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 Je vous jure que j'ai une explication (Athénais)


Jeu 12 Sep - 22:39

« Et, là il a choisis de révéler la vérité à madame. »
La servante fondit une fois de plus en larme et Melechia lui tendit une fois de plus un mouchoir, « emprunté » à la Louison, qui commençait à avoir sérieusement vécu. La jeune Ducatore ne comptait pas la patience au nombre de ses rares qualités. Et voilà que par manque de travail, de sous et parce que le jour du loyer approchait, elle se retrouvait à devoir subir une heure durant les lamentations d’une pauvre fille sans le moindre intérêt.
« Et il a dit qu’il me tu-tu-tuerais… »
« Qui ça ? Ton bon ami ? » Demanda la jeune femme en se disant qu’elle devait s’intéresser à la vie de ses clients.
« Mais non ! L’autre ! » Sur ces paroles la fille recommença à sangloter tandis que Melechia grinçait un petit plus des dents, ce qui aurait a priori un effet négatif sur sa dentition.
Puis elle croisa les bras et prit une mine inspirée alors que la fille expliquait qu’elle avait deux vieux parents et que si elle mourrait cela risquait de leur briser le cœur.
L’histoire semblait dure à suivre. D’une part parce que la conteuse s’interrompait toutes les trente secondes pour pleurer. D’autre part parce que Melechia ne parvenait pas à s’intéresser et à suivre le récit. Apparemment la pauvre fille était servante chez une noble, la Montespan, mais son père avait des dettes de jeu. Aussi le créancier de son père avait exigé que la jeune femme espionne ses maitres. Mais l’amant de la sotte avait découvert le pot au rose et lorsqu’elle l’avait éconduit pour changer d’amant, il avait choisi de se venger en révélant la vérité. Et lorsque la nouvelle se répandrait la servante serait renvoyée, dans le meilleur des cas, soumise à la question, dans le pire. En temps normal, la question était une hypothèse ridicule. Le procédé ayant prouvé son peu d’efficacité sur les plus grands manants, mais… Depuis le vol spectaculaire dont tout Paris parlait encore, les services de polices s’avéraient nerveux… Très nerveux. Quoiqu’il en soit, ainsi démélée l’histoire paraissait simple mais la sotte avait mis une éternité à la raconter en rajoutant une foule de détail inutile. Ce qui avait fait perdre du temps à Melechia mais aussi l’avait embrouillée.
Tout cela pour dire que son interlocutrice était foutue.
« Je suis désolée pour toi, vraiment » déclara Melachia, bien que son ton indique clairement qu’elle n’en avait rien à foutre. « Mais je ne suis pas un assassin. Je ne vais pas tuer ce pauvre type… »
Ce n’était pas des scrupules moraux qui la retenait mais depuis le début, elle ne la sentait pas cette histoire. Pour être précis, cette histoire puait la merde et Melechia avait déjà bien assez d’ennuis comme ça.
« Il a écrit une lettre de dénonciation. Si vous la détruisez alors je serais tranquille. Je vous paierais bien sûr, beaucoup. Et puis la Louison a dit que vous pouviez le faire »
N’allez surtout pas croire, naïf lecteur, que la fille a cessé de chouiner durant cette tirade. Non, tout du long de l’entretien elle a pleurniché et sangloté et elle n’allait pas s’arrêter en si bon chemin. Seulement Melechia a choisi d’omettre les interruptions pour se concentrer sur des détails plus intéressants. Et la longue suite de détail confirmait quelque chose de très important à Melechia, elle était dans la merde jusqu’au cou.
Elle n’avait pas les moyens de refuser de s’impliquer dans cette affaire, pourtant foutrement dangereuse. Son manque de revenu et de travail faisait que chaque opportunité devait être analysée sérieusement. De plus la Louison tenait à ce qu’elle le fasse. Et la maquerelle pouvait se révéler foutrement rancunière. Sans compter qu’elle n’avait pas le commencement de l’ombre du quart de son loyer...
«Je veux les trois quarts de la somme maintenant. Le dernier sera versé en cas de succès. »
« Formidable ! Vous verrez, il vous suffit de vous introduire dans le boudoir de madame et de… »

Tandis que la servante expliquait ce qu’elle avait à faire, Melechia eut la confirmation de son impression… Cette histoire ne se finirait pas sans heurts.

Les domestiques possédaient des livrées nettement plus confortable que les vêtements dans lesquels vivait habituellement Melechia. Plus propre en tout cas, ce qui n’était guère compliqué.
La truande lissa du plat de sa main sa veste de page et vérifia que son déguisement convenait. Heureusement son manque de féminité faisait d’elle un garçon convenable. Elle était même très joli ainsi vêtu. Mais ce n’était pas pour savoir ce que ressentaient les gens beau qu’elle avait vêtu cette tenue. En réalité les hommes, même domestiques, se déplaçaient plus librement que les femmes sans compter que l’on courait plus vite dans cette tenue.
L’adolescente inspira et expira longuement pour maitriser sa peur et quitta les quartiers des domestiques pour rejoindre la partie où vivait les maitre. Elle s’empara d’un plateau supportant des carafes vides et des verres en cristal avant d’explorer l’hôtel particulier des Montespan.

Elle aurait peut-être dût écouter les explications de l’autre idiote. Parce qu’elle en était à quatre chambre, deux salons et trois pièce indéterminées et elle n’avait toujours pas trouvé cette p***in de saloperie de boudoir de m***e. Sans compter que son plateau pesait une tonne au bout de son bras, maigrement musclé elle devait le reconnaitre. Puis sa mauvaise foi prit le dessus et Melechia décida que de toute façon le plan de l’autre aurait forcément était faux.

Puis, elle trouva le boudoir. Melechia avait vu beaucoup de chose dans sa courte vie. Beaucoup de choses horribles et peu de choses belles. Mais ce boudoir était un véritable enchantement. Tout jusqu’à son odeur de propreté l’enchantait. Elle posa deux doigts timides sur un meuble ressemblant à une table. Le bois était propre, ciré, délicat juste somptueux. Comme tout ce qui l’entourait. Elle se pinça la peau du dos de la main et observa la rougeur qui grossissait sur sa peau pâle. Puis, elle se passa une langue rose sur ses lèvres sèches et commença à fouiller un peu partout. Les parchemins léger et délicat semblaient s’effriter entre ses mains grossières et marquées par une vie de travail. Divers écritures, toutes fines et gracieuses, s’étendaient sur les liasses qu’elle feuilletait. La langue lui était inconnue. Certains textes étaient en latin. D’autres dans un français si étrange qu’elle n’en comprenait pas le sens. Puis, elle trouva la lettre de dénonciation. Alors qu’elle allait s’en débarrasser, la porte du boudoir s’ouvrit. Melechia se mordit la lèvre. L’autre avait prétendu que c’était l’heure du repas la plus propice, elle avait eu tort. Puis la voleuse releva la tête et comprit qu’elle n’était pas face à une domestique… Bien pire qu’une domestique.
« Je savais que c’était la merde » songea-t-elle en se redressant le plus vite possible.
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Ven 13 Sep - 14:46


"Ma tendre amie, je suis au regret de vous annoncer que mon départ a été avancé. Aussi vous ne me trouvez point en notre hôtel ce soir et ce pour une durée indéterminée, et je le déplore. Pour vous soulager de ce poids, ma mère a pris les enfants avec elle et s'en occupera jusqu'à mon retour. Elle fera également venir la cuisinière avec elle, qui connait si bien nos petits. Mais ne changez pas vos projets, il faut que vous accueilliez la nouvelle petite domestique qui se chargera de l'entretien de la maison jusqu'à mon retour, avec Mme Larivière qui rejoindra ma mère après. Je vous tiendrai informée de ma marche. Je vous renouvelle, ma bonne amie, l'expression de mes sincères sentiments et vous embrasse de tout mon coeur. Montespan."

"Oui oui, moi aussi"
, songea la marquise.
Un billet déposé le matin-même. Son mari serait absent ce soir, mais il lui faudrait quand même retourner en son logis. Merveilleux! Cette perspective la barbait déjà, mais puisque monsieur l'exigeait... Au moins elle n'aurait pas à souffrir sa présence et l'entendre se plaindre de ce qu'il n'avait pas réussi ceci ou cela. Et puis en ces temps de mois de mars, rentrer chez elle en pleine nuit, seule, alors que les rues de Paris pouvaient s'avérer être mal famées, voilà une chose qui lui déplaisait infiniment. Mais bon, la marquise l'avait compris depuis longtemps, on ne pouvait avoir ni faire tout ce que l'on voulait. Et si cette petite escapade nocturne lui permettait d'avoir la paix et ne pas se soucier de l'hôtel particulier en l'absence de son mari, c'était un échange raisonnable.

21 heures sonnèrent, et Athénaïs arriva au bas de l'escalier qui menait à l'entrée de son appartement. Le rez-de-chaussée était la boutique d'un perruquier dont Louis-Henry était bon client, il adorait les perruques. A cette heure-ci, la boutique était fermée. La marquise monta l'escalier et ouvrit la porte de chez elle avant d'y entrer et refermer derrière elle. Elle ne savait pas quand devait arriver la nouvelle ou si elle était déjà là, accueillie par sa belle-mère avant son départ. L'appartement n'avait rien d'extrêmement luxueux, les Montespan n'étant pas extrêmement riches. Mais il était décoré avec goût. Pour leur mariage, ils avaient reçu de belles pièces de leurs familles respectives, et Athénaïs avait mis un point d'honneur à faire de leur lieu de vie un endroit de bon goût. Même si au fur et à mesure, les objets de valeur disparaissaient pour être mis en gage, tout comme ses bijoux d'ailleurs. Les dettes de jeu du marquis étaient venues à bout de leur entente de et leur Amour, car oui, ils avaient fait un mariage d'Amour. La dame d'honneur de la Reine sentait à présent toute l'étendue de son erreur, et combien elle aurait mieux fait d'écouter son père. Mais les choses étaient ainsi, Louis-Henry était le père de ses enfants et son mari, et malgré tous ses défauts, elle lui conservait une certaine affection.

La belle dame entra, déposa sa cape sur un banc près de l'entrée, et s'affaira à allumer une bougie afin de s'éclairer un peu. Il faisait affreusement sombre, on aurait dit que la maison était vide. Où donc était passée la cuisinière? Pourquoi avait-elle laissé une telle pénombre dans la maison? Comme une sorte de pressentiment, la marquise ne se sentait pas rassurée. Etait-ce sa peur des lieux sombres? Cette cuisinière la détestait et faisait toujours tout pour la déranger...? Elle en était sure, cette Larivière avait fait exprès de ne rien allumer pour effrayer sa maîtresse. Elle allait l'entendre!

-Madame Larivière? Madame Larivière?! Mais où êtes-vous à la fin?!

Puis elle entendit remuer vers son boudoir, attenant à la chambre. Enfin elle la tenait! Mais que faisait-elle dans la pénombre? Elle ne risquait pas de pouvoir lui cuisiner quoi que ce soit dans cette pièce! Se dirigeant vers la chambre afin d'entrer après dans le boudoir, son bougeoir tendu devant elle pour s'éclairer, elle remarqua une feuille de papier posée sur une console. C'était un mot de la cuisinière la prévenant que finalement elle s'en était allée avec la mère de monsieur. Décidément, cette cuisinière avait toutes les audaces, et si son mari ne l'appréciait pas tant, cela ferait longtemps qu'elle l'aurait congédiée! Puis soudain, la réalité la rattrapa. Si ce n'était la cuisinière, qui donc était dans son boudoir? L'angoisse la saisit, elle sentit sa gorge se nouer. Elle chercha quelque chose à attraper en guise de défense. Elle se souvint que son mari laissait toujours sa vieille épée de cour dans le placard de leur chambre. Elle se précipita aussi discrètement que possible vers le meuble en vieux bois, l'ouvrit rapidement et se saisit de l'arme. Se sentant bêtement rassurée en possession de cette chose dont elle ne savait se servir, elle la brandit devant elle de sa main droite, imitant ce geste avec son bougeoir de la main gauche, et avança jusqu'au boudoir, faisant le moins de bruit possible.

Arrivée devant la porte, après une dizaine de pas qui lui parurent des kilomètres, elle déglutit lentement, prenant soin courage à deux mains, et poussa du bout du pied la porte du boudoir. Quelle ne fut pas sa surprise en voyant devant elle une jeune garçon, habillé en livrée de domestique, avec une lettre entre ses mains. Elle remarqua immédiatement que son secrétaire avait été ouvert et que ses papiers étaient éparpillés dessus.

-Je peux savoir ce que tu fabriques ici??? Tu n'es visiblement pas la personne que j'attendais, alors qui t'a fait entrer?

Athénaïs ne savait si elle avait l'air bien menaçant avec sa rapière, mais au moins elle tâchait d'avoir un ton autoritaire. Si c'était bien un domestique, il n'avait pas à fouiller dans ses affaires. Si c'était un voleur... l'affaire serait plus délicate. Elle ne se sentirait pas le courage de l'embrocher avec cette arme qu'elle tenait. Si elle criait assez fort, peut-être que ses voisins l'entendraient? Soudain, une idée lui traversa l'esprit... Etait-ce possible que ce jeune inconnu soit l'auteur de la lettre de chantage qu'elle avait retrouvé quelque jours plus tôt? SI c'était le ca,s comment pouvait-il être au fait de son lieu d'habitation? Connaissait-il son identité? Avait-il vu son visage sous le masque qu'elle portait le soir du bal? Toutes ces questions ne contribuaient pas à lui faire garder son calme, loin de là. Pour l'heure, elle attendait des réponses.
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Lun 16 Sep - 20:06

Melechia se redressa complètement et le buste droit, les mains le long du corps elle salua l’inconnu comme si elle était parfaitement à sa place et que rien ne clochait. Alors que son corps lui offrait machinalement une certaine dignité, son cerveau semblait sérieusement endommagé et elle ne parvenait pas à se concentrer convenablement. Au lieu de se concentrer sur une idée d’excuse viable, elle se mit à observer avec une attention incroyablement stupide les vêtements de celle qui l’avait interrompue.
Bien entendue, la chandelle que la visiteuse avait à la main n’éclairait pas grand-chose et les plongeait toutes les deux dans un clair-obscur que la jeune voleuse trouvait des plus rassurant. Ses yeux bleus se perdirent un moment dans la contemplation des plis soyeux de la robe. Elle demeurait fascinée par leur fluidité, leur élégance et la façon dont ils tombaient autour du corps de la noble. Car à ne pas en douter, seule une noble pouvait se permettre d’avoir une robe pareille. A la lumière de la chandelle, elle devinait le mouvement de l’étoffe qui s’agitait à chaque pas de la femme mais l’obscurité avalait avec constances les petits détails et les jupons se perdaient dans le noir. La jeune fille ne parvenait pas à dire si le tissu de luxe était noir, bleu ou violet. Elle le décrirait comme sombre. Si sombre que la peau de la femme n’en semblait que plus blanche. Melechia avait grandi entourée de gens plus ou moins tannée par le soleil. La peau de lait de l’aristocrate lui semblait d’une délicatesse injuste. Mais cela ne faisait que souligner le gouffre qui les séparaient et les sépareraient toujours.
Mais pour l’instant, Melechia ne se sentait absolument pas envieuse et surtout elle avait un autre objet de fascination, nettement plus urgent. Aussi ses pupilles avide de détails n’en finissaient pas de contempler l’éclat cruel et froid de l’acier qui tranchait les ténèbres comme il le faisait de la chair. Elle observait avec une constance morbide l’arme qui la menaçait. La lumière dorée de la bougie prenait des reflets argentés alors qu’elle se heurtait à la lame. Et par la suite elle se répercutait un petit peu partout dans la pièce. En temps normal, Melechia aurait apprécié le spectacle. Mais en temps normal, elle regardait un crétin se faire menacer tout en étant tranquillement à l’abri. Elle regardait les armes comme des trucs potentiellement dangereux mais plus pour les autres que pour elle.

Une chose que l’on apprend très vite en mentant et en enfreignant la loi, c’était que l’attitude était tout. Aussi comme toujours, Melechia estimait que si elle faisait comme si tout était normal, les gens croiraient qu’elle était dans son bon droit. Mais là, il y avait assez peu de chance pour que ça marche et elle en avait conscience. Pourtant, elle sentait ses lèvres qui se relevaient pour former un sourire affable tandis que l’autre posait une question.

-Je peux savoir ce que tu fabriques ici??? Tu n'es visiblement pas la personne que j'attendais, alors qui t'a fait entrer?

Bon, au moins elle n’avait pas commencé par l’accuser directement de vol. Ce qui était une bonne nouvelle, elle pouvait peut-être sans sortir sans subir une casse trop importante. La jeune fille s’était toujours présenter comme quelqu’un de particulièrement curieux. Mais sa curiosité n’allait pas jusqu’à souhaiter découvrir les prisons parisienne, ni les méthodes d’interrogatoire de la pousse. Elle sentit une goutte de sueur couler le long de sa nuque et s’efforça de l’ignorer. Elle n’avait que très peu de cartes en main, mais il était de son devoir de les abattre au bon moment et d’en profiter pour marquer le plus de point. C’était ce qu’on appelait tomber avec panache. Et du panache, Melechia n’en manquait pas. Aussi elle rassembla son courage, son audace, son insolence et son instinct suicidaire et commença à répondre :

« Avant toute chose madame, puis-je vous suggérer de poser cette arme ? Je ne vous nie absolument pas le droit de la porter, croyez moi. Jamais je n’aurais cette insolence. Mais si je peux me permettre la façon dont vous la brandissez est plus que ridicule. De fait, la chose la plus en danger dans cette pièce est votre visage. Aussi je vous en supplie, posez cette rapière, assez mal entretenue d’ailleurs. »

Melechia profita de la distraction de la Montespan pour glisser la lettre dans sa manche puis elle se pencha avec souplesse sur le secrétaire et fit mine de tâtonner pour trouver des pierres à feu. Lorsqu’elle les trouva, à leur place, elle alluma une chandelle et dans le mouvement s’empara d’une autre lettre pour remplacer celle qui l’intéressait. La lumière lui blessa quelque peu les yeux, mais permettrait à son interlocutrice de la voir. Non pas que Melechia tienne à ce que l’aristocrate sache à quoi elle ressemblait. Cependant montrer son visage était une preuve de bonne volonté. De plus en tant qu’homme, elle présentait un visage doux et innocent qui pourrait peut-être lui valoir une certaine sympathie.
Tout en agissant, Melechia faisait fonctionner son peu de cervelle à plein régime.
La part la plus scabreuse de son esprit s’attardait sur une phrase de la marquise. Qui la femme pouvait bien attendre dans son bureau, tard le soir ? Un amant ? Un créancier ? En temps normal, elle se serait attardée sur ce mystère passionnant mais là, elle avait mieux à faire.
Aussi, la majeure partie de son cerveau se concentrait sur les excuses qu’elle devait donner et sur la version de l’histoire la plus convaincante qui lui épargnerait des ennuis. En temps normal, elle se faisait passer pour un italien perdu mais là, elle devait reconnaitre que ce serait assez peu efficace. Aussi, elle monta dans la précipitation une autre histoire.

« Je suis navré de vous avoir surpris madame. Je me nomme Gautier et je suis nouveau service de votre mari. »

Son ami ne lui en voudrait pas de ce pieux mensonge.

« Il se trouve que pour une fois la chance a souri à votre mari. Je suppose que ses prières à sainte Rita ont payé. Quoiqu’il en soit il a gagné une importante somme d’argent. Mais son ami, car tous les joueurs sont ami, ne pouvait pas payer et lui a envoyé une reconnaissance de dette. Ladite reconnaissance de dette s’est trouvée dans votre courrier, aussi il m’a envoyé la chercher. »

Alors qu’elle parlait, la partie rationnelle de son esprit lui faisait remarquer que comme la marquise n’avait pas deux ans, elle risquait fort de ne pas la croire.
« Oh, la ferme » ordonna Melechia à son pessimisme.

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Mar 17 Sep - 13:41

HJ: aaaah pitié ne copie pas mes répliques xD j'aime pas du tout Razz(sinon ta rep est parfaite )


C'est fou ce que l'on peut se sentir rassurer lorsqu'on a l'avantage des armes. La marquise avait beau brandir une rapière dont elle n'avait jamais se serait-ce qu'effleuré le pommeau, elle se sentait en sécurité du fait que son interlocuteur n'avait rien en sa possession qui semblait rivaliser de danger. Menaçant toujours l'enfant de la pointe de sa lame, dont elle avait un peu ajusté la direction suite à sa remarque, son autre main qui tenait le bougeoir se rapprocha d'elle lorsque l'inconnu avait allumé un autre chandelier. La lumière se propageait à présent dans la pièce de telle sorte qu'on y voyait bien clair. La remarque sur le fait la rapière qu'elle tenait était mal entretenue la fit tiquer intérieurement. Louis-Henry était décidément impossible, même pas fichu de posséder des armes en bon état... Et cet enfant, puisqu'il s'agissait vraisemblablement d'un enfant, prétendait être au service du marquis. A cette déclaration, Athénaïs fronça les sourcils. Voilà une affirmation des plus saugrenues. Ils étaient déjà sur le point d'engager une nouvelle bonne qui leur coûterait beaucoup, vu qu'ils possédaient peu, et cette embauche avait résulté de nombreuses discutions pesant le pour et le contre, comment était-il possible alors que le Montespan ait engagé un jeune homme sans même avoir consulté son épouse? Non, cette excuse était assurément un mensonge. Mais la marquise choisit de ne point montrer tout de suite qu'elle savait. Tout un chacun savait que le marquis de Montespan se plaisait aux jeux, qu'il perdait souvent et gagnait peu. Il était donc facile de trouver l'excuse de la dette de jeu, d'un gain imaginaire à fournir ou d'une reconnaissance de dette.
Athénaïs hocha la tête en souriant et se redressant un peu.

-Je vois. Si ce que tu dis est vrai, Gautier, tu vas sans doute pouvoir me montrer cette lettre? Décidément, mon cher mari est un fieffé cachottier.

Mais à mesure qu'elle regardait le visage de l'enfant, la marquise était surprise d'y découvrir des traits de plus en plus féminins, accentués par le son de sa voix qui n'était guère celui d'un adolescent. Elle s'affaira à examiner la silhouette de cet inconnu, et finit par se demander si son identité n'était pas, elle aussi, un mensonge.

-Et dis-moi, Gautier, pour qui travaillais-tu avant de rencontrer mon mari? Et surtout, quand exactement t'a-t-il demandé de venir?

Le timing faisait tout. Son mari était vraisemblablement parti la veille au soir, laissant les enfants à sa mère, et il lui avait fait parvenir un courrier le matin-même. Si toute cette histoire était vraie, il lui en aurait touché mot afin de ne pas l'inquiéter. Le mensonge finirait bien vite par se retourner contre le prétendu Gautier. Tout en parlant, la marquise menaçait toujours de la petite épée le garnement. A présent, elle s'amusait presque de la situation, tant les excuses de l'étranger lui paraissaient grotesques. D'autant que jamais un mari n'aurait donné ordre à un jeune homme d'aller fouiller dans les affaires de son épouse. C'était le comble de l'irrespect. Et encore moins en pleine soirée alors que celle-ci rentrerait seule. Et surtout lui confier les clefs de chez lui. Voilà de quoi faire tomber en pâmoison les dames les plus sensibles. Non, il était certain que toute cette affaire reposait sur un mensonge, et qu'il fallait faire preuve de prudence. Athénaïs attendrait de voir les réponses qui lui seraient fournies avant de révéler à l'enfant qu'il était un bien mauvais menteur et comédien... voire menteuse et comédienne?
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Mer 18 Sep - 15:29

Enfant Melechia était fascinée par les combats de molosse et pariait des sommes astronomiques (dans la mesure de ses moyens) et dérobés à son père pour deviner quel chient allait vaincre l'autre. Plus que la violence indéniable du combat, elle aimait observer les postures qui distinguait les chiens. Elle n'avait pas tardé à comprendre qu'un chien mince ou maigre pouvait vaincre un chien plus gros s'il se montrait hargneux. Cela avait en partie justifiait son arrogance juvénil. Cependant aujourd'hui, elle se trouvait face à un chien presque aussi maigre quel, en tout cas bien plus svelte que les policiers la pourchassant en temps normal. Mais la bête semblait presque aussi teigneuse et en tout cas bien plus intelligente. Sans compter que la bête possédait un visage élégant et des vêtements de luxe.
Cependant l'attitude demeurait la même que lors d'un combat de canidé. La marquise était sur son territoire, elle le savait et elle le montrait. On le devinait en voyant la façon dont elle redressait le menton, la façon dont elle marchait en s'appropriant l'espace, la façon dont elle la toisait avec suspicion. Athénais de Montespan était chez elle, sur son terrain de jeu et cela lui donnait tout les droits même celui de traiter Melechia comme un vermisseau indésirable, ce qu'elle était au fond. C'était une forme d'arrogance et d'orgueil infiniment différente de celle des brutes et des truands de la cour des miracles. Et alors que Melechia ne pliait que difficilement l'echine face à eux, elle savait devoir faire profil bas devant cette femme.
Ce n'était pas à cause d'un stupide respect instinctif pour les nobles. Oh, Melechia craignait la famille royale qui gouvernait par la volonté de Dieu... Mais les autres nobles n'étaient que des cibles idéales pour ses moqueries ou pour les larcins de ses amis. En réalité son respect et sa crainte étaient tout deux dut à quelques considérations extrêmement matérielles. Au nombre de ces sources de respect on pouvait citer la rapière qui restait obstinément pointée contre son cœur, les domestiques prêt à rouer Melechia de coup si la Montespan hurlait, la police qui n'était pas loin et par voix de conséquent la fureur du roi Thunes qui était rappelons-le à l'origine de ce merdier.
Donc pour toutes ces raisons, la gamine faisait profil bas, baissait les yeux et retenait sa langue insolente.

En entendant la question, Melechia se retint de rouler des yeux. Elle avait décidément inventé le mensonge le plus inutile de l'histoire de la cour des miracles. Son père devait s'en retourner dans sa tombe. Quelle idée stupide! La marquise connaissait mieux son mari qu'elle, enfin c'était à espérer pour le bonheur de leur ménage, et il lui saurait aiser de la piéger et de la percer à jour. Elle pouvait donc choisir de tout avouer et de reconnaître qu'elle avait lamentablement foiré ce travail. Après il ne lui resterait plus qu'à supplier la marquise de l'épargner et avec un peu de chance son amour propre ne mettrait pas dix ans à s'en remettre. Ou bien, elle s'entêtait dans son mensonge. Ce qu'elle choisit de faire ignorant sa prudence, son bon sens et son instinct de survie.

«il va de soi que je dis la vérité, madame. Assurément je m'acquitterais bien mal de tâche en mentant et cela ferait d'ailleurs assez mauvais effet sur mes états de service. Cependant je suis au regret de vous annoncez que malgré mes fouilles enthousiastes, je n'ai pas encore trouvé la missive manquante. Mais nul doute que ce n'est qu'une question de patience. A ce propos je m'excuse pour le dérangement de votre secrétaire.»

Le ton, l'attitude, la conviction tout était parfait... Melechia se félicita intérieurement pour ce talent d'actrice qui aurait fait rougir d'envie les comédiens de Molière. Malheureusement la marquise en face d'elle ne semblait pas convaincue. Pas plus que le bon sens de la jeune femme qui se tordait de rire au plus profond d'elle même. Elle chosit d'ignorer cet aspect sinistre et déprimant de sa personnalité pour se concentrer sur le drame qui était en train de se nouer autour d''elle.
Son interlocutrice l'observait avec tant d'attention que cela en devenait gênant. Surtout qu'elle était presque propre, ainsi que ses vêtements et que pour une fois elle avait laissé les prostitués de La Louison lui peigner les cheveux (pour une raison qu'elle ignorait ces femmes la considérait comme une poupée grandeur nature.)
Puis, elle reposa une question tout aussi fine que la précédente. Visiblement, il s'agissait d'une femme sensée qui ne s'en laissait pas compter. La partie serait très serré et même en abattant correctement les cartes Melechia n'était pas sur de pouvoir gagner.

Clac, la gamine eut l'impression de sentir les gros de l'autre chien se refermait sur sa gauche. A en juger par le ton de la marquise il n'y avait qu'une seule bonne réponse, voir pas de bonne réponse du tout. Mais elle n'allait pas s'avouer vaincue et compter bien continuer avec un entêtement qui confinait à la connerie, elle le savait fort bien et d'ailleurs son bon sens ne manquait pas de le lui faire remarquer.

«Je suis navrée madame, mais je n'ai pas la mémoire des dates. De plus, votre mari ne semblait pas tout à fait lui même lorsqu'il m'a embaucher. Je crains que le vin de ma sœur, elle est tenancière vous voyez, lui ait quelque peu engourdis les sens et l'esprit voilà pourquoi il a fort malencontreusement omis de vous prévenir, je suis sur qu'il le regrettera.»


C'était pitoyable totalement pitoyable, Melechia avait honte d'elle même et ce n'était pas un sentiment qui lui était très familier ou très agréable. Elle soupira, ce calice elle devrait le boire jusqu'à la lie. Mais plus vite on commençait à déglutir plus vite on pouvait se débarrasser du goût des plus désagréables. Aussi, elle prit une inspiration et déclara:

«Je vous prie madame de me croire lorsque j'affirme qu'en temps ordinaire je suis meilleur menteur. Et je consentirais à vous révéler la vérité si vous promettez de ne pas appeler la police ou vos gens. »


Dernière édition par Melechia Ducatore le Mer 18 Sep - 18:56, édité 1 fois
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Mer 18 Sep - 16:51


L'attitude du jeune inconnu, prétendument nommé Gautier, le ton de sa voix, son regard, tout démontrait une certaine assurance qui le gagnait peu à peu. Etait-ce le simple fait d'avoir été surpris en train de fouiller dans les affaires d'autrui, et qui plus est une personne de la Noblesse, ou de n'avoir pas préparé d'excuses pour le cas où cette situation se produirait? Dans tous les cas, sa présence et ses pitoyables raisons évoquées étaient clairement illégitimes. La marquise le savait et avait beau écouter les explications fournies, elle ne démordait pas de son avis. Elle consentait quand même à l'écouter, par simple curiosité et pour voir jusqu'où l'enfant pouvait aller.

Tout en l'écoutant, elle l'observait. Et plus elle l'observait, plus elle se posait la question de son genre. Elle avait déjà eu affaire à de jeunes pages de son âge, ceux de la Reine ne devaient guère être plus âgés, et aucun, même les plus jeunes, n'avaient un visage aussi féminin. Malgré l'effort que l'enfant semblait afficher pour se masculiniser, Athénaïs ne voyaient qu'en lui un garçon manqué, une fillette habillée en domestique. Oui, c'était certain à présent, il ne s'agissait là que d'un imposteur qui jouait un rôle, une demoiselle qui se faisait passer pour un domestique. Mais qui était-ce en réalité? Quelque part, cela inquiétait la belle dame. S'il lui arrivait rarement de mentir, car le mensonge était un péché, elle savait que les gens des rues ne reculaient devant rien. D'un autre coté, avoir affaire à une fille était moins effrayant car, a priori, elle aurait moins de force et résisterait moins. Du moins, c'était ce qu'elle s'imaginait.

L'enfant avança de nouveaux arguments tout aussi saugrenus que les précédents, et Athénaïs ne put retenir son envie de soupirer en levant les yeux au ciel. Bien vite, elle reposa l'azur de ses yeux et le visage de l'enfant, la menaçant encore et toujours de la pointe de la lame.

-Et si tu me donnais ton vrai nom? demanda-t-elle.

Puis, voyant que l'enfant était sur le point de tout révéler, si elle promettait de ne point alerter les autorités, la marquise se mit à sourire. Du plat de la lame, elle la poussa délicatement vers la chaise du secrétaire qui se trouvait juste à coté de l'adolescente.

-Assieds-toi là, et parle. Je n'ai qu'une parole, et je te la donne. Je veux la vérité, maintenant, dit-elle d'une voix claire et posée.

Il n'y avait ni bienveillance ni malveillance, juste le ton d'une femme qui savait ce qu'elle voulait, qui n'était pas dupe et qui ne se laissait pas marcher sur les pieds. Elle, une Mortemart, ne se laisserait pas abuser par une vile raclure des rues. Il lui en fallait plus pour la tromper. Elle attendit que l'enfant s'asseye et s'adossa au mur, sans détacher son regard de son interlocutrice. La jeune fille n'avait aucun moyen de fuir, le secrétaire était en face d'une fenêtre, mais elle n'était sans doute pas imprudente au point de sauter du haut du premier étage. Et la marquise lui bouchait l'accès à la porte à coté de laquelle elle se tenait. La dame de Cour était donc en position de force, elle le savait et en propfiterait jusqu'au bout.

-Je t'écoute. N'omets aucun détail. Cela vaut mieux pour toi.

Ce n'était pas une menace à proprement parler, mais puisque la demoiselle (la marquise en était sure à présent) semblait craindre la police, il était certain qu'elle n'était pas une domestique, mais réellement une manante qui s'était introduite ici par effraction, et qui craignait d'être arrêtée. L'idée de savoir cette enfant passée à la question fit tressaillir Athénaïs qui ne souhaitait pour rien au monde qu'on torture un enfant, mais la menace de cette idée pouvait faire avouer la vérité bien plus rapidement que tout autre chose, alors autant en profiter. Après tout, la petite voleuse pouvait s'estimer heureuse, la plupart des autres Nobles, son mari compris, l'aurait probablement embrochée sans autre forme de procès, ou l'aurait immédiatement livrée à la police. C'était donc une forme de générosité dont faisait preuve la marquise en lui laissant une chance de se racheter en disant la vérité. La curiosité avait parfois du bon, et celle d'Athénaïs venait probablement de sauver la vie de Melechia, ou du moins son avenir.
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Mar 24 Sep - 17:39

Melechia venait d’avoir confirmation que les nobles ne différaient pas tant que ça du commun des mortels. Eux aussi étaient exaspérés par ses discours sans fin, son insolence sans borne et sans pathétiques mensonges.
En général lorsque quelqu’un vous menace à la pointe de son épée, on ne tente pas de l’exaspérer. Mais il était dans la nature de la jeune fille de dire des bêtises et plus elle était en danger, plus elle aimait rendre fous de rages ceux autour d’elle. Ce qui était stupide, elle était la première à la reconnaitre.
Ainsi en voyant la contrariété sur les traits de la marquise, en entendant son soupir et en constatant la façon qu’elle avait de lever les yeux au ciel.
L’adolescente dût se mordre la lèvre pour ne pas sourire et afficher une mine aussi sérieuse que repentante.
 
En entendant la question, Melechia choisit de jouer le tout pour le tout. Aussi elle s’inclina dans une révérence extravagante. Ce mouvement compliqué, surtout si l’on considérait ses atours et son vrai sexe amusait toujours les putes et parvenait même à dérider la Louison.
 
-Melechia pour vous servir, madame.
 
L’avantage d’avoir un prénom ridicule était que la plupart des gens croyant qu’elle se foutait d’eux et donc ne prenait pas la peine de le retenir et ne la prenait jamais au sérieux. Cette pensée renfrogna la jeune fille qui était farouchement décidé à ne pas reconnaitre le moindre avantage au patronyme pathétique qu’avait choisi son père adoptif.
Lorsque la marquise voulut la pousser vers le fauteuil, Melechia repoussa la lame du plat de la main. Une nouvelle preuve que la femme savait à peine ce qu’elle faisait, au vu de l’état de la lame la Ducatore aurait dût avoir la main entaillé au lieu de cela elle écarta facilement l’acier.
 
-Il est fort aimable de votre part de m’offrir un siège madame, mais cessez donc avec ces mouvements d’épée. Ils sont d’une part assez peu efficaces mais aussi extrêmement agressifs et désagréables. Et puis, c’est fatiguant de loucher dessus pendant que je vous parle.
 
En entendant ces mots, elle grimaça intérieurement il serait bon qu’elle apprenne à se taire de temps en temps. Mais voilà, elle ne le faisait que si elle était franchement désavantagé, et actuellement le comportement affable de la marquise qui n’avait pas lancé la pousse à ses trousses la rassurait trop pour qu’elle fasse preuve de la prudence la plus élémentaire.
Elle prit place sur le fauteuil et savoura son confort. Même si ses jambes touchaient à peine le sol, elle se mit d’ailleurs à les balancer d’avant en arrière comme une petite fille pour tromper sa nervosité et son envie de partir en courant.
 
La femme était autoritaire, très. Comme les gens habitués à ce qu’on leur obéisse sans discuter ou broncher. Mais on était loin de sifflements, grondements, rugissements et caquètements qui caractérisaient les membres de la cour des miracles. C’était une autorité douce et élégante et quelque part plus intimidante. Car les animaux, Melechia les gérait, les adultes nettement moins.
 
-Santa Madre di Dio ! Devrais-je commencer à ma naissance madame ?  Ce n’est pas que cela me gêne mais je crains fort que le récit de ma vie ne vous semble insipide et morbide.
 
Melechia Ducatore avait vu un homme se faire tuer sous ses yeux à quelques jours et les cadavres n’avaient plus quitté sa vie ensuite. Pas plus que la pisse, le froids et la peur tant de détails que la noble ne souhaitait sans doute pas connaitre et sur lesquels la jeune fille ne tenait pas particulièrement à s’étendre.
Consciente qu’elle usait autant la patience que les nerfs de son interlocutrice, les deux allants souvent de pair elle reprit avant qu’on ne lui demande.
 
-Je vie d’informations et de service rendus. Et je suis ici pour rendre service à quelqu’un et éviter de voir foutre à la rue par la même occasion. Et toute cette histoire est entièrement de la faute de votre mari. Franchement quand on n’a pas de chance et qu’on ne sait pas tricher ou ne joue pas, ou c’est qu’on est foutrement stupide. Bref, donc il a accumulé les dettes de jeu auprès de personnes peu recommandables. N’’eut-il été noble qu’on l’aurait égorgé comme un porc. Mais on a choisi de lui demander un petit service en échange. Mais le service a été éventré, et j’ai été envoyé réparer les dégâts.
 
Elle prit une inspiration. Là, elle devrait parler de la servante qui, introduite par monsieur, espionnait ses maitres et d’autres nobles, mais elle se retint consciente que tout se jouait sur un fil.
 
-Je peux vous en dire plus madame. Mais il faut que vous sachiez que je ne connais pas toute la vérité. Et ensuite que je redoute bien plus la vengeance des créanciers de votre mari ou de l’araignée que la vôtre ou qu’un interrogatoire de police.
 
C’était la pure vérité, la marquise ne la tuerait pas. Et infliger la question à une fille de son âge ne se faisait pas, au pire elle se débrouillerait pour tomber enceinte. Mais les hommes manipulant la servante, soutenus par le roi Thunes ou non, ne s’arrêterait ni à son âge, ni à une prétendue grossesse ni à quoi que ce soit. Et personne ne prendra la peine de la défendre ou de la pleurer. « Chacun pour soi, Dieu pour tous. » Tel était la règle à la cour des miracles.
 
 
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Mer 25 Sep - 9:58


Athénais inspira un bon coup en voyant que la petite allait daigner parler et dire la vérité. Elle l'observa, stoïque, pendant qu'elle effectuait sa révérence ridiculement exagérée. En temps normal, cela l'aurait probablement amusée, elle n'était jamais la dernière à rire des pitreries, mais là, avec tout ce qui se passait dans sa vie, c'était le bouquet! A croire que le sort s'acharnait contre elle! Mais foi de Mortemart, elle ne se laisserait pas abattre, ça non! Elle se battrait jusqu'au bout pour sortir de cette terne situation. Une fois que la gamine eut achevé sa "révérence" sans que la marquise n'ait bronché, et qu'elle s'était présentée, la dame, la fixant toujours, la laissa s'asseoir tout en baissant la pointe de la rapière. Elle s'adossa contre le mur juste à coté de la porte, lui barrant le seul accès à la sortie de la pièce, et appuya la pointe de la lame contre le sol. Il était vrai qu'elle n'était guère très habile avec cette arme.

-Très bien, Melechia, je t'écoute.

Melechia, quel drôle de nom. Même si tout prêtait à penser que ce nom était une pure invention de la gamine, Athénaïs choisit de la croire. Elle n'allait pas prendre le risque de lui mentir à nouveau alors qu'elle n'aurait qu'un cri à pousser pour alerter la maréchaussée! Melechia... Ce nom avait une consonance italienne. L'enfant parlait un français parfait, si l'on considérait d'où elle venait, et par là, la marquise pensait à la rue. L'origine italienne se confirma avec le juron qu'elle poussa. Fallait-il commencer son histoire à sa naissance? La marquise lui répondit en tournant la tête de gauche à droite, sans la quitter du regard. Cette petite semblait vive comme un chiot, une seconde d'inattention et elle lui échapperait. Il n'en était pas question!

Elle l'écouta donc raconter son histoire, du moins le pourquoi du comment de sa présence ici alors qu'elle n'y avait pas été invitée. Elle parlait de quelqu'un qui risquait d'être mis à la porte. Qui? Ils n'avaient pas cinquante domestiques non plus. Il y avait Mme Larivière, la cuisinière qu'Athénaïs ne pouvait plus voir en peinture, et s'il ne tenait qu'à elle, cette arrogante serait ailleurs depuis belle lurette. Mais elle était au service de son mari depuis bien longtemps et donc intouchable. L'autre était la petite femme de chambre écervelée, là depuis quelques mois. Pourquoi donc la mettre à la porte? Melechia continua, disant que tout était la faute de Louis-Henry. Qu'avait-il bien pu faire encore, le bougre? Ceci fit écarquiller les yeux d'Athénaïs. Il était certes plein de défauts, mais pas seulement. Le jeu, encore le jeu. C'était leur principale source de disputes. Avant, ils s'entendaient si bien pourtant. La petite dit même qu'il aurait pu être égorgé, ce qui fit tressaillir la marquise. Il lui arrivait de détester son mari lorsqu'il s'entêtait dans ses bêtises, mais pour rien au monde elle ne lui souhaitait du mal et encore moins la mort. Elle gardait pour lui une certaine affection. L'imaginer ainsi assassiner par des brigand la fit sursauter, elle sentit son coeur se serrer. Heureusement qu'il était loin pour ses affaires à présent. Elle l'espérait en sécurité. Les créanciers semblaient réellement être des personnes terrifiantes pour que cette gamine effrontée les craigne tant. L'araignée? Qui était-ce encore?


-Parle, je ne m'aviserais certainement pas d'aller voir ces ... gens pour leur parler de toi. Combien doit-il exactement? Quel est ce service qu'il aurait dû rendre? Et que viens-tu faire dans l'histoire pour "réparer les dégâts", comme tu dis?

Décidément, il n'y avait pas qu'elle qui avait le don de se mettre dans ses situations périlleuses. Son mari semblait réellement avoir une sacrée épine dans le pied. Il avait quitté Paris pour son régiment de manière bien prompte, et il était clair à présent que ce n'était pas l'odeur d'une mission peut-être florissante qui l'avait attiré. Il avait simplement sauté sur l'occasion pour s'éloigner des ennuis. Intérieurement, Athénaïs soupira. N'avait-elle pas assez à gérer avec sa propre situation qui était bien assez préoccupante?
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Jeu 26 Sep - 15:12

Les chandelles diffusaient des lumières orange et mouvantes autours des deux femmes tandis que les ombres s’étiraient. Ce qui s’étirait aussi c’était le silence entre les deux interlocutrices. Car à chaque fois que Melechia marquait une pause, les anges s’installaient dans la pièce de manière durable et presqu’insoutenable… Les yeux bleu  vifs de la fouineuse croisèrent ceux tout aussi bleu de son interrogatrice. Et Melechia étant Melechia, elle soutint son regard tout au long de son récit. Tout en parlant, elle observait l’attitude de la marquise. Elle était excédée cela se voyait aisément. Mais dans son agacement elle demeurait polie et c’était quelque chose d’appréciable. Enfin ça l’aurait été  si elle n’avait pas été aussi suspicieuse ou agressive à son égard. Parce que lorsqu’une épée vous menace, même médiocrement, vous avez une fâcheuse tendance à relativiser l’importance de la politesse. Quoique Melechia ne se soit jamais vraiment soucié des bonnes manières.
 
Si la Montespan avait réagi de façon plutôt négative à ses, faibles, traits d’esprits elle réagissait tout autrement à ce qu’elle racontait. Ce qui poussait l’adolescente à faire preuve de plus de prudence et a pesé chacun de ses mots… Je sens un léger sourire remonter la lippe du lecteur inattentif qui se dit que pour quelqu’un qui pèse ses mots la Ducatore a un sacré débit. Dans la vie de tous les jours, cela était vrai. Mais lorsqu’il s’agissait de sauver sa peau (on prétendait que l’écorchement était de nouveau à la mode à la cour des miracles), elle était plus que jamais consciente du poids des mots et faisait très attention à ce qu’elle disait.  Aussi son discours fut empreint de trop nombreuses pauses tandis qu’elle veillait à respecter la formulation la plus neutre possible.
Mais malgré cela, elle savait que son récit marquait durement la noble face à elle. On sentait son intelligence qui s’agitait alors qu’elle pesait chacun des mots sortit de la bouche de  la petite. Et il n’y avait rien de plus dangereuse qu’une femme riche et intelligente.
 
Mais maintenant, elle était une femme, riche, intelligente et peut être un peu effrayée. La remarque sur l’égorgement était peut-être de trop se rendit compte Melechia qui sur le coup avait oublié qu’elle était face à quelqu’un de plus délicat qu’elle.  
 
Melechia écouta la réponse de la femme et se permit un petit haussement d’épaule avant de reprendre d’une voix calme.
 
-Généralement, ce genre de personne vient vous voir sans que vous n’ayez à vous déplacer…
 
Un frisson la parcourut. Elle ignorait qui étaient les créanciers précis mais pour qu’ils fourrent leur nez dans les affaires des nobles, ils étaient puissants et n’avaient pas froids aux yeux. Pas le genre à faire preuve de pitié… C’était ce qui poussait Melechia à croire qu’ils étaient plus ou moins, sans doute plus, reliés à l’araignée. Laquelle était très douée pour faire parler les gens.
 
-          Je n’ai aucune idée du chiffre exact, exorbitant. Même pour vous… Du genre qu’il ne pourra jamais rembourser...
 
C’était d’ailleurs le but initial des créanciers. Le Montespan était connu comme le loup blanc pour les difficultés qu’il éprouvait lorsqu’il s’agissait de rembourser ses dettes. La cible idéale pour ce genre d’arnaque.
Melechia reprit un baissant encore un peu la voix, sentant que l’on touchait le cœur du problème.
 
-          Le service, fut de prendre quelqu’un à son service. Justement. L’engagée se devait de vous espionner vous et vos proches, qui je le crois, sont bien placés et de tout rapporter à la cour des miracles.
 
Elle marqua une pause et reprit en se passant la main dans les cheveux :
 
-          Qui à la cour des miracles, je l’ignore…
 
Elle avait sa petite idée cependant mais n’irait jamais vérifier sa liste.
 
-          Quoiqu’il en soit, le secret a été éventré… On a déposé une lettre de dénonciation sur votre bureau. J’ai été chargé par la personne engagée par les créanciers de votre mai de… supprimer la lettre.
 
Tel un magicien elle fit apparaitre le papier et avant que la marquise ne puisse réagir, elle brûla la missive. Ce qui fut aisé cette dernière était fort courte disant uniquement « La bonne Marie travaille pour la cour des miracles ».
Elle sourit de toutes ses dents à la marquise. Un sourire clairement moqueur rappelant qu’elle n’était pas facile à manipuler.
 
 
-Maintenant que j’ai accomplie ma mission, je vais pouvoir toucher mon argent en paix… Je suis tout à fait disposée à vous révéler le fin mot de l’histoire…  Mais je vous recommande la plus grande prudence car ma tête, aussi bien que la vôtre est en jeux. Et j’y tiens à ma tête, toute crasseuse qu’elle soit.
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Jeu 26 Sep - 17:06

Plus elle l'observait, plus la marquise se demandait si Melechia disait la vérité. A la cour, elle avait l'habitude d'entendre toutes sortes de mensonges dans le but de discréditer d'autres courtisans, elle savait reconnaître, la plupart du temps, le vrai du faux. Mais là, la gamine se montrait particulièrement convaincante dans l'énumération des dires les plus farfelus. Elle la regardait, impassible, pendant qu'elle débitait des informations toutes plus saugrenues les unes que les autres. Que Louis-Henry s'endette plus que de raison au jeu, passe encore, c'était vrai, elle le savait. Mais qu'il le fasse auprès de personnes dangereuses, en relation avec des gueux de la Cour des Miracles, voilà qui lui paraissait invraisemblable. La simple idée que l'un d'eux, le dangereux bonhomme que la gamine avait évoqué, puisse venir lui rendre une petite visite surprise fit tressaillir Athénaïs d'effroi. Elle avait beau tenter de se montrer forte, le fait de s'imaginer confrontée, elle sans défense, à ce genre de grossier personnage s'avérait une chose plus qu'alarmante. Elle déglutit doucement, tâchant de reprendre contenance. Un chiffre exorbitant? Le marquis avait beau être un fieffé joueur, il n'aurait pas pris le risque de perdre des sommes si astronomiques. Du moins, c'était ce qui se passerait chez un être doué de raison. Mais son gascon de mari était de moins en moins raisonnable, alors après tout, Melechia disait peut-être vrai. Mais dans ce cas, pourquoi ne lui avait-il rien dit? Il aurait pu au moins lui en toucher un mot avant de déguerpir pour son régiment, ainsi elle aurait pu faire quelque chose. Sans doute voulait-il éviter une énième dispute à ce sujet. Mais à présent qu'Athénaïs était tombée sur cette petite manante, il n'y couperait pas à son retour.

-Très bien... réagit-elle d'abord.

Puis, Melechia évoqua le fameux service. Engager quelqu'un qui les espionnerait. Elle se souvint que la nouvelle femme de chambre avait fait son apparition de manière assez surprenant, avec insistance de Louis-Henry. Elle venait de comprendre pourquoi. Les espionner? Mais pourquoi? Etait-ce pour avoir des information sur son père, le duc de Mortemart, qui avait une place éminente à la cour et près du roi, ou encore de son frère le duc de Vivonne, lui aussi très proche du roi? Ou sur la reine qu'Athénaïs elle-même servait? La famille royale était-elle en danger à cause d'elle, parce qu'elle n'avait pas su déjouer les manigances d'une vulgaire petite femme de chambre écervelée? Et tout ça pour donner ces renseignements à la Cour des Miracles?! Des gueux, des manants, des voleurs étaient au courant de leur petite vie! C'était impensable! La marquise n'apprécia guère ce détail et fronça les sourcils.

-Je vois.

Elle regarda la gamine brûler la lettre devant elle, fière de son action et la narguant. Athénaïs croisa les bras d'un air assuré, et eut un sourire en coin.

-Si tu crois protéger cette petite écervelée de Marie en faisant cela, tu te mets le doigts dans l'oeil. J'ai immédiatement compris que tu faisais allusion à elle. Maintenant je veux savoir le fin mot de l'histoire. Parle, je te prie. Et dis-moi quelle est la solution au problème. Il est hors de question que je paie quoi que ce soit à des personnes peu recommandables.

Que fallait-il faire? Obtenir leurs noms et les faire arrêter? Voilà qui semblait une solution rassurante. Il faudrait peut-être aussi déménager... Tout ceci semblait bien compliqué. Et dangereux. Ah, qu'elle maudissait son mari en cet instant!
Elle avait toujours sur elle la bourse pleine de livres d'argent que lui avait donnée son père, mais elle comptait s'en servir pour payer son maître-chanteur anglois. Si elle donnait cette argent pour s'acquitter de la dette de son mari, elle n'aurait plus rien pour racheter sa lettre volée. Que faire?
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Jeu 26 Sep - 22:08

Il n’y avait pas à dire la marquise était attentive, très attentive. Elle laissait de temps en temps échapper un mot ou deux montrant qu’elle la suivait mais à part cela, elle l’écoutait. Ce qui était un fait aussi nouveau que surprenant.
Melechia se passa la langue sur ses lèvres étonnamment sèches et se demanda s’il aurait été mal-élevée de demander quelque chose à boire. Puis elle se souvint qu’elle était théoriquement en train de cambrioler la marquise qui était théoriquement en train de la menacer d’une arme. Les rafraichissements allaient devoir attendre encore un petit peu. Elle s’avachit un petit peu dans le fauteuil. Ce dernier était une bergère ou un truc équivalent… Bref, lorsque son dos toucha la tapisserie précieuse, seuls ses pieds dépassaient et elle était blottie dans un confort ouaté inimaginable. Elle faillit fermer les yeux puis se rappela qu’elle se devait d’avoir une attitude pour le moins professionnelle.
Il était amusant de voir les effets que produisait son discours sur la femme. Cette dernière doutait d’elle, cela était évident. Mais surtout ce qu’elle racontait l’effrayait. Oh, elle ne le montra pas. Mais de temps en temps un tic nerveux agité son visage d’une perfection écœurante.
 
La voleuse s’efforçait de dissimuler du mieux qu’elle pouvait sa nervosité, mais elle devait l’avouer cet exercice d’équilibriste commençait à l’épuiser. Dissimuler la vérité, elle savait le faire sans problème. Relater la vérité aussi ne lui posait pas trop de problème bien que ce soit contre sa nature la plus profonde. Mais là, elle devait dévoiler des demi-vérités en prenant garde à ne pas trop en dire sans pour autant pousser à bout les nerfs de son interlocutrice, qu’elle devinait déjà tendue. D’ailleurs par une délicatesse qui ne lui était pas coutumière, Melechia évitait de mentionner les détails les plus sordides de l’affaire. La dame n’avait nul besoin de savoir ce que l’on faisait aux gens qui n’honoraient pas leur dette, ni de voir sa connaissance en matière de poison être élargie. Et puis on prétendait les femmes de la noblesse, nerveuses et sujettes à évanouissements… Et la truande ne tenait pas particulièrement à voir la Montespan s’écrouler à ses pieds. Sans compter qu’à part une claque ou un coup de pieds dans les côtes, elle ne voyait pas trop comment la réveiller.
 
Sourire goguenard contre attitude assurée, aucune des deux femmes dans la pièce n’accepterait de perdre la face. Melechia en avait conscience. Elle avait aussi conscience que le titre de gamine lui irait nettement mieux que femme, mais on n’allait pas chipoter sur des détails aussi mesquins. Au fond, elle appréciait cette joute qui la changeait agréablement des petits problèmes dont elle s’occupait en général…b Mais elle l’aurait sans doute mieux apprécié si sa vie n’avait pas été ce point en danger… Pour l’heure, son peu de cellule grise était trop concentré sur la possibilité de trouver une échappatoire pour qu’elle profite vraiment du moment présent.
 
Un rictus se peignit sur le visage juvénile de la fille en entendant la réponse :
 
-          Je moque de cette fille, elle est stupide et une petite puta… Je vous aie dit la vérité aussi surprenante que cela paraisse. J’ai été engagé pour trouver la lettre et la bruler… Enfin la détruire, c’est chose faite. Je ne vais pas en plus me fatiguer à sauver les miches d’une stupide créature chouineuse qui m’a détruit les tympans. Je suis suffisamment dans la merde pour ne pas me soucier de charité chrétienne. Par contre vous, vous semblez avoir oubliez que St Martin dit que celui qui a deux manteaux doit en donner un aux pauvres.
 
Elle s’interrompit en songeant qu’elle ferait bien de renoncer aux longs discours pour ce soir et se concentrer sur les choses essentielles.
 
-          Enfin, le problème n’est là, quoique… Pour vos problèmes, le plus simple serait que votre mari arrêt de jouer… Enfin, je dis ça je dis rien. Et très sincèrement madame, le peu d’argent qui vous reste les laissera de marbre, enfin s’ils sont bien qui je pense qu’ils sont.
 
Tout en parlant, elle réfléchissait. Elle ignorait précisément qui se trouvait derrière toutes ces embrouilles. Elle avait plusieurs noms en tête bien sûr. Les gens ayant un tel cercle d’influence et un culot pareil étaient rares, mais pas d’identités précises ne lui venait. Mais eux la trouveraient vite et le lui ferait payer amèrement.
 
-          Sinon, si je puis me permettre un conseil ne la renvoyait pas maintenant. Ils devineront que j’ai échoué et…
 
Un frisson la contraignit au silence, tandis que dans ses yeux se reflétaient les horreurs qui attendaient ceux qui se mettent en travers du chemin des grands
 
-          Mais outre le sort peu enviable qui m’attend, le vôtre ne sera pas mieux. Dans le meilleur des cas, ils vous infiltrent de nouveaux… Mais s’il se vexe de votre « ingérence » dans leurs affaires… Et puis, je ne garantisse pas que l’araignée et ses sbires se soucient beaucoup de respecter votre rang… Donc, entre un péril connu et un danger incertain, choisissez le péril connu… Gardez Marie, surveillez-là, empêchez là de nuire et dans quelques mois ou années lorsque ce ne sera plus tenable renvoyez-là. Vous éviterez les soupçons et les ennuis. Et la peau de cette stupide petite oie écervelée et avec une vie sexuelle débridée sera sauvée… Enfin vous faites comme vous voulez… Il n’y a que ma peau qui est en jeux mais dans votre cas… les conséquences serait fâcheuse pour vous. Voilà, madame je vous aie révéler ce que je pouvais. Selon notre accords, vous devriez me laisser partir avec une prime pour le conseil sur comment survivre lorsque l’on fraye avec mes semblables…
 
Oui, l’espoir faisait vivre Melechia…
 

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Ven 27 Sep - 8:24

La demoiselle qui lui faisait face faisait preuve à certains moments d'une arrogance et d'un sans gène qui agaçait Athénaïs. Cela contrastait avec l'attitude générale de celle qui venait de se faire prendre sur le fait. Visiblement, elle craignait d'avantage ses semblables que les traitements de la police, c'était dire combien ces personnes sans vergogne pouvaient être. Quelque part, la marquise avait pitié de cette fille. Si elle avait été noble, tout ceci lui serait inconnu, elle serait propre, bien habillée, ses cheveux seraient ornés de belles boucles, elle n'aurait pas à se travestir en homme, elle parlerait bien mieux que cela, et d'aussi basses besognes lui seraient inconnues. Le seul souci de ses parents serait de lui trouver un mari convenable. Un mari convenable... Athénaïs pensait au sien. Qu'avait-elle eu besoin de vouloir le choisir elle-même! Que n'avait-elle laissé faire son père, après la fuite du marquis de Noirmoutiers à qui elle était promise et qui avait dû s'exiler pour échapper à la peine de mort après ce duel? Il était sans doute écrit quelque part dans les tablettes du destin qu'elle ne serait jamais heureuse en mariage...

Elle écoutait Melechia -quel drôle de prénom- et il semblait évident et plus prudent de garder Marie encore un peu, sans montrer que l'on savait. On ferait preuve de prudence, on ne lui parlerait pas, et qui sait, peut-être qu'en lui faisant vivre un enfer, elle partirait d'elle-même? La marquise savait se montrer insupportable avec des domestiques ingrats pour leur rappeler leur place. Elle le faisait avec sa cuisinière qu'elle ne pouvait souffrir. Parfait, c'est ce qui arriverait à Marie, chaque fois que la marquise rentrerait de la Cour, prétextant une mauvaise journée, elle serait irascible et détestable. L'heure n'était plus à la pitié de ces pauvres gens qui devaient servir les autres, la marquise ne supportait pas l'idée d'être dupée et manipulée, surtout par des petites gens! Il fallait savoir rester à sa place en ce monde, et elle ne manquerait pas de rappeler à Marie où était la sienne. Et elle y retournerait promptement.

Ce qui agaçait aussi profondément la marquise, et qu'elle avait tendance à ne pas supporter sans se mettre en colère, c'était qu'on lui dise ce qu'elle avait à faire ou ce qu'elle n'avait pas fait. Venant de Melechia, une petite fille des rues, l'évocation de Saint Martin lui hérissa le poil. Qui était-elle pour se permettre d'évoquer les saints? A ces mots, la marquise fronça les sourcils et pinça les lèvres. Elle avait toujours eu une haute opinion d'elle et de son illustre famille, qui comptait parmi les plus anciennes familles nobles, c'était un fait, plus ancienne même que les Bourbons.


-Te permets-tu un quelconque jugement à mon égard? Sais-tu seulement qui je suis? Qui es-tu pour te permettre de relater les saintes écritures, toi qui commets tous les péchés? Penses-tu que Saint Martin aurait coupé son manteau en deux pour sauver du froid un voleur?

Et puis soudain elle se demanda à quoi bon parler de tout ceci avec une gueuse qui probablement n'allait jamais à l'Eglise et devait avoir une liste de confessions à effectuer d'une longueur infinie. Qu'entendait-elle aux paroles de Dieu? La charité chrétienne, parlons-en! Les nobles en entendaient suffisamment et avaient pour "mission" de protéger les plus démunis, de donner à leurs pauvres. La plupart le faisait, et la marquise aussi. Pourtant, elle n'était plus très fortunée. Alors que cette mendiante se permette de la ramener ainsi attisait sa colère. Sur le coup, elle aurait bien eu envie de lui décocher un soufflet. Mais l'heure n'était pas aux règlements de compte. Il fallait se concentrer sur le plus important: cette affaire épineuse. Oui, la solution était que son mari arrête de jouer, c'était certain, inutile de consulter une devineresse pour le savoir! Pour l'heure, il était loin et occupé de ses affaires militaires, il n'aurait donc pas le temps de d'endetter d'avantage. A son retour, par contre, il aurait droit à un sermon, la marquise ne pouvait plus laisser passer cette attitude qu'il avait.

La marquise hocha la tête d'un air pensif. En effet, elle garderait donc Marie sans faire montre qu'elle était au fait de la situation, ferait tout pour qu'elle les quitte de son propre chef et serait plus vigilante à l'avenir quant aux domestiques qui entreraient en sa maison. Alors qu'elle s'apprêtait presque à remercier la gamine pour ses conseils et la regardait à nouveau dans les yeux, voilà que celle-ci se risqua à demander une "prime". Elle fit pendant une seconde des yeux ronds comme des soucoupe avant d'éclater de rire, finalement amusée par cette demande effrontée.


-Voilà qu'à présent tu t'essaies à marchander avec moi? Tu ne manques pas de toupet! C'est plutôt toi qui vas me rendre un service. Après tout, je t'ai promis que je n'alerterai pas la police, mais je n'ai rien promis pour ces gens de basse extraction que crains tant. Alors si tu veux pouvoir remontrer son petit museau dans ces lieux mal famés qui te servent de lieux de travail, c'est toi qui vas me faire une faveur.

Elle affichait à présent un sourire triomphant. A coup sûr, la petite ne pourrait refuser, elle semblait tant craindre ces gens affublés de drôle de pseudonymes comme "l'araignée". A présent, la marquise connaissait le prénom de la gamine et ce qu'elle devait faire. Aussi, elle disposait d'un moyen de pression. Souriant toujours, ses yeux avaient repris leur lueur habituelle, celle d'une femme sure d'elle au fort tempérament. Sans quitter Melechia du regard, elle fit quelques pas de coté pour atteindre une sorte de placard qu'elle ouvrit, en sortit une cruche en cristal contenant du vin d'un pourpre qui garantissait une qualité supérieure. Elle posa la cruche sur le secrétaire derrière Melechia et prit deux verres du même cristal que la cruche, qu'elle posa à coté.

-Nous allons passer un pacte.

La petite présumée italienne ne serait pas en mesure de refuser. Athénaïs était sure de tenir là la parfaite petite espionne qui pourrait lui révéler l'identité de son maître-chanteur anglais afin de le faire arrêter, une fois qu'elle aurait récupéré la lettre d'Henriette. La lettre reprise, il n'aurait plus aucun moyen de pression et tout rentrerait dans l'ordre. Elle savourerait sa vengeance à l'abri de tout tourment.
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Dim 29 Sep - 15:01

Melechia sentait la fatigue qui pesait sur ses épaules plus lourdement que jamais. Et au vu du confort du fauteuil dans lequel elle avait posé son humble derrière, la fatigue semblait incroyablement tentatrice. Il aurait suffi qu’elle ferme les yeux ne serait-ce qu’une seconde pour que Morphée vienne la prendre dans ses bras. Ce qui aurait été relativement irrespectueux. Et puis la marquise aurait pu en profiter pour la jeter par la fenêtre et se débarrasser définitivement d’elle. Ce qui aurait été de mauvais goût quand même.
Elle se pinça discrètement le dos de la main, la même ayant servi à repousser la lame de l’épée, pour rester éveillée et concentrée… Ses yeux sombres se posèrent sur la femme qui lui faisait face et elle forçait ses paupières à rester ouverte.
Son insolence attisa la colère chez la marquise et la gamine se mordilla la langue. Jouer avec les nerfs de celle dont dépendait son avenir très proche était une mauvaise idée. Elle observait la colère qui ranimait les traits de la femme et se sentait clouée sur place. Mais elle ne pouvait pas s’en empêcher, elle appréciait plus que tous les joutes verbales et n’y renoncerait pour rien au monde. Un sourire équivoque naquit sur son visage tandis que la marquise rétorquait vertement à sa citation des évangiles.
Melechia ne montra pas son dédain pour cette tirade offensée et se mordit violemment la langue pour ne pas renchérir, bien qu’elle n’en pense pas moins. Elle avait des choses urgentes à régler et ne pouvait pas vraiment partir dans une polémique maintenant.

Le rire de la marquise était empreint de surprise et d’incrédulité et nul doute que cette dernière était stupéfiée par le culot de Melechia. Cette dernière répondit avec un flegme aussi insolent que ses tirades précédentes :


« J'ose tout ce qui sied à un homme, qui n'ose plus n'en est pas un. »

Melechia n’avait que très peu de culture, mais de temps en temps, un riche client demandait à ce que les putes jouent devant lui. Le dernier avait exigé une représentation de Macbeth avec des actrices entièrement nues. L’adolescente avait assisté à toutes les répétitions et avait lu de nombreuses fois le texte pour permettre aux filles, illettrées de le retenir. De temps en temps un phrase ou deux ressortait à l’improviste et comblait un silence gênant ou la tirait d’un pétrin incommensurable.
Elle darda sur la marquise un regard suspicieux puis un sourire légèrement moqueur apparut sur son visage alors qu’elle se recomposait le masque assurant qui lui servait de protection.


« Réellement madame ? Vous allez risquer vos beaux atours pour me punir de mon insolence? Ces gens-là ne sont pas comme moi, une rapière maigrement brandit ne les arrêtera pas… Je crains que le récit de ce qui vous attend si vous les rencontrez ne vous empêche de dormir. Allons marquise, ne soyez pas ridicule… »

Au fond Melechia mourrait de peur et voyait très bien l’ours écraser sa nuque avec ses larges mains, mais elle ne le montrait pas et se contentait de se tenir droite et de tenter de convaincre la Montespan de ne pas se mêler de ses affaires.

La marquise fit quelque pas de côté, toujours étudiée par Melechia et revint avec deux verres de vin. L’adolescente s’empara de celui qu’on lui tendait avec autant de stupeur que de méfiance. Le liquide alcoolisé devait valoir une fortune, pour la ducatore. En général cette dernière se contentait d’alcool médiocre, même pour la cour des miracles, et buvait pour l’ivresse et pas pour le plaisir. Elle joua à faire rouler le verre entre ses doigts et murmura d’un ton curieusement timide :


« Merci »

Elle écouta la déclaration de la noble avec intérêt mais ne répondit pas tout de suite. Au lieu de cela, elle but lentement le vin. Ce dernier lui caressait le palais avec douceur. Derrière le piquant de l’alcool, elle sentait un gout plus sucré qui lui rappelait les réglisses qu’elle volait enfant. Un moment, elle regretta cette époque où elle courait les rues, le soleil caressant sa peau et en ayant pour tout souci d’éviter la correction que lui vaudrait son retard.
Puis, elle retrouva ses esprits et sa langue.


« Il est succulent madame et je vous remercie de votre bonté, ainsi que de votre mansuétude. Mais j’avoue que je ne vois pas bien quel pacte je peux passer avec vous. Mais avant que vous ne me le demandiez, je tiens à préciser que je ne tue pas, je n’empoisonne pas, je ne me prostitue pas pour obtenir des renseignements. Par contre je peux vous trouver des personnes le faisant. »
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Lun 30 Sep - 15:52


Melechia semblait sure d'elle, mais Athénaïs avait tout de même perçu quelques secondes d'hésitation et de crainte, lorsqu'elle avait évoqué les truands aux drôles de surnoms. La marquise n'était pas dupe, personne n'avait peur de rien en ce bas-monde, et si elle ne craignait pas Dieu, elle craignait assurément des personnes faites de chair. Et ces gens-là ne semblaient guère recommandables. La gamine continua d'être arrogant avec une dernière phrase sur son audace. Athénaïs lui fit les gros yeux, comme une maman l'aurait fait à sa fille, tout en frappant du talon sur le sol, une manière comme une autre de la faire taire. Melechia se risqua une dernière fois à présumer que la marquise ne pourrait rien contre elle. La dame de cour se mit à sourire, retenant un nouveau rire.

-Ai-je dit que j'irai moi-même parler de toi? Me prends-tu pour une sotte? Si je t'ai promis que je ne te ferai pas arrêter, en revanche je peux très bien raconter tout le reste à la police, ou aux hommes du roi. Les bruits vont vite, apparemment, là d'où tu viens, et d'aucun ne tardera pas à savoir ce que tu as fait.

A mesure qu'elle parlait, elle se servait une coupe de vin avant de reposer la carafe près de Melechia sur le petit bureau, et se repositionna contre le mur. Elle sourit, cette fois de manière sincère, lorsque la petite la remercia. Sa voix avait changé, il semblait alors à Athénaïs que la gamine n'avait pas l'habitude de remercier qui que ce soit, et le fait qu'elle le fasse lui paraissait touchant. Malgré sa sensibilité, la marquise gardait à l'esprit qui était cette enfant et le but qu'elle avait en entrant ici. A présent qu'elle lui avait offert à boire, Athénaïs avait toute son attention. Ah, l'art de la manipulation... L'enfant commença par énumérer les choses qu'elle ne faisait pas, et qui semblait impensables à la marquise. Comment pouvait-on en arriver à demander de telles choses? Elle secoua la tête lentement, ce qui accentua le mouvement de ses cheveux de part et d'autre de son visage.

-Je ne t'en demande pas tant. Vois-tu, une personne qui m'est chère est victime d'un maître-chanteur, anglais, à ce que j'ai compris. Il détient quelque chose qui est précieux pour mon amie et souhaite lui extorquer de l'argent par cd biais. Je veux que tu me trouves l'identité de cet homme et où il se cache.

A son tour, la marquise porta la coupe de vin à ses lèvres et en but quelques gorgées. Il était vrai que ce vin était délicieux. Son frère Vivonne le lui avait rapporté une fois qu'il était venu dîner chez elle.

-Voilà une mission tout à fait à la portée de la parfaite petite espionne que tu, n'est-il pas? demanda-t-elle, comme une question rhétorique. Il faut que tu sois la plus discrète possible, bien évidemment, et que surtout tu ne prononces jamais mon nom. Suis-je suffisamment claire?

Pendant que Melechia réfléchissait certainement à la réponse qu'elle allait lui faire, Athénaïs finit son verre de vin et le reposa  sur une petite console située tout près d'elle.

-En attendant, Marie ne sera pas renvoyée et je ferai en sorte que personne ne sache que je t'ai surprise ici. Cela te convient-il?

Même si ce n'était pas dans l'intérêt de Melechia de refusait, Athénaïs espérait très fort qu'elle accepterait, car elle ne savait pas vers qui se tourner pour demander de l'aide concernant son vile anglois qui lui avait volé la lettre d'Henriette.
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Dim 24 Nov - 20:50

Un rire sarcastique sortit de la gorge, légèrement enroué à force de débiter des conneries, de Mel. Aussi douloureux que ce soit pour son orgueil, qui avait déjà était franchement malmené, elle devait reconnaitre que la marquise l’avait eu sur ce point. A la cour des miracles, la réputation faisait tout bien plus que les compétences objectives. Et si le bruit courait que Mel’ s’était fait prendre sur le fait par une espèce de poupée vivant dans un monde totalement irréaliste de soie et de gens sans cervelle, l’avait prise sur le fait… alors Mel pouvait dire adieu à son peu de réputation, même les plus désespéré des truands et des cocus ne voudraient plus avoir à faire avec elle.
 
« J’admets madame… Peut-être pourriez-vous me nuire sans revenir sur votre parole… Bien que ce ne soit pas très, quel serait le mot pour cela, honorable ? Mais jamais je ne jetterais la pierre à quelqu’un qui se joue des mots aussi bien que des gens. »
 
Oh non, jamais la petite truande ne se risquerait à faire cela. Elle-même jouait beaucoup trop avec de genre de chose. Sauf qu’elle le faisait par amour de ce genre de chose alors que la marquise ressemblait à quelqu’un qui bouge un cavalier au hasard, faute de meilleure idée pour remporter la partie.
 
D’ailleurs la suite du discours de la marquise lui confirma que cette dernière semblait avoir des ennuis par-dessus la tête. Machinalement Melechia se demanda à quoi ressemblait le chantage chez les nobles. Est-ce que les gens avaient les même petits secrets honteux qu’ils avancent sur le marbre des palais ou dans la boue et la merde parisienne ? C’était une question intéressante et elle tenait peut être là un début de réponse. Mais en fait, elle aurait préféré garder cette interrogation comme une question universelle qui la maintiendrait éveillé le soir dans son lit. Parce qu’elle n’avait aucune envie de se mêler des problèmes des autres, les siens lui suffisait déjà largement merci bien.
 
Elle écouta avec attention le discours jusqu’à la fin et garda soigneusement sa bouche close, ce qui en soit est un exploit. Pour s’encourager sur cette voie d’écoute et de respect des autres, elle avala à nouveau un petit peu de vin et le savoura les yeux fermés. Dieu, que c’était bon d’être riche. Dieu qu’elle regrettait de ne pas l’être. Et dieu qu’est-ce que la marquise pouvait sortir comme débilité.
 
Elle finit par se permettre un ricanement goguenard en entendant la fin du discours :
 
« Bien sûr madame, un anglais maitre chanteur. Je vais vous trouvez ça aussi facilement qu’un italien dévergondé ou qu’une pute qui se maquille trop. Et c’est adorable de votre part de ne pas me donner la moindre information décemment exploitable à propos du chantage que « votre » ami subit. »
 
Mel’ était on ne plus dubitative quant au chantage de la soit disant amie de la marquise. Les gens ne se donnaient pas autant de mal pour des amis ou des connaissances. Dans ce genre de cas on ne se bougeait que pour un amant ou pour sauver sa peau. Et que ce soit un cas ou l’autre ne concernait pas vraiment la truande mais elle n’aimait pas qu’on lui mente. Sans compter que moins elle en savait sur cette affaire plus elle aurait de mal à faire la corvée qui venait de lui tomber dessus.
 
« Je suis extrêmement sérieuse madame. Il est tout à fait dans mes capacités de trouver quelqu’un qui effectue un chantage, je l’ai déjà fait plusieurs fois… Mais là, je ne marche pas. Il n’y a qu’une personne qui peut réussir un coup pareil. Et désolé de vous décevoir mais ce putain de bon lézard ne bosse que pour l’araignée et l’ours. Et du temps où il était presque sur le marché il était tellement foutrement hors de prix que ça en devenait indécent. Encore plus indécent que les filles du bordel de l’aile gauche du palais vieux. Franchement je ne comprends pas comment un ouvrier, même vieux et bigleux peut accepter de payer pour tâtonner une chair aussi flasque, ridée et tâtonnante. Enfin, je ne suis jamais allé vérifier ce qui se passait réellement sous leurs jupes. »
 
Elle s’interrompit en songeant que la marquise se montrait d’une patience incroyable. A sa place, elle se serait déjà envoyé un verre de vin en plein dans la gueule. Ce qui aurait été un gâchis de bon millésime
Elle se passa la main dans les cheveux puis croisa les jambes avant de reposer son verre de vin. Et elle reprit d’un ton plus calme et étrangement nettement plus concerné par l’affaire :
 
« Je suppose que le maitre chanteur n’est pas stupide, tout anglais qu’il soit. Il y a donc une base à son chantage… Qu’est-ce que c’est ? Certainement pas une dette d’argent ? Aucun noble ne se démènerait pour cela. Oh, non ce doit être un petit quelque chose de beaucoup terrible. Pas un vol de bijoux j’espèce, c’est ennuyeux et de toute façon les pierres sont séparés en moins de deux heures par des artisans véreux. Alors qu’est-ce que c’est ? Enfant illégitime ? Scandale politique ? Sur quoi base-t-il son chantage ? Et surtout quand a-t-il eut l’occasion de le commencer ? Et je vous le répète madame, sans ces détails je ne saurais retrouver l’aiguille dans la botte de foin qu’est la cour des miracles »
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Mer 18 Déc - 10:04


Seigneur ce que cette gamine pouvait parler! Le flot de paroles continu qui sortait de sa bouche donnait à la marquise l'impression d'un moulin à paroles, et cela commençait à lui donner la migraine. Elle posa alors la coupe de vin à coté de la carafe, en esquissant un froncement de sourcils. Pitié, qu'elle se taise, ou du moins qu'elle s'en tienne au stricte nécessaire. Athénaïs n'avait plus qu'une envie, celle d'aller s'étendre pour se reposer. Mais il lui fallait régler cette histoire avant. Il était difficile de savoir sur quel pied danser avec cette enfant. Un coup Melechia semblait docile et prête à coopérer, mais la phrase d'après, elle se mettait en position de force et tentait de l'embarrasser. Il semblait en effet qu'elle doutait de la véracité des dires de la noble dame concernant sa prétendue amie victime du maître-chanteur anglais. Avait-elle intérêt à tout révéler à cette gamine des rues? Elle en doutait fortement. N'ayant déjà pas confié ce secret à ses amis les plus proches, ou par obligation, elle n'irait certainement pas avouer des choses aussi terriblement compromettantes à cette Melechia sortie tout droit de la cour des miracles. Elle soupira et secoua lentement la tête.

-Je n'en sais guère d'avantage. Crois-tu que l'on se confie ainsi de la sorte à la Cour lorsqu'une situation embarrassante nous tombe dessus? Il semble qu'on lui a dérobé quelque chose, lors du bal donné par Monsieur le frère du roy, mais pas un bijou. Une chose qui la mettrait en péril si cela se découvrait, mais je ne sais pas vraiment ce que cela peut-être. Visiblement cela la compromet elle et peut-être d'autres personnes.

Melechia allait-elle se contenter de cela et enfin lui ficher la paix? A dire vrai, la marquise l'espérait. Après tout, une fois qu'elle aurait récupéré les lettres, et cela dans un avenir très proche, il lui suffirait d'avoir l'identité de ce misérable anglois pour le faire arrêter. La gamine entendrait bien parler d'un homme tel qui fanfaronnerait de sa victoire sur une noble, et même si l'idée d'être le dindon de la farce la révulsait, savoir que cela permettrait de débusquer le voleur la réjouissait.

-Tu entendras bien parler de quelque chose de similaire. Enquêter, c'est ton travail, non?

L'entendre parler d'ours, d'araignée, de lézard, de bordel et autres choses qui lui étaient inconnues et qui, en vérité, ne l'intéressait pas des masses, à cette heure-ci, commençait réellement à l'agacer. Sa patience, comme tout un chacun, avait des limites, et celles-ci se faisaient sentir. Elle reprit sur un ton plus sec, plus tranchant, afin que Melechia comprenne qu'il était temps maintenant d'arrêter de jouer.

-Tu en sais suffisamment. Je te laisse une semaine pour commencer à trouver des indices. Tu me feras un rapport à l'issue de cette semaine, et j'espère pour toi que tu toucheras au but. A présent, file de chez moi et ne t'avise pas d'essayer à nouveau de me dérober quoi que ce soit.

Elle s'écarta du seuil de la porte où elle se trouvait pour lui dégager le passage, et d'un geste lent et gracieux du bras, lui indiqua le chemin.

-Une dernière chose, avant que tu t'en ailles.

Athénaïs lui tendit la main, comme pour que Melechia lui remette quelque chose.

-J'imagine que tu es entrée grâce à la clé de Marie. Je souhaite la récupérer. Je la lui rendrai demain matin quand elle se présentera, je prétendrai que je l'ai trouvée au sol. Cela n'est pas négociable.

Pure mesure de sécurité. La marquise ne savait pas ce qui pouvait passer par l'esprit fourbe des créatures élevée à la cour des miracles. Si l'envie prenait à Melechia de faire venir dans la nuit des gens pour l'assassiner afin de se débarrasser d'une mission encombrante... Athénaïs avait vraiment besoin d'une bonne nuit de repos, sans se soucier de ce qui pourrait arriver. Bien sûr, elle savait que son esprit cogiterait dans tous les sens et qu'elle ne trouverait pas le sommeil tout de suite, mais si elle se sentait en sécurité chez elle, c'était déjà un point satisfaisant.
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Mer 22 Jan - 21:53

On sentait une certaine fatigue qui s’installait durablement entre les protagonistes. Seulement sur certains points Melechia, bien qu’elle s’en défende demeurait une enfant. Dans ces points on trouvait sa taille et son incapacité à tenir l’alcool, ainsi que sa relative inexpérience en matière de sexe (relative parce qu’elle avait des connaissances théoriques très supérieures à celle de la majorité des praticiens) mais aussi cette tendance qu’elle avait à se montrer d’autant plus nerveuse et insupportable qu’elle était fatiguée. Alors qu’elle aussi aurait volontiers tuer pour un lit, même nettement moins confortable que celui qu’elle partageait avec la marquise, elle ne tenait presque plus sa langue même si elle sentait l’agacement et même la colère qui habitaient son interlocutrice. Ses oreilles bourdonnaient, sa tête lui tournait et le sang battait ses tempes plus violemment que jamais et pourtant une énergie incroyablement bruyante et néfaste s’emparait de chacun de ses membres alors qu’elle écoutait la Montespan qui lui expliquait l’affaire plus en détail.
Elle s’agitait se balançant d’une fesse sur l’autre tandis que ses jambes se pliaient et se dépliaient au rythme des battements effrénés de son coeur. Finalement n’y tenant plus elle sauta sur ses pieds et e mit à arpenter le salon de long en large d’un pas si dansant qu’on aurait put la croire folle tandis que ses yeux brillants montraient à la marquise qu’elle écoutait avec passion ce qu’on lui racontait.

Pourtant ce qu’elle entendait ne la réjouissait absolument pas. Au contraire, Mel envisageait très sérieusement de se tirer une balle dans le crâne. Le bal de Monsieur était un sujet brûlant à la cour des Miracles. Des fanfarons, très cons de son point de vus, se vantaient d’avoir fait parti du coup de génie, mais elle n’était pas dupe les chiens aboyant forts mordaient peu. De ce fait, il était très peu probable que des personnes aussi stupides aient quoique ce soit à voir avec cette affaire. Pour monter un truc pareil il fallait être précis, intelligent, discret, subtil et pleins de trucs du genre. Et quelqu’un d’aussi génial ne pouvait pas se vanter d’avoir fait un truc pareil. Pas quand il était de notoriété public que l’araignée folle de rage avait juré de massacrer de façon aussi sanglante que faire ce peut ceux ayant osé défier son autorité.

Peut-être était ce la solution, elle pouvait faire le dos rond et retourner voir la marquise pour lui annoncer que le coupable mangeait les pissenlits par la racine. Parce qu’elle n’avait absolument pas envie de se mêler de ces affaires qui lui apparaissaient de plus en plus merdiques. Parce qu’elle risquait de se mettre à dos trois personnes différentes:
- l’auteur du vol, qu’elle venait de décrire comme probablement dangereux
- l’araignée et sa clique dont le caractère dangereux était attesté
- la police, a priori plus gentille mais quand même.

En entendant le délai bien trop court, Mel laissa échappait un mot résumant à merveille ce qu’elle pensait de tout ça

-Mierda.

Puis elle se reprit autant extérieurement qu’intérieurement. après tout ce n’était qu’un défi de plus dans une vie qui se révélait déjà des plus intéressantes et des plus remplies. Elle allait se frotter aux plus grands truands de son époque et même si elle risquait d’y laisser un ou deux morceaux, au sens propre du terme, au moins elle se serait bien marré.

Elle nota que même à bout de force la marquise conservait des gestes lents et gracieux, très impressionnant, alors qu’elle même ne bougeait que dans un tourbillon de mouvements aussi brusques que brouillons. Quelque part elle enviait l’élégance et l’allure de cette dame. Puis elle regarda la main tendue et son sourire ironique apparut de nouveau sur son visage fatigué:

« Navrée madame, je n’ai pas de clé… Le bon côté des choses est que vous n’aurez pas à mentir à Marie sur les circonstances dans lesquelles vous l’avez trouvé. Bonne nuit madame, à dans une semaine. »

Une révérence moqueuse plus tard Melechia se glissait dans les ombres du couloir de l’hôtel particulier, en se demandant à qui elle pouvait demander de l’aide dans cette tâche ardue.
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