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 Coquet amusement et badinerie profane || Achille & Monsieur


Dim 11 Aoû - 22:49


« Il n'y a pas de choses avec lesquelles on ne plaisante pas, il n'y a que des gens qui ne comprennent pas la plaisanterie »
B. Vian

Tout cela était de la faute de ces maudits Italiens. Les applaudissements avaient peut-être été au rendez-vous, mais personne dans la troupe n’était complètement satisfait de cet après-dîner.
Au diable les Italiens ! Cela faisait à peine une semaine que Molière, La Grange, Croisy et compagnie se donnaient de nouveau ouvertement la réplique -et encore, notons que Molière n'avait fait dans les 7 derniers jours qu'un aller-retour depuis Auteuil- et déjà ce soir le théâtre était l’écrin qui accueillait une partie de la cour, qui soit disant avait trouvé le temps long sans représentation. On avait fermé les portes aux peuples pour dérouler le tapis rouge à la noblesse.
Répéter, pester contre les la terre entière, installer quelques sièges pour les grands qui auraient droit au parterre, pester de nouveau, rajuster ses costumes, se présenter sur scène, jouer, saluer puis disparaitre : ainsi, aujourd’hui on n’avait pas jeûné en activités…

Ah! ici on adorait Fiorilli autant qu’en ce jour il nous donnait à rager. Car si lui et ses saltimbanques n’avaient pas jugé bon de regagner la scène depuis un mois déjà, la troupe du roi n’aurait pas eu à se presser afin de revenir sur les planches sans plus tarder. Et qu’aurait-on dit du directeur de troupe qu’était Molière s’il n’avait pas été capable de présenter quelque chose de décent alors que ceux qui partageaient le théâtre faisaient de nouveau pleurer de rire ? Alors qu’ils venaient tout juste de reprendre les répétitions de ce Misanthrope qui se faisait désirer, ils s’étaient soudain retrouvés face au mur. Rien de nouveau à présenter alors que ces pressés d’italiens amusaient un public populaire avec leur comedia dell’arte ...  

Alors il fallut dépoussiérer une pièce ici, une autre là afin de prétendre que ces derniers mois n’avaient pas vu les comédiens se prendre pour des funambules avançant au bord d’un gouffre. Il avait donc été décidé que se jouerait,  jusqu’à nouvel ordre, lundi et jeudi L’Hériter ridicule, comédie de Paul Scarron, suivie de l’Amour médecin. Quand mercredi et samedi verraient en première partie Cinna, tragédie de Corneille, suivie de ces bonnes vieilles mais toujours aussi risibles Précieuses.
Ainsi, ils s’étaient ce soir retrouvés devant une cour qui dû se contenter de vieilleries… Mais comme Madeleine s’efforçait de le répéter : il ne s’agissait pas d’un drame.

- Allons, ne restons pas maussades pour si peu, lança-t-elle finalement, occupée à retirer les exubérantes plumes multicolores de ses cheveux, alors qu’on entendait tout près l’agitation d’une salle qui se vidait. N’avez-vous pas vu comme ils ont ri ? Tous haussèrent les épaules à contre cœur, forcés de constater que le trio que formaient Cathos, Madgelon et Mascarille produisait toujours un effet fort amusant. Et Cinna a comme toujours été une réussite, reprit-elle alors qu’elle savait pertinemment qu’on ne l’écoutait qu’à moitié. D’ailleurs  son monologue dû s’interrompre car ses compagnons et amis filaient déjà vers les coulisses afin de s’y changer.

Abandonnée, seule sur la scène cachée par un lourd rideau, Madeleine se laissa finalement tomber lourdement dans un large fauteuil faisant partie du décor. Seule. Les pas des comédiens s’éloignaient rapidement dans son dos ; la salle s’était vidée. Et car pour le moment acteurs comme ouvreurs et domestiques profitaient de quelques minutes de repos, on s’affairerait à mettre de l’ordre plus tard. Dans un élan de grâce incomparable, elle redressa alors le buste afin de desserrer un peu le corps baleiné de ce costume aussi outrageusement décoré qu’il était décolleté et surtout, qui comprimait tant sa taille que sa poitrine. Enfin le nœud délacé et il lui était donné la joie de prendre une profonde inspiration.

Fermant les yeux, Madeleine se laissa de nouveau aller à la contemplation auditive. A présent on entendait un doux silence.
Du moins c’était sans compter sur le claquement persistant de talons qui frappaient de façon hésitante le sol de ce que la comédienne se plaisait à surnommer la nef du théâtre. Intriguée, car à moins d’être sourd et aveugle elle voyait difficilement comment il était possible de rater la sortie, elle se leva pour ouvrir discrètement un pan du rideau et y passer la tête. Ce pauvre jeune homme avait l’air complètement perdu. Mais plutôt que d’aller à sa rescousse et de lui demander pourquoi il était encore là, elle referma le rideau d’un geste sec, un rictus à peine perceptible niché sur ses lèvres.

- Eh, c’est qu’il semble charmant. N’as-tu pas à cœur d’aller lui demander ce qui l’amène ici plutôt que de le regarder errer.
Dans son dos s’élevait la voix de Catherine qui, une fois n’était pas coutume, avait le chic d’arriver au moment opportun. Madeleine se retourna brusquement vers cette amie qui n’avait pas eu à cœur à la laisser seule alors que tous s’apprêtaient à partir, et qui l’avait ainsi surprise à épier un spectateur aventureux.
- Non alors, répliqua aussitôt la Béjart, il est trop amusant de voir sans être vue.
- Sauf que c’est ici très ennuyant.
- Soit, je te l’accorde. Elle jeta un dernier regard de par le rideau, songeant que le visage sur lequel se posèrent ses yeux bleus ne lui était pas complètement inconnu. Mais elle aurait été assurément incapable d’expliquer la raison de ce sentiment. Alors viens avec moi.

Une délicieuse idée venant de se nicher dans son esprit, Madgelon attrapa Cathos par le bras et fila sur la pointe des pieds. Deux petites souris sont les bruits de pas avaient pour but d’attirer l’attention sur cette scène alors qu’elles s’en éclipsaient. Et qu’elles avaient pris soin de souffler les bougies qui l’éclairaient afin de la plonger dans le noir!

- N’avons-nous pas passé l’âge de jouer au chat et à la souris, lança Catherine sans pour autant rechigner à suivre une meneuse de jeu qui ne prit pas même le temps de répondre à cette remarque presque désobligeante. Car tous ceux qui savaient ce que « vivre » signifiait assureraient sans mal que le divertissement n’avait pas à être limité dans le temps.


Hj : Désolée désolée désolée, c’est absolument médiocre, ça fait quelques jours que j’arrive juste pas à aligner trois mots  --‘ Du coup si vous voulez que je modifie des choses dites-moi !

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Dernière édition par Madeleine Béjart le Sam 23 Nov - 0:13, édité 1 fois
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Sam 7 Sep - 19:17

❝ madeleine & achille ❞

    ▬ Et quelle estime, mon père, voulez-vous que nous fassions du procédé irrégulier de ces gens-là ?
    Molière, Les Précieuses ridicules,
    Acte I sc. 4, 1659.
Achille observait attentivement la comédienne qui avait émis cette réplique tout en marchant derrière les sièges destinés aux nobles. Ses bottes foulèrent le tapis déroulé pour l’occasion, son épée cliqueta contre sa ceinture au rythme de ses pas lents, la tête tournée vers la scène. Trois comédiens jouaient dessus, deux femmes et un homme. L’homme, plus âgé, était le père de celle qu’Achille étudiait du regard, la prénommée Magdelon. L’autre fille était sa cousine, Cathos. Ce qu’ils représentaient était une pièce de Molière, Les Précieuses ridicules. Achille la connaissait pour l’avoir lu à deux reprises avant son départ "forcé" dans l’armée. Il avait 15 ans et la pièce venait d’être publiée. Sa mère adorait Molière, pour l’avoir rencontré une fois lors de ses tournées en province, et se précipitait donc à chaque sortie d’une nouvelle pièce à son nom. Achille était ravi qu’elle partage ses goûts littéraires avec lui, en fait ils se partageaient tout, lui étant l’enfant tant chéri de sa mère. Il ferma ses yeux, le visage de sa mère se dessina de plus en plus nettement sous ses paupières clos. Il les rouvrit et le visage dessiné se dissipa, remplacé par celle qui interprétait Magdelon. Ce visage l’obsédait depuis mercredi dernier, il était venu voir une représentation de la pièce de Molière et ce visage l’avait tout de suite saisi. Au départ, il ne savait pas trop pourquoi mais il ne lui était pas inconnu. Il l’avait déjà vu mais où ? Il n’en savait rien, il ne savait plus. Sa mémoire lui faisait défaut et il était bien décidé à ne pas lâcher le morceau. Il trouverait coûte que coûte. Sachant qu’il y aura d’autres représentations le samedi et le mercredi, il était revenu le samedi suivant, soit aujourd’hui. Cette fois-ci, au théâtre, et de nouveau devant ce visage enjôleur et plein d’entrain qu’affichait cette comédienne. Son rôle, elle le jouait à la perfection et son jeu impressionna beaucoup Achille. Ses manières, ses gestes, son rire, tout l’émerveillait. Mais où est-ce qu’il l’avait déjà vu bon sang ? Cette bonne femme le fascinait sans cesse et cela ne s’arrêterait pas jusqu’à ce qu’il découvre enfin où il l’avait déjà croisée. Il fouilla dans sa mémoire, en vain.

Avec un interminable soupir, il continua à marcher derrière la foule assemblée sur le parterre, ne quittant pas des yeux le visage familier de Magdelon, même si elle disparaissait le temps d’un ou deux scènes. La pièce se poursuivait, se terminant bientôt, quand soudain une expression de Magdelon ramena Achille deux mois en arrière. Il revit une femme à la même expression, bien sûr que c’était elle. Bingo ! Il se souvenait à présent qui elle était. Enfin pas vraiment, il ne la connaissait pas de nom pour ne l’avoir jamais demandé mais il la connaissait. Il l’avait sortie d’un mauvais pas, un homme trop aguichant l’empêchait de poursuivre sa route dans les rues sombres de Paris. Vraisemblablement, Achille se trouvait au bon endroit au bon moment car s’il n’était pas intervenu, qu’aurait-il été advenu à cette femme ? On ne saura jamais, Achille était bel et bien intervenu mais la femme, pressée, lui avait balancé de brefs remerciements avant de se sauver. Elle l’avait planté là, dans une rue déserte. Et il s’était senti tout ridicule qu’il refoula cet "incident" au fin fond de sa mémoire. C’est pourquoi il se désespérait de ne pas se rappeler de ce visage familier. Il cligna ses yeux, chassant ce fâcheux souvenir de sa tête, et fixa une nouvelle fois celle qui l’avait importuné malgré lui. Il n’aimait pas qu’on dénigrait son travail et pourtant, c’était bien ce qu’elle avait fait. Ce qu’il ne savait pas, c’est qu’il s’agissait d’un affreux malentendu, en effet elle avait des raisons pour décamper vite fait et il faudrait l’expliquer à Achille pour qu’il se rende compte de son erreur. Bref, il ne quitta toujours pas Magdelon du regard. Qu’avait-elle pour qu’il la fixe autant ? Était-ce ces grandes plumes colorées sur ses cheveux ? Non, trop exubérantes et qui accentuait la préciosité du personnage de Magdelon. Était-ce cette robe richement décorée ? Non, trop outrageux et toujours spécifique à Magdelon. Non, ce n’était pas Magdelon qu’Achille observait mais la femme qui la jouait. La comédienne. Il tenta de la percer mais elle était à fond dans son jeu, endossant merveilleusement le rôle de Magdelon. Donc impossible pour l’instant de savoir qui elle était réellement. Cependant, il ne savait pas encore pourquoi elle l’attirait. Il ne cherchait pas une femme pour satisfaire ses plaisirs au contraire, bien que physiquement elle était bien faite. Au fond de lui, il fut certain que ce n’était pas son physique qui lui faisait cet effet mais une empreinte de nostalgie. En effet, il ressentait face à elle presque les mêmes sentiments à l’égard de sa mère. Il y avait quelque chose en elle qui apaisait Achille, comme sa mère savait si bien le faire. Ce n’était pas faux puisqu’Achille souffrait cruellement de l’absence de sa mère, et qu’inconsciemment il l’avait peut-être retrouvée sous une autre forme, avec cette comédienne, qui serait une sorte de seconde mère pour lui, ici à Paris alors que sa mère était à des mille lieues de là. À cheval, il fallait un peu près une journée entière pour arriver là-bas, dans le Morvan. Pourtant, il ne connaissait point la comédienne !

Les violons sonnèrent le glas de la représentation. Les comédiens dont Magdelon se réunirent sur scène et saluèrent les spectateurs venus assister à la représentation. Ceux-ci applaudirent bruyamment et pour ceux qui s’étaient assis se levèrent de leurs sièges. Dans la valse d’applaudissements, les comédiens se retirèrent et le lourd rideau s’affaissa. La salle se vida petit à petit et les réactions fusèrent de tous côtés. Achille écoutait d’une oreille discrète un noble quand il parla des comédiens, en particulier Magdelon. Il commenta à son voisin qu’elle était une grande dame. Achille partagea son avis sans l’énoncer ouvertement. De plus, il avait prévu de lui parler, en commençant par la féliciter pour sa performance et ensuite diriger la conversation si possible dans des domaines plus personnels, dès que la salle sera vidée. Et il comptait également régler des comptes avec elle, il n’avait pas vraiment digéré son comportement fort précipité lors de leur première rencontre. Bref, il attendit patiemment que la salle de théâtre se désemplit de son public en furetant un peu partout. Il trouva l’exercice plaisant car il ne vit pas le temps passer. Le dernier spectateur parti, il sortit de sa contemplation. Se sentant pas prêt, il marcha d’un pas hésitant et fit alors le tour du parterre. Elle viendrait peut-être passer par ici pour sortir lorsqu’elle aurait fini de se démaquiller, enfin lorsqu’elle aura ôté tout le tralala d’une comédienne quoi. Non, il existait certainement une autre sortie et elle sortirait par là. Et Achille n’aura donc pas eu l’occasion de lui parler ce soir. Il déglutit. Il se sentait perdu, ne sachant plus quoi faire. Cette comédienne lui avait carrément retourné le cerveau et il pesta en silence. Le silence qui s’était abattu auparavant dans la salle se brisa avec des claquements de talons désormais plus persistants. Il commençait à s’impatienter et se décida finalement à la rencontrer dans sa loge. Il allait escalader la scène quand il vit le flot de lumière sous le rideau s’éteindre. Y avait-il quelqu’un derrière le rideau ? Ne pas paniquer et garde ton sang-froid, pensait-il. Il prit une longue inspiration et ouvrit son oreille, guettant le moindre bruit. Que lui arrivait-il bon sang ? Il était dans un théâtre et il n’y avait aucune raison d’avoir peur. Il massa ses tempes et rouvrit les yeux. La salle était désormais plongée dans le noir. On avait profité de ce moment de diversion pour éteindre toutes les bougies de la salle. Mince ! Il n’était guère rassuré à présent et quelqu’un semblait jouer avec ses nerfs. Il eut bien l’intention de le démasquer, pas question de déguerpir comme un peureux. Achille était un mousquetaire, un vrai qui ne reculait devant rien. Il avait déjà vu pire dans l’armée alors il était bien capable de maîtriser la situation dans laquelle il se trouvait. Il écouta sa respiration quand il entendit un bruit. Sa tête se tourna dans la direction d’où il provenait et il crut percevoir une ombre, quelqu’un était bel et bien là avec lui dans cette salle. Par réflexe, il sortit son épée.


Dernière édition par Achille de Montaron le Mar 1 Juil - 4:15, édité 3 fois
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Ven 27 Sep - 23:11


Plongé dans la pénombre, le théâtre tout entier dégageait quelque chose de mystique. Atmosphère si particulière qui embrassait une multitude d'émotions. Passions dévorantes et amours impossibles, un peu de peine et beaucoup de joie, une belle palette de sentiments qui  décorait jusqu'aux moindres recoins de ce lieu magique.
Bien cachées dans les coulisses, les deux femmes observaient en gloussant ce jeune homme qui venait de dégainer son épée. Il semblait à Madeleine que cette carrure ne lui était pas totalement inconnue, mais de par l’obscurité il lui était impossible de confirmer cette supposition. Et puis cela importait peu. Qu’elle le connaisse ou non il faisait la cible parfaite d’une enfantine plaisanterie. Elles restèrent quelques secondes immobiles à le regarder tourner la tête avec inquiétude, avant de filer d’un pas rapide et volontairement sonore, dans la salle à présent vide.
D’un signe de main Madeleine indiqua à sa compagne de filer se cacher derrière une colonne, ce qu’elle fit sans broncher. Pendant ce temps, la Béjart mis un peu de désordre dans ses cheveux et s'assura que sa tenue était débraillée à souhait, avant de se glisser derrière le rideau et de se heurter volontairement à celui dont elle ne connaissait pour le moment pas le nom.
Haletante et le regard plein de terreur, elle s’agrippa au bras du jeune homme, comme si elle cherchait à fuir quelque chose ou quelqu’un.

- Vous l’avez-vue passée, demanda-t-elle d’une voix tremblante. Tout en scrutant les moindres recoins de la scène, prétendument de peur qu’à tout moment surgisse un mystérieux monstre.  
- Une silhouette, une ombre, je ne sais pas… J’étais dans les coulisses, les lumières ont été subitement éteintes et alors j’ai senti… comme une présence. Elle se glissa dans son dos afin qu’au besoin, il la protège. Car avec l’arme qu’il tenait à la main il semblait prêt à embrocher toute forme de danger.  Maintenant que Madeleine se trouvait à seulement quelques centimètres du jeune homme, elle pouvait presque jurer l’avoir déjà vu. Où ? Allez savoir… Et à vrai dire elle ne faisait pas de gros efforts de mémoire afin de mettre où un nom ou une situation passée sur le visage de ce charmant noble.
- Puis je l’ai vue, chuchota-t-elle à son oreille. Vue de mes yeux vus !  Mais vous également, n’est-ce pas? Elle repassa devant lui et pointa en sa direction un index bagué d’or et de perle. Et ce n'est pas la première fois. A plusieurs reprises déjà je l'ai croisée et elle m'a...  Elle hésita un instant et ne termina finalement pas sa phrase. , s’écria-t-elle soudain tout en indiquant du doigt le bout de scène qui se trouvait derrière lui. Regardez !  

Et une fois qu’il eut le dos tourné elle retourna à la hâte d’où elle venait, faisant ainsi croire à une disparition pure et simple. Rejoignant Catherine qui n'avait quant à elle pas bougé, elle fut gratifié d'une légère tape accusatrice sur l'épaule. Mais à peine leurs regards se croisèrent-ils que les deux femmes éclatèrent de rire. Véritable fou rire, elles étaient incapables de retenir plus longtemps l'amusement que la situation leur procurait. Sur scène comme dans la vie quotidienne, les comédiennes avaient l'habitude de se moquer mutuellement mais le plaisir était d'autant plus grand lorsqu'il leur était donné l'occasion de s'esclaffer ouvertement à propos de quelqu'un d'autre. Imprudentes, pas une seconde elles n'avaient envisagé la possibilité qu'il puisse être prince électeur, pair de France ou archiduc. L'idée même qu'elles aient pu offenser ce joli intrus n'avait pas effleuré leur brillant esprit. Considérons simplement qu'à s'être glissées dans leurs peaux de précieuses, leur capacité de raisonnement ne leur avait pas encore été totalement restitué.
Quand leurs rires se furent calmé et qu'elles eurent essuyé les petites perles qui s'aggloméraient dans les coins de leurs yeux, les regards de Madeleine et Catherine se posèrent sur leur victime, qui sans doute attirée par leur vacarme avait fini par retrouver les deux diablesses.

- Comme vous étiez drôle à voir, s’exclama Madeleine à l'égard du jeune homme avant d'éclater de nouveau de rire. Alors que ses gloussements s'étaient taris, entendant sa compagne repartir de plus belle, la de Brie, qui tentait pourtant de faire bonne figure et venait même de s'incliner devant lui, ne put s'empêcher de laisser échapper des rires étouffés.
Il leur fallut quelques dizaines de secondes enfin avant de se calmer enfin.

- Je vous prie de nous excuser, la plaisanterie était bien mauvaise, fini par dire Madeleine tout en se mouvant dans une petite révérence maladroite mais humble malgré tout. D'un hochement de tête Catherine approuva la Béjart. Mais plutôt que de prendre sa défense, elle bafouilla une vague excuse et signifia qu'il lui fallait partir sous prétexte que sa fille l'attendait. Cette traîtresse laissa donc Madeleine seule face à ce nouvel interlocuteur. Regardant la brune filer vers la sortie tout en la fusillant des yeux, la comédienne se retourna ensuite vers cet homme qu'elle était à présent sûre et certaine de connaître, et qu'elle gratifia d'un très large sourire.

- Quels enfantillages, cela manquait cruellement de goût je le reconnais. Encore une fois je vous présente mes sincères excuses, répéta-t-elle avant de mordiller sa lèvre inférieure. Car si elle avait pris beaucoup de plaisir à jouer les fantômes du Palais-Royal, Madeleine espérait ne pas l'avoir froissé.

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Jeu 17 Oct - 13:10

Il sentit une ombre, quelqu’un, le frôler et, une seconde, l’agripper. Il se retourna pour mieux la voir et quelle ne fut pas sa stupeur en découvrant ladite ombre. Magdelon en personne ! Enfin, la comédienne qui l’interprétait pour ainsi dire. Toute tremblante de peur, elle implorait son secours. Achille tenta de la calmer tout en lui demandant ce qui se passait. Il n’eut pas de réponse, seulement des halètements successifs, elle était apeurée et dans l’incapacité de réagir normalement. La peur paralysait tout son être. Il revint tout au début, cette fois-ci en lui posant une main protectrice sur son épaule, mais elle continuait de paniquer. Contre toute attente, elle parvint à ouvrir la bouche pour lui demander s’il l’avait vu passé. Achille n’avait aucune idée de qui elle voulait dire. Il allait lui parler afin d’en savoir plus quand il se rappela qu’il avait cru voir tout à l’heure une silhouette, quelqu’un, qui, selon toute vraisemblance, était maintenant tapi dans l’ombre. De plus, elle n’arrêtait pas de jeter des regards effrayés sur le devant de la scène, désormais sombre et obscure, et pouvant abriter dans l’une des nombreuses cachettes qu’elle comportait un mauvais plaisantin ou n’importe quel autre farceur. Voire pire, un monstre, ou encore un assassin. Un tueur qui rôderait dans le théâtre ? Rien que cette pensée le fit frissonner. Et puis, cela expliquerait la tenue dans laquelle était la comédienne, débraillée et en désordre, comme si elle était sortie en hâte de sa loge, interrompue pendant qu’elle se déshabillait. Toutes les hypothèses, mêmes les plus tordues, assaillirent son esprit. Avait-elle entendu le tueur alors qu’elle ôtait son costume de scène, ainsi était-elle partie dans son état chercher de l’aide. Ou alors, le tueur qui se croyait seul l’avait surprise en train de se déshabiller et elle, prenant peur, s’était enfuie pour le semer avant de heurter le jeune mousquetaire.

Tout se bousculait dans sa tête et l’atmosphère du lieu ne l’aidant pas, il était inquiet de voir combien la comédienne avait peur. Mais bon sang, de quoi avait-elle peur ? L’idée du tueur trottait toujours dans son esprit, alors il pointa plus haut son épée, prêt à l’affronter. Toutefois, ce qu’elle lui dit par la suite balaya toutes ses hypothèses échafaudées, même celle de l’assassin. Achille se sentit plus rassuré mais en même temps pris de doutes. Comment pouvait-elle se retrouver ainsi vêtue dans les coulisses et pas dans sa loge ? À moins qu’elle ait une bonne raison valable, il trouvait cela suspect. Mais il n’y repensa plus, son esprit se concentrant sur ce qui terrifiait la comédienne. Serait-ce un fantôme car elle avait senti comme une présence, pour ainsi souligner ses dires. Non, non, Achille ne croyait pas aux fantômes. Quelle imagination débordante ! Son air effrayé était cependant réaliste. Elle avait bien vu quelqu’un ou quelque chose qui la terrorisait. Se glissant dans son dos, elle s’agrippa à ses épaules et lui murmura à son oreille un sombre secret, qu’il existait bel et bien une forme invisible qui hantait le Palais-Royal. Un fantôme ? Non, c’était impossible et pourtant la comédienne l’avait vu de ses propres yeux. Elle se libéra de son étreinte et réapparut devant lui. Elle le regarda les yeux pleins de terreur et montra du doigt l’endroit sur la scène où elle l’avait plusieurs fois aperçu. Elle allait poursuivre quand soudain ses yeux se détachèrent des siens pour regarder derrière lui, par-dessus son épaule. Ceux-ci s’arrondirent en grand et il y lut de la peur. Un cri de surprise s’échappa de ses cordes vocales. Était-il de retour ?...

Mû par un pressentiment, Achille ne bougea pas. Le fantôme, était-il là dans son dos ? Il déglutit, la légende du fantôme de Palais-Royal se réalisait. Il préféra rester sur ses pas, osant à peine de lorgner les yeux en direction de la scène où serait le fantôme, et sentit un frisson le parcourir, gagné par la peur. Lui qui ne croyait pas aux fantômes s’était peut-être trompé… Décidé à en voir au moins un de sa vie, il prit son courage à deux mains et pivota. Ce qu’il vit l’éberlua, pas de fantôme en vue ! Il poussa un soupir de soulagement, sa crainte dissipée. Devant lui, il ne voyait que la scène, vide et toujours obscure. Pas la moindre trace de fantôme. Mais qu’avait vu la comédienne ? Il se retourna pour lui poser la question mais elle avait disparu elle aussi. Envolée. La peur reprit son dessus. Le fantôme l’aurait-il kidnappée ? Tournant sur lui-même, l’épée en position d’attaque, il inspecta le parterre autour de lui, à la recherche de la comédienne. Par où était-elle partie ? Où le fantôme l’avait-il emmenée ? Achille inspira un bon coup, ces questions qui revenaient toutes en même temps le rendaient malade. Prenant le temps de réfléchir, il essaya de répondre à chacune d’elles calmement. Et ce n’était pas le moment de paniquer. Tout à coup, il crut entendre des rires. Il releva la tête dans leur direction et se demanda qui pouvait bien rire, surtout après les frayeurs qu’il venait d’avoir. Serait-ce encore le fantôme ? Riait-il de son incompétence de retrouver la comédienne ? Han, il en avait marre de repenser à ce fantôme qui lui avait fichu une sacrée trouille et auquel il n’y croyait pas. Reprends-toi Achille !, se dit-il. Ce théâtre était vraiment le centre d’événements pour le moins étrange. Il pouvait s’y passer des choses les plus improbables les unes des autres. De la peur à la joie en passant par les rires, toute une panoplie d’émotions. Un centre vivant, de jour comme de nuit, même si l’on présageait le contraire la nuit. En effet, les souris pouvaient sortir danser quand le chat dormait.

Achille se dirigea vers les rires qui s’amplifièrent à mesure que l’on approchait. Il monta sur la scène par le biais d’un petit escalier, escalada la rampe et se faufila derrière le lourd rideau. Les rires continuèrent, plus forts cependant. Il n’était plus très loin. Il fit quelques pas et vit derrière une colonne deux femmes. Elles riaient de plus belle. C’étaient elles qui riaient mais pourquoi ? Qu’avait-il de si drôle ? Il s’avança dans leur direction, soulagé de ne plus faire affaire avec le fantôme. Mais il s’arrêta à quelques mètres d’elles, reconnaissant la comédienne parmi les deux femmes. Il ne comprit pas tout de suite pourquoi elle riait, ne saisissant pas encore l’ironie de la situation. L’autre femme, plus rabougrie, riait elle aussi. La comédienne répliqua que le mousquetaire était drôle à voir. Il mit un instant pour comprendre sa mésaventure, qu’il avait été la cible idéale de ces deux actrices. Le jeune homme se sentit penaud malgré les excuses de la comédienne. Les révérences maladroites de sa compagne, celle qui jouait Cathos, le fit néanmoins sourire. Elle marmonna qu’elle devait s’éclipser au plus tôt pour rejoindre sa fille qui l’attendait et s’excusa une dernière fois. Alors qu’elle filait vers les coulisses, il vit la comédienne la fusiller du regard, l’abandonnant seule face à lui. Se retournant vers lui, elle lui présenta à nouveau ses excuses et le gratifia d’un grand sourire. Que pensait Achille de tout ça ? Eh bien, il était plutôt partagé, impressionné par l’excellent jeu de la comédienne et embêté d’avoir été piégé aussi facilement. On avait joué avec lui et il était tombé dans le panneau. Il regretta presque d’être resté ici après la représentation, il aurait pu partir avec l’ensemble du public et n’aurait pas été dans le collimateur de ces deux diablesses. Oui, elles méritaient pour un moment ce surnom. Ceux qui le connaissaient bien diraient qu’il n’allait pas bouder et c’était vrai. Mais quand même ! Bon, les deux femmes s’étaient excusées, faute avouée, faute à moitié pardonnée.
    ▬ Je... bredouilla-t-il, j'accepte vos excuses.
Il garda le visage neutre, à moitié réjoui et honteux. Réjoui car il parlait avec la comédienne qui l’impressionnait tant et honteux car il s’était senti stupide, mais vraiment stupide tout à l’heure quand il protégeait la comédienne de cet assassin imaginaire alors qu’elle était derrière cette mascarade.
    ▬ Je dois reconnaître que vous avez été bluffante mademoiselle, j’ai été impressionné...
Il ne termina pas sa phrase, quelqu’un d’autre était avec eux et il venait de le remarquer.


Dernière édition par Achille de Montaron le Mar 1 Juil - 3:40, édité 5 fois
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Ven 8 Nov - 2:59


    Comme la Comédie lui avait manqué. Malgré ce temps de deuil, Philippe devait reconnaître que la "vis comica" lui était un besoin vital, une nécessité pour son bien-être et son propre équilibre.
    Aussi bien sûr qu'il était présent lors des premières reprises de sa petite troupe chérie. Monsieur le Duc s'était néanmoins demandé si la répétition de pièces qu'il avait déjà vues ne le lasserait pas. Mais Monsieur le Frère du Roi avait toujours eu une certaine fascination pour cet homme au corps brisé, à l'esprit si brillant. Certes il y avait un certain dégoût et une pitié pour lui, Philippe ne doutait pas que s'il avait vu le Sieur Scarron de visu il aurait été pris d'une fascination morbide, puis d'un certaine répulsion face à ce débris d'homme. Sans doute serait-il parvenu à outrepasser cela, sans doute oui. L'esprit du dramaturge était si éclatant et en même temps implacable envers lui-même, d'un cynisme encore plus mordant pour son apparence tordue et figée que ses détracteurs qui en restaient bien fades par la suite et incapables de l'attaquer par ce côté. N'avait-il pas fait la demande d'une pension à sa mère ? Premier Malade de la Reine. La lettre avait été pleine d'esprit lui avait dit Anne qui en avait beaucoup ri. Bien entendu Scarron avait obtenu sa pension.
    Aussi était-ce par sympathie particulière que Monsieur avait été fidèle pour "L'Héritier Ridicule". Louis avait tant aimé la pièce, alors lui aussi. Il se souvenait que son frère avait alors demandé de jouer la pièce une nouvelle fois, deux fois de suite, dans la même journée. Philippe avait été un peu ennuyé à la deuxième mais voir le sourire et le rire de Louis l'avait rapidement conduit à en faire de même, à applaudir à pleines mains, jusqu'à ce qu'elles en deviennent rouges.
    On ne pouvait pas dire non plus du Prince qu'il était le plus sage des spectateurs. Monsieur parlait, riait, frappait des mains, hélait parfois même. Lorsque Philippe d'Orléans était au parterre cela s'entendait, aussi bien par son gloussement suraiguë que l'agitation qu'il provoquait et qui était bien entendu suivie par sa petite cour.
    Bref Monsieur avait regardé "L'Héritier" avec force de rire, il s'était éclipsé pour "Cinna". Il avait eu assez de drame dans sa vie dernièrement, et puis la Tragédie avait toujours été moindre dans ses préférences, et puis Corneille était maintenant désuet, et puis là assez de répétition comme ça. Au moins Scarron avait-il eu le bon goût de mourir et de laisser ses pièces survivre pour lui. Corneille avait une vie qui ne cessait de s'allonger étirant à l'extrême sa gloire passé, poussiéreuse. Le petit Racine semblait prometteur, d'après Henriette ce qui pour Monsieur n'était pas franchement de bon augure même s'il devait reconnaître à son épouse un flair similaire au sien pour ce qui était du talent des hommes. Moindre évidemment, ÉVIDEMMENT, mais tout de même existant, Philippe était beau joueur.
    En attendant il était bien évidemment revenu pour "Les Précieuses". Il y avait trouvé de subtiles différences avec la première ainsi que des rapprochements avec "L'Héritier", preuve que Scarron restait à la page. La Scudéry devait toujours autant apprécier ces images de Magdelon et Cathos se pouponnant et minaudant sur leur fausse véritable origine. Cela était d'autant plus plaisant que Monsieur connaissait une foule de personne qui correspondait à ces deux portraits.
    Il pensait néanmoins que le costume de la Béjart était fort intéressant pour ce qui était de la parure. Il repenserait à faire usage de ces plumes et s'amuserait à voir en combien de temps les courtisans rejoindraient son exemple. Outre cela Monsieur pensait que c'était fort joli.

    Philippe se leva de son séant non sans avoir applaudit à la fin de la représentation. Les Comédiens le méritaient bien mais le Frère du Roi comptait bien presser quelque peu ses saltimbanques. Ils n'espéraient tout de même pas resservir au Roi les plats réchauffés d'une dizaines d'années tout de même ? Connaissant Molière il savait déjà que ce n'était pas le cas pourtant cela ne faisait aucun mal de faire un petit rappel à l'ordre. Qu'il ne soit pas aussi précieux que ses précieuses pour préparer sa pièce, cela serait fort dommageable. Il n'aimait pas attendre.
    Monsieur se levait donc et se retira du parterre en riant avec ses doux compagnons. Il se retirait pour prendre la collation et comme à son habitude se laissait entouré par la plupart des personnes présentes, ce qui lui plaisait fortement.
    Il clama haut et fort avec les autres qu'il était temps que Molière revint sur scène. Un peu plus et on aurait dû se contenter des Italiens. Quel dérision dans un royaume où l'on voulait clamer l'art français si ses représentants reposaient sur leurs lauriers. Un chevalier se proposa pour aller pourfendre la fainéantise de ces diables de comédiens. On l'applaudit dans des rires et des boutades moqueuses. Monsieur s'avança donc en direction de sa quête, décidant pour cela de passer par les étages  supérieurs qui lui donneraient l'occasion d'atteindre rapidement la loge du dramaturge. Suivit à distance de son cortège, le Frère du Roi s'avançait de son pas gracile et chaloupé qui en avait fait rire plus d'un, dont son frère, il y a de nombreuses années. Chevalier burlesque, Virgile travesti ou presque.

    Mais en arrivant dans la salle, en haut des gradins, Philippe haussa les sourcils. D'un geste il intima à ses courtisans le silence, le recul même et s'avança seul vers le balcon, s'appuyant contre une colonne pour observer.
    Il reconnaissait en bas Madeleine Béjart, en train de... s'amuser à terroriser un jeune damoiseau.
    Le sourire du Prince naquit aussitôt sur ses lèvres charmantes.
    Il observa le manège de la Béjart voyant sur la scène ladite Cathos dissimulée derrière le lourd rideau. Philippe retint un gloussement lorsque Madeleine indiqua un mouvement avec une terreur parfaitement imitée sur son visage. Il dû se dissimuler pour échapper au regard du jeune étourdi qui avait l'épée fort agitée. Il en blesserait un fauteuil s'il continuait.
    Bien entendu Son Altesse fort Royale trouvait la situation fort cocasse, fort drôle et nouvelle. Enfin un peu de nouveauté. Diable, il était temps.
    Philippe glissa dans les ombres du balcon, se dirigeant vers les coulisses tout en observant le manège qui se poursuivait. Cette Béjart était une diablesse s'amusait-il, une diable de femme.
    L'éclat de rire lui fit relever le regard, élargit son sourire une nouvelle fois. Oh  Monsieur était parfaitement entré dans le jeu maintenant. Il savait ce qu'il devait faire. Le Prince qui n'avait plus l'air si prince que cela pénétra dans les coulisses, descendit l'échelle qui se trouvait dans les machineries un peu plus loin. Il chercha autour de lui, trouva un masque qu'il jugea parfait et que les Italiens avait dû oublier là. Le visage surpris, le nez plus que long, la peau noirâtre, Philippe s'en attifa rapidement. Il mit aussi sur ses épaules une vieille cape miteuse qu'il avait trouvé sur son passage. Il pensa à ses talons hauts et rouges... Qu'importe, ce n'est pas cela qu'ils verraient, pas immédiatement.
    Satisfait de son attirail, le fantôme du Palais-Royal s'avança dans les coulisses en évitant soigneusement les Comédiens qui se marchaient sur les pieds et tentaient de s'activer pour aller retrouver leurs occupations favorites : boire, chanter, rire, rimailler sur les vers et les verres.
    Il arriva enfin discrètement auprès du petit trio qui était resté sur la scène, les regardant un instant. Le Prince dût se reculer soudainement, le jeune jouvenceau avait tourné le regard vers lui et l'avait vu. Il se retira aussitôt en grimpant l'échelle qui montait à la machinerie. Il ployait sa figure, la tordait, essayant de prendre la pose que Scarron avait eu durant la plus grande partie de sa vie. Il était certain que le vieil homme aurait chaleureusement  approuvé l'emploi de sa silhouette dans ce but. Peut-être même l'aurait-il fait lui même s'il avait pu se servir de ses jambes. Monsieur lui rendait donc hommage tout en s'amusant et cela l'enchantait.  Achille n'avait vu qu'un masque grotesque et une cape s'éclipser. Tant mieux, cela les inquiéterait déjà.
    Au sommet, il y avait là des restes de chars volants qui avaient été installés pour les badineries des Italiens et dont on avait pas eu le temps de se défaire. Philippe trouva l'occasion parfaite.  En finissant de grimper à l'échelle il tomba nez à... péninsule (comme le qualifiera un grand auteur plus tard mais pour un autre personnage) avec un machiniste qui terminait de ranger les cordages. Aussitôt Philippe fit taire la peur qu'il voyait sur son visage d'un geste prompt et d'une souffle autoritaire qu'il avait emprunté à son frère.


    -Un Louis d'Or si tu fais tomber le grand rideau et que tu me fais descendre sur ce char dans le même temps.


    C'était une petite fortune qu'il proposait là. Les yeux de l'homme s'écarquillèrent de surprise.


    -M... Monsieur, on me fera battre si je fais une telle chose... et si vous abîmez quoi que ce soit on me chassera et vous...
    -Ne t'inquiète pas de ça, tu veux ce Louis ou non ?
    -Monseigneur si le Prince...
    -Ventrebleu si tu ne m’obéis pas,
    siffla-t-il en montrant la garde de son épée, je t'expédie ad patres et tu n'auras ni Louis, ni vie.

    Étrangement notre machiniste fut convaincu. Philippe fort satisfait, restant tout perclus qu'il était, monta dans ce char qui ferait son triomphe.

    Spoiler:
     
    Le machiniste, emporté par la perspective de gagner en quelques instants pratiquement cinq mois  de salaire, se fit fort zèle. Le rideau tomba lourdement dans un bruit de tous les diables entraîné par son propre poids, dévoilant la salle qu'il dissimulait et dans un cri terrifiant, écartant les pans de sa cape noire, Philippe d'Orléans, Fils de France, Frère Unique du Roi dévalait sur son char chimérique la courte descente qui le séparait du sol de la scène.

    -TRRRRRREMBLEEEEEEZ PÔÔÔÔVRRRRES MORRRRTEEEEELS !!! LE COURRRROUUUUX DU CIEEEL S'ABAT SOUURRRR VOUUW !!


    Fallait-il ajouter que Philippe, à force de tragédies et d'entendre les maîtres du genre les exécuter devant lui, savait sur le bout des doigts quel ton et quelle prononciations employer pour rendre sa voix aussi terrible que ridicule si l'on n'était pas pris par l'effet de surprise. Rouler les r, rouler des yeux, faire des trémolos avec sa voix. Tout dépendait de l'impression qu'il donnait à ces pauvres spectateurs qui durent bondir hors de son chemin pour ne pas se prendre un char en carton.
    Il manqua tomber de son véhicule mais se rattrapa de justesse en sautant au sol, s'approchant aussitôt des dames dans de grands mouvement de cape pour les faire reculer si elles n'avaient encore fuit. Il s'arrêta néanmoins à distance car il n'avait pas oublié l'épée nerveuse du jeune homme.
    Et puis... enfin... sa discrétion l'étouffant jusqu'à présent, Philippe se mit à rire sans plus pouvoir se retenir ou s'arrêter. Leur tête avaient été magnifiques. Oh Dieu ! Qu'on l'arrête, il riait tant. Il en avait déjà mal au ventre. Plus loin, au balcon, là où il l'avait abandonné, sa petite cour était restée stupéfaite du spectacle qui venait de lui être donné.

De la suite de notre rp:
 
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Mar 19 Nov - 21:19

Elle esquissa un sourire satisfait lorsque le jeune homme reconnu son talent. Cependant elle n’eut pas le mauvais goût et l’orgueil d’opiner, se contentant d’un hochement de tête qui fit office de remerciement.
A présent qu’elle se tenait face au mousquetaire et avait le loisir de laisser trainer son regard sur les traits de son visage, Madeleine jurait connaître la raison de cette impression de déjà-vu. Dotée d’une mémoire que ses contemporains jugeaient pour le moins extraordinaire –et c’était sans doute la seule de ses qualités vis-à-vis de laquelle elle ne faisait pas de modestie- elle n’eut aucun mal à se souvenir de cette désagréable soirée durant laquelle il repoussa loin d’elle un homme qui, au détour d’une rue, avait fait preuve d’odieuses avances à son égard. Elle l’avait d’ailleurs à peine remercié, devant à ce moment se presser d’aller voir une amie malade.
Mais peut-être ne se rappelait-il pas cet épisode et l’avait-il traqué pour une toute autre raison. Elle feignit ainsi le doute.

- Etonnamment votre visage m’est familier, nous somme-nous déjà…
Mais la comédienne n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’elle fut interrompue par le bruit sourd du rideau qui tombait dans son dos. Et à peine eut-elle fait volte-face qu’un char fendait l’air en sa direction. Bien sûr, la surprise de voir un tel véhicule comme tomber du ciel, soutenant un diable qui criait sa supériorité immortelle à pleins poumons, la Béjart ne songea à remettre en doute le caractère réel de ce qui fonçait vers elle. Oubliant jusqu’à l’existence même du mousquetaire, elle eut pour seul réflexe de s’écarter en hurlant.

- Aaaaaaah !
Tout s’enchaîna si vite. Un démon tombé du ciel. Une cape noirâtre qui lui intimait de reculer encore un peu. La syncope qui n’était pas loin –diable, vous pourriez épargner son pauvre cœur !-. Et tout d’un coup un rire que son subconscient jugea d’abord machiavélique, puis beaucoup trop familier. Sans doute son imaginaire qui cherchait à la rassurer. Ou une ruse du malin ? Peut-être… Véhicule qui descendait du ciel pour aller aux enfers, intonation pertinente et visage caché de la vue des sujets terrestres, le tout n’allait pas sans convaincre.
Spoiler:
 
Quoique. Non ! Non… Assurément pas quand on y regardait à deux fois. Un détail singulier venait de lui sauter aux yeux, balayant tout doute sur son passage. Ce jeune homme perché sur talons rouges avait-il réellement cru qu’il la bernerait longtemps du haut de son déguisement et de sa voix tonitruante ? Alors qu’il était toujours plié en deux, elle lança un rapide regard au mousquetaire, qui, tout comme elle l’avait été jusque lors, semblait sur le coup de la surprise. Puis releva la tête afin de constater les visages incrédules de la petite cour du Prince qui était restée sagement à un balcon. Et finalement vint poser des yeux mi amusés mi sévères en direction de l’auteur de cette bien bonne farce. Il souhaitait jouer ? Alors soit.

- Je. Je. Elle chancela, portant une main à son front… Oh Seigneur. Et tomba en arrière. Tout en prenant bien sûr soin de trouver les bras du jeune chevalier plutôt que le sol. Espérons simplement qu’il ait à cœur de la retenir plutôt que de la laisser s’étaler par terre.

Pauvre Madeleine aux nerfs malmenés par un duc ô combien trop persuasif et dont elle espérait bien qu’il s’inquiétât au moins de savoir s’il ne l’avait pas tuée sous le choc. Elle ne feignit cependant pas l’inconscience plus de quelques secondes. Battant faiblement des cils et fixant le visage du mousquetaire comme s’il s’agissait d’une apparition angélique, elle demanda en un murmure où elle se trouvait. Avant de se relever doucement, s’aidant en posant la main sur l’épaule de ce presque inconnu.
Mais comme si d’un coup la comédienne venait de reprendre conscience de la réalité –appelons cela réalité…-, elle porta une main à sa bouche, l’air parfaitement effaré.  

- Quelle indécence, s’exclama-t-elle à l’égard du chevalier. Elle fit un pas un arrière. A la vue du ciel vous avez l’audace de me serrer ainsi contre vous ? De nouveau elle fit un pas en arrière, accompagnant cette fois son mouvement d’un index accusateur pointé en direction d’Achille. Reculez, mon ami, reprit-elle alors qu’une distance de presque deux mètres les séparait à présent, ou votre effronterie ne fera qu’attiser le divin courroux.

Bien sûr Madeleine ne pensait pas un mot de ce qu’elle avançait, mais ne refusait pas de mettre à l’occasion ce masque de prude dont on l’avait pas le passé déjà affublée. Et la tentation de rebondir sur la plaisanterie de Monsieur avait été trop forte. Avant de se retourner en direction du dit divin courroux, elle articula silencieusement une dernière phrase à l’encontre du chevalier, tentant de rendre son muet propos plus compréhensible grâce à un geste discret. Celui qui était capable de lire sur les lèvres y aurait sûrement compris quelque chose qui s’approchait de « je suis vraiment désolée ». Cependant point trop d’excuses à demi compréhensibles, il lui fallait à présent se mourir de terreur devant un esprit maléfique tout juste descendu sur terre.

- Ô, céleste divinité, je vous supplie d’épargner une pauvre mortelle qui devant vous n’a que respect et crainte.  
Elle tomba à genoux, les mains jointes, devant le prince. Cependant, à la perspective de se relever avec une robe affreusement sale Madeleine regretta presque instantanément son goût trop prononcé pour le jeu, mais ne le laissa pas paraître.

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Dim 5 Jan - 12:07

Un masque difforme, de type Arlequin, avait surgi de l’obscurité et disparut autant qu’il était venu. Cette apparition, comme sortie des entrailles de la terre et mimant la terreur, manquait d’achever le jeune mousquetaire. Son cœur allait le lâcher d’un jour à l’autre s’il continuait à trembler de peur ainsi. Il avait traversé toute une panoplie d’émotions et affrontait ce soir les pires peurs de son existence. Achille se souviendrait à coup sûr de la soirée la plus effrayante de sa vie.

À la vue de ce masque horrible, Achille avait ressenti un frisson de peur le parcourir. Que se tramait-il encore dans ce théâtre ? Bien qu’il ait soufflé de soulagement après le manège de la comédienne et de sa comparse, il redoutait à présent de revivre une frayeur pareille, mais cette fois avec le vrai fantôme de Palais-Royal. La comédienne ignorait peut-être son existence et n’imaginait certainement pas qu’il existait réellement. Sinon elle n’aurait pas monté de toute part avec son amie cette mascarade destinée à effrayer le pauvre cœur du soldat.

Alors qu’il se détournait de l’endroit où il avait vu subitement apparaître le masque, la comédienne ne vit pas l’expression de peur qui se lisait sur son visage. Elle oubliait la présence du jeune soldat à ses côtés, se concentrant plutôt sur sa mémoire. Elle cherchait à comprendre cette impression de déjà-vu qui la taraudait depuis qu’elle avait aperçu le mousquetaire bien auparavant sur le parterre. Reprenant soudain conscience, elle le détailla du regard mais ses traits terrifiés avaient dès lors déjà disparu. Il ne voulut pas l’inquiéter davantage, après tout, ce masque était peut-être l’apparition sordide d’un énième farceur qui se jouait encore d’eux. L’œuvre d’un Italien ayant un goût fort prononcé pour la mesquinerie ?

L’esprit embrumé, Achille secoua discrètement la tête afin d’y voir plus clair. Une partie de lui-même n’était pas en confiance, redoutant un autre sale coup du fantôme. Maintenant il y croyait et sa petite voix lui disait de quitter le plus vite possible cet endroit. Il se rapprocha de la comédienne pour lui faire part de ses inquiétudes mais elle cherchait toujours dans les tréfonds de sa mémoire. Il s’arrêta en route car il entendit soudain un léger bruit au-dessus de leurs têtes. Levant la tête, il ne vit rien, que l’obscurité noire. Cependant, il savait qu’au-dessus il y avait les poulies et les guindes qui servaient de support aux décors de théâtre, tout un ensemble de cordes géré par un machiniste.

Pourtant, les coulisses étaient presque vides à cette heure-ci. Les gens partaient et rentraient chez eux, ils avaient fini leur travail. Qui pouvait bien traîner en-haut entre les cordes ? Se rapprochant encore de Madeleine, Achille tendit l’oreille mais c’était le calme complet dans la salle. À présent que le jeune soldat fût suffisamment proche de la comédienne, elle eut le loisir de contempler plus ses traits sans qu’il s’en aperçoive. Ce qui l’occupait était le bruit qu’il venait d’entendre. Un autre mais le même. Il plissa son front, très inquiet par ce qu’il entendait, et tendit encore plus l’oreille, désormais à l’affût du moindre bruit. La voix de la comédienne le perturba, elle venait enfin de le reconnaître. Il voulut bien lui répondre poliment mais se contenta de lui lancer un chut agacé.
    ▬ Chut... vous entendez ?
Au moment où il lui parlait, le bruit recommençait mais plus fort. Il fronça les sourcils, commençant à reconnaître ce bruit, le bruit d’un... Le frottement d’une corde  qui s’enroulait pour laisser... Le bruit se rapprochait et, comprenant soudain qu’il arrivait au-dessus de sa tête, le mousquetaire n’eut que le réflexe de plonger sur le côté, comme si une bombe tombait sur lui et qu’il fallait absolument l’éviter. Il atterrit lourdement sur le sol parqueté en geignant de douleur au même moment que le rideau de scène. Celui-ci s’affaissa dans un bruit sourd et souleva un nuage de poussière sur la scène. Achille suffoqua et peinait à se relever quand une voix caverneuse, venue des Enfers et accompagnée d’un char, fonçait en criant vers eux. Toujours à terre, le mousquetaire se recroquevilla sur lui-même et plaqua les deux mains sur ses oreilles, protégeant ses tympans de cette voix sortie de nulle part. Il pensa tout de suite à la Béjart, à ce qu’elle devenait mais il l’entendit hurler non loin de là. Elle paraissait sauve.

La voix s’était tue, s’ensuivit d’un bruit de cape et Madeleine qui reculait des pas hésitants. C’est tout ce qu’entendait pour l’instant le mousquetaire dans ses oreilles. Il avait toujours le visage caché au sol et se décida à le relever quand il n’entendit plus aucun son. Que s’était-il passé ? Il se remémora calmement les différents événements qui se succédaient depuis la fin de la représentation car tout s’était enchaîné en une fraction de minute. Le rideau qui se détachait, le char qui dévalait vers eux... Le jeune soldat porta la main à son épaule endolorie, elle avait cogné violemment le sol quand il avait sauté pour échapper au rideau. Rien que de la toucher le fit gémir de douleur. Il se leva péniblement et entendit des rires dans la direction où il marchait. Le nuage de poussière retombait peu à peu mais on voyait toujours trouble. Il s’avança encore vers les rires et vit la personne en question se tordre de rire. Il s’écria impulsivement :
    ▬ Ma parole, vous êtes un gros malade, vous avez failli nous tuer !
Il chercha la comédienne des yeux et la retrouva rapidement. Son regard se portait vers les balcons derrière lui. Alors il se retourna et nota avec étonnement la présence de petites têtes sur l’un des balcons. Des courtisans à en voir leurs habits. Achille ne s’était pas douté d’eux, les croyant déjà partis. Mais non, ils étaient restés et assistaient surpris à la représentation théâtrale de... Il n’eut pas le temps d’observer plus longtemps le démon qui riait toujours et encore. La Béjart s’était évanouie devant lui et il l’avait attrapée à temps. En même temps, il gesticulait de douleur car il tenait difficilement la comédienne avec son épaule blessée. Il la posa lentement au sol tout en prenant soin de l’allonger. Puis tâta son épaule, elle n’était pas déboîtée fort heureusement. Quelle chance avait-il eu ! La douleur viendrait du choc, de la pommade et quelques bandages devraient suffire pour que la douleur parte. Dans l’armée, il avait déjà eu le bras et les côtes blessés. C’étaient les risques du métier mais au moins il restait en vie. Bougeant délicatement l’épaule qui lui faisait mal, il constata quelques secondes plus tard que la douleur s’amenuisait déjà.

Les yeux penchés sur la comédienne, il la regarda battre des cils. Elle lui demandait dans un murmure où elle se trouvait.
    ▬ Vous êtes au théâtre mademoiselle, vous vous en rappelez ?
Pour se lever, elle prenait appui sur la mauvaise épaule. Un râle s’échappa des dents d’Achille et il replaça sa main dans son dos. Quant à l’autre main, elle était sur l’épaule opposée. Puis, s’aidant des jambes, il la remit debout. Mais eut-elle à peine de poser le pied à terre qu’elle se dégagea vivement de lui, un doigt accusateur en sa direction. Le jeune mousquetaire ne comprenait rien à ce qu’il venait d’arriver et la regarda incrédule. Il tenta de se rapprocher pour la raisonner mais elle reculait encore. Il balbutiait des « mais » muets avant d’éclaircir la voix :
    ▬ Mais, mais... C’est à n’y rien comprendre... Mademoiselle, reprenez-vous !
Il eut la soudaine impression qu’elle marmonnait un propos inaudible entre ses dents. Il se concentra sur ses lèvres qui formaient un « je suis vraiment désolée ». Reculant de surprise, il se demandait si elle était pleinement consciente de ce qu’elle faisait. Car elle s’approcha du dit-démon et l’implora à genoux. Il se dirigea vers eux mais détourna rapidement la tête en criant de stupeur lorsqu’il vit ce que le démon portait sur son visage. Le même masque, noir et difforme, qu’il avait entrevu quelques minutes plus tôt. Ainsi cet être les guettait tous les deux depuis longtemps et avait préparé à l’avance son plan. Enfin, c’est ce qu’il supposait.
    ▬ Mademoiselle, reculez ! cria-t-il à la Béjart, il n’est pas ce qu’il prétend, ce n’est ni un dieu, ni un...
Spoiler:
 

Achille s’était brusquement arrêté, le silence retombant autour d’eux. Il avait les yeux fixés sur les pieds du démon et regardait attentivement la couleur de ses talons. Ils étaient rouges. Rouges comme le sang. Rouges comme... Il releva sa tête vers son masque, devinant la personne qui se cachait dessous. Le masque pendait presque, certainement depuis l’atterrissage un peu brutal du char. Le soldat retint un cri de surprise.
    ▬ C’est... mais c’est... Ah, pardonnez-moi Monseigneur, je ne vous avais pas reconnu et j’espère ne pas vous avoir offensé avec mes propos assassins tout à l’heure.
Il se mit aussi à genoux, devant le Fils de France.


Dernière édition par Achille de Montaron le Mar 1 Juil - 3:52, édité 4 fois
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Mar 11 Fév - 15:46


    Il n'avait pas autant ri depuis des jours, non des mois. Comme c'était libérateur, puissant et enivrant à la fois. C'était comme sentir une main sur son corps qui délivrait chaque nœud de tension, de peine et de douleur.
    Dieu que c'était bon.
    Comment le Christ n'avait-il pu rire au moins une fois dans sa vie ? Avec ce fardeau sur ses épaules, comment ? Même Louis riait. Le plus grand Roi du monde et de l'Univers riait.
    Monsieur avait ses pensées hérétiques qui faisait de la Bible un livre à trou. Jésus n'était-il pas homme ? Aussi assurément le Fils de Dieu avait ri... Il en était certain. Le rire ne pouvait pas être le seul apanage du démon. Les théoriciens qui avaient établi cela étaient stupides.
    Ou ne devaient pas rire souvent.
    Oh Dieu il en pleurait. Tant bien que mal le royal fantôme tentait de se reprendre et laissait passer des rires étouffés, trahis par le tressautement de ses épaules noires.
    Et la fureur du jeune garçon ne le choqua pas. C'eut été être mauvais joueur que de s'offusquer d'une telle réaction.
    Son rire se calma lorsqu'il vit la Béjart s'évanouir. Ah... Non. Philippe ne supportait pas les évanouissements, cela le terrifiait et il laissait le plus souvent les évanouis à d'autres qu'à lui-même.
    Pendant un quart de seconde il regretta ce qu'il venait de faire.
    Fort heureusement le mousquetaire fut là pour sauver la situation comme il le devait. Bien. C'était très bien. Monsieur reprit son sourire en voyant la Béjart reprendre ses esprits. Pour s'amuser il restait encore tout tordu, et cassé en deux, observant le couple impromptu.
    Il haussa un sourcil derrière son masque en entendant la Béjart. La vivacité de cette femme, sa capacité d'adaptation forçait l'admiration du Prince depuis de longues années à présent et encore une fois elle lui prouvait combien il avait raison.
    Monsieur comprit dès la première phrase que Madeleine était revenu de sa terreur et si elle ne l'avait peut-être pas reconnu fermement, tournait maintenant la situation à son avantage.

    Telle une bête qui rôde, Philippe dut retenir son rire excité par la prestance de Madeleine et surtout le regard de totale incompréhension du jeune Mousquetaire.
    Pauvre, pauvre garçon.
    Derrière son masque Philippe avait écarquillé les yeux pour que leur blanc contraste avec sa peau noirâtre et ses pupilles de même couleur
    Déformant sa voix, conservant le ton tragique, il répondit à la Béjart en se redressant de toute sa hauteur, autant que hauteur puisse signifier pour notre petit Prince.

    -De ne point nous tromper, les dieux vous donnent avis
    Car nous savons bien que sous nos yeux glorieux
    N'est point une mortelle à la tremblante vie
    Mais une déesse acclamée par les Cieux.


    Il lui tendit la main pour se redresser, ayant lui-même retrouvé son port princier.
    Le mousquetaire appela son regard en voulant défendre la jeune femme. Comme il était adorable.
    Et... ah, à sa stupéfaction à son regard médusé, Philippe compris que la lumière s'était faite dans l'esprit du jeune homme. Il eut un gloussement amusé en le voyant s'incliner et se mettre à genoux.
    Pauvre, pauvre garçon.
    Monsieur n'avait pourtant aucun regret.

    -Je n'aurais pas la prétention de me déclarer dieu ou diable monsieur, quoique certains s'y plaisent parfois et plutôt dans la dernière évocation que la première. Relevez-vous, c'est moi qui espère votre pardon à présent, c'était une bien méchante farce... Mais elle m'a plu, ajouta-t-il dans un gloussement.

    Il retira son masque qui ne servait plus et tourna son regard pétillant orné de son sourire vers la Béjart.

    -Vous étiez sublime Mademoiselle, je n'ai pu faire autrement que de me prêter à votre jeu,
    dit-il d'un ton guilleret en embrassant délicatement sa main. La tentation l'a emportée sur le pauvre pécheur que je suis.

    Il les regardait tout les deux et il n'aurait manqué au prince qu'un ronronnement et une queue nonchalante pour confirmer sa satisfaction d'avoir joué avec ses proies.

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À s'habiller sans péril, on triomphe sans goût
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Dim 23 Mar - 22:19


Le malin. Voilà qui lui allait diablement bien. Ou simplement le prince était-il un vilain garnement. Quel que soit le titre qui lui revenait, on ne pouvait en tout cas pas lui retirer que sa plaisanterie, entre frissons et rires, avait été une jolie réussite. Quoi qu’elle en ait été une des cibles à son commencement de par son tempérament la comédienne ne pouvait se résoudre à lui en vouloir. Et quand bien même cela aurait été le cas, Madeleine n’aurait, ô Grand Dieu, jamais eu l’audace de le faire savoir. Elle avait passé toute une vie à courber l’échine devant la noblesse et ce n’était assurément pas face à ce royal protecteur que les choses allaient changer. Car se surprenant parfois à éprouver pour le prince d’amicaux sentiments, il n’en restait pas moins une hauteur de tête au dessus d’elle. Déjà qu’elle –autant que chaque membre de la troupe- se trouvait incapable d’aller quémander les quelques centaines de livres qu’il avait un jour promises et donc personne n’avait jamais vu la couleur, le contredire sur son sens de l’humour : jamais. On trouvait en mademoiselle Béjart d’autant plus d’indulgence que Monsieur déclamait pour elle quelques flatteurs alexandrins qui n’étaient pas sans laisser son ego de marbre. Si la comédienne avait bien des qualités, on ne pouvait lui nier une certaine vanité.
Sous les vers qui la faisaient doucement sourire la comédienne se releva donc, aidée par Monsieur, lissa de ses deux mains sa robe tout en riant silencieusement de ces excuses qui à défaut du fond avaient au moins la forme. L’écoutant sans piper mot, elle trouva à Monsieur quelque chose de surprenant et pétillant dans le regard, un mélange d’espièglerie, de spontanéité et de fierté.
Au compliment qui suivit elle répondit par la surenchère.

- Malgré toute la sévérité du monde il me faut vous reconnaître une mise en scène et un jeu qui badinaient avec l’excellence, monsieur –et sans doute suis-je impertinente à vous nommer ainsi– le démon.
Derrière la flatterie évidente se cachait néanmoins une pointe de vérité. Habitée par son personnage, le duc avait été somme tout convaincant. Et ne serait-ce que pour l’audace de l’improvisation il méritait bien un accessit.
Son regard se porta promptement sur ces talons rouges reconnaissables à deux lieues à la ronde et ses épaules se haussèrent non sans une certaine nonchalance.
- Quel dommage que votre costume vous ait trahi quand la perfection vous tendait les bras, Votre Altesse.

Ou plutôt heureusement. Car sans ces indices laissés derrière lui, il eut été probable que Madeleine en soi encore à crier au démon. A force de maudire chandelles trop vite usées, ouvreurs paresseux et italiens mal ordonnés, un ténébreux émissaire du diable serait venu se manifester qu’elle y aurait cru. On avait beau se moquer de l’Eglise, il n’en restait pas moins qu’on croyait au courroux de Dieu, et de l’autre. Madeleine était critique vis-à-vis de l’institution, loin d’être hérétique, bien au contraire.
Mais si elle s’était vite remise de sa frayeur pour entrer sans hésiter dans le jeu qui lui tendait les bras, de toute évidence le mousquetaire ne partageait pas ses sentiments. Et si la vérité lui avait été rapidement dévoilée, il n’y avait sur son visage pas plus d’yeux rieurs que de dents découvertes. Pauvre garçon. A présent qu’elle était rassasiée en rires Madeleine se retint de tout rictus narquois et se tourna vers le mousquetaire pour poser doucement une main sur l’avant-bras du jeune homme.

- Mon pauvre ami, vous n’avez pas été plus épargné qu’un cromwellien face à un Stuart.

Certes, la comparaison était largement exagérée. S’il avait été un peu malmené il n’y avait eu ni cruauté ni même intention de nuire. Mais l’hyperbole était une figure de style qu’elle appréciait tout particulièrement et qui avait le mérite de rendre l’idée limpide. Quoique. Question de relativité et de contexte.
Le pauvre jeune homme n’avait tantôt pas été ménagé. Successivement cible de deux comédiennes espiègles et d’un prince sans scrupule lorsqu’il s’agissait de son bon plaisir, le mousquetaire avait le mérite d’avoir su garder son sang-froid, malgré une épaule qui vraisemblablement le faisait souffrir. Car à sa place ils auraient été nombreux à sortir de leurs gonds.

- J’ose espérer qu’à l’avenir cela ne vous tiendra pas éloigné de ce théâtre monsieur de…

A cet instant Madeleine se rendit compte qu’elle ne connaissait pas même son nom. Par deux temps ils se croisaient et pas une fois elle n’avait eu la curiosité ou la politesse de s’enquérir de son identité. Se montrer si familière quand tous deux n’avaient pas même été présentés : c’était d’un manque de savoir vivre sans équivaut.

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Lun 7 Avr - 22:15

Lorsque, de toute sa hauteur, le vil démon énonça un quatrain en toute impunité, tarissant d’éloges le talent inouï de mademoiselle Béjart, l’une des comédiennes les plus illustres de son temps, les yeux du mousquetaire s’écarquillèrent encore plus, se retrouvant une énième fois dans une totale incompréhension. Le regard toujours fixé au sol et sans avoir l’esprit clair, il ne releva point tout de suite sa tête, ni sa jambe agenouillée. Cependant, sur le côté, il vit que le noir démon aidait la comédienne à se relever. Diable, que fabriquait-il ? Le jeune soldat gardait encore en tête l’image obscure d’un vilain personnage qui descendait des Cieux en hurlant la mort à pleins poumons. Celle de Monsieur, le frère du Roi, campant sous cet accoutrement démoniaque, n’avait toujours pas filtré dans son esprit, dorénavant sous le choc de la révélation.

Ses talons criants de vérité l’avaient trahi, sans cela il serait venu à la conclusion que ce démon existait bel et bien. Fort intelligent, il aurait douté le contraire mais la faute à ses croyances religieuses qui avaient pris le dessus. Rassuré à présent de savoir qu’il ne s’agissait là que d’une incarnation des plus réussies du malin, il ne digérait néanmoins pas complètement le diabolique piège que lui avait tendu le royal homme. Il ne pardonnait toujours pas à cet indéniable farceur de n’avoir été qu’un pion avec Madeleine dans son jeu. Et visiblement, il avait été concluant. Monsieur se réjouissait de s’être donné ainsi en spectacle et d’avoir terrorisé les pauvres cœurs sensibles de la comédienne et du mousquetaire. Ah, quelle double épreuve ce dernier avait-il vécu ce soir ! D’abord le tour de Madeleine, puis celui de Monsieur. Terriblement il s’en voulut de s’être laissé facilement avoir, comme un pigeon.

Le soldat baissa la tête, confus de s’être fait piégé par deux grands, tels que Monsieur et Madeleine. Celle-ci relevée et aidée par le premier, il entendit ses talons claquer sur le parquet ciré de la scène, signe qu’elle s’était remise debout, et fronça légèrement les sourcils quand elle le félicita pour son interprétation fort excellente, non sans une pointe de flatterie dans la voix. Bien que le mousquetaire partage entièrement son point de vue, il éprouvait toutefois une petite rancœur à l’égard de ces deux personnes. Successivement elles avaient habilement dupé le jeune homme et il ne leur pardonnait pas cela, du moins pas dans l’immédiat. Mais comment ne pas pardonner à la comédienne dont les talents passaient outre ces hauts murs et à ce duc de sang royal dont il servait le frère. Achille releva délicatement le menton à la mention du pardon. Monsieur leur demandait le pardon, même s'il admettait avoir pris un malin plaisir à leur jouer un sale tour.

Malgré la colère qui l'habitait, le mousquetaire ne laissa rien paraître sur son visage et garda son sang-froid. Les yeux en l'air et la mâchoire étonnamment desserrée il observait le petit homme perché sur ses talons se défaire de son masque et les regarder tous deux. Son regard noir empreint de malice, de fierté, et de satisfaction témoignait de son plaisir d'avoir été le chat jouant avec les souris. Quel amusant personnage ! Le voilà comblé par son jeu, se délectant du résultat obtenu. Au fond de lui, le soldat dut reconnaître que Monsieur avait été surprenant, tout débordant de fantaisie et remarquable dans sa prestation du Diable courroucé. Mais cela n'excusait pas pour autant toute cette mise en scène dans laquelle il avait joué un rôle sans le savoir, et qui n'était pas exempt de tout danger. En effet, personne n'en fut épargné, ni même l'épaule d'Achille.

Lentement, le mousquetaire se redressa et veilla à ne pas trop ménager son épaule endolorie. Évidemment, aucun des deux ne pensa à venir passer un bras sous l'épaule pour l'aider à se relever. Certes, en même temps, ils ne pouvaient pas deviner aisément qu'il souffrait à l'épaule car il refoulait sa souffrance sous un visage quasi impassible. Tant qu'il ne ferait pas de mouvement brusque à l'épaule, ses traits ne gesticuleraient pas de douleur. Il tenta de la bouger pour ne rien laisser paraître mais la douleur revint, aussitôt il plaqua sa main sur l'épaule pour la calmer. Soudain, il sentit un doux contact sur son avant-bras. Levant la tête vers le visage de la personne à qui appartenait la main, il vit non sans surprise que la comédienne le regardait attentivement. Ses yeux ronds scrutaient à nouveau les lignes de son visage, comme pour se familiariser avec. Le mousquetaire tourna la tête vers le duc quand il entendit la Béjart le comparer grossièrement à un cromwellien face à un Stuart, pour reprendre ses termes.

Ces dernières années, il avait eu vent des changements de régime dans le Royaume d'Angleterre, au-delà de la Manche. Cromwell, à la tête du Commonwealth puis d'un Protectorat, avait été décapité après sa mort, au retour de la monarchie. Comme disait Madeleine, il n'avait pas été épargné face au roi en date, Charles II, un Stuart qui avait ordonné qu'on expose sa tête sur un pieu pendant longtemps au peuple et qu'on jette son corps dans un puits. Une histoire qui lui faisait toujours froid dans le dos. Et Achille n'appréciait pas la métaphore avec Cromwell. C'en était presque offensant. Ses mésaventures de ce soir n'avaient rien à voir avec les siennes, qui étaient bien pires. Il lança un regard furtif mais appuyé à la comédienne pour lui signifier sa désapprobation et resta silencieux. Déglutissant avec peine, il revint vers Monsieur mais Madeleine l'interpella une nouvelle fois. Elle lui parlait de théâtre, ah enfin un sujet qui le faisait doucement sourire. Mais elle bloqua sur son nom. Nom qu'elle ne le connaissait pas d'ailleurs, par deux fois ils s'étaient vus et elle ne savait toujours pas qui il était.
    ▬ Montaron, mademoiselle. Chevalier Achille de Montaron, pour vous servir. Non, bien sûr que non...
Il esquissa une légère révérence à la comédienne et son sourire disparut aussi vite qu'il était venu à la fin de la phrase. Réprimant une grimace, il se força à tirer sur ses lèvres pour redessiner un nouveau sourire sur son visage, malgré les vives émotions qu'il venait de vivre. Mentalement, Achille se ressassait les différents événements qui s'étaient écoulés depuis la fin de la pièce, et bizarrement il parvint à positiver. Le mousquetaire ne cherchait absolument pas la vengeance, d'autre part il n'y pensait même pas. À quoi bon ? Il se mangeait froid et il détestait cela. Du moins, sur les bonnes personnes. Il eut soudain une illumination dans son esprit qui se traduisit par un sourire en coin. Rien de bien méchant. Il accrocha son regard sur le Fils de France, posté derrière la comédienne, et lui déclama haut et fort :
    ▬ Vous êtes pardonné, Mon-sei-gneur.
Ce ton qu'il utilisait lui arracha un sourire. Après toutes ces péripéties, il avait bien droit à un peu d'amusement. Mais son épaule lui faisait encore mal. Achille ignora à quel point les conséquences qui pourraient s'ensuivre si sa petite moquerie passait mal chez l'Orléanais.


Dernière édition par Achille de Montaron le Mar 1 Juil - 3:59, édité 1 fois
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Jeu 15 Mai - 13:11

    Au milieu du chaos qu'il avait provoqué, de cette scène qu'il faudrait assurément réparer dans la soirée -sans parler du char qui était maintenant brisé un peu plus loin et encastré dans ledit plancher-, Monsieur s'amusait follement.
    Uno Sole Minor avait dit sa bannière lors du grand Carrousel il y avait maintenant 5 ans de cela, "seul le soleil lui est supérieur". Mais si Monsieur pouvait choisir sa propre devise, sans doute, en toute lucidité mettrait-il -au côté de la première devise citée car malgré tout elle est parfaite- : Vincit aliquando cupiditas voluptasque rationem.
    Puisque ô rage ô désespoir, le latin est aujourd'hui une langue plus morte qu'elle ne l'avait été alors voici ce que dit cette phrase : "Le désir et le plaisir arrivent parfois à vaincre la raison".
    La seule différence qu'apporterait Monsieur serait la suppression d'aliquando, "souvent", qui à son humble avis, et au notre, est bien superflu ; voire hypocrite dans le cas de notre petit Prince. Nous irions même jusqu'à dire, avec l'accord de Son Altesse Royale, que "souvent" serait remplacé par "toujours" ce qui nous donnerait : Vincit semper cupiditas voluptasque rationem.
    Dans cet échange de compliment la poitrine du Prince se gonflait d'orgueil et de vanité. Il sourit à la belle bien qu'ancienne comédienne.

    - Mademoiselle je n'ai fait que suivre vos indications, l'inspiration que vous provoquez chez toute personne que vous rencontrez, je porterai le nom de démon que vous me donnez avec beaucoup de joie.

    Il suivit son regard qu'il posa sur ses -maaaaaagnifiques- chaussures à talons rouges, mode héritée dit-on d'une certaine soirée un peu trop festive de Son Altesse, mais cette histoire est pour une autre fois.

    -Ma foi, vous savez tout aussi bien que moi qu'au Théâtre l'illusion ne doit jamais être parfaite et qu'il faut au spectateur un point d'attache qui lui permette de briser le reflet qui lui est présenté pour ne pas s'y perdre.

    Le sourire du Prince ne se défaisait plus. Il l'arborait avec tant d'orgueil et cette complaisance innocente dont il n'avait pas toujours conscience tant elle lui était devenue naturelle.
    Alors que Béjart portait son attention sur le mousquetaire Monsieur en fit autant et regarda de plus l'habit qui se trouvait sous la casaque officielle. Si le jeune homme n'était pas aussi soldat que certain de ses congénères il n'en restait pas moins qu'il avait ce regard dur que tous les soldats finissaient un jour ou l'autre par posséder et qui faisait fondre ou frémir Philippe. Il haussa légèrement un sourcil en voyant qu'il portait sa main à son épaule, décida d'ignorer ce léger signe de détresse.
    Il gloussa à la remarque de Madeleine, se retenant toutefois de préciser que lui avait eu la bonté de laisser ce brave garçon en vie, non pas comme son royal cousin l'avait fait de ses bourreaux.

    -Il n'y a que les Anglois pour trouver dans leur rangs de pareils traitres... Je suis certain que le Chevalier ni aucun des sujets de mon frère ne ferait une telle chose.

    Après tout la Fronde était loin, et puis personne n'avait jamais voulu faire de mal à Louis... Seulement à Mazarin. N'est-ce pas ?
    Cette fois il vit bien que quelque chose n'allait pas. Encore une fois Philippe décida d'ignorer la chose. Il voyait bien que contrairement à Madeleine cet Achille de Montaron ne goûtait pas la plaisanterie/ humiliation. Il ne goûterait certainement pas que le prince s'inquiète pour lui. Néanmoins Philippe ferait en sorte de s'assurer que ce n'était rien de trop grave, s'il n'oubliait pas la chose en sortant d'ici.
    Et puis voir un orgueil blessé était tant mieux, un mousquetaire devait être fier et digne, tout en restant respectueux de son Roi, d'Artagnan l'avait parfaitement montré toutes ces années. Et s'il n'était pas le Roi, Philippe comptait bien qu'on lui serve le respect qui lui était dû.
    Il regardait Achille avec un sourire silencieux.

    -Me voilà soulagé Monsieur de Montaron, d'être pardonné et de savoir que vous reviendrez en ces murs. On ne saurait se priver de Molière ou des Italiens, ou des rare Ibères que nous hébergeons de temps à autres dans nos murs. Le Théâtre est trop proche de notre vie pour que nous l'ignorions.

    Philippe regarda le chaos qui les entourait, imita l'embarras.

    -Ma perfection a causé quelques dégâts,
    minauda-t-il en regardant Achille du coin de l’œil. Enfin... Je vous verrais dès demain sur les belles planches qui seront sitôt installées, je vous en fait grâce de bon cœur Mademoiselle Béjart, ne me remerciez pas.

    Il leur sourit, se détourna pour descendre de la scène, prenant la main d'un mignon qui s'était présenté à lui, le groupe étant descendu pour rejoindre son centre de gravité.

    -Je vous laisse en compagnie de ce Chevalier servant, prêt, semble-t-il, au sacrifice suprême pour vous. Montaron, nous nous reverrons, j'insiste.

    Et sans attendre de réponse, souriant et pouffant, Philippe d'Orléans s'éloigna de la scène ravagée par ses soins, fuyant royalement son caprice d'enfant et sa bêtise d'adulte.
Mes pauvres amis malmenés:
 
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Dim 22 Juin - 11:10

Derrière le respect il semblait qu’Achille tentait à peine de feindre la sincérité. Ce dont on ne pouvait, en tout bon sens, pas lui tenir rigueur. Car l’ego blessé transparaissait, pas de mépris mais sans doute la désagréable et persistante sensation d’avoir été pris de court par la plaisanterie – la mauvaise, celle qui vexait l’un autant qu’elle faisait rire les autres.
Tant que le duc portait son attention sur le mousquetaire malmené Madeleine su se taire, simple spectatrice de cet échange de sourires. Ou plutôt d’une moue agacée qui, face aux dents découvertes d’un certain Orléans, se grimait difficilement derrière des coins de lèvres laborieusement tirés vers le haut.

Alors que ses yeux s’étaient détournés et sa bouche ouverte sous le coup de la mauvaise surprise, les mots de Philippe résonnaient amèrement dans son dos. La perfection avait le terrible défaut de laisser constamment des traces. Atterrée en prenant soudain conscience que le char volant usé à tort avait eu l’effet d’une véritable tornade, Madeleine retint une supplication rageuse. Pourquoi, ô Dieu, fallait-il que le princier personnage ne puisse vivre en dehors de l’extravagance poussée à son paroxysme ? L’effet du théâtre, peut-être. Ou au moins le simple besoin de ne jamais se faire oublier, sans doute. La bonne humeur qu’il respirait à chaque fois qu’elle le croisait était assurément appréciable, si bien que la comédienne n’était jamais mécontente qu’il lui adresse la parole. Mais elle finirait par se faire à l’idée que le plaisir serait toujours éphémère et qu’il faudrait tôt ou tard –plus régulièrement tôt- contempler la vague de confusion qui repartait avec une orgueilleuse tranquillité. Si bien que l’espace d’un instant elle rejoint Achille dans l’hypocrisie. Remerciement prétendument inutile mais qui au nom de la forme se devait pourtant d’être formulé.

- Monseigneur est trop bon.

Mais Monseigneur le devait bien. Car chaos princier plutôt que divin : le résultat était le même. La scène, outil de travail indispensable à tout comédien qui se respectait –mettons s’il vous plait de côté les saltimbanques de rues qui jouaient en équilibre sur ce qui s’apparentait au mieux à un échafaud instable-, représentait un investissement non négligeable. Si bien qu’il aurait été fâcheux, tant pour les Italiens que les Français, de devoir endosser les frais d’une réparation rendue nécessaire par un tiers.
Une révérence elle aussi de rigueur et elle le regarda s’éloigner finalement, entouré de cette petite cour qui semblait incapable de survivre plus d’une dizaine de minutes sans lui. Comme si ces mignons étaient inaptes à respirer autre chose que l’air recraché par leur maître.

Restée sur la dernière phrase qui sollicitait la présence future d’Achille, Madeleine soupira. Entre soulagement de voir Monsieur s’éloigner de tout objet précieux quand on était comédien et compassion pour le mousquetaire. Car lorsqu’on n’était pas née du beau sexe et qu’on aimait ce dernier il n’était pas une chose particulièrement souhaitable de faire bonne impression au capricieux Philippe. Qu’allait-il advenir du chevalier…  Futur capitaine des gardes de Monsieur ? Une place taillée sur mesure et qui dans l’esprit de Madeleine se révèlerait la moins enviable du monde lorsqu’on était jeune et plutôt joli garçon. Ou simplement responsable de la sécurité nocturne des appartements de son Altesse ? La chose reviendrait au même. Cependant, dans la grande bonté dont elle était autant –mais autrement- dotée que le duc d’Orléans, elle choisit de garder pour elle ses réflexions afin de ne pas affoler Montaron.

- Inutile de vous forcer à sourire plus longtemps, lança-t-elle finalement une fois que le prince fut sorti de son champ de vision, le diable est désormais parti et personne ne me doit la duplicité.

Le représentant Bourbon ayant quitté le lieu, Achille devenait enfin libre de ses faits et gestes. Elle-même s’était arrêtée de sourire aussi franchement. Soulagé par le calme soudain, le visage de Madeleine revêtait un naturel non plus rieur mais simplement doux et légèrement fatigué.
L’homme qui causait le semi-appréciable tort et engendrait l’exacerbation théâtrale parti, il lui était à présent donné la possibilité de prêter une honnête attention au jeune homme. Une première pensée fut pour l’épaule qui vraisemblablement le faisait souffrir.

- Cela semble être une vilaine blessure…
Machinalement une main se tendit vers l’articulation mais elle n’osa que tout au plus effleurer de peur de ne causer que plus de mal.
- Souhaitez-vous vous asseoir ?

Elle indiquait une simple chaise posée sur le côté de la scène. Il était peu probable que cela soulage l’épaule endolorie mais la proposition aurait au moins le mérite de laisser transparaître une certaine prévenance.

- De nouveau je suis affreusement désolée que vous ayez été la cible désignée. Je puis vous assurer que cela n’avait pas but de blesser ni les sentiments ni l’épaule.

Le ton était calme et le fond sincère. Tout comme de par leurs rangs respectifs il ne lui devait pas de politesse hypocrite, elle jugeait qu’il méritait la bonne foi.

- Par ailleurs je ne vous ai pas encore demandé la raison de votre attardement ici. Simple curiosité ou y’a-t-il quelque chose que je puisse faire pour aider ?

L’impolitesse avait en effet été poussée jusqu’au point où personne n’avait pris le soin de s’interroger sur la raison de la venue du mousquetaire. En admettant qu’il y avait autre chose que la simple envie de s’attarder pour profiter du calme peut-être supposé de cet endroit souvent grouillant de monde.

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Lun 30 Juin - 23:13

Visiblement le royal prince et la Béjart n’étaient pas dupes. Peinant à faire durer un visage calme, en toute sérénité, les pensées du Montaron convergeaient plutôt à l’opposé de ce que ses traits laissaient transparaître. Colère, frustration, voilà ce que ressentait le pauvre mousquetaire tant malmené ce soir par les deux compères. Même si Madeleine, à l’origine avec sa complice de la prétendue apparition du fantôme de Palais-Royal, s’était retrouvée sans le savoir, tout comme Achille, dans le diabolique plan de Monsieur, elle ne paraissait nullement affectée par la plaisanterie certes mauvaise. Malgré le désordre, causé par le passage du prince Orléanais, qui régnait sur l’ensemble de la scène, elle semblait bien la prendre. Après tout, des plaisanteries, même mauvaises, elle en avait vu tout un quota le long de sa vie de comédienne. Elle y était donc habituée, contrairement à Achille qui, toute sa vie, était sujet de plaisanterie. Ses frères avaient enclenché le mécanisme destructeur, ils s’amusaient à le maltraiter, à se moquer de lui, au grand détriment de leur mère. Il était en quelque sorte le vilain petit canard de la famille. Longtemps il avait essayé de s’en sortir et maintenant qu’il était devenu un mousquetaire, grade que beaucoup de garçons aimeraient obtenir, la volonté voudrait qu’il devienne un être à part, un homme et non plus le petit garçon malheureux qu'il fût autrefois.

Mentalité et rage ne faisaient pas bon ménage. Achille tenta de trouver une position plus confortable tout en rangeant les dents et se desserra la mâchoire. Le mousquetaire n’eut aucune pensée incongrue pour le royal homme mais tout en ayant le cruel sentiment de n’avoir été qu’un infime pion dans la comédie de Monsieur, ce sentiment ancré au fond de sa gorge. Il ne le digérait pas et pria pour les autres victimes que le duc pourrait engendrer un autre jour de solitude. Sans doute ennuyé par la journée qu’il venait de vivre, il se délectait de s’être donné en spectacle et de ravir la petite cour de mignons qui l’attendait sur le balcon, en proie à une envie effrénée de fête et d’amusement. Le soldat arbora un sourire hypocrite et esquissa un léger basculement de tête, Monsieur parlait des anglois, les fameux habitants de l’autre côté de la Manche et qui n’avaient pas hésité à renverser son beau-père, soulignant néanmoins en tout point la loyauté des sujets qui servaient son grand  frère, malgré l’épopée de la Fronde. Fidèle à ses engagements, Achille préféra ravaler les sous-entendus que dessinaient les expressions du duc – certain que son attitude ne lui avait pas plu – et se tint correctement à son poste. Dans cette position, l’épaule lui fit affreusement mal et le soldat dut puiser dans son mental pour contenir la douleur. De ce fait, il resta silencieux et ne pipa mot, se concentrant sur l’attitude à adopter devant lui. Il était le frère du roi Louis et même si ses actions en déplaisaient à certains, on lui devait tout le respect qu’on accordait à un homme de son rang.

Montaron laissa imprégner un voile neutre sur ses iris quand Monsieur le regarda avec insistance dans ses yeux, espérant diffuser le doute en lui, et ne cilla pas à son sourire mystérieux. Il voulut grimacer mais se retint de justesse, il ne fallait perdre pied face à ce haut personnage et surtout le tenir en estime. Il semblait apprécier la mesure d’être au centre de l’attention, ses mignons l’ayant rejoint sur le devant de la scène et se flattant d’être pardonné par ses deux victimes Madeleine et Achille. Normal vu qu’il était apparenté au roi, sa tête doublait toutes les autres, excepté bien sûr celle de son royal frère. Et ravi d’avoir mis le feu aux poudres dans son cher théâtre, le mousquetaire le vit esquisser une pirouette avant de s’en aller, dans les bras d’un mignon. La perspective de le revoir bientôt lors de ses tournées de garde au château ne l’enchantait guère. Que désirait-il au juste… Faire preuve de clémence à son égard ? Pas son genre et le mousquetaire craignit le pire. Mais il se rassura à ce sujet, se disant qu’il était un garçon parmi d’autres. Monsieur n’irait pas chercher loin.
Ce dernier parti, il tourna la tête vers la comédienne et son épaule s’affaissa soudain, il avait relâché toute la pression qui la retenait. Un râle significateur s’échappa de ses dents et il se déplaça lentement sur la scène, cherchant un appui ou support où s’appuyer. Madeleine, vivement inquiète pour son épaule, marcha dans sa direction et approcha une main vers l’endroit de l’épaule qui le faisait souffrir. Il la remercia par un hochement de tête et répondit encore d’un même mouvement.
    ▬ Je vous en prie, conduisez-moi à la chaise.
Il s’accrocha à elle et entoura un bras sous son épaule, l’équilibre était précaire car elle n’avait pas assez de force pour le soutenir et il dut basculer sur le côté pour éviter la chute commune. En cours de chemin, elle lui fit part de ses excuses mais le mousquetaire fit la sourde oreille, il n’avait pas la tête à ça, il pensait et s’inquiétait pour son épaule. Pour la première fois, il envisageait le pire. Qu’adviendrait-il de lui s’il perdait le bras ? Tous ses projets tomberaient à l’eau et c’en était foutu de lui, de sa vie et de sa carrière. Il voulut pleurer mais les larmes ne sortirent pas, ses yeux rendus secs après tant d’émotions. Surtout par le fait qu’il n’avait nullement digéré la double plaisanterie. Un peu rancunier, il lui faudrait du temps pour pardonner aux responsables. La chose serait néanmoins plus aisée avec la comédienne qui, en l’absence du duc, paraissait totalement sincère.
S’aidant de son bras, il prit place sur la chaise avant de la regarder avec une légère grimace. Même assis, la douleur ne s’amenuisait pas et restait toujours aussi forte. Encore une fois Achille tâta son épaule et put chasser ses noires pensées en constatant de nouveau qu’elle n’était pas désarticulée. Comment avait-il pu oublier ce détail noté la première fois ? La colère sans aucun doute, combinée avec la souffrance que produisait incessamment son épaule endolorie. Le jeune soldat serra les dents et cria presque, afin d’évaluer les dégâts il avait fait un mouvement soudain avec l’épaule. Le choc violent reçu lors de l’atterrissage brutal au sol avait certainement paralysé l’articulation. Achille veilla à ne pas trop la ménager et releva les yeux, croisant le regard de Madeleine. Il se souvint de son pardon, du ton juste qu’elle avait employé pour dire ce qu’elle pensait du fond du cœur. Le mousquetaire appréciait ce geste, venant de la comédienne cela le fit légèrement sourire. Mentalement il la remercia. Au final, sa présence à ses côtés l’apaisait quelque peu. Lui qui avait passé une sale soirée, après la représentation, avait besoin qu’on le rassure et il retrouvait cet aspect quasi maternel en elle.
    ▬ Je crois en vos sentiments mademoiselle, dit-il en ébauchant un sourire discret, mon épaule n’a cependant pas survécu au carnage de ce soir.
Il promena son regard sur la scène et constata avec effarement le gros travail sur les bras qu’auraient les gens du théâtre le lendemain matin, déblayer toute la scène pour que les Français ou Italiens puissent travailler comme bon leur semble sur scène le soir. La voix mélodieuse de Madeleine ramena Achille à la réalité et il tourna la tête pour écouter ce qu’elle avait à dire. Elle eut la bonne initiative de revenir sur la raison du mousquetaire d’être resté plus longtemps ici.
    ▬ Oh... oui effectivement je... j’ai souhaité vous attendre pour vous revoir mademoiselle Béjart. Je doute que vous vous rappelez de moi, vous m’avez négligemment remercié la première fois mais cela ne m’a pas tenu rigueur rassurez-vous. Je suis revenu ici dans l’intention de vous parler, vous féliciter d’abord car vous avez une performance remarquable sur scène, à croire que vous êtes Magdelon en personne, puis vous... me rappelez étrangement quelqu’un...
Un geignement s’empara soudain du jeune homme, il avait de nouveau vivement bougé l’épaule. Il empoigna le bras de Madeleine avant de baisser le menton pour ne pas crier.
    ▬ Auriez-vous une pommade et des bandages à m'apporter ? Je ne peux pas me déplacer seul, ayez la décence de m'aider je vous en supplie.
En dépit de la douleur, il remercia le Ciel d'avoir épargné l'épaule du côté dominant, sinon des mois et des mois de rééducation l'attendaient pour reprendre l'exercice des armes. Il n'eut donc aucun mal à bouger le bras droit. Dieu merci !

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Sam 19 Juil - 5:13

Il devrait y avoir dans le livret d’apprentissage du mousquetaire au moins un article concernant la non fréquentation des comédiennes. Elles n’apportaient que des malheurs. Quoique sincère et plus désireuse de divertir que de causer le moindre mal, il n’en restait pas moins que celle-là faisait tout le contraire.
Notons qu’il était tout de même flatteur de savoir qu’elle avait la capacité vraisemblablement innée de venir à bout d’un mousquetaire par sa simple présence. Joli comique de situation. Si spectateurs il y avait eu sans doute auraient-ils applaudi à la farce.  

- Pensez bien que je m’en rappelle. Et quand bien même je n’ai sur le moment pas eu la lucidité de vous remercier comme vous le méritiez, pour autant vous avez depuis toute ma gratitude. Ne serait-ce que pour réclamer de moi que vous le dise, vous avez bien fait de vous attarder.
Un froncement de sourcils et une moue d’hésitation vinrent cependant contrebalancer la simple sincérité de ses expressions.
- Quoique…
Un léger rire s’échappa alors de ses lèvres, presque forcé, comme pour tenter de redonner le sourire à un jeune homme qui l’avait malheureusement perdu.  
- Il aurait peut-être été judicieux d'arrêter votre choix sur un autre jour.

A croire que le hasard des rencontres faisaient bien mal les choses. Par deux fois ils s’étaient trouvés dans des situations mal à propos pour une discussion civilisée, qui appelait plutôt aux cris de surprise et d’horreur qu’à une banale conversation. Au demeurant on pouvait également voir le « bon » côté des choses et considérer qu’à présent ils avaient beaucoup à se dire. Ou du moins qu’Achille aurait à raconter.

- Quant au reste, j’ose espérer que ce n’est pas à une de ces vieilles acariâtres que vous m’identifiez.

Cependant il ne lui laissa pas plus le temps de s’étendre sur son horreur des duègnes et autres langues de vipères matrimonialement frustrées car le pauvre ne pouvait plus ignorer la douleur qui le tenaillait. Surprise par cette plainte soudaine, la comédienne se redressa dans un sursaut. On n’avait pas idée de souffrir aussi bruyamment ! Mais à s’être contenu pendant de longues minutes on ne pouvait à présent lui en vouloir d’extérioriser. Elle s’accroupit près de lui, s’apprêta à lui demander s’il se sentait capable de marcher jusque chez un médecin, et se fit devancer par la requête du mousquetaire. Soit. Pas de médecin dans l’immédiat, il fallait dans un premier temps de quoi immobiliser cette épaule.

- On n’est pas ici chez un apothicaire, il vous faudra faire sans pommade, lança-t-elle tout en se relevant non sans une peine imposée par une robe trop bouffante. Ne bougez pas, je vais trouver de quoi tenir votre bras.
En quelques pas elle fut passée côté coulisse. Un rapide demi-tour en direction du mousquetaire fut cependant effectué, agrémenté d’un index pointé vers le mousquetaire comme si cela avait pu être une menace quelconque.
- Promettez de ne pas bouger ! Vous ne feriez qu’aggraver le mal.

Compte tenu du fait que moins de trois minutes auparavant la tentative du chevalier de faire un faible mouvement s’était soldée par un manquement d’évanouissement, la précision était très certainement inutile.  Mais savait-on jamais. La douleur anesthésiait souvent la raison et Madeleine n’avait pas la moindre envie de se trouver avec un mousquetaire manquant, qu’il lui faudrait de fait chercher.
La confirmation obtenue, elle le laissa pour se presser dans ces méandres de couloirs.

Maudit soit Monsieur. Grâce à ses frasques théâtrales elle se trouvait à devoir jouer les aides malades. Un rôle dans lequel, jusqu’à preuve du contraire, elle n’était pas réputée pour exceller. Certes elle était loin d’être innocente. Sans doute avait-elle fait accélérer le mauvais sort,et voilà que ce dernier le lui rendait bien.
Avant de chercher de quoi venir en aide à Achille, Madeleine, une fois arrivée dans la plus vaste pièce des coulisses, se délesta promptement du costume de scène grandiloquent qu’elle portait toujours afin de passer une toilette plus à propos. Sans avoir à trainer sur elle les attributs dentelés et brillants de Madgelon, la Béjart se sentait soudain bien à son aise.
Mais à défaut de pommade il n’y avait ici pas plus de bandage. Des masques, des plumes, des costumes, du maquillage mais pas la moindre petite trace de ce que le soldat réclamait. Par dépit le choix se porta sur une étoffe qui ferait office d’écharpe.

Rapidement elle revint auprès près du mousquetaire et se pencha au-dessus de lui.
Car elle doutait du fait d’être capable d’immobiliser le bras du jeune homme sans la moindre douleur, Madeleine reprit une conversation brillante par son caractère anodin de façon à ce qu’il tente d’oublier la douleur.  

- Etes-vous récemment entré dans le corps des mousquetaires ? L’entraînement doit y être extrêmement difficile, et le simple fait d’en venir à bout me semble tout à fait honorable.

Tout en opinant instinctivement du chef en écoutant sa réponse, elle lui fit plier le bras, passa l’étoffe en dessous et vint la nouer au niveau de l’épaule opposée. Les quelques gestes avaient été rapides et assurés, laissant à peine le temps de se plaindre.
L’écharpe était de fortune et ne pouvait rivaliser avec les soins dont devaient bénéficier les mousquetaires dès lors qu’ils se blessaient, mais avec les moyens à disposition il semblait difficile de faire beaucoup mieux. Achille devrait donc de se contenter d’un médiocre traitement, pour autant prodigué autrement qu’avec la froideur habituelle du corps médical.

- Pouvez-vous vous lever ?

Quoique question il y avait, Madeleine et sa main tendue semblaient imposer. Il ne pouvait après tout pas passer le reste de l’après-midi à se lamenter sur un sort qui, quoique peu souhaitable, n’était au fond pas dramatique. Qu’il soit un homme, serre les dents et se traine avec l’aide de la Béjart jusqu’à un endroit qui convenait mieux à un infortuné blessé.

- Devons-nous aller chez un médecin ou retourner à votre camp d’entrainement ? Vous en avez peut-être là-bas qui ne vous proposerons pas d’amputer ?

Certes, la scission de tout un membre dont le début était tout au plus foulé était grossièrement exagérée. Mais l’image illustrait simplement cette tendance qu’avaient les savants à se séparer avec nonchalance de ce qu’ils ne pouvaient soigner.

- Cela serait fâcheux qu’il vous manque un bras, vous seriez irrémédiablement beaucoup moins charmant.

Le ton badin et le sourire gai tentaient de ramener un peu de frivolité dans l’esprit de Montaron qui, le pauvre, n’était pas à blâmer pour le manque de légèreté de l’instant.
Mais n’était pas soldat pour rien et survivrait bien à cette mauvaise journée. Avec le recul peut-être deviendrait-il un jour capable d’en rire. Du moins il s’agissait de tout ce qu’on pouvait lui souhaiter.  

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QUELQUE CHOSE APPROCHANT COMME UNE TRAGÉDIE† Un spectacle ; en un mot, quatre mains de papier. J’attendrai là-dessus que le diable m’éveille.  (c) P!A
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