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 Cueillez, cueillez votre jeunesse. - Athénaïs.


Mer 24 Juil - 4:33

    Mignonne, allons voir si la rose
    Qui ce matin avoit desclose
    Sa robe de pourpre au Soleil,
    A point perdu ceste vesprée
    Les plis de sa robe pourprée.
    Et son teint au vostre pareil.
    Las ! voyez comme en peu d’espace,

    Mignonne, elle a dessus la place
    Las, las, ses beautez laissé cheoir !
    O vrayment marastre Nature,
    Puis qu’une telle fleur ne dure
    Que du matin jusques au soir !
    Donc, si vous me croyez mignonne,
    Tandis que vostre âge fleuronne
    En sa plus verte nouveauté,
    Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
    Comme à ceste fleur la vieillesse
    Fera ternir vostre beauté.

    Louise referma le livre et expira bruyamment, comme si elle s'étouffait. Se raclant la gorge, elle déposa le recueil de poèmes de Ronsard à côté d'elle, sa jolie main blanche tremblant légèrement, et qui passa sur son front, aussi blême que son visage. Avec la robe rose clair au corps de jupe brodée de marguerites, associée à sa pâleur de cire, Mademoiselle de La Vallière ressemblait plus que jamais à une poupée de porcelaine. Une poupée de porcelaine qui se promène, comme les funambules, sur un fil de fer. Une poupée de porcelaine qui sait que, d'une seconde à l'autre, elle va tomber et se fracasser la tête, ne laissant plus, derrière elle, qu'une toilette vide et un petit coeur qui a résisté à la chute. Enfin, presque. Il est cassé en deux.

    Elle rejeta la tête par derrière, s'appuyant sur le dossier du fauteuil en velours bleu, et ferma les yeux. Après l'avoir terrorisée, la notion de vieillir, de perdre sa beauté semblait maintenant si loin. Elle regarda son reflet dans un miroir non loin. Elle était belle, certes, mais pour combien de temps durerait sa beauté? Et elle était lasse, lasse. Lasse de la vie en général. C'est terrible d'être dans la fleur de l'âge et d'être lasse de la vie. La mort viendrait. Et peut-être l'enfer... Mais Louise faisait partie de ces femmes trop sensibles, esseulées par leur amant. Et elle était amoureuse. Follement, désespérément. C'était sa raison de vivre, point. Mais ces temps-ci, Louis semblait si préoccupé par autre chose... Il ne lui restait plus que lui, maintenant que ses deux enfants avaient disparu. Quant à celui ou celle qui, peu à peu, prenait vie dans ses entrailles, elle se sentait développer en elle la possessivité d'une lionne. Elle, la douce Louise? Oui. Cet enfant était à ELLE, cette fois-ci.

    Lorsqu'elle ouvrit ses yeux bleus, elle vit une personne de dos, une jeune femme, qui refermait une des portes du salon de Diane. Lorsque la dame en question se retourna, Louise reconnut le joli minois de sa meilleure (et seule) amie, Athénaïs de Montespan, qui, l'apercevant, se dirigea aussitôt de son côté, un grand sourire aux lèvres. Le visage de la favorite s'illumina. Exceptionnellement, tout l'après-dîner, elle avait été toute seule dans le salon, puisque, habituellement, il y avait toujours quelqu'un soit pour la fusiller du regard, le mot "catin" aux lèvres, soit pour la toiser d'un air narquois, soit pour s'approcher innocemment pour demander d'intercéder en une faveur pas si innocente que ça... Se levant en sautant presque, la duchesse de La Vallière prit les mains de son amie et les serra très fort, son sourire irradiant son visage et la rendant plus jolie que jamais.


    - Que je suis heureuse de vous revoir! Vous avez été cruelle de m'avoir laissée sans nouvelles si longtemps. Alors, vos salons chez votre amie, Madame Scarron, sont-ils toujours aussi spirituels?

    Vous avez été cruelle de me laisser sans nouvelles. Pauvre Louise. Dans sa naïveté touchante, elle n'avait rien compris. Rien compris des manoeuvres d'Athénaïs, qui, en se rapprochant d'elle, en profitait pour faire de l'oeil à un Louis XIV qui, dans sa jeunesse, avait été séduit par la pureté de la robe blanche, mais qui devenait de plus en plus attiré par les couleurs riches de l'orchidée. L'orchidée, symbole de l'amour précieux, l'amour pédant, intéressé, et superficiel. Tellement superficiel. Et plus épineuse que sa soeur la Rose, bien que ses épines soient invisibles, tant on est ébloui par sa beauté.
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Jeu 25 Juil - 15:13

Le dimanche était passé à une allure incroyable. Son mari étant de retour de campagne militaire, la marquise de Montespan avait donc passé la fin de semaine avec lui et les enfants. Cela avait le don de l'ennuyer prodigieusement, mais il le fallait afin d'éviter une dispute supplémentaire. Les accrocs avaient tendance à se multiplier ces derniers temps. Plus le temps passait et plus le mari et la femme se rendaient compte qu'ils n'avaient pas tant d'affinité que cela finalement. Elle aimait briller, il aimait se terrer dans l'ombre, elle avait de l'esprit et avait le goût du luxe, il aimait les choses simple et point trop compliquées. Il adorait ses enfants, et pour l'heure la marquise ne se sentait point la fibre maternelle. Il fallait dire qu'elle avait été quelque peu découragée lorsque leur fille Marie-Christine, leur premier enfant, ne se calmait que dans les bras de son père alors qu'elle n'était qu'un nourrisson, tandis qu'Athénaïs n'arrivait à rien avec elle.

Ce dimanche était donc, et fort heureusement, passé relativement vite, d'autant que la mère du marquis était venue les visiter. Et en belle-mère qui se respecte, cette femme n'avait cessé de juger et toiser l'épouse de son fils, ce qui avait le don s'agacer profondément celle-ci qui n'avait pas tendance à se laisser faire loin de là. Ainsi, la veille de la reprise s'était achevée par une énième dispute.

Athénaïs était donc on-ne-pouvait plus heureuse de reprendre son poste en ce lundi matin. Elle avait d'ailleurs promis à Louise de la Vallière, son amie et collègue de travail, de venir un peu plus tôt afin de lui conter sa soirée au salon de Ninon de L'Enclos, où elle avait été introduite grâce à son amie Françoise d'Aubigné, la veuve Scarron.
C'est donc vêtue d'une robe bleu azur relevée par la blancheur de trois rangées de dentelles sur la surjupe et aux manches que la marquise fit son apparition dans le salon de Diane, lieu du rendez-vous entre les deux jeunes femmes. Étrangement, il n'y avait personne. D'habitude, en cette heure, les salons grouillaient de courtisans qui attendaient pour le lever du Roy ou se préparaient pour leur journée. La marquise prit soin de refermer la porte et se retourna, ayant pour seule vue celle de son amie assise sur un fauteuil. Elle se dirigea donc vers Louise qui s'empressa de se lever pour la saluer. Leurs mains s’étreignirent et la chaleur de celles de Louise firent un bien fou à Athénaïs qui venait de l'extérieur et dont les gants de cuir n'avaient suffit à réchauffer ses blanches mains lors du trajet. Le sourire de Louise faisait plaisir à voir, quoi qu'elle étaient bien souvent de nature enjouée. Elle semblait pressée de connaître le compte-rendu de la soirée de salons de son amie. Athénaïs sourit à son accusation, lâchant délicatement les mains de la favorite une fois que les siennes furent réchauffées.


-Eh bien, accusez donc la fin de semaine et la présence de mon mari, sans quoi je serais restée ici avec vous.

Elle jeta un heure à la pendule qui l'informa qu'elles avaient encore au moins une demi-heure pour deviser ensemble avant que de devoir se rendre auprès de la reine pour le début de leur service.

-Je suppose que vous attendez impatiemment que je vous conte mon arrivée chez Madame de L'Enclos ? Commença-t-elle l'air fier. Eh bien j'avais donné rendez-vous sur place à mon ami Stefano Sforza, qui souhaitait connaître les salons, ce qui me permettait de ne point y arriver seule. Mais à cause de mon fieffé mari, aventure dont je vous épargnerai le fastidieux contenu, j'arrivai en retard. Mon pauvre milanais est donc entré sans moi, et lorsque j’accourrai à mon tour à l'intérieur, je l'ai trouvé seul assis, sirotant un doux vin blanc, attendant mon arrivée. Madame de L'Enclos quant à elle était rayonnante, égale à elle-même et à la hauteur de sa réputation. Elle reçoit fort bien et est fort érudite en bien des domaines.

Tout en parlant, Athénaïs s'était assise sur le fauteuil qu'avait laissé libre son interlocutrice. Machinalement, elle attrapa le livre que celle-ci avait laissé, et probablement commencé à lire en l'attendant. Un recueil de poèmes de Ronsard.
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Sam 27 Juil - 11:16

    Louise ne put s'empêcher de sourire devant la boutade d'Athénaïs, répondant que la fin de semaine chargée et son mari l'avaient empêchée de rester avec elle. Elle avait toujours été sincèrement désolée pour Athénaïs. Elle était mariée à un homme qu'elle n'aimait plus... Alors ça, c'était franchement affreux, un mariage qui partait comme cela, à la dérive, sans que rien puisse l'arrêter. Elle, Louise, avait la chance d'être aimée d'un homme... Un roi, certes, mais pour la belle, cela n'avait aucune importance. Elle rougit de plaisir, devant le fait que son amie aurait bien mieux préféré rester avec elle, de façon sincère. Athénaïs était comme une bouffée de fraîcheur, la seule personne avec qui elle pouvait parler de tout et de rien, et rire comme de fraîches jeunes filles.

    Voyant Athénaïs jeter un coup d'oeil à la pendule, elle vit qu'il lui restait une demi-heure pour retourner dans la lourde atmosphère des appartements de la Reine. La Reine, qui allait être tout souris pour Athénaïs, mais qui la regarderait d'un air profondément méprisant, le mot "putana", qui veut dire prostituée, en espagnol, aux lèvres. Elle allait devoir s'armer de courage. Aussi décida-t-elle de profiter le plus possible de ce petit moment avec Athénaïs. Celle-ci d'ailleurs, ne tarda pas à raconter sa soirée avec Mme de l'Enclos, racontant la petite aventure qu'elle avait eue avec son mari, la faisant arriver en retard, de sorte qu'elle ne put introduire elle-même un certain gentilhomme milanais. Mais grâce à l'hospitalité de Ninon, tout s'était arrangé.Tout en parlant, Mme de Montespan s'était assise sur le fauteuil qu'avait laissé libre son interlocutrice. Louise s'assit auprès d'elle, attentive à ses moindres paroles Machinalement, elle attrapa le livre que Mlle de La Vallière avait laissé, et qui l'avait tant troublée. Un recueil de poèmes de Ronsard.

    Louise rougit fortement, même s'il n'y avait pas de raison d'être. Craignait-elle qu'Athénaïs découvre sa détresse de tout à l'heure? Par un petit sentiment de pudeur, peut-être. Louise toussota et balbutia:


    - Oh, tiens, je l'avais déjà oublié, celui-là...

    Elle sourit quelque peu exagérément, tentant de cacher son trouble, visible par sa rougeur. Louise détestait rougir. Quand elle était nerveuse, triste, folle de joie, elle rougissait. C'en était insupportable. Vraiment!

    - Une lecture fort agréable, je dois dire... Pleine de sensibilité... Sûrement, vous les avez déjà lus, étant donné que je ne suis qu'une pauvre débutante!

    Seigneur, faites en sorte qu'Athénaïs ne s'aperçoive de rien. Seigneur, faites en sorte que Louise ne soit pas dévorée par ce vautour, dans ce moment de faiblesse. S'il vous plaît.
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Sam 27 Juil - 11:35

Athénaïs aimait parler, conter, mettre en scène... Dans la narration, elle était dans son élément. Alors qu'elle contait donc sa soirée riche en informations intéressantes sur les uns et les autres, elle remarqua que Louise avait rougi en évoquant sa lecture des poèmes de Ronsard. La favorite n'avait pas son pareil pour trahir ses émotions, malgré le soin qu'elle apportait à tenter de les dissimuler. Ainsi, son sourire exagérer et ses joues devenues en quelques secondes écarlates ne tardèrent pas à mettre à puce à l'oreille à son interlocutrice. Voyant l'état de Louise, Athénaïs ne put s'empêcher de sourire. Qu'avait-elle donc à rougir ainsi ? Le roy lui aurait-il glissé un billet quelque peu compromettant à l'intérieur du recueil ? Après tout où était le problème ? Tout un chacun savait la position de la duchesse de la Vallière... Alors pourquoi une telle gêne tout à coup ?

-Oui, Ronsard fait partie des auteurs que j'ai maintes fois lus. Ses poèmes sont de renommée nationale... Ne me dites-pas que vous ne vous y étiez jamais employée ? Ajouta-t-elle avec un petit rire.

La marquise ne comprenait pas non plus pourquoi la duchesse se rabaissant en se qualifiant de débutante... Que se passait-il dans sa tête ? Elle plongea donc ses yeux azur dans le regard de son amie afin de sonder en quelques sortes son âme. Cachait-elle quelque chose ? La curiosité d'Athénaïs était piquée au vif, il fallait qu'elle découvre le pourquoi du comment.

-Qu'avez-vous donc, mon amie ? Vous me semblez tout à coup préoccupée... Quelle est donc la cause de votre trouble ? Il ne s'agit tout de même pas de cette lecture ? Demanda-t-elle en désignant du regard le recueil de poèmes.

Louise était vraiment différente des autres femmes de la Cour. Elle était parfois d'une timidité maladive qui venait d'on-ne-savait où et qui la faisait rougir à tout-va. Comme c'était présentement le cas d'ailleurs. Ce genre d'attitude avait le don, à la longue, d'agacer la marquise qui elle, était dotée d'un très fort caractère, bien trempé, et qui ne se laissait jamais marcher sur les pieds. Cela lui jouait parfois des tours, c'était ainsi qu'elle avait bien failli ne plus être à la Cour après les péripéties auprès d'Henriette d'Angleterre, mais à présent elle était au service de la reine, et donc d'autant plus respectée. Il en était de même pour Louise qui de plus était favorite du roy ! Elle était donc la femme la plus enviée, la plus jalousée, mais aussi la plus admirée, que n'en profitait-elle pas ?! Cela était bien incompréhensible pour Athénaïs qui trouvait alors sa collègue bien fade en comparaison aux occasions de briller qui étaient à ses pieds.
Dans un élan d'amitié quelque peu jouée, Athénaïs pris délicatement les blanches mains de son interlocutrice dans les siennes.


-Allons, reprenez-vous et contez-moi ce qui vous tracasse ainsi. C'est à mon tour de vous écouter, j'ai déjà bien trop parlé...

Trop parler ? Jamais ! Mais il fallait parfois se taire pour avoir matière à parler la fois suivante... Louise accordait sa confiance à Athénaïs, celle-ci serait donc probablement bientôt au fait des pensées de la douce favorite et pourrait ainsi choisir l'oreille privilégiée à qui, à son tour, elle les confierait, en grand secret bien entendu...
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Mer 31 Juil - 15:57


    Être troublée par la lecture d’un simple poème? Tout instruite et spirituelle qu’elle était, malgré sa timidité et sa douceur, Louise ne put s’empêcher d’avoir un peu honte de d’être laissée émouvoir par un poème qui tombait un peu trop bien sur sa situation actuelle. Sans doute les nausées de son enfant. Elle savait que, très bientôt, elle allait devoir se retirer pour accoucher tranquillement, sans les yeux cruels de la Cour, étroitement liés à sa langue de vipère, pour être à nouveau séparée de la chair de sa chair. Même si, au plus profond d’elle-même, elle se forçait à se résigner à son sort, elle en était incapable. Elle en oubliait presque Louis. Comment le pouvait-elle? Elle qui avait été si simple, si heureuse de vivre, elle avait conquis le Roi presque malgré elle. Peut-être serait-il maintenant capable de comprendre comment faire définitivement son bonheur. Si elle pouvait du moins voir son enfant, comme il était inconcevable de l’élever elle-même, cela ferait son bonheur.

    Elle avait envie d’en parler avec Athénaïs. Vraiment. Mais elle qui, déjà, désapprouvait sa conduite, serait horrifiée en apprenant qu’elle attendait un enfant. Et puis non. C’était idiot. Quelle favorite royale n’avait pas eu d’enfants du Roi? À part Diane de Poitiers, la maîtresse d’Henri II, Agnès Sorel, Gabrielle d’Estrées et bien d’autres avaient eu des enfants illégitimes. Ce ne serait donc pas trop surprenant si Louise avait fini par avoir un enfant, d’autant plus que son statut de favorite était devenu officiel. De plus, Athénaïs était la seule amie sincère que possédait Louise, un atout primordial étant donné que la demoiselle n’avait pas d’autres confidentes à la Cour. Elle ne pouvait donc pas imaginer l’intrigante qui se cachait sous le joli minois de la précieuse qui ne voulait que recevoir les avantages d’être l’amie de la favorite royale.


    - Oh! Ce n’est rien. Je me suis laissée bêtement émouvoir par la lecture d’un poème magnifique, certes, mais je dois dire que ces temps-ci, (Louise toussota) à cause de mon état, je suis portée à être plus… émotive.

    Elle regarda fixement Athénaïs. Celle-ci en savait sûrement assez pour deviner « l’état » de son amie. Louise ravala la boule dans sa gorge, prête à affronter les petites exclamations horrifiées et les remontrances d’Athénaïs. Après quoi… Elle n’ aurait envie que de lui confier sa peine, de lui demander de l’aider. Elle imaginait très bien pouvoir confier peut-être son enfant à une personne de confiance, pourquoi pas une femme du peuple, afin qu’elle puisse au moins pouvoir le ou la visiter régulièrement. Athénaïs connaissait tant de monde, et elle savait qu’elle pouvait lui faire parfaitement confiance. Elle le pensait, au moins…

    La Cour est sans pitié. On s’y bat pour survivre, on intrigue, on complote, on mord. Les colombes, si elles y survivent un certain temps à cause de leur beauté qui attendrit, finissent par étouffer dans cette atmosphère. Si l’existence semble être belle et dorée, elle n’est donnée qu’à une élite. Et ce n’est pas le paradis, ni les saints bienheureux. C’est l’Enfer peuplé de démons qui se donne une apparence trompeuse de paradis. Et qui se ressemble, s’assemble.
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Mer 31 Juil - 21:34


S'émouvoir d'un poème? Certes il n'y avait rien de mal à être sensible à la poésie et leurs vers, d'autant plus lorsqu'ils étaient écrits ou déclamés par l'être aimé, mais de là à en être toute chamboulée comme l'était Louise, après une simple lecture, c'était pousser à l'extrême la sensibilité d'une âme. Depuis quelques temps, Athénaïs trouvait que son amie la favorite royale se comportait de manière étrange. Il n'y avait pourtant rien d'étrange à cela, sa situation était délicate et la marquise plaignait sa camarade de tout son coeur. Née de bonne famille, Louise, dont le caractère pourtant était bien éloigné du vice, s'était retrouvée à la place à la foi la plus convoitée et la plus détestable: favorite royale en titre. Elle était la cible de tous les regards, de toutes les railleries, de toutes les admirations, de tous les jugements. Il fallait avoir les épaules solides pour endosser un tel rôle, et il était clair que Louise ne les avait pas. Elle survivait pourtant depuis quelques années, tant bien que mal, tâchant de toujours arborer son sourire et son regard doux. Enfin, la demoiselle avoua à demi-mot la raison de son extrême sensibilité. Athénaïs comprit bien vite de quoi il retournait. Son amie était enceinte à nouveau. Pour la troisième fois, si les sources de la marquise étaient bonnes.

-Oh, chère Louise...

Athénaïs afficha tout-à-coup une mine consternée. En temps normal, ce genre de nouvelle appelait la joie et les compliments, mais dans pareille situation, c'était plutôt délicat. Pas de mari, des enfants bâtards, qui sans doute seraient livrés à eux-même si le roi ne les légitimait pas... Enfin, les deux premiers étaient en fort mauvaise santé, à ce qui se disait...
La marquise prit dans ses blanches mains celles de sa compagne.


-J'imagine combien ce genre d'événement vous afflige, mon amie. Je suis bien sincèrement de tout coeur avec vous. Comment vous sentez-vous?

Le roi était-il au courant? Sans doute que oui, Athénaïs avait beau être proche de Louise, elle se doutait bien qu'elle n'aurait pas la primeur de la nouvelle.

-Qu'en a dit Sa Majesté?

Louise était encore fraîche comme le jour, cette grossesse était sans doute fort peu avancée.
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Sam 10 Aoû - 3:19


    Louise respirait déjà plus librement. Athénaïs était la première personne à part le Roi qui était à présent au courant de sa grossesse, et de voir la réaction compatissante de son amie la rassurait et la rendait déjà plus forte à affronter les épreuves que, très prochainement, elle aurait à affronter. En regardant tout ce qui s’était passé récemment, elle se rendait compte qu’elle avait été bien faible. À la Cour du Roi, on se déchirait à belles dents tel privilège, telle faveur... Si Louise se refusait absolument d’entrer dans des complots, elle comprit dès cette minute que, si elle voulait son bonheur, c’est-à-dire conserver l’amour du Roi et garder auprès d’elle l’enfant qui venait, elle devait se battre. Elle avait perdu Charles, et Philippe semblait bien être sur le point de quitter ce monde lui aussi, si elle devait en croire les rumeurs... Son péché, à présent, semblait si loin. Elle n’avait plus conscience de la raison, en ce moment empreint d’une forte rêverie, mais que des passions qui la submergeaient. Oui, elle aimait Louis, de tout son cœur. Et leurs cœurs appartenaient l’un à l’autre.

    Avec un sourire, et d’une voix ferme et joyeuse, bien que douce pour ne pas éveiller les oreilles des curieux, Louise sortit de ses pensées pour répondre à Athénaïs :


    - Je vais bien, n’ayez crainte. Je n’en suis qu’au cinquième mois, et Dieu merci, rien ne paraît pour l’instant… Mais je devrai m’exiler un jour ou l’autre au fin fond du Languedoc ou dans une autre région peuplée de rustres discrets… Louise rit doucement. Sa Majesté en a été le premier averti, dès que j’ai pu. Il a été en revanche très laconique sur ce sujet. Mais j’ai bien l’intention que mon enfant puisse jouir de bons soins et, s’il est inconcevable que je puisse l’élever moi-même, je tiens à pouvoir le voir régulièrement. Après tout… ma position est devenue officielle, je ne vois pas pourquoi je pourrais obtenir ces quelques faveurs…

    Louise rit doucement de son audace. Elle qui n’avait jamais rien demandé au Roi, la voilà prête à exiger tout cela de lui sans broncher! Mais, pour parler légèrement, le jeu en valait la chandelle. Assez de morosité, de tristesse, de mélancolie! Fi des mauvaises langues! Après tout, comment ne pouvait-on pas être ému devant une simple demande venant d’une mère à qui on avait arraché ses deux premiers enfants, et à qui il était fort possible que le troisième subisse le même sort?

    Seulement, après ce moment d’euphorie, Louise revint  sur terre. Elle aurait besoin d’aide. Besoin de quelqu’un à qui elle pouvait faire confiance, à qui elle pourrait confier son enfant et qui lui permettrait de le visiter régulièrement. Elle pensa immédiatement à Athénaïs devant elle. Elle connaissait tant de monde… Elle leva ses yeux bleus enfin illuminés vers son amie :


    - En revanche, j’aurais besoin de votre aide… Accepterez-vous? Oh, ce ne sera pas grand-chose… Je n’aurais besoin que d’une dame de votre connaissance à qui on pourrait faire confiance et qui s’y connaît en enfants… Enfin, si ce n'est pas trop vous demander.
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Mer 14 Aoû - 15:43


Rien ne parait, rien ne parait... Tout est relatif! se dit Athénaïs qui avait remarqué tout de même depuis quelques semaines que son amie était un peu plus "bouffie" qu'à l'ordinaire. Mais elle avait mis cela sur le compte des grandes quantités qu'absorbait le roy, et Sa Mejeté ne voulait pas manger seul, et probablement que dans l'intimité il invitait sa favorite à quelques collations, sans doutes plusieurs fois dans la journée. La marquise était loin de se douter que son amie était une nouvelle fois grosse.

Louise semblait s'amuser de son "sort" à présent, et son exil prochain pour ses couches lui arracha un sourire ainsi qu'une plaisanterie. Athénaïs ne trouvait pas cela drôle, au contraire, elle plaignait la position de la duchesse, place fragile qu'elle occupait et que beaucoup de femmes se battraient pour obtenir. Et Louise était si douce, comment parvenait-elle à maintenir son statut? Il fallait que le roy ait de réels sentiments à son égard. Mais outre sa beauté, que pouvait-il bien lui trouvait? La marquise ne pouvait s'empêcher de se poser la question. Cette pudeur et cette innocence avaient le don d'en agacer plus d'un.
Sa majesté avait été plutôt laconique sur le sujet? Vraiment? Mais à quoi s'attendait-elle? A ce qu'il saute de joie et lui déblatère des déclarations d'Amour à n'en plus finir? Des poèmes peut-être? Du Ronsard? Vraiment, parfois Athénaïs se demandait où Louise avait la tête... Bien entendu qu'il n'avait pas été loquace... D'ailleurs, ce n'était pas le genre du roy de s'étendre dans de longs discours.


-C'est évident... Et bien entendu je suis sure que Sa Majesté veillera à ce que votre enfant bénéficie des meilleurs soins, cela va de soit...

La marquise était prête à sourire également de l'insouciance de son amie qui se voyait déjà prête à exiger du roy des choses qu'une favorite n'avait encore jamais eue, lorsque la naïveté de Louise la piqua. Voilà qu'elle lui demandait son aide pour trouver une gouvernante. Pour qui la prenait-elle? Athénaïs ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux avant d'esquisser un sourire en coin.

-Vous vous moquez, Madame... Pensez-vous réellement que j'aie en ma connaissance des nourrices ou gouvernantes? De plus, que faites-vous de ... la personne qui veille actuellement sur votre progéniture?

En effet, le roy avait secrètement confié les deux premiers enfants qu'il avait eux de Louise de la Vallière à une personne scrupuleusement choisie par ses soins ou ceux de gens de confiance. Pour quelle raison cette dame ne pourrait s'acquitter de cette tâche puisqu'elle avait déjà en charge les deux autres enfants? Avait-on idée de séparer des frères bâtards? Et puis Athénaïs n'avait nulle idée en tête de noms à conseiller à Louise. Elle se rendit d'ailleurs compte que sa réponse était un peu sèche, voire légèrement méchante. Aussi, elle radoucit son regard en lui prenant la main.

-Je vais réfléchir à la question. Vous savez, ajouta-t-elle sur le ton de la confidence, c'est ma belle-mère qui s'occupe de mes enfants, aussi je ne suis pas réellement accoutumée à rechercher des gouvernantes. Mais je vais essayer de vous aider, dans la mesure du possible.

Non pas que le cas de Louise lui inspirait un quelconque sentiment, autre que la pitié, mais il valait mieux avoir en elle une amie, sa place étant des plus influentes. De plus, le roy n'appréciait pas fort Athénaïs, alors en plus d'être l'amie de son frère, si elle était l'amie de sa favorite, peut-être alors que son statut s'en verrait amélioré, puisque son mari n'était pas fichu de s'en occuper convenablement...


Dernière édition par Athénaïs de Montespan le Jeu 29 Aoû - 20:15, édité 1 fois
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Jeu 29 Aoû - 17:56

    Bien sûr qu’Athénaïs ne pouvait pas y connaître grand-chose. Dieu qu’elle avait été naïve. Comme d’habitude. Maintes et maintes fois, seule dans son lit, Louise s’était juré de désormais réfléchir davantage avant d’agir et même de prononcer une seule parole. Malgré ses bonnes résolutions, il n’y avait rien à faire. La douce colombe ne pouvait devenir joyeuse et coquine alouette du jour au lendemain. Et après tout, en y repensant bien, on ne pouvait pas vraiment dire qu’Athénaïs était ce qu’on pouvait appeler une mère dévouée et aimante. En tout cas, pas selon Louise. Elle avait toujours été entourée d’une famille aimante, avec sa mère, ses sœurs et, même si son père avait disparu tôt dans sa vie, sa maman avait eu soin de choisir un beau-père qui avait aisément su remplacer le père que les fillettes avaient perdu. Jamais, au grand jamais, elle n’aurait osé prétendre ou penser qu’Athénaïs n’aimait pas ses enfants, mais… Comment faisait-elle pour mener un train de vie comme le sien, faite de mondanités, de salons, de bals? Comment pouvait-elle voir si peu ses enfants alors que c’aurait été le paradis pour Louise de pouvoir embrasser une jolie petite joue rose à chaque jour, et de sentir des petits bras potelés s’enrouler autour de son cou en entendant une voix cristalline dire les mots bénis « maman »? Il arrivait souvent à Louise d’imaginer une vie toute simple, dans un manoir dans la campagne, tout simple, pas comme cet échafaudage de Versailles qui annonçait le grandiose palais qui allait s’élever dans cet ancien marais, oui, un manoir tout simple avec Louis et une ribambelle d’enfants babillant tout le temps, pour ensuite en rire ou en pleurer en se disant qu’une telle chose était tout bonnement impossible.

    Louis était Soleil et elle la plus humble de ses étoiles. Parmi une myriade d’entre elles, il l’avait choisie, elle. Elle avait une lueur pure, si pure, qui ne voulait ni trop briller, ni rester trop terne. Et si douce, si bonne, et qui ne voulait que répandre le bonheur autour d’elle! Pour cacher l’éclat d’une étoile un peu trop brillante (ici Madame), on l’avait mise devant. Et le Soleil avait daigné darder ses augustes rayons vers elle, et elle avait brillé dans toute sa splendeur. Elle avait irradié de ce doux éclat qui se nomme l’amour vrai. Puis c’avait été la chute. Elle était toujours aussi brillante, mais d’une lueur superficielle. Car son cœur se consumait, et avait grand besoin d’être ravivé.

    La réponse d’Athénaïs la piqua au plus haut point. Jamais elle ne lui avait parlé sur un tel ton. Un ton quelque peu impatient, comme exaspéré. Une pensée tarauda Louise. Aurait-elle été, au final, une de ces intrigantes qui n’arrêtaient pas de tourner autour d’elle? Sauf que, bien sûr, elle aurait été plus fine et meilleure comédienne que les autres? Pourquoi pas? Et cet agacement montrait clairement qu’elle était fatiguée de devoir toujours jouer un tel petit jeu. Assez furieuse, elle parvint, elle, la douce Louise, à écarter d’elle les remords de penser d’une telle façon à sa plus chère amie pour répondre assez vivement sur la remarque qu’elle avait fait au sujet de la nourrice de ses deux premiers fils. Amie ou pas, elle en aurait bientôt le cœur net.


    - Cette personne? Parlons-en! Je me souviens très bien que si Charles était assez frêle à sa naissance, Philippe, lui, était assez vigoureux, merci! Ce n’est pas chose normale qu’ils soient morts tous les deux! Je suis bien prête à croire qu’on n’a proposé une personne que sur recommandation au Roi. Ah! Si j’avais pu y veiller en personne et voir mes enfants de temps en temps, je crois qu’il en aurait été autrement!

    Pour une fois, Louise n’éprouvait aucune envie de pleurer, comme d’habitude sous le coup d’une forte émotion. Elle avait grandi. Même à 22 ans, on n’a pas fini de grandir. Elle ne ressentait que de la colère face à son impuissance. Favorite officielle? Ce n’était qu’un titre bon pour le paraître et pour se faire traiter de putain. Il ne voulait absolument rien dire. Rien. Mais désormais, il en irait autrement. Si la morsure et l’humiliation de se faire traiter de fille de rien serait toujours aussi blessante, elle garderait désormais la tête haute. Son comportement dépendait d’elle et d’elle seule. Oui, elle péchait. Mais c’était à elle d’assumer les conséquences et d’arrêter d’en pleurer de désespoir.

    Mais Athénaïs semblait s’être radoucie. Si elle était réellement qu’une intrigante, elle aurait compris que mieux ne valait pas trop échauffer Louise pour perdre définitivement son amitié. Si elle était réellement son amie, comme elle le prétendait toujours, eh bien…

    Mais elle ne pourrait compter sur elle. Elle venait désormais d’en prendre conscience : à la cour, il fallait se battre seule. L’entraide et la solidarité, valeurs fort prisées de nos jours, n’existaient pas à la Cour. On n’attendait qu’une faiblesse, qu’un cillement de votre part pour se jeter sur vous, pour vous dévorer à belles dents et vous laisser agoniser, disparaître, et être oublié à jamais. Petit paladin au cœur pur, Louise était prête, même en voyant les boulets de canon qui n’attendaient qu’elle baisse sa garde pour briser son pauvre corps à jamais.


    - Je vous remercie, fut sa réponse laconique, mais son regard exprima en un mot tout ce qu’elle pensait. Saluant Athénaïs, elle se dirigea vers les portes pour sortir, lentement cependant, au cas où son amie la rappellerait pour lui dire un ultime mot. Même si, sincèrement, après cet entretien en apparence anodin mais pénible pour elle, elle n’avait envie que de s’allonger sur son lit et de dormir pour une dernière fois du sommeil de la prime jeunesse.
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Jeu 29 Aoû - 20:52


Les mots dépassent parfois, souvent même, notre pensée. Parfois nous parlons sans réfléchir, sur l'impulsion d'une émotion un peu vive, d'un certain agacement, d'un petit coup de colère. Lorsque l'on se laisse aller à ce genre de propos, on se heurte au risque de blesser son interlocuteur, surtout quand celui-ci s'avère être une personne aussi sensible que Louise de la Vallière. Athénaïs avait réellement mesuré son erreur lorsque son amie l'informa de manière détournée du décès de ses deux enfants bâtards. La marquise n'était au courant que du trépas du premier petit, qui était né assez faible. Mais la mort du second enfant n'était pas un fait dont elle avait eu connaissance, et elle mesura alors toute l'ampleur de son erreur. Si seulement elle avait su... Jamais elle ne se serait permise d'émettre l'hypothèse que cette même personne qui s'était occupée des deux rejetons puisse prendre soin de celui à venir, étant donné l'incompétence certaine de cette femme. Perdre un enfant, voilà une chose bien affreuse, la pire qui puisse arriver à une femme. Même à une noble qui, par coutume, ne s'occupait pas de ses enfants, surtout en bas-âge. On ne prenait pas le risque de s'y attacher alors que la mortalité infantile était si courante. Mais tout de même, cela faisait une peine sensible.

Athénaïs avait déjà perdu nombre de personnes qui lui étaient chères, à commencer par l'une de ses petites soeurs, sa préférée, qui était décédée il y avait de nombreuses années. Cette perte lui avait été si douloureuse que sur le moment, elle s'était dit qu'elle ne s'en remettrait jamais. Mais perdre son enfant, voilà bien quelque chose qu'elle ne connaissait pas (pas encore) mais qui lui paraissait bien insurmontable. A présent, elle s'en voulait d'avoir été si dure avec Louise qui devait se sentir bien seule en pareils moments. Malgré les yeux ronds comme des soucoupes qu'avait affiché la marquise à l'annonce de la mort de ses deux enfants, et qui trahissait donc son ignorance à ce propos, Louise resta froide et distante, et commença à s'éloigna en la "remerciant". La marquise, d'une sensibilité immense malgré sa force de caractère, sentait ses yeux s'embrumer de larmes. Elle-même était mère de deux enfants, et elle s'imaginait fort bien la peine qui serait la sienne si l'un d'eux venait à périr... Ce serait quelque chose de réellement horrible.

Faisant fi des principes que son aînée Gabrielle lui avait inculqué, de ne point montrer ses sentiments et émotions en présence de personnes de la Cour, Athénaïs ne prit pas le temps de dissimuler ses larmes naissantes et pressa le pas pour rattraper Louise.


-Attendez!

Elle se plaça près d'elle et lui prit la main dans un élan d'affection et d'amitié.

-Mon Dieu... Louise, je vous demande pardon, je n'étais pas au courant de cette affreuse épreuve que vous traversez. Je m'en veux terriblement des propos que j'ai pu avoir en votre présence et vous prie de bien vouloir me pardonner, si vous en avez la force.

Ses grands yeux bleus, quelque peu rougis à présent par ses larmes qu'elle tâchait de retenir, fixaient ceux de Louise. Ses excuses, certes bien peu suffisantes en comparaison avec le tort moral qu'elle avait pu lui causer sans le vouloir, avaient au moins le mérite d'être sincères.

-Si vous le voulez, prions ensemble pour leur salut.

Si Athénaïs et Louise avaient un point commun, outre leur beauté, c'était bien leur dévotion. Elles étaient de pieuses jeunes femmes, et c'était aussi ce qui plaisait à la Reine.
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Ven 30 Aoû - 17:57


    Au moment même où Louise allait ouvrir la porte du salon de Diane, une exclamation d’Athénaïs la retint. Faisant volte face vers elle, elle remarqua ses yeux devenus rouges. Une intrigante serait-elle capable de pleurer ainsi? Peut-être. Mais Louise sentait Athénaïs sincère. D’autant plus qu’elle alla jusqu’à s’excuser de sa conduite. La demoiselle de La Vallière s’en voulut mortellement d’avoir douté un seul instant de l’amitié de la marquise. Après une telle preuve d’amitié, comment pourrait-elle penser le contraire, par la suite? Non, Athénaïs était bel et bien sa seule et véritable amie à la Cour. Allait-elle, par une pareille bêtise, lui tourner le dos et se retrouver seule? Alors ça, il n’en était pas question. Bravant toutes les conventions de la Cour, elle osa faire un geste dont ses ennemis auraient très vite fait de se gausser : elle serra Athénaïs dans ses bras, maternellement presque, tentant de la consoler, tentant de lui transmettre l’amour qu’elle n’avait jamais pu donner à ses fils. Puis, desserrant son étreinte, elle regarda Athénaïs avec un des plus beaux sourires qui soient.

    - Pour le salut de mes enfants, je ne crains rien. Ce sont des petits anges de la Cour de la Sainte Vierge, à présent, et ils intercèdent pour leur pauvre mère, cette malheureuse Cour et son auguste Roi malgré tout bien couvert de soucis…D’une certaine manière, je sais qu’ils veillent sur moi… Mais d’une autre façon, ils ne m’appartiennent plus.

    Louise était sensible. Mais on pouvait la comparer au roseau de la célèbre fable de La Fontaine. Si le chêne, dans sa force et sa splendeur, était déraciné par les bourrasques du violent vent d’été, le roseau, s’il pliait sous le poids d’un immense chagrin de voir la nature autour de lui être anéantie, il ne rompait pas. Louise était pieuse, et une de ses plus grandes consolations était de savoir que ses enfants, tout bâtards qu’ils soient, était heureux dans l’autre monde.

    Quand la petite horloge du salon sonna quatre heures moins le quart, Louise revint brusquement sur terre. La Reine! Elle était en train de l’oublier. D’autant plus qu’il valait mieux arriver tôt : le moindre retard, la moindre petite imperfection de Louise lui valait les foudres de Marie-Thérèse d’Autriche. De plus, une nouvelle demoiselle était arrivée dans la Maison de la Reine, et mieux valait arriver tôt pour la mettre tout de suite à son aise sans craindre une bévue de sa part. Louise ne l’avait jamais vue… Cependant, elle imaginait très bien une jeune fille un peu perdue, encore très colombe, semblable à elle-même lorsque, vers la fin de son adolescence, elle était entrée dans la maison de Madame.


    - Mieux vaudrait nous rendre chez Sa Majesté la Reine tout de suite, pour qu’elle n’ait pas encore une raison pour me gronder… D’autant plus que j’ai ouï dire qu’une nouvelle demoiselle d’honneur est arrivée… Marie de… de Saint-Méchin, je crois.

    Se dirigeant lentement vers les appartements de Marie-Thérèse, Louise, pour la première fois depuis longtemps, marchait la tête haute. Sans fierté, sans orgueil, mais d’un air adulte prêt à affronter ce qui se préparait pour elle. Arrivant enfin dans le petit salon de la Reine, Marie-Thérèse, sirotant son chocolat comme d’habitude, jeta un coup d’œil à la tant détestée favorite, sentit toute sa haine tomber, lavée (pour l’instant du moins) par sa surprise. Ce jour-là, Louise, toute pécheresse qu’elle était, avait un air de Jeanne d’Arc.


FIN POUR LOUISE

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Cueillez, cueillez votre jeunesse. - Athénaïs.

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