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 Dans l'ombre des arcades rôdent les louves [Melechia]- Terminé


Dim 4 Aoû - 11:17


    Il fallait bien se promener un peu quand même, dégourdir ces petites pattes alors qu'on était resté toute la nuit à refaire ce titre de noblesse pour ce futur faux Comte de M***. Et oui, même pour vous lecteur, Erwan a des petits secrets. Discrétion, discrétion, c'était le maître mot dans le métier et dans la vie en général. Survivre c'était une affaire de tact, de talent. Parfois ce talent était la force brute, fort bien. Dans d'autre cas c'était l'esprit. Il y en avait même qui cumulait les deux. Ceux-là étaient les plus dangereux, les plus enviés. Et fort heureusement pour vous, et peut-être pour lui, notre bon nain ne faisait pas parti de cette catégorie, même si parfois il aimait en donner l'impression en payant à prix modique quelques gros bras sans cervelle pour taper sur la tête des gens qui en avaient une.Bref, tout cela pour dire, qu'Erwan se promenait pour dégourdir ses jambes. Même petites, même torves et encombrantes il fallait en prendre soin un minimum. Et puis se promener... C'était le moyen idéal pour attraper au vol toutes les petites nouvelles de la Ville. Les nouvelles plus larges, du genre où était le Roi, que faisait le Duc de machin chose, mais aussi plus particulièrement qui couchaient avec qui dans le quartier, ou encore qui était en manque d'argent, qui recherchait un faussaire...Bah oui la promenade c'était le moment où Erwan cherchait des clients. Un peu comme la gueuse qu'il venait de croiser, mais pas pour le même service, Dieu merci. Quoiqu'il était plutôt pas trop mauvais dans le domaine, il s'y connaissait plutôt, il avait profiter de pas mal de chose avec l'argent de ses escroqueries et de ses faux. Argent qu'il trouvait dans la poche de ses clients plus ou moins fortunés, mais généralement déterminés. La promenade c'était capital pour le nain. C'était la chasse de l'or. Mi-Bottes était un alchimiste il transformait les clients et les informations en or pour son propre petit service. A chacun sa matière, le plomb c'était pour les fantaisistes.Mais pour chasser il fallait un terrain de chasse, giboyeux bien sûr, suffisamment grand pour regrouper un maximum de personnes, au carrefour pour la diversité, et aussi pour pouvoir avancer en se dissimulant un minimum. Un peu de mauvaise graine accompagné d'une aristocratie qui s’encanaillait volontiers. Le palais du Louvre était le lieu privilégié pour retrouver les loups. Le Louvre puait le loup, avait toujours pué. Le nain n'était pas le seul à connaître ce terrain de chasse. Les filles de joie s'y trouvaient nombreuses sous les arcades, sales, entre les échafaudage alpaguaient les maçon qui faisaient presque ce qu'il pouvaient pour ignorer l'appel de ces sirènes. Parfois les gens d'arme venaient et repoussaient les jeunes, ou moins jeunes, femmes. Il y avait aussi les colporteurs, et autres charlatans en tout genre. Le nain aimait bien écouter leur discours. Il trouvait cela très drôle, surtout quand ils arrivaient à convaincre un pauvre client. Parfois Erwan s'amusait à glisser la seule phrase qui brisait toute l'argumentation et jetait au sol la confiance difficilement acquise du client crédule. Il disparaissait ensuite dans la foule, petite voix malicieuse au milieu des grondements incessant.Le nain regarda le palais des Rois. Vide. Voilà longtemps que le Roi n'était plus venu ici. Et il ne lui en fallait pas beaucoup pour deviner que le Roi n'y reviendrait sans doute jamais. Mi-Bottes le comprenait. Jamais il ne serait lui aussi retourné dans une maison où on l'avait piégé. Et la Fronde avait été un souvenir douloureux pour le Roi. D'où son abandon du Palais-Royal où le peuple avait pénétré avec tant d'impudence. Le monarque l'avait laissé à son frère, qui lui avait stupidement accepté d'y rester.Il vola une pomme dans laquelle il mordit, marchant lentement un rien rêveur, un peu fatigué aussi. La nuit avait été longue il n'avait pas encore dormit. Mais il aimait se trouver dehors au lever du soleil. Même dans le froid. Il resserra les pans de sa cape de fourrure élimée, retourna près des arcades. Il voulait jeter un œil aux putes, faire un petit repérage personnel. Peut-être que ce soir ou plus tard il en aurait envie. Il fallait voir s'il y avait des nouvelles parmi celles qu'il connaissait déjà. Il les regardait de loin, enfin, à une distance respectable, si respectable peu s'appliquer dans ce genre de situation. Puis il reprit sa marche sautillante, goguenarde et moqueuse, continuant de mordre sa pomme. Il fallait savourer la vie, et Erwan mettait un point d'honneur à appliquer ce principe chaque jour durant.



Dernière édition par Erwan Mi-Botte le Jeu 6 Mar - 22:50, édité 1 fois
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Ven 13 Sep - 15:09

Melechia se passa la main dans les cheveux en regardant autour d’elle. Trouver un homme, elle savait faire. Trouver un brigand aussi. Elle avait même réussi à récupérer un gamin qui avait fui. Mais jamais elle n’avait eu à chercher un homme faisant la taille d’un enfant et étant truand de son état. Le Mi-botte avait une sacrée réputation. On le disait très intelligent, fourbe, rancunier et dans une certaine mesure honnête. Un homme avec un sens de l’honneur limité mais qui payait toujours ses dettes. Mais on disait aussi que lorsqu’il ne voulait pas être trouvé, ce qui lui arrivait assez régulièrement le Mi-Botte ne pouvait pas l’être.
La jeune fille poussa un soupir de lassitude et quitta la troisième cour des miracles qu’elle avait visités à la recherche du nain. Personne ne l’avait vu et personne ne s’en plaignait. La plupart des gens redoutait les piques et les moqueries d’Erwan. Fatiguée, Mel retourna dans les beaux quartiers parisiens. Elle venait de passer sa matinée dans les quartiers les plus puants de Paris et avait besoin de s’aérer le nez. D’après la jeune Ducatore, pour trouver l’un des repaires des mendiants de Paris il suffisait de suivre son odorat. Car les cours des miracles possédaient une odeur bien particulière mélange d’alcool bon marché, de crasses, de vomi et de merde. Un parfum des plus charmant que les habitués ne remarquaient presque plus mais dont les miasmes collaient rapidement des migraines terribles.

Une fois réfugiée dans le calme des colonnes de la galerie du Louvre, Melechia alla s’appuyer contre une colonne et regarda la foule qui passait sous ses yeux. Ce n’était pas comme ça qu’elle allait trouver sa proie mais au moins elle pouvait s’arrêter et se lamenter sur son sort. Par manque de réputation, donc de clients, donc de revenus, donc d’argent elle devait servir de commis à la Louison. Cela allait du service pour le « dîner » de clients importants, aux leçons d’écritures en passant par l’espionnage de la concurrence. Bref, que des réjouissances qui faisaient que la vie de Melechia ressemblait aux sermons du prêtre de la cour des miracles. Une longue suite d’évènements sans intérêts qui lui arrachaient des bâillements sonores.
Et cette mission ne faisait pas exception à la règle. Le Mi-Botte était un personnage incroyablement fascinant mais fouiller Paris de fond en comble, enfin surtout les combles, pour lui passer un message n’était pas vraiment intéressant. Tout en étudiant avec passion ses ongles, courts et sales, Melechia choisit de s’adonner à son jeu préféré. Elle se redressa et commença à déambuler tout en écoutant les rumeurs et en amassant les informations. Le vol chez Monsieur, frère du roi, était sur toutes les bouches. Comme tout le monde, la jeune voleuse était fascinée par cette histoire. Surtout qu’elle savait de source sûre, comprendre un homme se vantant auprès d’une pute, que le roi Thunes n’y était pour rien et était à peu près aussi fou de rage que le vrai roi. Aussi à la cour des miracles on se demandait si les responsables allaient finir dans les mains de la police royale ou des fidèles du maitre des lieux. Sachant que la seconde option risquait d’être nettement moins agréable. Mais ces ragots n’étaient pas les plus importants aux yeux de Mel. Découvrir qu’un vendeur de vêtements entretenait une relation adultérine avec sa voisine, ça c’était important. Plus scabreux mais nettement plus efficace pour aller loin dans la vie, que ce soit grâce au chantage ou à la revente d’information.

Tout en évoluant au milieu de la foule, Mel observait les vêtements et les manières de chacun pour deviner tout ce qu’elle pouvait sur eux. Alors qu’elle observait un homme dérobant sa bourse à une pauvre victime innocente elle percuta quelque chose de mou. De si mou que cela devait être un humain, de petite taille. Un enfant peut être. Puis elle baissa la tête et reconnut l’homme qui avait justifié son long périple. Un immense sourire naquit sur les lèvres de Melechia alors qu’elle s’exclamait :
« Maitre Erwan ! Quelle bonne surprise ! Figurez-vous que j’ai parcouru la moitié de la France et le tiers de Navarre à votre recherche. Bien évidemment, plus la tâche est ardue plus on a de plaisir à l’avoir accomplis ! Et vous trouver est une tâche particulièrement ardue. A ce propos j’espère ne pas vous avoir fait mal… Je suis vraiment confuse mais je n’ai pas pour habitude de regarder mes bottes en marchant. Il faut dire que c’est un spectacle relativement navrant lorsque l’on constate l’état du cuir. Il faut dire que leur précédent propriétaire n’en prenait pas soin. Il était palefrenier je crois, en tout cas c’était un désastre aux cartes. Je n’ai même pas eu besoin de tricher pour le battre. »
A ce moment, elle dût malheureusement s’arrêter de parler pour laisser passer la police qui courrait après le voleur de bourse.
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Mar 24 Sep - 14:29


    Le Palais des Loups, comme se plaisait à l'appeler Erwan, avait toujours été un lieu de rencontre, de diversité. Un lieu ou noble et gueux se mêlaient avec plus ou moins de discrétion. On observait sans voir, on voyait sans observer. Il était alors facile pour Mi-Botte de se fondre dans la masse, même si parfois il avait droit à quelques bousculades, des gens qui lui marchait sur les pieds... En général il les évitait sans problème. Le Nain se faufilait parmi les passants et se faisait oublier, passant pour un enfant dans sa grande cape dans laquelle il était emmitouflé jusqu'aux oreilles.
    Il réfléchissait, pensait et écoutait.
    Bien sûr que le vol du Palais Royal était sur toutes les lèvres. Un peu trop de lèvres à son goût mais c'était inévitable. Maintenant il essayait surtout de savoir ce qu'en pensait Grégoire, bien qu'il eut deviné dès le début de son plan que cela ne plairait pas au Maître des gueux. Il fallait avouer que pour une type qui habituellement restait d'une prudence exemplaire pour le coup avait laissé de côté pas mal de ses principes...
    Mais précisément qui irait se douter que le si prudent Mi-Botte aurait été mettre sa vie en danger pour quelque chose d'aussi téméraire que le vol du Palais Royal.
    C'était ce qui l'avait poussé à se lancer dans cette entreprise bonne pour les fous.
    Et il en était un magnifique spécimen.

    Il mangeait tranquillement sa pomme, écoutait attentivement. Il voulait savoir si son nom apparaissait d'une manière ou d'une autre, ou si le nom d'un de ses complices avait été pris dans le filet des rumeurs.
    Il fut satisfait d'entendre que ce n'était vraisemblablement pas le cas, retint un léger sourire en entendant que Pierre le Tisserand avait été découvert dans sa relation avec Rosemonde. Pauvre gars, son épouse allait lui tomber dessus le soir même s'il ne faisait pas plus attention.
    Il croqua encore dans sa pomme dérobée qui du coup avait le goût si doux de la gratuité.
    Son regard fut attiré par un mouvement infime mais qu'il reconnaissait facilement. Après tout entre gens de larcin... On se reconnaissait facilement.
    Et puis soudainement il rencontra un poteau... enfin un poteau qui marche. Enfin... Un gosse...
    Les sourcils froncés, il avait levé le menton pour regarder le gamin... la gamine, corrigea-t-il en voyant de plus près.
    Le furet...
    Qu'est-ce que lui voulait la Louison ? Il avait toujours été correct et avait toujours payé son dû. Alors pourquoi lui envoyer son animal de compagnie. Car il ne doutait pas un instant que la gamine ne venait pas pour ses propres affaires.
    Il l'observait de ses yeux bleus dérangeants et attendait, ce qui lui réussissait le plus souvent.
    Melechia Ducatore avait toujours eu une langue qui le surprenait même lui qui pourtant ne l'avais pas dans sa poche mais la langue du furet s'agitait le plus souvent pour ne rien dire, pour broder, pour détourner l'attention. Elle était rusée la gamine, Erwan le savait et l'avait remarqué déjà chez Louison.
    Il mangeait bruyamment sa pomme en la regardant, attendant de voir si elle allait lui dire la raison de sa venue. Ce dont il doutait fortement.
    Et finalement, dans tout son discours elle ne lui avait rien dit de signifiant.
    Comme il l'avait pensé.
    Il l'avait écouté avec un regard fermé, en silence, mangeant sa pomme.
    Enfin elle dû s'arrêter de parler, Erwan tourna le regard vers les gens d'armes qui couraient après leur camarade de larcin. Court vite mon gars, ça chauffe pour toi.
    Il tourna le regard vers Melechia, la regarda avant de la dépasser en silence tout en mangeant sa pomme, comme si elle ne lui avait pas parlé.
    Si la gamine voulait quelque chose de lui, elle devrait s'y prendre autrement et lui épargner les ronds de jambes qui l'épuisait inutilement.
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Mer 25 Sep - 11:32

Regarder le Mi-Botte dans les yeux était un exercice délicat, pas tant à cause de sa laideur que parce qu’il avait l’un des regards les plus intense que Melechia ait jamais croisé. C’était au regard que l’on reconnaissait les grands brigands. Et Erwan, mauvaise blague à part, était un géant dans le monde de la truanderie.
Ses yeux bleus possédaient une intensité troublante et Melechia se sentait mise à nue face au nain qui lui faisait face. Non, pas qu’il ait la moindre envie de la déshabiller… Pourtant, elle était la fille DU Ducatore, aussi elle se contenta de relever le menton et ne montra pas qu’elle était mal à l’aise face à lui.
Sans doute était-ce pour cela, qu’elle parlait autant. Les mots étaient une armure. Et face à cet homme, elle devait sortir sa plus belle armure si elle ne voulait pas finir étendue dans une mare de sang. Même si le nain n’était pas un homme violent, sans doute parce qu’il n’en avait pas les moyens physique.
 
Il écoutait son discours en mordant dans sa pomme de façon de plus en plus bruyante, et son visage demeurait aussi impassible que laid. Ce qui était nouveau en général les gens montrait de l’étonnement, de l’agacement, de la colère ou de l’amusement pour certain. Le nain était juste dédaigneux et elle n’aimait pas le dédain.
 
Pourtant, elle ne le montra pas et continua d’afficher son sourire et de débiter des idioties. Puis, elle dût se taire. Et il plongea ses yeux dans les siens une dernière fois avant de tourner les talons, en silence et en continuant sa pomme. Elle resta un moment interloquée, en générale les gens la frappaient, lui ordonnaient de se taire, soupiraient, lui coupaient la parole. Mais ce silence et ce désintéressement était un phénomène rare. Elle resta un moment interloquée, clouée sur place. Un gamin profita de ses six secondes d’inaction pour tenter de lui prendre sa bourse. Un coup de dague sur la main lui rappela sa place et permit à Melechia de retrouver ses esprits. Un rire aussi franc qu’incontrôlé s’échappa de ses lèvres et elle le laisse résonner dans le palais.
Ce fut en riant comme une démente, qu’elle pressa l’allure pour rattraper le nain. Heureusement pour elle, ce dernier ne marchait pas bien vite. Une fois à son niveau, elle calqua son pas sur le sien.
 
Elle aurait pu évoluer en silence à ses côtés. Mais cela aurait été moins drôle, aussi elle glissa ses mains dans ses poches et commença à siffler une chanson. Sans les paroles obscènes que hurlaient les alcooliques, l’air était simplement entrainant. Mais avec sa culture lyrique, nul doute qu’Erwan reconnaitrait la chanson. Les notes joyeuses s’élevaient dans les arcades tandis qu’ils avançaient. Elle sourit de toutes ses dents au nain puis improvisa sur l’air « The bear and the maiden fair» (chanson préférés des ivrognes de la perfides Albion) :
 
-          Le nain ! Oh viens dirent-ils, oh vient au bordel ! au bordel dit-il mais je suis un nain ! tout noir et brun, tout couvert de poils…
(Mouais, elle avait la fin du vers)
                Et de céans léans descendent la route. De céans ! De léans ! Trois sous, la pute, et le nain riant
… Dansa, virevolta tout le long du chemin qui menait aux bordels ! Le sexe ! Les putes !
-          […]
-          Oh, qu'elle était douce, et pure, et belle ! La fille aux cheveux de miel !
-          […]
-          Ses cheveux ! Ses cheveux ! Ses cheveux de miel !
-          […]
-          … En humant le parfum de la monnaie qui venait ! le nain, le nain accomplit sa besogne.
-          […]
-          En humant la parfum de la monnaie qui venait!
-          Il renifla, rugit et le sentit, là, sur la brise d'été !de l’or, de l’or!
-          […]
-          Oh, fille suis, et pure, et belle ! Jamais ne danserai avec un nain pauvre! Un nain! Un nain ! Jamais ne danserai avec nain pauvre!
-          […]
-          … Et la faussa un certificat ! le nain ! le nain !!
-          […]
-          Je réclamais un chevalier, et tu n'es qu'un gueux ! Un nain ! Un gueux ! Tout noir et brun, tout couvert de poils !
-          […]
-          Elle ruait, pleurait, la fille si belle, mais il sentait l’or de l’aubaine ! De l’aubaine ! Léchait le miel de ses cheveux !
-          […]
-          Alors, elle soupira, cria, décrocha des ruades au ciel !Mon nain ! Elle chanta, mon beau nain si habile ! Et ils s’en furent de céans léans,  la belle et le nain, le nain et l’or! »
 
Elle ajouta d’un ton affable tout en dardant sur lui un regard goguenard :
 
« Je ne suis pas sensé savoir ce que vous veulent la Louison et Théa. Mais il n’est de secret que je ne connais et celui-ci vous concernent particulièrement. »

Alors qu'elle discourait, Melechia se rendit compte que c'était la première fois qu'elle parlait réellement au Mi-Botte. Enfin, elle le connaissait grâce aux moqueries et plaintes de son père, à la suite de quoi elle l'avait vu chez la Louison mais sans plus.
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Mer 23 Oct - 17:28


    La jeune demoiselle était un phénomène intéressant. Le Ducatore avait toujours été un type taciturne et susceptible qu'Erwan avait souvent aimé titiller. Ça lui avait valu des situations un peu compliquées, Ducatore étant légèrement rancunier, mais jamais rien de bien grave et desquelles Mi-Botte s'en sortait sans mal, parfois même grandi. Néanmoins il avait toujours respecté le bonhomme et il valait mieux. C'était une erreur que de mépriser ses ennemis. Une erreur que beaucoup avait payé et qu'il ne comptait pas partager.
    Aussi c'était presque amusant de voir que la gamine avait décidé de prendre le contrepied de son père ou quel que soit le titre qu'il avait pris quant à sa responsabilité sur l'enfant. Benvenuto qui gardait un enfant chez lui ? Erwan se rappelait que la nouvelle l'avait beaucoup fait rire à l'époque. Il était là lorsque le cagoux un peu ivre jurait et grognait devant son verre que sa putain/bonne/cuisinière/ajoutez la mention que vous voulez ne voulait plus lui astiquer la trique parce qu'elle voulait garder une sale geignarde qu'il avait trouvé dans la rue et dont il voulait se débarrasser.  Il avait plus ou moins juré qu'il ne se laisserait pas faire.
    Depuis Erwan s'était retenu de faire tout commentaire à l'évocation de ce serment solennel.
    Pendant un très très bref instant il se demanda si Benvenuto avait fini par aimer sa gamine... Ptêtre à sa manière...

    Mi-Botte se demanda aussi très brièvement si elle avait laissé tomber. Ça lui arrivait d'être un peu naïf parfois mais jamais pour bien longtemps. Soit il se corrigeait lui-même soit on le faisait pour lui.  La preuve.
    Il entendit le rire de la gamine, ses pas se rapprocher. Elle était quand même un rien inquiétante... Un rien dérangée. En même temps c'était pas franchement surprenant quand tu voyais tout ce qu'elle te sortait... Fallait être dérangé pour débiter des trucs pareils à une telle vitesse. La gamine l'était sans aucun doute.
    Il jeta sa pomme au sol lorsqu'elle le rejoignit, lui adressa un bref regard, continua de marcher. Donc elle avait décidé de l'emmerder. Fort bien.
    Ce n'était pas la première fois qu'on poussait la chansonnette pour attirer son attention... Il allait finir par croire que c'était un effet de mode et que rencontrer un nain était propices pour l'inspiration lyrique.
    Il avait bien sûr reconnu la chanson pour l'avoir déjà chanté lui-même. Il y avait au moins un point d'entente entre lui et les Anglais et c'était déjà beaucoup. Il trouva néanmoins que le furet était imaginatif sur pour le coup. Erwan reconnaissait que c'était pas donné à tout le monde de pouvoir changer les paroles d'une chanson comme ça.
    Il tourna le regard vers elle lorsqu'elle termina sa chanson, s'arrêta en l'entendant. Il garda d'abord le silence, baissa les yeux vers sa ceinture, glissa sa main aux doigts gourds dans une des petites caches où il planquait quelques pièces. Il en jeta une à Mel dans un tintement.

    - T'en auras une autre si tu t'fais plus clair et si tu m'fais pas perdre mon temps,
    dit-il d'une voix calme. J'ai autre chose à faire que de deviner les coups tordus de ta maquerelle furet.
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Mer 11 Déc - 22:22

C’était une danse étrange qu’il dansait tous les deux. Melechia était celle qui s’agitait le plus, celle dont le rire haut et clair résonnait dans les rues de Paris, celle que tout le monde remarquait tant elle brassait l’air avec ses débilités. Mais indubitablement Erwan menait la danse. Elle ne faisait jamais que lui emboitait le pas, elle se contentait de le suivre de s’adapter aux infimes changements de son attitude. De temps en temps, il donnait une nouvelle impulsion et elle effectuait une pirouette mais lorsqu’il la saluerait de façon définitive le rideau tomberait et elle danserait seule. Mais à Paris, personne ne danse jamais seul.
Tout en chantant, elle observait le nain avec une attention presqu’insultante. Dans un autre contexte, un regard pareil aurait donné lieu à une rixe. Les malfrats n’aimaient pas qu’on les dévisage. Seulement aucun de nos deux protagonistes n’étaient violent, pour des raisons relativement évidente. N’empêche qu’elle faisait attention aux mouvements du nain, des fois qu’il ait l’idée de la frapper. Mais son visage frustre et grossier ne révélait rien de ses pensées. On aurait pu croire qu’il n’entendait pas ses efforts lyriques.
Lorsqu’il jeta sa pomme, qu’il avait dévoré jusqu’au trognon, elle fit un pas de côté pour éviter que le déchet ne salisse ses vêtements. Non pas qu’une tâche se serait remarqué sur les tissus sombres de sa garde-robe, mais la jeune fille savait qu’une propreté relative ouvrait bien des portes. Et puis, elle ne se voyait pas servir de torchons aux restes alimentaires du nain, il y avait les pavés et la Seine pour cela.
Lorsque le Mi-botte marqua un temps d’arrêt, Mel eut un sourire un coin qui fit naitre une fossette dans sa joue droite. Elle avait marqué un point en aiguisant la curiosité d’un des malfrats les plus flegmatiques de la cour des miracles. Il fallait se lever de bonne heure pour surprendre le faussaire, il trempait dans la plupart des arnaques des bas-fonds parisiens et prêtait toujours une oreille attentive aux ragots, surtout ceux le concernant.
Mais voilà, Mel était une redoutable fouille merde, surtout parce qu’elle n’avait que ça à faire de ses journées prétendaient les mauvaises langues, et de ce fait elle parvenait à avoir une longueur d’avance sur pas mal de gens. Enfin, entre arnaquer le bourgeois du coin en vendant des potins de bonnes femmes et réussir à intéresser Erwan, il y avait un gouffre. Et elle venait de le franchir.
Elle s’empara de la pièce, ne prit pas la peine de vérifier son authenticité (contre lui, pas la moindre chance), et la glissa dans l’intérieur de son pourpoint.
Alors que les stupidités, débilités, conneries et autres âneries se précipitaient pour sortir de sa bouche, sa raison les flanqua à la porte à grand coup de pied. Elle avait déjà sérieusement échauffé le Mi-Botte et mieux valait pour elle ne pas trop abuser, si elle ne voulait pas avoir des ennuis plus haut qu’elle.


« Théa est grosse… Enfin métaphoriquement parlant, parce qu’elle est sacrément mince moi je trouve. Mais elle a un truc qui pousse dans le ventre. Et il y a deux responsables principaux, si l’on évacue l’immaculée conception, toi et l’autre petit con de vicomte hautain et puant… Tout ça ne plait pas à la Louison. Pas du tout... Et donc, elle va te faire croire que tu es le seul responsable de la situation, pour que tu craque et fasse gratos un certificat de reconnaissance ou connerie du genre pour le chiard… »

Quand on connaissait Melechia on savait qu’elle avait pris sur elle pour produire ce petit miracle de concision objective. Elle était donc particulièrement fière d’elle mais avant que le nain ne puisse lui tendre le paiement qu’elle estimait avoir mérité pour son rapport, d’une sobriété incroyable. Elle reprit retombant dans ses mauvais travers :

« Mais MA maquerelle ? Seigneur Dieu ! Quelles idées étranges vous avez parfois maitre Erwan ! Est-ce que je ressemble à une pute d’après vous ? Je suis à la fois trop moche et trop vêtue… Mais je me suis récemment découvert un point commun avec les putes. Comme elles j’aimerais te proposer une baisse d’honoraire contre un petit service. »

Cela lui faisait mal de le reconnaitre mais Mel avait vraiment besoin de l’aide de quelqu’un. Parce qu’avec le marché qu’elle avait passé avec une certaine marquise, elle venait de faire une entrée triomphale ou humiliante (plutôt humiliante) dans la cour des grands. La cour des miracles de haut niveau. Une sorte de promotion indirect quoi. Mais elle n’avait pas encore ni les épaules, ni les couilles ni le réseau. Seulement le nain avait les trois, et il était un des piliers de la cour des miracles les plus accessibles. Parce qu’allait voir l’ours pour confier ses petits soucis c’était le meilleur moyen de finir avec la gorge broyée par la force spectaculaire de l’homme.

« Ce n’est rien vraiment, je doute qu’un homme comme vous le prenne pour un défi de taille. Seulement, j’ai le choix entre vous et Rosso Dagarella. Donc m’aiderez-vous ? »

Rosso Dagarella était le meilleur lézard de France. On ne pouvait pas attraper un rhume sans que l’homme ne soit au courant. Il était d’ailleurs le seul mouchard suffisamment doué pour également disposer d’une solide réputation en temps qu’assassin. Réputation d’autant plus solide qu’à première vue, il paraissait aussi inoffensif qu’Erwan et plus ennuyeux qu’un prêtre moralisateur et convaincu. En bref, cette phrase était autant une demande qu’un défi. Tout le monde savait que sans être ennemis ses deux-là étaient lancés dans une compétition ouverte. Un jeu où celui qui avait le meilleur réseau gagnait.
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Ven 17 Jan - 19:31

    Toujours il était occupé. Bein oui, c'est qu'il en avait des choses à faire, des gens à voir. Bon il reconnaissait qu'il prenait bien son temps mais jamais plus que nécessaire et là il avait pas envie de supporter les élucubrations de cette gamine cinglée.
    Quelque part pour cela il espérait un miracle.
    Le mieux dans tout ça c'est que le miracle eut lieu. Incroyable, elle était parvenue à lui dire clairement ce qu'elle voulait lui annoncé. Il irait presque brûler un cierge. Dans tous les cas Melechia aurait dit autre chose il se serait barré sans aucune autre forme de procès. Mi-Botte prévenait une fois, pas deux. C'était déjà une fois de trop.
    En pensant tout cela le nain encaissait aussi la nouvelle apporté par le furet. Théa grosse ? Il plissa légèrement les yeux. La Louison voulait le doubler ? Elle était stupide si c'était la seule chose à laquelle elle avait pensé dans cette situation.
    Erwan serait bien bien malin s'il était capable d'affirmer que le moutard n'était pas de lui, après tout c'était dans l'ordre naturel des choses, c'était des choses qui pouvaient arriver. Mais voilà... Dans un bordel comme celui de Louison ça ne DEVAIT pas arriver. C'était entièrement sa faute à l'autre conne là, pourquoi était-elle grosse maintenant ? Ne prenait-elle pas les décoctions que Louison donnait à ses filles pour prévenir ce genre de conneries.
    Louison savait comment marchait les affaires. Il ne pouvait croire qu'elle avait sérieusement pensé à cela. De toute manière ce n'était pas un problème vraiment, il y avait mille moyen de démentir la parenté au besoin. C'était juste dommage pour Théa dans le fond. A se faire entrainer dans les magouilles de sa maîtresse elle finirait par avoir des problèmes.
    Mi-Botte comprenait aussi dans le même temps que le furet se retournait contre la main qui le nourrissait... Le nain regarda la jeune fille déjà plus grande que lui. Le Vicomte... C'était LA chose à ne pas dire dans une telle situation. Pourquoi faisait-elle cela ?
    Elle voulait quelque chose réalisa Erwan rapidement avant qu'elle ne termine. Elle le voulait dans sa dette.
    Une esquisse de sourire fit frémir ses lèvres, il n'y en eut pas plus. A quoi pensait le Furet ? De quoi avait-elle besoin de si délicat pour faire de tels ronds de jambes. Pas qu'elle n'y était pas habituée cette damnée gamine mais la subtilité de sa demande, la prudence avec laquelle elle avançait tout ça interpellait le nain.

    Il releva légèrement le menton quand la bestiole eut un soudain regain d'énergie. Le miracle avait été court. Erwan était décidément excessivement naïf aujourd'hui, il fallait qu'il se reprenne.
    Il la regarda en silence comme il avait décidé de le faire depuis qu'elle l'avait abordé. Il y avait certaine personne avec qui il n'y avait pas besoin de parler pour savoir, Melechia le faisait pour lui.
    Il eut un rire goguenard et se remit en marche.

    -T'es pas mon genre Furet, laisse tomber.


    Il avait accompagné cette phrase d'un geste large de la main, sans la regarder marchant vers il ne savait trop où.
    Il ne fit qu'un pas ou deux. Le nom du lézard l'arrêta, il fit une légère moue, se tourna vers elle.

    -Dagarella hein ?


    Erwan la regarda encore, puis finalement eut un sourire torve.

    -Depuis quand t'as les moyens de t'payer ses services Furet ? Il bougera pas le p'tit doigt pour toi, il a d'autres affaires à régler que celles d'une pauvre gamine en chaleur... Et moi aussi, trancha-t-il en lui lançant la pièce qu'il lui avait promise plus tôt. Dis à Louison qu'elle s'aventure sur une pente glissante dont elle pourrait ne pas s'relever. Je peux donner un coup de main pour coincer le Vicomte si elle veut mais moi elle peut oublier.

    Point. Le nain tourna les talons. Il avait assez écouté cette gamine et cela lui avait largement suffit.
    En s'éloignant l'esprit du truand vrombissait de pensées, d'interrogations. Si ses premiers pas étaient déterminés il commença à ralentir l'allure, finit par se retourner vers la gamine plantée derrière lui.
    Mi-Botte la regarda de ses yeux bleus sans rien dire, puis :

    - En échange de ce que tu m'as dis pour le Vicomte t'as 30... Non, 20 secondes pour me donner l'intérêt que j'ai de t'rendre ce "service". Et laisse tomber Dagarella. C'est pas assez.

    Il l'observait intensément, ne se gênant pour même la mettre mal à l'aise. Si elle voulait qu'il l'aide, elle allait devoir le mériter.

    - Alors ? Qu'est-ce que j'y gagne gamine ?

[et maintenant je vais te rejoindre au restau Bon anniversaire ]
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Jeu 20 Fév - 14:25

Il était marrant le Mi-Botte. Mel’ l’aimait bien au fond, et pas uniquement parce qu’elle ne se déboitait pas le cou en tentant de le regarder dans les yeux. Non, elle l’aimait bien parce qu’il possédait un indéniable mordant. Là où elle fatiguait les gens ou les mettait en colère, lui se contentait de lui clouer le bec d’une réplique acerbe avant de reprendre sa marche. Il l’écoutait avec agacement et indifférence mais il l’écoutait quand même. Ce phénomène méritait d’être noté. La plupart des gens se noyaient sous son flot de paroles ininterrompu. Mais pas Erwan. Lui il bouillait intérieurement, mais de temps en temps un sourire en coin se creusait sur son visage grossier montrant qu’il percevait des subtilités qui parfois échappaient même à l’oratrice.
Lorsqu’il la renvoya aussi sec dans ses buts. Ne se laissant absolument pas démontée, elle eut un rictus singulier mais ne répondit rien. Il ne fallait pas trop jouer avec les nerfs de la personne à qui on doit demander un service. Des fois qu’il soit d’un naturel sentimental. Bon, elle n’avait pas vraiment tiré toute les conséquences de cette stratégie, comme en témoignait son discours, mais elle faisait des efforts et sa langue s’agitait silencieusement contre son palais sans que le moindre son ne sorte de ses lèvres, imperméablement closes.

Il cessa de s’éloigner d’elle et lui adressa un sourire étrange. Un peu malsain et franchement matois. Le sourire de quelqu’un qui en sait long, à une ou deux idées derrière la tête et maitrise la situation. Et pour la première fois, il consentit à lui adresser des phrases de plus de cinq mots.

« Gamine en chaleur. »Elle tiqua légèrement face à l’insulte. La seconde en moins de cinq minutes mais ne répondit pas. Elle avait connu pire comme insulte. Des insultes que par respect pour son auguste lecteur elle ne répèterait pas (sans doute parce que son auteur exerçait une censure insupportable). Et puis elle l’astiquait depuis un moment déjà, il était dans l’ordre des choses qu’il lui rende la pareille.

Elle leva la main, saisit la pièce et commença à jouer avec. Le métal glacé glisser entre ses doigts souples qu’elle agitait pour maintenir le mouvement de la petite rondelle de métal. Un gamin l’observait fasciné, et guettant l’occasion de profiter de sa bonne fortune, Elle lui envoya un clin d’oeil et eut un mouvement du bras gauche mettant en valeur sa dague.

« J’m’inquiète pas pour la louison. Elle est comme l’autre anglaise là… Norfek ou un truc du genre. Y avait un roi, là. Six femmes qu’il a tué. Ben, elle était la cousine de deux des six, et à cause d’elle la cinq ou la quatre, chais plus trop. Ouais, ben elle a couché avec un autre type que le roi. Et là tchaaaaaaac, le roi a décapité sa femme. Ben la vieille Norfek, elle est resté en vie. Elle est même devenu plus riche. La Louison c’est pareille. Tu la crois dans la merde et là padaaaaa, elle s’en sort mieux. Et puis merde, déjà qu’on me traite de furet j’vais pas devenir un pigeon voyageur nan? »

Oui, bon. Elle n’avait pas tout à fait respecté son plan, voulant qu’elle ferme sa gueule. Mais on s’en approchait. Par contre, il allait falloir qu’elle fasse un effort pour sa syntaxe. Il était dur de se mêler aux bourgeois et aux serviteurs quand on parlait comme un charognard. Et puis de toute façon, elle avait même pas commencer à parler que le nain c’était tiré. Même pas sur qu’il ait entendu son histoire. Histoire qu’elle avait pêchée auprès d’un anglais ayant le mal du pays. Dommage, c’était une bonne histoire, surtout quand on rajoutait des fantôme.

Bref, elle était là comme une donne a tenté de trouver une issue de secours pour éviter que la noble n’offre sa tête à la police. Police qui était sur les nerfs en ce moment. Donc, elle allait crever dans la basse-geôle. Génial.
Puis il revint et sur le coup, elle l’aurait embrasser. Quoique… Il était un peu vieux et d’un physique, ben de nain. Et puis il ouvrit la bouche. Ouais. Elle pouvait encore faire semblant de ne pas l’avoir entendu et allait gagner sa vie en racontant des histoires d’horreurs à des gosses. Parce qu’elle n’avait aucune réponse à sa question. A part se sentir utile, elle ne voyait pas trop ce qu’il gagnait à l’aider. Elle évita son regard et se concentra un peu plus sur la pièce qu’elle lança en l’air pour jongler. Au moins, ça jugulait un peu son malaise alors qu’ils s’affrontaient du regard. Enfin pendant qu’il la scrutait et qu’elle se rappelait qu’elle n’était pas imbattable.

Bon c’était à elle. Sa langue avait toujours été son meilleur allié, autant la laisser fonctionner.

« Moi. Enfin j’veux dire. Je peux travailler pour toi. Tu me connais. Je suis plutôt doué, je connais la cour des miracles, mais personne me connais. Comme je suis dans la méga merde tu peux m’exploiter. Je serais moins repérable que toi. Je parle couramment français et italien. je sais lire, écrire, compter. je connais les visages de la plupart des truands et même quelques nobles. Je bosse vite et bien, enfin ça va. Et toi. Ton business repose sur ta capacité à avoir un coup d’avance. j’peux être ce coup d’avance. Je cours vite, je suis plutôt agile, et j’ai pas suffisamment d’attache pour me retourner contre toi. Ça fait 19 secondes et quelques dixième. Alors tu vas m’aider? »
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Jeu 6 Mar - 16:10

    La gamine avait du talent il fallait bien le dire, même pour sortir autant de stupidité dans un moment aussi court. Innocence ? Imagination ? Innocence non certainement pas, Melechia en avait déjà bien trop vu pour pouvoir être encore innocente. Il n'y avait que les nobles et les grands bourgeois pour oser penser qu'un enfant de la Cour des Miracles pouvait être encore innocent à l'âge de 7 ans. Melechia arrivait à l'âge charnière lui semblait-il. Elle n'avait pas de forme, ou si elle en avait pouvait aisément les dissimuler sous de larges étoffes ou bander sa poitrine. Ce qui était plutôt utile pour quelqu'un qui se destinait au lézardage professionnel.
    Elle avait de bonnes chances pour être aussi douée que Dagarella... Elle avait de la ressource, s'adaptait rapidement. Elle pouvait même être très discrète quand elle le souhaitait. Uaip elle avait des moyens de s'élever et au moins de rattraper Rosso.
    Et puis il y eut cette histoire de Roi anglais et de six dames et...
    Hum... Non en fait.
    Il s'était détourné sans écouter la fin donc. En même temps il l'avait prévenue.
    Enfin au moins avait-elle une dernière et ultime chance de l'intéresser. Non qu'elle n'ait pas tord à propos de Louison mais elle sous-estimait la rancune et les moyens que pouvait mobiliser le nain.
    Il avait donc tourné vers elle son regard imperturbable, attendant qu'elle se reprenne et qu'elle se vende.
    Elle ne se vendit pas trop mal.
    Erwan voyait dans ce débit rapide quoique habituel chez le furet une autre qualité.
    La rapidité d'exécution, l'adaptation. Il lui avait fallu deux secondes pour trouver son fil et commencer à déblatérer de nouveau mais cette fois de manière intéressante. Elle exposait ses qualités en se rappelant qu'elle n'était pas à l'abri d'une chute. Et puis depuis le début de leur conversation la jeune fille faisait preuve de bonne volonté, se pliait aux avertissements d'Erwan et à son irritation. Chose qu'elle ne faisait pas avec tous il l'avait bien remarqué chez la Louison lorsqu'il y passait parfois.
    Mi-Botte en réalité lui avait laissé bien plus que 20 secondes... C'était depuis le début de leur conversation que la gamine montrait ses qualités en toute discrétion, caché sous des défauts qui ne cessaient de prendre le devant de la scène tant il était encombrant et accaparant.
    Une belle défense en somme et il la voyait maintenant avec d'autant plus de lucidité.

    Le nain garda le silence. Ouaip, il avait un léger penchant pour les effets dramatiques et puis comme ça ça lui permettait de réfléchir un peu tout en laissant l'autre en face se ronger les sangs.
    Sa main se fila vers l'intérieur de sa cape, vers sa dague, n'en saisit par le manche mais un document qui se trouvait coincé dans sa ceinture. Il le tendit à Melechia tout en la regardant d'un air neutre.
    Il finit par sourire.

    -Va à la port de Nesle. Trouve Lignière, donne-lui ça. Je te retrouve ce soir au Chien Battu et tu me diras tout ce que tu auras pu glaner sur lui avant de discuter de ton cas.

    Une nouvelle fois, il tourna les talons sans avoir cette fois l'intention de revenir sur ses pas. Il avait gagné une main intéressante à son service, il devait maintenant s'assurer de son efficacité. Il ne doutait pas que Melechia n'aurait pas trop de mal à réunir ce que lui savait déjà, il voulait savoir ce qu'elle trouverait que lui-même avait eu tant de mal à dévoiler, puis peut-être... qui sait... Elle en trouverait plus que lui.
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Jeu 6 Mar - 22:36

On sentait que l’entretien touchait à sa fin. En un sens il avait été long, mais en vérité cela faisait à peine cinq minutes qu’ils évoluaient de converse, sans but apparent. Dans le cas de ces deux comparses on ne pouvait pas vraiment parler de marche tant leur façon de se mouvoir différaient de celle du commun des mortels.
Le Mi-Botte, comme tout les nains, possédait une démarche cahoteuse, houleuse presque et dès qu’il voulait presser l’allure ses jambes torves s’agitaient comme les aiguilles à tricots d’une vieille femme.

Le furet sautillait d’un pavé à l’autre, ses pieds touchant à peine le sol, son corps dans une agitation dansante permanente. Un moyen d’attirer l’attention sur elle et de la détourner d’autres chose au combien plus intéressantes.
Cela faisait cinq minutes qu’ils conversaient. Mel parlait, il l’écoutait. Et elle commençait à fatiguer. Dans leur relation nul question d’égalité. Erwan avait le pouvoir et il battait le chaud et le froid comme il lui plaisait. Un truc que les mauvais truand ne comprenait pas toujours, il ne suffisait pas d’être grande gueule pour avoir le pouvoir. Bien sûr ça aidait, mais il y avait un stade qu’il fallait dépasser. D’ailleurs si on prenait le haut du panier de la cour des miracles, on se rendait compte qu’il ne comportait pas beaucoup de bavards.
On redoutait les piques du nain mais il se montrait d’un laconisme glacial, les colères brusques de l’araignée n’appelaient pas à la discussion, pas plus que les regards noirs (et les points puissants de l’ours) ou encore les sourires perfides de Rosso.
Le vrai pouvoir résidait dans le silence et dans l’angoisse qu’il faisait naitre dans le sein de l’interlocuteur malhabile.
Habile le furet l’était, mais pas à ce point. La gymnastique rhétorique commençait à fatiguer la gamine tandis qu’elle tentait de comprendre les implications multiples du silence du nain.

Elle reconnaissait que l’histoire de l’autre noble, Norfolk pas Norferk maintenant qu’elle y pensait, avait dût mettre à la patience du nain. Scellant ainsi leur collaboration, finalement peut fructueuse. Lorsqu’il se détournerait se serait pour la dernière et cette fois une chanson paillarde ne suffirait pas à le faire changer d’avis.
Il était constant Erwan, autant dans ses habitudes que dans ses rancoeurs. S’il ne voulait plus avoir à faire à elle. Il n’aurait plus à faire à elle. Et si elle s’entêtait, il le lui ferait comprendre, douloureusement. Et ce n’était pas son âge ou son sexe qui allait la sauver. A la cour des miracles on ne faisait pas dans la dentelle.

Aussi alors qu’elle terminait de débitait son plaidoyer pour une embauche, elle attendait l’angoisse au ventre. Bien sûr elle ne le montrait pas. Un sourire aux lèvres, le regard vif elle s’agitait alors qu’il la toisait. Bon Dieu, malgré sa taille il parvenait à la toiser. C’était dire à quel point elle était désespéré. Mais quiconque connaissant un peu Mel pouvait affirmer que le fait qu’elle ne parle pas malgré le silence s’éternisant et qu’elle ne fasse pas attention à ce qui se passait autour d’elle indiquait une tension importante.

Il eut un mouvement vers sa ceinture. L’air de rien, elle déplaça sa main vers sa dague. Cela n’était pas trop dans le genre du Mi-Botte d’assassiner en pleine rue mais on ne savait jamais. Pourtant il lui tendit un document. Elle le prit sans trop savoir qu’en faire.

Puis il lui sourit. Et ce sourire, malgré le visage ingrat aux traits frustres ce sourire était une fenêtre vers un ciel limpide par une journée nuageuse. Un rayon de soleil illuminant sa journée. Déjà cela changeait de l’éternel rictus goguenard du nain ou de son air impassiblement contrarié. Ensuite, sauf extrême cruauté de sa part, cela signifiait qu’elle avait réussi l’entretien.

En entendant les instructions elle hocha la tête et rangea la massive entre sa veste et sa chemise, dans une poche qu’elle avait cousue elle-même.

« Je serais à l’heure maitre Erwan. »

Elle tourna les talons et détala sur les pavés de Paris de bien meilleur qu’à son réveil. Même si cela ne se révélait pas totalement fructueux et que travailler pour un personnage aussi dangereux (même pour la cour des miracles) risquait de lui gouter cher, au moins elle se serait bien marré. Et puis quoi. C’était pas donner à tout le monde de bosser pour lui.

HRP: loin d'être mon meilleur post, mais j'ai jamais eut beaucoup de talent pour clôturer
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Dans l'ombre des arcades rôdent les louves [Melechia]- Terminé

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