, aussi alerte qu'une biche effarouchée, tira davantage le sourire joueur et malin qui ornait avec tant de cynisme les lèvres du royal personnage.
    Cruellement Monsieur le Duc gloussa, observant les tournoiement qui accompagnèrent le mouvement soudain de la comédienne. Cela l'amusait beaucoup. Il se souvenait de cris lointains, de rires étouffés alors que lui-même se volatilisait bien volontiers de la surveillance plus ou moins accrue de sa gouvernante ou de ses précepteurs. Il se souvenait de ses fuites dans le château de Saint-Germain ou l'obscure forteresse du Louvre, dans les plaisants couloirs du Palais-Royal, pouffant et riant, buvant cette liberté éphémère.
    La tradition ne se perdait pas et se partageait dans le cœur de tous les enfants, royaux ou non.

    -Espérez qu'elle eut préféré incarner Ariane... Cherchez le fil,
    dit-il d'une voix espiègle en jetant un bref regard à Nicolas. Peut-être qu'il vous guidera jusqu'à votre charmante compagne.

    La feinte compassion était bien largement supplantée par l'extrême amusement que retirait Monsieur de cette situation. La pauvre Madeleine Béjart était déjà toute absorbé dans sa nouvelle et pressante mission : retrouver la jeune chipie ce qui se révélait être une tâche ardue. Un enfant avait tant de possibilités dans ces coulisses touffues et luxuriantes.
    Pour les petits enfants mais pour les plus grands d'entre eux aussi à vrai dire. Il n'était pas rare d'entendre parfois tard le soir, ou en milieu d'après-midi après que que les comédiens aient quitté leurs coulisses, le rire aiguë d'un certain Prince qui venait ici chasser ou s'échapper, jamais pour bien longtemps.
    Philippe était aussi quelque part touché de l'inquiétude de la belle comédienne pour sa progéniture, ou du moins son leg, le futur de la troupe. N'y avait-il pas dans le regard de cette petite une lueur semblable à celle qui brûlait avec ardeur dans les yeux de Madeleine Béjart ? Philippe aimait à penser que oui.

    -Vous êtes ici dans votre antre voyons. Allez chercher votre gloire fille de Pasiphaé.

    Sa voix avait été doucereuse, glissante de son sourire. Le malaise de Madeleine ne lui avait pas échappé et il regarda Nicolas du coin de l’œil et vit clairement un sourire moqueur sur les lèvres du mignon. Voilà qui était un beau coup du sort, cela lui apprendrait à vouloir terroriser les autres
    Madeleine partie, Philippe se tourna vers son petit animal de compagnie.

    -Cela vous plaît mon petit Thésée ?


    Le jeune homme haussa un sourcil en regardant le Prince et finit par lui sourire.

    -J'espère simplement que la jeune fuyarde ne subira pas le même sort que son homologue mythique. Être abandonnée où que ce soit est une épreuve bien fâcheuse.
    -Le diable vous emporte,
    pouffa Monsieur, vous n'en pensez pas un mot.

    Du mouvement attira le regard du Prince vers la scène. Arquant le sourcil Son Altesse observa la pantomime digne d'une farce qui se faisait sur scène, son sourire devenu éternel sur son visage, ses gloussements réguliers.
    N'avait-il pas dit que la jeune demoiselle était l'esprit futur de la troupe ? Il voyait parfaitement les gestes et certaines mimiques de la Béjart sur cette enfant qui n'était pas même de son propre sang.

    -Cette petite demoiselle est plus courageuse que toi,
    susurra-t-il à l'adresse du jeune homme à ses côtés. Regarde comme elle harasse ton terrible monstre.

    Son sourire était mordant. Ne se lassait-il jamais de cruauté ? Il fallait croire que non. Cela revenait toujours au menu, chaque jour que faisait le Tout-Puissant il s'empiffrait du cynisme de l'univers. Non, il ne sembait pas s'en lasser.
    N'était-ce pas ainsi qu'était fait ce monde, taillé dans la douleur et la férocité des hommes ?
    Philippe eut été bien aveugle s'il n'avait pas aussi vu la douceur qui vivait dans les yeux de Madeleine. Il garda son sourire lorsqu'elle le regarda. C'était dans ces moments qu'il se souvenait. Lui aussi était père, connaissait la joie d'être promené par sa fille, espérait bientôt qu'il le serait aussi par son fils. Pendant une très courte seconde, son sourire fut presque tendre. Puis il pensa que lui-même n'était plus fils. Qu'il ne pourrait plus se cacher dans les jupons de sa mère comme il l'avait si longtemps fait.
    L'éclair fut fugace mais perçant.
    Philippe se détourna l'espace d'une seconde ou deux pour se reprendre, prétextant d'agiter près de son nez son mouchoir parfumé. Pourquoi les larmes revenaient toujours lorsqu'il le voulait le moins ?

    -Altesse ?
    s'inquiéta Nicolas.
    -Quel dommage que cet endroit ne soit pas plus grand, plus éclairé... Il faudrait demander à l'Intendant de rajouter des bougies... Pensez à cela.


    Nicolas regarda le Frère du Roi en silence, sentant que le ton avait malgré tout changé. Il se contenta d'acquiescer avant de dire d'une voix douce :

    -Bien Monseigneur.

    Philippe se retourna vers Madeleine lorsqu'elle l'appela, souriant de nouveau espiègle, battant de son mouchoir blanc aux douces senteurs... Les senteurs d'une fleur d'oranger.
    Il baissa le regard vers l'enfant. Philippe aimait les enfants, à sa manière. Il aimait leur esprit simple, leur vivacité et comment ils parvenaient à s'amuser d'un rien. Le Prince était le plus souvent aimé des enfants qui le lui rendait bien mais il y avait toujours une attitude hautaine voire méprisante qui émanait de lui inconsciemment. Les enfants n'étaient pas des êtres à part entière ils n'avaient pas l'entière possession de leur esprit ni de leurs moyens. Et puis... Il y avait une crainte sous-jacente, celle de leur faire du mal sans le vouloir. Philippe se trouvait si maladroit... Comme avec les petits animaux... Mieux valait qu'ils soient loin et chacun s'en portait tout aussi bien.
    Ses yeux noirs pétillants d'une vie feinte se posèrent sur la digne femme face à lui.

    - Et je vois que vous vous imposez avec autant de fermeté que de douceur. vos "petits monstres" semblent malgré tout vous aimer avec sincérité, c'est une magnifique démonstration d'autorité.

    Il regarda la jeune demoiselle, eut un sourire amusé.

    -Je me demandais plus tôt si vous n'étiez pas une Ariane et je nommais mon ami du nom de votre amant ingrat. A présent je crois que je me suis fourvoyé et que le nom de Thésée vous sied bien mieux.

    Le Prince se pencha vers elle pour ajouter sur le ton de la confidence.

    -Mais de grâce, ne tuez pas notre minotaure, nous l'aimons trop pour le perdre maintenant. Et vous verrez qu'il y a quelque commodité à avoir un monstre avec soi.


    Bien sûr que la confidence n'avait rien de secret. Nicolas comme Madeleine pouvait entendre clairement le chuchotement. Dans tous les cas les secrets du Frère du Roi n'en était pas, où ne le restait jamais bien longtemps.
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Jeu 10 Avr - 22:57

Constatant que le Prince agitait doucement un mouchoir parfumé, Madeleine ne se hasarda cependant pas à lui demander s’il se sentait bien. Car il était fort probable qu’on puisse compter sur le fils de France lorsqu’il s’agissait de manifester son inconfort et qu’en l’absence de complainte il désirait qu’on ne lui en pipe pas mot. Non pas vérité, simple probabilité, sur laquelle cependant la Béjart jugea bon de s’appuyer. D’autant qu’il était plus du ressort de Nicolas que du sien de se préoccuper expressément des moins états d’âme du Prince. Les sujets se devaient certes de répondre à la famille royale, mais concernant Madeleine, outre le divertissement elle n’avait que peu de moyens pour se montrer au moins utile à défaut d’être plaisante.
Par ailleurs, doute avait-il raison de nommer la petite Thésée car à force de courir ce serait elle qui mènerait la pauvre comédienne à sa perte. Mais Monsieur avait également pointé avec justesse le fait que Marie soit joueuse et non méchante, ce que Madeleine lui rendait bien. Drôle de paradoxe : si mauvaise mère quand elle adorait les enfants. Chose certaine, les appréciait. Ou du moins les tolérait, alors que par l’observation assidue de son comportement habituel on aurait jugé possible qu’il se montre aussi hautain face à ces petits humains que vis-à-vis du commun des mortels. Non. Il avait rangé son altier orgueil et se montrait charmant. Ce qui était assurément plaisant à contempler.
Lorsque qu’il se pencha vers elle, l’enfant se hissa sur la pointe des pieds afin de ne perdre mot de ce qui était pourtant dit à voix mi-haute. En entendant les mots du prince, elle ouvrit de grands yeux et se défendit immédiatement de toute mauvaise intention.

-  Je ne veux tuer personne, s’exclama-t-elle de sa voix aiguë. Je voulais juste m’amuser… Monsieur.
Boudeuse, turbulente, mais au moins pas totalement impolie.
- Et puis Madeleine n’est pas un monstre.
Soit. Un esprit de contradiction peut-être déjà trop développé. Mais elle était pleine de ce délicieux charme enfantin, ses bras croisés sur sa poitrine et de sa mine embêtée. Et sans doute la comédienne n’avait-elle jamais été défendue de façon plus sincère.
La main d’une Madeleine amusée et touchée passa dans les boucles blondes d’un geste presque maternel.

- Comment t’en tenir rigueur, ô adorable terreur, toi qui te montres si indulgente à mon égard ?
D’affectueuses paroles n’empêchèrent cependant pas l’enfant de repartir se cacher dans les jupes de Madeleine, comme si elle venait soudain de réaliser qu’à prince on ne s’adressait pas avec tant impertinence. Car on le lui avait bien appris : vérité royale équivalait à vérité universelle. Chez elle on critiquait ce que l’on voulait, exceptions faites de quelques matières en haut desquelles se trouvaient les décisions de têtes hautes placées. Mais comment lui en vouloir… Aussi plein de cynisme et de cruauté rieuse qu’il était, la Béjart n’imaginait pas que Philippe pu en être capable.
Elle leva les yeux, semblant s’adresser tant à chacun qu’à personne.  

- Que nous soyons petit ou grand, chacun d’entre nous a après tout à cœur de se divertir.
La petite ne l’écoutait déjà plus, mal cachée et occupée à fixer avec grand intérêt les talons hors du commun de Monsieur. Mais ces propos ne lui étaient après tout plus exactement destinés.
- Autrement le quotidien serait bien morose. Sans compter que et nous serions ici tous à la rue, ajouta-t-elle dans un geste flou destiné à englober tout et tout le monde dans le théâtre.

Un moyen à peine déguisé de remercier le prince mécène. Car quand bien même ses fontaines et autres poignées de porte en or massif supposaient un budget considérable en comparaison de ce qu’il avait jamais donné et ne donnerait jamais à la troupe, on ne pouvait, même avec toute la mauvaise foi du monde, pas nier que notoriété et succès lui étaient grandement imputables. Et si cela faisait des années que Madeleine avait renouée avec la scène parisienne –quoiqu’on ait pu en dire, la seule qui comptait vraiment-, elle n’avait que trop peu eut l’occasion de l’en remercier. En dehors des représentations durant lesquelles une scène les séparait -et quoique cela soit bien dommage tant sa compagnie caustique, cynique et rieuse était agréable- ils avaient peu l’occasion de se croiser. Mais c’était au fond bien normal. Ils appartenaient à deux mondes entrelacés mais différents. Pour autant, que Monsieur daigne poser un rouge talon dans celui de Madeleine et cette dernière l’accueillerait toujours à bras ouverts. Et bien sûr à verbe et humour acérés face à quiconque se trouvait autour. Appelons les dommages collatéraux. Quoique. Plutôt petites éraflures que réels dommages.  

- Et nous manquerions beaucoup à Nicolas, n’est-ce pas ?

Un clin d’œil en direction du mignon, et la dernière taquinerie à son égard, elle se le promettait sagement. Du bout des lèvres le jeune homme se défendit cependant d’éprouver le moindre bon sentiment à  l’égard de cette femme qui, cela se lisait dans son regard, était d’un manque de chic qu’il désapprouvait. Ah! Ennuyeux mouton. Affreux rabat-joie. Pestiféré de froideur. Trop précieux énergumène, enrubanné, plein de dentelle mais vide d’humour. Certes, cible de plaisanteries d’un bon goût parfois relatif, mais ne pouvait-il pas passer outre et voir la bonne humeur quand elle se présentait ? Très sincèrement, elle espérait pour Monsieur qu’il était moins farouche et désagréable en privé qu’il ne l’était ici. Sinon autant s’en débarrasser pour en adopter un autre puisque ces bêtes là étaient par nature jetables.  

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Jeu 15 Mai - 18:42

    La petite était charmante, plein de grâce et promettait une femme magnifique. Pour une fois, Philippe s'amusait d'être avec un enfant, il fallait toujours faire attention à ce que l'on faisait, ce que l'on disait. Généralement, au moins qu'il ne s'agisse de ses propre enfants ou de son neveu, Philippe ne faisait pas grand cas de ces moitié d'homme.
    Il l'observait de son sourire de chat et s'amusait de l'entendre se défendre d'un crime dont elle ne pourrait, fort heureusement, jamais se vanter. Il haussa un sourcil devant sa bouderie innocente, regarda Madeleine un instant. Puis finalement, le Prince se redressa en riant :

    -Assurément... Vous avez raison Mademoiselle. Si votre bonne marraine est un monstre... Que sommes-nous ?


    Il la regarda retrouver a tanière des jupes de Madeleine dans un sourire. Elle ressemblait à sa petite adorée, sa chère petite Marie-Louise, rayon de sa vie dans ces moments si difficiles à accepter. Sans aucune honte Monsieur concédait que sa petite fée, comme il se plaisait à l'appeler, était bien plus forte et courageuse que lui. Sans doute cela venait-il de sa mère... ce serait la seule bonne chose qu'elle aurait pu transmettre à son enfant. Le reste...
    Philippe sourit à Madeleine, confirmant ses dire. Le divertissement était dans tous les cas sa seule occupation et son seul soucis lorsqu'il se trouvait à la Cour ce qui bien entendu représentait tout son temps. Les guerres se faisaient rares, et même en temps de guerre il fallait trouver un moyen de se divertir.
    Il vit le regard de la petite sur ses chaussures, ne put s'empêcher de tourner légèrement sur lui-même pour qu'elle puisse les admirer.
    Il releva les yeux vers Madeleine lorsqu'elle poursuivit et lui sourit.

    -J'ai pourtant entendu qu'il fut un temps où vous parveniez à vous accommoder fort bien de vivre non pas dans la rue mais sur les routes. Vous ne feriez que retrouver votre jeunesse j'en suis certain...

    Le Fils de France se pencha de nouveau vers la petite fille qui visiblement savait apprécier les bonnes choses.

    -Mais pour pouvoir retrouver jeunesse, vous devriez l'avoir perdu ce qui est loin d'être votre cas Mademoiselle Béjart.

    Il avait tendu à l'enfant le mouchoir blanc, parfumé et tout fait de dentelle qu'il avait agité jusqu'à présent, l'incitant à le prendre d'un regard. Ce n'était pas grand chose, bien que ce fut malgré tout un adorable morceau de tissu blanc, tout de subtilité et de douceur. A elle de le garder ou de le revendre. Lorsque ce fut fait il se redressa en souriant, se tournant vers Nicolas qui lui déplaisait en bougonnant de la sorte.
    Son sourire se fit presque mauvais.

    -Mon ami si vous n'êtes ni capable d'apprécier les bonnes, ni la bonne compagnie je puis vous assurer que vous ne me manquerez pas.

    Nicolas regarda le Prince confus. Il se retint de balbutier ce qui aurait sans doute signer l'arrêt de sa relation avec le royal personnage.

    -Non ne dites rien cela suffit.

    Monsieur avait été agacé et ne jouait plus.

    -Ma chère... Mes chères,
    corrigea-t-il en regardant la petite file qui tenait son mouchoir dans ses mains. Monsieur de Courceyran a suffisamment interrompu la répétition comme cela. Reprenez Messieurs ! adressa-t-il aux comédiens qui ne semblaient dire mot derrière eux. Ne faites pas attention, nous partions dans tous les cas.

    Philippe commença à se détourner, puis regarda Madeleine et enfin la petite Thésée.

    -J'ose espérer que nous vous verrons bientôt sur la scène, une héros telle que vous ne peut rester en coulisse.


    Le Prince sourit, hocha légèrement la tête pour saluer Mademoiselle Béjart.

    -J'ai été ravi de vous revoir Mademoiselle... Au plaisir.
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