Partagez | 

 Miri it is while sumer ilast


Mar 30 Juil - 17:14


Laura & Achille

Miri it is while sumer ilast...


Les nuits à Paris étaient sans nul doute aussi animées que les journées, si ce n'est plus. Les voyous sortent dès que les premiers rayons de Lune sortent enfin, les ivrognes arpentent les rues et chantent à qui veulent les entendre... Parmi tout ce beau monde se trouvait Laura, qui comme à son habitude profitait de la nuit tombée pour aller s'amuser un peu, et notamment se rendre à l'orphelinat. Elle avait prit l'habitude de s'y rendre de temps à autre, déposant humblement un peu de ses gains de la journée pour ces pauvres enfants. Un bon geste dont elle ne pourrait se passer, et qui lui donnait en quelque sorte bonne conscience ; en volant à d'autres, elle permettait à certains de vivre un peu mieux, dont elle. La brunette ne se croyait pas comme la Robin des Bois de Paris, elle en était très loin d'ailleurs... Mais quoi de mieux que de voir des jeunes enfants avec un sourire reconnaissant sur les lèvres ? Elle-même souriait, heureuse de son action, tandis qu'elle dévalait les rues de la capitales. Elle les savait guère sûres, mais les connaissaient assez bien pour savoir lesquelles ne pas arpenter une fois la nuit tombée. C'est en tournant dans l'une d'elle que ses yeux se posèrent sur un grand bâtiment, devant lequel plusieurs mendiants étaient installées, emmitouflées dans leurs vieux vêtements à peine plus miteux que les siens.

Il était minuit passé lorsque la porte de la grande église grinça, diffusant ce bruit en écho dans la grande bâtisse. Alors que les rues extérieures regorgeaient de nombreux manants, ce haut lieu était vide, calme et particulièrement paisible. En y pénétrant, certainement pour la première fois de sa vie, la jeune voleuse se sentit incroyablement... Petite. Comme si le silence avait quelque chose de pesant. Pourquoi avait-elle poussé cette porte ? Elle-même n'en savait rien, à vrai dire. Sans doute la curiosité, l'envie de voir au moins une fois cet endroit lui étant complètement inconnu, et comptant tellement pour les catholiques. Plantée telle un piquet, la porte se refermant tout doucement, la jeune femme observait tout aussi silencieusement ce qui l'entourait. Tout était tellement grand, et si bien décoré... Jamais elle n'avait vu quelque chose de si richement vêtu. Les murs, et ces grands vitraux surplombant toute la salle avait quelque chose de particulièrement imposant, du moins assez pour l'intimider. Ce n'était pas la maison du Tout Puissant pour rien, me direz-vous. Durant l'espace de quelques secondes, elle se retourna, fixant la grande porte de bois, hésitante. Qu'avait-elle à craindre, si ce n'est la colère du Seigneur pour ses mauvais actes passés ?

Les mains jointes devant elle, Laura avança dans l'allée centrale de l'église, son regard toujours aussi baladeur. L'atmosphère de cet endroit était tellement étrange, qu'elle ne savait pas réellement où se placer, ni que faire. Par chance, personne n'était en ces lieux pour la blâmer suite à une possible faute de comportement, ce à quoi elle se serait sentie horriblement mal. Elle avait beau faire partie des truands, elle gardait un certain respect pour ce genre de choses, même envers la Foi qu'elle avait perdu il y a bien longtemps. Pourtant, contrairement à elle, les plus démunis semblaient s'accrocher à elle, y voyant un espoir d'une vie meilleure pour eux et leurs enfants. De sa vie, la jeune femme avait dû entrer dans une église une seule et unique fois en compagnie de ses parents adoptifs, pour baptiser l'un d'eux. Ça ne l'avait tellement pas marqué qu'elle ne s'en souvenait plus d'ailleurs...

Alors qu'elle s'était dirigée vers l'allée de gauche, frôlant du bout de ses doigts les quelques bougies présentes, elle entendit quelque chose tomber de l'autre côté.


-Y'a quelqu'un ? Lança instinctivement la voleuse.

Sa voix résonna dans tout le bâtiment en écho, tout comme ses pas, bien que légers. Dans un premier temps, elle pensa qu'il s'agissait peut-être de son frère, qui l'avait suivi en douce, ce qui la fit sourire.

-Yvan, sors de ta cachette !

Un sourire se dessina sur ses lèvres, tandis qu'elle traversa l'église d'un petit air malicieux, ne se doutant pas qu'il ne s'agissait pas de son frère...


Dernière édition par Laura Zirrafon le Dim 18 Aoû - 0:22, édité 1 fois
avatar
Il faut manger pour vivre
&Voler pour manger
Il faut manger pour vivre  &Voler pour manger
Titre/Métier : Voleuse de son état, arnaqueuse et menteuse à temps partiel.
Billets envoyés : 370
Situation : Célibataire.

Voir le profil de l'utilisateur

Dim 18 Aoû - 0:01





LAURA & ACHILLE ;



Achille se trouvait aussi dans l’église. Les mains liées derrière son dos, il tournait sur lui-même, admirant la grandeur des lieux. Jamais il n’avait vu d’aussi grand. Peut-être que les cathédrales l’étaient encore plus. Même s’il n’y avait jamais posé les pieds, du moins pas encore, il le savait. Sa mère lui avait en effet raconté lorsqu’il était enfant que son père l’avait emmenée, jeune fille, visiter une cathédrale et que cela l’avait beaucoup frappée. Elle était immense. Et elle en était ébahie. Et puis, pas question de rechigner à ce que son père lui montrait, elle était tout le temps fascinée. Elle, seule, l’écoutait et ne se lassait toujours pas de ses histoires, d’ailleurs elle les racontait ensuite à son fils Achille. Lui-même ne se souvenait plus vraiment comment il s’était retrouvé dans cette église. D’un déclic, tout lui revient maintenant. Trop distrait par l’endroit, il avait oublié la raison de sa présence ici. En fait, il n’était pas là pour lui, mais pour la dame qui l’accompagnait. Une noble. Et elle était en pleine confession avec un prêtre dans le confessionnal. Achille l’attendait donc dehors, à l’intérieur de l’église. Dès qu’elle aura terminée, il la ramènerait au château. Les douze coups de minuit sonnèrent aussitôt.

Une heure plus tôt, Achille veillait dans les couloirs du château, comme à son habitude, quand un serviteur lui rapporta un message de sa maîtresse. Cette dernière voulait le voir immédiatement. Achille le remercia d’un hochement de tête et monta vers ses appartements. En quelques minutes, il arriva devant sa porte et il prit une inspiration avant de frapper. Une voix s’éleva. « Oui, entrez ! ». Achille attrapa la poignée et ouvrit. La pièce dans laquelle il venait d’entrer baignait sous le clair de lune et était inoccupée. Son regard se dirigea vers la porte du fond. Une lumière douce et orangée s’y émanait. Elle était à côté. Achille traversa la pièce et s’arrêta derrière la porte, toussant pour signaler sa présence. « Mais entrez, chevalier de Montaron, ne faites pas le timide ! ». Sitôt entré dans la chambre de la noble, Achille détourna rapidement les yeux. À la lueur d’une bougie, il vit qu’elle était non habillée et une bonne l’aidait à se vêtir. Pas d’une belle robe de soirée mais d’une robe assez simple, idéale pour sortir la nuit. Cela ne lui prenait pas trop longtemps et Achille put la regarder à nouveau. Il ne savait toujours pas pourquoi elle l’avait convoqué. Comme si elle lisait dans ses pensées, elle lui dit : « Chevalier, si je vous ai fait venir ici, c’est que j’ai besoin de vous ! Je vous connais assez pour que je place toute ma confiance en vous, en effet j’aimerais que vous m’accompagniez là où j’irai ce soir. Il n’y aura que nous deux car j’exige que nous soyons discrets cette nuit en nous rendant à Paris. ». Achille prit un air étonné. « À Paris ? Mais que voulez-vous y faire là-bas ? ». Elle répliqua aussitôt : « Achille, je... ». Puis elle se tut. Elle devait être vraiment embarrassée pour l’appeler par son prénom. Elle pivota vers la coiffeuse et s’assit sur le tabouret. Elle resta un long moment ainsi. Enfin, elle congédia la bonne. « Écoutez, je... S’il vous plaît, ne dites à personne que j’ai... que je... ». Elle balbutiait. Ce qu’elle essayait de dire à Achille ne voulait pas sortir du fond de sa bouche. Elle plaqua sa main sur son ventre pour mieux contrôler sa respiration et se regarda dans la glace. Finalement, elle arriva à le dire dans un souffle : « Je viens de tromper mon mari, Achille ! Voilà pourquoi je veux aller à Paris, pour m’absoudre de ce pêché. ». Achille ne laissa rien paraître sur son visage, il était un peu surpris certes mais il se voulait complaisant envers cette femme. Il la savait très fidèle et surtout pas volage ! Mais que lui était-il arrivé ? Il s’était aperçu dernièrement qu’un homme lui tournait autour et qu’elle n’était pas insensible à ses charmes. Était-elle tombée dans ses filets ? Non il la connaissait assez pour ne pas être dupe. Cependant, elle avait parfois des envies libertines et avait donc goûté à celle de l’adultère. Et Achille ne pouvait pas deviner si cela lui avait plu ou pas, apparemment non car elle voulait se confesser. « Vous pouvez compter sur ma discrétion absolue Madame, mais... pourquoi Paris ? Vous pouvez très bien le faire ici, dans la chapelle, vous savez, les prêtres ne diront rien, ils sont tenus au secret de la confession. », lui dit-il. « Bien sûr, disons que je préfère me confesser à un prêtre que je ne connais pas et qui ne me connaît pas non plus, comme ça personne n’est au courant, à part vous, moi et... l’autre. Paris ne manque pas d’églises, c’est donc l’endroit parfait, et puis ce n’est pas loin à cheval. ». Achille acquiesça de la tête et l’emmena aux écuries sans croiser personne. Il ordonna à l’écuyer de préparer au plus vite la monture de la noble et d’amener la sienne. Après, il l’aida à monter en selle et il enfourcha son cheval. Ils partirent du château à toute vitesse, galopant vers Paris. L’escorte aurait été plus sûre avec quelques hommes supplémentaires mais la noble misait sur la discrétion, Achille était alors l’homme de la situation. De plus, elle le savait sûr de lui et pouvait également compter sur lui pour tout. Ils arrivèrent sans trop tarder dans la ville et descendirent de cheval. Les rues tourbillonnaient de vie, de nuit comme de jour, et certaines n’étaient guère sûres. Pour se fondre dans la masse, Achille et la noble filèrent comme des ombres et choisirent une église au hasard. Achille regarda autour de lui s’il n’y avait pas quelqu’un qui les suivait, non rien que des mendiants accolés entre eux, et fit entrer la noble à l’intérieur de l’église. Ensuite, il referma la lourde porte derrière lui et retira son chapeau. La noble fit de même en baissant le capuchon de sa longue cape. Tous les deux trempèrent le bout des doigts dans le bénitier et firent un signe de croix. Achille s’avança un peu dans l’église, toujours émerveillé par les trésors qu’elle renfermait. Les grandes dalles de pierre au sol, les gros piliers qui soutenaient la nef centrale, les milliers de chaises parfaitement alignées dans la même nef, les vitraux qui l’ornaient en hauteur, l’autel et le chœur au loin. Le tout était éclairé par de larges lustres suspendus à quelques mètres au-dessus de leur tête et de quelques cierges déposés dans les petites chapelles. Achille chercha des yeux la noble qui avait disparu de son champ de vision. Il la retrouva rapidement et partit la rejoindre dans l’allée de droite. Devant eux se dressait une sorte d’isoloir divisé en trois compartiments bien distincts, celui du milieu pour le prêtre et les deux de chaque côté pour les catholiques en général, et surmonté de la croix du Christ, c’était le fameux confessionnal. « Chevalier, attendez-moi ici, je vous en prie. Je ne serai pas longue. », dit la noble à Achille. « Bien entendu Madame. ». Elle s’engouffra par la suite dans le compartiment de gauche, derrière un rideau rouge. Achille, lui, exécutait la demande de la noble en restant près du confessionnal. Il lui arrivait de temps en temps de jeter un coup d’œil rapide aux environs. Sans compter la noble et le prêtre, il était seul dans l’église. Enfin, c’est ce qu’il croyait...

De longues minutes se passèrent et Achille attendait toujours la noble. Au départ, il détestait attendre mais à force, il s’était habitué. En plus de ça, il ressentait les premiers signes de la fatigue. Il avait bien envie de s’allonger sur son lit et dormir à poings fermés, ces dernières nuits de veille l’avaient épuisé. Tout en bâillant, il s’était assis sur une chaise sans se rendre compte. Reprenant conscience qu’il n’était plus debout, il tomba à la renverse. Un petit cri lui échappa : « Aahh ! ». En l’espace de quelques secondes, il fut un peu sonné. Puis, sentant qu’il n’avait rien de cassé, il se redressa sur ses deux coudes. Il remit ensuite la chaise à sa place. Achille se détendit aussitôt lorsqu’il ne vit personne accourir. Fort heureusement, sa chute n’avait pas fait un grand bruit. Mais il avait eu honte car on était tout de même dans un lieu de culte où le silence régnait en maître. Il réprima une grimace et pria le Seigneur d’excuser sa maladresse. Après, il secoua la tête comme pour reprendre le cours de sa pensée, ne soupçonnant aucunement la présence d’une autre personne dans l’église. Celle-ci l’avait entendu d’ailleurs : « Y’a quelqu’un ? ». Achille stoppa net, il l’avait également entendue. Caché derrière un pilier, il ne voyait pas toute l’église, mais ne douta pas une seule seconde que la voix venait de l’autre côté du pilier, et donc de l’église. Il plaça ses mains sur le pilier et se pencha un peu à gauche. Ne voyant toujours rien, il en fit le tour quand soudain, il buta contre le pied d’une chaise. Achille serra les dents, ce coup lui avait fait très mal. Cette fois-ci, il se savait foutu, la personne devait l’avoir maintenant repéré. En effet, des pas, bien que légers, s’approchèrent de lui et il l’entendit dire : « Yvan, sors de ta cachette ! ». Cela le fit rire intérieurement, ainsi la personne le croyait être quelqu’un d’autre, ce dénommé Yvan. Achille se décida finalement à sortir de la cachette, ce qui effraya un peu la personne, une femme de son âge dirait-il. Et il la trouva jolie. « Ne craignez rien mademoiselle, je me confonds en excuses pour la petite frayeur que vous aviez eu. Ce n’était pas très gentleman de ma part. ». Achille avait tout de suite remarqué qu’elle n’était pas noble, malgré la blancheur de sa peau. Oui elle n’avait pas le teint basané si caractéristique du peuple, et pourtant elle en faisait partie. Elle portait d’ailleurs les mêmes habits qu’eux. Une tunique pas si blanche que ça et pleine de grasse lui recouvrait le haut de son corps, en plus d’un corset qui lui serrait la poitrine, relevant ses seins. Sur les jambes, elle avait une jupe qui descendait jusqu’aux chevilles. Achille pouvait entrevoir dessous ses chaussures et l’ourlet de son jupon maculés de boue. Vestimentairement parlant, elle n’était pas attrayante du tout. Par contre, elle avait un joli petit minois. Et elle n’arborait pas non plus une coiffure complexe comme les nobles, non elle laissait ses longs cheveux bruns retomber sur ses frêles épaules. Cette chevelure mettait en valeur son visage et en particulier ses yeux. Des yeux ronds d’un bleu profond. Achille n’avait jamais vu des yeux aussi semblables et c’étaient ces mêmes yeux qui le poussèrent à enchaîner. « En quoi puis-je vous aider mademoiselle ? », oubliant déjà la noble dans le confessionnal.


made by ℬlue ℐⅴy


Dernière édition par Achille de Montaron le Mar 20 Aoû - 16:53, édité 1 fois
avatar
Invité
Invité


Mer 21 Aoû - 12:10

Ce qu'il y avait de formidable dans un édifice tel que les églises, c'était que tout le monde et n'importe qui pouvait s'y rendre, de jour comme de nuit, les plus aisés comme les plus miséreux. La maison de Dieu en faisait pas de distinction entre les Hommes, leur offrant un asile et un toit où dormir le temps d'une nuit. Tout le monde était logé à la même enseigne, et aucune distinction de rang ne se faisait sentir. C'est du moins ce qu'on vous forçait à apprendre dès votre plus jeune âge, car après tout, vous pensez sincèrement que des personnes telles que Laura ou autre truands auraient leur place en ces lieux ? Ils étaient voués à l'Enfer, à la damnation éternelle, et ce aussi pieux qu'ils puissent se montrer en franchissant les portes du lieu Saint. Le prêtre dirigeant ces lieux ne les accepterait certainement pas, sachant parfaitement que ces vils personnages risqueraient de prendre les précieux biens de son église comme ils prenaient les bourses des gens en plein marché. Mais après tout, ce brave homme n'avait certainement rien à craindre : ces êtres ne possédaient guère de Foi assez forte pour ce rendre en un tel endroit, si ce n'est pour commettre un acte atroce les disgraciant à tout jamais du Tout Puissant. N'allez néanmoins pas croire qu'aucun d'eux ne possédaient assez de respect, au point de s'attaquer à une église. Non, ils possédaient un minimum de croyance les incitant à s'en éloigner, mais ne leur interdisant pas de prier lorsqu'ils en sentaient le besoin. Il y avait également une autre catégorie de personnes risquant de ne pas être bien reçue et pour cause : les soûlards et autres grandes gueules des rues perturberaient sans soucis le calme et le silence nécessaire au recueillement des fidèles, ce qui était intolérable en soit. Ici, on entendait à peine une mouche voler, le murmure de quelques conversations discrètes, et les jours de prières, les paroles de ces nombreux croyants accomplissant leurs obligations envers leur guide spirituel.

Ce silence la jeune Zirrafon l'avait brisé sans vouloir, et sans s'en rendre compte. Cela faisait partie des petites choses auxquelles elle ne prêtait que très peu d'attention, car étant peu habituée. Ses parents adoptifs, au-delà d'être des petits gens du peuple, croyait particulièrement en la religion. À leurs yeux, elle leur permettait de garder espoir sur leur avenir et de celle de leur famille. D'après leurs dires, c'est cette foi constante qui leur avait permis de croiser le chemin de trois si beaux enfants, alors que la pauvre dame ne pouvait pas donner naissance. Elle leur répétait toujours qu'ils étaient un cadeau béni de Dieu, une sorte de remerciement pour sa fidélité, et qu'ils devaient lui être très reconnaissant de leur avoir offert une famille. Ils étaient ses trois petits anges tombés du ciel... Dans sa naïveté de petite fille, Laura y avait cru. Mais en grandissant, elle réfléchit plus profondément sur la question, pour en arriver à cette conclusion : elle en le remercierait pas pour l'avoir éloigné de ses parents biologiques, de ses véritables origines qu'elle ne connaîtrait certainement jamais. Peut-être était-elle la fille d'un noble étant née d'une relation gênante. Peut-être était-elle la fille d'une prostituée. Peut-être était-elle l'enfant de trop, obligeant ces pauvres gens à l'abandonner pour pouvoir lui donner une vie meilleure... Tout un tas d'hypothèses lui avaient traversées l'esprit quant à là où elle venait, sans pouvoir trouver de réponse exacte. Tout ce qu'elle connaissait de sa génitrice était un nom, écrit sur un bout de papier. Paris était tellement grand, qu'il lui aurait fallu des semaines pour la retrouver ! Et qui sait, peut-être était-elle déjà morte et enterrée dans la fosse commune... Avec le temps, la demoiselle s'était fait une raison, à en considérer Yvan comme sa seule et unique famille.

Quelle ne fut donc point sa surprise, en découvrant que la source du bruit n'était pas son frère, mis un parfait inconnu ! Quand ce dernier apparut devant elle, elle étouffa un cris de surprise en plaquant ses mains sur sa bouche, dans une expression d'horreur. En entrant dans la grande bâtisse, elle n'avait remarqué personne, mais la grande porte ne s'était pas rouverte. Il se trouvait donc là bien avant que Laura n'entre. L'avait-il vu ? Et comment un seul homme pouvait-il faire tant de bruit ? Elle savait que les églises étaient très souvent fréquentée... En journée. Hors, à ce moment même, il était plus de minuit ! La probabilité pour qu'elle croise quelqu'un à cette heure était quasi nulle, c'était pour cette raison qu'elle avait osé franchir les portes de ce lieu de culte. Du moins, c'est ce qu'elle pensait, et sa théorie tombée telle une pierre à l'eau. Ne pensez pas que la voleuse était une personne asociale, au point de ne pas supporte la présence de gens dans le même lieu qu'elle, il n'en était rien, bien au contraire. Néanmoins, elle ne doutait pas une seule seconde sur le fait que les rues environnantes étaient toujours aussi animées qu'il y avait quelques minutes, lorsqu'elles les avaient quittés. Le bruit de chants -certainement paillards-, ainsi que de rigolades se feraient certainement entendre lorsqu'elle ouvrira la porte pour sortir dehors. Quant à l'ambiance à la Cour des Miracles... Elle sera certainement encore plus animées, ce qui lui prévoyait somme toute une nuit encore bien agitée. Entre ces murs de pierres, elle avait eu un mince espoir de tranquillité en solitaire. À croire qu'encore une fois, elle s'était trompée.

Ses yeux gambadèrent gentiment sur les traits du visage de l'inconnu, qui ne lui étaient pas du tout familier. Nul doute qu'à sa façon de s'exprimer et d'être, il se trouvait dans une classe bien supérieur à la sienne, ce qui n'était pas totalement pour lui déplaire. Ses mains retombant le long de son corps, elle chercha furtivement un quelconque objet de valeur qu'elle pourrait lui subtiliser par la suite. Son grand malheur, la truande ne vit rien de vraiment intéressant, si ce n'est cette arme, cachée discrètement sur le côté. Il s'agissait donc d'un noble... Ou serait-ce plus ? Quoi qu'il en soit, ce n'était pas avec lui qu'elle récolterait quoi que ce soit.

Son inspection oculaire terminée, elle inspira et se força à lui adresser un discret sourire. Bon sang, elle venait sans doute de passer pour une véritable idiote, en étant ainsi persuadé qu'il s'agissait de son frère, ce qu'elle aurait préféré très largement.


-M'aider ? Répéta-t-elle, l'air complètement perdu.

Ce genre de question, Laura l'avait entendu sur le marché de la part des commerçant, servant une dame venant faire ses achats. Cela lui paraissait plus appropriée qu'ici, dans une église... Et sincèrement, avait-elle vraiment l'air d'avoir besoin d'aide... ? Elle pouvait se montrer désespérée, mais quand même pas à ce point. Ou peut-être s'agissait-il encore une fois d'usage dont elle ignorait complètement l'existence, ce qui ne serait certainement pas étonnant venant de sa part. Si la jeune femme s'était trouvée dans un mauvais jour, sans doute n'aurai-elle pas hésiter à lancer une remarque acide. Bien heureusement pour son interlocuteur, ce n'était en rien le cas présentement.


-J'ai... J'ai simplement cru que vous étiez quelqu'un d'autre, je suis désolée de vous avoir dérangé dans vos...

Dans vos méditations ? Dans vos prières ? Elle ne savait pas vraiment comment terminer sa phrase, ce qui valut à ses joues de se teindre d'une couleur rouge encore assez pâle. Et alors que ses yeux se posèrent sur le confessionnal, Laura se sentit encore plus gênée par son ignorance.

-Des personnes se confessent encore ? À cette heure si tardive ? Souffla-t-elle discrètement à l'attention du jeune homme, afin de ne pas déranger davantage le silence des lieux.
avatar
Il faut manger pour vivre
&Voler pour manger
Il faut manger pour vivre  &Voler pour manger
Titre/Métier : Voleuse de son état, arnaqueuse et menteuse à temps partiel.
Billets envoyés : 370
Situation : Célibataire.

Voir le profil de l'utilisateur

Sam 7 Sep - 19:27





LAURA & ACHILLE ;



Achille n’était pas dupe. Il l’avait tout de suite cernée quand elle lorgnait sur son épée. De plus, il n’était pas là pour traquer les truands, surtout pas dans cette église. D’ailleurs, elle en faisait partie puisqu’elle n’arrêtait pas de scruter son uniforme, à la recherche du moindre butin. Si elle se trouvait près d’un château bien gardé, il l’aurait arrêtée sans scrupules. Peut-être pas car, bien qu’elle l’est vraiment, il eut la soudaine impression qu’elle était une truande qu’à contrecœur. Cela n’arrivait pas qu’à elle, il avait connu ou arrêté des personnes qui l’étaient sans qu’ils le veuillent. Mais c’est la vie, dira-t-on. Les gens avaient été abandonnés à leur sort et s’étaient alors débrouillés pour s’en sortir, sur ce par tous les moyens à leur disposition, vols, prostitution et marché noir. Ces personnes n’ayant pas été gâtées par la vie se retrouvaient malheureusement "forcées" à vivre de cette façon…

La truande fit un petit sourire au jeune mousquetaire, ne sachant comment lui répondre. Elle avait l’air désemparé, elle ne s’attendait certainement pas à ce que cet inconnu lui proposa de l’aide. Et même pas à le rencontrer puisqu’elle cherchait tout à l’heure un certain Yvan. Yvan, Achille ne voyait pas qui c’était ? Son amant ? Son frère ? Son fils ? Fils ? Non, c’était improbable. Si elle avait un fils, il serait peut-être encore dans son berceau ou dehors à courir entre les gens avec des copains. Euh non, ça non plus car il eut l’intuition qu’elle n’avait jamais eu d’enfants. Bref, elle l’interrompit dans ses pensées : « M’aider ? ». Elle l’avait dit dans une pointe d’hésitation, comme si elle ne savait plus trop si elle avait besoin d’aide ou pas. Ce n’était pas compliqué, Achille cherchait juste à lui rendre service puisqu’il est mousquetaire. Ou parce qu’il voulait se rattraper de sa chute qui avait fait plus de bruit qu’il le pensait. Ou encore pour s’excuser de l’avoir dérangé dans ses prières par exemple. Les dames venaient dans une église soit pour prier en profitant de la sérénité des lieux, soit pour se confesser. Au pire, pour assister à une cérémonie fastueuse. Or ce n’était pas le cas, de même pour aller à confesse car il voyait mal une truande comme elle entrer dans une église le faire afin de s’absoudre des maux qu’elle aurait commis. Était-elle venue dans l’église pour prier ? Chose rare pourtant…  « Eh bien, mademoiselle, il m’a semblé que vous cherchiez quelqu’un en ces lieux dont le nom est Yvan, c’est bien cela ? ». Elle ne répondit pas, gênée, et le silence retomba dans l’église. Elle ouvrit la bouche puis la ferma car rien ne sortit. Finalement, elle y arriva mais ce n’était pas la réponse qu’il attendait. « J’ai… J’ai simplement cru que vous étiez quelqu’un d’autre, je suis désolée de vous avoir dérangé dans vos… ». Oui ? Dans ses quoi ? Et puis, inutile de s’excuser, la faute à qui ? À lui, qui l’avait surpris avec le bruit de sa chute et qui l’avait effrayé. « Non, vous n’avez pas à vous excusez mademoiselle, c’est ma faute puisque je vous attire des ennuis, partez avant que… ». Il voulut terminer en lui parlant de la noble qui était dans le confessionnal mais la truande lui coupa la parole : « Des personnes se confessent encore ? À cette heure si tardive ? ». Elle avait suivi son regard vers le confessionnal. « Oui… le confessionnal est ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, ce qui est avantageux pour les personnes voulant se confesser discrètement. ». M*rde, venait-il de penser à voix haute pour la dernière phrase ? Il sentit sa mâchoire se crisper, se maudissant lui-même d’avoir sorti une part de vérité sur leur venue à Paris. Il eut une forte envie de taper sur quelque chose, taper encore et encore. Ce métier le rendait malade et il avait hâte d’en changer. Enfin, plutôt ne pas en avoir car les nobles n’en avaient pas. Ils étaient privilégiés. Bref, ce métier comportait des risques et il fallait connaître des astuces pour les contrôler. Il les connaissait pourtant, alors pourquoi ne s’était-il pas contrôlé face à la truande ? Achille soupira et sourit brièvement car il n’avait pas envie de lui montrer sa colère. Il la regarda plus attentivement. Ses yeux bleus. Bon dieu, ces yeux bleus le rendaient presque fous. Rien qu’en les regardant, il se sentit comme submergé. Par quoi ? Il ne sut pas l’expliquer, c’était inexplicable. Il ferma les yeux et les rouvrit pour regarder ailleurs. Il ne pouvait pas les revoir sinon il perdrait le contrôle. Mais pourquoi ? Non, ce n’était pas de l’amour, il savait ce que c’était, il l’avait connu à 19 ans. Un amour passionnel mais très bref car elle était partie du jour au lendemain et il ne lui avait pas pardonné cet acte…

Il sourit, sa colère envolée comme par miracle. Elle ne fera pas le lien avec ce qu’il avait dit et la noble dans le confessionnal. C’était de manière générale, en effet n’importe qui pouvait venir discrètement jusqu’ici pour se confesser. Ses pensées se tournèrent vers la truande. Que faisait-elle ici ? Ah oui, bien sûr, elle cherchait Yvan. « Vous n’avez pas répondu à ma question, cherchez-vous bien quelqu’un ? Yvan ? Sinon que faites-vous ici ? », dit brusquement Achille, à regret. C’était son côté mousquetaire qui avait pris le dessus, il était anormal qu’une truande se trouvait dans une église, elle devrait la craindre car c’était la maison de Dieu et lui condamnait les personnes comme elle, les destinant en Enfer. Ils méritaient selon lui la damnation éternelle.


made by ℬlue ℐⅴy
avatar
Invité
Invité


Jeu 26 Sep - 13:11

N'importe quel truand, et ce aussi fort et téméraire soit-il, ne serait pas attardé plus qu'une minute face à un mousquetaire, prenant la fuite pour ainsi éviter les ennuis. Dans le pire des cas, il l'aurait réduit au silence, telles les grosses brutes que pouvaient être ce genre de personne. Église ou non, les moins respectueux n'aurait pas fait attention à ce genre de détail, quitte à rejoindre Satan en Enfer lorsque le moment sera venu. Si Laura avait peur de s'y retrouver ? Elle était loin de faire du bien autour d'elle, et c'est pourquoi depuis toujours, cette fin était à ses yeux inévitable. Comme le reste du commun des mortels, elle n'avait aucune idée de ce qui l'attendrait une fois que sa vie finie. En fait, la mort ne lui faisait plus peur depuis longtemps maintenant. Il faut dire que dans son univers quotidien, la voleuse la côtoyait tellement de fois qu'elle en était presque devenue banale... Cela allait du pauvre vieil homme souffrant au jeune homme plein de vitalité mourant de la pointe d'une épée. Les histoires de vengeance, ou même les jeux un peu plus brutaux étaient omniprésent, si bien que lorsque son jour viendra, elle l'accueillera le plus normalement du monde. Il ne fallait pas non plus croire que Laura n'attendait que ça. Non, elle aimait beaucoup trop sa vie, aussi dure soit elle, pour la laisser tomber aussi simplement. Face au jeune homme, la logique aurait donc fait qu'elle détalle à la vue de son épée, de peur de se faire prendre et qu'une de ses deux mains lui soit prise ! Pourtant, il en fut autrement. Après tout, qu'avait-elle fait de mal, si ce n'est d'entrer dans ce lieu Saint ? Bien sûr, il pouvait la soupçonner de voler les biens si richement exposés aux yeux des fidèles, mais sincèrement, cela n'avait même pas traversé l'esprit de la demoiselle, qui s'était rendu ici le plus simplement du monde, et sans mauvaise intention.

Partir... Pourquoi devrait-elle partir ? C'était la maison de Dieu, et elle n'était pas totalement idiote au point d'ignorer qu'aucun mal ne pourra lui être fait tant qu'elle ne franchirait pas les portes de sorties. Il n'y avait donc rien à craindre. Laura fronça ses sourcils, se demandant l'espace d'un instant s'il ne souhaitait pas simplement cacher quelque chose... Ou protéger quelqu'un. La personne dans le confessionnal, sans doute ? Car que ferait un mousquetaire seul ici, si ce n'est que pour rendre service à un noble l'ayant demandé ? À vrai dire, la truande ne connaissait que le côté « représentant de l'ordre » des mousquetaire, sans connaître réellement et plus en profondeur leur fonction au sein de la capitale. Tout ce qu'on lui avait appri, c'était de se méfier d'eux, car ils pourraient lui nuire et l'enfermer entre quatre murs. Brr. L'idée de se retrouver dans une de ces geôles froides et humides, coupées du monde, ne lui disait strictement rien... Et qui sait, peut-être finir comme sa soeur, dont elle n'avait plus aucune nouvelle depuis sa disparition... À cette pensée, un léger frisson parcourut son corps, le rendant un peu plus froid, en plus de la température basse qui régnait dans la grande bâtisse de pierre. Ramenant ses bras nus devant son buste pour tenter de les réchauffer, elle se les frotta mécaniquement, avant de revenir au mousquetaire.


-C'que vous avez à dire doit être très gênant, pour que vous attendiez à cette heure... Dit-elle avec un petit sourire remplit de malice sur le visage.

Bien sûr, la jeune femme se doutait qu'il n'attendait pas son tour, et c'est justement ce qu'elle voulait : qu'il se justifie. En fait, elle n'en avait que faire du pourquoi du comment. Mais vous savez, si elle pouvait acheter un ou deux secrets concernant la personne qui se trouvait à l'intérieur du confessionnal, elle ne disait pas non. C'était peut-être vil, mais après tout, elle restait une truande.

A sa question, elle haussa les épaules, avant de regarder tout autour d'elle si des fois d'autres mousquetaires ne se cachait pas derrière les immenses piliers.


-Je pensais qu'il m'avait suivi jusqu'ici, mais visiblement je me suis trompée. Et j'suis tombée sur vous...

Sa voix n'était aucunement agressive. À vrai dire, elle était presque lasse, montrant bien à quel point Laura était déçu de sa trouvaille. Elle prit une inspiration, avant de reprendre :

-'Vous en faites pas, j'suis pas venue prendre une coupe d'or, si c'est ça votre question.
avatar
Il faut manger pour vivre
&Voler pour manger
Il faut manger pour vivre  &Voler pour manger
Titre/Métier : Voleuse de son état, arnaqueuse et menteuse à temps partiel.
Billets envoyés : 370
Situation : Célibataire.

Voir le profil de l'utilisateur

Dim 6 Oct - 0:24





LAURA & ACHILLE ;



De quoi je me mêle ! Voilà ce qu’Achille eut envie de répondre à la jeune femme mais il s’abstint. Il n’allait pas lui débiter des sermons, ni lui faire la morale, elle était une truande certes mais ce n’était pas une raison. Et puis, il n’allait pas non plus l’arrêter, elle n’avait rien fait. En plus, il était en mission secrète, alors fallait mieux ne pas se faire remarquer du premier coup. D’un œil, il inspecta furtivement les alentours et de l’autre, il regarda la jeune truande. Que voulait-elle déjà ? Ah oui, elle essayait de lui soutirer des informations concernant la raison de sa présence dans l’église. Non mademoiselle, inutile d’insister, Achille ne dirait pas une miette de son secret commun avec la noble, encore en pleine confession. Elle était curieuse la maligne et certains de ses camarades n’hésiteraient pas à l’arrêter rien que pour ça. Elle devrait remercier sa bonne étoile car Achille n’était pas ce genre de personne, c’était quelqu’un d’intègre et gentil, ne supportant pas l’injustice (il lui était déjà arrivé de n’avoir rien pu faire face à une injustice malgré lui). Le monde était parfois injuste, il le savait. Enfin bref, passons. Face à la truande, Achille prit une attitude neutre, bien décidé à ne rien divulguer. Néanmoins, elle attisait aussi sa curiosité.

— Je ne pense pas qu’il faille chercher plus loin avec moi !

Il termina sa phrase par un hochement de tête, pour lui faire bien comprendre que cela ne servait à rien de continuer. Jamais elle ne saurait l’identité de la noble qui se confessait à cette heure-ci. En tout cas, il y veillerait soigneusement. Le mousquetaire n’allait pas s’incliner à une inconnue dont le nom lui était aussi inconnu. Il avait face à lui une personne qu’il ne connaissait pas et pourtant, elle ne lui paraissait aucunement dangereuse. Il y avait quelque chose chez elle qui l’intriguait mais il ne sut pour l’instant dire quoi. Sûrement pas ces vêtements crasseux dans quoi elle était flanquée. Il la regarda plus attentivement, retenant les détails qui lui avaient échappé. Des détails qui n’avaient aucune importance. Il repassa son examen visuel sur ses yeux. Bingo ! C’était bien ses yeux envoûtants et très bleutés qu’il cherchait à reconnaître. Les avait-il déjà vus ailleurs ? Oui il s’en rappelait parfaitement de les avoir déjà vu quelque part mais ne lui demandez pas où, il se s’en souvenait pas. Par contre, il avait gardé au fin fond de sa mémoire ces yeux qui lui avaient fait de l’effet la première fois. Ah, tout s’expliquait maintenant ! En revoyant les yeux que portait la truande, il avait inconsciemment fait le lien entre ses yeux et ceux de l’autre personne. Par conséquent, elle l’ensorcelait, tout comme celle qui avait les mêmes yeux. Quiconque qui croisait ce bleu très tranchant des yeux ne pourrait l’oublier, c’était irréfutable. Cette couleur pouvait donc en surprendre plus un dont le jeune Achille. Mais où est-ce qu’il les avait-il déjà vus ? Et comment la truande pouvait-elle avoir ces mêmes yeux ? Existerait-il un lien entre elle et la personne en question ? Il lui poserait la question bien plus tard.

À quoi pensait-elle quand elle lui parla de la coupe en or ? Que croyait-elle ? Qu’Achille la soupçonnait d’être entrée ici juste pour un calice ? Non mais sérieusement ? Ébauchant un sourire, il ne cacha pas son amusement. Un peu de compagnie n’était pas de refus en ces lieux déserts, surtout à minuit, à l’aube d’un nouveau jour. Le moindre vent pouvait se muer en des gémissements plaintifs et donnait l’impression à l’endroit d’être hanté, habité par quelque âme malveillante, pourchassant quiconque qui s’y introduirait. Un peureux prendrait ses jambes à son cou s’il se retrouvait seul dans l’église, il fallait avoir du cran pour ne pas être inquiété par les bruits environnants. L’église n’était pas tentante aussi la nuit en raison du froid qui y régnait. Cette haute bâtisse, l’œuvre d’hommes bâtisseurs et sans doute croyants, nécessiterait de puissants chauffages afin de la faire chauffer continuellement, même la nuit. Bien qu’il y fasse légèrement froid le jour, le soleil, haut dans le ciel, réchauffait toutefois un peu l’église, la rendant plus chaude. Mais la nuit, le soleil, étant couché, ne réchauffait plus l’église, plus froide désormais. Ainsi plus on s’enfonçait dans la nuit, plus il faisait froid dans l’église et plus on attendait trépignement le retour du soleil. Du fait de sa grandeur imposante, difficile de contenir une parcelle de chaleur à un endroit voulu dans l’église. Lors des canicules, les portes de l’église étaient grand ouverts car l’intérieur était un véritable puits de fraîcheur mais la nuit, on cherchait le contraire, un endroit chaud où s’abriter et l’église ne figurait pas en tête de liste. Depuis quelques bonnes minutes, la truande frottait de temps à autre ses bras restés croisés. Comme elle était faiblement vêtue, elle frissonnait sous ses habits. Quant à Achille, il avait froid lui aussi malgré la chaleur diffuse des cierges disposés dans son dos. Son costume ne le dispensait pas complètement du froid, bien trop léger. Il était parti pour Paris en n’enfilant qu’une cape par-dessus sa tenue de mousquetaire. En fait, il avait cru avant son entrevue avec la noble qu’il allait veiller toute la nuit au château et c’est pourquoi il n’avait pas opté pour une tenue plus chaude. Au lieu de resserrer les pans de sa cape qui le maintenait au chaud, il la dénoua et la passa autour du corps frêle de la jeune demoiselle. Achille se contrefichait de sa nature, qu’elle soit truande ou pas, il se montrait bienveillant avec elle.

— Tenez, déclara Achille, elle vous sera plus utile qu’à moi.

Ils étaient seuls au monde dans cette église, cernés par le froid qui s’amplifiait toujours. À présent de la buée sortait de leurs bouches quand ils respiraient.

— Venez vous réchauffer auprès des cierges, vous aurez moins froid !, suggéra-t-il.

Il lui tendit la main et voyant qu’elle hésitait, il lui assura que tout irait bien, que rien ne lui arriverait et qu’elle pouvait lui faire confiance. D’un signe de tête, elle accepta et il se rapprocha des cierges, la main de la truande dans la sienne. Protégés par le halo lumineux, ils ne sombrèrent pas comme le reste de l’église dans les ténèbres. La truande dont les lignes nettes du visage se découpaient dans l’obscurité semblait être absorbée par les flammes dansantes des bougies. Puis, sortant de sa torpeur, elle le regarda l’air songeur et sourit, ravie.

— Achille, je m’appelle Achille de Montaron., se présenta-t-il.

La question qui lui brûlait les lèvres, était-ce le bon moment pour la lui poser ? *Oui*, pensait-il. Il se lança, profitant de la situation.

— Vos yeux m’intriguent beaucoup, je les trouve fort beaux !

Intimité, il avait sorti, non pas une question, mais une révélation qui le mit mal à l’aise.


made by ℬlue ℐⅴy


Dernière édition par Achille de Montaron le Mar 10 Déc - 12:07, édité 1 fois
avatar
Invité
Invité


Jeu 24 Oct - 13:22

Laura ne s'était pas attendue à ce que le mousquetaire réponde à ses interrogations concernant sa présence en ces lieux. Qui sait ce que cette malheureuse pourrait aller raconter, ou pourrait faire en obtenant les informations qu'elle recherchait. En fin de compte, savoir le pourquoi du comment ne l'intéressait guère vraiment, mais une chose était sûre : il cachait bien quelque chose. Et cette même chose se cachait dans le confessionnal en cet instant même. Comme quoi, finalement, elle avait réussi à mettre le doigt sur quelque chose en contournant plus ou moins la question. Que ce jeune soit rassurée, elle n'en dirait rien. Non seulement car cela ne lui apportera pas grand-chose, mais également parce qu'il n'était pas dans sa nature de se mêler des affaires des autres. Plus loin elle s'en trouvait, mieux c'était, et les problèmes étaient ainsi écartés. Surtout lorsqu'il s'agissait d'un mousquetaire pouvant l'arrêter d'un instant à l'autre ! Et finir ses jours au fin fond d'un geôle humide et froide ne faisait pas partie des perspectives d'avenir de la voleuse, préférant imaginer une fin beaucoup plus douce, dans un lit, paisible... C'est pourquoi elle ne chercha pas à en apprendre plus sur les raisons de sa venue dans cette grande bâtisse.

-Bien... Alors, je vais en rester là. Dit-elle malicieusement en se mettant un instant sur la pointe des pieds, pour redescendre tout aussi vite.

Elle n'était peut-être pas la femme possédant le plus de jugeote, mais la demoiselle avait un très bon instinct de conservation. Elle connaissait les limites à certaines choses, et savait donc quand il fallait arrêter de jouer à la plus maligne avec d'autres. C'était notamment le cas ici. Si Laura venait à insister davantage, le mousquetaire serait sans nul doute bien vite agacer, et au mieux la ficherait hors de ces murs, au pire ferait ce qu'elle craignait depuis qu'elle avait croisé son regard. C'est pour cette raison qu'elle décida de rester un minimum sage, ou du monde moins de rester à sa place. Certes, énerver et ridiculiser les gens était une activité à laquelle elle s'adonnait de temps à autres, lorsque le coeur lui en disait... Mais aujourd'hui, elle n'avait pas envie de jouer avec le feu. Yvan ne savait pas où elle se trouvait en ce moment-même, et il y avait à parier qu'il serait plus inquiet que jamais en ne la voyant pas revenir. Les deux jeunes gens étaient inséparables depuis toujours, et ce encore plus depuis la disparition de leur jeune soeur Fanny. S'il venait à arriver quelque chose à l'un, l'autre n'y survivrait sans doute pas... Ils n'avaient pourtant ni le même nom, et encore moins le même sang, mais cette complicité était née entre eux depuis l'arrivée de Laura au sein de cette famille, et elle ne cessait de grandir de jour en jour. C'était un lien fort duquel elle ne voudrait pour rien au monde se détacher, tellement elle en avait besoin pour continuer. Ils se complétaient, s'assembler pour ne faire qu'un à chaque instant de la journée... Non. Imaginer un jour sans lui serait insupportable à ses yeux.

La truande avait froid, c'est vrai. Elle ne s'en plaignait néanmoins pas, d'où sa surprise en sentant le tissu, formant la cape de son interlocuteur, caresser la peau nue de ses bras. Sur... Elle ? Laura le regarda tout d'abord avec hésitation, comme si elle avait du mal à comprendre son geste. C'était... Tellement aimable. Et peu commode ! Elle n'avait rien fait pour engager une telle bienveillance de sa part, mais pour tout vous dire, elle ne la rejeta pas, et au contraire l'accueillie à bras ouverts.

Timidement, et ce bien plus qu'elle ne voulait le montrer, la jeune femme mit sa main dans celle du dénommé Achille et s'approcha de la rangée de cierge, étalée devant eux. Tout aussi hésitante, elle lui sourit, de manière à faire rayonner un peu plus son visage, qu'elle tourna vers lui.


-Laura. Dit-elle tout simplement, une fois qu'il eut fini de se présenter.

Ses yeux... C'était donc cela qui perturbait autant cet homme ? Son sourire s'accentua encore un plus, tandis qu'elle lâcha sa main pour serrer un peu plus la cape autour d'elle.


-Merci. Mais en quoi ils vous intriguent ? En avez-vous jamais vu avant ?
avatar
Il faut manger pour vivre
&Voler pour manger
Il faut manger pour vivre  &Voler pour manger
Titre/Métier : Voleuse de son état, arnaqueuse et menteuse à temps partiel.
Billets envoyés : 370
Situation : Célibataire.

Voir le profil de l'utilisateur

Ven 25 Oct - 13:53





LAURA & ACHILLE ;



Celle que les nobles appelleraient "la sauvageonne" avait un nom. Laura. Un nom pourtant pas banal pour une fille des rues. Non pas qu'Achille la voyait ainsi mais en général les filles comme Laura s'abonnaient à ce genre d'activité. Donner son corps équivalait pour elles à quelques écus d'argent, le montant pouvait varier d'un client à l'autre selon son rang social. Ces petites pièces de monnaie leur permettaient néanmoins de rallonger leur courte existence en achetant de maigres portions de nourriture mais ce n'était guère suffisant et c'est pourquoi elles ne s'arrêtaient pas là, elles continuaient et refaisaient toujours et encore les mêmes choses. Afin d'amasser le plus d'argent possible. Il s'agissait à leurs yeux d'un travail assez contraignant et déplaisant. Oui ces parties de jambes en l'air n'étaient de toute façon plus réjouissantes à la longue. Mais ce travail représentait leur ultime survie. Sinon elles mourraient et personne ne viendrait se recueillir sur leurs tombes (ce qui est improbable car elles seront jetées à la fosse commune), personne pour se rappeler d'elles. Les oubliées de la société, voilà ce qu'elles étaient... Elles n'avaient pas de famille, rien, soit elles avaient tout perdu antérieurement, soit elles étaient nées dans ce milieu où leurs mères vivaient déjà. Ah ! La nature ne les avait vraiment pas gâtées, contrairement aux nobles dont certains trouvaient du plaisir avec elles.

Laura. Le jeune mousquetaire répétait inlassablement ce nom dans sa tête. Laura. Voilà un nom bien singulier. Il la regarda sous un nouvel œil et se questionna à son sujet. Cette fille l'intriguait beaucoup pour la simple et bonne raison qu'elle ne lui était pas étrangère. Tout avait commencé avec ses yeux, déclencheurs d'une vague de questions sans réponses. Achille se demandait si elle n'avait pas vécu toute sa vie en tant que truande. Avait-elle connu ses parents ? S'ils étaient comme elle, alors peut-être avaient-ils été arrêtés alors qu'elle n'était qu'une enfant et qu'ils pourrissaient maintenant en prison sans qu'elle le sache. Non, il lisait trop de tragédies. Peut-être qu'elle ne les avait jamais connus car ils seraient morts jeunes alors qu'elle n'était qu'encore un pauvre nourrisson. Non, ça non plus. Il se creusa la tête et ne se rendit pas compte qu'il faisait une grimace avec son nez, cherchant désespérément pourquoi ses yeux l'obsédaient autant. Il soupira sans qu'elle l'entende et sa grimace disparut. Reportant son regard scrutateur sur Laura, il se rappela qu'elle avait la peau un poil plus clair que tous les truands réunis. Comme si elle n'en était pas originaire. Achille dirait plutôt qu'elle était issue du peuple, de la bourgeoisie par exemple. Cela expliquerait son teint et son nom, plus populaire chez ces gens-là mais tout le monde pouvait s’appeler Laura alors l'argument n'était pas fondé. De plus, il ne connaissait pas son histoire donc bon. Bien qu’elle passait des heures entières au soleil, sa peau ne brunissait pas aussi fortement que les truands mais avec la couche de crasse qui la recouvrait, ceux qui ne faisaient pas attention n’y voyaient que du feu. Ce détail infime constituait une preuve sur ses origines, qu’elle n’était pas née truande. Achille voulut s’asseoir, son esprit était embrouillé et il tentait de comprendre le pourquoi du comment ces questions étaient venues ? À cause de ses yeux bien sûr !

La jeune Laura souriait à Achille et il fit de même en retour. Déterminé à percer le mystère de ses yeux bleus, il maudissait sa mémoire qui lui faisait cruellement défaut. N’oubliant pas sa mission initiale, il se risqua un coup d’œil vers le confessionnal, la noble ne l’avait toujours pas quitté. Ses derniers dires le prirent au dépourvu.

— Non mademoiselle, enfin si !, s’exclama Achille.

Il prit une pause, ne sachant comment aborder le sujet dans la suite comme il l’entendait. Laura pourrait le croire fou ou idiot alors il avoua tout.

— Ne soyez pas surprise par ce que je vais vous dire…

Il vit que Laura le regardait bizarrement alors il se dépêcha de finir sa phrase.

— Eh bien si vos yeux m’intriguent beaucoup, c’est que je les ai déjà vus ailleurs et sur une autre personne. Ce n’était pas vous, j’en suis certain mais… je peux déjà vous assurer que vous avez les mêmes et je ne pense pas qu’il s’agit d’une coïncidence…

Un petit cri l’arrêta, il venait de se souvenir d’une chose que la personne aux mêmes yeux lui avait confiée et qu’il avait oubliée sitôt. Tout s’assemblait maintenant comme sur un puzzle.


made by ℬlue ℐⅴy


Dernière édition par Achille de Montaron le Mar 10 Déc - 12:03, édité 1 fois
avatar
Invité
Invité


Mar 26 Nov - 15:23

A quoi pouvait-il donc penser, lui le mousquetaire semblant si noble et distingué, face à la bougresse crasseuse et sans importance que représentait Laura ? Lui qui se montrait si charmant et si « intéressé » par là, ne jouait-il pas la carte de la manipulation pour la mettre en confiance, pour ensuite pouvoir lui attacher ces lourds anneaux de fer aux poignets.... ? Ou peut-être qu'il la prenait le plus simplement du monde pour une de ces femmes de peu de vertu donnant leur corps, à qui en voulait bien, contre un petit pécule. Cela ne serait pas la première fois qu'on prenait la demoiselle pour une prostituée, après tout son joli petit minois et ses vêtements de piètre qualité lui en donnait tout l'air. Seul son apparence physique venait gâché les mauvaises pensées de certains quidams. En effet, Laura ne prenait pas aussi soin d'elle que ces femmes, car n'en ayant pas les moyens, mais aussi parce qu'elle ne s'en inquiétait pas. Maquillée ou non, ce n'est pas ça qui changerait grand-chose à qui elle était. Et pour tout vous dire, elle ne savait même pas comment faire... Alors, peut importe ce à quoi pouvait penser le dénommé Achille, elle espérait simplement que cette entrevue ce termine au mieux et surtout pour sa propre personne, qui n'avait pas envie de finir le restant de ses jours en les murs froids et lugubres d'une prison.

Un vent frais, provenant sans doute de la porte entre-baillée de la grande bâtisse, arriva jusqu'à eux, faisant valser la flamme des bougies disposées le long du couloir où ils se trouvaient. Le sifflement qu'il produit en passant dans les ouvertures des grandes tours imposa un petit côté inquiétant, qui aurait somme toute inquiété la voleuse si elle s'était retrouvée seule dans l'église. Un frisson la parcourut, ajoutant un peu plus de froid à son corps déjà très peu chaud, et l'obligeant à s'emmitoufler un peu plus dans la veste prêtée par la mousquetaire. Ce dernier semblait tellement... Perdu ? Excité ? Elle ne saurait dire avec exactitude ce qui se dégageait du noble. Une chose était néanmoins sûre : quelque chose chez Laura le perturbait. Son visage le démontrait parfaitement, et le fait qu'il soit confus tout autant. Tout ça à cause de simples yeux bleus ? Cela paraissait irréel, presque fou ! Qu'il se mette dans un état proche de l'épilepsie en la trouvant belle, c'était tout à fait compréhensif, mais être ainsi troublé uniquement par des yeux... ! Elle ne le prit pas pour un fou, du moins pas en priorité. En fait, il l'intriguait tout autant. La jeune Zirrafon était loin d'être la seule femme de Paris et même du bas peuple à avoir ces yeux, comme cela avait été sans doute déjà dit. Alors, pourquoi Achille faisait-il donc une fixation là-dessus ?

Ses yeux se plissèrent, tandis qu'ils se posèrent sur le visage du mousquetaire dans un air d'incompréhension absolu. Les mêmes yeux ? Les mêmes yeux que qui ? Mise à part son père, ou même sa mère, il était quasiment impossible qu'une autre personne ait le même regard qu'elle. Les mots s'entre-choquèrent contre ses lèvres, sans qu'elle n'eut le temps de les prononcer, le petit cris poussé par Achille la stoppant dans son élan.


-Que... Quoi ? Lança-t-elle, peut-être un peu trop fort pour le lieu où ils se trouvaient, car l'écho de sa voix commença à se balader de mur en mur.

Laura se rendit très vite compte de son erreur, mais ne la releva pas, bien trop intrigué par ce que venait de dire son interlocuteur.


-Qui était cette personne ?

Elle le fixait droit dans les yeux, non pas de façon menaçante, mais plutôt de manière stressée et... troublée. Tout comme lui.
avatar
Il faut manger pour vivre
&Voler pour manger
Il faut manger pour vivre  &Voler pour manger
Titre/Métier : Voleuse de son état, arnaqueuse et menteuse à temps partiel.
Billets envoyés : 370
Situation : Célibataire.

Voir le profil de l'utilisateur

Mar 10 Déc - 11:59





LAURA & ACHILLE ;



Non il ne pouvait pas. Il ne devait absolument pas lui révéler la source de ses yeux bleus. Il avait promis. Mais à qui ? Telle était la question. Achille ne tarda pas à se sentir gêné, il se retrouvait dans une situation délicate. En effet, il devait à la fois garder secret l’origine des yeux de Laura et la raison de sa présence ici dans l’église à cette heure tardive. Deux choses qu’il ne devrait pas dire à Laura, ce serait très imprudent. De plus, elle n’était pas n’importe qui, une truande que le jeune mousquetaire venait de rencontrer... Était-elle digne de confiance ? Il ne le savait point et puis même si elle avait été une personne de confiance, il ne lui aurait pas non plus tout divulgué. Non Achille restait sur ses positions, il avait promis à l’une autant qu’à l’autre ; une promesse, c’était une promesse. En même temps, parler avec la truande tout en guettant le confessionnal dans lequel se trouvait la noble n’était pas chose aisée. Il fallait être constamment sur ses gardes et cela épuisait vite les dernières énergies qui restaient encore au jeune mousquetaire. Achille ressentait le besoin de dormir, il aurait bien voulu s’allonger là au ras du sol, accolé aux cierges qui le réchaufferaient toute la nuit. Un désir vain malheureusement. Sa bouche s’entrouvrit légèrement, il bâillait. Puis se reprit. Quelle soirée !

Ah ça ! On peut le dire. C’était délicat puisqu’Achille n’était pas en mission officielle mais en mission secrète, il venait ici dans le but d’escorter la noble qui se trouvait actuellement dans le confessionnal. Des missions comme ça, il en avait déjà eu donc il n’avait rien à craindre. Celle-là aurait fait partie des autres missions si la présence de la truande ne le mettait pas dans l’embarras et en plus, ses yeux n’arrangeaient rien. C’est pourquoi il était à la fois troublé et quelque peu gêné. Et il ne se sentait pas non plus rassuré, de peur de mener à mal sa mission. Il eut la soudaine impression de ne plus avoir la situation bien en main et prit peur une seconde.

*C’est sûrement la fatigue...*, se mit-il à penser.

Balançant d’un revers de la main ses craintes infondées, il repensa à la personne aux mêmes yeux que Laura. Il se souvenait maintenant combien ils pouvaient être envoûtants et vous happer au premier regard. Les yeux, d’un bleu luisant, voulaient tout dire, tellement ils étaient profonds qu’on pouvait entrevoir le fond et vivre un incroyable voyage. Achille était transporté rien qu’en y plongeant le regard. D’abord le flot des vagues se déversant sur une plage humaine, le contour des yeux, puis plus loin, par-delà les grandes mers, les contrées lointaines où l’espace était plus bleu et plus profond. Cette avalanche d’eau bleue procurait au jeune mousquetaire de nouvelles sensations, l’impression de se désaltérer dans l’eau d’une source. Ce périple étonna le soldat, il ne se savait pas si imaginatif. Disons qu’il ait été inspiré, les grands voyages l’avaient toujours fasciné, comme les immenses voiliers qu’il retrouvait gravés dans les livres maritimes que possédait son père. Mais il préférait les armes et refusait d’emmener Achille voir les bateaux. Pour une raison qu’il ignorait toujours et c’était bien déplorant.

Il faillit s’endormir en fermant ses yeux mais fort heureusement que la voix un peu trop vive de Laura le tira de sa torpeur. Instinctivement, il leva la tête en direction du confessionnal pour y jeter un rapide coup d’œil rapide avant de revenir au visage crasseux de Laura. Si on lui enlevait toute cette crasse qui semblait s’accumuler sur la peau de son visage, il s’avérerait alors d’une grâce incomparable, surtout avec ses yeux bleu océan. Il ne fit aucune mimique qui le trahirait quand elle lui demandait qui était cette personne. Tout de suite, il lui répondit en chuchotant. Pas question de rester sur le même sujet de conversation.

— Chut ! Vous allez avoir des problèmes avec le prê...

Tout se passa très vite. Il était trop tard pour qu’il finisse sa phrase car il la projeta soudain sur le côté, l’entraînant avec lui derrière un pilier, et se plaqua contre elle, la main à sa bouche. L’autre main faisait un chut sur la sienne. Il lui intima de ne pas bouger, de ne laisser sortir aucun son avec son chut et sa main plaqué contre sa bouche. Il était très collé à elle et son visage s’approchait dangereusement du sien. Il espéra fortement qu’elle lui pardonnerait son geste fort déplacé, en tout cas pour un chevalier comme lui, oui. Il ne connaissait pas le point de vue de la truande. Peut-être pensait-elle différemment... Bref, il était si collé à elle qu’il la pria de rester immobile. Quoi qu’il en fût, ils devaient restés cachés tous deux derrière ce pilier. Pourquoi ?

La voix de la noble s’éleva tout d’un coup, emplissant toute l’église :

— Chevalier, où êtes-vous ?

Aïe. Sa confession finie, elle sortait du confessionnal au moment où Achille poussait Laura derrière le pilier pour se cacher d’elle. Malgré l’absence de colère dans sa voix, Achille préférait ne pas être vu en compagnie de Laura, qui plus est, était une truande. Il l’entendit marcher le long de la nef latérale et l’appeler une seconde fois, plus bas cette fois, comme si elle s’inquiétait. Craignait-elle qu’il ait disparu ? Qu’il l’ait abandonnée ici à l’église ? Non il était toujours là mais la connaissant, il savait combien elle comptait énormément sur lui donc il n’allait pas rester longtemps derrière ce pilier où il était caché, avec la truande collée à lui ou plutôt lui collé à elle… C’était involontaire bien sûr mais il la sauvait d’une certaine vie où elle n’aurait pas survécu. En effet, si la noble l’avait surpris avec elle, elle lui demanderait de l’arrêter pour une raison qu’elle trouverait et il serait obligé de lui obéir. Il était dommage de devoir obéir à ces gens privilégiés mais la société avait décidé que c’était comme ça. Emprisonnée, Laura aurait pu être envoyée en Nouvelle-France épouser un de leurs habitants. Il était capital pour Sa Majesté de peupler les colonies françaises, aussitôt il y envoya ses pupilles. Cependant, il n’y avait pas qu’elles, des prostituées, des truandes étaient aussi envoyées en pâture là-bas. Certaines devenaient même esclaves. Mais c’était exceptionnel. Par contre, leur nombre était réduit à l’arrivée qu’au départ. Certaines mouraient effectivement durant le long voyage, le bateau empestant les maladies les plus inimaginables. Comment Laura pourrait y survivre ? Peut-être qu’elle mourrait en cours de trajet, son cadavre alors jetée à la mer… La pire des solutions qui puisse arriver à la truande si elle se faisait attrapée par la noble. Or Achille l’avait mise hors de danger, donc elle pouvait lui remercier. Mais elle l’ignorait encore.

Achille entendit la noble geindre. S’il n’allait pas sortir aussitôt de sa cachette, elle serait gagnée par l’inquiétude. Il se pencha à l’oreille de Laura, humant au passage son odeur corporelle. Il se surprit de l’apprécier alors qu’elle empestait un peu. Mais au fond, elle sentait très légèrement le cédrat. Avait-elle passé ce fruit à son cou ? Il n’était sûr de rien mais cela s’y rapprochait. Ce parfum, subtil et discret, lui rappelait la personne aux mêmes yeux et comme Achille savait de nature le lien qui unissait ces deux personnes, il n’était guère étonnant pour le jeune soldat que Laura partageait la même essence corporelle qu’elle. Et il ne dirait pas qui elle était par rapport à Laura. C’était top secret. Le mousquetaire n’osa pas revenir en arrière pour humer une seconde fois l’odeur qui l’avait auparavant saisi aux narines et arriva à son oreille. Il souffla dessus.

— Chut ! Je ne vous veux aucun mal, juste restez calme. Si je vous ai fait mal, j’espère qu’un jour vous me pardonnerez. Ce n’était pas dans mon intention… Je vous ai sauvé d’une chose que vous n’auriez sans doute pas aimé, alors je vous en prie pardonnez-moi. Nous nous reverrons, j’en suis sûr…

Avant de lui laisser le temps de répondre, il s’extirpa de sa cachette et fit semblant de courir vers la noble qui avait le dos tourné. Il sortit un mensonge lorsqu'elle se retourna :

— Désolé Madame, je poursuivais un voleur qui lorgnait sur les reliques de l’église et j’ai manqué votre sortie…

Elle le coupa net, à la fois fâchée et rassurée, et le tapota à l’épaule.

— Monsieur de Montaron, je me faisais un sang d’encre à votre sujet. Je vous croyais envolé mais vous revoilà et vous m’en voyez pleinement soulagée… Rentrons au château, voulez-vous ? J’ai terminé.

— Avec plaisir Madame et je vous prie de m’excuser, j’ai failli à ma mi…

— Non chevalier, ne vous excusez pas ! Je vous suis bien redevable de m’avoir accompagné jusqu’ici.

Elle sourit en coin avant de reprendre son sérieux.

— Allons-y !

Ils sortirent du bas-côté pour entrer dans la longue et haute nef centrale. Ils traversèrent une rangée de chaises avant de bifurquer à gauche, vers la sortie. Devant la porte, elle l’arrêta d’une main :

— Où est votre cape chevalier ?

*Ah merde*, se dit Achille. Il l’avait laissée sur les épaules de Laura. Aussitôt il prit un air innocent.

— J’ai dû l’avoir perdue en poursuivant le voleur.

La noble acquiesça de la tête, comme pour dire qu’elle avait compris le message.

— Je vois… L’avez-vous attrapé ?, demanda-t-elle subitement.

Achille n’aimait pas les mensonges et regretta déjà son voleur imaginaire.

— Non Madame, il a été plus rapide que moi. Et… je ne pouvais pas aller très loin, je devais rester près de vous.

La noble le croyait et il en fut apaisé. Elle rabattit le capuchon de sa cape sur la tête et Achille fit de même avec son chapeau. Avant de sortir, elle le stoppa une nouvelle fois :

— Pas un mot de ce qui s’est passé ce soir, je vous fais confiance Achille.

Il était rare qu’elle l’appelât par son prénom. Cela prouvait qu’elle lui faisait entièrement confiance. Elle tenait fermement à ce qu’il garde à jamais le secret de sa venue ici à l’église pour confesser un certain ébat dont elle n’était pas fière… La lourde porte de bois grinça quelque peu au début et la noble se faufila dehors par l’ouverture. Avant de la rejoindre, il tourna sa tête vers le pilier où il s'était caché avec la truande. Puis il sortit dans la nuit noire.


made by ℬlue ℐⅴy
avatar
Invité
Invité


Ven 20 Déc - 13:17

Laura n'eut pas le temps de bien se rendre compte de ce qu'il se passait. Tout se passa si vite... Bien trop vite. Elle était restée bloquée sur la semi-révélation du mousquetaire, à savoir le fait qu'il connaisse une personne aillant les mêmes yeux qu'elle. Cette simple idée lui tournait encore et encore dans la tête, tandis que milles et unes hypothèses se créaient dans son esprit. La première chose à laquelle la demoiselle pensa fut bien évidemment sa mère. Il était impossible de calculer avec exactitude le nombre de fois où elle se l'était imaginée... Grand, petite, les cheveux bruns ou blonds, ses yeux comme les siens ou d'une toute autre couleur... Il en avait été de même pour son père. Est-ce qu'elle lui ressemblait plus ? Peut-être était-ce son géniteur qu'Achille avait déjà rencontré ? Etait-il aussi un mousquetaire ? Ou bien un noble qui aurait demandé ses services, comme cela semblait être le cas ce soir ? Tout se mélangeait et s'embrouillait, au point d'en avoir un mal de crâne affreux. Mais elle n'eut pas le temps de remettre de l'ordre dans son esprit perturbé, que déjà sa rencontre du soir la plaqua contre le pilier le plus proche en posant sa main sur sa bouche pour l'empêcher de sortir le moindre mot. Ce geste si soudain perturba encore plus la jeune femme, qui ne comprit pas pourquoi il la cachait ainsi. Cette interrogation pouvait être lisiblement vue dans le regard qu'elle lui lança, à la fois surprit et méfiant. Qu'avaient-ils à craindre ici ? La réponse à cette question lui fut rapidement donnée.

En effet, la voix de la noble sortant du confessionnal venait de retentir dans l'église, résonnant et rebondissant sur chaque mur de pierres. Subrepticement, Laura tourna son regard pour tenter de l'apercevoir, mais elle se trouvait de l'autre côté du pilier, là où le duo ne pouvait pas l'avoir, et inversement. Pourtant, seule le tout puissant savait à quel point connaître l'identité de cette noble brûlait en elle, ainsi que savoir de quoi retournait tout ce mystère autour d'un simple confessionnal Tout bon chrétien, autant qu'il pouvait en exister, se rendait un jour ou l'autre dans ce genre d'édifice, afin de se repentir de tous leurs pêchés... Il n'y avait en cela rien d'impressionnant ou même d'étrange. Personne n'est parfait, et le plus saint et sage homme vivant sur terre arrivait toujours à se trouver des défauts sur sa conduite, du moins des défauts assez graves méritant le pardon du grand seigneur. Une parole mal placée, une pensée brève, mais mauvaise, ou juste un simple regard... On arrivait toujours à trouver quelque chose vous faisant passer pour un suppôt de Satan. La voleuse avait bien des choses en vingt-deux ans de vie, des choses qu'elle ne regrettait pas, mais dont elle n'était pas forcément très fière. Ses mensonges et ses cachotteries à son frère lorsqu'elle s'absentait pour rejoindre Grégoire était sans nul doute la chose qui pesait le plus sur ses épaules, et qui la rongeait de jour en jour. Néanmoins, elle ne serait pas prête de révéler cette partie de son quotidien à qui que ce soit, pas même au Créateur. La honte qui pesait d'ores et déjà sur ses épaules n'en serait que plus grande. Il viendra toutefois un jour où ce lourd secret sera révélé au grand jour, que ce soit volontairement ou non. Si elle sera préparée à ce nouveau tournent et aux regards écoeurés posés sur elle ? Pas même elle ne saurait le dire.

Quand elle tourna son visage pour reporter une nouvelle ses yeux sur Achille, Laura ne s'était pas attendue à ce qu'il soit aussi proche d'elle. A vrai dire, elle en eut presque peur et trembla légèrement en sentant son souffle contre son oreille. Il s'agissait d'un mousquetaire, d'un représentant de l'ordre qui pouvait à tout moment l'arrêter et la réduire à l'état de poussière, ne serait-ce que pour impressionner la dame de l'autre côté. Mais elle l'écouta, silencieuse et calme, et avant même qu'elle n'ait pu réagir, le jeune se décolla d'elle pour aller rejoindre la noble.

Il fallut quelques secondes à la voleuse pour reprendre complètement ses esprits et réfléchir avant de faire quelque chose qui pourrait lui coûter la vie. Elle inspira profondément, reprenant un souffle normal et discret, avant de se cogner, sans se faire mal, la tête contre le pilier. Elle se retourna, restant toujours aussi cachée par le pilier, et observa l'échange entre les deux personnes. La femme était toujours de dos, empêchant toujours la truande de la voir de visage. Tant pis, il faudra qu'elle se résout à cette énigme. Tandis qu'ils se dirigeaient vers la sortie, elle se déplaça à pas de souris vers un autre pilier, puis un troisième, avant de se cacher complètement derrière ce dernier, quand le mousquetaire tourna une dernière fois le regard là où il les avait cachés. Non, non, non, elle ne pouvait pas le laisser partir ainsi, alors que tant de choses la troublait ! C'était tellement criminel de sa part, de fuir... L'évocation de la cape lui donna alors une idée. Peut-être lui en voudra-t-il, et peut-être était-ce risqué de sa part... Mais elle avait besoin de savoir, et si cela se trouvait, la personne qu'il accompagnait n'était autre que... Sa mère ? Non, c'était ridicule. Quoi qu'il en soit, cela ne l'empêcha pas de se précipiter vers la sortie en enleva le vêtement du jeune homme.


-Monsieur !! Cria-t-elle à son intention en sortant de l'édifice pour s'engouffrer dans la nuit noire.

Laura ne ressentit pas la différence de température qu'il pouvait y avoir entre l'extérieur et l'intérieur, et pour tout vous dire, cela ne l'intéressait aucunement.


-Vous avez laissé tomber votre cape par terre tout à l'heure, je suis venue vous la rendre.
avatar
Il faut manger pour vivre
&Voler pour manger
Il faut manger pour vivre  &Voler pour manger
Titre/Métier : Voleuse de son état, arnaqueuse et menteuse à temps partiel.
Billets envoyés : 370
Situation : Célibataire.

Voir le profil de l'utilisateur

Lun 30 Déc - 18:01





LAURA & ACHILLE ;



La nuit, les ténèbres avaient pris possession des rues, même les plus tortueuses, de la capitale. Seules les grandes artères étaient illuminées et luttaient vaillamment contre cette vague obscure qui revenait sans cesse après chaque coucher de soleil et qui repartait aussitôt le lendemain à l’aube. Les rues baignant dans l’obscurité, il n’y avait aucune crainte à les traverser si l’on était bien camouflé, à l’abri du danger que suscitaient les voleurs et les tueurs, ou en étant armé d’une source de lumière, néanmoins faible, de type lanterne. Une torche de préférence si l’on était plusieurs. Cependant il existait une autre source de lumière, plus sûre pour déjouer les ténèbres et désarmer les brigands et les éventuels assassins qui couraient les rues la nuit, la lune. Ce soir, elle était pleine et guidait Achille et la noble dans le dédale des rues parisiennes. À sa sortie de l’église, le mousquetaire avait remarqué le changement radical d’atmosphère. Les rues n’étaient plus aussi animées que lorsqu’ils étaient entrés dans l’édifice religieux, et les mendiants qui demandaient auparavant l’aumône à l’entrée étaient désormais couchés, au même endroit. Tout Paris somnolait et s’enfonçait plus profondément dans les ténèbres. Le ciel obscur, couvert de nuages, obstruait le passage à la lune qui, ronde et éblouissante, les faisait écarter afin de veiller tel un berger avec ses moutons sur la ville et de l’envelopper dans une aura protectrice, délivrant ainsi les gens encore éveillés du caractère impétueux de la nuit.

En sortant, Achille avait frissonné car l’air s’avérait plus glacial dehors qu’à l’intérieur. Ses vêtements le tenaient au chaud certes mais sans sa cape, il avait une couche de tissu en moins et grelottait donc plus facilement sous le froid nocturne. En revanche, il ne regretta pas de l’avoir "perdue" puisqu’elle servirait beaucoup plus à Laura qu’à lui. Lui était plus chaudement vêtu et ne souffrait pas du froid alors qu’elle, oui. Dans l’armée, alors qu’il n’était encore qu’un jeune soldat, il avait dû se mesurer aux grands froids des hivers continentaux quand il y partait combattre. Là-bas, dans ces terres, le froid vous transperçait comme des pics de glace à travers les uniformes que portaient Achille et bon nombre de ses compagnons et qui étaient bien trop légers et non taillés pour les protéger de ce froid. Le mousquetaire avait vu certains d’entre eux y succomber. Bien qu’il sache maintenant comment le braver puisqu’il en avait fait l’expérience, il ne pouvait rien contre les plus démunis, du genre de Laura qui n’avait sur elle que de maigres couches de vêtements. Il supposa que ces gens-là s’en sortaient à leur manière comme il s’en était sorti avec la sienne. En effet, le seul moyen de supporter le froid était de se raccrocher à ce qui vous retenait à la vie. Dans le cas d’Achille, c’était sa mère qui le sauvait. Il parvenait à rester en vie grâce à elle car elle représentait tout pour lui, elle était sa raison de vivre. Il en déduisit alors que ce serait la même chose pour les autres, qu’ils se raccrochaient aussi à quelque chose qui les maintenait toujours en vie. Même si certains optaient pour la mort. Elle serait une sorte de délivrance pour eux.

Dans les rues sombres, Achille et la noble filaient comme des ombres afin de rejoindre leurs montures avant de retourner à Saint-Germain et d’oublier leur excursion secrète dans Paris le lendemain matin. Guidant la noble avec lui, le soldat marchait d’un pas léger pour qu’elle puisse le suivre prudemment. Elle ne connaissait pas les rues de Paris donc toute sa confiance se reposait sur ses épaules. Il ne devait point la décevoir, les conséquences en seraient cruelles. Elle ne tolérait pas qu’on contredise ses ordres et encore moins qu’on abuse de sa confiance. Cependant, elle sut au fond d’elle-même et ce depuis sa rencontre avec le mousquetaire qu’il était un homme de parole. Elle pouvait donc entièrement compter sur lui. Il lui avait même assuré une discrétion absolue sur la mission de ce soir et qu’il la ramènerait saine et sauve au château. Elle n’était pas dupe concernant Paris et ne s’y aventurait jamais seule. Paris n’était pas sans danger, elle regorgeait dans ses tréfonds les esprits les plus torturés et les plus inimaginables. Comme toutes les capitales européennes d’ailleurs. Sans escorte, elle n’y irait pas, même de jour. C’est pourquoi elle avait emmené Achille ce soir. Pour se faire accompagner par un homme de confiance. Tels étaient ses critères.

Emmitouflée dans sa cape, elle marchait dans les pas d’Achille et s’arrêta soudain, manquant de lui rentrer dedans car il s’arrêtait aussi. Elle se dit tout de suite qu’il devait avoir une raison particulière à cela, de marquer un arrêt en pleine rue. Elle se rapprocha donc d’Achille, exigeant des explications. Il ne l’inquiéta pas davantage, il bafouillait un prétexte quelconque, comme quoi il vérifiait si la rue qu’ils venaient d’emprunter serait sans danger. En réalité, il s’était arrêté car il avait eu la désagréable impression d’être suivi. Il entendait des pas feutrés qui semblaient les suivre au loin. Il reprit la route mais en marchant plus vite cette fois. Il voulut quitter à tout prix cette ville avant qu’il ne soit trop tard. Cependant, il continuait son chemin dans l’obscurité avec la noble, ils ne devaient pas être vus. Ils arrivèrent rapidement à leurs montures qui les attendaient patiemment en broutant, les détachèrent et y montèrent sans plus tarder. Avant de repartir en direction du château, Achille vit ses craintes se réaliser. Il entendit quelqu’un accourir vers lui, l’arrêtant de sitôt. Que voulait cette personne ? Elle compromettait gravement la mission. Ils se mettaient en danger puisque personne ne devrait être au courant de leur venue à Paris ce soir-là. Pas même cette personne. Achille voulut partir immédiatement afin qu’elle ne reconnaisse pas leurs visages. Mais il s’aperçut très vite qu’elle ne lui était pas inconnue. Sa voix fit l’effet d’un déclic dans sa tête : Laura. C’était alors elle qui les suivait depuis l’église. Il ne s’était donc pas trompé tout à l’heure quand il se croyait être suivi.

Avant qu’elle n’apparaisse à lui, il vit la mâchoire de la noble se crisper. Il allait passer un sale quart d’heure avec elle s’il ne se débarrassait pas rapidement de la truande. À son expression, il comprit ce qu’il devait faire. La noble l’avait pris aussi parce qu’ils se comprenaient entre eux, même en étant muets. Après lui avoir fait comprendre ce qu’elle attendait de lui, elle rabaissa encore plus son capuchon, puis se détourna afin que la truande ne la voie pas. Elle resta ainsi cachée quand Laura entra dans le faisceau de lumière, démasquant son visage crasseux mais frêle qui avait été jusque-là enfoui dans l’ombre. Elle s’approcha du cheval d’Achille et lui ramena la cape  qu’elle avait "ramassée" dans la course-poursuite du prétendu voleur de calices. Comme la noble n’était pas loin, elle l’appelait « Monsieur », pour faire genre ils ne se connaissaient pas. Heureusement qu’elle avait suivi à la lettre son histoire de cape perdue sinon ils seraient foutus tous les deux si l’on apprenait à la noble qu’ils se connaissaient déjà. Il fallait cacher leur rencontre et rendre cette histoire de cape perdue crédible. Achille la remercia mentalement et fit mine de seulement la rencontrer. Il voulut dire quelque chose mais il la gratifia d’un :

— Merci mademoiselle.

En même temps, il savait que la noble s’impatientait. S’il tardait trop, il risquait d’avoir des problèmes alors il se dépêcha, il fallait faire vite. Il comprit également que Laura l’avait suivi dans le but de le revoir, elle ne tenait pas à être sans réponses sur le pourquoi du comment Achille était fasciné par ses yeux clairs. Si c’était cela, il lui donnerait alors un rendez-vous, pas pour tout de suite bien sûr. D’un geste de la main, il lui fit signe de se rapprocher de lui et se pencha à son oreille. Quelle chance que la noble s’était retournée pour cacher son identité car elle n’accepterait pas qu’Achille parle plus longtemps avec la truande et surtout de rester en sa compagnie. Le « merci mademoiselle » était amplement suffisant.

— Attendez-moi demain aux alentours de 18h près de l'église de la Madeleine, rue de la Ville l'Evêque, chuchota-t-il à Laura.

Il lui lança un merci silencieux pour la cape et partit sans plus attendre vers le château, la noble à ses trousses. Arrivés là-bas, elle ne fit aucun commentaire sur Laura, félicitant seulement le chevalier d’avoir agi comme il fallait. La mission de ce soir avait été une réussite et elle en fut ravie. Avant de monter dans ses appartements pour se coucher, elle rappela à Achille le caractère top secret de la mission, qu’il ne faudrait plus y revenir et que c’était terminé. Néanmoins, elle lui remercia chaleureusement de sa confiance et pour l’avoir accompagnée et lui souhaita une bonne nuit. Certes, Achille allait dormir comme un loir cette nuit mais n’oublia pas que demain la journée serait aussi chargée qu’aujourd’hui et qu’il avait un rendez-vous important qui l’attendait de pied ferme.


made by ℬlue ℐⅴy


THE END
avatar
Invité
Invité



Contenu sponsorisé

Miri it is while sumer ilast

Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Tentative d'exploration /Miri/
» Une petite idee de qui est Larry Summer/Mondialisation.ca
» Le papillon des étoiles
» DSC : De Summer à Constantinople.
» 06 - I had a dream .. || Abby Summer

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vexilla Regis :: Le grand divertissement :: Anciens Rp-