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 Un RDV oublié [Antoine d'Effiat]


Jeu 5 Sep - 10:58

La nuit de la marquise avait été quelque peu mouvementée. En effet, la veille, préoccupée par le vol de la lettre compromettante d'Henriette d'Angleterre dont elle avait été victime lors du bal de Monsieur, elle avait décidé de retourner sur les lieux. Le crime avait été commis dans une salle adjacente à la salle de bal. Le voleur, costumé et masqué, se faisait passer pour Stefano, ou du moins pour la personne qu'Athénaïs voulait voir, et l'avait fait entrer dans cette pièce déserte. Lorsque la dame remarqua qu'il ne s'agissait pas de son ami et que son comportement étrange l'avait inquiétée, il avait essayé de l'agresser, probablement pour lui dérober ses biens. Ce fut sous le choc de sa tête heurtant la cheminée que la marquise perdit connaissance. Le voleur, ayant remarqué à quel point elle s'accrochait à la lettre qu'elle tenait dans ses mains, s'imagina probablement que celle-ci avait une quelconque valeur et s'en empara.

Ce méfait avait été commis la veille, d'ailleurs les autres invités avaient été pour beaucoup également dérobés de biens de grande valeur, des bijoux, de l'argent... même le prince lui-même! La situation était grave, mais Athénaïs ne se préoccupait pas beaucoup du bien-être des autres en ce moment-là, plutôt au fait qu'elle risquait sa place, sa réputation, tout! Du moins tout ce qui comptait à ses yeux, et même si son mari en rêvait, hors de question de s'exiler sur des terres de campagne lugubres!

La marquise s'était donc rendue le lendemain dans cette fameuse pièce où la lettre volée lui avait été dérobée à son tour. Les serviteurs et enquêteurs étaient bien trop affairés à passer au peigne fin chaque recoin de la salle de bal pour s'apercevoir de sa présence dans une salle adjacente. Et en posant son regard sur la cheminée, celle que s atête avait heurtée, son coeur se serra. Un morceau de papier était posé sur le dessus en marbre. Athénaïs se précipita, espérant y trouver la lettre de Madame, ainsi tout rentrerait dans l'ordre! Mais non, la réalité était beaucoup moins belle. Il s'agissait d'une lettre de chantage. Une missive qui disait:
"Je sais ce que vous avez fait. Si vous parlez, je révèle tout. Suivez mes instructions à la lettre. Vous en recevrez bientôt, ici-même."
Athénaïs n'était pas du genre couard, elle avait beaucoup de personnalité, mais là, la situation était trop grave et elle ne pouvait se permettre que la vérité soit dévoilée. Si elle tentait de dénoncer le maître-chanteur, elle tomberait avec lui. Il lui fallait donc céder et attendre bien sagement les instructions.

La nuit qui suivit cette découverte fut donc loin d'être tranquille. La marquise avait été secouée par d'affreux cauchemars qui, au petit matin, lui avait laissé de vilaines cernes sous les yeux. Heureusement qu'elle ne travaillait pas ce jour-là. Elle fit malgré tout un effort de maquillage, au cas où il lui faudrait sortir, même si l'envie de croiser du monde était loin d'être présente.

Cela faisait environ deux heures que la marquise pleurait sur son sort dans sa chambre, ayant précisé à sa femme de chambre qu'elle souhaitait rester seule. Mais la domestique entra.


"Madame..." commença-t-elle timidement.

-Louisette! grommela Athénaïs en séchant rapidement ses larmes. J'avais demandé à ne point être dérangée!

"Mais... c'est Mr le marquis d'Effiat, madame, il est dans l'antichambre, et insiste, il dit que vous aviez rendez-vous."

-Oh non! Antoine, il m'était sorti de l'esprit, dit-elle comme pour elle-même. Bien... Faites le entrer au salon. Et faites servir du thé.

La domestique sortit, et Athénaïs tâcha de se refaire une beauté du mieux qu'elle put, atténuant au maximum toutes traces de larmes. Puis, elle entra au salon où Antoine avait pris place.

-Mon ami, bien le bonjour, lança-t-elle sous un sourire qui lui coûta beaucoup. Me pardonnerez-vous pour ce retard? J'en suis désolée... Une affaire m'a quelque peu... accaparée, si bien que j'en ai perdu la notion du temps. Mais je vous en prie, prenez place, dit-elle en s'asseyant sur une bergère bleue.

Louisette arriva peu de temps après avec une théière et des tasses sur un plateau qu'elle déposa sur la petite table située entre les fauteuils où étaient installés à présent Antoine et Athénaïs, qui tâchait de dissimuler au mieux son malaise.
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Mer 11 Sep - 20:48


Il y a quelques temps de cela, un vol a eu lieu lors d'un bal organisé par Monsieur, cela a mis tout le monde en émoi, pas une seule personne n'avait été épargné par le voleur, même Philippe, pourtant frère du Roi, avait eu quelques effets personnels dérobés. Ce soir-là je n'étais pas au château, je m'étais rendu sur les terres de mes parents, c'était peu de temps avant le décès de ma mère. Je m'y étais rendu pour tenter une "réconciliation" avec elle, mais à mon arrivée, les domestiques m'avaient dit qu'ils étaient tous les deux en visite chez des amis et qu'ils ne rentreraient que le mois suivant, malheureusement, ils durent rentrer bien plutôt, mais à ce moment-là, personne ne le savait. J'avais passé quelques jours dans la maison de mon enfance, puis j'étais reparti. Heureusement que j'avais obtenu l'autorisation écrite de Sa Majesté pour m'absenter parce que l'on aurait très bien pu me soupçonner d'avoir pris part au larcin. Pareille idée aurait été des plus grotesques, mais la Cour est un véritable nid de vipères. A mon retour, j'avais trouvé le Prince dans un état indescriptible, il était nerveux et semblait déterminer à retrouver ce qu'on lui avait dérobé, il paniquait. En même temps, je peux comprendre, cela ne doit pas être agréable de se faire dérober ainsi des biens précieux...ou pas. Cela me rendit inquiet pour Philippe, mais aussi, inquiet pour mon amie, la Marquise de Montespan, elle était présente ce soir-là et elle aussi avait été la victime de ce gredin.

Depuis ce fâcheux évènement, je n'avais pas eu le temps d'en parler avec Athénaïs, aussi me suis-je empressé d'accepter son invitation à prendre le thé dans ses appartements, nous serons plus à notre aise pour discuter et nous n'aurons pas à craindre des oreilles indiscrètes. J'avais rendez-vous à seize heures, il me restait encore quelques minutes, juste le temps de traverser les couloirs du château pour me rendre chez mon amie. En chemin, je ne pouvais m'empêcher de prêter l'oreille aux ragots que j'entendais ici et là, je me disais que peut-être, j'apprendrais quelque chose d'intéressant en rapport avec ce larcin, malheureusement, rien de concluant, certes tout le monde en parlait, mais personne ne faisait de pronostic sur l'éventuelle identité du coupable. Ils parlaient surtout de ce qu'ils avaient perdu. Rien de très intéressant en somme.

J'arrivais enfin devant la porte des appartements de mon amie, j'étais à l'heure, en règle général, je me flatte d'être ponctuel. J'estime que lorsque l'on est attendu, la moindre des politesses était d'arriver à l'heure. Je frappais à la porte et il me fallut attendre quelques instants pour la voir s'ouvrir sur une des domestiques de la Marquise.


- Bonjour Monsieur, que puis-je pour vous ?

- Bonjour, je suis le Marquis d'Effiat, veuillez m'annoncer à votre maîtresse je vous prie.

- Mille excuses Monsieur le Marquis, mais Madame m'a expressément demandé de ne point la déranger.

Je fronçais les sourcils, cela était réellement curieux puisque Athénaïs n'était pas du genre à oublier une invitation qu'elle avait elle-même lancé. Cela confirmait mes craintes, il fallait absolument que je sache son sentiment à propos du bal, je voulais savoir si malgré tout elle réussissait à s'en remettre.

- Je me permet d'insister puisqu'elle m'a donné rendez-vous à seize heures très précisément.

La jeune femme me fit signe d'entrer et me demanda d'attendre tandis qu'elle allait chercher Athénaïs. Pendant ce temps, je promenais rapidement mon regard sur les appartements de la Marquise. Ils étaient décorés avec goût, mais cela ne m'étonnait pas le moins du monde. La domestique revint quelques instants plus tard et me demanda de la suivre au Salon. A peine était-elle reparti qu'Athénaïs faisait son entrée.  J'inclinais doucement la tête pour la saluer.

- Bonjour ma chère amie, mais je vous en prie, vous êtes toute excusée.

A son invitation je m'installais donc sur un fauteuil situé juste en face de la bergère occupée par Athénaïs. J'attendis que la domestique ait posé le thé et soit reparti pour prendre la parole.

- Athénaïs, me permettez-vous une question ?

A dire vrai, c'était un peu rhétorique puisque je ne lui laissais même pas le temps de répondre pour lui demander ce que je voulais vraiment.

- J'aimerais savoir si vous avez quelques ennuis. Depuis que je suis revenu, après le Bal où il y a eu ce vol, vous semblez sans arrêt sur vos gardes, parfois même, je vous vois scrutant les personnes autour de vous, comme si vous cherchiez à reconnaître quelqu'un. Oh je vous rassure ma chère, il n'y a que moi qui ait constaté cela, parce que je m'inquiètes pour vous et malgré la prudence et la discrétion dont vous faites preuve, j'ai comme l'impression que quelque chose ne va pas et puis, vos yeux ne sont pas les yeux de quelqu'un qui passe son temps à rire.

Je ne savais pas si elle avait pleuré récemment, mais une chose était certaine, cela faisait assurément un long moment qu'elle n'avait pas rit sincèrement.

- Vous savez que vous pouvez compter sur moi mon amie, je serais une tombe et puis, peut-être pourrais-je vous aider, non ?
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Jeu 12 Sep - 13:24


L'amitié est réellement quelque chose d'incroyable, c'est un sentiment particulier éprouvé par deux être. Une forme d'Amour plus dangereuse encore que l'Amour lui-même, car fondé sur la communication de deux personnes. Un vrai ami est une personne qui vous connait si bien qu'en un simple regard, il peut savoir si vous vous portez bien ou mal. Sa simple présence contribue à vous faire sentir mieux lorsque vous étiez mal. Vous vous sentez en confiance avec cette personne.

Athénaïs le savait, Antoine d'Effiat faisait partie de ses véritables amis. EN un regard, il l'avait percée à jour. Rien qu'en observant ses yeux et son sourire qui s'efforçait pourtant d'être le plus sincère possible, il avait sans peine découvert qu'un certain malaise la rongeait. Suite à cet événement, cette fichue lettre de chantage retrouvée sur les lieux du larcin, les émotions de la marquises étaient sens dessus-dessous, elle était à fleur de peau et pleurait à chaque fois qu'elle se retrouvait seule, ne sachant que faire.

D'une extrême sensibilité, touchée par les mots de son ami qui ne souhaitait que l'aider, Athénaïs sentit les larmes lui monter au yeux, et le rouge aux joues. Le billet qu'elle avait reçu stipulait bien qu'elle en devait en parler à personne. Et pourtant, quel mal pourrait bien faire Antoine? Jamais il ne souhaiterait sa perte, au contraire. Pouvait-elle se confier ainsi, aussi facilement, sur une affaire aussi délicate? Cette question la taraudait à présent. Son coeur s'accélérait.


-Oh Antoine... Je... Je vous sais gré d'ainsi vous inquiéter pour moi...

L'hésitation la prit. Elle détourna le regard pour essayer de retenir ses larmes, même si sa voix trahissait ses sanglots.

-Vous mentir est au-dessus de mes forces, même si c'est ce que la raison souhaite me pousser à faire.

Athénaïs tourna à nouveau son regard vers son ami. Le contour de ses yeux était si rouge qu'il donnait au bleu de ses iris une intensité nouvelle qu'Antoine ne lui avait sans doute jamais vue, puisqu'il ne l'avait jamais vue pleurer.

-Je sais que vous savez garder les secrets, et je vous demanderais de garder celui-ci mieux que tout autre encore. C'est, réellement, une question de vie ou de mort pour moi. Mon honneur et tout ce que je possède de cher sont en jeu. Elle soupira en baissant les yeux sur ses mains qui tenaient encore la lettre de chantage. Voilà.

Elle lui tendit le billet de l'auteur inconnu, et entreprit de lui expliquer sa situation, tout en approchant ses lèvres de l'oreille d'Antoine, afin qu'aucun son ne filtre plus loin que leur sphère.

-Lors de la soirée de bal de Philippe, comme vous le savez, la plupart des invité s'est vue dérober un objet précieux. Ce que l'on m'a volé est bien plus dangereux qu'un bijoux prêté. On m'a pris une lettre écrite de la main de Madame, lettre dans laquelle elle discrédite le Roy, la Reine et Philippe. Je la lui ai moi-même volée... Je sais, j'ai honte d'être tombée si bas, mais j'étais tellement en colère... Avec Stefano, nous avions prévu de la remettre ce soir-là à Philippe pour qu'il découvre le vrai visage de cette vipère et ainsi le dise à Sa Majesté. Notre soif de vengeance était si forte que nous avons fait fi des risques. Aujourd'hui, c'est moi qui encours tous les dangers. Si celui qui me l'a dérobée connait mon identité et qu'il la révèle, le Roy saura ce que j'ai fait, la Reine aussi, tout le monde, et lm'on me renverra sur les terres de mon mari, je serai à jamais exilée de la Cour, ma vie sera finie!

A ces derniers mots, elle n'y tint plus et s'effondra en larmes dans les bras d'Antoine. C'était trop dur pour elle de garder ce secret, et l'ainsi révéler la soulageait d'une part, mais ne faisait d'autre part que lui rappeler que tout ce qu'elle possédait pour l'heure, sa vie à la Cour, ne tenait plus qu'à un fil. Il lui faudrait faire preuve de la plus grande prudence.

Tâchant de se reprendre un peu, essuyant ses larmes avec un beau mouchoir en tissu brodé qu'elle avait sur elle, elle plongea un regard suppliant et encore plein de larmes dans les yeux de son ami.


-Puis-je compter sur votre discrétion? Je vous supplie de garder cela pour vous... Il en va de mon avenir. Vous êtes la seule et unique personne à qui j'en ai parlé. Stefano lui-même ignore que j'ai reçu ce billet.


Dernière édition par Athénaïs de Montespan le Lun 28 Oct - 12:42, édité 1 fois
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Mar 22 Oct - 19:55


La marquise de Montespan était ma plus précieuse amie, ce n'était pas quelqu'un qui se laissait aller à ses émotions, en public elle pouvait sembler hautaine et froide, mais en réalité, elle était la personne la plus aimable et la plus douce qu'il m'ait été donné de rencontrer. Pour pouvoir dire cela d'elle, il fallait faire partie du cercle très fermé de ses vrais amis. Dans un lieu où tout n'est que tromperie et faux semblant, cela faisait du bien de savoir qu'il y avait des personnes sur lesquelles on pouvait compter et Athénaïs était de ceux-là. Elle savait aussi que quel que puisse être son problème, je me couperais en quatre pour l'aider à le résoudre. Hors, depuis que je la connais, jamais je ne l'avais vu dans un tel état. Je n'osais imaginer ce qui avait bien pu se passer. J'ose croire qu'elle n'aurait pas été aussi chamboulé s'il ne s'était agi que d'un simple vol de bijou. Ses yeux étaient un mélange de bleu et de rouge, c'était réellement très troublant à observer. Lorsqu'elle me remercia de m'inquiéter pour elle, j'esquissais un doux sourire.

- Allons mon amie, cela est tout naturel, je vous assure.

L'hésitation qu'elle mettait à me parler n'était pas faite pour me rassurer, je savais qu'elle avait confiance en moi, je ne pouvais donc que spéculer sur les raisons qui la pousseraient à garder le silence, elle devait sûrement être victime d'un chantage. Quel odieux procédé, j'ai toujours trouvé que les maître-chanteurs étaient des lâches de la pire espèce. Malheureusement ce sont souvent eux qui s'en sortent le mieux.

- Je vous en conjure Athénaïs, quel que soit ce qui vous tourmente, vous pouvez être assuré que je n'en soufflerais mot à personne.

Je plongeais mon regard dans celui de la Marquise lorsqu'elle tourna de nouveau les yeux vers moi. Etant un peu plus près que tout à l'heure, je pus ainsi lire toute l'étendue de son angoisse et de sa peur. Lorsqu'elle me fit la demande de garder ce secret encore plus que les autres, je mis la main sur le coeur et lui répondit le plus sincèrement du monde.

- Je vous donne ma parole de gentilhomme que je ne vous trahirais point, quoi que vous puissiez me révéler, pas un mot ne sortira de cette pièce.

A peine avais-je fini mon serment qu'elle me tendit une feuille de papier, lorsque je posais les yeux dessus, je vis que c'était une courte missive, deux lignes... pas une de plus. Les mots avaient été écrit sur un ton péremptoire, tout du moins, c'est ainsi que l'on pouvait se l'imaginer étant donné le contenu des deux lignes. J'écoutais attentivement le récit que me faisait Athénaïs à mots couverts, la plus grande prudence était de rigueur, même si elle avait confiance en ses domestiques, tout le monde sait bien que les murs ont des oreilles et qu'il n'est pas très avisé de se faire des confidences à voix haute.

Plus Athénaïs parlait, plus je comprenais ce qu'elle pouvait ressentir, elle était réellement dans une situation extrêmement inconfortable et ce n'était pas exagéré que de dire que c'était tout bonnement catastrophique.
Jamais je n'avais aimé la femme de Philippe, pour moi elle n'est qu'une idiote qui joue de ses charmes et qui blesse Monsieur dès qu'elle ouvre la bouche. Malheureusement, sa place dans la famille royale la met hors d'atteinte et l'on risque gros si l'on vient à médire sur elle. Alors, je n'ose imaginer ce qu'il se passerait si cette lettre, qui a été dérobé, tombait dans les mains de Sa Majesté ou bien que quelqu'un de "bien intentionné" aille dire d'où il la tient. Athénaïs a raison, elle serait tout simplement chassée de la Cour. Quelle horreur. De plus, Stefano est aussi dans la partie. Malheur, il ne faut surtout pas que le Roi ait connaissance de cette missive, parce que je suis certain que jamais il ne croira que Madame ait pu écrire de telles horreurs, tout au plus pensera t-il qu'elle l'a fait sous la contrainte. Dieu que je hais cette femme, je souhaite qu'il lui arrive tous les malheurs du monde, qu'elle souffre autant qu'elle fait souffrir ceux que j'aime, ce ne serait que justice.


Lorsque Athénaïs se jeta dans mes bras, je les resserrais autour d'elle, tentant de la réconforter par quelques paroles, je la laissais pleurer librement, elle en avait vraiment besoin. Lorsqu'elle se détacha un peu de moi, je n'enlevais pas mes bras et hochais positivement la tête.

- Je vous le jure sur ce que j'ai de plus cher Athénaïs, jamais je ne révélerais ce que vous venez de me confier. Seigneur, je n'imaginais pas que cela fut si grave. J'aimerais tant pouvoir vous être d'un quelconque secours, il n'y a t-il pas quelque chose que je puisse faire pour vous aider ?
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Lun 28 Oct - 13:08


Egal à lui-même, le marquis d'Effiat continuait, malgré les révélation de son amie bouleversée, à se montrer rassurant de par son regard et son attitude. Il venait de rappeler encore, et plusieurs fois, à Athénaïs que pour rien au monde il ne trahirait son secret, qu'il saurait garder confidentielles ces information dangereuses qu'elle venait de lui confier. La confiance, rien au monde ne valait ce sentiment! Qu'il était bon de pouvoir avouer les choses les plus terribles à une personne dont on savait qu'elle ne nous trahirait jamais. Antoine faisait partie de ces personnes en qui la marquise avait une foi et une confiance aveugles. Et rares étaient ces gens à qui l'on pouvait tout dire.
Maintenant qu'elle avait tout avoué, une partie de ses craintes s'était envolée. Certes, le danger était toujours présent, mais le poids du secret l'était beaucoup moins. Maintenant qu'elle s'était confiée, elle savait qu'elle aurait beaucoup moins de chance de craquer et de révéler ce secret à tort et à travers. Antoine était assurément la bonne personne à qui parler. A présent, elle reprenait peu à peu ses esprits, respirant plus calmement, séchant ses larmes.


-Le simple fait de m'aider à garder ce secret est déjà quelque chose de remarquable, un immense service que vous me rendez. C'est un secours auquel je m'accroche de toute mon âme car j'en étais jusqu'à présent privée. Sachez que je vous en suis infiniment reconnaissante. Néanmoins je vous demande pardon de vous importuner avec tout cela. Vous étiez venu partager un peu de thé, et vous voilà encombré d'un lourd secret, ajouta-t-elle avec un petit rire forcé.

Machinalement, elle attrapa la théière et servit de son contenu dans l'une des deux tasses de porcelaine située juste à coté. Elle attendit qu'il la prenne et servit la seconde avant de reposer la théière à présent allégée. Après avoir tant pleuré, elle avait bien besoin d'ingurgiter quelque chose, et un bon thé bien chaud lui ferait le plus grand bien en cette fraîche saison. Elle prit son temps pour déguster les premières gorgées, laissant un silence s'installer dans la pièce. Puis, quand elle se sentit prête, elle se décida à nouveau à parler.

-Antoine, je remercie Dieu d'avoir mis sur ma route un ami aussi sincère et fidèle que vous. Je ne sais si je vous mérite, mais sachez qu'à votre tour vous pouvez tout me dire. Souhaitez-vous me parler de votre épouse et de l'entretien que vous avez eu avec elle suite à notre dernière conversation?

Si Athénaïs avait des soucis, le marquis d'Effiat n'en était pas en reste. Lors de leur dernière entrevue, il avait confié à son amie qu'il soupçonnait sa femme d'être enceinte d'un autre et de le lui cacher. Ce n'était pas rien! Il avait donc décidé d'en avoir le coeur net. Il était de notoriété publique ou presque que le couple Effiat vivait dans une relation plus que libre, chacun des deux partis ayant ses amants attitrés. Mais de là à ce que Madame d'Effiat tombe enceinte et le cache à son mari, il y avait un monde! L'honnêteté était la moindre des choses, surtout avec un mari aussi gentil et compréhensif qu'Antoine. Outre cela, le marquis avait eu comme autre désagrément le décès de sa mère, avec l'enterrement auquel il avait eu interdiction d'aller de la part de son père. Athénaïs lui avait suggéré des idées afin de s'y rendre malgré tout, car il y tenait, ce qui était compréhensible. Bref, il avait lui aussi des choses à lui dire depuis la dernière fois, et la marquise ne demandait qu'à les savoir. Cela lui changerait de ses petits soucis personnels, et si la vie de son tendre confident était plus positive que la sienne, elle s'en réjouirait de bien bon coeur.

-Je souhaite que les nouvelles soient bonnes, de votre coté. Je vous en prie, dites-moi.

Elle plongea à nouveau son regard dans le sien, espérant y trouver des indices. Mais elle savait qu'Antoine se livrerait à elle comme elle l'avait fait avec lui. Ils se faisaient confiance et ce depuis de nombreuses années. Certes, les révélations et secrets n'avaient encore jamais été aussi lourds de conséquences s'ils s'ébruitaient, mais la force de leur amitié y résisterait, Athénaïs le savait.

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Mer 7 Mai - 20:08


La confiance est un élément essentiel pour qu'une relation fonctionne, peu importe le type de relation d'ailleurs, une relation amicale sans confiance ne peut fonctionner. Hors, je pouvais m'enorgueillir d'avoir la pleine et entière confiance de la Marquise de Montespan, de même qu'elle avait la mienne. Je ne suis pas quelqu'un qui pardonne aisément la trahison, aussi je ne trahirais jamais mes amis, car je suis un adepte de l'adage "ne fait point aux autres ce que tu ne veux pas que l'on te fasse". Aussi, quoi que puisse me dire Athénaïs, elle savait pertinemment que jamais je n'ébruiterais son secret, pas même à Stefano, qui pourtant était impliqué dans l'affaire, lorsque je sortirais des appartements de la Marquise, j'aurais oublié cette conversation.

Oui, la confiance était essentielle. Pour ma part, je mettais un certain temps avant de l'accorder, ayant eu quelques déceptions par le passé, mais une fois que vous l'aviez, elle était inébranlable. J'étais heureux de voir mon amie se calmer un peu et sécher ses larmes. Même si j'avais un peu peur de ne rien pouvoir faire pour lui venir en aide, je lui avais tout de même demandé si je pouvais faire quelque chose. Elle aurait pu tout me demander, je l'aurais fait sans aucun problème. Cependant, elle m'affirma que le simple fait de pouvoir se confier à moi lui était d'une grande aide et j'en fus ravi et ému. Oui, qu'une si petite contribution de ma part lui soit d'un tel secours me comblait au plus haut point. Je lui souris.

- Ma chère amie, vous savez que vous pourrez toujours compter sur mon soutient, notre amitié est telle que nous nous comprenons sans un mot et je ferais tout mon possible pour adoucir les soucis pesant sur vos belles épaules. Vous n'avez pas besoin de vous excusez pour cela, je vous assure. Votre thé est délicieux, mais il est encore meilleur lorsque vous êtes soulagé de vos soucis et que vous pouvez le boire sereinement avec moi.

Athénaïs nous servit de nouveau un peu de thé et j'attendais que sa tasse soit remplie pour plonger mes lèvres dans le breuvage. Lorsqu'elle recommença à parler, mon amie me demanda si l'entretien que j'avais eu avec ma femme s'était bien passé, enfin elle me demandait plutôt si je consentais à lui en parler. Certes, j'allais le faire, Athénaïs était la seule personne au courant de cette situation, il était donc normal que je la tienne au courant de son évolution. Je reposais ma tasse sur sa coupelle que je posais sur la petite table puis je plongeais mon regard dans celui de mon amie.

- Ah Athénais, si vous saviez, je remercie le Seigneur de la même chose à votre sujet, je ne sais comment j'aurais pu traverser cet "évènement" si je ne vous avais pas connu. Ainsi, la discussion avec ma femme a bien eu lieu. Je vous avoue que je redoutais un peu cet entretien, je ne savais pas vraiment comment amener la chose. J'ai donc profité du souper et du fait que nous ne soyons que tous les deux pour deviser de cela avec elle. A peine avais-je commencé à aborder le sujet qu'elle pâlit et se mit à trembler de tous ses membres. Je fis comme si je n'avais rien remarqué et je continuais, je tentais par mes paroles de lui faire comprendre que je ne la répudierait pas ou autre chose atroce de ce genre, mais elle semblait enfermé dans son monde, je ne sais même pas si elle entendait ce que je lui disait. Lorsque j'eus fini de parler elle se jeta à mes pieds et m'implora de ne rien tenter contre son amant qui ne voulait, disait-elle, pas assumer cet enfant. Si vous l'aviez vu Athénaïs, vous en auriez été bouleversée ainsi que je l'étais. Je ne savais que dire ou que faire pour la rassurer. Tout d'abord je la fis se relever puis je l'emmenais avec moi pour qu'elle s'étende sur le lit, lorsqu'elle fut un peu calmé, je la rassurait en lui disant que je la soutiendrait du mieux que je pourrais. Elle ne voulut point me révéler le nom de l'individu qui l'avait...mise dans cette situation. J'ai bien essayé de le lui faire dire, mais elle ne céda pas.

Je m'interrompis quelques instants pour boire un peu de thé puis, après avoir de nouveau reposé la tasse, je poursuivi mon récit.

- Elle était très inquiète lorsqu'elle me demanda ce que j'avais décidé pour l'enfant. Sachant que son amant ne voulait pas en entendre parler, je n'allais pas laisser naître cet enfant sans père, aussi, je lui ai dit que j'acceptais de le reconnaître comme étant le mien. Oh mon amie...dites-moi que j'ai bien fait, je vous en conjures. Imaginez-vous que je prie le ciel pour que cet enfant soit une fille, ainsi, elle ressemblera plus à sa mère qu'à son père, parce que si ce bébé était un garçon...je ne sais pas si je réussirais à considérer comme mien un garçon qui n'a pas ne serait-ce qu'une infime ressemblance avec moi. Et pourtant, je sais que cet enfant n'a rien demandé, mais sachant comment je suis, je sais que j'aimerais plus facilement une petite fille qui réussirait à me faire oublier que je ne suis pas son père. Oh Dieu..est-ce cruel de ma part de penser cela ?

J'avoue que j'étais un peu perdu, je pensais avoir bien agis et mon épouse était certainement de cet avis puisqu'elle ne put pas retenir un soupir de soulagement, mais mes pensées sur le futur enfant m'effrayaient un peu. Il y avait néanmoins un sujet qui avait trouvé un heureux dénouement...enfin si l'on veut, j'avais pu aller à l'enterrement de ma mère, mon père s'était retenu de faire une esclandre par respect pour la mémoire de son épouse, mais j'ai dans l'idée que je ne suis plus le bienvenu dans sa maison. Peu m'importe, il y a longtemps que j'ai rayé cet homme de ma vie.

- Je peux néanmoins vous dire une bonne nouvelle, j'ai réussi à assister à l'enterrement de ma mère, j'y suis allé comme je suis actuellement, nul déguisement, nul artifice, je voulais paraître ainsi parce qu'après tout, je n'avais rien à me reprocher. Je vous avoue que je redoutais la réaction de mon père, mais lorsque je suis arrivé, il n'a rien dit, même si on pouvait aisément voir sur son visage que ma présence l'irritait. Lorsque la cérémonie fut terminée, il parti sans m'avoir adressé un seul mot, sans un seul regard. En fait, le jour là, j'ai enterré mes deux parents Athénaïs. C'était, je crois, le message qu'il désirait me transmettre implicitement.

J'eus un petit sourire. J'avais été affecté sur le moment, mais à présent que j'étais de retour à la Cour, je n'en avais cure, j'étais là où je me sentais le mieux, auprès des gens qui comptaient réellement pour moi et je n'avais besoin de rien d'autre.
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Lun 2 Juin - 11:36

Peu à peu, et grâce à la présence de l’écoute d’Antoine, Athénaïs s’était calmée. Elle se sentait à présent plus légère et sereine pour affronter les événements délicats qui l’attendaient. En amie fidèle, c’était à présent à son tour d’écouter le marquis. Lui aussi avait le cœur lourd de choses à dire.

Le thé servi, la marquise porta la tasse fumante à ses lèvres afin d’absorber quelques gorgées de breuvage, tout en écoutant le discours de son ami. Ainsi donc, ses doutes étaient fondés. Madame d’Effiat était bien tombée enceinte de son amant et redoutait comme la mort de l’avouer à son mari. Le pauvre Antoine, il ne méritait pas une telle chose. Mais égal à lui-même, cet homme charmant accepta la situation et tâcha même de rassurer son épouse. Athénaïs ne put retenir un sourire plein de tendresse en imaginant la scène. Le marquis était d’une telle douceur, parfois elle se disait que son Louis-Henri devait en prendre de la graine.


-Vous avez, comme toujours, eu l’attitude d’un saint homme, Antoine. Votre épouse a énormément de chance d’avoir un mari aussi compréhensif.

La marquise savait que si elle se comportait un jour comme Madame d’Effiat, son mari ne serait pas aussi conciliant et lui administrerait probablement le soufflet de sa vie. Mais Athénaïs était bien trop pieuse pour penser à tromper son mari, même si elle commençait à se dire qu’en effet, son père et son frère avaient raison et que ce mariage était une erreur monumentale. Mais revenons-en à nos moutons, ou plutôt nos Effiat.

-M’est avis que vous avez pris la bonne décision, même si elle était sans doute difficile. En effet, maintenant la chose est faite et l’enfant est en son sein. Faire appel à une faiseuse d’anges serait pécher, et je vous imagine mal vous résoudre à une telle chose. De plus, le mariage stipule que tout enfant sorti du ventre de votre femme est le vôtre, aussi, il n’y avait pas mille et une solutions. Vous avez fait ce que vous deviez.

Elle ponctua sa phrase d’un sourire rassurant. Antoine en avait besoin. Cet homme si gentil était souvent en proie au doute lorsqu’il s’agissait de son épouse. C’était donc le rôle de son amie de le rassurer.
En ce qui concernait le fait d’aimer ou non l’enfant s’il s’agissait d’un mâle, la question était plus délicate. Les sentiments ne se contrôlent pas, et si Antoine se prenait d’aversion pour le rejeton, il n’y avait en effet que peu de choses à faire. Mais Athénaïs se souvint à quel point Antoine et son père étaient en froid, surtout depuis le décès de sa mère. Elle secoua la tête.


-Vous savez, je reste persuadée que, fille ou garçon, lorsque l’on vous mettra votre enfant dans les bras, car oui, ce sera votre enfant quoi qu’il advienne, vous serez intérieurement forcé de l’aimer, ou au moins de vous prendre d’affection pour lui. Lorsque vous avez cette petite vie contre vous, qui ne dépend que de vous, c’est une chose merveilleuse, extraordinaire. Vous ne vous y attacherez que peu au début, de peur que la mort l’emporte, et dieu sait si nombre d’enfants le rejoignent prématurément, mais s’il vit, ce petit sera votre héritier. Et vu la situation avec votre épouse, peut-être le seul. Alors à défaut de l’aimer d’un Amour infini, votre rôle sera de l’éduquer et de lui apporter suffisamment d’affection pour qu’il vous écoute et représente votre nom à son tour au mieux. Son rôle à lui sera de faire ce que vous lui ordonnerez. Vous connaissant, Antoine, je sais que votre cœur regorge d’Amour, et vous ne saurez vous résoudre à haïr un petit être innocent.

Elle but une nouvelle gorgée de thé pour se réhydrater après une si longue tirade, et haussa légèrement les épaules avec un sourire en coin.

-Et si c’est une fille, vous êtes déjà sûr de l’aimer, alors vous n’avez finalement aucun souci, lança-t-elle d’un air gai pour lui tirer un sourire. Mais songez bien, Antoine, combien le fait d’être en froid avec votre père vous a atteint un jour. Vous vous sentez innocent de ses accusations. Voulez-vous, à votre tour, blâmer votre enfant pour une faute qu’il n’a pas commise ? Je sais que vous ne souhaitez pas reproduire les erreurs de votre père. Vous êtes un homme bien meilleur.

Et le sujet de l’enterrement de sa mère arriva, tout naturellement. Antoine avait finalement pu y assister, cela lui tenait à cœur, ce qui était bien normal. Athénaïs en fut soulagée, car il était inhumain d’empêcher à un fils de rendre un dernier hommage à sa mère.

-Je suis bien aise que vous ayez pu vous y rendre, mon ami. A présent, tout peut rentrer dans l’ordre et votre vie va reprendre son cours.

Antoine n’en demandait guère plus, et cet homme méritait vraiment le bonheur.
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